Yoma 72a -- Les derniers chiffres du barème des fils, puis trois interdits du Temple : ne pas déchirer, ne pas détacher, ne pas retirer

Yoma 72a

Sougya : Ce amud se lit en trois mouvements. Le premier achève le barème des fils commencé en 71b.

Le me il vaut douze brins : six par une gezera chava tekhelet-tekhelet avec la parokhet, doublés parce que kelil signifie une tresse. Une objection propose de déduire plutôt des grenades du me il, qui sont à huit, et deux principes de déduction s'affrontent sans vainqueur -- on déduit un keli d'un keli, mais on déduit aussi le corps d'un objet de son propre corps.

La guemara revient alors à la cinquième mention de chech, qui couvrait justement les vêtements où chech n'est pas écrit. La parokhet donne vingt-quatre sans discussion possible ; le hochen et l'efod donnent vingt-huit, et toute la difficulté porte sur les quatre brins d'or : Rav Aha bar Yaakov les tire du mot petilim, un pluriel minimal de deux que l'on coupe en deux, et Rav Achi les confirme par ve assita, qui exige des parts égales -- un brin d'or par couleur, ni huit ni six.

Le deuxième mouvement quitte le filage pour la halakha : déchirer un vêtement de kehouna, déplacer le hochen de l'efod, retirer les barres de l'arche sont trois actes passibles de malkout. Rav Aha bar Yaakov objecte deux fois que le verset pourrait n'énoncer qu'une consigne de fabrication, et deux fois la réponse est la même -- le texte dit lo yikarea, non che-lo yikarea : sans particule de finalité, c'est une défense.

Le troisième mouvement résout la contradiction sur les barres de l'arche par la formule mitparkin ve ein nichmatin, que Rachi explique par la forme même des barres, épaisses aux extrémités et fines au milieu, puis lit trois fois le mot omdim des planches d'acacia -- le sens de leur croissance, le maintien de leur revêtement d'or, et surtout la promesse qu'enfouies elles subsistent pour toujours. Le daf s'interrompt sur la question des bigde ha-serad, dont la réponse ouvre 72b.

Yoma 72a : le fil du daf On solde le barème des fils, puis on passe à trois interdits de la Tora, puis à l'arche et aux planches À -- Seg 0 à 6 : la fin du barème. Douze, vingt-quatre, vingt-huit Le me il : kelil tekhelet, et gezera chava tekhelet-tekhelet avec la parokhet -- six brins ; kelil veut dire tresse, donc double : douze. Objection : apprenons plutôt des grenades du me il, qui sont à huit. Rejet, puis contre-rejet -- et la guemara revient à la cinquième mention de chech de 71b. La parokhet, vingt-quatre : quatre espèces de six, évident. Le hochen et l'efod, vingt-huit : vingt-quatre plus quatre brins d'or -- quatre établi par vekitzetz petilim, puis par le ve assita de Rav Achi. B -- Seg 7 et 8 : trois interdits, une seule mécanique Rahava au nom de Rav Yehouda : déchirer un vêtement de kehouna, malkout -- lo yikarea. Rabbi Elazar : déplacer le hochen de l'efod, ou retirer les barres de l'arche, malkout -- lo yizah, lo yassourou. Deux fois, Rav Aha bar Yaakov objecte : et si le verset ne faisait que donner une raison technique ? Deux fois, même réponse : le verset dit lo yikarea, pas che-lo yikarea -- une défense, pas une explication. C -- Seg 9 et 10 : les barres de l'arche, deux versets contradictoires Lo yassourou mimenou dit qu'elles ne quittent jamais les anneaux ; ve houva et badav batabaot dit qu'on les y fait entrer. Réponse de Rabbi Yossi be-rabbi Hanina, confirmée par une baraita : mitparkin ve ein nichmatin -- elles jouent dans l'anneau mais ne peuvent pas en sortir. Rachi : épaisses aux extrémités, fines au milieu. D -- Seg 11 et 12 : les planches dressées, puis les bigde hasrad Rabbi Hama be-rabbi Hanina lit trois fois le mot omdim des planches d'acacia : elles se tiennent dans le sens de leur croissance ; elles maintiennent leur revêtement d'or ; et surtout -- même enfouies, leur espérance n'est pas perdue : elles subsistent pour toujours et à jamais. Le daf s'arrête sur la question ouverte des bigde hasrad -- la réponse est au début de 72b.
Vue d ensemble : le daf passe du calcul des brins à trois interdits, puis aux barres de l arche et aux planches.
Le barème complet des fils -- ce que 71b et 72a démontrent, ligne par ligne Un fil est toujours un toron de plusieurs brins. La baraita donne cinq chiffres ; chaque chiffre a sa preuve Objet Brins D'où vient le chiffre Ou chech (lin simple) tunique, pantalon, mitre, avnet 6 Cinq mentions de chech dans Chemot 39, dont une pour le chiffre six lui-même 71b mochzar (torsadé) chaque couleur prise à part 8 Gezera chava mochzar-mochzar avec la parokhet : 24 partagés en trois couleurs 71b me il tout entier de tekhelet 12 Six par gezera chava tekhelet-tekhelet, puis double car kelil veut dire tresse 72a seg 0-2 parokhet le rideau du saint des saints 24 Quatre espèces de six brins chacune -- ni jugement ni juge, la chose est évidente 72a seg 3 hochen et efod seuls à contenir de l'or 28 Vingt-quatre pour les quatre espèces, plus quatre brins d'or -- le total sort de deux preuves successives : vekitzetz petilim, puis le ve assita de Rav Achi 72a seg 4-6 À retenir Le hochen et l'efod sont les seuls à dépasser 24, et cet écart tient entièrement aux quatre brins d'or -- un par couleur.
Le barème des fils dans son entier -- les trois dernières lignes sont démontrées dans ce amud.
Trois interdits du Temple, un seul mécanisme de lecture (seg 7 et 8) Chaque fois : un verset au futur négatif, une objection de Rav Aha bar Yaakov, et la même réponse grammaticale 1. Déchirer un vêtement Rahava au nom de Rav Yehouda lo yikarea il ne se déchirera pas Chemot 28:32 (le me il) 2. Déplacer le hochen Rabbi Elazar lo yizah il ne se détachera pas de l'efod Chemot 28:28 3. Retirer les barres Rabbi Elazar lo yassourou elles ne se retireront pas Chemot 25:15 (l'arche) Objection de Rav Aha bar Yaakov -- et si ce n'était pas une défense ? Peut-être la Tora explique-t-elle simplement pourquoi faire un ourlet, ou pourquoi serrer les attaches : afin que cela ne se déchire pas, afin que cela ne bouge pas. Ce serait une consigne de fabrication, pas un interdit passible de malkout. Réponse de la guemara -- un seul mot fait toute la différence Est-il écrit che-lo yikarea, che-lo yizah, che-lo yassourou (afin que) ? Non. Le verset dit lo yikarea, lo yizah, lo yassourou. Sans la particule che, ce n'est pas une finalité : c'est une défense. Donc malkout dans les trois cas.
La mécanique commune aux trois interdits : lo, et non che-lo.
1
כְּלִיל תְּכֵלֶת״, וְיָלֵיף ״תְּכֵלֶת״ ״תְּכֵלֶת״ מִפָּרֹוכֶת: מַה לְהַלָּן שִׁשָּׁה, אַף כָּאן שִׁשָּׁה.

... entièrement de tekhelet -- et l'on apprend le mot tekhelet d'ici par le mot tekhelet de la parokhet : de même que là-bas ce sont six brins, de même ici six brins.

📜 Rachi (1)
כָּלִיל גְּדִיל וְאֵין גְּדִיל פָּחוֹת מִשְּׁנַיִם:
Kelil signifie gadil, une tresse -- et il n'y a pas de tresse à moins de deux.
💡 Explication

Le daf reprend en pleine phrase la démonstration commencée à la fin de 71b : d'où vient que le fil du me il compte douze brins ? Le verset le décrit kelil tekhelet, entièrement de tekhelet ; le mot tekhelet sert alors de crochet pour une gezera chava avec la parokhet, où chaque couleur vaut six brins.

Six, donc -- mais le chiffre annoncé était douze. Rachi comble l'écart : kelil signifie gadil, une tresse, et il n'y a pas de tresse à moins de deux. Le fil est donc double : six brins pris deux fois, douze.

2
וְנֵילַף מִשּׁוּלָיו וְרִמּוֹנָיו — מַה לְהַלָּן שְׁמוֹנָה, אַף כָּאן שְׁמוֹנָה! דָּנִין כְּלִי מִכְּלִי, וְאֵין דָּנִין כְּלִי מִתַּכְשִׁיט כְּלִי.

Et apprenons-le plutôt de son ourlet et de ses grenades -- de même que là-bas huit, de même ici huit ! [Réponse :] on déduit un ustensile à partir d'un ustensile, et l'on ne déduit pas un ustensile à partir de l'ornement d'un ustensile.

📜 Rachi (1)
וְאֵין דָּנִין כְּלִי מִתַּכְשִׁיט כְּלִי רִמּוֹנִים קִשּׁוּטוֹ שֶׁל מְעִיל הֵן:
Les grenades sont la parure du me il.
💡 Explication

Objection immédiate : pourquoi aller chercher la parokhet, qui est un objet différent, alors que le me il porte lui-même des grenades à son ourlet, et que ces grenades sont filées à huit brins par couleur ?

Réponse : les règles de déduction ont une hiérarchie. On rapproche un keli d'un autre keli -- le me il et la parokhet sont tous deux des ustensiles à part entière -- et l'on ne rapproche pas un keli d'un simple tachkit, l'ornement d'un keli. Rachi le précise : les grenades ne sont que la parure du me il.

3
אַדְּרַבָּה: דָּנִין גּוּפוֹ מִגּוּפוֹ, וְאֵין דָּנִין גּוּפוֹ מֵעָלְמָא. הַיְינוּ דְּאָמְרִינַן: לִשְׁאָר בְּגָדִים שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶן ״שֵׁשׁ״.

Au contraire : on déduit le corps de l'objet à partir de son propre corps, et l'on ne déduit pas son corps à partir de ce qui lui est extérieur ! [Réponse :] c'est précisément ce que nous avons dit -- [la cinquième mention de chech vaut] pour les autres vêtements dans lesquels chech n'est pas dit.

💡 Explication

La contre-objection retourne l'argument : la proximité compte davantage que le statut. Les grenades appartiennent au me il lui-même, alors que la parokhet lui est étrangère ; on devrait donc déduire le corps du me il de ce qui est attaché à son corps.

La guemara ne tranche pas entre les deux principes -- elle abandonne la gezera chava. Elle rappelle que la cinquième mention de chech de la baraita de 71b servait justement à étendre le chiffre six aux vêtements où le mot chech n'est pas écrit, et le me il en fait partie. Six par cette derache, douze par le doublement de kelil.

🖼️ Schéma
Douze brins pour le me il : deux sources concurrentes, et pourquoi aucune ne gagne Piste 1 -- la parokhet gezera chava tekhelet-tekhelet La parokhet : six brins par couleur donc le me il : 6, double = 12 Argument pour : on déduit un keli (vêtement) à partir d'un autre keli Piste 2 -- les grenades du me il Elles sont cousues au bas du me il Leurs fils : huit brins par couleur donc le me il : 8 ? Argument pour : on déduit le corps de l'objet à partir de son propre corps objection : les grenades sont plus proches objection : ce ne sont qu'un ornement, pas un keli Match nul -- les deux principes de déduction se neutralisent Keli contre keli d'un côté, corps contre corps de l'autre : aucun ne l'emporte, la gezera chava ne peut pas trancher. Sortie : on revient à la cinquième mention de chech (71b) Elle était justement là pour les vêtements où chech n'est pas écrit -- dont le me il. Six par elle, douze par kelil.
Seg 0 à 2 : les deux gezerot chavot possibles pour le me il, leur neutralisation, et la sortie par la cinquième mention de chech.
4
פָּרֹכֶת עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה — אַרְבָּעָה דְּשִׁיתָּא שִׁיתָּא, לָא דִּינָא וְלָא דַּיָּינָא.

La parokhet, vingt-quatre : quatre [espèces] de six brins chacune -- il n'y a là ni jugement ni juge.

📜 Rachi (2)
אַרְבָּעָה דְּשִׁיתָּא שִׁיתָּא אַרְבַּעַת מִינִין שֶׁל שֵׁשׁ שֵׁשׁ דְּהָא נֶאֱמַר בּוֹ שֵׁשׁ וְאָמַר מַר דְּבָרִים שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן שֵׁשׁ חוּטָן כָּפוּל שִׁשָּׁה:
Les quatre espèces sont à six brins chacune, puisque chech est dit à son propos, et le maître a dit : les objets dont il est dit chech, leur fil est double six.
לָא דִּינָא וְלָא דַּיָּינָא אֵין סָפֵק וְעִרְעוּר בַּדָּבָר:
Il n'y a ni doute ni contestation en la matière.
💡 Explication

Ligne suivante du barème, et la plus simple. La parokhet est faite de quatre matières -- tekhelet, argaman, tola at chani et chech -- et chacune vaut six brins. Quatre fois six : vingt-quatre.

L'expression lo dina ve-lo dayana, ni jugement ni juge, est une formule de la guemara pour dire qu'il n'y a là ni doute ni contestation possible. Le chiffre six pour chaque espèce a déjà été établi, et l'addition ne demande aucune derache.

5
חֹושֶׁן וְאֵפוֹד עֶשְׂרִים וּשְׁמוֹנָה מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וְעָשִׂיתָ חֹשֶׁן מִשְׁפָּט מַעֲשֵׂה חֹושֵׁב כְּמַעֲשֵׂה אֵפֹוד תַּעֲשֶׂנּוּ זָהָב תְּכֵלֶת וְאַרְגָּמָן וְתוֹלַעַת שָׁנִי וְשֵׁשׁ מָשְׁזָר״, אַרְבָּעָה דְּשִׁיתָּא שִׁיתָּא — עֶשְׂרִין וְאַרְבָּעָה, זָהָב — אַרְבָּעָה, הָא עֶשְׂרִין וּתְמָנְיָא.

Le hochen et l'efod, vingt-huit -- d'où le tenons-nous ? Car il est écrit : Et tu feras le pectoral du jugement, ouvrage d'artiste ; tu le feras comme l'ouvrage de l'efod : d'or, de tekhelet, de pourpre, de cramoisi et de lin torsadé.

Quatre [espèces] de six brins chacune -- vingt-quatre ; l'or -- quatre ; voilà vingt-huit.

💡 Explication

Dernier chiffre du barème, et le seul qui dépasse vingt-quatre. Le verset (Chemot 28:15) énumère cinq matières et non quatre : l'or s'ajoute aux quatre couleurs habituelles.

Les quatre couleurs donnent leurs vingt-quatre brins comme partout ailleurs. L'or apporte les quatre brins restants -- un par couleur, comme la suite va l'établir. Total : vingt-huit.

Toute la difficulté du passage tient à ce chiffre quatre attribué à l'or : pourquoi pas six, comme les autres ? Deux amoraim vont y répondre successivement.

🖼️ Schéma
Comment on arrive à vingt-huit dans le hochen et l'efod Le verset Chemot 28:15 énumère cinq matières ; quatre donnent six brins, la cinquième est l'or tekhelet 6 bleu azur argaman 6 pourpre tola at chani 6 cramoisi chech mochzar 6 lin torsadé zahav (or) 4 un brin par couleur 4 x 6 = 24, plus 4 d'or 28 brins par fil Le point litigieux : pourquoi l'or vaut-il quatre et non six ? Toute la difficulté du passage est là. Deux réponses vont se succéder : celle de Rav Aha bar Yaakov, tirée du mot petilim (un pluriel minimal de deux, chacun coupe en deux), puis celle de Rav Achi, tirée de ve assita -- toutes les façons égales. Un brin d'or est mélangé à chacune des quatre couleurs : quatre brins, pas un de plus.
Seg 4 : la décomposition du fil du hochen -- quatre couleurs à six brins, plus quatre brins d'or.
6
וְאֵימָא זָהָב נָמֵי שִׁשָּׁה! אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, אֲמַר קְרָא: ״וְקָצַץ פְּתִילִים״. ״פָּתִיל״, ״פְּתִילִים״ — הֲרֵי כָּאן אַרְבָּעָה.

Et dis donc que l'or aussi soit de six ! Rav Aha bar Yaakov a dit : le verset dit -- et il coupa [l'or] en fils.

Fil, fils -- voilà quatre ici.

📜 Rachi (1)
וְקָצַץ פְּתִילִים פְּתִילִים מַשְׁמַע תְּרֵין וּכְשֶׁקּוֹצֵץ כָּל אֶחָד לִשְׁנַיִם הֲוָה לְהוּ ד':
Petilim (des fils) implique deux, et lorsqu'il coupe chacun en deux, cela fait quatre.
💡 Explication

La question est naturelle : l'or figure dans la même liste que les quatre couleurs, pourquoi ne suivrait-il pas le même régime de six brins ?

Rav Aha bar Yaakov répond par le vocabulaire de Chemot 39:3 : vekitzetz petilim, et il coupa des fils. Rachi décompose le calcul : petilim, un pluriel, vaut au minimum deux ; et puisque le verset dit qu'on les coupe, chacun est fendu en deux -- ce qui donne quatre brins, pas six.

7
רַב אַשִּׁי אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״לַעֲשׂוֹת בְּתוֹךְ הַתְּכֵלֶת וּבְתוֹךְ הָאַרְגָּמָן״. הֵיכִי נַעֲבִיד? נַעֲבֵיד אַרְבְּעָה דִּתְרֵי תְּרֵי — הָווּ לְהוּ תְּמָנְיָא. נַעֲבֵיד תְּרֵי דִּתְרֵי תְּרֵי, וּתְרֵי דְּחַד חַד — ״וְעָשִׂיתָ״, שֶׁיִּהְיוּ כָּל עֲשִׂיּוֹתָיו שָׁווֹת.

Rav Achi a dit : le verset dit -- pour le travailler au milieu de la tekhelet et au milieu de la pourpre. Comment ferions-nous ?

Faisons quatre [fils] de deux brins chacun -- cela ferait huit. Faisons-en deux de deux brins et deux d'un seul brin -- [non, car il est dit] ve assita : que toutes ses façons soient égales.

📜 Rachi (2)
רַב אָשֵׁי אָמַר הַייְנוּ טַעְמָא דְּזָהָב ו' לֹא אֶפְשָׁר דְּכָתַב בֵּיהּ לַעֲשׂוֹת אוֹתוֹ בְּתוֹךְ הַתְּכֵלֶת וּבְתוֹךְ הָאַרְגָּמָן מַשְׁמַע שֶׁיְּעָרֵב מִמֶּנּוּ עִם כָּל מִין וָמִין:
Rav Achi a dit -- voici la raison pour laquelle l'or ne peut pas être à six : il est écrit à son propos qu'il faut le travailler au milieu de la tekhelet et au milieu de la pourpre, ce qui indique qu'il en mêle à chacune des espèces.
נִיעַבֵּיד אַרְבָּעָה הַמִּינִין דִּתְרֵי תְּרֵי חוּטִין שֶׁל זָהָב הָווּ לְהוּ תְּמָנְיָא שֶׁל זָהָב:
Faisons quatre -- les [quatre] espèces avec deux fils d'or chacune : cela ferait huit brins d'or.
🗂️ Tossefot (1)
נַעֲבֵיד אַרְבְּעָה דִּתְרֵי תְּרֵי הָווּ לְהוּ תְּמָנְיָא וְאִם תֹּאמַר אִין הָכִי נָמֵי נְעַבֵּיד זָהָב תְּמָנְיָא מִנָּלַן אַרְבָּעָה וְתוּ לָא יֵשׁ לוֹמַר פְּתִילִים כְּתִיב מִיעוּט פְּתִילִים שְׁנַיִם וּכְשֶׁנְּקַצֵּץ כָּל אֶחָד הָווּ לְהוּ ד' וְאִי אָמְרַתְּ תְּמָנְיָא א"כ אֵין לַדָּבָר סוֹף אֵימָא ק' וְאֵימָא אֶלֶף וְתָפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ וְהָא דְּפָרִיךְ וְאֵימָא זָהָב נָמֵי ו' הַיְינוּ כִּי הֵיכִי דְּלֶיהֱוֵי דֻּומְיָא דִּשְׁאָר מִינִין שֶׁבּוֹ וּלְעֵיל כִּי פָּרֵיךְ וְאֵימָא כ"ח לָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי תָּפַסְתָּ מוּעָט תָּפַסְתָּ דְּהָתָם לָא מָצֵי לְמֵימַר טְפֵי מכ"ח וְכֵיוָן דְּהוּא דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ קִצְבָה לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר תָּפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ וְאַדְּרַבָּה יֵשׁ לִתְפֹּוס הַמְרֻובֶּה דְּיֵשׁ בִּכְלַל מָאתַיִם מָנֶה ואע"ג דבפ"ק דר"ה (דַּף ד:) אָמַר מַקִּישׁ חַג הַשָּׁבוּעוֹת לְחַג הַמַּצּוֹת מַה לְהַלָּן יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה כו' וּפָרִיךְ וְלַקִּישׁ לְחַג הַסֻּוכּוֹת מַה לְּהַלָּן ח' כּוּ' וּמְשַׁנֵּי תָּפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ וְהָתָם נָמֵי יֵשׁ לַדָּבָר קִצְבָּה י"ל דְּהָתָם קָאָמַר לְחוּמְרָא תָּפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ דְּעַד ז' יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין מִמַּה נַפְשָׁךְ אֲבָל טְפֵי לֹא דִּילְמָא מֵחַג הַמַּצּוֹת יָלְפִינַן וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּקִידּוּשִׁין (דַּף יז.) גַּבֵּי הַעֲנָקָה נָמֵי קָאָמַר תָּפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ אע"ג דְּמִמַּה נַפְשָׁךְ יֵשׁ לַדָּבָר קִצְבָּה יֵשׁ לוֹמַר הָתָם נָמֵי קָאָמַר דְּתָפַסְתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַסְתָּ דְּמִסְּפֵיקָא לָא מַפְּקִינַן מָמוֹנָא מִן הָאָדוֹן:
Et si tu dis : en effet, faisons donc l'or à huit ! D'où tenons-nous quatre et pas plus ? On peut dire : il est écrit petilim, et le minimum de petilim est deux ; lorsqu'on coupe chacun d'eux, cela fait quatre. Et si tu disais huit, la chose n'aurait plus de fin : dis cent, dis mille ! Or si tu as saisi le plus, tu n'as rien saisi (tafasta merouba lo tafasta). Quant à la question posée plus haut -- et dis que l'or aussi soit six -- elle voulait qu'il soit semblable aux autres espèces qui se trouvent avec lui. Et plus haut, lorsque la guemara demandait : et dis vingt-huit, elle n'a pas voulu répondre tu as saisi le moins, tu as saisi -- car là il n'était pas possible de dire plus que vingt-huit, et dès lors qu'il s'agit d'une chose ayant une mesure fixée, on ne peut pas dire tafasta merouba lo tafasta ; au contraire, il faut saisir le plus, car dans deux cents il y a cent. Et bien qu'au premier chapitre de Roch haChana (4b) on dise : on rapproche la fête de Chavouot de la fête des Matsot -- de même que là-bas il y a rattrapage pendant sept jours, etc. -- et que la guemara demande : rapprochons-la plutôt de la fête de Souccot, de même que là-bas huit, etc., et qu'elle réponde tafasta merouba lo tafasta, alors que là aussi la chose a une mesure fixée, on peut dire que là elle le dit par rigueur : tafasta merouba lo tafasta, c'est-à-dire que jusqu'à sept il y a rattrapage de toute façon, mais pas au-delà, car peut-être est-ce de la fête des Matsot que l'on apprend. Et au premier chapitre de Kidouchin (17a), à propos de la haanaka, on dit également tafasta merouba lo tafasta bien que, de toute façon, la chose ait une mesure fixée -- on peut dire que là aussi on le dit parce que, dans le doute, on ne fait pas sortir de l'argent des mains du maître.
💡 Explication

Rav Achi part d'une autre clause du même verset : l'or doit être travaillé au milieu de la tekhelet et au milieu de la pourpre. Rachi en tire la contrainte de départ : il faut mêler de l'or à chaque couleur, sans exception.

Restent trois répartitions concevables. Deux brins par couleur donnerait huit brins d'or -- trop, car petilim n'en autorise que quatre. Deux couleurs à deux brins et deux couleurs à un seul donnerait bien six, mais le mot ve assita exige que toutes les façons soient égales. Il ne reste qu'un brin d'or par couleur : quatre en tout, et le fil compte vingt-huit brins.

🖼️ Schéma
Rav Achi : trois répartitions possibles de l'or, une seule survit (seg 6) Le verset impose de mêler l'or à chaque couleur ; reste à savoir combien de brins d'or par couleur Option A -- deux par couleur 2 + 2 + 2 + 2 = 8 brins d'or Total du fil : 24 + 8 = 32 Rejeté : petilim ne donne que deux fils, soit quatre brins Option B -- deux et un 2 + 2 + 1 + 1 = 6 brins d'or Total du fil : 24 + 6 = 30 Rejeté : ve assita -- que toutes ses façons soient égales Option C -- un par couleur 1 + 1 + 1 + 1 = 4 brins d'or Total du fil : 24 + 4 = 28 Retenu : parts égales, et le compte de petilim est respecté Deux critères, un seul survivant Il faut à la fois quatre brins au total (petilim) et une répartition uniforme (ve assita). Seule l'option C satisfait les deux. Tossefot -- pourquoi ne pas monter plus haut encore ? Si l'on admettait huit, rien n'arrêterait le compte : cent, mille. Le principe tafasta merouba lo tafasta impose le minimum.
Seg 6 : les trois répartitions de l'or, et les deux critères -- petilim et ve assita -- qui n'en laissent qu'une.
8
אָמַר רַחֲבָא אָמַר רַב יְהוּדָה: הַמְקָרֵעַ בִּגְדֵי כְהֻונָּה לוֹקֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִקְרַע״. מַתְקִיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב, וְדִילְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: נַעֲבֵיד לֵיהּ שָׂפָה כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיקְּרַע! מִי כְּתִיב ״שֶׁלֹּא יִקְרַע״?

Rahava a dit au nom de Rav Yehouda : celui qui déchire les vêtements de la kehouna reçoit les coups (malkout), car il est dit : il ne se déchirera pas. Rav Aha bar Yaakov objecte : et peut-être la Tora veut-elle dire ceci -- faisons-lui un ourlet afin qu'il ne se déchire pas !

[Réponse :] est-il écrit afin qu'il ne se déchire pas ?

💡 Explication

Changement de registre : on quitte le filage pour la halakha des objets du Temple. Rahava énonce que déchirer un vêtement de kehouna est un lav, une défense de la Tora punie de malkout, sur la base du verset du me il : son encolure aura un ourlet tissé tout autour, lo yikarea, il ne se déchirera pas.

Rav Aha bar Yaakov objecte que la phrase peut se lire comme une simple explication technique : on borde l'encolure pour que le vêtement ne se déchire pas. Ce ne serait alors qu'une consigne de fabrication.

La réponse tient à un seul mot : le verset ne dit pas che-lo yikarea (afin qu'il ne se déchire pas), il dit lo yikarea. Sans la particule de finalité, c'est un interdit.

9
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הַמַּזִּיחַ חֹושֶׁן מֵעַל הָאֵפוֹד, וְהַמֵּסִיר בַּדֵּי אָרוֹן — לוֹקֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִזַּח״ ו״לא יָסוּרוּ״. מַתְקִיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: וְדִילְמָא כִּי קָאָמַר רַחֲמָנָא, חַדְּקִינְהוּ וְעַבְדִינְהוּ שַׁפִּיר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִזַּח וְלֹא יָסוּרוּ! מִי כְּתִיב ״שֶׁלֹּא יִזַּח״ וּ״שֶׁלֹּא יָסוּרוּ״?!

Rabbi Elazar a dit : celui qui déplace le hochen de dessus l'efod, et celui qui retire les barres de l'arche, reçoit les coups (malkout), car il est dit : il ne se détachera pas, et : elles ne se retireront pas. Rav Aha bar Yaakov objecte : et peut-être, lorsque la Tora a dit cela, voulait-elle dire -- serre-les et fais-les bien, afin que cela ne se détache pas et qu'elles ne se retirent pas !

[Réponse :] est-il écrit afin qu'il ne se détache pas et afin qu'elles ne se retirent pas ?

📜 Rachi (1)
חַדְּקִינְהוּ קְשָׁרָם יָפֶה וְעַל הַטַּבָּעוֹת וְהַבַּדִּים אוֹמֵר שֶׁיִּתְּנֵם בַּטַּבָּעוֹת בְּדֹוחַק:
Hadkinhou -- attache-les bien ; et à propos des anneaux et des barres, il dit qu'il doit les mettre dans les anneaux à force.
💡 Explication

Rabbi Elazar applique la même lecture à deux autres versets : lo yizah ha-hochen me-al ha-efod (Chemot 28:28), le pectoral ne se détachera pas de l'efod, et lo yassourou mimenou (Chemot 25:15), les barres ne se retireront pas de l'arche. Dans les deux cas, l'acte de défaire est passible de malkout.

Rav Aha bar Yaakov reprend son objection sous la même forme : peut-être le verset ordonne-t-il seulement de bien fixer les pièces -- Rachi glose hadkinhou par : attache-les solidement, et pour les anneaux, enfonce les barres à force. Ce serait alors une prescription de montage.

Et la réponse est identique : le verset ne comporte pas la particule che. Ce sont des défenses, pas des finalités.

10
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא רָמֵי, כְּתִיב: ״בְּטַבְּעֹות הָאָרֹון יִהְיוּ הַבַּדִּים לֹא יָסֻורוּ מִמֶּנּוּ״, וּכְתִיב: ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעֹות״! הָא כֵיצַד? מִתְפָּרְקִין וְאֵין נִשְׁמָטִין.

Rabbi Yossi be-rabbi Hanina soulève une contradiction : il est écrit -- les barres seront dans les anneaux de l'arche, elles ne s'en retireront pas ; et il est écrit -- et l'on fera entrer ses barres dans les anneaux ! Comment cela ?

Elles se dégagent, mais ne se détachent pas.

📜 Rachi (2)
כְּתָב לֹא יָסוּרוּ אַלְמָא אֵין זָזִין מֵהֶן וּכְתִיב (שְׁמוֹת כה) וְהֵבֵאתָ אַלְמָא הוֹלְכִים וּבָאִים בְּתוֹכָן:
Il est écrit lo yassourou -- donc elles ne bougent pas d'eux ; et il est écrit ve-heveta (et tu feras entrer) -- donc elles vont et viennent à l'intérieur.
מִתְפָּרְקִין וְאֵינָן נִשְׁמָטִים בְּרָאשֵׁיהֶם הָיוּ עָבִים וְהִכְנִיס רֹאשָׁן אֶחָד בְּדֹוחַק בְּטַבַּעַת וּבְאֶמְצָעָן הָיוּ דַּקִּין הִלְכָּךְ לֹא הָיוּ נִדְחָקִין בַּטַּבָּעוֹת אֶלָּא מִתְפָּרְקִין וְהוֹלְכִין לְכָאן וּלְכָאן אֲבָל אֵינָן נִשְׁמָטִין לָצֵאת מֵהֶן לְפִי שֶׁהֵן עָבִים בְּרָאשֵׁיהֶן:
Mitparkin ve-einan nichmatim -- à leurs extrémités elles étaient épaisses, et il a fait entrer l'un de leurs bouts à force dans l'anneau ; en leur milieu elles étaient fines, et de ce fait elles n'étaient pas serrées dans les anneaux mais se dégageaient et allaient de-ci de-là. Elles ne se détachaient pourtant pas au point d'en sortir, parce qu'elles sont épaisses à leurs extrémités.
🗂️ Tossefot (1)
כְּתִיב בְּטַבְּעוֹת הָאָרוֹן וְכוּ' וּכְתִיב וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעֹות קַשְׁיָא לִי טוּבָא אַמַּאי מַיְיתֵי הַאי קְרָא דַּוְּהוֹבָא) דִּכְתִיב גַּבֵּי מִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת וְשָׁבֵיק קְרָא דְּוַהֲבָאתָ דִּכְתִיב גַּבֵּי הָאָרוֹן וְעוֹד שָׁמַעְתִּי מַקְשִׁים דְּבִשְׁעַת סִילּוּק מַסָּעוֹת כְּתִיב וּבָא אַהֲרֹן וּבָנָיו בִּנְסֹועַ הַמַּחֲנֶה וְהוֹרִידוּ אֵת פָּרֹוכֶת הַמָּסָךְ וְכִסּוּ בָהּ אֵת אֲרֹון הָעֵדֻות וְגוֹ' (בַּמִּדְבָּר ד׳:ה׳-ו׳) עַד וּפָרְשׂוּ עָלָיו בֶּגֶד כָּלִיל וְגוֹ' עַד וּשְׁמוֹ בִּדְיוֹ מַשְׁמַע דְּבִנְסֹועַ הַמַּסָּעוֹת הָיוּ מְשִׂימִין אוֹתָן בַּדִּים וְקָשֶׁה וְהָא כְּתִיב לֹא יָסוּרוּ מִמֶּנּוּ וְרַבֵּינוּ יַעֲקֹב מאורליינ"ש מְתָרֵץ זֶה דִּוְשָׂמוֹ בִּדְיוֹ עַל כַּתְפֵי הַנּוֹשְׂאִים קָאָמַר לְהוֹלִיכָן וְלִבִּי מְהַסֵּס שֶׁהֲרֵי בְּנֵי קְהָת לֹא הָיוּ שָׁם עֲדַיִין עַד לְאַחַר שֶׁהָיוּ מַכְנִיסִין כָּל הַכֵּלִים לְנַרְתֵּק שֶׁלָּהֶם כִּדְכָתֵי' וְלֹא יָבוֹאוּ לִרְאוֹת כְּבַלַּע אֶת הַקֹּדֶשׁ וְגוֹ' (שָׁם) וְיוֹתֵר הָיָה נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהַאי וּשְׁמוֹ בִּדְיוֹ הַיְינוּ שֶׁמּוֹשְׁכִין הַבַּדִּים לְצַד חוּץ לִהְיוֹת נִרְאִין בּוֹלְטִין בַּפָּרֹוכֶת כְּמִין שְׁנֵי דַּדֵּי אִשָּׁה מִיהוּ קֻושְׁיָא קַמַּיְיתָא שֶׁהִקְשֵׁיתִי בְּדֻוכְתָּא קַיְימָא וְדֹוחַק הוּא לְשַׁבֵּשׁ הַסְּפָרִים דִּבְכוּלְּהוּ גָּרַס וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו וּבְמִקְצָת סְפָרִים גָּרְסִינַן בַּבָּרַייְתָא וְהֵבֵאתָ אֲבָל בָּאַתְקָפְתָּא דְּר' יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא גָּרְסִינַן בְּכוּלְּהוּ וְהוּבָא וְאִי לָאו דְּמִסְתְּפֵינָא מֵחַבְרַיָּיא הֲוָה אֲמִינָא דַּח' טַבָּעוֹת הָיוּ בָּאָרוֹן וְכֵן מוֹכִיחַ הַפָּסוּק דִּכְתִיב וְיָצַקְתָּ לּוֹ אַרְבַּע טַבְּעֹות זָהָב וְנָתַתָּ עַל אַרְבַּע פַּעֲמֹותָיו דְּהַייְנוּ אַרְבַּע קַרְנוֹתָיו כְּדִמְתַרְגְּמִינַן זָוְיָיתֵיהּ וַהֲדַר כְּתִיב וּשְׁתֵּי טַבָּעֹות עַל צַלְעוֹ הָאֶחָת וּשְׁתֵּי טַבָּעוֹת עַל צַלְעוֹ הַשֵּׁנִית מַשְׁמַע דְּאַרְבַּע טַבָּעוֹת הָיוּ עַל שְׁתֵּי צַלְעוֹתָיו לְבַד מֵאוֹתָם ד' שֶׁעַל ד' פַּעֲמוֹתָיו בַּד' טַבָּעוֹת מֵהֶם הָיוּ בַּדִּים קִבּוּעִין לֹא יָסוּרוּ וּבְאַרְבָּעָה מֵהֶם שֶׁהָיוּ לְמַטָּה אוֹ לְמַעְלָה מֵאוֹתָן טַבָּעוֹת הָיוּ מְשִׂימִין בַּדִּים בִּשְׁעַת סִילּוּק הַמַּסָּעוֹת לָשֵׂאת אֶת הָאָרֹון בָּהֶם וְהַייְנוּ הָנָךְ דְּכָתַב בְּהוּ וּשְׁמוֹ בִּדְיוֹ וְאִם תֹּאמַר מַאי פָּרֵיךְ הָכָא רַבִּי יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא לִישָּׁנֵי דִּשְׁנֵי מִינֵי בַּדִּים הָיוּ יֵשׁ מֵהֶם קִבּוּעִין וְיֵשׁ מֵהֶם נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין כִּדְפָרֵישִׁית יֵשׁ לוֹמַר דְּעַל כָּרְחֲךָ וְהֵבֵאתָ אֶת הַבַּדִּים בַּטַּבָּעֹות אַכּוּלְּהוּ בַּדִּים קָאֵי דְּאִי לָא קָאֵי אֶלָּא אַהָנָךְ שֶׁהָיוּ מְשִׂימִין בְּמַסָּעָם אִם כֵּן הָוֵה לֵיהּ לְמֵימַר נָמֵי וְחִבַּרְתָּ אֶת הַבַּדִּים בַּטַּבָּעוֹת שֶׁהֲרֵי לֹא פֵּירֵשׁ מָתַי הִכְנִיס אוֹתָם בַּדִּים הַקְּבוּעִים אֶלָּא כָּתַב בְּטַבְּעֹות הָאָרֹון יִהְיוּ הַבַּדִּים וּתְחִילָּה הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ שֶׁהִכְנִיסָם אֶלָּא וַדַּאי אַכּוּלְּהוּ בַּדִּים כָּתַב וְהֵבֵאתָ אֶת הַבַּדִּים וּמַשְׁמַע לֵיהּ דִּבְשָׁוֶה קָאֵי אַכּוּלְּהוּ דְּכִי הֵיכִי דְּהָנָךְ שֶׁנּוֹשְׂאִין בָּהֶן לֹא הָיוּ קְבוּעִים ה"נ אִינְהוּ לֹא הָיוּ קְבוּעִים מַמָּשׁ בְּמָקוֹם אֶחָד שֶׁלֹּא יְהוּ זָזִין כְּלָל מִמְּקוֹמָן אֶלָּא לְכָל הַפָּחוֹת נִכְנָסִין קְצָת לְכָאן וּלְכָאן דְּהַשְׁתָּא דָּמוּ לַהֲדָדֵי בְּמִקְצָת וּלְהָכִי מַיְיתֵי נַמֵּי קְרָא דְּוַהוֹבֵא דְּכָתַב בַּמִּזְבֵּחַ לְגַלּוֹיֵי אִוַּהֲבָאַת דְּאָרוֹן כִּי הֵיכִי דְּוַהוֹבֵא דְּמִזְבֵּחַ לֹא הָיוּ הַבַּדִּים קִבּוּעִין דְּהָא לֹא כְּתַב הָתָם לֹא יָסוּרוּ מִמֶּנּוּ הָכִי נָמֵי וַהֲבָאַת דְּאָרוֹן לֹא הָיוּ מַמָּשׁ קִבּוּעִין לְגַמְרֵי וְאִם תֹּאמַר לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ דְּאַכּוּלְּהוּ ד' בְּדִין קָאֵי קָשֶׁה מַאי דְּכָתַב בֵּיהּ בְּהַהִיא קְרָא לָשֵׂאת אֶת הָאָרֹון בָּהֶם וְאֵין לְתָרֵץ דִּבְכוּלְּהוּ אַרְבָּעָה בַּדִּים הָיוּ נוֹשְׂאִין וּשְׁנַיִם מֵהֶם הָיוּ אֲרֻוכִּין וּשְׁנַיִם הָאֲחֵרִים קְצָרִים מֵהֶם דִּבְפֶרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף צח:) מַשְׁמַע דִּבְאַרְבָּעָה גַּבְרֵי הָווּ דָּרוּ לְהוּ וְתוּ לָא וְנִרְאֶה לִי דְּוַהֲבֹאתָ לָא קָאֵי אֶלָּא אַהָנָךְ בַּדִּים הַקִּבּוּעִין שֶׁהֲרֵי אוֹתָם בַּדִּים שֶׁאֵינָן קִבּוּעִין מָה הֻוצְרַךְ לְהַזְכִּירָן כָּאן לוֹמַר וְהֵבֵאתָ וַהֲלֹא לֹא הָיוּ מַכְנִיסִין אוֹתָן אֶלָּא אַהֲרֹן וּבָנָיו בִּשְׁעַת הַמַּסָּעוֹת תֵּדַע שֶׁהֲרֵי בְּכוּלְּהוּ כָּתַב וְנִשָּׂא בָם אֶת הַשֻּׁלְחָן וְכֵן בַּמִּזְבֵּחַ הַנְּחֹשֶׁת כְּתִיב וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעֹות וְגוֹ' בִּשְׂאֵת אוֹתוֹ וּבַמִּזְבֵּחַ הַזָּהָב כָּתַב נָמֵי לְבָתִּים לְבַדִּים לָשֵׂאת אֹותוֹ בָּהֵמָּה אֲבָל לֹא כָּתַב בָּהֶן וַהֲבָאַת בַּצִּוּוּי וּבָעֲשִׂייָּה לֹא כָּתַב וְיָבֹא כְּדִכְתִיב גַּבֵּי אָרוֹן בֵּין בְּצוֹאָה בֵּין בַּעֲשִׂיָּיה ואע"ג דְּבַבָּרַייְתָא דִּמְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן תַּנְיָא ד' טַבָּעוֹת הָיוּ מְקֻבָּעוֹת בּוֹ שְׁתַּיִם בִּצְפוֹנוֹ וּשְׁתַּיִם בִּדְרוֹמוֹ שֶׁכֵּיוָן שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין הַבַּדִּים לֹא הָיוּ זָזִים מִשָּׁם לְעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר בְּטַבְּעוֹת הָאָרוֹן וְכוּ' י"ל דְּלָא חֲשִׁיב אֶלָּא אוֹתָם ד' טַבָּעוֹת שֶׁהַבַּדִּים קִבּוּעִין בָּהֶן אֲבָל אוֹתָם שֶׁלֹּא הָיוּ הַבַּדִּים קִבּוּעִין בָּהֶן וְלֹא נַעֲשׂוּ אֶלָּא לְצֹורֶךְ שְׁעַת הַמַּסָּעוֹת לָא קָא חָשֵׁיב תִּדַּע דְּלָא קָא חָשֵׁיב הָתָם טַבָּעוֹת שֶׁל שֻׁלְחָן וְשֶׁל מִזְבַּח הַנְּחֹשֶׁת וְהַזָּהָב וְצָרִיךְ עִיּוּן:
Il est écrit : dans les anneaux de l'arche, etc., et il est écrit : et l'on fera entrer ses barres dans les anneaux. -- Cela me fait grande difficulté. Pourquoi apporter ce verset de ve-houva, qui est écrit à propos de l'autel de cuivre, et laisser de côté le verset de ve-heveta, qui est écrit à propos de l'arche elle-même ? En outre, j'ai entendu poser cette question : au moment du démontage pour les étapes, il est écrit -- Aharon et ses fils viendront, au départ du camp, ils descendront le rideau de séparation et en couvriront l'arche du témoignage, etc. -- jusqu'à : ils étendront dessus une étoffe entièrement de tekhelet, etc., jusqu'à : et ils mettront ses barres. Cela indique qu'au moment des étapes on mettait ces barres, ce qui est difficile puisqu'il est écrit : elles ne s'en retireront pas. Rabbenou Yaakov d'Orléans répond que et ils mettront ses barres veut dire : sur les épaules des porteurs, pour les transporter. Mais mon cœur hésite, car les fils de Kehat n'étaient pas encore là : ils n'arrivaient qu'après qu'on eut rangé tous les ustensiles dans leur étui, comme il est écrit -- et ils ne viendront pas voir quand on enveloppe le saint, etc. Il paraîtrait plus juste d'expliquer que ce et ils mettront ses barres signifie qu'on tirait les barres vers l'extérieur, de sorte qu'elles se voient en saillie dans la parokhet, comme les deux seins d'une femme. Toutefois la première difficulté que j'ai posée reste entière, et il serait forcé de corriger les livres, car dans tous on lit ve-houva et badav ; dans quelques livres on lit dans la baraita ve-heveta, mais dans l'objection de Rabbi Yossi be-rabbi Hanina tous lisent ve-houva. Et si je ne craignais pas mes collègues, je dirais qu'il y avait huit anneaux à l'arche -- et le verset le prouve, car il est écrit : tu couleras pour elle quatre anneaux d'or et tu les placeras sur ses quatre paamot, c'est-à-dire ses quatre angles, comme le traduit le targoum par zavyateh ; puis il est écrit : deux anneaux sur un côté et deux anneaux sur l'autre côté, ce qui indique quatre anneaux sur ses deux côtés, en plus des quatre qui sont sur ses quatre angles. Dans quatre de ces anneaux les barres étaient fixées à demeure -- elles ne s'en retireront pas ; et dans les quatre autres, situés au-dessous ou au-dessus des premiers, on mettait des barres au moment du démontage pour les étapes, afin de porter l'arche avec elles : ce sont celles dont il est écrit et ils mettront ses barres. Et si tu dis : que demande donc ici Rabbi Yossi be-rabbi Hanina ? Qu'il réponde qu'il y avait deux sortes de barres, les unes fixes, les autres entrant et sortant, comme je l'ai expliqué ! On peut dire que nécessairement et tu feras entrer les barres dans les anneaux se rapporte à toutes les barres. Car si cela ne visait que celles qu'on mettait lors des étapes, il aurait fallu dire aussi : et tu joindras les barres aux anneaux -- puisque le verset n'a pas précisé à quel moment on introduisit les barres fixes, mais a seulement écrit : les barres seront dans les anneaux de l'arche, alors qu'il aurait d'abord fallu dire qu'on les y avait introduites. Nécessairement donc, et tu feras entrer les barres se rapporte à toutes les barres ; et il comprend que le verset les met sur le même plan : de même que celles avec lesquelles on porte n'étaient pas fixes, de même les autres n'étaient pas fixées absolument en un seul point, immobiles, mais entraient au moins un peu de-ci de-là -- si bien qu'elles se ressemblent en partie. C'est aussi pour cela qu'il apporte le verset de ve-houva écrit à propos de l'autel, afin d'éclairer le ve-heveta de l'arche : de même que dans le ve-houva de l'autel les barres n'étaient pas fixes -- car il n'y est pas écrit elles ne s'en retireront pas -- de même dans le ve-heveta de l'arche elles n'étaient pas absolument fixes. Et si tu dis : selon cette explication qui rapporte le verset aux quatre barres, ce qui y est écrit -- pour porter l'arche avec elles -- fait difficulté. Et l'on ne peut pas répondre qu'on portait avec les quatre barres, deux d'entre elles longues et les deux autres plus courtes, car au chapitre Chte haLehem (Menahot 98b) il ressort que quatre hommes les portaient, et pas davantage. Il me semble donc que ve-heveta ne se rapporte qu'aux barres fixes -- car les barres non fixes, pourquoi aurait-il fallu les mentionner ici en disant ve-heveta ? Ce n'étaient qu'Aharon et ses fils qui les introduisaient, au moment des étapes. La preuve : partout ailleurs il est écrit -- et on portera avec elles la table ; de même pour l'autel de cuivre il est écrit -- et l'on fera entrer ses barres dans les anneaux, etc., lorsqu'on le porte ; et pour l'autel d'or il est écrit aussi -- comme logements pour les barres, afin de le porter avec elles. Mais il n'y est pas écrit ve-heveta dans l'ordre donné, ni va-yave dans l'exécution, comme il est écrit à propos de l'arche, tant dans l'ordre que dans l'exécution. Et bien que dans la baraita de Melekhet haMichkan on enseigne : quatre anneaux étaient fixés à elle, deux au nord et deux au sud, car dès qu'on avait mis les barres elles ne bougeaient plus jamais de là, comme il est dit -- dans les anneaux de l'arche, etc. -- on peut dire qu'elle ne compte que les quatre anneaux dans lesquels les barres étaient fixées, tandis que ceux où les barres n'étaient pas fixées, faits seulement pour le besoin du moment des étapes, elle ne les compte pas. La preuve : elle ne compte pas non plus les anneaux de la table, ni ceux de l'autel de cuivre et de l'autel d'or. Et cela demande examen.
💡 Explication

Les deux versets semblent inconciliables : l'un dit que les barres ne quittent jamais les anneaux, l'autre décrit le geste de les y faire entrer, ce qui suppose qu'elles peuvent bouger.

La réponse est une distinction de degré : mitparkin ve-ein nichmatin -- elles jouent, coulissent, se dégagent de leur position, mais elles ne peuvent pas sortir de l'anneau. Rachi donne la raison mécanique : la barre est épaisse à ses deux extrémités et fine en son milieu ; on a fait passer un bout en force, après quoi le milieu flotte dans l'anneau tandis que les bouts renflés interdisent toute sortie.

🖼️ Schéma
Mitparkin ve ein nichmatin : la forme des barres résout la contradiction (seg 9 et 10) Explication de Rachi : la barre est épaisse à ses deux extrémités et fine en son milieu Coupe schématique d'une barre engagée dans un anneau anneau d'or anneau d'or extrémité épaisse extrémité épaisse milieu plus fin -- la barre joue dans l'anneau mitparkin -- elles se dégagent Le milieu fin ne serre pas : la barre coulisse d'un côté et de l'autre. Cela satisfait ve houva. ve ein nichmatin -- sans sortir Les extrémités épaisses ne repassent pas dans l'anneau. Cela satisfait lo yassourou. Ce que la baraita ajoute (seg 10) Elle refait le chemin dans les deux sens : ni totalement immobiles, ni entrant et sortant. Le point d'équilibre est le même.
Seg 9 : la forme des barres selon Rachi -- épaisses aux bouts, fines au milieu ; elles coulissent sans jamais sortir.
11
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״בְּטַבְּעֹות הָאָרֹון יִהְיוּ הַבַּדִּים״. יָכוֹל לֹא יִהְיוּ זָזִין מִמְּקוֹמָן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו בַּטַּבָּעֹות״, אִי ״וְהוּבָא אֶת בַּדָּיו״, יָכוֹל יִהְיוּ נִכְנָסִין וְיוֹצְאִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּטַבְּעֹות הָאָרֹון יִהְיוּ הַבַּדִּים״. הָא כֵיצַד? מִתְפָּרְקִין, וְאֵין נִשְׁמָטִין.

On a enseigné de même dans une baraita : les barres seront dans les anneaux de l'arche. Peut-être ne doivent-elles pas du tout bouger de leur place ?

Le verset dit : et l'on fera entrer ses barres dans les anneaux. Si [l'on n'avait que] et l'on fera entrer ses barres, peut-être entrent-elles et sortent-elles ?

Le verset dit : les barres seront dans les anneaux de l'arche. Comment cela ?

Elles se dégagent, mais ne se détachent pas.

💡 Explication

La baraita valide la réponse de Rabbi Yossi be-rabbi Hanina en refaisant le chemin dans les deux sens : chaque verset sert à bloquer l'excès auquel l'autre conduirait.

Pris seul, lo yassourou ferait des barres des pièces totalement immobiles ; pris seul, ve-houva en ferait des pièces amovibles. Le point d'équilibre est le même que plus haut : mitparkin ve-ein nichmatin.

12
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, מַאי דִכְתִיב: ״עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים״, שֶׁעוֹמְדִים דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״, שֶׁמַּעֲמִידִין אֶת צִפּוּיָין. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״. שֶׁמָּא תֹּאמַר אָבַד סִבְרָן וּבָטֵל סִכּוּיָין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עוֹמְדִים״, שֶׁעוֹמְדִין לְעוֹלָם וּלְעוֹלָמִים.

Rabbi Hama be-rabbi Hanina a dit : que signifie ce qui est écrit -- des bois d'acacia dressés ? Qu'ils se tiennent dans le sens de leur croissance.

Autre explication : dressés -- qu'ils maintiennent leur revêtement. Autre explication : dressés -- si tu venais à dire, leur espérance est perdue et leur attente est annulée, le verset dit dressés : ils subsistent pour toujours et à jamais.

📜 Rachi (4)
דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן הָעֶלְיוֹן לְמַעְלָה וְהַתַּחְתּוֹן לְמַטָּה:
Dans le sens de leur croissance -- le haut vers le haut et le bas vers le bas.
שֶׁמַּעֲמִידִין אֶת צִיפּוּיָין צִיפּוּי הַזָּהָב מַעֲמִידִין ע"י מַסְמְרוֹת לָשׁוֹן אַחֵר שֶׁלֹּא הִתְלִיעוּ וְלֹא נָפַל צִיפּוּיָין:
Qu'ils maintiennent leur revêtement -- ils maintiennent le revêtement d'or au moyen de clous. Autre explication : ils n'ont pas été rongés par les vers et leur revêtement n'est pas tombé.
שֶׁמָּא תֹּאמַר מִשֶּׁנִּגְנְזוּ אָבַד סִיבְרָן שֶׁלֹּא יָשׁוּבוּ עוֹד:
Si tu venais à dire -- depuis qu'elles ont été enfouies, leur espérance est perdue, car elles ne reviendront plus.
וּבָטֵל סִכּוּיָין מַה שֶׁאָנוּ סוֹכִין וְצוֹפִין לָהֶן:
Et leur attente est annulée -- ce que nous espérons et attendons d'elles.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמַּעֲמִידִין צִיפּוּיָין נ"ל דְּאַפֵּי' צִיפּוּי זָהָב שֶׁעֲלֵיהֶן בָּטֵל לְגַבֵּי דִּידְהוּ דִּבְכָל דֻּוכְתָּא הָעֵץ בָּטֵל לְגַבֵּי הַמַּתֶּכֶת לְעִנְיַן טְבִילָה וּלְכָל מִילֵּי דְּאָמַר הָלַךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד וּבַעֲצֵי שִׁטִּים אֵינוֹ כֵּן שֶׁהֲרֵי שֻׁלְחָן שֶׁל עֲצֵי שִׁטִּים הָיָה וּמְצֻופֶּה זָהָב וְאַפֵּי' הָכֵי תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו שֶׁהַצִּיפּוּי בָּטֵל לְגַבֵּי הָעֵץ כִּדְאִיתָא בְּשִׁלְהֵי חֲגִיגָה (דַּף כו:) וְיָלֵיף לָהּ הָתָם מִקְּרָא:
Qu'ils maintiennent leur revêtement. -- Il me semble que même le revêtement d'or qui est sur elles est annulé par rapport à elles. Car partout ailleurs le bois est annulé par rapport au métal, pour ce qui est de la tevila et pour toute chose, selon la règle : va d'après ce qui maintient (le maamid). Mais pour les bois d'acacia il n'en va pas ainsi : la table était de bois d'acacia et plaquée d'or, et malgré cela elle avait le statut d'ustensile de bois, car le revêtement est annulé par rapport au bois -- comme cela figure à la fin de Haguiga (26b), où on le déduit d'un verset.
💡 Explication

Trois derachot sur un seul mot, omdim, qualifiant les planches d'acacia du michkan (Chemot 26:15).

La première est matérielle : derekh guedilatan, la planche conserve l'orientation de l'arbre -- ce qui poussait vers le haut reste en haut. La deuxième est technique : elles maintiennent leur revêtement d'or, que Rachi explique par des clous, ou par le fait qu'elles n'ont pas été rongées par les vers.

La troisième change de registre. Depuis que le michkan est enfoui, on pourrait croire que avad sivran ou-batel sikouyan -- leur espérance est perdue, leur attente annulée, et Rachi précise : qu'elles ne reviendront plus. Le mot omdim répond : elles subsistent le olam ule olmei olamim, pour toujours et à jamais.

🖼️ Schéma
Trois lectures du mot omdim -- les planches d'acacia (seg 11) Un même mot, lu trois fois : un sens matériel, un sens technique, un sens d'espérance 1. Le sens de la pousse Derekh guedilatan : la planche garde l'orientation de l'arbre -- le haut en haut, le bas en bas. Rachi : le haut vers le haut 2. Le sens porteur Les planches maintiennent leur revêtement d'or -- par des clous, ou parce qu'elles ne pourrissent pas. le bois tient l'or, pas l'inverse 3. Le sens de l'espérance Si tu venais à dire : enfouies, leur espérance est perdue, leur attente annulée -- le verset dit omdim. le olam ule olmei elles subsistent pour toujours Les trois lectures montent en généralité : de la fibre du bois, à la structure du michkan, puis à la promesse d'un retour.
Seg 11 : les trois lectures du mot omdim, du sens de la fibre jusqu'à la promesse de pérennité.
13
אָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא, מַאי דִכְתִיב: ״אֶת בִּגְדֵי הַשְּׂרָד לְשָׁרֵת בַּקֹּודֶשׁ״ —

Rabbi Hama bar Hanina a dit : que signifie ce qui est écrit -- les vêtements de serad, pour officier dans le sanctuaire ?

📜 Rachi (1)
שְׂרָד לְשׁוֹן שָׂרִיד:
Serad -- de la même langue que sarid (un reste, un rescapé).
💡 Explication

Le daf se termine sur une question ouverte. Le verset (Chemot 35:19) appelle les habits de la kehouna bigde ha-serad, et le mot serad est inhabituel.

Rachi indique déjà la piste : serad est de la même racine que sarid, ce qui reste, le rescapé. La réponse complète de Rabbi Hama bar Hanina se lit au début de Yoma 72b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).