Yoma 71b -- Fils des nations et fils d'Aharon, puis le compte des brins : huit vêtements, cinq mentions de lin et la gezera chava du torsadage

Yoma 71b

Sougya : Ce amud se coupe en deux moitiees très différentes. La première achève la aggada du cohen gadol : la baraita raconte sa sortie du Temple, la foule qui l'abandonne pour suivre Chemaya et Avtalyon, et la phrase blessante qu'il leur lance -- que viennent en paix les fils des nations.

Leur réponse reprend ses mots sans en changer un seul, mais déplace le critère de la naissance vers la conduite : est fils d'Aharon celui qui poursuit la paix. Rachi range explicitement la phrase du cohen gadol sous l'interdit de onaat devarim, et le Ben Yehoyada ajoute deux griefs -- il ne les a pas salués en face, et il a dit le chalom en araméen et non en langue sainte.

La seconde moitié ouvre le dernier chapitre : le cohen gadol officie en huit vêtements, le cohen ordinaire en quatre, et c'est avec ces huit que l'on consulte les Ourim veToumim -- pour le roi, pour l'av beit din ou pour une nécessité publique, jamais pour un particulier. La guemara enchaîne sur une baraita qui donne le barème du filage : chech vaut six brins, mochzar huit, le me il douze, la parokhet vingt-quatre, le hochen et l'efod vingt-huit.

Tout le reste du daf démontre ces chiffres. Le six vient de cinq mentions surnuméraires de lin dans Chemot 39 ; une digression vérifie au passage que chech signifie bien lin, par le mot bad -- ce qui monte du sol tige par tige -- puis par un verset de Ye'hezkel, ce qui donne l'occasion d'énoncer la règle guemara guemiri lah : le prophète n'appuie qu'une tradition déjà reçue.

Le huit vient d'une gezera chava mochzar-mochzar avec la parokhet, qui transporte le total de vingt-quatre et le divise par les trois couleurs des grenades. Trois tentatives de lui substituer le vingt-huit du hochen échouent successivement : le critère de l'or, le mot ta assenou qui enferme le chiffre dans le hochen seul, et enfin l'argument décisif de Rav Achi -- ve assita exige des parts égales, et vingt-huit ne se divise pas par trois.

Le daf s'interrompt au début de la démonstration du douze du me il.

Yoma 71b : le fil du daf Une bascule nette : on quitte la aggada du cohen gadol pour entrer dans le compte des fils des vêtements À -- Seg 0 à 2 : aggada. Le cohen gadol, Chemaya et Avtalyon La michna disait que le cohen gadol faisait un jour de fête pour ses proches. Une baraita raconte alors sa sortie du Temple. La foule le laisse pour suivre les deux maîtres. Vexé, il les appelle fils des nations ; ils répondent par le mérite d'Aharon. Rachi : la phrase est une onaat devarim, une blessure par la parole -- exactement ce que la Tora interdit. B -- Seg 3 : nouvelle michna. Huit vêtements contre quatre Le cohen gadol officie en huit vêtements, le cohen ordinaire en quatre. C'est avec ces huit que l'on consulte les Ourim veToumim. Et l'on ne consulte que pour le roi, pour l'av beit din, ou pour celui dont la collectivité a besoin -- jamais pour un particulier. C -- Seg 4 : la baraita du barème. Combien de brins par fil ? Chech (lin) : fil double six. Mochzar (torsadé) : huit. Me il : douze. Parokhet : vingt-quatre. Hochen et efod : vingt-huit. Tout le reste du amud n'est que la justification, chiffre par chiffre, de cette liste. D -- Seg 5 à 14 : les derachot, une par chiffre Six (seg 5) : cinq mentions de chech dans Chemot 39 -- une pour le lin, une pour le six, une pour le torsadage, une pour les autres vêtements, une pour rendre la chose indispensable. Digression (seg 6 à 8) : mais chech veut-il vraiment dire lin ? Preuve par bad, ce qui monte tige par tige ; preuve de Ravina par Ye'hezkel -- et la règle qui en sort : guemara guemiri lah, la loi était transmise, le prophète n'a fait que l'appuyer. Huit (seg 9 à 13) : gezera chava mochzar-mochzar avec la parokhet, vingt-quatre en tout, donc huit par couleur. Trois tentatives de tirer vingt-huit du hochen échouent : critère de l'or, mot ta assenou, et surtout ve assita -- vingt-huit n'est pas divisible par trois. Douze (seg 14) : la démonstration commence et déborde sur 72a.
Le trajet du amud : de la aggada de Chemaya et Avtalyon au compte des brins de fil.
Les huit vêtements du cohen gadol (michna, seg 3) Quatre vêtements sont communs à tout cohen ; quatre appartiennent au seul cohen gadol -- ce sont les bigde zahav Les 4 du cohen ordinaire (hedyot) tous en lin blanc -- bigde lavan 1. Ketonet -- la tunique longue 2. Mikhnassayim -- les caleçons de lin 3. Mitsnefet -- le turban 4. Avnet -- la ceinture (4 espèces, 24 brins) Les 4 ajouts du cohen gadol de l'or entre dans trois d'entre eux 5. Hochen -- le pectoral (28 brins, avec or) 6. Efod -- le tablier (28 brins, avec or) 7. Me il -- le manteau bleu (12 brins) 8. Tsits -- la lame d'or du front Conséquence : les Ourim veToumim On ne consulte les Ourim veToumim que par un cohen revêtu des huit vêtements -- c'est ce que Rachi tire des mots be-elou nichalin. Le hochen contient les Ourim veToumim : sans le hochen, donc sans les huit, il n'y a pas de consultation possible. Et la consultation elle-même est réservée à trois demandeurs : le roi, l'av beit din, et celui dont la collectivité a besoin. Aucun particulier ne consulte pour son affaire privée : l'instrument est public, pas personnel.
La michna du seg 3 : huit vêtements, quatre vêtements, et la règle des Ourim veToumim.
Le barème des fils : combien de brins dans un fil ? Règle de base : chaque espèce de matière est filée en six brins ; le total du fil torsadé dépend du nombre d'espèces Pièce Espèces Brins par espèce Total torsadé Ketonet, mitsnefet, mikhnassayim (chech) 1 -- lin 6 6 Avnet -- la ceinture 4 -- lin, tekhelet, pourpre, écarlate 6 24 Parokhet -- le rideau (un ohel, pas un vêtement) 4 6 24 Me il -- le corps du manteau 1 -- tekhelet seule 12 12 Grenades des bords du me il (mochzar) 3 -- tekhelet, pourpre, écarlate 8 24 Hochen et efod -- avec fil d'or 4 + or 7 (6 + 1 d'or) 28 La ligne de fracture du amud Les grenades du me il sont mochzar sans que chech soit dit : d'où vient leur chiffre ? Deux modèles se disputent la place -- la parokhet (24, sans or, mais ce n'est pas un vêtement) et le hochen-efod (28, un vêtement, mais il y a de l'or). Réponse : l'avnet cumule les deux qualités -- vêtement et sans or -- et donne 24, donc 8 par couleur.
Le barème de la baraita (seg 4), que tout le reste du amud vient démontrer.
1
מֵרֵיחַ מַיִם יַפְרִיחַ וְעָשָׂה קָצִיר כְּמוֹ נָטַע״.

-- à l'odeur de l'eau il refleurira et produira une ramure comme un plant (Iyov 14,9).

📜 Rachi (1)
מֵרִיחַ מַיִם בְּנֵי תּוֹרָה:
Les fils de la Tora (les enfants des maîtres d'étude) -- c'est cela, l'eau du verset.
💡 Explication

Fin de la deracha commencée en 71a sur Iyov 14,8-9 : celui dont la souche familiale se dessèche faute de Tora doit se replanter là où il y a de l'eau. L'eau, ici, ce sont les talmide hakhamim -- c'est exactement ce que précise Rachi.

Le conseil pratique qui précède était : que l'on épouse la fille d'un maître d'étude. Le verset fournit l'image : un tronc mort refleurit s'il est mis au contact de l'eau.

2
וְיוֹם טוֹב הָיָה עוֹשֶׂה לְאוֹהֲבָיו. תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּכֹהֵן גָּדוֹל אֶחָד שֶׁיָּצָא מִבֵּית הַמִּקְדָּשׁ וַהֲווֹ אָזְלִי כֻּולֵּי עָלְמָא בָּתְרֵיהּ. כֵּיוָן דְּחַזְיוּנְהוּ לִשְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן, שַׁבְקוּהוּ לְדִידֵיהּ וְאָזְלִי בָּתַר שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן.

Et il faisait un jour de fête pour ceux qui l'aiment (ses proches). Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un cohen gadol sortit du Temple, et tout le monde marchait derrière lui.

Dès qu'ils aperçurent Chemaya et Avtalyon, ils le laissèrent, lui, et s'en allèrent derrière Chemaya et Avtalyon.

💡 Explication

La guemara revient à la dernière ligne de la michna de Yom Kippour : le cohen gadol faisait un jour de fête à sa sortie du Saint des Saints. La baraita raconte alors une scène qui refroidit la fête.

La foule qui l'escortait bifurque en apercevant Chemaya et Avtalyon, les chefs du Sanhédrin -- l'autorité de la Tora l'emporte, en public, sur la charge du Temple. Le cohen gadol se retrouve seul le jour même de sa gloire.

3
לְסוֹף אֲתוֹ שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן לְאִיפְּטוֹרֵי מִינֵּיהּ דְּכֹהֵן גָּדוֹל. אָמַר לָהֶן: יֵיתוֹן בְּנֵי עַמְמִין לִשְׁלָם. אָמְרוּ לֵיהּ: יֵיתוֹן בְּנֵי עַמְמִין לִשְׁלָם דְּעָבְדִין עוֹבָדָא דְאַהֲרֹן, וְלָא יֵיתֵי בַּר אַהֲרֹן לִשְׁלָם דְּלָא עָבֵיד עוֹבָדָא דְאַהֲרֹן.

À la fin, Chemaya et Avtalyon vinrent prendre congé du cohen gadol. Il leur dit : que viennent en paix les fils des nations !

Ils lui répondirent : que viennent en paix les fils des nations, qui accomplissent l'œuvre d'Aharon ; et que ne vienne pas en paix le fils d'Aharon, qui n'accomplit pas l'œuvre d'Aharon.

📜 Rachi (4)
לְסוֹף אֲתוֹ שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן לְאִיפְּטוֹרֵי מִינֵּיהּ לִיטֹּול רְשׁוּת מִמֶּנּוּ וְלִפְרֹושׁ לְצַד בֵּיתָן:
Prendre congé de lui et se retirer vers leur maison.
יֵיתוֹן בְּנֵי עַמְמִין לִשְׁלָם לְשׁוֹן גְּנַאי הוּא לְפִי שֶׁבָּאוּ מִבְּנֵי בָנָיו שֶׁל סַנְחֵרִיב כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף נז:):
C'est une expression de mépris, car ils descendaient des petits-fils de Sanheriv, comme nous le disons au traité Guittin (57b).
דְּעָבְדִי עֻובְדָּא דְּאַהֲרֹן רוֹדְפֵי שָׁלוֹם:
Ceux qui poursuivent la paix.
דְּלָא עָבֵד עוֹבָדָא דְאַהֲרֹן שֶׁהוֹנֵיתָנוּ אוֹנָאַת דְּבָרִים וְאָמַר מָר (ב"מ נח:) לֹא תוֹנוּ אִישׁ אֶת עֲמִיתוֹ (וַיִּקְרָא כ״ה:י״ז) בְּאוֹנָאַת דְּבָרִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר אִם הָיָה בֶּן גֵּרִים לֹא יֹאמַר לוֹ זְכֹור מַעֲשֵׂה אֲבֹותֶיךָ:
Car il nous a lésés par une onaat devarim (une blessure par la parole). Et le Maître a dit (Baba Metsia 58b) : Tu ne léseras pas l'un son prochain (Vayikra 25,17) -- le verset parle de la lésion par la parole : si quelqu un est fils de convertis, on ne lui dira pas souviens-toi des actes de tes pères.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יֵיתוֹן בְּנֵי עַמְמִין לִשְׁלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד הוּא חָשַׁב שֶׁבָּזֶה יִתְכַּבְּדוּ יוֹתֵר לוֹמַר שֶׁהֵם בְּנֵי גֵּרִים, וְעִם כָּל זֶה זָכוּ לְכָל הַכָּבוֹד הַזֶּה נְשִׂיאוּת וְאַב בֵּית דִּין שֶׁלֹּא נִמְצָא בְּיִשְׂרָאֵל אָדָם רָאוּי לְכָךְ כְּמוֹתָם, אָמְנָם הֵם הִקְפִּידוּ כִּי לְעֵינֵי הַשּׁוֹמְעִין נִרְאִין דְּבָרָיו בִּזָּיוֹן וְאוֹנָאַת דְּבָרִים, וְעוֹד רַגְלַיִם לַחֲשָׁד שֶׁלֹּא נָתַן שָׁלוֹם לְנֹכַח, וְעוֹד רַגְלַיִם שֶׁאָמַר הַשָּׁלוֹם בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם וְלֹא אָמְרוּ בִּלְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ כִּי לְשׁוֹן הַקֹּודֶשׁ הוּא בְּתִפְאֶרֶת שֶׁשָּׁם אֲחִיזַת יִשְׂרָאֵל וְהַתַּרְגּוּם בַּמַּלְכוּת שֶׁשָּׁם אֲחִיזַת הַגֵּרִים. וְהֵם הֵשִׁיבוּ לוֹ דְּעָבְדִי עֻובְדָּא דְּאַהֲרֹן שֶׁהָיָה רוֹדֵף שָׁלוֹם וְכֵן עָשִׂינוּ אֲנַחְנוּ אֲשֶׁר מֵאֵלֵינוּ וּמֵעַצְמֵינוּ בָּאנוּ לְכַבֶּדְךָ לִיטֹּול רְשׁוּת מִמְּךָ וְאִם הֲמוֹן הָעָם פֵּירְשׁוּ מִמְּךָ מַה בְּיָדֵינוּ לַעֲשׂוֹת הִנֵּה אֲנַחְנוּ רָדַפְנוּ הַשָּׁלוֹם לְפַיְיסָךְ בִּנְטִילַת רְשׁוּת.
Que viennent en paix les fils des nations. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il pensait les honorer davantage en disant qu'ils étaient fils de guerim (convertis) : et malgré cela ils avaient mérité tout cet honneur, la nessiout et la charge d'av beit din, car il ne s'était trouvé en Israël personne d'aussi digne qu'eux. Eux cependant s'en formalisèrent, car aux yeux de ceux qui écoutaient ses paroles sonnaient comme un mépris et une onaat devarim (blessure par la parole). Il y avait de plus un motif de soupçon : il ne leur avait pas donné le chalom en face. Et un motif encore : il avait dit le chalom en langue araméenne (targoum) et non en langue sainte -- car la langue sainte est dans Tiferet, où se tient l'attache d'Israël, tandis que le targoum est dans Malkhout, où se tient l'attache des guerim. Et eux lui répondirent : ceux qui accomplissent l'œuvre d'Aharon, qui poursuivait la paix -- et c'est ce que nous avons fait nous-mêmes, puisque de notre propre mouvement nous sommes venus t honorer et prendre congé de toi. Et si la foule s'est détournée de toi, qu'y pouvons-nous ? Voici que nous, nous avons poursuivi la paix en cherchant à t apaiser par cette prise de congé.
💡 Explication

Chemaya et Avtalyon étaient des descendants de convertis. En les saluant comme fils des nations, le cohen gadol leur jette leur origine au visage : Rachi dit explicitement que la formule est une insulte, et renvoie à Guittin 57b sur leur ascendance.

La réponse ne change pas un mot de la formule, elle en déplace seulement le critère : ce qui qualifie un homme, ce n'est pas de qui il descend mais ce qu'il fait. Or l'œuvre d'Aharon, c'est de poursuivre la paix -- et c'est le cohen gadol, descendant réel d'Aharon, qui vient d'y manquer.

Rachi ferme le cercle : la phrase du cohen gadol tombe sous le coup de la onaat devarim, la lésion par la parole, dont le cas type enseigne en Baba Metsia 58b est précisément de dire à un fils de convertis souviens-toi des actes de tes pères.

🖼️ Schéma
La même phrase, retournée Le cohen gadol Que viennent en paix les fils des nations Intention : rappeler leur origine, les rabaisser. Rachi : ils descendaient de Sanheriv (Guittin 57b). Il ne leur dit pas chalom en face, et il le dit en araméen, pas en langue sainte (Ben Yehoyada). Chemaya et Avtalyon ... qui font l'œuvre d'Aharon Ils gardent ses mots et déplacent le critère : ce n'est pas la naissance qui décide, c'est la conduite -- poursuivre la paix, comme Aharon. Et le fils d'Aharon qui ne le fait pas, non. Ce que Rachi met dessous Vous ne léserez pas l'un son prochain (Vayikra 25,17) vise la lésion par la parole -- onaat devarim (Baba Metsia 58b). Le cas cité en exemple par le Talmud est exactement celui-ci : si quelqu un est fils de convertis, on ne lui dira pas souviens-toi des actes de tes pères. Le cohen gadol vient de commettre l'interdit type de la michna de l'onaa.
Seg 2 : la même phrase reprise mot pour mot, mais dont le critère est déplacé de la naissance vers la conduite.
4
מַתְנִי׳ כֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ בִּשְׁמוֹנָה כֵּלִים, וְהַהֶדְיוֹט בְּאַרְבָּעָה: בִּכְתֹונֶת וּמִכְנָסַיִם וּמִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט. מוֹסִיף עָלָיו כֹּהֵן גָּדוֹל: חֹשֶׁן וְאֵפוֹד וּמְעִיל וְצִיץ. בְּאֵלּוּ נִשְׁאָלִין בְּאוּרִים וְתֻומִּים. וְאֵין נִשְׁאָלִין אֶלָּא לְמֶלֶךְ וּלְאַב בֵּית דִּין וּלְמִי שֶׁהַצִּיבּוּר צָרִיךְ בּוֹ.

MICHNA. Le cohen gadol officie avec huit vêtements, et le cohen ordinaire avec quatre : la ketonet (tunique), les mikhnassayim (caleçons), la mitsnefet (turban) et l'avnet (ceinture).

Le cohen gadol y ajoute : le hochen (pectoral), l'efod, le me il (manteau) et le tsits (lame d'or). Avec ceux-là on consulte les Ourim veToumim.

Et l'on ne consulte que pour le roi, pour l'av beit din, et pour celui dont la collectivité a besoin.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' בְּכֻתֹּונֶת וּמִכְנָסַיִם וְכוּ' אַהֶדְיוֹט קָאֵי:
Cela se rapporte au cohen ordinaire (hedyot).
בְּאֵלּוּ נִשְׁאָלִים כֹּהֵן הַנִּשְׁאָל בְּאוּרִים וְתֻומִּים צָרִיךְ לִלְבֹּושׁ שְׁמוֹנָה בְּגָדִים:
Le cohen que l'on consulte par les Ourim veToumim doit revêtir les huit vêtements.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui ouvre le dernier chapitre du traité. Elle pose la différence de tenue : quatre vêtements pour tout cohen, huit pour le cohen gadol. Les quatre communs sont ceux de lin ; les quatre ajouts font entrer l'or et les pierres.

Rachi prévient d'une lecture fausse : la liste ketonet, mikhnassayim, mitsnefet, avnet se rapporte au cohen ordinaire, pas au cohen gadol -- c'est la base, et le cohen gadol y ajoute quatre pièces.

Les mots be-elou nichalin (avec ceux-là on consulte) ne désignent pas les seuls quatre ajouts : selon Rachi, le cohen que l'on interroge par les Ourim veToumim doit porter les huit. Et l'instrument n'est pas consultable pour un particulier : seulement pour le roi, l'av beit din, ou une nécessité publique.

🖼️ Schéma
Pour qui consulte-t-on les Ourim veToumim ? Une question est posée au cohen gadol condition préalable : les 8 vêtements Le roi melekh -- affaire d'État L'av beit din chef du tribunal Celui dont la collectivité a besoin Un particulier pour son affaire privée On consulte On ne consulte pas Le point commun des trois cas admis : la réponse engage le public, pas un intérêt privé. Les Ourim veToumim ne sont pas un oracle personnel -- ils sont un organe de gouvernement, logé dans le hochen que seul le cohen gadol porte.
Seg 3 : les trois demandeurs recevables, et le particulier qui ne l'est pas.
5
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן, דְּבָרִים שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן ״שֵׁשׁ״ חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה. ״מָשְׁזָר״ שְׁמוֹנָה. מְעִיל שְׁנֵים עָשָׂר. פָּרֹוכֶת עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה. חֹושֶׁן וְאֵפוֹד עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : les choses à propos desquelles il est dit chech (lin), leur fil est double six.

Mochzar (torsadé), huit. Le me il, douze.

La parokhet, vingt-quatre. Le hochen et l'efod, vingt-huit.

📜 Rachi (4)
גְּמ' דְּבָרִים שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן שֵׁשׁ כֻּולָּהּ מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Tout cela est expliqué plus loin.
חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה שִׁשָּׁה כָּל מִין וּמִין שֶׁבּוֹ:
Six pour chaque espèce qui s'y trouve.
מָשְׁזָר בְּלֹא שֵׁשׁ וְאֵין זֹאת אֶלָּא רִמּוֹנִים:
C'est-à-dire là où chech n'est pas dit -- et il ne s'agit là que des grenades.
שְׁמוֹנָה כָּל חוּט שֶׁל כָּל מִין שֶׁבּוֹ כָּפוּל שְׁמוֹנֶה וְעַל פִּי חֶשְׁבּוֹן זֶה מְעִיל שֶׁכֻּולּוֹ מִין אֶחָד חוּטוֹ כָּפוּל י"ב פָּרֹוכֶת חוּטוֹ כָּפוּל כ"ד שֶׁכָּל מִינִין שֶׁבָּהּ כְּפוּלִין יַחַד וְכֻולָּהּ מְפָרֵשׁ לָהּ לְקַמָּן:
Chaque fil de chaque espèce qui s'y trouve est double huit. Et selon ce calcul : le me il, qui est tout entier d'une seule espèce, son fil est double douze ; la parokhet, son fil est double vingt-quatre, car toutes les espèces qui s'y trouvent sont doublées ensemble. Tout cela est expliqué plus loin.
💡 Explication

La baraita donne un barème de filage : combien de brins entrent dans chaque fil. Rachi précise la clé de lecture, sans laquelle les chiffres paraissent contradictoires : six par espèce de matière, et le total dépend du nombre d'espèces torsadées ensemble.

Rachi ajoute une remarque décisive sur le mot mochzar : il vise les cas où le verset dit torsadé sans dire chech -- et cela ne concerne que les grenades des bords du me il. C'est pour elles que la guemara devra trouver le chiffre huit.

Tout le reste du amud est la démonstration ligne par ligne de cette baraita ; le daf s'arrêtera au milieu de la démonstration du douze.

6
חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה מְנָא לַן — דְּאָמַר קְרָא: ״וַיַּעֲשׂוּ אֶת הַכָּתְנֹת שֵׁשׁ ... וְאֵת הַמִּצְנֶפֶת שֵׁשׁ וְאֶת פַּאֲרֵי הַמִּגְבָּעֹת שֵׁשׁ וְאֶת מִכְנְסֵי הַבָּד שֵׁשׁ מָשְׁזָר״. חֲמִשָּׁה קְרָאֵי כְּתִיבִי: חַד לְגוּפֵיהּ, דְּכִיתָּנָא נִיהְווֹ. וְחַד, שֶׁיְּהֵא חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה. וְחַד, שֶׁיִּהְיוּ שֶׁזּוֹרִין. וְחַד, לִשְׁאָר בְּגָדִים שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶן שֵׁשׁ. וְחַד, לְעַכֵּב.

Que leur fil soit double six -- d'où le tenons-nous ? Car le verset dit : Et ils firent les tuniques de chech ... et le turban de chech, et les parures des mitres de chech, et les caleçons de bad, de chech torsadé (Chemot 39,27-28).

Cinq mentions sont écrites : une pour la chose elle-même, qu'ils soient de lin ; une pour que leur fil soit double six ; une pour qu'ils soient torsadés ; une pour les autres vêtements à propos desquels chech n'a pas été dit ; et une pour rendre la chose indispensable (le akev).

📜 Rachi (4)
חֲמִשָּׁה קְרָאֵי כְּתִיבִי גַּבֵּי הֲדָדֵי וַהֲוָה סַגִּי לֵיהּ בְּחַד וְנִכְתְּבֵיהּ לְבַסּוֹף:
Ils sont écrits les uns à côté des autres, alors qu'une seule mention aurait suffi et qu'on aurait pu l'écrire à la fin.
ה"ג וַיַּעֲשׂוּ אֶת הַכָּתְנֹות שֵׁשׁ וְאֵת הַמִּצְנֶפֶת שֵׁשׁ וְאֶת פַּאֲרֵי הַמִּגְבָּעֹות שֵׁשׁ וְאֶת מִכְנְסֵי הַבָּד שֵׁשׁ מָשְׁזָר וּבַד הוּא שֵׁשׁ הֲרֵי חֲמִשָּׁה וְהַהִיא דְּאַבְנֵט צָרִיךְ לְמִיכְתַּב עַל כָּרְחָךְ דְּאִיכָּא מִינֵי אַחֲרֵינִי בַּהֲדֵיהּ:
Telle est la version : Et ils firent les tuniques de chech, et le turban de chech, et les parures des mitres de chech, et les caleçons de bad de chech torsadé. Et bad, c'est chech -- cela fait donc cinq. Quant à la mention qui concerne l'avnet, il fallait nécessairement l'écrire, puisque d'autres espèces s'y trouvent mêlées.
שֶׁיְּהוּ שֶׁזּוֹרִין יַחַד כֻּולָּן שִׁשָּׁה:
Tous les six ensemble.
לִשְׁאָר בְּגָדִים שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶן שֵׁשׁ שֶׁיְּהֵא אַף הֵן חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי נִינְהוּ:
Que leur fil à eux aussi soit double six ; et plus loin la guemara explique de quels vêtements il s'agit.
💡 Explication

Le mécanisme est celui du surplus : une seule mention aurait suffi à dire que ces vêtements sont de lin. Rachi le formule précisément -- les mentions sont écrites côté à côté, alors qu'il aurait suffi d'en écrire une, à la fin. Chaque mention supplémentaire doit donc enseigner autre chose.

Le mot chech se lit alors sur deux plans à la fois : la matière (le lin) et le nombre (six). Rachi note aussi que bad, dans le verset, vaut comme une cinquième mention de chech.

La cinquième derasha est la plus lourde : le akev, c'est-à-dire que ce n'est pas une simple mitsva de première qualité mais une condition -- un vêtement filé autrement est passoul, et le service accompli avec lui ne vaut pas.

🖼️ Schéma
Cinq mentions de lin, cinq enseignements (Chemot 39,27-28) Une seule mention aurait suffi -- Rachi : elles sont écrites côté à côté, donc chaque surplus enseigne ketonet chech mention 1 mitsnefet chech mention 2 paaré migbaot chech mention 3 mikhnessé bad mention 4 chech mochzar mention 5 1. Pour la chose elle-même : ces vêtements doivent être de lin. 2. Chech se lit aussi six : le fil est doublé six. 3. Les six brins doivent être torsadés ensemble en un seul fil. 4. La règle vaut aussi pour les vêtements où chech n'est pas écrit. 5. Le akev : ce n'est pas un embellissement -- un vêtement mal filé est passoul (invalide).
Seg 5 : cinq mentions du lin dans deux versets, et les cinq enseignements que la guemara en tire.
7
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״שֵׁשׁ״ כִּיתָּנָא הוּא? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: דְּאָמַר קְרָא ״בַּד״ — דָּבָר הָעוֹלֶה מִן הַקַּרְקַע בַּד בַּד. וְאֵימָא עַמְרָא! עַמְרָא אִיפְּצוֹלֵי מִיפַּצְלָא. כִּיתָּנָא נָמֵי אִיפְּצוֹלֵי מִפְּצִיל! כִּיתָּנָא אַגַּב לָקוּתֵיהּ מִפְּצִיל.

D'où déduit-on que ce mot chech désigne le lin ? Rabbi Yossi beré Rabbi Hanina a dit : car le verset dit bad -- une chose qui monte du sol tige par tige (bad bad).

Mais dis plutôt que c'est la laine ! La laine, elle, se fend.

Le lin aussi se fend ! Le lin ne se fend qu'à la suite du battage.

📜 Rachi (4)
דָּבָר הָעוֹלֶה מִן הַקַּרְקַע בַּד בַּד הַפִּשְׁתָּן וְהַקַּנַּבּוֹס אֵין לָהֶן בַּדִּים וַעֲנָפִים כְּעֵצִים אֶלָּא עָלִין וְאֵין הַפִּשְׁתָּן בָּא אֶלָּא מִן הַקָּנֶה הָאֶמְצָעִי:
Le lin et le chanvre n'ont ni branches ni rameaux comme les arbres, mais seulement des feuilles ; et le lin ne provient que de la tige centrale.
מְפַצֵּל יֵשׁ בּוֹ נִימָא מִתְחַלֶּקֶת לִשְׁתַּיִם וְאַל תִּתְמַהּ שֶׁאַף בְּשַׁעַר זָקָן הַתַּחְתּוֹן מָצוּי כֵּן:
Il s'y trouve un brin qui se divise en deux. Et ne t en étonne pas, car cela se rencontre aussi dans le poil de la barbe du bas.
כִּיתָּנָא נָמֵי מִפְּצִיל כְּשֶׁכּוֹתְשִׁין אוֹתוֹ נֶחֱלָק לְכַמָּה פִּיצּוּלִין:
Lorsqu'on le pile, il se divise en plusieurs brins.
אַגַּב לָקוּתֵיהּ שֶׁמַּקִּישִׁין עָלָיו:
Parce qu'on le frappe.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵימָא עַמְרָא מִדְּלָא פָּרֵיךְ וְאֵימָא קַנַּבּוֹס שֶׁגַּם הוּא עוֹלֶה בַּד בְּבַד הָיָה מְדַקְדֵּק רַבֵּינוּ אֶפְרַיִם זצ"ל דְּמַה שֶׁאָנוּ קוֹרִין קַנַּבּוֹס הוּא פִּשְׁתָּן וְאָסוּר לִתְפֹּור בּוֹ בִּגְדֵי צֶמֶר וְרַבֵּינוּ חַיִּים כֹּהֵן זצ"ל דּוֹחֶה דְּהָא דְּלָא פָּרֵיךְ וְאֵימָא קַנַּבּוֹס מִשּׁוּם דִּבְגָדִים כְּתִיב וְכָל בְּגָדִים סְתָם שֶׁבַּתּוֹרָה צֶמֶר וּפִשְׁתִּים וְהִקְשָׁה ריצב"א הַתֵּינַח לְתַנָּא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל דְּסָבַר הָכִי אֲבָל לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ וּמְחַייְּבִי כָּל בְּגָדִים בְּצִיצִית מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּכ"ע אִית לְהוּ דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אֶלָּא דְּגַבֵּי צִיצִית דַּוְקָא מְחֻוייָּבִים כָּל בְּגָדִים דְּמִרַבֵּינַן לְהוּ מִדִּכְתִיב הַכָּנָף מִין כָּנָף א"כ מַאי פָּרִיךְ בְּרֵישׁ פ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ד:) וְהָא תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לֵית לֵיהּ דְּרָבָא וּמְנָא לֵיהּ הָא אִי מִשּׁוּם דְּקָאָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כו:) אַף כֹּל צֶמֶר וּפִשְׁתִּים וּמַסִּיק הָתָם דִּלְצִיצִית אִיצְטְרִיךְ לֵימָא דְּאִיצְטְרִיךְ אַף כֹּל צֶמֶר וּפִשְׁתִּים לְאֵיתוֹיֵי כִּלְאַיִם ואע"ג דְּכִלְאַיִם בְּהֶדְיָא כְּתִיב בְּהוּ צֶמֶר וּפִשְׁתִּים נֵימָא דְּאִיצְטְרִיךְ אַף כָּל כְּדֵי לְאַפְנוֹיֵי צֶמֶר וּפִשְׁתִּים לְמַאי דְּלָא יָדַע אַכַּתִּי הָתָם דְּהַפְנָאָה מִשַּׁעַטְנֵז נָפְקָא עַד מַסְּקָנָא אֶלָּא ע"כ הַכָּנָף הָוֵי פִּי' הַבֶּגֶד וּכְאִילּוּ כָּתַב הַבֶּגֶד וּלְהָכִי פָּרִיךְ ע"כ תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לֵית לֵיהּ דְּרָבָא דְּאִם אִיתָא דִּמְחַייְּבִי בְּצִיצִית כָּל בְּגָדִים מִיִּתּוּרָא דְּהַכָּנָף אִם כֵּן מַאי הַאי דְּקָאָמַר וּפְרָט בְּאֶחָד מֵהֶם צֶמֶר וּפִשְׁתִּים אַף כֹּל צֶמֶר וּפִשְׁתִּים אַדְּגָמַר מִנְּגָעִים דְּהָוֵי צֶמֶר וּפִשְׁתִּים נִגְמַר מִצִּיצִית דִּכְתִיב הַכָּנָף דְּהָוֵי כְּמוֹ הַבֶּגֶד וּמַיְירֵי אַפֵּי' בִּשְׁאָר בְּגָדִים וְלָא דָּמֵי לָאו בֶּגֶד דְּמִרַבֵּינַן מִיִּתּוּרָא דְּאוֹ דִּכְתִיב גַּבֵּי שְׁרָצִים שְׁאָר בְּגָדִים אַפֵּי' לְתַנָּא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (ג"ז טָם) וַאֲפִילּוּ הָכֵי לָא פָּרְכִינַן אַדְּגָמַר ר' יִשְׁמָעֵאל מִנְּגָעִים לִיגְמַר מִשְּׁרָצִים דַּאֲפִילּוּ שְׁאָר בְּגָדִים דְּהָתָם גַּבֵּי שְׁרָצִים מַשְׁמָעוּת בֶּגֶד אֵינוֹ אֶלָּא צֶמֶר וּפִשְׁתִּים וּמֵאוֹ הוּא דְּמִרַבֵּינַן לִשְׁאָר בְּגָדִים לְהָכִי לֵיכָּא לְמֵילַף מִשְּׁרָצִים סְתָם בְּגָדִים הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה וְלֵימָא דְּכָל בְּגָדִים בִּכְלַל אֲבָל הָכָא הַכָּנָף כְּמוֹ הַבֶּגֶד וְאִי סְבִירָא לֵיהּ דְּרָבָא נִגְמַר מֵהַכָּנָף לוֹמַר דְּכָל הֵיכָא דִּכְתִיב בְּגָדִים בִּסְתָם כָּל בְּגָדִים בִּכְלָל וּלְמַאי דְּפָרְשִׁינַן פ' שֵׁנִי דִּזְבָחִים דְּמִכָּל גַּרְעִין שֶׁל פִּשְׁתָּן עוֹלֶה קָנֶה אֶחָד וְלֹא שְׁנֵי קָנִים מִגַּרְעִין אֶחָד נִיחָא דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ וְאֵימָא קַנַּבּוֹס דְּקִים לֵיהּ לַגְּמָרָא דְּכַמָּה קָנִים עוֹלִים מִגַּרְעִין אֶחָד. כָּל זֶה דִּקְדֵּק רִיבָ"א:
Et dis plutôt que c'est la laine -- Du fait que la guemara n'objecte pas et dis plutôt que c'est le chanvre, qui lui aussi monte tige par tige, Rabbenou Efraim z l déduisait que ce que nous appelons chanvre est en réalité du lin, et qu'il est donc interdit de s'en servir pour coudre des vêtements de laine (kilayim). Rabbenou Haim Cohen z l'écarte cette déduction : si la guemara n'objecte pas et dis plutôt que c'est le chanvre, c'est parce que le verset dit begadim (vêtements), et que tout vêtement mentionné sans précision dans la Tora est de laine ou de lin. Le Ritsba objecte : cela va bien selon l'école de Rabbi Yichmael qui pense ainsi, mais selon les Sages qui le contestent et rendent tous les vêtements astreints aux tsitsit, que dire ? Et l'on ne peut pas répondre que tous admettent l'avis de l'école de Rabbi Yichmael, sauf que pour les tsitsit précisément tous les vêtements sont astreints parce qu'on les inclut par ce qui est écrit ha-kanaf, de l'espèce du pan. Car s'il en était ainsi, que signifierait l'objection posée au début du premier chapitre de Yevamot (4b) : mais l'école de Rabbi Yichmael ne tient pas l'avis de Rava -- et d'où le sait-on ? Si c'est parce qu'il est dit au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 26b) de même tout : laine et lin, et qu'on y conclut que cela est nécessaire pour les tsitsit, qu'on dise plutôt que de même tout, laine et lin est nécessaire pour inclure les kilayim ! Et bien que pour les kilayim laine et lin soit écrit explicitement, disons que de même tout est nécessaire afin de rendre disponible (lehafnot) l'expression laine et lin -- car à ce stade on ne savait pas encore là-bas que cette disponibilité se déduit du mot chaatnez, ce qui n'apparaît qu'à la conclusion. Il faut donc dire nécessairement que ha-kanaf signifie le vêtement, comme s'il était écrit le vêtement ; et c'est pourquoi la guemara objecte nécessairement que l'école de Rabbi Yichmael ne tient pas l'avis de Rava. Car s'il était vrai que tous les vêtements sont astreints aux tsitsit par le surplus du mot ha-kanaf, que signifierait alors ce qu'il dit : et il a détaillé dans l'un d'eux laine et lin, de même tout : laine et lin ? Plutôt que d'apprendre des negaim, où il s'agit de laine et de lin, apprenons des tsitsit, où il est écrit ha-kanaf, qui équivaut à le vêtement et vise même les autres étoffes. Et ce n'est pas comparable au ou bien un vêtement d'où l'on inclut, par le surplus du mot ou, les autres étoffes -- expression écrite à propos des cheratsim (bestioles rampantes), et cela même selon l'école de Rabbi Yichmael au chapitre Bameh madlikin (même endroit) ; et pourtant on n'objecte pas là-bas : plutôt que Rabbi Yichmael apprenne des negaim, qu'il apprenne des cheratsim, où même les autres étoffes sont incluses. Car là-bas, à propos des cheratsim, le sens du mot beged n'est que laine et lin, et c'est du mot ou que l'on inclut les autres étoffes ; c'est pourquoi on ne peut pas apprendre des cheratsim pour les vêtements écrits sans précision dans la Tora et dire que tous les vêtements y sont compris. Mais ici, ha-kanaf équivaut à le vêtement, et s'il tenait l'avis de Rava, on apprendrait de ha-kanaf que partout où beged est écrit sans précision, tous les vêtements sont compris. Et selon ce que nous avons expliqué au deuxième chapitre de Zevahim -- que de chaque graine de lin ne monte qu'une seule tige, et non deux tiges d'une seule graine -- tout s'éclaire : la guemara ne pouvait pas objecter et dis plutôt que c'est le chanvre, car elle tenait pour acquis que du chanvre plusieurs tiges montent d'une seule graine. Tout cela a été déduit par le Riva.
💡 Explication

Toute la derasha précédente reposait sur l'équation chech = lin. La guemara la met à l'épreuve. La preuve vient du mot bad, employé pour les mêmes vêtements : bad bad, c'est ce qui monte du sol tige par tige, isolément. Rachi explique que le lin n'a ni branches ni rameaux comme un arbre, et qu'il ne vient que de la tige centrale.

L'objection de la laine est sérieuse : chaque poil pousse séparément lui aussi. La réponse porte sur la fente : le poil de laine se divise de lui-même, ce que Rachi illustre par le poil de barbe. Le lin, lui, ne se fend que sous le coup -- quand on le bat pour le travailler.

Le critère retenu n'est donc pas seulement pousser isolément, mais rester d'un seul brin tant qu'on ne le frappe pas.

🖼️ Schéma
Bad : ce qui monte du sol tige par tige Le mot bad sert de définition ; la guemara teste les candidats un par un Lin -- pichtan Monte tige par tige : une graine, une seule tige (Zevahim, cf. Tossefot). Se fend ? Oui -- mais seulement quand on le bat (agav lakouté). Donc pas de fente spontanée. C'est lui : chech = lin Laine -- tsemer Objection : chaque poil pousse séparément, donc bad bad aussi ? Réponse : la laine se fend d'elle- même -- un poil se divise en deux (Rachi : comme le poil de barbe). Écarte Chanvre -- kanbos La guemara ne l'objecte même pas. Rabbenou Efraim en déduisait que notre chanvre est du lin (kilayim !). Autre réponse : d'une graine de chanvre montent plusieurs tiges. Débat des Tossefot Le critère retenu n'est donc pas monté tige par tige tout court, mais ne se divise pas de lui-même. Le lin ne se fend que sous le coup ; la laine se fend toute seule. Ravina (seg 7) proposera une preuve toute différente, tirée de Ye'hezkel.
Seg 6 : les trois candidats à la définition de bad, et le critère qui départage.
8
רָבִינָא אָמַר מֵהָכָא: ״פַּאֲרֵי פִשְׁתִּים יִהְיוּ עַל רֹאשָׁם וּמִכְנְסֵי פִשְׁתִּים יִהְיוּ עַל מָתְנֵיהֶם״.

Ravina a dit : la preuve vient de là -- Des parures de lin (pichtim) seront sur leur tête, et des caleçons de lin sur leurs reins (Ye'hezkel 44,18).

📜 Rachi (1)
פָּארֵי פִּשְׁתִּים וּבַתּוֹרָה כְּתִיב וְאֶת פַּאֲרֵי הַמִּגְבָּעֹות שֵׁשׁ:
Et dans la Tora il est écrit : et les parures des mitres, de chech.
💡 Explication

Ravina propose une preuve toute différente, non plus étymologique mais lexicale : Ye'hezkel décrit les mêmes pièces d'habillement que la Tora, mais il emploie le mot pichtim, dont le sens de lin ne fait aucun doute.

Rachi souligne le parallélisme exact : là où Ye'hezkel écrit des parures de lin, la Tora écrit et les parures des mitres de chech. Même objet, deux mots -- donc chech est bien le lin.

9
אָמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי: הָא מִקַּמֵּי דְּאָתֵי יְחֶזְקֵאל, מַאן אֲמָרָהּ? וּלְטַעְמִיךְ, הָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: דָּבָר זֶה מִתּוֹרַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ לֹא לָמַדְנוּ, מִדִּבְרֵי יְחֶזְקֵאל בֶּן בּוּזִי לָמַדְנוּ: ״כָּל בֶּן נֵכָר עֶרֶל לֵב וְעֶרֶל בָּשָׂר לֹא יָבֹא אֶל מִקְדָּשִׁי״ — הָא מִקַּמֵּי דְּאָתֵי יְחֶזְקֵאל, מַאן אֲמָרָהּ? אֶלָּא גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ, וַאֲתָא יְחֶזְקֵאל וְאַסְמְכָה אַקְּרָא. הָכָא נָמֵי: גְּמָרָא גְּמִירִי לָהּ, וַאֲתָא יְחֶזְקֵאל וְאַסְמְכָה אַקְּרָא.

Rav Achi lui dit : mais avant que Ye'hezkel ne vienne, qui l'avait donc dit ? -- Et selon ton raisonnement : ce que Rav Hisda a dit -- cette chose, nous ne l'avons pas apprise de la Tora de Moche notre maître, c'est des paroles de Ye'hezkel ben Bouzi que nous l'avons apprise : Aucun fils d'étranger, incirconcis de cœur et incirconcis de chair, n'entrera dans Mon sanctuaire (Ye'hezkel 44,9) -- là aussi, avant que Ye'hezkel ne vienne, qui l'avait dit ? Il faut donc dire qu'ils la tenaient par tradition (guemara guemiri lah), et que Ye'hezkel est venu l'appuyer sur un verset.

Ici aussi : ils la tenaient par tradition, et Ye'hezkel est venu l'appuyer sur un verset.

📜 Rachi (2)
בֶּן נֵכָר שֶׁנִּתְנַכְּרוּ מַעֲשָׂיו לְאָבִיו שֶׁבְּשָׁמַיִם שֶׁהוּא עֲרַל לֵב וְכֵן עֶרֶל בָּשָׂר שֶׁמֵּתוּ אֶחָיו מֵחֲמַת מִילָה לֹא יָבֹא אֶל הַמִּקְדָּשׁ:
Dont les actes se sont rendus étrangers à son Père qui est aux cieux -- c'est cela, l'incirconcis de cœur. Et de même l'incirconcis de chair, celui dont les frères sont morts à cause de la circoncision : il n'entrera pas au Temple.
מַאן אָמַר' מֵאַיִן לָמְדוּ דָּבָר זֶה שֶׁשָּׁנִינוּ בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף טו:) שֶׁהַכֹּהֵן עָרֵל עֲבוֹדָתוֹ פְּסוּלָה:
D'où avait-on appris cette chose que nous avons enseignée au deuxième chapitre de Zevahim (15b), qu'un cohen incirconcis rend son service passoul (invalide) ?
💡 Explication

L'objection de Rav Achi est un principe de méthode : une halakha du Temple ne peut pas avoir attendu un prophète de l'exil pour exister. Si le sens de chech venait de Ye'hezkel, comment aurait-on confectionné les vêtements pendant tout le premier Temple ?

La riposte procède par parallèle : Rav Hisda tire du même chapitre de Ye'hezkel la disqualification du cohen arel (incirconcis), et l'objection s'appliquerait mot pour mot. Puisque la réponse y est évidente, elle vaut aussi ici.

La formule qui en sort est une règle générale du Talmud : guemara guemiri lah -- la loi était reçue par tradition orale, et le verset du prophète ne fait que lui servir d asmakhta, d'appui. Un verset des Neviim ne crée jamais une halakha.

🖼️ Schéma
Un principe de méthode : guemara guemiri lah Objection de Rav Achi Si la preuve vient de Ye'hezkel, comment savait-on la loi avant Ye'hezkel ? Le Temple fonctionnait bien depuis Moche. Riposte : le cas parallèle Rav Hisda tire du même chapitre que le cohen arel (incirconcis) est passoul -- et la question se poserait à l'identique. Guemara guemiri lah, ve-ata Ye'hezkel ve-asmekha a-kra La loi était transmise oralement depuis toujours ; Ye'hezkel n'a fait que lui donner un appui scripturaire À retenir : un verset des Neviim ne crée jamais une halakha nouvelle -- il ne peut que servir d'asmakhta à une tradition déjà reçue.
Seg 8 : l'objection de Rav Achi, le cas parallèle du cohen arel, et la règle qui les résout.
10
״מָשְׁזָר״ שְׁמוֹנָה. מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וַיַּעֲשׂוּ עַל שׁוּלֵי הַמְּעִיל רִמּוֹנֵי תְּכֵלֶת וְאַרְגָּמָן וְתוֹלַעַת שָׁנִי מָשְׁזָר״, וְיָלֵיף ״מָשְׁזָר״ ״מָשְׁזָר״ מִפָּרֹוכֶת, מַה לְהַלָּן עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה — אַף כָּאן עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, דַּהֲוָה כָּל חַד וְחַד תַּמְנֵי.

Mochzar (torsadé), huit -- d'où le tenons-nous ? Car il est écrit : Et ils firent sur les bords du me il des grenades de tekhelet, de pourpre et d'écarlate, torsadées (Chemot 39,24) ; et l'on apprend mochzar de mochzar de la parokhet : de même que là-bas ce sont vingt-quatre, de même ici vingt-quatre -- ce qui fait huit pour chacune des trois espèces.

📜 Rachi (1)
מַה לְהַלָּן עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה שֶׁהֲרֵי ד' מִינִין יֵשׁ בָּהּ וְכָל מִין וּמִין כָּפוּל שֵׁשׁ אַף כָּאן כ"ד וְכָאן ג' מִינִין יֵשׁ דְּהָווּ לְהוּ כָּל חַד וְחַד תַּמְנֵי:
Car il y a là-bas quatre espèces, et chaque espèce est doublée six ; de même ici, vingt-quatre. Or ici il n'y a que trois espèces, ce qui fait huit pour chacune.
🗂️ Tossefot (1)
וְיָלֵיף מָשְׁזָר מָשְׁזָר מִפָּרֹוכֶת מַה לְהַלָּן כ"ד וְכוּ' אֵין לְהַקְשׁוֹת אַדְּרַבָּה נֵילַף הָכִי מַה לְהַלָּן חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה אַף כָּאן כָּל חַד שִׁשָּׁה הֲרֵי י"ח וְתוּ לָא די"ל דְּתֵיבַת מָשְׁזָר גָּמַר מִמָּשְׁזָר דְּהָתָם מַה לְהַלָּן הַשְּׁזִירָה כ"ד אַף כָּאן הַשְּׁזִירָה כ"ד כִּי הָתָם אִי נָמֵי י"ל אִם אִיתָא דְּלָא הֲוָה אֶלָּא י"ח מַאי אִיצְטְרִיךְ שֵׁשׁ יַתִּירָא לִמְעִיל שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ שֵׁשׁ שֶׁיְּהֵא חוּטוֹ כָּפוּל שִׁשָּׁה תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּנֵילַף תְּכֵלֶת תְּכֵלֶת מִפָּרֹוכֶת מַה לְהַלָּן תְּכֵלֶת שֶׁלָּהּ שִׁשָּׁה אַף מְעִיל שֶׁכֻּולּוֹ תְּכֵלֶת חוּטוֹ כָּפוּל שִׁשָּׁה וְלָא הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ כִּדְפָרְכִינַן לְקַמָּן אַדְּרַבָּה נֵילַף מִשּׁוּלָיו דְּשׁוּלָיו נָמֵי אֵין חוּטָן כָּפוּל אֶלָּא שִׁשָּׁה:
Et l'on apprend mochzar de mochzar de la parokhet, de même que là-bas vingt-quatre etc. -- Il ne faut pas objecter : au contraire, apprenons plutôt ainsi -- de même que là-bas leur fil est doublé six, de même ici chacun serait de six, soit dix-huit et pas davantage. Car on peut répondre que c'est le mot mochzar qui est appris du mochzar de là-bas : de même que là-bas le torsadage est de vingt-quatre, de même ici le torsadage est de vingt-quatre, comme la-bas. Ou bien l'on peut répondre : s'il était vrai qu'il n'y ait que dix-huit, à quoi bon la mention surnuméraire de chech pour le me il, à propos duquel chech n'est pourtant pas dit, pour enseigner que son fil est doublé six ? On aurait pu le déduire par la gezera chava tekhelet-tekhelet depuis la parokhet : de même que là-bas sa tekhelet est de six, de même le me il, qui est tout entier de tekhelet, son fil serait doublé six. Et l'on n'aurait pas pu objecter comme on objecte plus loin -- au contraire, apprenons de ses bords -- car les fils de ses bords, eux non plus, ne sont doublés que six.
💡 Explication

Le raisonnement est une gezera chava : le même mot, mochzar, figure pour les grenades du me il et pour la parokhet ; ce qui est dit de l'un est transporté à l'autre.

Rachi donne le calcul de la parokhet : quatre espèces, chacune doublée six, soit vingt-quatre. Ce total de vingt-quatre est ce que la gezera chava transporte. Or les grenades n'ont que trois espèces -- tekhelet, pourpre, écarlate. Vingt-quatre divisé par trois donne huit : c'est le chiffre de la baraita.

Tossefot pose la question naturelle : pourquoi transporter le total plutôt que le six par espèce, ce qui donnerait dix-huit ? Deux réponses -- le mot appris est mochzar, qui désigne le torsadage donc le total ; et si le compte n'était que de dix-huit, la mention surnuméraire de chech pour le me il n'aurait servi à rien.

🖼️ Schéma
La gezera chava mochzar -- mochzar Le mot torsadé est le pont : ce qui se transporte, c'est le total du fil, pas le compte par espèce Source : la parokhet 4 espèces -- lin, tekhelet, pourpre, écarlate 6 brins par espèce 4 x 6 = 24 brins au total et le verset la dit mochzar 24 Cible : les grenades du me il 3 espèces -- tekhelet, pourpre, écarlate total imposé par la gezera chava : 24 24 / 3 = 8 brins par espèce c'est le mochzar huit de la baraita Tossefot demande : pourquoi ne pas transporter plutôt le six par espèce, ce qui donnerait 3 x 6 = 18 ? Réponse : le mot appris est mochzar, qui désigne le torsadage, donc le total torsadé -- et si c'était 18, le chech surnuméraire du me il serait inutile, puisqu'on aurait pu l'apprendre par tekhelet-tekhelet depuis la parokhet.
Seg 9 : ce que la gezera chava transporte -- le total de vingt-quatre, non le compte par espèce.
11
וְנֵילַף מֵחֹשֶׁן וְאֵפוֹד: מַה לְהַלָּן עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה, אַף כָּאן עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה! דָּנִין דָּבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ זָהָב, מִדָּבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ זָהָב, לְאַפּוֹקֵי חֹשֶׁן וְאֵפוֹד שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן זָהָב. אַדְּרַבָּה: דָּנִין בֶּגֶד מִבֶּגֶד, לְאַפּוֹקֵי פָּרֹוכֶת — דְּאֹהֶל הוּא!

Mais apprenons plutôt du hochen et de l'efod : de même que là-bas ce sont vingt-huit, de même ici vingt-huit ! -- On déduit une chose à propos de laquelle l'or n'est pas mentionné d'une chose à propos de laquelle l'or n'est pas mentionné, à l'exclusion du hochen et de l'efod, à propos desquels l'or est mentionné. -- Au contraire : on déduit un vêtement d'un vêtement, à l'exclusion de la parokhet, qui est une tenture (un ohel) !

💡 Explication

La guemara conteste le choix du modèle. Deux critères de rapprochement s'affrontent, et ils ne désignent pas le même candidat :

Critère de l'or : les grenades n'ont pas d'or, la parokhet non plus, mais le hochen et l'efod si -- avantage à la parokhet. Critère du vêtement : les grenades appartiennent au me il, qui est un vêtement, comme le hochen et l'efod ; la parokhet, elle, n'est pas un vêtement mais un ohel, une pièce de la structure -- avantage au hochen.

La guemara laisse ici les deux critères en tension. La sortie viendra au segment suivant, par un troisième objet qui satisfait les deux.

🖼️ Schéma
De qui apprendre les grenades : deux critères qui se contredisent Les grenades du me il 24 brins ou 28 brins ? Candidat 1 : la parokhet -- 24 OUI sans or : comme les grenades NON vêtement : c'est un ohel, une pièce de la structure du Michkan On déduit un objet sans or d'un objet sans or Candidat 2 : hochen et efod -- 28 OUI vêtement : porté par le cohen gadol NON sans or : le fil d'or y est explicite, et c'est lui qui fait le 7e brin On déduit un vêtement d'un vêtement Seg 11 -- sortie par le haut : l'avnet La ceinture est un vêtement ET ne comporte pas d'or : elle cumule les deux critères, sans en sacrifier aucun. Elle vaut 24 brins -- donc 24 pour les grenades, donc 8 par couleur. Le chiffre de la baraita est confirmé.
Seg 10-11 : deux critères qui se contredisent, et l'avnet qui les réconcilie.
12
אֶלָּא: דָּנִין מֵאַבְנֵט, וְדָנִין בֶּגֶד וְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ זָהָב, מִבֶּגֶד וְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ זָהָב, וְאֵין דָּנִין דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ זָהָב מִדָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ זָהָב.

Plutôt : on déduit de l'avnet -- on déduit un vêtement et une chose à propos de laquelle l'or n'est pas mentionné, d'un vêtement et d'une chose à propos de laquelle l'or n'est pas mentionné ; et l'on ne déduit pas une chose où il n'y a pas d'or d'une chose où il y a de l'or.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מֵאַבְנֵט דְּיֵשׁ בּוֹ נָמֵי אַרְבַּע מִינִין וְכָל אֶחָד כָּפוּל שִׁשָּׁה וּכְשֶׁשּׁוֹזְרָן יַחַד הָווּ לְהוּ כ"ד:
Car il comporte lui aussi quatre espèces, chacune doublée six ; et lorsqu'on les torsade ensemble, cela fait vingt-quatre.
💡 Explication

Sortie par le haut : l avnet, la ceinture, cumule les deux qualités. C'est un vêtement (donc le second critère est satisfait) et l'or n'y est pas mentionné (donc le premier l'est aussi). Aucun des deux critères n'a besoin d'être sacrifié.

Rachi donne son compte : l'avnet comporte quatre espèces, chacune doublée six, et lorsqu'on les torsade ensemble cela fait vingt-quatre. On retombe donc exactement sur le chiffre que la gezera chava avec la parokhet avait donné -- et donc sur huit par couleur pour les grenades.

13
רַב מָרִי אָמַר: ״תְּעַשְּׁנוּ״ כְּתִיב. תֵּעָשְׁנוּ לָזֶה, וְלֹא לְאַחֵר.

Rav Mari a dit : il est écrit ta assenou (tu le feras) -- tu le feras ainsi pour celui-ci, et non pour un autre.

📜 Rachi (1)
תֵּעָשְׁנוּ כְּתִיב בַּחֹשֶׁן לְפִיכָךְ אֵין לְמֵידִין מִמֶּנּוּ:
C'est écrit à propos du hochen ; c'est pourquoi on n'en tire pas d'enseignement pour autre chose.
💡 Explication

Rav Mari coupe court autrement, sans peser des critères. Le verset dit du hochen : comme l'ouvrage de l'efod tu le feras (Chemot 28,15). Le suffixe singulier enferme la règle des vingt-huit brins dans le hochen seul.

Rachi le dit en une ligne : c'est écrit à propos du hochen, c'est pourquoi on n'en tire rien pour autre chose. Le hochen cesse donc d'être disponible comme modèle : la question du segment 10 se dissout au lieu de se trancher.

14
רַב אַשִּׁי אָמַר: ״וְעָשִׂיתָ״ כְּתִיב, שֶׁיִּהְיוּ כָּל עֲשִׂיּוֹת שָׁווֹת. וְהֵיכִי נַעֲבִיד? נֶעְבֵּיד תְּלָתָא דְּעַשְׂרָה עַשְׂרָה — הָווּ לְהוּ תְּלָתִין! נֶעְבֵּיד תְּרֵי דְּתִשְׁעָה תִּשְׁעָה וְחַד דְּעַשְׂרָה — אֲמַר קְרָא: ״וְעָשִׂיתָ״, שֶׁיִּהְיוּ כָּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת.

Rav Achi a dit : il est écrit ve assita (et tu feras) -- que toutes ses façons soient égales. Et comment ferait-on ?

Faisons trois fils de dix chacun -- cela ferait trente ! Faisons-en deux de neuf et un de dix -- le verset dit ve assita, que toutes ses façons soient égales.

📜 Rachi (1)
וְעָשִׂיתָ כְּתִיב בְּרִמּוֹנִים שֶׁיְּהוּ עֲשׂוּיוֹת כָּל הַמִּינִין שֶׁבּוֹ שָׁווֹת הִלְכָּךְ לֹא אֶפְשָׁר בכ"ח דְּהֵיכִי לֶיעֱבֵיד וְכוּ':
C'est écrit à propos des grenades : que toutes les espèces qui s'y trouvent soient faites égales. Dès lors, vingt-huit est impossible -- car comment ferait-on ? etc.
💡 Explication

Le dernier barrage est purement arithmétique, et c'est le plus solide : le mot ve assita, écrit à propos des grenades, exige que toutes les façons soient égales -- les trois couleurs doivent avoir le même nombre de brins.

Or vingt-huit ne se partage pas en trois parts entières et égales. Dix plus dix plus dix fait trente, un de trop ; neuf, neuf et dix fait bien vingt-huit, mais les parts sont inégales. Rachi résume : vingt-huit est donc impossible.

Il ne reste que des totaux divisibles par trois -- ce que donne précisément la parokhet, ou l'avnet, avec vingt-quatre. Huit par couleur.

🖼️ Schéma
Pourquoi 28 est arithmétiquement impossible Ve assita : que toutes les façons soient égales -- les trois couleurs doivent avoir le même nombre de brins Essai 1 : 10 + 10 + 10 = 30 Les parts sont bien égales, mais le total dépasse : il faut 28, pas 30. Essai 2 : 9 + 9 + 10 = 28 Le total tombe juste, mais les parts sont inégales -- ve assita l'interdit. Solution : 8 + 8 + 8 = 24 Parts égales et total conforme à la gezera chava. Le modèle doit donc être divisible par 3. Trois barrages successifs contre le chiffre 28 : le critère de l'or (seg 10-11), le mot ta assenou qui enferme le 28 dans le hochen seul (seg 12, Rav Mari), et enfin cette impossibilité arithmétique (seg 13, Rav Achi). Le dernier est le plus fort : il ne dépend d'aucune comparaison, seulement du fait que 28 ne se partage pas en trois parts entières et égales.
Seg 13 : les deux essais de répartition de vingt-huit en trois couleurs, et pourquoi seul vingt-quatre tient.
15
מְעִיל שְׁנֵים עָשָׂר, מְנָא לַן — דִּכְתִיב: ״וְעָשִׂיתָ אֶת מְעִיל הָאֵפוֹד

Le me il, douze -- d'où le tenons-nous ? Car il est écrit : Et tu feras le me il de l'efod ...

💡 Explication

La guemara passe au chiffre suivant du barème : le corps du me il, qui est tout entier de tekhelet, une seule espèce, et dont le fil est pourtant doublé douze et non six.

La citation s'interrompt en pleine phrase : la démonstration se poursuit au début de Yoma 72a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).