Yoma 70b -- L'ordre des offrandes du jour : suivre le texte ou suivre le verset, et où couper les sept agneaux

Yoma 70b

Sougya : Ce amud est tout entier occupé par une seule question : dans quel ordre, et à quel moment de la journée, s'accomplissent les offrandes de Yom Kippour qui entourent le service du Saint des Saints. Il s'ouvre sur la fin de la Tossefta rapportée au nom de Rabbi Akiva -- bouc extérieur, puis les deux béliers, puis les emourim du hatat, puis le tamid de l'après-midi -- et la guemara dégage aussitôt les deux logiques qui s'opposent.

Rabbi Eliezer fait comme il est écrit : le Lévitique précédant les Nombres, les moussafim ferment la journée. Rabbi Akiva s'appuie sur une derasha explicite, outre la ola du matin, qui avance les moussafim au tamid du matin.

La guemara presse alors Rabbi Eliezer sur le second verset en milévad, outre le hatat des expiations, écrit à propos de Yom Kippour lui-même : il répond que ce verset ne fixe pas un ordre mais une étendue d'expiation -- ce sur quoi le bouc intérieur expie, le bouc extérieur expie, selon la michna de Chevouot. Deux autres transmissions de Rabbi Akiva, par Rabbi Yehouda et par Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, coupent les sept agneaux du moussaf en deux paquets inverses -- un et six, ou six et un -- parce que deux versets tirent en sens contraire et qu'il faut les honorer tous les deux.

Leur divergence tient à la crainte que chacun juge la plus sérieuse : la houlcha, l'épuisement du cohen gadol avant le service du jour, ou la pécha, le relâchement qui ferait omettre ce qu'on a repoussé -- car pour le service du jour, dit le second, il est zériz. La guemara relève ensuite que tous ces avis supposent un seul bélier du peuple, ce qui suit Rabbi contre Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, et les deux maîtres se partagent en conséquence le mot ehad et le verset mivhar nédarekhem, l'un pour l'offrande obligatoire et l'autre pour la volontaire.

Le amud se ferme sur un retour à la michna : la quatrième immersion, et une baraita qui demande pourquoi Aharon entre encore à la tente d'assignation, pour répondre qu'il n'y vient que pour en retirer la coupe et l'encensoir.

Yoma 70b : le fil du daf Une seule question tenue de bout en bout : dans quel ordre, et à quel moment, se font les offrandes du jour À -- Seg 0 : la Tossefta de Rabbi Akiva livre la fin de sa liste Bouc extérieur, puis son bélier et le bélier du peuple, puis les emourim du hatat, puis le tamid de l'après-midi. Le bouc extérieur est placé là par un verset : outre le hatat des expiations -- donc après le service intérieur. Tossefot conteste ici la lecture de Rachi et refait tout le découpage de la michna. B -- Seg 1 à 3 : deux logiques de lecture s'affrontent Rabbi Eliezer : on fait dans l'ordre où c'est écrit. Le Lévitique vient avant les Nombres, donc les moussafim finissent la journée. Rabbi Akiva : un verset commande explicitement -- outre la ola du matin -- donc les moussafim montent dès le matin. Et le verset outre le hatat des expiations, que Rabbi Akiva utilisait pour l'ordre ? Rabbi Eliezer le lit autrement : il ne parle pas d'ordre mais d'étendue d'expiation -- ce sur quoi l'un expie, l'autre expie (Chevouot 2a). C -- Seg 4 à 7 : les rabbanim coupent les sept agneaux en deux Deux versets tirent dans deux directions : outre la ola du matin (matin) et il sortira et fera son ola (après-midi). On satisfait donc les deux : une partie le matin, une partie le soir. Reste à savoir où passe la coupure. Rabbi Yehouda : un seul le matin -- crainte de la faiblesse (houlcha) avant le service du jour. Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon : six le matin -- crainte de la négligence (pécha) après coup ; pour le service du jour il est zériz. D -- Seg 8 à 10 : un seul bélier, ou deux ? Tous les avis précédents ne parlent que d'un bélier du peuple : cela suit Rabbi, pour qui le bélier du Lévitique et celui des Nombres sont un seul. Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, pour lui-même, en compte deux. Chacun doit alors recaser le mot ehad et le verset mivhar nédarekhem. Rabbi : ehad = un seul. Son contradicteur : ehad = le plus choisi de son troupeau -- et il faut alors deux sources, hova et nedava. E -- Seg 11 : la guemara revient à la michna -- la quatrième immersion Il sanctifie mains et pieds, se dévêt, s'immerge, revêt le lin et entre au Saint des Saints. Une baraita se met en place : et Aharon viendra à la tente d'assignation -- pourquoi vient-il ? Pour sortir la coupe et l'encensoir laissés le matin. La démonstration se poursuit sur le amud suivant : toute la section a-t-elle été dite dans l'ordre ?
Le mouvement du amud : de la fin de la Tossefta de Rabbi Akiva jusqu au retour à la michna et à la quatrième immersion.
L'ordre des offrandes après le service du jour : deux lectures de la Tora À gauche on suit l'ordre des livres ; à droite on suit une derasha qui déplace les moussafim au matin Rabbi Eliezer -- on fait comme c'est écrit Lévitique 16 d'abord, puis Nombres 29 Service du jour (avoda du Saint des Saints) Son bélier et le bélier du peuple Émourim du hatat Sortie de la coupe et de l'encensoir Moussafim : taureau de la ola, bouc extérieur, sept agneaux Tamid de l'après-midi Aucun verset ne force autre chose : outre le hatat des expiations parle d'expiation, pas d'ordre. Rabbi Akiva -- la Tossefta du seg 0 le verset avance les moussafim, deux versets fixent le reste Tamid du matin + moussafim (taureau, agneaux) Service du jour Bouc extérieur -- fixé par outre le hatat des expiations Son bélier et le bélier du peuple Émourim du hatat Tamid de l'après-midi Rachi place tout ce bloc à la troisième immersion ; Tossefot objecte et renvoie les emourim du hatat au tamid de l'après-midi, pour coller à la michna.
Les deux ordonnancements du service : suivre l ordre des livres, où suivre la derasha des versets.
Les sept agneaux du moussaf : trois répartitions dans la journée Tous parlent au nom de Rabbi Akiva ; ils divergent sur la coupure entre matin et après-midi Rabbi Akiva (michna) Tossefta, seg 2 Tamid du matin 7 agneaux Tamid de l'après-midi 0 Un seul verset gouverne : outre la ola du matin Tout le moussaf est avancé au plus tôt possible. Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Akiva, seg 4 et 6 Tamid du matin 1 agneau Tamid de l'après-midi 6 agneaux Le minimum le matin : houlcha -- crainte de l'épuisement Il faut garder ses forces pour le service du jour, cœur de l'expiation. R. Elazar be-R. Chimon au nom de Rabbi Akiva, seg 4 et 7 Tamid du matin 6 agneaux Tamid de l'après-midi 1 agneau Le maximum le matin : pécha -- crainte du relâchement Pas de crainte de faiblesse : pour le service du jour il est zériz. Les deux derniers avis coupent parce que deux versets se contredisent ; Rabbi Akiva lui-même ne coupe pas.
Les trois répartitions des sept agneaux du moussaf, et le motif de chacune.
Le bélier du peuple : un seul, ou deux ? Deux versets mentionnent un bélier ; toute la question est de savoir s'ils désignent la même bête Lévitique 16,3 et un bélier en ola Nombres 29,8 un taureau, un bélier, sept agneaux Rabbi -- un seul bélier Le bélier du Lévitique est celui des Nombres. Preuve : le mot ehad -- un. Un veut dire un, pas deux. Et d'où vient alors l'exigence d'une bête de choix ? De mivhar nédarekhem -- le choix de tes vœux (Deutéronome 12,11), qui vaut pour tout. R. Elazar be-R. Chimon -- deux béliers Un pour le service du jour, un pour le moussaf. Alors que fait-il de ehad ? meyouhad che-be-èdro -- le plus choisi du troupeau. Il a donc deux sources pour la qualité : ehad pour l'offrande obligatoire (hova), mivhar nédarekhem pour la volontaire (nedava). Et les deux sont nécessaires -- tsrikhi.
Un seul bélier ou deux : la dispute de Rabbi et de Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, et le partage des versets.
1
וְאַחַר כָּךְ שָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׂעִיר עִזִּים אֶחָד חַטָּאת מִלְּבַד חַטַּאת הַכִּפֻּורִים״, וְאַחַר כָּךְ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם, וְאַחַר כָּךְ אֵימוּרֵי חַטָּאת, וְאַחַר כָּךְ תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם.

et ensuite le bouc dont le service est accompli à l'extérieur, ainsi qu'il est dit : un bouc de chèvre en hatat (sacrifice pour la faute), outre le hatat des expiations ; et ensuite son bélier et le bélier du peuple ; et ensuite les emourim (parties sacrificielles) du hatat ; et ensuite le tamid (offrande perpétuelle) de l'après-midi.

📜 Rachi (2)
וְאַחַר כָּךְ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וְאַחַ"כּ אֵימוּרֵי חַטָּאת כָּל אֵלּוּ בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית:
Et ensuite son bélier et le bélier du peuple, et ensuite les emourim du hatat -- tous ceux-là se font à la troisième immersion.
וְאַחַר כָּךְ תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם בִּטְבִילָה חֲמִישִׁית וְלָא אַייְרֵי הָכָא בְּהוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה דִּפְשִׁיטָא לָן דְּבָתַר אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם הִיא כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן שֶׁכָּל הַפָּרָשָׁה נֶאֶמְרָה עַל הַסֵּדֶר וְכוּ':
Et ensuite le tamid de l'après-midi -- à la cinquième immersion. Et il n'est pas question ici de la sortie de la coupe et de l'encensoir, car il est évident pour nous qu'elle a lieu après son bélier et le bélier du peuple, comme il est enseigné plus loin que toute la section a été dite dans l'ordre, etc.
🗂️ Tossefot (2)
וְאַחַר כָּךְ שָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ וְאַחַ"כּ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וְאַחַ"כּ אֵימוּרֵי חַטָּאת פרש"י כּוּלְּהוּ בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית וְלָא נְהִירָא לִי דִּנְהִי דְּאָמְרִינַן לְעֵיל דְּמַתְנִי' לָאו מִתַּקַּנְתָּא מ"מ לָאו מְשַׁבַּשְׁתָּא הִיא וְהָא דְּלָא קָרָא לָהּ מִתַּקַּנְתָּא לְפִי שֶׁאֵין הַסֵּדֶר מְפֹורָשׁ בָּהּ ולפרש"י בָּרַייְתָא ע"כ פְּלִיגָא אַמַּתְנִי' דִּבְמַתְנִי' קָתָנֵי הָיוּ קְרֵיבִים עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם ולפירש"י לֹא הָיָה דָּבָר קָרֵב עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם וְעוֹד דִּלְקַמָּן בְּסָמוּךְ פָּרִיךְ וְדִילְמָא בְּשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ מַפְסִיק לְהוּ וְהַשְׁתָּא עַל כָּרְחָךְ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לָא פָּרֵיךְ דְּהָא כֵּיוָן דִּסְבִירָא לֵיהּ עֲבִיד כְּדִכְתִיב אִם כֵּן עַל כָּרְחָךְ בְּאֵילּוּ וְאֵיל הָעָם כְּדִכְתִיב מִקַּמֵּי שָׂעִיר מַפְסִיק לְהוּ כִּדְתַנְיָא הָכָא אֶלָּא ע"כ לְר' עֲקִיבָא פָּרֵיךְ דִּילְמָא בְּשָׂעִיר לְחוּדֵיהּ מַפְסִיק לְהוּ מִנָּלַן דְּמַפְסִיק לְהוּ נַמֵּי בְּאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם דִּילְמָא אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם עֲבִיד לְהוּ וְהַשְׁתָּא לפרש"י כִּי מְשַׁנֵּי וְיָצָא וְעָשָׂה אֶת עֹולָתוֹ וְאֶת עֹולַת הָעָם כו' אַכַּתִּי מ"מ תִּיקְשֵׁי לָךְ וְדִילְמָא בְּשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ וְאֵילּוּ וְאֵיל הָעָם דַּוְקָא מַפְסִיק לְהוּ מִנָּלַן דְּמַפְסִיק לְהוּ בְּאֵימוּרֵי חַטָּאת וְעוֹד ק"ל אַמַּאי קָרֵי לָהּ מִתַּקַּנְתָּא הָאִיכָּא לְמִיבְעֵי עֲלָהּ כְּמוֹ אַמַּתְנִיתִין אִי אֵימוּרֵי חַטָּאת קְרֵיבִין בִּטְבִילָה שְׁלִישִׁית בַּהֲדֵי אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם אוֹ בַּהֲדֵי תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם עַל כֵּן נִרְאֶה לִי דְּאֵימוּרֵי חַטָּאת קְרֵיבִין עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם וְדִבְרֵי ר' עֲקִיבָא דְּמַתְנִיתִין ה"פ עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הָיוּ קְרֵיבִין הַכְּבָשִׂים וּפַר הָעוֹלָה וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ קָרֵב אַחַ"כּ בִּזְמַנּוֹ עִם אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וְהַאי דְּלָא קָתָנֵי אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם מִשּׁוּם דר"א מוֹדֶה לוֹ בְּהוּ דְּבִטְבִילָה שְׁלִישִׁית הָווּ וּמַאי דְּתָנֵי הָיוּ קְרֵיבִין עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם ה"ק עוֹד הַקְרָבוֹת אֲחֵרוֹת קְרֵיבִין עִם תָּמִיד הָעָרֶב וְהָא דְּלָא קָתָנֵי לְהוּ לֹא בְּדִבְרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר וְלֹא בְּדִבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁמָּא מִשּׁוּם דְּלָאו קָרְבָּן שָׁלֵם נִינְהוּ דִּכְבָר נִזְרַק הַדָּם בִּטְבִילָה שְׁנִיָּה הִלְכָּךְ לָא חָיְישִׁי לְמִיחְשְׁבֵיהּ כֵּיוָן דְּאֵינוֹ אֶלָּא גְּמַר קָרְבָּן וְלֹא עֲבוֹדָה דִּמְעַכְּבִי כַּפָּרָה דְּאִינְהוּ עַצְמָן שֶׁלֹּא הֻוקְטְרוּ אֵימוּרִין כָּשֵׁר וְדִבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּמַתְנִי' יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּלָא פְּלִיג אַתַּנָּא דְּבֵי שְׁמוּאֵל וה"ק וְיָצָא וְעָשָׂה אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וה"ה אֵימוּרֵי חַטָּאת אֶלָּא דְּשַׁיְּירִינְהוּ מִטַּעְמָא דְּפָרֵישִׁית וְהָא דְּקָתָנֵי ז' כְּבָשִׂים תְּמִימִים וְשִׁייֵּר פַּר הָעוֹלָה וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ יֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּרַבִּי עֲקִיבָא ס"ל דִּקְרֵיבִין עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אֲתָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְמֵימַר אַתָּה מַקְדִּים אוֹתָם לְכָל הַיּוֹתֵר שֶׁאַתָּה יָכוֹל וַאֲנִי מְאַחֵר אוֹתָם כָּל מַה שֶׁאֲנִי יָכוֹל וּמִמֵּילָא יָדַעְנָא דְּהַייְנוּ טַעְמָא דִּכְתִיבִי לְבַסּוֹף בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס וְאִם כֵּן ה"ה פַּר הָעוֹלָה וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ דִּכְתִיבִי לְבַסּוֹף וְנִיחָא לֵיהּ לְמִינְקַט כְּבָשִׂים מִשּׁוּם דְּאִית בְּהוּ פְּלוּגְתָּא טוּבָא לְרַבִּי עֲקִיבָא כּוּלְּהוּ בַּבֹּקֶר וּלְרַבִּי יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא אֶחָד בַּבֹּקֶר וְשִׁשָּׁה עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם וְלֵר' אֶלְעָזָר בַּר רַבִּי שִׁמְעוֹן אִיפְּכָא:
Et ensuite le bouc fait à l'extérieur, et ensuite son bélier et le bélier du peuple, et ensuite les emourim du hatat -- Rachi a expliqué : tous à la troisième immersion. Cela ne me paraît pas juste. Car même si nous avons dit plus haut que notre michna n'est pas métaknata (pleinement ordonnée), elle n'est pas pour autant méchabechta (erronée) ; et si on ne l'a pas appelée métaknata, c'est seulement parce que l'ordre n'y est pas explicite. Or, selon Rachi, la baraita serait nécessairement en désaccord avec la michna : la michna enseigne qu'ils étaient offerts avec le tamid de l'après-midi, et selon Rachi rien n'était offert avec le tamid de l'après-midi. En outre, la guemara demandera tout de suite : et peut-être est-ce par le bouc fait à l'extérieur qu'il les interrompt ? Or ce n'est certainement pas Rabbi Eliezer qui est visé, car puisqu'il tient qu'on fait selon l'ordre écrit, c'est forcément par son bélier et le bélier du peuple -- écrits avant le bouc -- qu'il les interrompt, comme il est enseigné ici. C'est donc nécessairement Rabbi Akiva qui est visé : peut-être n'interrompt-il que par le bouc seul, et d'où saurions-nous qu'il interrompt aussi par son bélier et le bélier du peuple ? Peut-être son bélier et le bélier du peuple, il les fait avec le tamid de l'après-midi. Et alors, selon Rachi, lorsque la guemara répond à partir de <i>et il sortira et fera son ola et l'ola du peuple</i>, il resterait quand même à demander : peut-être n'interrompt-il précisément que par le bouc extérieur et par son bélier et le bélier du peuple ; d'où saurions-nous qu'il interrompt aussi par les emourim du hatat ? J'ai encore une difficulté : pourquoi appeler cette baraita métaknata ? On peut lui poser la même question qu'à la michna : les emourim du hatat sont-ils offerts à la troisième immersion, avec son bélier et le bélier du peuple, ou bien avec le tamid de l'après-midi ? C'est pourquoi il me semble que les emourim du hatat sont offerts avec le tamid de l'après-midi. Et les paroles de Rabbi Akiva dans la michna s'expliquent ainsi : avec le tamid du matin étaient offerts les agneaux et le taureau de la ola ; et le bouc fait à l'extérieur est offert ensuite, en son temps, avec son bélier et le bélier du peuple. S'il n'a pas mentionné son bélier et le bélier du peuple, c'est parce que Rabbi Eliezer lui accorde à leur sujet qu'ils sont à la troisième immersion. Et ce qu'il enseigne -- ils étaient offerts avec le tamid de l'après-midi -- veut dire : d'autres offrandes encore sont offertes avec le tamid du soir. Et s'il ne les a mentionnées ni dans les paroles de Rabbi Eliezer ni dans celles de Rabbi Akiva, c'est peut-être parce qu'elles ne constituent pas un sacrifice entier : le sang a déjà été aspergé à la deuxième immersion. Ils n'ont donc pas pris soin de les compter, puisque ce n'est que l'achèvement du sacrifice et non un service qui empêche l'expiation -- car, en eux-mêmes, si les emourim n'ont pas été brûlés, l'offrande reste kacher. Quant aux paroles de Rabbi Eliezer dans la michna, on peut les expliquer comme n'étant pas en désaccord avec le tana de l'école de Chemouel, et voici ce qu'il dit : il sort et fait son bélier et le bélier du peuple, et il en va de même des emourim du hatat, sauf qu'il les a omis pour la raison que j'ai exposée. Et s'il enseigne sept agneaux sans défaut en omettant le taureau de la ola et le bouc fait à l'extérieur, on peut dire que c'est parce que Rabbi Akiva tient qu'ils sont offerts avec le tamid du matin : Rabbi Eliezer vient dire -- toi tu les avances autant que tu peux, et moi je les retarde autant que je peux. De là nous savons d'office que la raison en est qu'ils sont écrits en dernier, dans la section de Pinhas ; et s'il en est ainsi, il en va de même du taureau de la ola et du bouc extérieur, écrits eux aussi en dernier. Et il lui a convenu de prendre les agneaux comme exemple parce qu'il y a à leur sujet beaucoup de controverse : pour Rabbi Akiva tous le matin ; pour Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Akiva, un le matin et six avec le tamid de l'après-midi ; et pour Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, l'inverse.
וְאַחַ"כּ שָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ וְאַחַר כָּךְ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב וְיָצָא וְעָשָׂה אֶת עֹולָתוֹ וְאֶת עֹולַת הָעָם וְדָיְיקִינַן מִינָּהּ בְּסָמוּךְ יְצִיאָה רִאשׁוֹנָה וּמַשְׁמַע דְּמִיָּד בִּיצִיאָה רִאשׁוֹנָה עֲבִיד לְהוּ וְהָכָא קָאָמַר דְּשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ עֲבִיד בְּרֵישָׁא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכִי קָאָמַר מִכָּל מַה שֶׁכָּתַב בְּפָרָשַׁת אַחֲרֵי מוֹת לֹא הָיָה דָּבָר קוֹדֵם לְאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם בִּיצִיאָה רִאשׁוֹנָה וְשָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ לָא כְּתִיב הָתָם:
Et ensuite le bouc fait à l'extérieur, et ensuite son bélier et le bélier du peuple -- et bien qu'il soit écrit <i>et il sortira et fera son ola et l'ola du peuple</i>, dont nous déduirons tout de suite qu'il s'agit de la première sortie, ce qui laisse entendre qu'il les fait des la première sortie, alors qu'ici on dit que le bouc extérieur se fait d'abord -- on peut dire que voici ce que cela signifie : de tout ce qui est écrit dans la section Aharei Mot, rien ne précédait son bélier et le bélier du peuple lors de la première sortie ; or le bouc fait à l'extérieur n'est pas écrit là-bas.
💡 Explication

Fin de la Tossefta citée en 70a au nom de Rabbi Akiva : elle énumère, dans l'ordre, tout ce qui suit le service intérieur de Yom Kippour. Le point neuf est la place du bouc extérieur -- le bouc du moussaf, dont le sang est aspergé dans la cour et non dans le Saint des Saints. Un verset le fixe : outre le hatat des expiations ; le mot milévad (outre, en plus de) suppose que le hatat intérieur est déjà accompli, donc le bouc extérieur vient après lui.

Cette baraita est appelée métaknata (bien ordonnée) parce qu'elle énonce l'ordre explicitement, contrairement à la michna. Rachi place tout ce bloc dans la troisième immersion ; Tossefot, dans une longue glose, refuse cette lecture et renvoie les emourim du hatat au tamid de l'après-midi, pour ne pas mettre la baraita en contradiction frontale avec la michna.

🖼️ Schéma
L'ordre des offrandes après le service du jour : deux lectures de la Tora À gauche on suit l'ordre des livres ; à droite on suit une derasha qui déplace les moussafim au matin Rabbi Eliezer -- on fait comme c'est écrit Lévitique 16 d'abord, puis Nombres 29 Service du jour (avoda du Saint des Saints) Son bélier et le bélier du peuple Émourim du hatat Sortie de la coupe et de l'encensoir Moussafim : taureau de la ola, bouc extérieur, sept agneaux Tamid de l'après-midi Aucun verset ne force autre chose : outre le hatat des expiations parle d'expiation, pas d'ordre. Rabbi Akiva -- la Tossefta du seg 0 le verset avance les moussafim, deux versets fixent le reste Tamid du matin + moussafim (taureau, agneaux) Service du jour Bouc extérieur -- fixé par outre le hatat des expiations Son bélier et le bélier du peuple Émourim du hatat Tamid de l'après-midi Rachi place tout ce bloc à la troisième immersion ; Tossefot objecte et renvoie les emourim du hatat au tamid de l'après-midi, pour coller à la michna.
Les deux ordonnancements en présence : Rabbi Eliezer suit l'ordre des livres, Rabbi Akiva suit la derasha.
2
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר? עֲבִיד כְּדִכְתִיב: עָבֵיד בְּרֵישָׁא דְּתוֹרַת כֹּהֲנִים, וַהֲדַר עָבֵיד דְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים.

Quelle est la raison de Rabbi Eliezer ? Il fait comme il est écrit : il accomplit d'abord ce qui figure dans Torat Cohanim (le Lévitique), puis il accomplit ce qui figure dans Houmach HaPekoudim (le livre des Nombres).

📜 Rachi (1)
עֲבִיד כְּדִכְתִיב תּוֹרַת כֹּהֲנִים כְּתִיבָא וּבְרֵישָׁא הִלְכָּךְ אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם וְאֵימוּרֵי חַטָּאת בָּתַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וַהֲדַר הוֹצָאַת כַּף וּמַחְתָּה וְאַחַר כָּךְ מוּסָפִין וְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם דִּכְתִיבִי לְבַסּוֹף בְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים:
Il fait comme il est écrit -- Torat Cohanim est écrit en premier. Donc son bélier, le bélier du peuple et les emourim du hatat viennent après le service du jour, puis la sortie de la coupe et de l'encensoir, et ensuite les moussafim et le tamid de l'après-midi, qui sont écrits en dernier, dans Houmach HaPekoudim.
🗂️ Tossefot (1)
עֲבִיד חַד כְּדִכְתִיב וַהֲדַר עֲבִיד שִׁשָּׁה דְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים וְאִם תֹּאמַר אַמַּאי מַפְסִיק בִּכְבָשִׂים מִקְצָתָן בַּבֹּקֶר וּמִקְצָתָן בָּעֶרֶב יַקְרִיב כֻּולָּן בַּבֹּקֶר מִדִּכְתִיב מִלְּבַד וְאִי מִשּׁוּם דִּכְתִיבִי לְבַסּוֹף הִלְכָּךְ בָּעֵינַן שֶׁיַּקְרִיב מֵהֶן בָּעֶרֶב וְהָא פַּר הָעוֹלָה נָמֵי כְּתִיב לְבַסּוֹף אֲפִילּוּ הָכֵי מַקְרִיבוֹ בַּבֹּקֶר וְלָא אָמְרִינַן שֶׁיִּזְרֹוק דָּמוֹ וְהַקְטָרָתוֹ בָּעֶרֶב וְאִם כֵּן נֵימָא דְּפַר הָעוֹלָה יְהֵא בַּבֹּקֶר וְהַכְּבָשִׂים כֻּולָּן בָּעֶרֶב וְיֵשׁ לוֹמַר דִּקְרָא דְּמִלְּבַד דְּגָמְרִינַן מִינֵּיהּ לְהַקְרִיב הַמּוּסָפִין בַּבֹּקֶר עִיקַּר טַעַם הוּא הִלְכָּךְ כָּל כַּמָּה שֶׁנּוּכַל לַעֲשׂוֹת בַּבֹּקֶר מִן הַמּוּסָפִין עָבְדִינַן וּמִשּׁוּם דִּכְתִיבִי מוּסָפִין לְבַסּוֹף יֵשׁ לְהַנִּיחַ קְצָת מִן הַמּוּסָפִין לְהַקְרִיב בָּעֶרֶב וְכֵיוָן דִּמְשַׁיְּירִין מִן הַכְּבָשִׂים לָעֶרֶב לְמַר שִׁשָּׁה וּלְמַר חַד סַגִּי:
Il en fait un comme il est écrit, puis il en fait six de Houmach HaPekoudim -- et si tu dis : pourquoi couper les agneaux, une partie le matin et une partie le soir ? Qu'il les offre tous le matin, puisqu'il est écrit milévad (outre) ! Et si c'est parce qu'ils sont écrits en dernier et qu'il faut donc en offrir une partie le soir -- mais le taureau de la ola aussi est écrit en dernier, et pourtant on l'offre le matin, et on ne dit pas d'en asperger le sang et d'en brûler les parties le soir ! Et s'il en est ainsi, disons donc que le taureau de la ola sera le matin et les agneaux tous le soir ! On peut répondre que le verset milévad, dont nous apprenons à offrir les moussafim le matin, constitue la raison principale : donc tout ce que nous pouvons faire des moussafim le matin, nous le faisons ; et parce que les moussafim sont écrits en dernier, il faut en laisser une part à offrir le soir. Et puisqu'on laisse une part des agneaux pour le soir -- six pour l'un, un pour l'autre -- cela suffit.
💡 Explication

Voici le principe de Rabbi Eliezer, aussi simple que puissant : l'ordre du service suit l'ordre du texte. Le service de Yom Kippour est décrit deux fois dans la Tora : au Lévitique 16 (Torat Cohanim) et aux Nombres 29 (Houmach HaPekoudim, le livre des recensements). Le Lévitique venant en premier, tout ce qu'il décrit -- le service intérieur, puis les deux béliers, puis les emourim -- passe avant les moussafim des Nombres.

Conséquence pratique, notée par Rachi : les moussafim et le tamid de l'après-midi ferment la journée, après la sortie de la coupe et de l'encensoir.

3
וְרַבִּי עֲקִיבָא? כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא: ״מִלְּבַד עֹולַת הַבֹּקֶר אֲשֶׁר לְעֹולַת הַתָּמִיד״, אַלְמָא מוּסָפִין עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר עָבֵיד לְהוּ.

Et Rabbi Akiva ? Comme la raison qui a été enseignée : outre la ola (holocauste) du matin qui est pour la ola perpétuelle -- il en ressort qu'il accomplit les moussafim avec le tamid du matin.

💡 Explication

Rabbi Akiva ne raisonne pas sur l'ordre des livres mais sur une derasha (exposition d'un verset). Nombres 28,23 attache les offrandes additionnelles à la ola du matin : milevad olat haboker -- outre la ola du matin. Le mot milevad place les moussafim dans le prolongement immédiat du tamid du matin.

Un verset explicite l'emporte sur une inférence tirée de la simple succession des chapitres : c'est tout le nerf de la mahloket avec Rabbi Eliezer.

4
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, הַאי ״מִלְּבַד חַטַּאת הַכִּפּוּרִים״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ, עַל מַה שֶּׁזֶּה מְכַפֵּר — זֶה מְכַפֵּר.

Et Rabbi Eliezer, ce verset -- outre le hatat des expiations -- qu'en fait-il ? Celui-là lui est nécessaire pour enseigner : ce sur quoi celui-ci expie, celui-là expie.

📜 Rachi (2)
הַאי מִלְּבַד חַטַּאת הַכִּפּוּרִים דְּמַשְׁמַע דְּשָׂעִיר הַחִיצוֹן קוֹדֵם לְאֵילוֹ וְאֵיל הָעָם מַאי עֲבִיד לֵיהּ בִּשְׁלָמָא מִלְּבַד עוֹלַת הַבָּקָר לָאו בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים כְּתִיב וּמֵרְגָלִים לָא יָלֵיף דִּסְמִיךְ אַסִּידְרָא לְמֶיעְבַּד הָנֵי דְּתוֹרַת כֹּהֲנִים בְּרֵישָׁא אֶלָּא הַאי דְּכָתַב בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים גּוּפֵיהּ מַאי עֲבִיד לֵיהּ:
Ce verset outre le hatat des expiations -- qui laisse entendre que le bouc extérieur précède son bélier et le bélier du peuple : qu'en fait-il ? Passe encore pour outre la ola du matin, qui n'est pas écrit à propos de Yom Kippour et dont il ne tire donc pas d'enseignement contraignant, puisqu'il s'appuie sur l'ordre du texte pour accomplir d'abord ce qui figure dans Torat Cohanim. Mais celui-ci, qui est écrit à propos de Yom Kippour lui-même, qu'en fait-il ?
עַל מַה שֶּׁזֶּה מְכַפֵּר וְכוּ' בְּמַתְנִיתִין דפ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף ב.) דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי וְעַל שֶׁיֵּשׁ בָּהּ יְדִיעָה בַּסּוֹף וְאֵין בָּהּ יְדִיעָה בַּתְּחִילָּה שָׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בַּחוּץ מְכַפֵּר שֶׁנֶּאֱמַר וּשְׂעִיר חַטָּאת אֶחָד מִלְּבַד חַטַּאת הַכִּפּוּרִים עַל מַה שֶּׁזֶּה מְכַפֵּר זֶה מְכַפֵּר מַה פְּנִימִי אֵינוֹ מְכַפֵּר אֶלָּא עַל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יְדִיעָה כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם אַף חִיצוֹן אֵינוֹ מְכַפֵּר וְכוּ':
Ce sur quoi celui-ci expie, etc. -- dans la michna du premier chapitre de Chevouot (2a) on l'expose ainsi : et pour la faute dont il y a eu connaissance à la fin mais non au début, c'est le bouc fait à l'extérieur qui expie, ainsi qu'il est dit -- et un bouc en hatat, outre le hatat des expiations : ce sur quoi celui-ci expie, celui-là expie. De même que l'intérieur n'expie que pour une chose dont il y a connaissance, comme il est expliqué là-bas, de même l'extérieur n'expie que, etc.
💡 Explication

La guemara serre Rabbi Eliezer. Passe encore pour outre la ola du matin, qui n'est pas écrit à propos de Yom Kippour ; mais outre le hatat des expiations (Nombres 29,11) est écrit à propos du jour lui-même et semble bien fixer un ordre. Que devient-il ?

Réponse : chez Rabbi Eliezer ce verset ne parle pas de chronologie mais d étendue d'expiation. C'est la derasha de la michna d'ouverture de Chevouot (2a) : le bouc extérieur expie exactement les mêmes fautes que le bouc intérieur -- celles dont on a eu connaissance à la fin mais pas au début. Milevad signifie alors : en plus de, dans le même registre que.

🖼️ Schéma
Deux versets en milevad -- outre : que fait chacun de chacun ? Nombres 28,23 : outre la ola du matin verset général, pas écrit à propos de Yom Kippour Nombres 29,11 : outre le hatat des expiations écrit à propos de Yom Kippour lui-même Rabbi Akiva Il en tire l'heure : les moussafim montent avec le tamid du matin. C'est la réponse du seg 2. Rabbi Akiva Il en tire l'ordre : le bouc extérieur vient après le hatat intérieur. C'est la Tossefta du seg 0. Rabbi Eliezer Le verset ne concerne pas Yom Kippour : il s'appuie sur l'ordre des livres, Torat Cohanim avant Houmach HaPekoudim. Rabbi Eliezer Le verset ne dit rien de l'ordre : il fixe l'étendue de l'expiation du bouc extérieur. Ce sur quoi l'un expie, l'autre expie (Chevouot 2a).
Les deux versets en milevad et le sort que chaque maître leur réserve.
5
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: אֶחָד קָרֵב עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְשִׁשָּׁה עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר מִשְּׁמוֹ: שִׁשָּׁה קְרֵבִין עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְאֶחָד עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם.

Rabbi Yehouda dit en son nom : un seul est offert avec le tamid du matin, et six avec le tamid de l'après-midi. Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon dit en son nom : six sont offerts avec le tamid du matin, et un avec le tamid de l'après-midi.

📜 Rachi (2)
מִשְּׁמוֹ שֶׁל ר' עֲקִיבָא:
En son nom -- de Rabbi Akiva.
אֶחָד מִן שִׁבְעַת כְּבָשִׂים:
Un -- des sept agneaux.
💡 Explication

La Tossefta continue avec deux autres transmissions de l'opinion de Rabbi Akiva. Les deux coupent les sept agneaux du moussaf en deux paquets, mais dans des proportions inverses : 1 et 6 pour Rabbi Yehouda, 6 et 1 pour Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon.

Ces maîtres sont ici appelés rabbanim par la guemara, par opposition à Rabbi Akiva lui-même qui, dans la michna, ne coupait rien du tout.

🖼️ Schéma
Les sept agneaux du moussaf : trois répartitions dans la journée Tous parlent au nom de Rabbi Akiva ; ils divergent sur la coupure entre matin et après-midi Rabbi Akiva (michna) Tossefta, seg 2 Tamid du matin 7 agneaux Tamid de l'après-midi 0 Un seul verset gouverne : outre la ola du matin Tout le moussaf est avancé au plus tôt possible. Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Akiva, seg 4 et 6 Tamid du matin 1 agneau Tamid de l'après-midi 6 agneaux Le minimum le matin : houlcha -- crainte de l'épuisement Il faut garder ses forces pour le service du jour, cœur de l'expiation. R. Elazar be-R. Chimon au nom de Rabbi Akiva, seg 4 et 7 Tamid du matin 6 agneaux Tamid de l'après-midi 1 agneau Le maximum le matin : pécha -- crainte du relâchement Pas de crainte de faiblesse : pour le service du jour il est zeriz. Les deux derniers avis coupent parce que deux versets se contredisent ; Rabbi Akiva lui-même ne coupe pas.
Les trois répartitions des sept agneaux, toutes rapportées au nom de Rabbi Akiva.
6
מַאי טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן? תְּרֵי קְרָאֵי כְּתִיבִי. כְּתִיב: ״מִלְּבַד עוֹלַת הַבָּקָר״, וּכְתִיב: ״וְיָצָא וְעָשָׂה אֶת עֹולָתוֹ״, הִלְכָּךְ, עָבֵיד מִנַּייְהוּ הָכָא וּמָנַיְיהוּ הָכָא.

Quelle est la raison des rabbanim ? Deux versets sont écrits.

Il est écrit : outre la ola du matin ; et il est écrit : et il sortira et fera son ola. Donc il en fait une partie ici et une partie là.

💡 Explication

La coupure ne vient pas d'une commodité pratique mais d'une contradiction textuelle. Nombres 28,23 rattache les moussafim au matin ; Lévitique 16,24 -- et il sortira et fera son ola et l'ola du peuple -- les place après le service intérieur, donc l'après-midi.

La règle de résolution est classique : quand deux versets tirent en sens contraire sans que l'un annule l'autre, on honore les deux en partageant l'objet. D'où : une partie des agneaux le matin, une partie le soir.

🖼️ Schéma
Pourquoi couper les agneaux en deux : deux versets tirent en sens contraire Nombres 28,23 outre la ola du matin Tire vers le MATIN Lévitique 16,24 et il sortira et fera son ola et l'ola du peuple Tire vers l'APRÈS-MIDI Solution des rabbanim : on satisfait les deux une partie des agneaux le matin, une partie l'après-midi Reste alors une seule question : où passe la coupure ? -- 1 et 6, ou 6 et 1. Rabbi Akiva, lui, n'a pas ce problème : pour lui tout monte le matin.
Deux versets contraires, une seule solution : partager les agneaux entre les deux moments.
7
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: עֲבִיד חַד כְּדִכְתִיב: ״מִלְּבַד עוֹלַת הַבָּקָר״, וַהֲדַר עָבֵיד עֲבוֹדַת הַיּוֹם — דִּילְמָא חֻולְשָׁא חָלֵישׁ כֹּהֵן גָּדוֹל.

Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Yehouda tient : il en fait un, selon ce qui est écrit -- outre la ola du matin -- puis il accomplit le service du jour, car peut-être le cohen gadol (grand prêtre) s'affaiblirait-il.

📜 Rachi (2)
עָבֵיד חַד כְּדִכְתִיב מִלְּבַד עוֹלַת הַבֹּקֶר לִסְמֹוךְ מִקְצָת הַמּוּסָפִין לְעוֹלַת הַתָּמִיד:
Il en fait un -- comme il est écrit outre la ola du matin, afin de joindre une partie des moussafim à la ola du tamid.
וַהֲדַר עָבֵיד עֲבוֹדַת הַיּוֹם דְּאִי אָמְרַתְּ כָּל הַמּוּסָפִין יַקְרִיב עִם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר דִּילְמָא חֲלִישׁ וְלָא מָצֵי לְמֶיעְבַּד עֲבוֹדַת הַיּוֹם וְהוּא עִיקַּר הַכַּפָּרָה:
Puis il accomplit le service du jour -- car si tu dis qu'il offrira tous les moussafim avec le tamid du matin, peut-être s'affaiblira-t-il et ne pourra-t-il plus accomplir le service du jour, qui est l'essentiel de l'expiation.
💡 Explication

Rabbi Yehouda part d'une crainte physique : la houlcha, l'épuisement. Le service du jour -- l'entrée au Saint des Saints avec l'encens et le sang -- ne peut être accompli par personne d'autre, et sans lui il n'y a pas d'expiation. On ne charge donc pas le cohen gadol avant.

Un seul agneau le matin suffit à satisfaire milevad olat haboker : il suffit qu'une part du moussaf soit jointe à la ola du tamid, comme le précise Rachi.

🖼️ Schéma
Deux craintes opposées pour le cohen gadol Le même homme, la même journée -- mais on ne redoute pas la même défaillance Rabbi Yehouda : un seul le matin Crainte : houlcha l'épuisement physique S'il offrait tout le moussaf le matin, il risquerait de ne plus pouvoir accomplir le service du jour -- que nul ne peut faire à sa place, et qui est le cœur de l'expiation. Donc : le strict minimum le matin, juste de quoi honorer outre la ola du matin. R. Elazar be-R. Chimon : six le matin Crainte : pécha le relâchement, la négligence Ce qui est repoussé à plus tard risque de ne pas être fait du tout. Puisqu'il a commencé, qu'il aille au bout de ce qu'il peut. Et la faiblesse ? Pour le service du jour il est zeriz -- il retrouve ses forces. Donc : le maximum le matin, en gardant un seul agneau. Aucun des deux ne va jusqu'au bout : il faut toujours laisser quelque chose au soir, car les moussafim sont écrits en dernier.
Houlcha contre pécha : deux craintes opposées, deux répartitions inverses.
8
וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: כֵּיוָן דְּאַתְחִיל — עֲבִיד שִׁשָּׁה, דִּילְמָא פָּשַׁע. דִּלְגַבֵּי עֲבוֹדַת הַיּוֹם — זָרִיז הוּא.

Et Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon tient : puisqu'il a commencé, qu'il en fasse six, car peut-être serait-il négligent ; quant au service du jour, il est zeriz (empressé, vigoureux).

📜 Rachi (1)
דִּילְמָא פָּשַׁע וְלָא עֲבִיד לְהוּ אַחַר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וּלְמַאי דְּחָיְישַׁתְּ דִּילְמָא חֲלִישׁ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ דִּלְגַבֵּי עֲבוֹדַת הַיּוֹם זָרִיז הוּא וּמַחֲלִיף כֹּחַ וְכֻולְּהוּ מוּסָפִין לָא עֲבִיד דְּתוֹרַת כֹּהֲנִים קָדִים וְצָרִיךְ לְקַיֵּים זוֹ וְזוֹ סֵדֶר הַכָּתוּב וּמִדְרְשֵׁי הַמִּקְרָאוֹת:
Peut-être serait-il négligent -- et ne les ferait-il pas après le service du jour. Et quant à ce que tu crains, qu'il s'affaiblisse, il n'y a pas lieu de le craindre : à l'égard du service du jour il est zeriz et il renouvelle ses forces. Et il n'accomplit pas non plus tous les moussafim, car Torat Cohanim a la priorité, et il faut satisfaire l'un et l'autre : l'ordre de l'Écriture et les expositions des versets.
💡 Explication

La crainte s'inverse. Ce n'est plus le corps qui inquiète mais la volonté : la pécha, le relâchement qui fait remettre à plus tard et finalement omettre. Puisque le cohen gadol a commencé les agneaux, qu'il aille au bout de ce qu'il peut.

Et l'épuisement ? Il est neutralisé par un principe de tenue : pour le service du jour, le cohen gadol est zeriz -- il retrouve ses forces devant l'enjeu. Rachi ajoute la limite : il n'offre pas pour autant tous les moussafim, car Torat Cohanim garde sa priorité ; il faut satisfaire à la fois l'ordre du texte et les derachot des versets.

9
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת, חַד אַיִל הוּא. כְּמַאן — כְּרַבִּי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: אַיִל אֶחָד הָאָמוּר כָּאן, הוּא הָאָמוּר בְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: שְׁנֵי אֵילִים הֵן, אֶחָד הָאָמוּר כָּאן, וְאֶחָד הָאָמוּר בְּחֹומֶשׁ הַפְּקוּדִים.

Pour tout le monde, en tout cas, il n'y a qu'un seul bélier. Selon qui ?

Selon Rabbi. Car il est enseigné : Rabbi dit -- le un bélier mentionné ici est celui qui est mentionné dans Houmach HaPekoudim.

Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon dit : ce sont deux béliers, l'un mentionné ici et l'autre mentionné dans Houmach HaPekoudim.

📜 Rachi (2)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהָא בֵּין לְר' אֱלִיעֶזֶר בֵּין לְר' עֲקִיבָא חַד אַיִל הוּא דְּצִיבּוּר דְּכוּלְּהוּ אָמְרִי אֵיל הָעָם וְלָא אַיְירֵי בְּאֵיל הַכָּתוּב בְּחֻומַּשׁ הַפְּקוּדִים כְּלָל:
Pour tout le monde, en tout cas -- que ce soit pour Rabbi Eliezer ou pour Rabbi Akiva, il n'y a qu'un seul bélier de la communauté, car tous disent le bélier du peuple et il n'est nullement question du bélier écrit dans Houmach HaPekoudim.
הָאָמוּר כָּאן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וְאַיִל אֶחָד לְעוֹלָה:
Mentionné ici -- dans Torat Cohanim : et un bélier en ola.
🗂️ Tossefot (1)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת חַד אַיִל הוּא כְּמַאן כְּרַבִּי וְאַף עַל גַּב דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן נָמֵי אַיְירֵי בַּבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל וּמַשְׁמַע דְּמוֹדֶה לְתַנָּא קַמָּא דְּאָמַר אֵילוֹ וְאֵיל הָעָם דְּמַשְׁמַע דְּלָא הָוֵי אֶלָּא חַד אַיִל יֵשׁ לוֹמַר דְּוַדַּאי מוֹדֶה לְתַנָּא קַמָּא דִּלְרַבִּי עֲקִיבָא לָא הֲוָה אֶלָּא חַד אַיִל דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בְּר"ש דְּבָרַיְיתָא מַשְׁמַע דְּאַלִּיבָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא קָאָמַר אֲבָל אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ שְׁנֵי אֵילִים הֵן:
Pour tout le monde en tout cas il n'y a qu'un seul bélier ; selon qui ? Selon Rabbi -- et bien que Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon figure lui aussi dans la baraita citée plus haut, ce qui laisse entendre qu'il concède au tana kama disant son bélier et le bélier du peuple, formule impliquant un seul bélier -- on peut dire qu'il concède certes au tana kama que, selon Rabbi Akiva, il n'y avait qu'un seul bélier : car le Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon de la baraita parle manifestement selon l'opinion de Rabbi Akiva. Mais selon sa propre opinion, ce sont deux béliers.
💡 Explication

La guemara relève un présupposé commun à toutes les opinions précédentes : elles parlent toutes du bélier du peuple au singulier, sans jamais compter séparément le bélier des Nombres. Cela n'est possible que si les deux versets désignent une seule bête -- l'opinion de Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi).

Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, lui, en compte deux : un pour le service du jour (Lévitique 16,3) et un pour le moussaf (Nombres 29,8). Tossefot lève la difficulté : dans la baraita précédente, il parlait selon l'opinion de Rabbi Akiva, pas selon la sienne.

🖼️ Schéma
Le bélier du peuple : un seul, ou deux ? Deux versets mentionnent un bélier ; toute la question est de savoir s'ils désignent la même bête Lévitique 16,3 et un bélier en ola Nombres 29,8 un taureau, un bélier, sept agneaux Rabbi -- un seul bélier Le bélier du Lévitique est celui des Nombres. Preuve : le mot ehad -- un. Un veut dire un, pas deux. Et d'où vient alors l'exigence d'une bête de choix ? De mivhar nedarekhem -- le choix de tes vœux (Deutéronome 12,11), qui vaut pour tout. R. Elazar be-R. Chimon -- deux béliers Un pour le service du jour, un pour le moussaf. Alors que fait-il de ehad ? meyouhad che-be-edro -- le plus choisi du troupeau. Il a donc deux sources pour la qualité : ehad pour l'offrande obligatoire (hova), mivhar nedarekhem pour la volontaire (nedava). Et les deux sont nécessaires -- tsrikhi.
Un bélier ou deux : les deux versets, les deux comptes, et le partage des derachot.
10
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי? דִּכְתִיב: ״אֶחָד״. וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, מַאי ״אֶחָד״? מְיֻוחָד שֶׁבְּעֶדְרוֹ.

Quelle est la raison de Rabbi ? Car il est écrit : un.

Et Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, que fait-il de ce un ? Le plus distingué de son troupeau.

💡 Explication

Le mot ehad (un) est le point d'appui de Rabbi : un veut dire un, donc un seul bélier pour les deux versets.

Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon retourne le mot : ehad ne compte pas, il qualifie. Il signifie meyouhad che-be-edro -- l'unique, le plus choisi de son troupeau. Même procédé qu'ailleurs dans le Talmud : un mot de nombre relu comme un mot d'excellence.

11
וְרַבִּי? נָפְקָא לֵיהּ: מִ״מִבְחַר נְדָרֶיךָ״. וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? חַד בְּחוֹבָה, וְחַד בִּנְדָבָה. וּצְרִיכִי.

Et Rabbi ? Il le déduit du verset : le choix de tes vœux.

Et Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon ? L'un porte sur l'offrande obligatoire, l'autre sur l'offrande volontaire.

Et les deux sont nécessaires.

📜 Rachi (1)
וּצְרִיכִי שֶׁיֵּשׁ דַּעַת נוֹטָה לוֹמַר נְדָבָה מֻובְחֶרֶת כְּדֵי שֶׁתְּהֵא מְקֻובֶּלֶת בְּרָצוֹן וְיֵשׁ דַּעַת נוֹטָה לוֹמַר חוֹבָה תְּהֵא מֻובְחֶרֶת כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ יָפֶה:
Et les deux sont nécessaires -- car il y a un raisonnement qui incline à dire que l'offrande volontaire doit être de premier choix, afin qu'elle soit agréée avec faveur ; et il y a un raisonnement qui incline à dire que c'est l'offrande obligatoire qui doit être de premier choix, afin qu'il s'acquitte pleinement de son obligation.
💡 Explication

Si ehad signifie seulement un chez Rabbi, d'où tire-t-il l'exigence d'une bête de premier choix ? De mivhar nedarekhem -- le choix de tes vœux (Deutéronome 12,11), règle générale valant pour toutes les offrandes.

Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon a donc deux sources pour une seule exigence : il les répartit. Ehad vaut pour la hova (l'offrande obligatoire), mivhar nedarekhem pour la nedava (l'offrande volontaire). Et il conclut par tsrikhi -- les deux sont indispensables, aucune ne se déduit de l'autre : chacune a son argument propre, comme l'explique Rachi.

12
קִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו. תָּנוּ רַבָּנַן: ״וּבָא אַהֲרֹן אֶל אֹהֶל מוֹעֵד״. לָמָּה הוּא בָּא? לְהוֹצִיא אֶת הַכַּף וְאֶת הַמַּחְתָּה,

Il sanctifia ses mains et ses pieds (citation de la michna). Nos maîtres ont enseigné : et Aharon viendra à la tente d'assignation.

Pourquoi vient-il ? Pour sortir la coupe et l'encensoir,

💡 Explication

Retour à la michna de 70a, au moment de la quatrième immersion : le cohen gadol sanctifie mains et pieds, se dévêt, s'immerge, revêt les habits de lin et entre au Saint des Saints. Une baraita s'ouvre alors sur le verset qui décrit cette entrée, Lévitique 16,23 : et Aharon viendra à la tente d'assignation.

La question lama hou ba -- pourquoi vient-il ? -- est une question de fond : le verset semble annoncer un service, alors qu'il n'y en a plus. Réponse : cette entrée n'a d'autre objet que de retirer la coupe et l'encensoir laissés le matin. La démonstration, qui établira que toute la section a été dite dans l'ordre, se poursuit au amud suivant.

🖼️ Schéma
La quatrième immersion : une entrée pour une seule chose Le matin, service du Saint des Saints : coupe et encensoir laissés là Vêtements d'or, béliers et moussafim 3e immersion Kidouch mains et pieds, immersion, habits de lin 4e immersion Il entre et sort la coupe et l'encensoir La question de la baraita Et Aharon viendra à la tente d'assignation (Lévitique 16,23) -- pourquoi vient-il ? Réponse : pour rien d'autre que sortir la coupe et l'encensoir. Rien de neuf ne s'y accomplit.
La quatrième immersion : une entrée entière consacrée à la seule sortie de la coupe et de l'encensoir.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).