Yoma 72b -- Des bigde ha-serad aux trois arches, puis la grande aggada de l'étude : tokho ke-varo, la couronne encore libre et la Tora qui juge celui qui l'étudie

Yoma 72b

Sougya : Cet amud commence dans un atelier et finit dans une salle d'étude. Il solde d'abord la question laissée ouverte à la fin de 72a sur les bigde ha-serad : trois lectures s'enchaînent -- serad comme sarid, le rescapé, car sans les habits de kehouna il ne resterait rien d'Israël ; serad comme masridin, ce que l'on laisse subsister d'un vêtement tissé tout fait sur le métier ; et Rech Lakich qui identifie ce reliquat au travail d'aiguille, immédiatement attaque par un verset et sauve par Abaye, qui le restreint à la manche.

Vient ensuite la description des trois arches emboîtées de Betsalel -- bois au milieu, or dedans, or dehors -- avec deux chiffres concurrents pour l'arche extérieure, dix ou onze tefahim, que la guemara répartit entre deux avis sur l'épaisseur du fond d'or ; le reliquat commun, ce rien, est le zer, la moulure en couronne. Ce mot technique devient alors le pivot de tout le reste : Rabbi Yo'hanan compte trois zerim -- autel, table, arche -- soit trois couronnes, kehouna prise par Aaron, royauté prise par David, et celle de la Tora qui est encore posée là, libre à qui veut la prendre ; puis il oppose le ketiv zar au keri zer, et ouvre la structure qui va rythmer tout l'amud : zakha, elle est ta couronne ; lo zakha, elle t'est étrangère.

La même forme revient cinq fois. Le placage mibayit oumihouts de l'arche donne la règle de Rava : le savant dont le dedans n'est pas comme le dehors n'est pas un savant, et Abaye le déclare même nit'av, abject.

Rabbi Yonatan lit le sot de Michle comme celui qui étudie sans yirat chamayim ; Rabbi Yannai lance sa formule, quel dommage pour celui qui bâtit une porte sans avoir de cour ; Rava supplie ses élèves de ne pas hériter de deux guehinom. Puis la Tora est tour à tour sam 'hayim ou sam mavet selon qu'on est habile en elle, réjouissante ou passée au creuset, pure et durable à condition d'être étudiée après le mariage, et enfin témoin fidèle de ce que vaut celui qui l'étudie.

L'amud se referme sur deux retours : le tissu du sanctuaire, où rokem et hochev se distinguent par le nombre de figures que la technique produit, et la michna, où Rav Dimi étend les huit vêtements au mechouah milhama -- aussitôt mis en difficulté par une baraita qui refuse à sa fonction tout caractère héréditaire.

Yoma 72b : le fil du daf Un amud qui commence dans l'atelier du tisserand, passe par les trois arches, et bascule dans une longue aggada sur l'étude A -- Seg 0 à 2 : bigde ha-serad, la réponse en trois lectures 1) serad de sarid, un rescapé : sans les habits de kehouna il ne resterait rien d'Israël. 2) École de Rabbi Chimon : des habits tissés tout faits sur le métier, dont on laisse subsister (masridin) une part. 3) Rech Lakich : cette part, c'est le travail à l'aiguille. Objection : maasse oreg, ouvrage de tisserand ! Abaye : Rech Lakich ne parle que de la manche, tissée à part puis cousue. B -- Seg 3 et 4 : les trois arches emboîtées de Betsalel Le verset exige un placage mibayit oumihouts, au-dedans et au-dehors. Rahava au nom de Rav Yehouda : trois caissons emboîtés -- bois au milieu (9 tefahim), or à l'intérieur (8), or à l'extérieur (10 et un rien). Une baraita dit onze et un rien : désaccord sur l'épaisseur du fond d'or -- un tefah, ou un simple rien. Et ce rien, c'est le zer, la moulure en couronne. C -- Seg 5 à 7 : le mot zer devient le pivot du daf Rabbi Yo'hanan : trois zerim -- autel, table, arche. Aaron a pris celui de la kehouna, David celui de la royauté ; celui de la Tora est encore posé là, libre à qui veut. Puis le ketiv zar contre le keri zer : mérite-la, elle est ta couronne ; sinon elle t est étrangère. Et deux versets sur l'arche, ve assita lekha contre ve assou : la ville doit assurer le gagne-pain du talmid 'hakham. D -- Seg 8 à 16 : la grande aggada. Tokho ke-varo, et la Tora comme test Rava lit mibayit oumihouts : le savant dont le dedans n'est pas comme le dehors n'est pas un savant. Abaye : il est nit av, abject. Rabbi Yonatan : malheur à qui étudie sans yirat chamayim. Rabbi Yannai : quel dommage, une porte sans cour. Rava : n'héritez pas de deux guehinom. Puis quatre dualités -- sam 'hayim ou sam mavet, elle réjouit ou elle affine, la pureté par le mariage, et le témoignage : edout Hachem ne émana, elle témoigne sur ceux qui l'étudient. E -- Seg 17 à 20 : retour au tissu, puis retour à la michna Rokem une figure, hochev deux figures. Rav Dimi : le mechouah milhama porte les huit habits -- mais Rav Ada bar Ahava objecte.
Le plan de Yoma 72b en cinq mouvements : la fin de la sougya du tissu, les trois arches, le pivot du mot zer, la longue aggada sur l'étude, puis le retour à la michna.
Les trois arches de Betsalel -- coupe verticale, en tefahim Un seul verset, mibayit oumihouts tetsapenou, exige de l'or dedans ET dehors : d'où trois caissons emboîtés La coupe 11 10 9 6 3 0 tefahim extérieure -- OR -- 10 et un rien milieu -- BOIS -- 9 fond de bois : 1 tefah intérieure OR -- 8 kaporet -- 1 tefah zer -- la moulure en couronne Pourquoi deux chiffres pour l'extérieure Rav Yehouda : 10 et un rien fond d'or de l'extérieure . . . . . . . . . . . un rien hauteur de l'arche du milieu . . . . . . . 9 montée le long du kaporet . . . . . . . . 1 total . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 et un rien Suit l'avis : l'épaisseur du fond d'or n'est pas d'un tefah, juste une feuille. La baraita : 11 et un rien fond d'or de l'extérieure . . . . . . . . . . . 1 hauteur de l'arche du milieu . . . . . . . 9 montée le long du kaporet . . . . . . . . 1 total . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 et un rien Suit l'avis : le fond d'or a un tefah, comme le fond de bois. Et le un rien commun aux deux chiffres ? La guemara répond : c'est le zer. Rachi nuance : le rien de Rav Yehouda vise l'épaisseur du fond, pas le zer.
Les trois arches emboîtées de Betsalel, en coupe, et les deux additions concurrentes qui donnent 10 ou 11 tefahim pour l'arche extérieure.
Les trois zerim -- trois couronnes, deux prises, une encore libre Rabbi Yo'hanan lit la moulure en couronne de trois ustensiles du sanctuaire comme les trois couronnes d'Israël Le zer de l'autel mizbeah keter kehouna la couronne du sacerdoce PRISE Aaron l'a méritée et l'a prise Rachi : donnée à Aaron comme berit melah, alliance de sel Bamidbar 18:19 s'éclipse au temps de l'exil Le zer de la table chulhan keter malkhout la couronne de royauté PRISE David l'a méritée et l'a prise Rachi : la table est le signe de la richesse des rois -- donnée à David et à sa descendance s'éclipse au temps de l'exil Le zer de l'arche aron keter Tora la couronne de la Tora ENCORE POSÉE LÀ qui veut la prendre, qu'il vienne et la prenne Et si tu la crois moindre ? Bi melakhim yimlokhou -- par moi règnent les rois subsiste toujours La pointe : la troisième couronne n'est pas la plus petite, elle est celle qui fonde les deux autres. Rachi : celui qui fait régner est plus grand que le roi -- et c'est la Tora qui prononce ce verset.
Les trois zerim de Rabbi Yohanan : deux couronnes déjà prises et transmises par héritage, une troisième laissée ouverte à quiconque la veut.
Zakha / lo zakha : la Tora n'est jamais neutre Cinq fois de suite, le daf construit la même forme : un mot ambigu, deux lectures, et le mérite qui tranche Le mot ou le verset ZAKHA -- il l'a mérité LO ZAKHA -- il ne l'a pas mérité zer / zar -- Chemot 25:11 on écrit zar, on lit zer seg 6 elle devient pour lui un zer -- une couronne Rachi : il étudie lichma et accomplit zara heimenou -- elle lui devient étrangère Rachi : elle s'oublie de lui sam -- Devarim 4:44 acher sam Moche : sin ou samekh seg 13 -- R. Yehochoua ben Levi sam 'hayim -- un remède de vie Rava : de-ouman la, celui qui est habile en elle sam mavet -- un poison de mort Rava : de-lo ouman la, celui qui ne l'est pas mesamehei lev / tseroufa Tehilim 19:9 contre 18:31 seg 14 -- R. Yonatan mesamahto -- elle le réjouit les préceptes droits réjouissent le cœur tsoraphto -- elle l'affine au creuset Rachi : par les souffrances et le guehinom tseroufa, lu seul le mot suffit à tout dire seg 14 -- Rech Lakich tsoraphto le-'hayim -- affine pour la vie le même creuset, deux issues tsoraphto le-mita -- affine pour la mort rien ne dépend de la Tora, tout du mérite mibayit oumihouts Chemot 25:11 -- l'arche plaquée seg 8 et 9 -- Rava, Abaye tokho ke-varo -- son dedans comme son dehors alors seulement il est talmid 'hakham nit av ve-ne elah -- abject et corrompu Iyov 15:16 : il boit l'iniquité comme de l'eau Le fil commun : ce n'est pas la Tora qui change, c'est ce que l'étudiant y apporte -- la yirat chamayim. D'où l'avertissement de Rava : be-matouta minaikhou, de grâce, n'héritez pas de deux guehinom.
La structure zakha / lo zakha, répétée cinq fois dans le daf : la Tora est un révélateur, jamais un objet neutre.
1
אִלְמָלֵא בִּגְדֵי כְּהֻונָּה, לֹא נִשְׁתַּייֵּר מִשּׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שָׂרִיד וּפָלִיט.

Sans les vêtements de kehouna, il ne serait resté des ennemis d'Israël (euphémisme pour Israël lui-même) ni rescapé (sarid) ni survivant.

📜 Rachi (1)
אִלְמָלֵא בִּגְדֵי כְּהֻונָּה שֶׁעַל יְדֵיהֶן מַקְרִיבִין הַקָּרְבָּנוֹת הַמְכַפְּרִין עַל יִשְׂרָאֵל:
Sans les vêtements de kehouna -- car c'est par eux que l'on offre les sacrifices qui expient pour Israël.
💡 Explication

Nous sommes dans la suite immédiate de la question laissée ouverte à la fin de 72a : que signifie l'expression bigde ha-serad, les vêtements de serad (Chemot 35:19) ? Rabbi Hama bar Hanina répond ici par un jeu sur la racine : serad se lit comme sarid, le rescapé, le reste.

La formule sone'ehen chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme classique du Talmud : on ne veut pas prononcer directement une malédiction sur Israël, alors on parle de ses ennemis en visant Israël. Le sens est donc : sans les habits de kehouna, il ne serait rien resté d'Israël.

🖼️ Schéma
Bigde ha-serad : trois lectures d'un seul mot 1. serad = sarid un rescapé, un reste Sans les habits de kehouna, il ne resterait ni sarid ni rescapé d'Israël. Rachi : par eux on offre les sacrifices qui expient. registre : aggada 2. serad = masridin ce qu'on laisse subsister École de Rabbi Chimon : habits tissés tout faits, creux, à même le métier -- et il en reste une part. Rachi : pas de découpe, pas de couture à refaire. registre : technique du tissage 3. Rech Lakich quelle est cette part ? Elou maasse mahat -- c'est le travail à l'aiguille. Une pièce tissée à part, puis cousue au vêtement. Cette lecture va être attaquée au segment suivant. registre : halakha du vêtement L'objection du segment 2, et la réponse d'Abaye Baraita : bigde kehouna, on ne les fait pas maasse mahat mais maasse oreg -- ouvrage de tisserand (Chemot 28:32). Abaye : Rech Lakich ne parle que de la MANCHE -- tissée séparément, puis collée au vêtement, descendant jusqu'à la paume.
Les trois lectures de bigde ha-serad, et l'objection qui vient les départager au segment 2.
2
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: דְּבֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן תָּנָא: בְּגָדִים שֶׁגּוֹרְדִין אוֹתָן כִּבְרִיָּיתָן מִכְּלֵיהֶן, וּמְשָׂרְדִין מֵהֶן כְּלוּם. מַאי הִיא? רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: אֵלּוּ מַעֲשֵׂה מַחַט.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit : à l'école de Rabbi Chimon on a enseigné -- (bigde ha-serad, ce sont) des vêtements que l'on tisse tout faits, tels quels, à même leur métier, et dont on laisse subsister (masridin) une petite part. Qu'est-ce que cette part ?

Rech Lakich a dit : c'est le travail à l'aiguille (maasse mahat).

📜 Rachi (4)
שֶׁגּוֹרְדִין אוֹתָן כִּבְרִיָּיתָן מִכְּלֵיהֶן כְּשֶׁהָיוּ חוֹתְכִין אוֹתָן בִּגְרָדִין שֶׁלָּהֶן מִתּוֹךְ כְּלֵי אֲרִיגָתָן הָיוּ עוֹשִׂים כִּבְרִייָּתָן חִלּוּלִין כְּדֶרֶךְ לְבִישָׁתָן וְלֹא כִּשְׁאָר יְרִיעָה שֶׁצָּרִיךְ שׁוּב לְחָתְכָהּ לְמִדַּת הַלְּבוּשׁ וְלִתְפֹּור בְּמַחַט:
Que l'on tisse tout faits, à même leur métier -- quand on les détachait, avec leurs franges de tisserand, hors du métier à tisser, on les faisait déjà dans leur forme achevée, creux, à la manière dont on les revêt ; et non comme une autre pièce d'étoffe qu'il faut ensuite recouper à la mesure du vêtement et coudre à l'aiguille.
וּמְשָׂרְדִין מֵהֶם כְּלוּם וּמְשַׁייְּרִין מֵהֶן מִקְצָת שֶׁאֵינוֹ אָרוּג עִמָּהֶן וְזֶהוּ לְשׁוֹן שְׂרָד:
Et l'on en laisse subsister une petite part -- on en laisse une partie qui n'est pas tissée avec eux : voilà le sens du mot serad.
מַאי הִיא אוֹתוֹ שִׁיּוּר:
Qu'est-ce que c'est -- quel est ce reliquat ?
אֵלּוּ מַעֲשֵׂה מַחַט מִקְצָתוֹ הָיָה נֶאֱרָג בִּפְנֵי עַצְמוֹ וּמְחַבְּרוֹ בְּמַחַט:
C'est le travail à l'aiguille -- une partie était tissée à part, et on la rattachait au moyen de l'aiguille.
💡 Explication

Deuxième lecture, technique cette fois. La racine s-r-d est rapprochée de masridin, laisser un reliquat. Les habits de kehouna se tissaient ke-biryatan, dans leur forme achevée : on ne tissait pas une pièce d'étoffe que l'on aurait ensuite découpée et cousue, on tissait directement le vêtement creux, prêt à être enfilé.

Reste alors la question : s'il est tissé tout fait, quelle est cette part laissée de côté qui donne son nom au vêtement ? Rech Lakich répond : le maasse mahat, la partie faite à l'aiguille. C'est cette réponse que la guemara va immédiatement attaquer.

3
מֵיתִיבִי: בִּגְדֵי כְהֻונָּה אֵין עוֹשִׂין אוֹתָן מַעֲשֵׂה מַחַט, אֶלָּא מַעֲשֵׂה אוֹרֵג, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַעֲשֵׂה אוֹרֵג״! אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְבֵית יָד שֶׁלָּהֶם. כִּדְתַנְיָא: בֵּית יָד שֶׁל בִּגְדֵי כְהֻונָּה נֶאֱרֶגֶת בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וְנִדְבֶּקֶת עִם הַבֶּגֶד, וּמַגַּעַת עַד פִּיסַּת הַיָּד.

On objecte : les vêtements de kehouna, on ne les fait pas au travail d'aiguille (maasse mahat) mais au travail de tisserand (maasse oreg), comme il est dit : ouvrage de tisserand (Chemot 28:32) ! Abaye a dit : (le propos de Rech Lakich) n'est nécessaire que pour leurs manches.

Comme on l'a enseigné : la manche des vêtements de kehouna est tissée à part, puis attachée au vêtement, et elle descend jusqu'à la paume de la main.

💡 Explication

L'objection est frontale : un verset explicite exclut l'aiguille des habits de kehouna. Comment Rech Lakich peut-il dire que le mot serad désigne justement une part faite à l'aiguille ?

Abaye répond par une restriction de domaine : le verset vise le corps du vêtement, qui doit être intégralement tissé ; la manche, elle, se tisse séparément puis se rattache. C'est ce petit raccord cousu qui est le serad, le reliquat. La baraita citée confirme l'existence de cette pièce et en donne même la longueur : jusqu'à la paume.

4
אָמַר רַחֲבָה אָמַר רַב יְהוּדָה: שָׁלֹשׁ אֲרוֹנוֹת עָשָׂה בְּצַלְאֵל, אֶמְצָעִי שֶׁל עֵץ תִּשְׁעָה, פְּנִימִי שֶׁל זָהָב שְׁמוֹנָה, חִיצוֹן עֲשָׂרָה וּמַשֶּׁהוּ.

Rahava a dit au nom de Rav Yehouda : Betsalel fit trois arches -- celle du milieu en bois, de neuf (tefahim) ; l'intérieure en or, de huit ; l'extérieure, de dix et un rien.

📜 Rachi (5)
שָׁלֹשׁ אֲרוֹנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר מִבַּיִת וּמִחוּץ תְּצַפְּנוּ וְשֶׁל עֵץ בְּאֶמְצַע וְהוֹשִׁיבוֹ בְּתוֹךְ שֶׁל זָהָב וְחָזַר וְנָתַן שֶׁל זָהָב שֵׁנִי בְּתוֹךְ שֶׁל עֵץ וְחִיפָּה שְׂפָתוֹ הָעֶלְיוֹנָה בְּזָהָב נִמְצָא מְצֻופֶּה מִבַּיִת וּמִחוּץ:
Trois arches -- car il est dit : au-dedans et au-dehors tu la plaqueras. Celle de bois était au milieu ; on l'a posée dans celle d'or, puis on a placé une seconde arche d'or à l'intérieur de celle de bois, et on a recouvert d'or son bord supérieur : elle se trouve ainsi plaquée au-dedans et au-dehors.
תִּשְׁעָה גָּבְהוֹ תִּשְׁעָה טְפָחִים מִבַּחוּץ שֶׁנֶּאֱמַר אַמָּה וַחֲצִי קוֹמָתוֹ (שְׁמוֹת כ״ה:י׳) וְרַגְלַיִם לֹא הָיוּ לוֹ אֶלָּא עֵץ חָלוּל הָיָה:
Neuf -- sa hauteur était de neuf tefahim mesurés de l'extérieur, car il est dit : une coudée et demie sa hauteur (Chemot 25:10). Elle n'avait pas de pieds : c'était un caisson de bois creux.
פְּנִימִי שֶׁל זָהָב ח' טְפָחִים גָּבְהוֹ מִבַּחוּץ עִם עֳובִי שׁוּלָיו וְעֹובִי שׁוּלֵי הָעֵץ שֶׁל אֶמְצָעִי טֶפַח נִמְצָא פְּנִימִי מְמַלֵּא חֲלָלוֹ שֶׁל אֶמְצָעִי:
L'intérieure en or, huit -- huit tefahim de hauteur mesurés de l'extérieur, épaisseur de son fond comprise. Or l'épaisseur du fond de bois de l'arche du milieu est d'un tefah : l'arche intérieure remplit donc exactement le creux de celle du milieu.
וְחִיצוֹן שֶׁל זָהָב:
Et l'extérieure -- d'or.
י' וּמַשֶּׁהוּ תִּשְׁעָה כְּנֶגֶד גֹּובַהּ הָאֶמְצָעִי וּמַשֶּׁהוּ עֳובִי שׁוּלֵי זָהָב שֶׁל חִיצוֹן וְטֶפַח עֲשִׂירִי עוֹלֶה לָמוּל עֹובִי הַכַּפֹּורֶת שֶׁהוּא טֶפַח וּמְכַסֶּה חִיבּוּר הַכַּפֹּורֶת וְהָאָרוֹן:
Dix et un rien -- neuf en regard de la hauteur de l'arche du milieu, et un rien pour l'épaisseur du fond d'or de l'extérieure ; et le dixième tefah monte en regard de l'épaisseur du kaporet, qui est d'un tefah, et couvre la jonction du kaporet et de l'arche.
💡 Explication

Nouveau sujet : les ustensiles du sanctuaire. Le verset exige que l'arche soit plaquée d'or mibayit oumihouts, au-dedans et au-dehors (Chemot 25:11). Un seul caisson de bois plaqué ne suffit pas à satisfaire techniquement la formule ; Rav Yehouda décrit donc trois caissons emboîtés : un caisson d'or extérieur, un caisson de bois au milieu, un caisson d'or à l'intérieur.

Les chiffres s'enchaînent. L'arche de bois fait 9 tefahim (une coudée et demie, soit 1,5 x 6). Son fond a un tefah d'épaisseur, donc son creux fait 8 : l'arche intérieure d'or, de 8, le remplit exactement. L'extérieure doit contenir les 9 de l'arche du milieu, plus l'épaisseur de son propre fond, plus la hauteur du kaporet (le couvercle, 1 tefah) qu'elle vient border.

5
וְהַתַּנְיָא: אַחַד עָשָׂר וּמַשֶּׁהוּ! לָא קַשְׁיָא: הָא כְּמַאן דְּאָמַר יֵשׁ בְּעָבְיוֹ טֶפַח, הָא כְּמַאן דְּאָמַר אֵין בְּעָבְיוֹ טֶפַח. וּמַאי מַשֶּׁהוּ — זֵיר.

Mais on a enseigné : onze et un rien ! Pas de difficulté : ceci suit celui qui dit que son épaisseur est d'un tefah, cela suit celui qui dit que son épaisseur n'est pas d'un tefah.

Et qu'est-ce que ce rien ? -- le zer (la moulure en couronne).

📜 Rachi (4)
וְהָתַנְיָא אַחַד עָשָׂר וּמַשֶּׁהוּ וּמְשַׁנֵּי הָא כְּמַאן דְּאָמַר יֵשׁ בְּעֹובִי שׁוּלֵי הַזָּהָב טֶפַח כַּאֲשֶׁר יֵשׁ בְּעֹובִי שׁוּלֵי הָעֵץ:
Mais on a enseigné : onze et un rien -- et l'on répond : ceci suit celui qui dit que l'épaisseur du fond d'or est d'un tefah, comme l'est celle du fond de bois.
הָא כְּמַאן דְּאָמַר אֵין בְּעָובְיוֹ טֶפַח אֶלָּא מַשֶּׁהוּ וְלָא יָדַעְנָא הֵיכָא אִיפְּלִיגוּ בָּהּ:
Cela suit celui qui dit que son épaisseur n'est pas d'un tefah -- mais seulement un rien. Et je ne sais pas où ils ont divergé là-dessus.
וּמַאי מַשֶּׁהוּ דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא בָּתְרָיְיתָא:
Et qu'est-ce que ce rien -- celui qu'énonce la seconde baraita.
זֵיר הָעוֹלָה הָיָה עוֹדֵף לְמַעְלָה עַל עֳובִי הַכַּפֹּורֶת מַשֶּׁהוּ בְּגֹובַהּ הַחִיצוֹן לִהְיוֹת זָר לַכַּפֹּורֶת סָבִיב וּמַשֶּׁהוּ דְּקָאָמַר רַב יְהוּדָה בְּעֹובִי שׁוּלֵי הַחִיצוֹן קָאָמַר וּבְזָר לָא אַיְּירִי כְּלָל:
Le zer -- il dépassait vers le haut, au-delà de l'épaisseur du kaporet, d'un rien dans la hauteur de l'arche extérieure, pour former une couronne au kaporet tout autour. Quant au rien dont parle Rav Yehouda, il visait l'épaisseur du fond de l'arche extérieure, et ne traitait pas du tout du zer.
💡 Explication

Une baraita donne un autre chiffre : onze et un rien. La guemara ne tranche pas, elle répartit : les deux chiffres correspondent à deux avis sur l'épaisseur du fond de l'arche extérieure. Si ce fond d'or a un tefah plein, comme le fond de bois, on obtient 1 + 9 + 1 = 11 ; s'il n'est qu'une feuille d'or d'épaisseur négligeable, on obtient 9 + 1 = 10 et un rien.

Reste ce rien (mâché'hou) qui traîne dans les deux chiffres. La guemara l'identifie au zer, la moulure en couronne qui court sur le bord. Rachi nuance : selon lui, le rien de Rav Yehouda désignait l'épaisseur du fond, et non le zer -- c'est seulement dans la seconde baraita que le rien vaut zer. Rachi avoue par ailleurs ne pas savoir où se situe la mahloket sur l'épaisseur.

6
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, שְׁלֹשָׁה זִירִים הֵן: שֶׁל מִזְבֵּחַ, וְשֶׁל אָרוֹן, וְשֶׁל שֻׁלְחָן. שֶׁל מִזְבֵּחַ — זָכָה אַהֲרֹן וּנְטָלוֹ. שֶׁל שֻׁלְחָן — זָכָה דָּוִד וּנְטָלוֹ. שֶׁל אָרוֹן — עֲדַיִין מֻונָּח הוּא, כָּל הָרוֹצֶה לִיקַּח — יָבֹא וְיִקַּח. שְׁמָּא תֹּאמַר פָּחוּת הוּא, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בֵּי מְלָכִים יִמְלֹוכוּ״.

Rabbi Yo'hanan a dit : il y a trois zerim (couronnes) -- celui de l'autel, celui de l'arche, et celui de la table. Celui de l'autel : Aaron l'a mérité et l'a pris.

Celui de la table : David l'a mérité et l'a pris. Celui de l'arche : il est encore posé là -- quiconque veut le prendre, qu'il vienne et le prenne.

Et si tu venais à dire qu'il est le moindre, l'Écriture enseigne : Par moi règnent les rois (Michle 8:15).

📜 Rachi (3)
שְׁלֹשָׁה זִירִין נַעֲשׂוּ בִּכְלֵי הַקֹּודֶשׁ שֶׁל מִזְבֵּחַ סִימָן לְכֶתֶר כְּהֻונָּה וְשֶׁל אָרוֹן סִימָן לְכֶתֶר תּוֹרָה וְשֶׁל שֻׁולְחָן סִימָן לְכֶתֶר מַלְכוּת שֶׁהַשֻּׁולְחָן הוּא סִימָן לְעֹושֶׁר מְלָכִים:
Trois zerim -- on en fit dans les ustensiles du sanctuaire. Celui de l'autel est le signe de la couronne de kehouna ; celui de l'arche, le signe de la couronne de Tora ; celui de la table, le signe de la couronne de royauté, car la table est le signe de la richesse des rois.
הָכִי גָּרְסִינַן שֶׁל מִזְבֵּחַ זָכָה אַהֲרֹן וּנְטָלוֹ שֶׁל שֻׁולְחָן זָכָה דָּוִד וּנְטָלוֹ שֶׁהַכְּהֻונָּה נִתְּנָה לְאַהֲרֹן בְּרִית מֶלַח (בַּמִּדְבָּר י״ח:י״ט) וְכֵן הַמַּלְכוּת לְדָוִד וּלְזַרְעוֹ (תְּהִלִּים יח):
Voici la leçon : celui de l'autel, Aaron l'a mérité et l'a pris ; celui de la table, David l'a mérité et l'a pris -- car la kehouna a été donnée à Aaron comme alliance de sel (Bamidbar 18:19), et de même la royauté à David et à sa descendance (Tehilim 18).
בִּי מְלָכִים יִמְלֹוכוּ וְגָדוֹל הַמַּמְלִיךְ מִן הַמֶּלֶךְ וְהַתּוֹרָה אָמְרָה מִקְרָא זֶה:
Par moi règnent les rois -- or celui qui fait régner est plus grand que le roi ; et c'est la Tora qui prononce ce verset.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה זָרִים הֵם: שֶׁל מִזְבֵּחַ, שֶׁל שֻׁלְחָן, וְשֶׁל אָרוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד הֵם כְּנֶגֶד אוֹר הַחֶסֶד שֶׁיִּתְחַלֵּק לִשְׁלֹשָׁה חֲלָקִים שֶׁהֵם שְׁנֵי שְׁלִישִׁים לַמַּלְכוּת אֲשֶׁר לִפְעָמִים מִתְעַלְמִין וַעֲלֵיהֶם הִבְטִיחַ הקב"ה לִכְנֶסֶת יִשְׂרָאֵל (יְשַׁעְיָה נד, יב) 'וְשַׂמְתִּי כַּדְכֹד שֶׁמִּשַּׁתִּיךְ' דְּכָל שָׁלִישׁ הוּא מִסְפַּר כ"ד וּשְׁלִישׁ הָעֶלְיוֹן הוּא קַיָּים תָּמִיד בִּבְחִינַת הַתִּפְאֶרֶת, וְלָכֵן אֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה זָרִים אֶחָד מֵהֶם שֶׁהוּא שֶׁל תּוֹרָה קַיָּים תָּמִיד וְהַשְּׁנַיִם מִתְעַלְמִין בִּזְמַן הַגָּלוּת. וְהִנֵּה שְׁנֵי כְּתָרִים שֶׁל כְּהֻונָּה וּמַלְכוּת תַּרְוַוייְהוּ צְרִיכִי לְכֶתֶר תּוֹרָה כִּי כֹּהֵן גָּדוֹל צָרִיךְ לִהְיוֹת חָכָם גָּדוֹל וְכֵן הַמֶּלֶךְ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה גָּדוֹל בְּחָכְמָה שֶׁיּוּכַל לִשְׁפֹּוט בְּצֶדֶק וּכְמוֹ שֶׁאָמַר שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה לִפְנֵי הקב"ה בִּתְפִלָּתוֹ (מְלָכִים א' ג, ט) 'וְנָתַתָּ לְעַבְדְּךָ לֵב שֹׁמֵעַ לִשְׁפֹּט אֶת עַמְּךָ לְהָבִין בֵּין טוֹב לְרָע כִּי מִי יוּכַל לִשְׁפֹּט אֶת עַמְּךָ הַכָּבֵד הַזֶּה', וּבָזֶה יוּבַן ' טוֹבִים הַשְּׁנַיִם ' (קֹהֶלֶת ד, ט) הֵם כֶּתֶר כְּהֻונָּה וְכֶתֶר מַלְכוּת כְּשֶׁהֵם מִן הָאֶחָד רוֹצֶה לוֹמַר שְׁלֵמִים ' מִן הָאֶחָד ' שֶׁהוּא כֶּתֶר תּוֹרָה שֶׁיִּצְטָרֵף עִמָּהֶם. וּבָזֶה יוּבַן 'וּבַגֶּפֶן שְׁלֹשָׁה שָׂרִיגִם' (בְּרֵאשִׁית מ, י) בְּגֶפֶן אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל שְׁלֹשָׁה כְּתָרִים, וְהִיא כְּפָרְחַתְּ רֶמֶז לְכֶתֶר כְּהֻונָּה שֶׁנִּתְבָּרֵר בְּיַד אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה עַל יְדֵי פָּרַח מַטֵּהוּ אֲשֶׁר פָּרַח, עָלְתָה נִצָּה כֶּתֶר מַלְכוּת בֵּית דָּוִד דִּכְתִיב בֵּיהּ (יְשַׁעְיָה יא, א) 'וְיָצָא חֹטֶר מִגֵּזַע יִשָׁי וְנֵצֶר מִשָּׁרָשָׁיו יִפְרֶה' הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים כֶּתֶר תּוֹרָה שֶׁהָעֲנָבִים יֵשׁ בָּהֶם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה יַיִן וְכֵן הַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לַאֲכִילָה וְלִשְׁתִיָּה דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ט, ה) 'לְכוּ לַחֲמוּ בְלַחֲמִי וּשְׁתוּ בְּיַיִן מַסְּכָתֵי' וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה 'תֵּשָׁם' ת וְרֶה ש לְחֵן מ זֶבַח. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים מו, ט) 'אֲשֶׁר שָׁם שֶׁמֵּת בָּאָרֶץ' וְסוֹפֵי תֵּיבוֹת שָׁלֹשׁ אֵלֶּה חנ"ה רֶמֶז הַנָּשִׁים הַנִּזְהָרִים ב ח לָהּ נ דֶּה ה דְּלֵקָה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת חנ"ה יִזְכּוּ לְהוֹלִיד בָּנִים רְאוּיִים לְשָׁלֹשׁ כְּתָרִים אֵלּוּ שִׁסּוּפֵי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם חַנָּה.
Rabbi Yo'hanan a dit : il y a trois zerim, celui de l'autel, celui de la table et celui de l'arche. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils correspondent à la lumière du 'hessed qui se divise en trois parts : deux tiers reviennent à la malkhout, et ceux-là s'éclipsent parfois -- c'est à leur sujet que le Saint béni soit-Il a promis à l'assemblée d'Israël : Je ferai tes créneaux de kadkod (Yechayahou 54:12), car chaque tiers vaut le nombre 24 (kad) ; tandis que le tiers supérieur subsiste toujours, du côté du tiferet. Voilà pourquoi, de ces trois zerim, l'un -- celui de la Tora -- subsiste toujours, et les deux autres s'éclipsent au temps de l'exil. Or les deux couronnes de kehouna et de royauté ont toutes deux besoin de la couronne de Tora : le kohen gadol doit être un grand sage, et de même le roi doit être grand en sagesse pour pouvoir juger avec justice, comme le dit le roi Salomon, la paix soit sur lui, dans sa prière devant le Saint béni soit-Il : Donne à Ton serviteur un cœur qui écoute, pour juger Ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait juger ce peuple si nombreux (Melakhim I 3:9). Ainsi se comprend le verset : Deux valent mieux qu'un (Kohelet 4:9) -- ce sont la couronne de kehouna et la couronne de royauté, qui ne sont complètes que min ha-ehad, à partir de l'Un, c'est-à-dire la couronne de Tora qui se joint à elles. Ainsi se comprend encore : et sur le cep, trois sarments (Berechit 40:10) -- le cep, ce sont Israël ; les trois sarments, les trois couronnes. Il bourgeonnait : allusion à la couronne de kehouna, établie entre les mains d'Aaron le kohen, la paix soit sur lui, par la fleur de son bâton qui a fleuri. Sa fleur montait : la couronne de royauté de la maison de David, dont il est écrit : un rejeton sortira de la souche de Yichai et un surgeon poussera de ses racines (Yechayahou 11:1). Ses grappes mûrissaient en raisins : la couronne de Tora -- car le raisin comporte de quoi manger et de quoi boire, le vin, et de même la Tora est comparée à la nourriture et à la boisson, comme il est écrit : Venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j'ai mélangé (Michle 9:5). Et les initiales de ces trois-là forment tachem : Tora, Chulhan (table), Mizbeah (autel). Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset : Lui qui a mis (sam chamot) des dévastations sur la terre (Tehilim 46:9). Et les finales de ces trois mots forment Hana : allusion aux femmes qui prennent garde à la hala, à la nida et à l'allumage des lumières -- dont les initiales forment Hana : elles mériteront d'enfanter des fils dignes de ces trois couronnes, dont les finales forment Hana.
💡 Explication

Le mot zer, apparu comme détail technique au segment précédent, devient d'un coup le pivot d'une aggada. Trois ustensiles du sanctuaire portent une moulure en couronne : l'autel, la table et l'arche. Rabbi Yo'hanan y lit les trois couronnes d'Israël : kehouna, malkhout, Tora.

La dissymétrie est le cœur du propos. Les deux premières sont closes : elles ont été prises, et se transmettent désormais par filiation -- Aaron et sa descendance, David et sa descendance. La troisième est ouverte : elle n'a pas de propriétaire, elle attend.

La dernière phrase prévient l'objection évidente : si personne ne l'a prise, c'est peut-être qu'elle vaut moins. Non -- bi melakhim yimlokhou : c'est la Tora qui fait régner les rois. Rachi ajoute la pointe : celui qui fait régner est plus grand que le roi.

7
רַבִּי יוֹחָנָן רָמֵי. כְּתִיב: ״זָר״, וְקָרֵינַן ״זֵיר״. זָכָה — נַעֲשֵׂית לוֹ זֵיר, לֹא זָכָה — זָרָה הֵימֶנּוּ.

Rabbi Yo'hanan relève une contradiction : il est écrit zar (étranger) et nous lisons zer (couronne). S'il l'a mérité, elle devient pour lui une couronne (zer) ; s'il ne l'a pas mérité, elle lui devient étrangère (zara heimenou).

📜 Rachi (2)
זָכָה לִלְמֹוד לִשְׁמָהּ וּלְקַיְּימָהּ:
S'il l'a mérité -- d'étudier pour elle-même (lichma) et de l'accomplir.
זָרָה מִשְׁתַּכַּחַת מִמֶּנּוּ:
Elle lui devient étrangère -- elle s'oublie de lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹחָנָן רָמֵי: כְּתִיב: 'זָר' וְקָרֵינַן 'זָר'? זָכָה, נַעֲשֵׂית לוֹ 'זָר', לֹא זָכָה, זָרָה הֵימֶנָּה. נִמְצָא הֶפְרֵשׁ בֵּין זֵיר לְזָרָה הוּא חֲמִשָּׁה, וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (תְּהִלִּים סח, ד) 'וְצַדִּיקִים יִשְׂמְחוּ יַעַלְצוּ לִפְנֵי אֱלֹקִים וְיָשִׂישׂוּ בְשִׂמְחָה ' אוֹתִיּוֹת בַּחֲמִשָּׁה כִּי אֶצְלָם הִיא זֵיר וְלֹא זָרָה. וּבָזֶה יוּבַן (יְשַׁעְיָה כד, טז) 'מִכְּנַף הָאָרֶץ זְמִרֹת שָׁמַעְנוּ צְבִי לַצַּדִּיק' רוֹצֶה לוֹמַר חֲשִׁיבוּת לַצַּדִּיק 'וָאֹמַר רָזִי לִי רָזִי לִי', רָזֵי אוֹתִיּוֹת זֵיר כְּלוֹמַר זֵיר וְלֹא זָרָה, וְכָפַל הַדְּבָרִים כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְשֶׁבְּעַל פֶּה וְלָכֵן בִּיקֵּשׁ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים פו, יז) 'עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת לְטוֹבָה' שֶׁיִּהְיֶה אַוַּת יוֹ"ד דְּהַיְינוּ זֵיר וְלֹא זָרָה בְּאוֹת הֵ"א.
Rabbi Yo'hanan relève une contradiction : il est écrit zar et nous lisons zer. S'il l'a mérité, elle devient pour lui zer ; s'il ne l'a pas mérité, elle lui est zara. Il se trouve que l'écart entre zeir (avec un youd) et zara (avec un hé) est de cinq -- le youd vaut dix, le hé vaut cinq. Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel : et les justes se réjouiront, ils exulteront devant Dieu et jubileront dans la joie, be-simha (Tehilim 68:4) -- les lettres de be-simha sont celles de be-hamicha, dans les cinq, car pour eux elle est zeir et non zara. Ainsi se comprend encore : du bout de la terre nous avons entendu des chants, gloire au juste (Yechayahou 24:16), c'est-à-dire honneur au juste ; et j'ai dit : razi li, razi li, mon secret est à moi. Or razi a les mêmes lettres que zeir : autrement dit, zeir et non zara. Et le redoublement de la formule correspond à la Tora écrite et à la Tora orale. C'est pourquoi le roi David, la paix soit sur lui, a demandé : fais avec moi un signe (ot) pour le bien (Tehilim 86:17) -- que ce soit la lettre youd, c'est-à-dire zeir, et non zara avec la lettre hé.
💡 Explication

Un procédé classique : la tension ketiv / keri. Le texte consonantique de Chemot 25:11 s'écrit zar, ce qui se lit naturellement comme étranger ; la tradition de lecture impose zer, couronne. Plutôt que d'écarter l'une des deux, Rabbi Yo'hanan les fait porter chacune sur un cas.

C'est la première occurrence de la structure zakha / lo zakha qui va rythmer tout le reste de l'amud. Le mot ambigu n'est pas un défaut du texte : il est le signe que l'objet lui-même est ambigu, et que c'est le mérite de celui qui l'approche qui décide de son sens.

8
רַבִּי יוֹחָנָן רָמֵי. כְּתִיב: ״וְעָשִׂיתָ לְּךָ אֲרוֹן עֵץ״, וּכְתִיב: ״וְעָשׂוּ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים״, מִכָּאן לְתַלְמִיד חָכָם, שֶׁבְּנֵי עִירוֹ מְצֻוִּוין לַעֲשׂוֹת לוֹ מְלַאכְתּוֹ.

Rabbi Yo'hanan relève une contradiction : il est écrit tu te feras une arche de bois (Devarim 10:1), et il est écrit ils feront une arche en bois d'acacia (Chemot 25:10). De là (on apprend) pour le talmid 'hakham : les gens de sa ville ont l'obligation de faire son travail (à sa place).

📜 Rachi (1)
מְצֻווִּין לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ שֶׁהָאָרוֹן בַּתְּחִילָּה הִטִּיל הַכָּתוּב הַמְּלָאכָה עַל מֹשֶׁה וְאַחַ"כּ הִטִּילוּ עַל הַצִּיבּוּר ואע"ג דִּקְרָאֵי לָאו בְּהַאי סִידְרָא כְּתִיבִי אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא דְּקָאָמַר:
Sont tenus de faire son travail -- car pour l'arche, l'Écriture a d'abord imposé le travail à Moche, puis l'a imposé à la collectivité. Et bien que les versets ne soient pas écrits dans cet ordre, ce n'est qu'une asmakhta (un appui allusif) qu'il énonce.
💡 Explication

Deux versets sur la même arche, l'un au singulier adressé à Moche (ve-assita lekha, tu te feras), l'autre au pluriel adressé à tous (ve-assou, ils feront). La résolution n'est pas technique mais sociale : Moche fabrique, et la collectivité prend en charge le reste.

De là, une règle sur le financement de l'étude : les habitants de la ville doivent assurer le gagne-pain du talmid 'hakham pour qu'il puisse se consacrer à la Tora. Rachi signale honnêtement la faiblesse formelle du raisonnement -- les versets ne sont même pas dans cet ordre -- et conclut : c'est une asmakhta, un appui allusif, non une déduction contraignante.

9
״מִבַּיִת וּמִחוּץ תְּצַפְּנוּ״. אָמַר רָבָא: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ — אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם.

Au-dedans et au-dehors tu la plaqueras (Chemot 25:11). Rava a dit : tout talmid 'hakham dont le dedans n'est pas comme le dehors n'est pas un talmid 'hakham.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ, אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנִּקְרָא תַּלְמִיד חָכָם עַל שֵׁם תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהִיא חֶמְדַּת מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הקב"ה, לָכֵן אוֹתִיּוֹת 'תַּלְמִיד חָכָם' הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'חֶמְדַּת מֶלֶךְ', וְלָכֵן מִי 'שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ' שֶׁאֵינוֹ לוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהִיא חֶמְדַּת מֶלֶךְ אָז אֵין רָאוּי שֶׁיִּקְרָא בְּשֵׁם 'תַּלְמִיד חָכָם'. וְאַבַּיֵּי אָמַר אַף נִקְרָא ' תּוֹעֵבָה ' נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (נְדָרִים נא.) דָּרַשׁ בַּר קַפָּרָא מַאי 'תּוֹעֵבָה'? 'תּוֹעֶה אַתָּה בָּהּ' וְלָכֵן אִם אֵינוֹ לוֹמֵד לִשְׁמָהּ מֻוכְרָח שֶׁיִּכָּשֵׁל בְּלִימּוּדוֹ לְכָךְ נִקְרָא תּוֹעֵבָה שֶׁהוּא תּוֹעֶה אַתָּה בָּהּ שֶׁלֹּא תַּשִּׂיג הָאֱמֶת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן הַתּוֹרָה נִקְרֵאת מַיִם כִּי אוֹתִיּוֹת 'מַיִם' בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה מֵ"ם יוֹ"ד מֵ"ם תּוֹכָם שֶׁהוּא מִילּוֹאָם הוּא כְּבָרָם דְּהַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עוֹד לְכָךְ הַתַּלְמִיד חָכָם נִקְרָא בְּשֵׁם הָמוֹן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בַּגְּמָרָא דְּמַכּוֹת (מַכּוֹת י.) 'אָהֵב בֶּהָמוֹן לֹא תְּבוּאָה' (קֹהֶלֶת ה, ט) שֶׁדָּרְשׁוּ מִי שֶׁאוֹהֵב הַתַּלְמִיד חָכָם שֶׁנִּקְרָא הָמוֹן וְכוּ' וְהַטַּעַם כִּי אוֹתִיּוֹת הֲמוֹן תּוֹכָם שֶׁהוּא מְלוֹאָם הוּא כְּבָרָם וְזוֹ הִיא מִידָּה הָרְאוּיָה לְתַלְמִיד חָכָם וְהַוָּא"ו שֶׁבְּתוֹךְ הַנּוּ"ן אֵינוֹ יוֹצֵא בְּמִבְטָא וְהַחוֹלָם יְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹמוֹ. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד (שִׁיר הַשִּׁירִים ח, יא) ' כֶּרֶם הָיָה לִשְׁלֹמֹה ' מֶלֶךְ שֶׁהַשָּׁלוֹם שֶׁלּוֹ ' בְּבַעַל הֲמוֹן ' הוּא תַּלְמִיד חָכָם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מִקְרָא מִשְׁנָה תַּלְמוּד אַגָּדוֹת וְקַבָּלָה שֶׁכֻּולָּם מוֹצְאִים פֵּירוֹת.
Tout talmid 'hakham dont le dedans n'est pas comme le dehors n'est pas un talmid 'hakham. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'appelle talmid 'hakham en raison de la Tora lichma, pour elle-même, qui est le désir du Roi des rois des rois, le Saint béni soit-Il ; c'est pourquoi les lettres de talmid 'hakham sont les lettres de hemdat melekh, le désir du Roi. Dès lors, celui dont le dedans n'est pas comme le dehors, qui n'étudie pas la Tora lichma -- laquelle est le désir du Roi -- ne mérite pas d'être appelé talmid 'hakham. Et Abaye dit qu'il est même appelé toeva, abomination : il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on a dit dans la guemara (Nedarim 51a) que Bar Kappara a exposé -- qu'est-ce que toeva ? toé ata ba, tu t'égares en elle. Ainsi, s'il n'étudie pas lichma, il trébuchera nécessairement dans son étude, et c'est pourquoi on l'appelle toeva : tu t'y égares et n'atteins pas la vérité. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que la Tora est appelée eau, mayim -- car les lettres de mayim dans leur pleine écriture, mem youd mem, ont leur dedans, c'est-à-dire leur remplissage, égal à leur dehors : le compte est le même. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que le talmid 'hakham est appelé hamon, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans la guemara de Makot (10a) sur le verset : qui aime la foule (hamon) n'en a pas de récolte (Kohelet 5:9), qu'ils ont exposé de celui qui aime le talmid 'hakham appelé hamon, etc. La raison en est que les lettres de hamon ont leur dedans, c'est-à-dire leur remplissage, égal à leur dehors, et c'est la là mesure qui convient au talmid 'hakham ; quant au vav qui est à l'intérieur du noun, il ne sort pas dans la prononciation, et le holam en tient lieu. Ainsi ai-je expliqué, avec l'aide du Ciel : Salomon avait une vigne (Chir haChirim 8:11) -- le roi à qui appartient la paix -- à Baal Hamon : c'est le talmid 'hakham qui possède Mikra, Michna, Talmud, Aggadot et Kabbala, et qui tous portent des fruits.
💡 Explication

Le détail technique des trois arches devient une règle morale. Si l'arche, qui porte la Tora, doit être en or des deux côtés, alors celui qui porte la Tora doit l'être aussi : tokho ke-varo, son dedans comme son dehors.

Noter la radicalité de la formule : Rava ne dit pas qu'un tel homme est un mauvais talmid 'hakham, il dit qu'il n'en est pas un du tout. La cohérence entre l'intérieur et l'extérieur n'est pas un supplément de vertu, c'est la définition même du titre.

10
אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר עֻולָּא: נִקְרָא נִתְעָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַף כִּי נִתְעָב וְנֶאֱלָח אִישׁ שֹׁותֶה כַמַּיִם עַוְלָה״.

Abaye a dit -- d'autres disent Rabba bar Oulla : il est appelé abject (nit'av), comme il est dit : combien plus l'homme abject et corrompu, qui boit l'iniquité comme de l'eau (Iyov 15:16).

📜 Rachi (1)
אִישׁ שׁוֹתֶה תּוֹרָה כַּמַּיִם וְיֵשׁ בּוֹ עַוְלָה:
Un homme qui boit -- la Tora comme de l'eau, et en qui il y a de l'iniquité.
💡 Explication

Abaye durcit encore. Non seulement un tel homme n'est pas un talmid 'hakham : il reçoit un titre négatif, nit'av, abject. Le verset d'Iyov est lu de façon serrée : il boit comme de l'eau -- et l'eau, dans le langage des Sages, c'est la Tora. Il l'absorbe donc à grands traits.

Rachi rend la lecture explicite : cet homme boit la Tora comme de l'eau et il y a en lui de l'iniquité. Ce n'est pas malgré son étude qu'il est abject, c'est le contraste entre le volume d'étude et la faute qui produit l'abjection.

11
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן, מַאי דִכְתִיב: ״לָמָּה זֶּה מְחִיר בְּיַד כְּסִיל לִקְנוֹת חָכְמָה וְלֶב אָיִן״ — אוֹי לָהֶם לְשׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, שֶׁעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה וְאֵין בָּהֶן יִרְאַת שָׁמַיִם.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : que signifie ce qui est écrit -- à quoi bon ce prix dans la main du sot pour acquérir la sagesse, alors qu'il n'a pas de cœur (Michle 17:16) ? Malheur aux ennemis des talmide hakhamim (euphémisme pour eux-mêmes) qui s'occupent de Tora et n'ont pas en eux la crainte du Ciel.

🪔 Ben Yehoyada (1)
חֶבֶל עַל מַאן דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּנָקֵיט לְשׁוֹן חֶבֶל דִּכְתִיב (דְּבָרִים לב, ט) 'כִּי חֵלֶק ה' עַמּוֹ יַעֲקֹב חֶבֶל נַחֲלָתוֹ' וּפֵרַשְׁנוּ בס"ד חֶבֶל עַל הַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ח' דַּרְגִין וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁרֹאשָׁהּ ב' וְסוֹפָהּ לָמֶ"ד הֲרֵי אוֹתִיּוֹת 'חֶבֶל' רוֹמְזִים לַתּוֹרָה, וְרָאוּי לָהּ שֵׁם זֶה שֶׁל חֶבֶל שֶׁהִיא כְּמוֹ חֶבֶל שֶׁמְּשַׁלְשְׁלִין בּוֹ דְּבַר מַאֲכָל וּמַשְׁקֶה וַחֲפָצִים כֵּן בַּתּוֹרָה יִשְׁתַּלְשֵׁל הַשֶּׁפַע מִלְמַעְלָה וּכְמוֹ הַחֶבֶל שֶׁאוֹגְדִין וְקוֹשְׁרִין בּוֹ הַנִּפְרָדִים כֵּן בַּתּוֹרָה יִהְיֶה קִישּׁוּר הָעוֹלָמוֹת וְהַסְּפִירוֹת וְהַנֶּפֶשׁ וְאִם אֵין לְאָדָם יִרְאַת שָׁמַיִם יִתְהַפֵּךְ לוֹ חֶבֶל בְּסֶגוֹל לְחֶבֶל בְּקָמַץ עַל אֲשֶׁר קִימֵּץ וְלֹא סֵיגָל תּוֹרָה בְּיִרְאַת שָׁמַיִם, וְלָכֵן יֹאמַר עָלָיו לְשׁוֹן חֶבֶל. וּלְפִי דִּבְרֵי רַבִּי יַנַּאי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת שַׁעַר לְיִרְאָה וְלָכֵן הִתְחִילָה הַתּוֹרָה (בְּרֵאשִׁית א, א) ' ב רֵאשִׁית ב רא א לְקַיֵּם' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת בָּבָא שֶׁהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל 'שַׁעַר' וְאִם חָסֵר יִרְאָה נִקְרָא כְּסִיל וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי בְּשֵׁם רַבִּי יוֹנָתָן (יוֹמָא עב:) עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי יז, טז) לָמָּה זֶּה מְחִיר בְּיַד כְּסִיל וְכוּ' וְהַייְנוּ כִּי נִשְׁמַת הָאָדָם קְרוּיָה ' נֵר אֱלֹקִים ' [336] דִּכְתִיב 'נֵר ה' נִשְׁמַת אָדָם' (מִשְׁלֵי כ, כז) וְאִם אֵין יֵרָאֶה יִסְתַּלֵּק מִסְפַּר יִרְאָה [216] שֶׁהוּא רי"ו מִן מִסְפַּר נֵר אֱלֹקִים וְיִשָּׁאֵר אֵצֶל הָאָדָם מִסְפַּר ק"ך שֶׁהוּא גֵּימַטְרְיָא כְּסִיל [120] .
Quel dommage (haval) pour celui qui n'a pas de cour. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de l'emploi du mot haval tient à ce qu'il est écrit : car la part de Hachem c'est Son peuple, Yaakov le lot (hevel) de Son héritage (Devarim 32:9). Nous avons expliqué, avec l'aide du Ciel : le het de hevel renvoie à la Tora orale, qui comporte huit degrés, et le beit et le lamed à la Tora écrite, qui commence par un beit et s'achève par un lamed -- les lettres de hevel font donc allusion à la Tora. Et ce nom de hevel, corde, lui convient : elle est comme la corde par laquelle on fait descendre nourriture, boisson et objets -- ainsi par la Tora l'abondance descend d'en haut ; et comme la corde par laquelle on lie ensemble ce qui était séparé -- ainsi par la Tora se fait le lien des mondes, des sefirot et de l'âme. Et si l'homme n'a pas la crainte du Ciel, hevel vocalisé en segol se renverse pour lui en haval vocalisé en kamatz, parce qu'il a lésiné (kimets) et n'a pas amassé de Tora avec la crainte du Ciel ; c'est pourquoi on dira de lui : haval, quel dommage. Et selon les paroles de Rabbi Yannai, la Tora est appelée la porte de la crainte ; c'est pourquoi la Tora commence par Berechit bara Elokim (Berechit 1:1), dont les initiales forment bava, qui est la traduction araméenne de chaar, la porte. Et si la crainte manque, on l'appelle kessil, sot -- comme l'a dit Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan (Yoma 72b) sur le verset : à quoi bon ce prix dans la main du sot, etc. Car l'âme de l'homme est appelée ner Elokim, lampe de Dieu [336], selon le verset : la lampe de Hachem, c'est l'âme de l'homme (Michle 20:27) ; et si la crainte manque, le nombre de yira [216] se retire de celui de ner Elokim, et il reste à l'homme le nombre 120, qui est la guematria de kessil [120].
💡 Explication

Le verset de Michle est lu comme un constat d'échec économique : le sot a le prix en main -- les moyens, le temps, la capacité -- mais il n'a pas de cœur. Il peut payer la sagesse, il ne peut pas la recevoir.

Rabbi Yonatan identifie ce qui manque : la yirat chamayim, la crainte du Ciel. L'étude sans elle n'est pas une étude au rabais, c'est une transaction qui n'aboutit pas. Noter à nouveau l'euphémisme sone'ehen, les ennemis des savants : on n'ose pas prononcer directement le malheur sur des talmide hakhamim.

12
מַכְרִיז רַבִּי יַנַּאי: חֲבָל עַל דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא, וְתַרְעָא לְדָרְתֵיהּ עֲבִיד.

Rabbi Yannai proclamait : quel dommage pour celui qui n'a pas de cour (darta) -- et qui fabrique une porte (tar'a) pour sa cour !

📜 Rachi (2)
דָּרְתָא חָצֵר:
Darta -- une cour.
וְתַרְעָא לְדָרְתֵיהּ עֲבִיד שֶׁהַתּוֹרָה אֵינָהּ אֶלָּא שַׁעַר לִיכָּנֵס בָּהּ לְיִרְאַת שָׁמַיִם לְכָךְ צָרִיךְ שֶׁתַּקְדִּים לוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם:
Et il fait une porte à sa cour -- car la Tora n'est qu'une porte par laquelle entrer dans la crainte du Ciel ; il faut donc que la crainte du Ciel la précède.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חֶבֶל עַל מַאן דְּלֵית לֵיהּ דָּרְתָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּנָקֵיט לְשׁוֹן חֶבֶל דִּכְתִיב (דְּבָרִים לב, ט) 'כִּי חֵלֶק ה' עַמּוֹ יַעֲקֹב חֶבֶל נַחֲלָתוֹ' וּפֵרַשְׁנוּ בס"ד חֶבֶל עַל הַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ח' דַּרְגִין וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁרֹאשָׁהּ ב' וְסוֹפָהּ לָמֶ"ד הֲרֵי אוֹתִיּוֹת 'חֶבֶל' רוֹמְזִים לַתּוֹרָה, וְרָאוּי לָהּ שֵׁם זֶה שֶׁל חֶבֶל שֶׁהִיא כְּמוֹ חֶבֶל שֶׁמְּשַׁלְשְׁלִין בּוֹ דְּבַר מַאֲכָל וּמַשְׁקֶה וַחֲפָצִים כֵּן בַּתּוֹרָה יִשְׁתַּלְשֵׁל הַשֶּׁפַע מִלְמַעְלָה וּכְמוֹ הַחֶבֶל שֶׁאוֹגְדִין וְקוֹשְׁרִין בּוֹ הַנִּפְרָדִים כֵּן בַּתּוֹרָה יִהְיֶה קִישּׁוּר הָעוֹלָמוֹת וְהַסְּפִירוֹת וְהַנֶּפֶשׁ וְאִם אֵין לְאָדָם יִרְאַת שָׁמַיִם יִתְהַפֵּךְ לוֹ חֶבֶל בְּסֶגוֹל לְחֶבֶל בְּקָמַץ עַל אֲשֶׁר קִימֵּץ וְלֹא סֵיגָל תּוֹרָה בְּיִרְאַת שָׁמַיִם, וְלָכֵן יֹאמַר עָלָיו לְשׁוֹן חֶבֶל. וּלְפִי דִּבְרֵי רַבִּי יַנַּאי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת שַׁעַר לְיִרְאָה וְלָכֵן הִתְחִילָה הַתּוֹרָה (בְּרֵאשִׁית א, א) ' ב רֵאשִׁית ב רא א לְקַיֵּם' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת בָּבָא שֶׁהוּא תַּרְגּוּם שֶׁל 'שַׁעַר' וְאִם חָסֵר יִרְאָה נִקְרָא כְּסִיל וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי בְּשֵׁם רַבִּי יוֹנָתָן (יוֹמָא עב:) עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי יז, טז) לָמָּה זֶּה מְחִיר בְּיַד כְּסִיל וְכוּ' וְהַייְנוּ כִּי נִשְׁמַת הָאָדָם קְרוּיָה ' נֵר אֱלֹקִים ' [336] דִּכְתִיב 'נֵר ה' נִשְׁמַת אָדָם' (מִשְׁלֵי כ, כז) וְאִם אֵין יֵרָאֶה יִסְתַּלֵּק מִסְפַּר יִרְאָה [216] שֶׁהוּא רי"ו מִן מִסְפַּר נֵר אֱלֹקִים וְיִשָּׁאֵר אֵצֶל הָאָדָם מִסְפַּר ק"ך שֶׁהוּא גֵּימַטְרְיָא כְּסִיל [120] .
Quel dommage (haval) pour celui qui n'a pas de cour. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de l'emploi du mot haval tient à ce qu'il est écrit : car la part de Hachem c'est Son peuple, Yaakov le lot (hevel) de Son héritage (Devarim 32:9). Nous avons expliqué, avec l'aide du Ciel : le het de hevel renvoie à la Tora orale, qui comporte huit degrés, et le beit et le lamed à la Tora écrite, qui commence par un beit et s'achève par un lamed -- les lettres de hevel font donc allusion à la Tora. Et ce nom de hevel, corde, lui convient : elle est comme la corde par laquelle on fait descendre nourriture, boisson et objets -- ainsi par la Tora l'abondance descend d'en haut ; et comme la corde par laquelle on lie ensemble ce qui était séparé -- ainsi par la Tora se fait le lien des mondes, des sefirot et de l'âme. Et si l'homme n'a pas la crainte du Ciel, hevel vocalisé en segol se renverse pour lui en haval vocalisé en kamatz, parce qu'il a lésiné (kimets) et n'a pas amassé de Tora avec la crainte du Ciel ; c'est pourquoi on dira de lui : haval, quel dommage. Et selon les paroles de Rabbi Yannai, la Tora est appelée la porte de la crainte ; c'est pourquoi la Tora commence par Berechit bara Elokim (Berechit 1:1), dont les initiales forment bava, qui est la traduction araméenne de chaar, la porte. Et si la crainte manque, on l'appelle kessil, sot -- comme l'a dit Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan (Yoma 72b) sur le verset : à quoi bon ce prix dans la main du sot, etc. Car l'âme de l'homme est appelée ner Elokim, lampe de Dieu [336], selon le verset : la lampe de Hachem, c'est l'âme de l'homme (Michle 20:27) ; et si la crainte manque, le nombre de yira [216] se retire de celui de ner Elokim, et il reste à l'homme le nombre 120, qui est la guematria de kessil [120].
💡 Explication

L'image est d'une économie parfaite. La cour, c'est la crainte du Ciel ; la porte, c'est la Tora. Une porte n'a de valeur que par ce à quoi elle donne accès. Bâtir une porte somptueuse devant un terrain vide, c'est du travail perdu -- haval.

Rachi tire la conséquence pratique et chronologique : la Tora n'est qu'une porte pour entrer dans la yirat chamayim ; il faut donc que la crainte du Ciel précède. C'est un énoncé sur l'ordre de l'acquisition, pas seulement sur la hiérarchie des valeurs.

🖼️ Schéma
Haval al de-leit lei darta -- la porte sans la cour Rachi : la Tora n'est qu'une porte pour entrer dans la yirat chamayim ; il faut donc que la crainte précède L'ordre juste LA COUR yirat chamayim la porte : la Tora une porte qui ouvre sur quelque chose Ce que dénonce Rabbi Yannai PAS DE COUR aucune crainte du Ciel une porte magnifique qui n'ouvre sur rien -- haval, quel dommage
L'image de Rabbi Yannai : la Tora est une porte, la yirat chamayim est la cour. Une porte sans cour ne mène nulle part.
13
אֲמַר לְהוּ רָבָא לְרַבָּנַן: בְּמָטוּתָא מִינַּייְכוּ, לָא תִּירְתוּן תַּרְתֵּי גֵּיהִנָּם.

Rava dit aux Sages : de grâce, n'héritez pas de deux guehinom !

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי גֵּיהִנָּם לִהְיוֹת יְגֵעִים וַעֲמֵלִים בַּתּוֹרָה בָּעוֹלָם הַזֶּה וְלֹא תְּקַייְּמוּהָ וְתִירְשׁוּ גֵּיהִנָּם בְּמוֹתְכֶם וּבְחַיֵּיכֶם לֹא נֶהֱנֵיתֶם בְּעוֹלַמְכֶם:
Deux guehinom -- être fatigués et peiner dans la Tora en ce monde, ne pas l'accomplir, et hériter du guehinom à votre mort : de votre vivant, vous n'aurez pas joui de votre monde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָא תֵּירְתוּ תַּרְתֵּי גֵּיהִנָּם. נִרְאֶה לִי בס"ד גֵּיהִנָּם [108] גֵּימַטְרְיָא ק"ח וּב' פְּעָמִים ק"ח עוֹלֶה יִרְאָה [216] לִרְמֹוז אִם חָסֵר יִרְאָה יִקַּח תַּרְתֵּי גֵּיהִנָּם שֶׁהוּא מִסְפַּר יִרְאָה. אוֹ יוּבַן בס"ד יֵשׁ גֵּיהִנָּם שֶׁל שֶׁלֶג לְאוֹתָם הַמְבַטְּלִים מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁזֶּה יִהְיֶה מִכֹּחַ קְרִירוּת לִבָּם שֶׁמְּקָרֵר אוֹתוֹ הַיֵּצֶר הָרַע וְיֵשׁ גֵּיהִנָּם שֶׁל אֵשׁ לְאוֹתָם הָעוֹבְרִים עַל לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁזֶּה יִהְיֶה מִכֹּחַ חִמּוּם שֶׁמְּחַמֵּם הַיֵּצֶר הָרַע אֶת לִבָּם לַעֲשׂוֹת הָעֲבֵירָה וְלָכֵן אָמַר לָהֶם תְּקַייְּמוּ הֶעֱשִׁין וְהַלָּאוְיָן שֶׁאַתֶּם לוֹמְדִים אוֹתָם כְּדֵי שֶׁלֹּא תֵּירְתוּ תַּרְתֵּי גֵּיהִנָּם שֶׁל עֲשֵׂין וְלָאוְיָן.
N'héritez pas de deux guehinom. Il me semble, avec l'aide du Ciel : guehinom vaut en guematria 108, et deux fois 108 font 216, qui est le nombre de yira, la crainte -- allusion à ceci, que si la crainte manque, il prendra deux guehinom, soit le nombre même de la crainte. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, qu'il y a un guehinom de neige pour ceux qui négligent les mitsvot positives, effet de la froideur de leur cœur que le yetzer hara refroidit ; et un guehinom de feu pour ceux qui transgressent les interdits, effet de l'échauffement par lequel le yetzer hara embrase leur cœur pour commettre la faute. Il leur a donc dit : accomplissez les commandements positifs et les interdits que vous étudiez, afin de ne pas hériter des deux guehinom, celui des positifs et celui des interdits.
💡 Explication

Rava s'adresse directement à ses élèves, avec une formule de suppliant : be-matouta minaikhou, de grâce, je vous en prie. L'avertissement est arithmétique : étudier sans accomplir, c'est perdre les deux mondes à la fois.

Rachi déplie les deux guehinom : dans ce monde, la peine et la fatigue de l'étude sans en jouir des plaisirs ordinaires ; dans l'autre, la sanction pour n'avoir pas accompli. D'où l'expression : vous n'aurez pas joui de votre monde de votre vivant, et vous hériterez du guehinom à votre mort.

14
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מַאי דִכְתִיב: ״וְזֹאת הַתּוֹרָה אֲשֶׁר שָׂם מֹשֶׁה״, זָכָה — נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים, לֹא זָכָה — נַעֲשֵׂית לוֹ סַם מִיתָה. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רָבָא: דְּאֻומָּן לָהּ — סַמָּא דְּחַיָּיא, דְּלָא אֻומָּן לָהּ — סַמָּא דְּמוֹתָא.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit -- et voici la Tora que Moche plaça (sam) devant les enfants d'Israël (Devarim 4:44) ? S'il l'a mérité, elle devient pour lui un remède de vie (sam 'hayim) ; s'il ne l'a pas mérité, elle devient pour lui un poison de mort (sam mavet).

Et c'est ce que dit Rava : pour celui qui est habile en elle, un remède de vie ; pour celui qui n'y est pas habile, un poison de mort.

🪔 Ben Yehoyada (1)
זָכָה, נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים. לֹא זָכָה, נַעֲשֵׂית לוֹ סַם מִיתָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'טוֹב' וְיֵשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים 'פְּשַׁט רֶמֶז דָּרַשׁ סוֹד' שֶׁהֵם ד' פְּעָמִים טוֹב עוֹלֶה מִסְפַּר חַיִּים [טוֹב 17 ×4 =חַיִּים 68] לְכָךְ זָכָה, נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים וְאִם לֹא זָכָה שֶׁהוּא לוֹמֵד תּוֹרָה וּמַרְשִׁיעַ בִּלְשׁוֹנוֹ כְּדוֹאֵג וַאֲחִיתֹופֶל נַעֲשֵׂית לוֹ סַם מִיתָה כִּי נִמְצָא מְעָרֵב עִם הַתּוֹרָה שֶׁהִיא חַיִּים [68] חֵלֶק סִטְרָא דִּמְסָאֲבָא [378] שֶׁעוֹלֶה שע"ח נִמְצָא אֶצְלוֹ מִסְפַּר מָוֶת [446] כִּי ס"ח ושע"ח גֵּימַטְרְיָא מָוֶת. וּמַה שֶׁאָמַר ' זָכָה צוֹרַפְתּוֹ לְחַיִּים, לֹא זָכָה צוֹרַפְתּוֹ לְמִיתָה ' נִרְאֶה לִי בס"ד הַתּוֹרָה נִקְרֵאת זִיו, לָכֵן מְאִירָה פְּנֵי לוֹמְדֶיהָ דִּכְתִיב (קֹהֶלֶת ח, א) 'חָכְמַת אָדָם תָּאִיר פָּנָיו' וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מִשְׁנָה סוֹטָה ט, טו) מִשֶּׁמֵּת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בָּטַל זִיו הַחָכְמָה, וְתֹואַר 'אָדָם' [45] שֶׁנִּיתַּן לְבַעֲלֵי תּוֹרָה שֶׁהוּא מִסְפַּר 'מָה' [45] עִם מִסְפַּר 'זִיו' [23] שֶׁהִיא הַתּוֹרָה עוֹלִים מִסֵּפֶר 'חַיִּים' [68] לָזֶה אָמַר זָכָה צוֹרַפְתּוֹ לְחַיִּים שֶׁיִּצְטָרֵף זִיו עִם אָדָם וְיִהְיֶה מִסְפַּר חַיִּים. וְאִם לֹא זָכָה צוֹרַפְתּוֹ לְמִיתָה שֶׁהָאָדָם עַל יְדֵי הַתּוֹרָה נִקְרָא קוֹדֶשׁ דִּכְתִיב (יִרְמְיָה ב, ג) קֹדֶשׁ יִשְׂרָאֵל לָהּ' עַל יְדֵי רֵאשִׁית תְּבוּאָתָהּ הִיא הַתּוֹרָה. וְהִנֵּה 'קוֹדֶשׁ' [410] הוּא מִסְפַּר ת"י וְאָדָם מְסַפֵּר 'מַה' וְהָשְׁתָּא יִהְיֶה צֵירוּף מַה שֶׁל אָדָם עִם ת"י שֶׁל קוֹדֶשׁ וְיִהְיֶה צֵירוּף 'מִיתָה' [455] שֶׁהִיא אוֹתִיּוֹת ת"י מ"ה מֵאַחַר שֶׁלֹּא לָמַד הַתּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהוּא לִימּוּד שֶׁל קוֹדֶשׁ יִתְהַפֵּךְ לוֹ הַצֵּירוּף לְרֹועַ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד זָכָה צוֹרַפְתּוֹ לְחַיִּים שֶׁאִם תֵּחָלֵק אוֹת כָּ"ף שֶׁל ח כ ם לִשְׁנַיִם יִהְיֶה שְׁנֵי יוד"ן וְאָז אוֹתִיּוֹת חָכָם הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'חַיִּים' וְזֶהוּ 'צוֹרַפְתּוֹ לְחַיִּים'. וְאִם לֹא זָכָה יוּסַר מִסְפַּר עֶשֶׂר מִן אוֹת מֵם ד'חכ ם ' וְתוֹסִיף עֶשֶׂר אֵלּוּ עַל מִסְפַּר כ' שֶׁל ח כ ם וְיִהְיֶה מִסְפַּר לָמֶ"ד נִמְצָא אוֹתִיּוֹת חָכָם נַעֲשׂוּ אוֹתִיּוֹת חָלָל שֶׁהוּא תֹּואַר הַמָּוֶת בַּר מִינָן כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים כא, א) 'כִּי יִמָּצֵא חָלָל בָּאֲדָמָה' וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה.
S'il l'a mérité, elle devient pour lui un remède de vie ; s'il ne l'a pas mérité, elle devient pour lui un poison de mort. Il me semble, avec l'aide du Ciel : la Tora est appelée tov, le bien, et elle comporte quatre parties -- pchat, remez, drach, sod -- soit quatre fois tov [17], ce qui donne le nombre de 'hayim, la vie [68] ; voilà pourquoi, s'il l'a mérité, elle devient pour lui un remède de vie. Et s'il ne l'a pas mérité, étudiant la Tora tout en faisant le mal par sa langue comme Doeg et Ahitofel, elle devient pour lui un poison de mort : car il se trouve mêler à la Tora, qui est 'hayim [68], une part du sitra de-mesaava, le côté impur [378] ; il a donc chez lui le nombre de mavet, la mort [446], puisque 68 et 378 font en guematria mavet. Quant à ce qui est dit : s'il l'a mérité, elle l'affine pour la vie ; s'il ne l'a pas mérité, elle l'affine pour la mort -- il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Tora est appelée ziv, éclat, et c'est pourquoi elle illumine le visage de ceux qui l'étudient, selon le verset : la sagesse de l'homme illumine son visage (Kohelet 8:1), et de même nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : depuis la mort de Rabban Yo'hanan ben Zakai, l'éclat de la sagesse a cessé (Avot 9:15 de Sota). Or le titre adam [45] donné aux maîtres de la Tora vaut le nombre ma [45], et joint au nombre ziv [23], qui est la Tora, il donne le nombre 'hayim [68] : c'est en ce sens qu'il est dit, s'il l'a mérité elle l'affine pour la vie -- le ziv se joint à adam et cela fait le nombre 'hayim. Et s'il ne l'a pas mérité, elle l'affine pour la mort : car l'homme, par la Tora, est appelé kodech, selon le verset -- Israël est consacré à Hachem, prémices de Sa récolte (Yirmiyahou 2:3), la récolte étant la Tora. Or kodech [410] est le nombre 410, et adam le nombre 45 ; et voici que la combinaison du 45 de adam avec le 410 de kodech donne mita, la mort [455], dont les lettres sont taf-youd et mem-hé : puisqu'il n'a pas étudié la Tora lichma, qui est une étude de sainteté, la combinaison se renverse pour lui en mal. Autrement encore, il me semble, avec l'aide du Ciel : s'il l'a mérité, elle l'affine pour la vie -- car si tu divises en deux le khaf de 'hakham, tu obtiens deux youd, et les lettres de 'hakham deviennent alors les lettres de 'hayim : voilà elle l'affine pour la vie. Et s'il ne l'a pas mérité, on ôte le nombre dix de la lettre mem de 'hakham et on l'ajoute au nombre vingt du khaf de 'hakham : cela fait un lamed, et les lettres de 'hakham deviennent les lettres de halal, le corps d'un tué, qui est le nom de la mort -- que le Ciel nous en préserve -- comme il est dit : si l'on trouve un corps sur la terre (Devarim 21:1), et autres versets semblables.
💡 Explication

Nouveau jeu de racines : sam écrit avec un sin signifie il plaça ; le même son écrit avec un samekh signifie une drogue, un principe actif. La Tora placée devant Israël est donc un sam -- et un principe actif n'est jamais neutre : selon le dosage et la main qui l'administre, il guérit ou il tue.

Rava fournit le critère : de-ouman la, celui qui en est l'artisan, l'habile. Ce n'est pas une question de quantité de savoir mais de maîtrise juste -- exactement comme pour un remède : la même substance, entre les mains d'un homme de l'art ou d'un maladroit, produit des effets opposés.

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אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, רַבִּי יוֹנָתָן רָמֵי, כְּתִיב: ״פִּקּוּדֵי ה׳ יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב״, וּכְתִיב: ״אָמְרַתְּ ה׳ צְרוּפָה״. זָכָה — מִשִּׂמְחָתוֹ, לֹא זָכָה — צוֹרַפְתּוֹ. רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר, מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא נָפְקָא: זָכָה — צוֹרַפְתּוֹ לְחַיִּים, לֹא זָכָה — צוֹרַפְתּוֹ לְמִיתָה.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit : Rabbi Yonatan relève une contradiction. Il est écrit : les préceptes de Hachem sont droits, ils réjouissent le cœur (Tehilim 19:9), et il est écrit : la parole de Hachem est éprouvée au creuset (Tehilim 18:31).

S'il l'a mérité, elle le réjouit ; s'il ne l'a pas mérité, elle l'affine au creuset. Rech Lakich a dit : cela ressort du corps même du verset -- s'il l'a mérité, elle l'affine pour la vie ; s'il ne l'a pas mérité, elle l'affine pour la mort.

📜 Rachi (1)
צוֹרַפְתּוֹ בְּיִסּוּרִין וּבְגֵיהִנָּם:
Elle l'affine -- par les souffrances et par le guehinom.
💡 Explication

Quatrième occurrence de la structure. Deux versets des Tehilim décrivent la Tora de façon opposée : l'un la dit réjouissante, l'autre tsroufa, passée au creuset -- terme métallurgique qui évoque une épreuve par le feu. Rabbi Yonatan répartit : joie pour qui mérite, creuset pour qui ne mérite pas.

Rech Lakich fait plus fin : pas besoin d'opposer deux versets, le mot tsroufa suffit à lui seul. Le creuset ne produit pas un seul résultat : on y affine pour quelque chose. Selon le mérite, l'affinage vise la vie ou la mort. Rachi précise ce qu'est concrètement ce creuset : les souffrances et le guehinom.

16
״יִרְאַת ה׳ טְהוֹרָה עוֹמֶדֶת לָעַד״. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: זֶה הַלּוֹמֵד תּוֹרָה בְּטָהֳרָה. מַאי הִיא? נוֹשֵׂא אִשָּׁה, וְאַחַר כָּךְ לוֹמֵד תּוֹרָה.

La crainte de Hachem est pure, elle subsiste à jamais (Tehilim 19:10). Rabbi Hanina a dit : c'est celui qui étudie la Tora dans la pureté.

Qu'est-ce à dire ? Il épouse une femme, et ensuite il étudie la Tora.

📜 Rachi (1)
נוֹשֵׂא אִשָּׁה נִיצּוֹל מֵהִרְהוּר עֲבֵירָה:
Il épouse une femme -- il est ainsi préservé des pensées de faute.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זֶה הַלּוֹמֵד תּוֹרָה בְּטָהֳרָה, מַאי הִיא? נוֹשֵׂא אִשָּׁה, וְאַחַר כָּךְ, לוֹמֵד תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ בָּאוּ אוֹתִיּוֹת אָדָם בְּסֵדֶר זֶה תְּחִילָּה אוֹת א' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א שֶׂה וְאַחַר כָּךְ דָּלֶ"ת שֶׁהוּא הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת שַׁעַר [ ד לָת] לְיִרְאָה וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבִּי יַנַּאי וְאַחַר כָּךְ מֵ"ם סְתוּמָה שֶׁסְּתוּמָה מִכָּל צְדָדִין וְרוֹמֶזֶת לְטָהֳרָה שֶׁהִיא טָהֳרַת הַמַּחֲשָׁבָה בַּמּוֹחַ הַסָּתוּם מִכָּל צְדָדָיו.
C'est celui qui étudie la Tora dans la pureté. Qu'est-ce à dire ? Il épouse une femme, et ensuite il étudie la Tora. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que les lettres de adam viennent dans cet ordre : d'abord la lettre alef, initiale de icha, la femme ; puis le dalet, qui est la Tora, appelée porte (delet) vers la crainte, comme l'a dit Rabbi Yannai ; puis le mem final, fermé de tous côtés, qui fait allusion à la pureté -- la pureté de la pensée, dans le cerveau clos de toutes parts.
💡 Explication

Le verset promet une permanence -- omedet la-ad, elle subsiste à jamais -- à condition de pureté. Rabbi Hanina la définit de façon très concrète : étudier be-tahara, c'est étudier une fois marié.

Rachi donne la raison en cinq mots : il est préservé des pensées de faute. Le raisonnement n'est pas ascétique mais pratique : un esprit occupé par le désir n'est pas disponible pour l'étude, et l'étude qui n'est pas pure ne subsiste pas. La pureté est ici une condition de durée, pas seulement de vertu.

17
״עֵדוּת ה׳ נֶאֱמָנָה״, אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: נֶאֱמָנָה הִיא לְהָעִיד בְּלוֹמְדֶיהָ.

Le témoignage de Hachem est fidèle (Tehilim 19:8). Rabbi Hiya bar Abba a dit : elle est fidèle pour témoigner sur ceux qui l'étudient.

📜 Rachi (1)
לְהָעִיד בְּלוֹמְדֶיהָ מִי קַייָּם וּמִי לֹא קִיֵּים:
Pour témoigner sur ceux qui l'étudient -- qui a accompli et qui n'a pas accompli.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נֶאֱמָנָה הִיא לְהָעִיד בְּלוֹמְדֶיהָ. נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ דְּהֶעָנָיו זוֹכֶה לְאַסּוֹקֵי שְׁמַעְתָּתָא אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא וְלָכֵן נִקְבַּע הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל שֶׁהָיוּ עֲנָוִים נִמְצָא מִן הַתּוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד הָאָדָם נִיכָּר אִם הוּא עָנָיו אוֹ לָאו דְּאִם מְכַוֵּין אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא הֲרֵי הִיא מְעִידָה עָלָיו בְּמִידַּת הָעֲנָוָה. אוֹ יוּבַן בס"ד עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּבָּרַייְתָא דְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ו, א) 'רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה לִשְׁמָהּ, זוֹכֶה לִדְבָרִים הַרְבֵּה' וְכָתַב רַבֵּינוּ מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל הָאֲנָשִׁים הַמַּרְאִין קוֹמָה שֶׁאוֹמְרִים שֶׁלּוֹמְדִים תּוֹרָה לִשְׁמָהּ הִנֵּה הֶחָכָם הַגָּדוֹל הַתַּנָּא רַבִּי מֵאִיר בַּעַל הַנֵּס עָלָיו הַשָּׁלוֹם מֵעִיד עֲלֵיהֶם שֶׁלֹּא כָּךְ הוּא! דְּאִם כֵּן אַיֵּה כָּל הַבְטָחוֹת אֵלּוּ שֶׁפֵּירֵשׁ הַתַּנָּא רַבִּי מֵאִיר לְלוֹמֵד לִשְׁמָהּ?! וְזֶהוּ נֶאֱמָנָה לְהָעִיד עַל לוֹמְדֶיהָ אִם לוֹמְדִים לִשְׁמָהּ אוֹ לָאו.
Elle est fidèle pour témoigner sur ceux qui l'étudient. Il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que c'est l'humble qui mérite de conclure la halakha selon la vérité, et c'est pourquoi la halakha a été fixée comme Beit Hillel, qui étaient humbles. Il se trouve donc que la Tora qu'un homme étudie fait reconnaître s'il est humble ou non : car s'il vise juste selon la halakha, elle témoigne sur lui de sa mesure d'humilité. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, selon ce qui est dit dans la baraita d'Avot (6:1) : Rabbi Meir dit -- quiconque s'occupe de Tora lichma mérite bien des choses. Et notre maître, le Rav Haim Vital, de mémoire bénie, a écrit : ces gens qui se donnent de la stature en disant qu'ils étudient la Tora lichma -- voici que le grand sage, le tana Rabbi Meir Baal HaNes, la paix soit sur lui, témoigne contre eux qu'il n'en est rien ! Car s'il en était ainsi, où sont donc toutes les promesses que le tana Rabbi Meir a énoncées pour celui qui étudie lichma ? Voilà ce que signifie : elle est fidèle pour témoigner sur ceux qui l'étudient, s'ils étudient lichma ou non.
💡 Explication

Dernière pièce de la série, et sa conclusion logique. Si la Tora produit des effets opposés selon le mérite, alors ses effets constituent un témoignage : ce qu'elle fait à un homme dit ce que cet homme est.

Rachi résume : qui a accompli et qui n'a pas accompli. La Tora n'est donc pas seulement l'objet de l'étude, elle en est le révélateur. C'est aussi ce qui referme la boucle ouverte au segment 8 avec tokho ke-varo : on ne peut pas tromper indéfiniment sur son intérieur, l'étude finit par en témoigner.

18
״מַעֲשֵׂה רוֹקֵם״, ״מַעֲשֵׂה חוֹשֵׁב״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁרוֹקְמִין בְּמָקוֹם שֶׁחוֹשְׁבִין.

Ouvrage de brodeur (maasse rokem), ouvrage d'artiste (maasse hochev). Rabbi Elazar a dit : on brodait à l'endroit où l'on avait dessiné.

📜 Rachi (1)
שֶׁרוֹקְמִין בְּמָקוֹם שֶׁחוֹשְׁבִים בַּתְּחִילָּה מְתַקֵּן הַצּוּרָה עַל הַבֶּגֶד עַל יְדֵי צֶבַע וְאַחַר כָּךְ רוֹקְמָהּ בְּמַחַט:
On brode à l'endroit où l'on a dessiné -- on trace d'abord la figure sur l'étoffe au moyen d'une teinture, puis on la brode à l'aiguille.
💡 Explication

Retour brusque au tissu du sanctuaire. Deux expressions décrivent les tentures : maasse rokem (Chemot 26:36) et maasse hochev (26:31). Comment un même ouvrage peut-il être les deux ?

Rabbi Elazar les rend successives plutôt que concurrentes : on hochev d'abord -- on conçoit, on trace la figure -- puis on rokem, on brode par-dessus le tracé. Rachi précise la technique : la figure est d'abord posée sur l'étoffe au moyen d'une teinture, puis brodée à l'aiguille.

19
תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי נְחֶמְיָה: ״רוֹקֵם״ — מַעֲשֵׂה מַחַט, לְפִיכָךְ פַּרְצוּף אֶחָד. ״חוֹשֵׁב״ — מַעֲשֵׂה אוֹרֵג, לְפִיכָךְ שְׁנֵי פַּרְצוּפוֹת.

On a enseigné au nom de Rabbi Nehemia : rokem, c'est le travail d'aiguille -- d'où une seule figure (partsouf) ; hochev, c'est le travail de tisserand -- d'où deux figures.

📜 Rachi (1)
חוֹשֵׁב מַעֲשֵׂה אוֹרֵג שֶׁיֵּשׁ לָהּ לִירִיעָה שְׁתֵּי קִירוֹת וּשְׁתֵּי צוּרוֹת עַל שְׁתֵּי קִירוֹתֶיהָ אֵין דּוֹמוֹת זוֹ לָזוֹ פְּעָמִים שֶׁמִּצַּד זֶה אֲרִי וּמִצַּד זֶה נֶשֶׁר כְּמוֹ לַחֲגוֹרוֹת שֶׁל מֶשִׁי וְהַיְינוּ ב' פַּרְצוּפִים אֲבָל רוֹקֵם כְּצוּרָתוֹ מִכָּאן כָּךְ צוּרָתוֹ מִכָּאן:
Hochev, travail de tisserand -- la tenture a deux parois, et deux figures sur ses deux parois qui ne se ressemblent pas : parfois un lion de ce côté-ci et un aigle de ce côté-là, comme pour les ceintures de soie ; voilà les deux figures. Mais pour le brodeur (rokem) : telle est sa figure d'ici, telle est sa figure de là.
💡 Explication

Rabbi Nehemia refuse la conciliation de Rabbi Elazar et fait des deux termes deux techniques distinctes, chacune reconnaissable à son résultat.

Le critère est physique et vérifiable : l'aiguille traverse l'étoffe de part en part, donc le motif est identique sur les deux faces -- un seul partsouf. Le métier à tisser, lui, construit deux parois simultanément, et chacune peut porter un motif différent -- deux partsoufot. Rachi donne l'exemple concret : un lion d'un côté, un aigle de l'autre, comme dans les ceintures de soie de son temps.

🖼️ Schéma
Rokem et hochev : pourquoi une figure d'un côté, deux de l'autre Rabbi Elazar concilie : on brode à l'endroit où l'on a d'abord dessiné. Rabbi Nehemia distingue les deux techniques ROKEM -- maasse mahat le brodeur, à l'aiguille un seul partsouf, une seule figure endroit lion envers lion L'aiguille traverse : la même image des deux côtés. Rachi : telle sa figure d'ici, telle sa figure de là. HOCHEV -- maasse oreg le tisserand-dessinateur, au métier deux partsoufot, deux figures différentes face A lion face B aigle Le tissage a deux parois : chacune porte sa propre image. Rachi : comme pour les ceintures de soie.
Le critère de Rabbi Nehemia : l'aiguille donne la même image des deux côtés, le métier à tisser peut en donner deux différentes.
20
בְּאֵלּוּ נִשְׁאָלִין בְּאוּרִים וְתֻומִּים. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: בְּגָדִים שֶׁכֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן, מְשׁוּחַ מִלְחָמָה מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבִגְדֵי הַקֹּודֶשׁ אֲשֶׁר לְאַהֲרֹן יִהְיוּ לְבָנָיו אַחֲרָיו״, לְמִי שֶׁבָּא בִּגְדֻולָּה אַחֲרָיו.

(Michna :) C'est revêtu de ceux-ci que l'on consulte les ourim ve-toumim. Quand Rav Dimi arriva (de Terre d'Israël), il dit : les vêtements dans lesquels le kohen gadol officie, le mechouah milhama (le kohen oint pour la guerre) officie également dans ceux-là, comme il est dit : et les vêtements sacrés d'Aaron seront pour ses fils après lui (Chemot 29:29) -- pour celui qui vient après lui en grandeur.

📜 Rachi (3)
מְשׁוּחַ מִלְחָמָה כֹּהֵן שֶׁמְּשָׁחוּהוּ לַמִּלְחָמָה לְדַבֵּר דִּבְרֵי מַעַרְכֵי הַמִּלְחָמָה שֶׁנֶּאֱמַר וְנִגַּשׁ הַכֹּהֵן וְדִבֶּר אֶל הָעָם (דְּבָרִים כ׳:ב׳):
Le mechouah milhama -- un kohen que l'on a oint pour la guerre, afin qu'il prononce les paroles des rangs de bataille, comme il est dit : le kohen s'avancera et parlera au peuple (Devarim 20:2).
מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן אִם בָּא לַעֲבֹוד בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ לוֹבֵשׁ ח' בְּגָדִים:
Officie dans ceux-ci -- s'il vient officier dans le Temple, il revêt les huit vêtements.
יִהְיוּ לְבָנָיו אַחֲרָיו הַאי אַחֲרָיו קְרָא יַתִּירָא הוּא לְמִדְרַשׁ בָּהּ כָּל גְּדוֹלוֹת נוֹהֲגוֹת בְּזַרְעוֹ אַחֲרָיו וּמְשׁוּחַ מִלְחָמָה גְּדוֹלָה הִיא:
Seront pour ses fils après lui -- ce mot aharav est un mot superflu du verset, qui se prête au drach : toutes les grandeurs se transmettent à sa descendance après lui, et le mechouah milhama est une grandeur.
💡 Explication

La guemara revient au texte de la michna, qui énumérait les huit vêtements du kohen gadol et précisait que c'est ainsi vêtu que l'on consulte les ourim ve-toumim.

Rav Dimi rapporte une tradition d'Eretz Israël : ces mêmes huit habits sont aussi ceux du mechouah milhama, le kohen oint spécialement pour s'adresser au peuple avant la bataille (Devarim 20:2). La déduction porte sur le mot aharav, après lui, que Rachi qualifie de superflu : puisqu'il n'ajoute rien au sens littéral, il est disponible pour le drach, et signifie non pas après lui dans le temps mais après lui dans le rang.

🖼️ Schéma
Le mechouah milhama : même uniforme, mais quelle transmission ? Rav Dimi (arrivant de Terre d'Israël) : il porte les HUIT vêtements du kohen gadol Ou-vigdé ha-kodech acher le-Aharon yihyou le-vanav aharav (Chemot 29:29) -- pour celui qui vient APRÈS LUI EN GRANDEUR. Rachi : le mot aharav est superflu, donc expose : toutes les grandeurs se transmettent -- et celle-ci en est une. Objection de Rav Ada bar Ahava (ou anonyme) Baraita : on aurait pu croire que le fils du mechouah milhama sert à sa place, comme le fils du kohen gadol -- mais non. Or si sa fonction n'est PAS héréditaire, comment la déduire d'un verset qui parle justement d'héritage ? KOHEN GADOL Le père sert le fils lui succède le-khahén tahat aviv -- il passe avant tout autre, s'il remplit sa place MECHOUAH MILHAMA Le père sert -- dans les huit habits le fils NE lui succède PAS Rachi : tahtav mi-banav vise celui dont le fils se tient à sa place -- pas lui
Rav Dimi et l'objection de Rav Ada bar Ahava : même uniforme que le kohen gadol, mais une fonction qui, elle, ne se transmet pas au fils.
21
מֵתִיב רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה, וְאָמְרִי לָהּ כְּדֵי: יָכוֹל יְהֵא בְּנוֹ שֶׁל מְשׁוּחַ מִלְחָמָה מְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו כְּדֶרֶךְ שֶׁבְּנוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו —

Rav Ada bar Ahava objecte -- d'aucuns rapportent cela de façon anonyme : on aurait pu croire que le fils du mechouah milhama sert à sa place, de la même manière que le fils du kohen gadol sert à la place de son père --

📜 Rachi (1)
יָכוֹל יְהֵא בְּנוֹ שֶׁל מְשׁוּחַ מִלְחָמָה מְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו וְכוּ' יָכוֹל תְּהֵא גְּדֻולַּת מְשׁוּחַ מִלְחָמָה יְרֻושָּׁה לִהְיוֹת בְּנוֹ קוֹדֵם לְכָל אָדָם כְּדֶרֶךְ שֶׁבְּנוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו רֵישָׁא דְּבָרַיְיתָא הָכִי תַּנְיָא לָהּ בת"כ גַּבֵּי עֲשִׂירִית הָאֵיפָה וְהַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ אֵין לִי אֶלָּא מָשִׁיחַ מְרֻובֵּה בְּגָדִים מִנַּייִן תַּלְמוּד לוֹמַר וְהַכֹּהֵן יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה אַף מְשׁוּחַ מִלְחָמָה תַּלְמוּד לוֹמַר תַּחְתָּיו מִבָּנָיו מִי שֶׁבְּנוֹ עוֹמֵד תַּחְתָּיו יָצָא מְשׁוּחַ מִלְחָמָה שֶׁאֵין בְּנוֹ עוֹמֵד תַּחְתָּיו וּמִנַּיִין לִמְשֹׁוחַ מִלְחָמָה שֶׁאֵין בְּנוֹ עוֹמֵד תַּחְתָּיו תַּלְמוּד לוֹמַר שִׁבְעַת יָמִים יִלְבָּשָׁם הַכֹּהֵן וְגוֹ' יָצָא זֶה שֶׁאֵין רָאוּי לָבוֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד לְכַפֵּר בַּקֹּודֶשׁ וְגַבֵּי כֹּהֵן גָּדוֹל תַּנְיָא בְּדֻוכְתָּא אַחֲרִיתִי בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים לְכַהֵן תַּחַת אָבִיו מְלַמֵּד שֶׁהַבֵּן קוֹדֵם לְכָל אָדָם יָכוֹל אַף עַל פִּי שֶׁאֵין וּמְמַלֵּא אֶת מְקוֹמוֹ ת"ל וַאֲשֶׁר יְמַלֵּא:
On aurait pu croire que le fils du mechouah milhama sert à sa place, etc. -- on aurait pu croire que la dignité du mechouah milhama est un héritage, son fils passant avant tout autre, de la même manière que le fils du kohen gadol sert à la place de son père. Le début de la baraita est enseigné ainsi dans le Torat Kohanim, à propos du dixième d'efa : et le kohen oint (ha-kohen ha-machiah) -- je n'ai là que le kohen oint par l'huile ; d'où tirer celui qui a été investi par le surcroît de vêtements (merouba begadim) ? L'Écriture dit : et le kohen. On aurait pu croire que j'inclus même le mechouah milhama : l'Écriture dit tahtav mi-banav, à sa place parmi ses fils -- celui dont le fils se tient à sa place, ce qui exclut le mechouah milhama, dont le fils ne se tient pas à sa place. Et d'où sait-on que le fils du mechouah milhama ne se tient pas à sa place ? L'Écriture dit : sept jours les revêtira le kohen, etc. -- ce qui exclut celui-ci, qui n'est pas apte à venir à la tente d'assignation pour expier dans le sanctuaire. Et pour le kohen gadol, il est enseigné ailleurs dans le Torat Kohanim : le kohen à la place de son père -- cela enseigne que le fils passe avant tout autre. On aurait pu croire qu'il en va ainsi même s'il ne remplit pas la place de son père : l'Écriture dit va-acher yemalé, et celui qui remplira.
💡 Explication

Le daf se termine sur une objection laissée en suspens ; sa résolution ouvre 73a. La tension est claire : Rav Dimi a déduit le statut du mechouah milhama d'un verset qui parle de transmission héréditaire (pour ses fils après lui). Or la baraita citée ici va précisément établir que sa fonction n'est pas héréditaire.

Rachi reconstitue tout le passage du Torat Kohanim d'où vient cette baraita, avec sa chaîne de déductions : tahtav mi-banav, à sa place parmi ses fils, ne vise que celui dont le fils se tient effectivement à sa place -- ce qui exclut le mechouah milhama. Et pour le kohen gadol, la succession du fils est acquise, mais à une condition : va-acher yemalé, à condition qu'il remplisse la place de son père.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).