Yoma 73a -- Le kohen oint pour la guerre : ni quatre vêtements ni huit, la eiva comme règle de rang, et le protocole des Ourim ve-Toumim

Yoma 73a

Sougya : Cet amud est tout entier tendu par une question de vestiaire qui se révèle être une question de statut. Il commence par solder l'objection restée ouverte à la fin de 72a-b : la baraita du Torat Kohanim réserve l'hérédité de la charge à celui qui vient à la tente d'assignation, ce qui exclut le mashouah milhama -- mais si, comme le rapportait Rav Dimi, celui-ci sert en huit vêtements, il y serait apte lui aussi, puisque l'investiture passe précisément par les vêtements.

Rav Nahman bar Yitshak sauve la baraita en déplaçant le critère : ce n'est pas l'aptitude qui compte mais ikkar mechihato, l'objet principal de l'onction. Une seconde baraita attaque plus durement -- il ne sert ni en quatre comme un kohen ordinaire, ni en huit comme un kohen gadol -- et Abaye répond qu'on ne peut pas en faire un zar : il faut deux motifs distincts, la eiva (la jalousie du kohen gadol) d'un côté, maalin ba-kodech ve-lo moridin de l'autre.

Rav Ada bar Abba conteste alors le motif de la eiva en citant tout le catalogue des différences entre kohen gadol et kohen ordinaire, avec ses trois extensions -- merubé begadim, mashouah che-avar, mashouah milhama : ce tana accorde les huit vêtements au suppléant écarté, il ne craint donc pas la eiva, et pourtant il les refuse à l'oint de la guerre. La réponse est une des plus fines de l'amud : la eiva ne naît pas entre égaux, elle naît devant un inférieur.

Vient ensuite une courte scène de salle d'étude où Rabbi Ami et Rabbi Assi détournent le visage plutôt que de contredire Rabbi Abahou -- Rav Papa en tire un argument sur l'identité du locuteur, car seul le prestige de Rabbi Abahou à la cour, yekara de-bei Kessar, explique un désaveu aussi muet. Puis Ravin renverse la table en corrigeant un seul mot de la transmission : ce n'est pas mechamech, il officie, mais nich'al, il est consulté.

Les huit vêtements du mashouah milhama ne servent pas au Temple mais à l'oracle, car les Ourim ve-Toumim sont logés dans le hochen. La seconde moitié de l'amud déroule alors le protocole complet de cette consultation : qui interroge, comment les visages s'orientent, quelle formule employer, à quel volume -- ni à voix haute ni dans la seule pensée, mais à la manière de Hanna, dont les lèvres remuaient sans que la voix s'entende -- et enfin la règle de la question unique, que le verset de David à Keila vient à la fois confirmer et compliquer.

Le daf se coupe sur les deux mots qui amorcent la solution.

Yoma 73a : le fil du daf Une seule question tient tout l'amud : de quoi le mashouah milhama est-il vêtu ? La réponse finale déplace le problème des Ourim ve-Toumim A -- Seg 0 et 1 : la baraita du Torat Kohanim solde la question ouverte en 72b Le verset dit : celui qui vient à la tente d'assignation -- donc celui qui est apte à y venir. Cela exclut le mashouah milhama, sa fonction n'est pas héréditaire. Objection contre Rav Dimi : s'il sert bien en huit vêtements toute l'année, il serait apte lui aussi ! Rav Nahman bar Yitshak sauve la baraita : le critère n'est pas l'aptitude, c'est ikkar mechihato, l'objet principal de l'onction. B -- Seg 2 et 3 : ni quatre, ni huit. Abaye scinde la question en deux Une baraita frontale : le mashouah milhama ne sert ni en quatre comme un hedyot, ni en huit comme un kohen gadol. Abaye : en ferais-tu donc un zar, un non-kohen ! Il faut deux raisons distinctes : pas huit à cause de la eiva (jalousie du kohen gadol), pas quatre à cause de maalin ba-kodech ve-lo moridin, on élève en sainteté, on ne fait pas descendre. Rachi : mais selon la Tora, il en est bel et bien apte. C -- Seg 4 à 11 : la grande baraita des différences, invoquée contre la eiva Rav Ada bar Abba à Rava : voici un tana qui ne craint pas la eiva -- il accorde les huit vêtements au mashouah che-avar -- et pourtant il les refuse au mashouah milhama. Suit le catalogue complet : par kohen machiah, par de Kippour, dixième d'efa, deuil, mariage, retour du meurtrier, aninout, part en premier, huit vêtements, tum at mikdach, service de Kippour -- puis leur extension différenciée. Réponse : la eiva n'existe pas envers un égal (che-avar), elle existe envers un inférieur (milhama). Le rang, pas le vêtement. D -- Seg 12 et 13 : une désapprobation muette, et pourquoi elle est restée muette Rabbi Abahou enseigne la chose au nom de Rabbi Yo'hanan ; Rabbi Ami et Rabbi Assi détournent le visage. Rav Papa : ce silence ne se comprend que pour Rabbi Abahou, proche de la cour -- yekara de-bei Kessar. À Rabbi Hiya bar Abba on l'aurait dit en face. E -- Seg 14 : Ravin renverse la table -- un seul mot change tout Ce n'est pas mechamech bahen, il officie en eux, qui a été transmis, mais nich al bahen, il y est consulté. Le mashouah milhama revêt les huit vêtements non pour le service, mais pour être interrogé par les Ourim ve-Toumim. Une baraita le confirme. F -- Seg 15 à 18 : le protocole des Ourim ve-Toumim Qui interroge, dans quelle orientation, avec quels mots, à quel volume. La question se prononce mais ne s'entend pas -- le modèle est Hanna, dont les lèvres bougeaient sans que la voix porte. Et une seule question à la fois : David à Keila en fait l'expérience. L'amud se coupe en pleine réponse -- David chaal : la suite est en 73b.
Le fil du daf : d une objection sur l hérédité de la charge à la mécanique de l oracle.
De quoi le mashouah milhama est-il vêtu ? Les quatre états de la question Le kohen oint pour la guerre est le cas limite : plus qu'un kohen ordinaire, moins qu'un kohen gadol en fonction Kohen hedyot 4 tunique, caleçon, ceinture, turban Mashouah milhama ? toute la sougya tient dans ce point Kohen gadol 8 les 4 + hochen, efod, meil, tsits 1. Rav Dimi (fin de 72b) : huit vêtements Déduit du verset ve-hayou le-vanav aharav, ils seront pour ses fils après lui : toute grandeur se transmet, et le mashouah milhama en est une. Il servirait donc, comme le kohen gadol, en huit vêtements. 2. La baraita : ni quatre, ni huit Formulation purement négative : il ne sert ni en quatre comme un hedyot, ni en huit comme un kohen gadol. Prise à la lettre, elle ne lui laisse rien -- ce qui reviendrait à en faire un zar. 3. Abaye : deux refus, deux raisons -- et aucune n'est de la Tora Pas huit : eiva, la jalousie du kohen gadol devant un inférieur habillé comme lui (décret rabbinique ; mi-deoraita il en est apte). Pas quatre : maalin ba-kodech ve-lo moridin -- ayant atteint ce rang, on ne le fait pas redescendre au rang de hedyot. 4. Ravin : la transmission était fausse -- nich al, non mechamech Il ne sert jamais en huit. Il les revêt uniquement pour être consulté par les Ourim ve-Toumim, quand il part à la guerre. La question du vêtement devient une question d'oracle : c'est la transition vers la seconde moitié de l'amud.
Les quatre états successifs de la question centrale : Rav Dimi, la baraita, Abaye, Ravin.
La baraita des différences : qui hérite de quoi Quatorze prérogatives du kohen gadol, et leur extension à trois figures dérivées. Seg 5 à 10 Prérogative Kohen gadol oint Merubé begadim Mashouah che-avar Mashouah milhama Par ha-ba al kol ha-mitsvot (par kohen machiah) oui non oui non Par de Yom Kippour oui oui non non Dixième d'efa quotidien (assirit ha-efa) oui oui non non Ne laisse pas croître ses cheveux (lo poréa) oui oui oui oui Ne déchire pas ses vêtements par le haut (lo porém) oui oui oui oui Ne s'impurifie pas pour ses proches oui oui oui oui Obligation d'épouser une vierge (assé) oui oui oui oui Interdiction de la veuve (lav) oui oui oui oui Sa mort fait revenir le meurtrier oui oui oui mahloket Offre en état de onén (sans manger ni partager) oui oui oui non Prend sa part et offre en premier oui oui oui non Sert en huit vêtements oui oui oui non Exempt du sacrifice pour tum at mikdach oui oui oui non Le service de Kippour n'est valide que par lui oui oui oui non Lecture de la ligne clé : le mashouah che-avar porte les huit vêtements alors que le kohen gadol en fonction est là -- ce tana ne craint donc pas la eiva. Et pourtant il les refuse au mashouah milhama. Réponse du seg 11 : la eiva ne naît pas entre égaux, elle naît devant un inférieur. mahloket = R. Yehouda oui, Sages non.
La baraita des seg 5 à 10 mise en tableau -- et la ligne qui sert d argument à Rav Ada bar Abba.
Le protocole de consultation des Ourim ve-Toumim Seg 15 à 18 : qui, dans quelle orientation, avec quels mots, à quel volume, et combien de questions 1. L'orientation : trois regards alignés Chooel roi / av beit din son visage vers Nich al le kohen son visage vers Chekhina le Nom dans le hochen Rachi : le kohen incline la tête vers les Ourim ve-Toumim, où est placé le chem ha-meforach glissé dans les replis du pectoral. 2. La formule Question : Poursuivrai-je cette troupe ? Réponse : Ainsi a parlé Hachem, monte et tu réussiras. Rabbi Yehouda : pas besoin de Ainsi a parlé Hachem -- monte et réussis suffit. 3. Le volume : entre voix et pensée Pas à voix haute : ve-chaal lo, pour lui seul. Pas dans le cœur seulement : al piv, par sa bouche. Le modèle : Hanna ses lèvres bougeaient, sa voix ne s'entendait pas. 4. Une seule question à la fois -- et le cas David à Keila Question 1 Les gens de Keila me livreront-ils ? pas de réponse Question 2 Chaoul descendra-t-il ? Hachem dit : il descendra La contradiction La règle dit : on répond à la première. Ici, c'est la seconde qui reçoit réponse. Réponse amorcée à la dernière ligne du daf -- David chaal, David a interrogé... -- et achevée en 73b : l'ordre des questions n'était pas celui du verset.
Le protocole complet de la consultation des Ourim ve-Toumim, seg 15 à 18.
1
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שִׁבְעַת יָמִים יִלְבָּשָׁם הַכֹּהֵן תַּחְתָּיו מִבָּנָיו אֲשֶׁר יָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד״, מִי שֶׁרָאוּי לָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד. וְאִם אִיתָא — מִיחְזָא חֲזִי!

L'Écriture dit : "Sept jours les revêtira le kohen qui vient à sa place parmi ses fils, celui qui vient à la tente d'assignation" (Chemot 29:30) -- c'est-à-dire celui qui est apte à venir à la tente d'assignation. Or, si c'était exact (que le mashouah milhama sert en huit vêtements), lui aussi serait apte !

📜 Rachi (2)
תַּלְמוּד לוֹמַר אֲשֶׁר יָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד מִי שֶׁרָאוּי לָבֹא אֶל אֹהֶל מוֹעֵד לְכַפֵּר בַּקֹּודֶשׁ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים עָלָיו אֲנִי אוֹמֵר לְךָ תַּחְתָּיו מִבָּנָיו שֶׁבְּנוֹ יִהְיֶה תַּחְתָּיו יָצָא זֶה שֶׁאֵינוֹ רָאוּי וְכוּ' דְּלָאו כֹּהֵן גָּדוֹל הוּא:
-- pour expier dans le sanctuaire au jour de Kippour : c'est de celui-là que je te dis tahtav mibanav, à sa place parmi ses fils, que son fils occupe sa place. Cela exclut celui-ci, qui n'y est pas apte, etc., puisqu'il n'est pas kohen gadol.
וְאִם אִיתָא דַּבַּח' בְּגָדִים הוּא מְשַׁמֵּשׁ כָּל הַשָּׁנָה הַאי נָמֵי מִיחְזָא חֲזִי דִּכְתִיב ביוה"כ וְכִפֶּר הַכֹּהֵן אֲשֶׁר יִמְשַׁח אֹותוֹ וַאֲשֶׁר יְמַלֵּא אֶת יָדוֹ וְכָל מִילּוּי יָדַיִם עַל יְדֵי הַבְּגָדִים הוּא כְּדִכְתִיב וּבִגְדֵי הַקֹּדֶשׁ אֲשֶׁר לְאַהֲרֹן (שְׁמוֹת כ״ט:כ״ט):
-- si, comme le prétend Rav Dimi, il sert en huit vêtements toute l'année, celui-ci aussi serait apte à venir à la tente d'assignation. Car il est écrit à propos de Yom Kippour : "et le kohen expiera, celui qu'on aura oint et dont on aura rempli la main" -- et tout remplissage des mains (miloui yadaim, l'investiture) se fait par les vêtements, comme il est écrit : "et les vêtements sacrés qui sont à Aaron" (Chemot 29:29).
💡 Explication

Ce segment achève la baraita du Torat Kohanim commencée à la fin de 72b. Elle établit que la charge de kohen gadol se transmet au fils -- tahtav mibanav, à sa place parmi ses fils -- mais seulement pour celui que le verset décrit ensuite : acher yavo el ohel moed, celui qui vient à la tente d'assignation. Le mashouah milhama (le kohen oint pour la guerre) étant exclu de ce service, sa fonction n'est pas héréditaire.

D'où l'objection contre Rav Dimi, qui affirmait en 72b que le mashouah milhama officie en huit vêtements : mihaza hazi -- mais alors il serait apte, lui aussi ! Rachi explique pourquoi : l'investiture (miloui yadaim, le remplissage des mains) se réalise précisément par les vêtements. Qui porte les huit vêtements est, de ce fait même, apte au service du Saint des saints.

2
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, הָכִי קָאָמַר: כָּל שֶׁעִיקַּר מְשִׁיחָתוֹ לְאֹהֶל מוֹעֵד. יֵצֵא זֶה, שֶׁעִיקַּר מִשִּׂיחָתוֹ לַמִּלְחָמָה.

Rav Nahman bar Yitshak dit : voici ce que la baraita veut dire -- la règle vaut pour quiconque dont l'onction a pour objet principal (ikkar mechihato) la tente d'assignation ; cela exclut celui-ci, dont l'onction a pour objet principal la guerre.

💡 Explication

La réponse déplace le critère. La baraita ne disait pas : celui qui est de fait apte à entrer dans la tente d'assignation ; elle disait : celui pour qui c'est la finalité de son onction. Le mashouah milhama peut bien, techniquement, revêtir les huit vêtements -- il n'a pas été oint pour cela. Il l'a été pour s'adresser au peuple avant la bataille (Devarim 20:2-4).

Le raisonnement est typique : un mot du verset (acher yavo) est relu non comme un constat d'aptitude mais comme la désignation d'une vocation. Rav Dimi est sauvé.

3
מֵיתִיבִי: מְשׁוּחַ מִלְחָמָה אֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ לֹא בְּאַרְבָּעָה כְּכֹהֵן הֶדְיוֹט, לֹא בִּשְׁמוֹנָה כְּכֹהֵן גָּדוֹל.

On objecte (contre Rav Dimi) : il a été enseigné dans une baraita -- le mashouah milhama ne sert ni en quatre vêtements comme un kohen ordinaire (hedyot), ni en huit comme un kohen gadol.

4
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אֶלָּא זָר מְשַׁוֵּית לֵיהּ! אֶלָּא: כְּכֹהֵן גָּדוֹל — מִשּׁוּם אֵיבָה, כְּכֹהֵן הֶדְיוֹט — מִשּׁוּם מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין.

Abaye lui dit : en ferais-tu donc un zar (un non-kohen) ! Il faut plutôt comprendre ainsi : (il ne sert) pas comme un kohen gadol -- à cause de la eiva (l'animosité, la jalousie) ; (et il ne sert) pas comme un kohen ordinaire -- à cause du principe maalin ba-kodech ve-lo moridin, on élève en matière de sainteté et on ne fait pas descendre.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם אֵיבָה אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא חֲזִי:
-- mais selon la Tora, il en est bel et bien apte.
💡 Explication

Abaye refuse la lecture littérale : une baraita qui lui retire les huit et les quatre ne lui laisserait aucun habit de kehouna -- elle en ferait un zar, un profane, ce qui est absurde pour un kohen oint. Il faut donc que les deux refus reposent sur deux motifs distincts, et non sur une seule règle de statut.

La eiva est un motif rabbinique de politique du Temple : éviter la rancœur du kohen gadol devant un subordonné vêtu comme lui. Rachi souligne le point décisif -- mi-deoraita hazi, selon la Tora il en est apte : c'est un décret, pas une invalidité. Le second motif, maalin ba-kodech ve-lo moridin, joue en sens inverse : ayant été élevé à ce degré de sainteté, on ne peut plus le renvoyer au rang de kohen ordinaire.

🖼️ Schéma
Abaye : une seule baraita, deux raisons indépendantes Ni en quatre, ni en huit lu à la lettre : il ne lui reste rien -- un zar Pas huit : eiva Le kohen gadol supporterait mal de voir un inférieur vêtu comme lui. Décret des Sages. Rachi : mi-deoraita hazi selon la Tora, il en est parfaitement apte. Pas quatre : maalin ba-kodech On élève en matière de sainteté, on ne fait pas descendre. Ayant atteint ce degré, il ne peut plus être traité en hedyot. Une règle de statut, pas de vêtement. Les deux blocages viennent d'en haut et d'en bas : il est coincé entre une jalousie et une dignité acquise.
Le mashouah milhama pris entre deux principes : la jalousie qui le tire vers le bas, la sainteté acquise qui l'empêche d'y descendre.
5
אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר אַבָּא לְרָבָא: וְהַאי תַּנָּא דְּלֵית לֵיהּ אֵיבָה, וְלָא קָא מְשַׁמֵּשׁ.

Rav Ada bar Abba dit à Rava : mais voici un tana qui n'admet pas l'argument de la eiva, et qui pourtant enseigne qu'il ne sert pas (en huit vêtements) !

📜 Rachi (2)
דְּלֵית לֵיהּ אֵיבָה דְּלָא חָייֵשׁ לְאֵיבָה:
-- qui ne se soucie pas de la eiva.
וְלָא קָמְשַׁמֵּשׁ כְּלוֹמַר וְקָאָמַר דְּלָא מְשַׁמֵּשׁ מְשׁוּחַ מִלְחָמָה בִּשְׁמוֹנָה:
-- c'est-à-dire : et pourtant il enseigne que le mashouah milhama ne sert pas en huit vêtements.
💡 Explication

L'attaque est méthodique. Si la seule raison de refuser les huit vêtements au mashouah milhama était la eiva, alors un tana qui ne craint pas la eiva devrait les lui accorder. Rav Ada bar Abba annonce qu'il en existe un -- et cite, aux segments suivants, toute la grande baraita des différences entre kohen gadol et kohen ordinaire. La preuve viendra de sa dernière partie (seg 9 et 10).

6
דְּתַנְיָא, דְּבָרִים שֶׁבֵּין כֹּהֵן גָּדוֹל לְכֹהֵן הֶדְיוֹט: פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ, וּפַר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת, וּפַר יוֹם הַכִּפּוּרִים, וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה.

Car il a été enseigné : voici les points qui distinguent le kohen gadol du kohen ordinaire -- le taureau du kohen oint, c'est-à-dire le taureau apporté pour l'ensemble des mitsvot ; le taureau de Yom Kippour ; et le dixième d'efa.

📜 Rachi (2)
פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ לָא גָּרְסִינַן דְּהַייְנוּ פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת כֹּהֵן מָשִׁיחַ שֶׁחָטָא בְּהֶעְלֵם דָּבָר וְעָשָׂה דָּבָר שֶׁחַייָּבִין עַל זְדוֹנוֹ כָּרֵת מֵבִיא פַּר וְהַהֶדְיוֹט מֵבִיא כִּשְׂבָּה אוֹ שְׂעִירָה כִּשְׁאָר יָחִיד שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל:
-- nous ne lisons pas ces mots comme un item distinct, car il s'agit du même sacrifice que le taureau apporté pour l'ensemble des mitsvot : un kohen oint qui a fauté par une décision erronée (helem davar) et a accompli un acte dont la transgression volontaire entraînerait le karet apporte un taureau, tandis que le kohen ordinaire apporte une brebis ou une chèvre, comme tout autre particulier en Israël.
וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁבְּכָל יוֹם כְּדִכְתִיב הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ תַּחְתָּיו מִבָּנָיו יַעֲשֶׂה אֹותָהּ (וַיִּקְרָא ו׳:ט״ו):
-- celui de chaque jour, comme il est écrit : "le kohen oint à sa place parmi ses fils l'accomplira" (Vayikra 6:15).
💡 Explication

Début du catalogue. Trois offrandes propres au kohen gadol : le par ha-ba al kol ha-mitsvot (taureau du kohen oint qui a rendu, puis suivi, une décision erronée sur une faute passible de karet), le par de Yom Kippour, et l'assirit ha-efa, l'offrande quotidienne de farine du kohen gadol.

Rachi ouvre par une note textuelle : les mots par kohen machiah ne doivent pas être lus comme un item séparé -- c'est le même sacrifice que le suivant, le texte se glose lui-même.

7
לֹא פּוֹרֵעַ, וְלֹא פּוֹרֵם, אֲבָל פּוֹרֵם הוּא מִלְּמַטָּה, וְהַהֶדְיוֹט מִלְמַעְלָה. וְאֵין מִטַּמֵּא לִקְרוֹבָיו, וּמְצֻוֶּוה עַל הַבְּתוּלָה, וּמֻוזְהָר עַל הָאַלְמָנָה, וּמַחֲזִיר אֶת הָרוֹצֵחַ.

Il ne laisse pas croître ses cheveux et ne déchire pas ses vêtements (en signe de deuil) ; mais il déchire par le bas, tandis que le kohen ordinaire déchire par le haut. Il ne se rend pas impur pour ses proches parents.

Il a l'obligation d'épouser une vierge et l'interdiction d'épouser une veuve. Et sa mort fait revenir le meurtrier (exilé à la ville de refuge).

📜 Rachi (4)
לֹא פּוֹרֵעַ רֹאשׁוֹ לְגַדֵּל שֵׂיעָר מֵחֲמַת אֲבֵילוּת:
-- il ne laisse pas sa tête à l'abandon pour laisser pousser les cheveux en signe de deuil.
מִלְּמַטָּה שִׁיפּוּלֵי בְּגָדָיו:
-- au bas de ses vêtements, sur l'ourlet.
וּמֻוזְהָר עַל הָאַלְמָנָה בְּלָאו:
-- par une interdiction négative (lav).
וּמַחֲזִיר אֶת הָרוֹצֵחַ בְּמִיתָתוֹ:
-- par sa mort.
💡 Explication

Deuxième bloc : le kohen gadol et le deuil. Les deux gestes ordinaires du endeuillé lui sont interdits -- pria (laisser croître les cheveux) et périma (déchirer le vêtement) -- mais la baraita nuance : il déchire quand même, discrètement, par le bas de l'habit.

Suivent les règles de mariage (vierge obligatoire, veuve interdite) et la fameuse règle de Makot : la mort du kohen gadol libère le meurtrier involontaire de la ville de refuge.

8
וּמַקְרִיב אוֹנֵן, וְאֵינוֹ אוֹכֵל, וְאֵינוֹ חוֹלֵק, וְנוֹטֵל חֵלֶק בְּרֹאשׁ, וּמַקְרִיב חֵלֶק בָּרֹאשׁ. וּמְשַׁמֵּשׁ בִּשְׁמֹנָה כֵּלִים, וּפָטוּר עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו, וְכָל עֲבוֹדוֹת יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָן כְּשֵׁירוֹת אֶלָּא בּוֹ.

Il offre les sacrifices même lorsqu'il est onén (endeuillé du premier jour), mais il n'en mange pas et ne prend pas de part. Il prend sa part en premier et offre en premier la part qu'il choisit.

Il sert en huit vêtements. Il est exempt (du sacrifice) pour l'impureté du sanctuaire et de ses saintetés.

Et tous les services de Yom Kippour ne sont valides que par lui.

📜 Rachi (5)
וּמַקְרִיב אוֹנֵן דִּכְתִיב וּמִן הַמִּקְדָּשׁ לֹא יֵצֵא (וַיִּקְרָא כ״א:י״ב) כִּדְפָרֵישִׁית בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף יג:):
-- car il est écrit : "et il ne sortira pas du sanctuaire" (Vayikra 21:12), comme je l'ai expliqué au premier chapitre (13b).
וְאֵינוֹ אוֹכֵל כְּלוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהוּא חָלוּק מִן הַהֶדְיוֹט לְעִנְיַן הַקְרָבָה שָׁוֶה הוּא לוֹ לְעִנְיַן אֲכִילָה:
-- c'est-à-dire : bien qu'il se distingue du kohen ordinaire quant à l'offrande, il lui est semblable quant à la consommation.
וְאֵינוֹ חוֹלֵק כְּשֶׁהוּא אוֹנֵן לֶאֱכֹול לָעֶרֶב כְּשֶׁתַּעֲבוֹר הָאֲנִינוּת דְּאָמְרִינַן בִּזְבָחִים פֶּרֶק טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף צט.) הָרָאוּי לַאֲכִילָה חוֹלֵק שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה אֵינוֹ חוֹלֵק:
-- lorsqu'il est onén, il ne prend pas de part pour manger le soir, une fois l'aninout passée ; car nous disons dans Zevahim, au chapitre Tevoul Yom (99a) : celui qui est apte à manger prend une part, celui qui n'est pas apte à manger ne prend pas de part.
וּמַקְרִיב חֵלֶק בָּרֹאשׁ מְפֹורָשׁ בפ"ק (דַּף יד.):
-- expliqué au premier chapitre (14a).
וּפָטוּר עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ בְּהוֹרָיוֹת נָפְקָא לָן מִקְּרָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא וְכֻולָּהּ הַךְ מַתְנִיתָא מְפָרֵשׁ לָהּ הָתָם:
-- dans Horayot, on le déduit d'un verset au dernier chapitre ; et toute cette baraita y est expliquée.
💡 Explication

Le bloc central. L'aninout (le premier jour de deuil, avant l'enterrement) écarte tout kohen du service ; le kohen gadol, lui, continue d'offrir -- mais la baraita précise aussitôt les limites : il ne mange pas des kodachim ce jour-là, et ne prend pas de part.

Vient ensuite la ligne qui va porter tout l'argument de Rav Ada bar Abba : il sert en huit vêtements. Puis deux points techniques : l'exemption du sacrifice pour tum'at mikdach (être entré au Temple en état d'impureté par inadvertance), et l'exclusivité du service de Kippour.

9
וְכֻולָּן נוֹהֲגוֹת בִּמְרֻובֵּה בְּגָדִים, חוּץ מִפַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת.

Et toutes ces règles valent aussi pour le merubé begadim (le kohen gadol investi par le surcroît de vêtements), à l'exception du taureau apporté pour l'ensemble des mitsvot.

📜 Rachi (2)
מְרֻובֵּה בְּגָדִים כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים שֶׁשִּׁימְּשׁוּ מִיּוֹם שֶׁנִּגְנַז שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה אֶלָּא בְּרִיבּוּי בְּגָדִים:
-- les kohanim gedolim qui ont servi depuis le jour où l'huile d'onction a été cachée, et dont l'accès à la kehouna guedola ne s'est fait que par le surcroît de vêtements.
חוּץ מִפַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת דְּמָשִׁיחַ כְּתִיב בֵּיהּ ואע"ג דְּגַבֵּי עֲשִׂירִית הָאֵיפָה נָמֵי מָשִׁיחַ כְּתִיב אִיתְרַבִּי נָמֵי מְרֻובֵּה בְּגָדִים מִוְּהַכֹּהֵן בת"כ אֲבָל הַכֹּהֵן דִּכְתִיב גַּבֵּי פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת אִיצְטְרִיךְ לְגוּפֵיהּ כִּדְתַנְיָא בת"כ מָשִׁיחַ יָכוֹל זֶה מֶלֶךְ ת"ל הַכֹּהֵן:
-- car à son propos il est écrit machiah, l'oint. Et bien qu'à propos du dixième d'efa il soit également écrit machiah, le merubé begadim y a été inclus par le mot ha-kohen dans le Torat Kohanim ; mais le mot ha-kohen écrit à propos du taureau apporté pour l'ensemble des mitsvot est nécessaire pour lui-même, comme il est enseigné dans le Torat Kohanim : machiah -- on aurait pu croire qu'il s'agit du roi ; l'Écriture dit ha-kohen, le kohen.
💡 Explication

Première extension. Sous le second Temple, l'huile d'onction ayant été cachée, les kohanim gedolim n'étaient plus oints : ils étaient investis par le fait de revêtir les huit vêtements -- d'où leur nom, merubé begadim, celui qui a un surcroît de vêtements. Ils héritent de toutes les prérogatives sauf une.

L'exception tient à un mot : le verset du par ha-ba al kol ha-mitsvot dit machiah, l'oint -- ce que le merubé begadim n'est pas. Rachi explique pourquoi le même mot n'exclut pas le merubé begadim de l'assirit ha-efa : là, un ha-kohen surnuméraire l'y réintègre, tandis que pour le taureau ce même ha-kohen est déjà mobilisé pour une autre exclusion -- celle du roi.

10
וְכֻולָּן נוֹהֲגוֹת בְּמָשׁוּחַ שֶׁעָבַר, חוּץ מִפַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה.

Et toutes ces règles valent pour le mashouah che-avar (le kohen gadol suppléant, écarté après avoir servi), à l'exception du taureau de Yom Kippour et du dixième d'efa.

📜 Rachi (2)
וְכֻולָּן נוֹהֲגוֹת בְּמָשׁוּחַ שֶׁעָבַר כְּגוֹן אִם אֵירַע פְּסוּל בְּכֹהֵן גָּדוֹל וּמִינּוּ אַחֵר תַּחְתָּיו וּלְאַחַר זְמַן חָזַר רִאשׁוֹן לַעֲבוֹדָתוֹ וְעָבַר זֶה מִמְּשִׁיחוּתוֹ כֻּולָּן נוֹהֲגוֹת בּוֹ:
-- par exemple si une invalidité est survenue chez le kohen gadol et qu'on en a nommé un autre à sa place, puis que le premier est revenu à son service et que celui-ci a quitté sa fonction d'oint : toutes ces règles s'appliquent à lui.
חוּץ מִפַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁהֵם חוֹבָה קְבוּעָה וַחֲדָא אֲמַר רַחֲמָנָא דְּתִיקְרַב וְלֹא שְׁתַּיִם:
-- car ce sont des obligations fixes, et le Miséricordieux a dit qu'il en soit offert une, non pas deux.
🗂️ Tossefot (1)
וְכֻולָּן נוֹהֲגוֹת בְּמָשׁוּחַ שֶׁעָבַר תֵּימַהּ דִּתְנַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַגּוֹלִין (מַכּוֹת דַּף יא:) וּמַייְתִי לֵיהּ בְּסַנְהֶדְרִין ר"פ כֹּהֵן גָּדוֹל (סַנְהֶדְרִין דַּף יח:) הַהוֹרֵג כ"ג אוֹ כ"ג שֶׁהָרַג אֵינוֹ יוֹצֵא מִשָּׁם לְעוֹלָם וְאַמַּאי לָא הָדַר בְּמִיתַת מָשׁוּחַ שֶׁעָבַר אַף לְרַבָּנָן אוֹ מְשׁוּחַ מִלְחָמָה לְר' יְהוּדָה שֶׁגַּם הֵם מַחֲזִירִים הָרוֹצֵחַ וְשֶׁמָּא י"ל דכ"ג עִיקָּר וְכֵיוָן דַּהֲוָה כ"ג בְּשָׁעָה שֶׁהָרַג לָא הָדַר בְּמִיתַת הָנֵי אוֹ בְּמִיתַת כֹּהֵן גָּדוֹל אַחֵר שֶׁיַּעֲמִידוּ תַּחְתָּיו וְהָא דְּקָתָנֵי דְּמַחֲזִירִין הָרוֹצֵחַ הַיְינוּ כְּגוֹן דְּלָא הֲוָה כֹּהֵן גָּדוֹל בְּשָׁעָה שֶׁהָרַג א"נ הָא דְּקָתָנֵי אֵינוֹ יוֹצֵא מִשָּׁם לְעוֹלָם כְּגוֹן דְּלָא הָווּ מָשׁוּחַ שֶׁעָבַר וּמְשׁוּחַ מִלְחָמָה:
-- c'est étonnant. Nous avons appris dans le chapitre Elou hen ha-golin (Makot 11b), texte repris dans Sanhédrin au début du chapitre Kohen gadol (18b), que celui qui tue un kohen gadol, ou un kohen gadol qui a tué, ne sort jamais de la (ville de refuge). Pourquoi donc ne reviendrait-il pas à la mort du mashouah che-avar -- même selon les Sages -- ou à la mort du mashouah milhama selon Rabbi Yehouda, puisque ceux-là aussi font revenir le meurtrier ? On peut peut-être répondre que le kohen gadol en fonction est le principal : puisque c'était un kohen gadol au moment du meurtre, le meurtrier ne revient ni à la mort de ceux-là, ni à la mort d'un autre kohen gadol qu'on établirait à sa place ; et ce qui est enseigné, qu'ils font revenir le meurtrier, viserait le cas où il n'y avait pas de kohen gadol au moment du meurtre. Ou bien : ce qui est enseigné, qu'il ne sort jamais de la, viserait le cas où il n'y avait ni mashouah che-avar ni mashouah milhama.
💡 Explication

Deuxième extension, et c'est là que se trouve l'argument. Le mashouah che-avar est celui qu'on avait nommé pour remplacer un kohen gadol devenu inapte, et qui a dû céder la place au retour du titulaire. Il conserve la sainteté acquise : toutes les prérogatives lui restent -- y compris, comme l'a enseigné le seg 7, servir en huit vêtements, alors même que le kohen gadol en fonction est présent.

Les deux exceptions sont d'une autre nature : le taureau de Kippour et l'assirit ha-efa sont des obligations fixes et uniques -- la Tora en prescrit une, pas deux. Ce n'est pas un manque de dignité, c'est une impossibilité arithmétique.

11
וְכֻולָּן אֵין נוֹהֲגוֹת בִּמְשׁוּחַ מִלְחָמָה, חוּץ מֵחֲמִשָּׁה דְּבָרִים הָאֲמוּרִין בַּפָּרָשָׁה: לֹא פּוֹרֵעַ, וְלֹא פּוֹרֵם, וְלֹא מִטַּמֵּא לִקְרוֹבָיו, וּמְצֻוֶּוה עַל הַבְּתוּלָה, וּמֻוזְהָר עַל הָאַלְמָנָה, וּמַחְזִיר אֶת הָרוֹצֵחַ כְּדִבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ מַחֲזִיר.

Et aucune de ces règles ne vaut pour le mashouah milhama, sauf cinq points énoncés dans la section (du kohen gadol) : il ne laisse pas croître ses cheveux, ne déchire pas ses vêtements, ne se rend pas impur pour ses proches, a l'obligation d'épouser une vierge et l'interdiction d'épouser une veuve. Et il fait revenir le meurtrier, selon Rabbi Yehouda ; les Sages disent : il ne le fait pas revenir.

📜 Rachi (4)
הָאֵמוּרִין בַּפָּרָשָׁה גַּבֵּי וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו (וַיִּקְרָא כ״א:י׳) דְּהָתָם אִיתְרַבִּי נָמֵי מְשׁוּחַ מִלְחָמָה כְּדִמְפָרֵשׁ בְּהוֹרָיוֹת (דַּף יב:) מֵאֲשֶׁר יוֹצֵק (וַיִּקְרָא כ״א:י׳) וְאֵלּוּ הֵן חֲמִשָּׁה דְּבָרִים לֹא פּוֹרֵעַ וְלֹא פּוֹרֵם וְאֵינוֹ מִטַּמֵּא לִקְרוֹבִים וּמְצֻוֶּוה עַל הַבְּתוּלָה וּמֻוזְהָר עַל הָאַלְמָנָה אֲבָל לֹא מַקְרִיב אוֹנֵן וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב בְּהַהִיא פָּרַשְׁתָּא דְּהָכִי תַּנְיָא בְּהוֹרָיוֹת יָכוֹל יַקְרִיב אוֹנֵן תַּלְמוּד לוֹמַר עָלָיו וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ:
-- à propos du verset "et le kohen, le plus grand de ses frères" (Vayikra 21:10). Le mashouah milhama y a été inclus, comme l'explique Horayot (12b), à partir des mots acher youtsak (Vayikra 21:10). Et ce sont ces cinq points : il ne laisse pas croître ses cheveux, ne déchire pas, ne se rend pas impur pour ses proches, a l'obligation de la vierge et l'interdiction de la veuve. Mais il n'offre pas en état de aninout -- bien que cela soit écrit dans cette même section -- car il est enseigné dans Horayot : on aurait pu croire qu'il offre en état de aninout ; l'Écriture dit alav, sur lui, et non sur son compagnon.
וְאֵינוֹ מִטַּמֵּא לִקְרוֹבָיו אֲבָל הֶדְיוֹט מְטַמֵּא לְאוֹתָן הָאֵמוּרִין בַּפָּרָשָׁה:
-- alors qu'un kohen ordinaire se rend impur pour ceux qui sont énumérés dans la section.
וּמְצֻווֶּה עַל הַבְּתוּלָה בַּעֲשֵׂה:
-- par une obligation positive (assé).
וּמַחְזִיר אֶת הָרוֹצֵחַ כְּדִבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה דִּמְרַבֵּי לֵיהּ בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת (דַּף יא.) מִקְּרָאֵי וּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ אַלְמָא הַאי תַּנָּא לֵית לֵיהּ אֵיבָה מִדְּקָתָנֵי כֻּולָּן נוֹהֲגוֹת בְּמָשׁוּחַ שֶׁעָבַר דִּמְשַׁמֵּשׁ [בְּח'] בְּגָדִים וַאֲפִילּוּ הָכִי מְשׁוּחַ מִלְחָמָה לֹא דְּקָתָנֵי כֻּולָּן אֵין נוֹהֲגוֹת בִּמְשׁוּחַ מִלְחָמָה:
-- car Rabbi Yehouda l'y inclut dans le traité Makot (11a) à partir de versets, et les Sages sont en désaccord avec lui. Il ressort donc que ce tana n'admet pas la eiva : il enseigne que toutes ces règles s'appliquent au mashouah che-avar -- ce qui implique qu'il sert en huit vêtements -- et pourtant, pour le mashouah milhama, non, puisqu'il enseigne : aucune de ces règles ne vaut pour le mashouah milhama.
💡 Explication

La baraita se referme, et l'argument de Rav Ada bar Abba est complet. Ce tana accorde les huit vêtements au mashouah che-avar (seg 9) -- preuve qu'il ne craint pas la eiva, puisque deux hommes vêtus à l'identique coexisteraient alors. Et pourtant il les refuse au mashouah milhama. La eiva ne peut donc pas être le motif.

Deux détails à noter. La baraita annonce cinq points mais en énumère six : Rachi tranche en excluant le retour du meurtrier des cinq -- il est en mahloket, et Rabbi Yehouda le déduit ailleurs. Second point : bien que l'aninout figure dans la même section de la Tora, le mashouah milhama n'offre pas en état de onén, le mot alav (sur lui) restreignant la règle au seul kohen gadol.

🖼️ Schéma
La baraita des différences : qui hérite de quoi Quatorze prérogatives du kohen gadol, et leur extension à trois figures dérivées. Seg 5 à 10 Prérogative Kohen gadol oint Merubé begadim Mashouah che-avar Mashouah milhama Par ha-ba al kol ha-mitsvot (par kohen machiah) oui non oui non Par de Yom Kippour oui oui non non Dixième d'efa quotidien (assirit ha-efa) oui oui non non Ne laisse pas croître ses cheveux (lo poréa) oui oui oui oui Ne déchire pas ses vêtements par le haut (lo porém) oui oui oui oui Ne s'impurifie pas pour ses proches oui oui oui oui Obligation d'épouser une vierge (assé) oui oui oui oui Interdiction de la veuve (lav) oui oui oui oui Sa mort fait revenir le meurtrier oui oui oui mahloket Offre en état de onén (sans manger ni partager) oui oui oui non Prend sa part et offre en premier oui oui oui non Sert en huit vêtements oui oui oui non Exempt du sacrifice pour tum at mikdach oui oui oui non Le service de Kippour n'est valide que par lui oui oui oui non Lecture de la ligne clé : le mashouah che-avar porte les huit vêtements alors que le kohen gadol en fonction est là -- ce tana ne craint donc pas la eiva. Et pourtant il les refuse au mashouah milhama. Réponse du seg 11 : la eiva ne naît pas entre égaux, elle naît devant un inférieur. mahloket = R. Yehouda oui, Sages non.
Toute la baraita des seg 5 à 10 en une grille : la ligne des huit vêtements est celle qui porte l'argument.
12
כִּי לֵית לֵיהּ אֵיבָה — בְּדִכְוָותֵיהּ, בִּדְזוּטָר מִינֵּיהּ — אִית לֵיהּ.

(La guemara répond :) quand il n'y a pas de eiva, c'est envers un égal ; mais envers un inférieur, il y a bien de la eiva.

📜 Rachi (1)
כִּי לֵית לֵיהּ אֵיבָה בְּדִכְוָותֵיהּ מָשׁוּחַ שֶׁעָבַר גָּדוֹל הָיָה כְּמוֹתוֹ אֲבָל מְשׁוּחַ מִלְחָמָה דְּזוּטָר מִינֵּיהּ חוֹשֵׁשׁ לְאֵיבָתוֹ:
-- le mashouah che-avar était d'un rang égal au sien ; mais pour le mashouah milhama, qui lui est inférieur, on craint l'animosité (du kohen gadol) à son égard.
💡 Explication

La distinction est fine et profondément juste psychologiquement. La eiva ne naît pas de la ressemblance vestimentaire en soi, mais du décalage entre le rang et l'apparence. Le mashouah che-avar a été kohen gadol : qu'il porte les huit vêtements ne retire rien au titulaire, ils sont pairs. Le mashouah milhama, lui, est de-zoutar minei, d'un rang inférieur -- le voir vêtu à l'identique devient une humiliation.

La réponse sauve donc la position d'Abaye : ce tana peut très bien ne pas craindre la eiva entre égaux tout en la craignant ici. Il n'y a pas de contradiction, seulement deux cas différents.

🖼️ Schéma
La eiva n'est pas une règle de vêtement, c'est une règle de rang Kohen gadol en fonction huit vêtements, service de Kippour c'est lui qui ressent la eiva Mashouah che-avar même rang : il fut kohen gadol huit vêtements : pas de eiva Mashouah milhama rang inférieur : de-zoutar minei huit vêtements : eiva Un pair qui vous ressemble ne vous humilie pas. Un subordonné habillé comme vous, si. C'est ce qui sauve la baraita du seg 10 de la contradiction relevée par Rav Ada bar Abba.
La eiva se mesure à l'écart de rang, non à la ressemblance des habits.
13
יְתֵיב רַבִּי אֲבָהוּ וְקָאָמַר לַהּ לְהָא שְׁמַעְתָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. אַהְדְּרִינְהוּ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי לְאַפַּיְיהוּ. אִיכָּא דְאָמְרִי, רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אֲמָרָהּ, וְאַהְדְּרִינְהוּ רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי לְאַפַּיְיהוּ.

Rabbi Abahou était assis et enseignait cet enseignement au nom de Rabbi Yo'hanan. Rabbi Ami et Rabbi Assi détournèrent leur visage.

D'aucuns disent : c'est Rabbi Hiya bar Abba qui l'a énoncé, et (c'est de lui que) Rabbi Ami et Rabbi Assi détournèrent leur visage.

📜 Rachi (2)
לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי:
-- celui que Rav Dimi avait rapporté à son arrivée.
אַהְדְּרִינְהוּ לְאַפַּיְיהוּ כְּלוֹמַר לֹא אֲמָרָהּ ר' יוֹחָנָן:
-- c'est-à-dire : Rabbi Yo'hanan n'a pas dit cela.
💡 Explication

Scène de salle d'étude. Détourner le visage est un geste de désapprobation silencieuse : Rabbi Ami et Rabbi Assi signifient qu'à leur avis Rabbi Yo'hanan n'a jamais dit cela -- mais sans le dire. L'enseignement en question est celui de Rav Dimi (les huit vêtements du mashouah milhama).

14
מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: בִּשְׁלָמָא רַבִּי אָבָהוּ — מִשּׁוּם יְקָרָא דְבֵי קֵיסָר, אֶלָּא לְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא — נֵימְרוּ לֵיהּ מֵימָר: לֹא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי.

Rav Papa objecte : soit, s'il s'agit de Rabbi Abahou -- c'est à cause de l'honneur de la maison de César (qu'ils n'ont rien dit ouvertement) ; mais s'il s'agit de Rabbi Hiya bar Abba, qu'ils lui disent donc franchement : Rabbi Yo'hanan n'a pas dit cela !

📜 Rachi (2)
רַבִּי אָבָהוּ חָשׁוּב הָיָה בְּבֵית הַמֶּלֶךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יד.) נְשׂוּא פָּנִים כְּגוֹן ר' אָבָהוּ בֵּי קֵיסָר וּבְסַנְהֶדְרִין (דַּף יד.) נָמֵי אָמְרִינַן דְּנָפְקִי אַמְהָתָא דְּבֵי קֵיסָר לְאַפֵּיהּ וּמְשָׁרוּ לֵיהּ:
-- il était un personnage important à la cour royale, comme nous disons dans le traité Haguiga (14a) : un homme considéré, tel Rabbi Abahou à la maison de César ; et dans Sanhédrin (14a) également nous disons que les servantes de la maison de César sortaient à sa rencontre et chantaient pour lui.
נֵימְרוּ לֵיהּ מֵימָר בְּהֶדְיָא לֹא אֲמָרָהּ רַבִּי יוֹחָנָן:
-- ouvertement : Rabbi Yo'hanan n'a pas dit cela.
💡 Explication

Rav Papa réfute la seconde version par l'analyse du geste. Un désaccord se dit normalement en face ; le silence appelle une explication particulière. Elle existe pour Rabbi Abahou : proche de la cour romaine, il jouissait d'un prestige tel -- yekara de-bei Kessar, l'honneur de la maison de César -- qu'on évitait de le contredire publiquement. Rachi rappelle les deux passages où ce statut est attesté (Haguiga 14a, Sanhédrin 14a).

Pour Rabbi Hiya bar Abba, aucune raison de ce genre : on lui aurait parlé directement. Donc la première version est la bonne.

15
כִּי אֲתָא רָבִין, אֲמַר: נִשְׁאָל אִיתְּמַר. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: בְּגָדִים שֶׁכֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן — מְשׁוּחַ מִלְחָמָה נִשְׁאָל בָּהֶן.

Lorsque Ravin arriva, il dit : c'est nich'al (il est consulté) qui a été énoncé (et non mechamech, il officie). Cela a d'ailleurs été enseigné dans une baraita : les vêtements dans lesquels le kohen gadol officie, le mashouah milhama y est consulté.

📜 Rachi (1)
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר לָאו מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן אִיתְּמַר אֶלָּא נִשְׁאַל בָּהֶן אִיתְּמַר בְּגָדִים שֶׁכֹּהֵן גָּדוֹל מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן מְשׁוּחַ מִלְחָמָה נִשְׁאָל כְּשֶׁיּוֹצֵא לַמִּלְחָמָה וְנִשְׁאַל בְּאוּרִים וְתֻומִּים שֶׁהַמֶּלֶךְ נִשְׁאַל לוֹ בָּהֶן:
-- ce n'est pas mechamech bahen, il officie en eux, qui a été énoncé, mais nich'al bahen, il y est consulté : les vêtements dans lesquels le kohen gadol officie, le mashouah milhama les revêt quand il part à la guerre et qu'on le consulte par les Ourim ve-Toumim, le roi l'interrogeant par leur intermédiaire.
💡 Explication

Le renversement. Ravin, autre voyageur entre la Terre d'Israël et Babylone, corrige la transmission de Rav Dimi sur un seul mot : ce que Rabbi Yo'hanan a dit n'est pas mechamech bahen (il officie en eux) mais nich'al bahen (il y est consulté). Le mashouah milhama ne fait aucun service en huit vêtements ; il les revêt pour être interrogé par les Ourim ve-Toumim avant le départ en guerre.

Cela a une logique technique : les Ourim ve-Toumim sont logés dans le hochen, le pectoral, qui fait partie des quatre vêtements propres au kohen gadol. Sans les huit, pas d'oracle. Et cela désamorce l'objection du seg 0 : porter les vêtements pour une consultation ne rend pas apte au service du Temple. Le daf bascule ici vers son second thème.

🖼️ Schéma
Un mot pour un autre : mechamech ou nich al Ravin ne réfute pas Rav Dimi : il corrige ce qui avait été transmis en son nom Version Rav Dimi : mechamech Il officie en huit vêtements, comme un kohen gadol, toute l'année. Conséquence : il serait apte à la tente d'assignation -- d'où toute l'objection du seg 0. Version Ravin : nich al Il ne sert jamais en huit. Il les revêt seulement pour être consulté par les Ourim ve-Toumim, au départ en guerre. Une baraita vient à l'appui : tania nami hakhi. Les huit vêtements ne sont donc pas ici un habit de service mais une condition technique de l'oracle : sans le hochen, pas d'Ourim ve-Toumim -- et sans les huit, pas de hochen.
Rav Dimi contre Ravin : un seul mot sépare le service de l'oracle.
16
תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיצַד שׁוֹאֲלִין? הַשּׁוֹאֵל פָּנָיו כְּלַפֵּי נִשְׁאָל, וְהַנִּשְׁאָל פָּנָיו כְּלַפֵּי שְׁכִינָה.

Nos maîtres ont enseigné : comment interroge-t-on (les Ourim ve-Toumim) ? Celui qui interroge a le visage tourné vers celui qui est interrogé, et celui qui est interrogé a le visage tourné vers la Chekhina.

📜 Rachi (3)
הַשּׁוֹאֵל מֶלֶךְ אוֹ אַב בֵּית דִּין:
-- le roi, ou le av beit din.
פָּנָיו כְּלַפֵּי נִשְׁאָל כְּלַפֵּי כֹּהֵן:
-- vers le kohen.
כְּלַפֵּי שְׁכִינָה כְּלַפֵּי אוּרִים וְתֻומִּים וְשֵׁם הַמְפֹורָשׁ שֶׁבְּתוֹךְ הַחֹושֶׁן:
-- vers les Ourim ve-Toumim et le Nom explicite qui se trouve à l'intérieur du hochen (le pectoral).
💡 Explication

Ouverture d'une longue baraita sur la mécanique de l'oracle. Trois positions s'alignent : le demandeur (chooel) -- selon Rachi le roi ou le av beit din -- fait face au kohen ; le kohen (nich'al) incline la tête vers le hochen, où est glissé le chem ha-meforach, le Nom explicite. La question ne s'adresse pas au kohen mais passe par lui.

🖼️ Schéma
Le protocole de consultation des Ourim ve-Toumim Seg 15 à 18 : qui, dans quelle orientation, avec quels mots, à quel volume, et combien de questions 1. L'orientation : trois regards alignés Chooel roi / av beit din son visage vers Nich al le kohen son visage vers Chekhina le Nom dans le hochen Rachi : le kohen incline la tête vers les Ourim ve-Toumim, où est placé le chem ha-meforach glissé dans les replis du pectoral. 2. La formule Question : Poursuivrai-je cette troupe ? Réponse : Ainsi a parlé Hachem, monte et tu réussiras. Rabbi Yehouda : pas besoin de Ainsi a parlé Hachem -- monte et réussis suffit. 3. Le volume : entre voix et pensée Pas à voix haute : ve-chaal lo, pour lui seul. Pas dans le cœur seulement : al piv, par sa bouche. Le modèle : Hanna ses lèvres bougeaient, sa voix ne s'entendait pas. 4. Une seule question à la fois -- et le cas David à Keila Question 1 Les gens de Keila me livreront-ils ? pas de réponse Question 2 Chaoul descendra-t-il ? Hachem dit : il descendra La contradiction La règle dit : on répond à la première. Ici, c'est la seconde qui reçoit réponse. Réponse amorcée à la dernière ligne du daf -- David chaal, David a interrogé... -- et achevée en 73b : l'ordre des questions n'était pas celui du verset.
Le protocole complet, des orientations jusqu'à la règle de la question unique.
17
הַשּׁוֹאֵל אוֹמֵר: ״אֶרְדֹּוף אַחֲרֵי הַגְּדוּד הַזֶּה״, וְהַנִּשְׁאָל אוֹמֵר: ״כֹּה אָמַר ה׳ עֲלֵה וְהַצְלַח״. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין צָרִיךְ לוֹמַר ״כֹּה אָמַר ה׳״, אֶלָּא ״עֲלֵה וְהַצְלַח״.

Celui qui interroge dit : "Poursuivrai-je cette troupe ?" (I Chmouel 30:8) ; et celui qui est interrogé dit : "Ainsi a parlé Hachem : monte et tu réussiras." Rabbi Yehouda dit : il n'a pas besoin de dire "Ainsi a parlé Hachem" -- il suffit de dire "monte et tu réussiras".

💡 Explication

La formule. Le désaccord de Rabbi Yehouda porte sur la formule prophétique ko amar Hachem : puisque le kohen ne fait que restituer ce qu'il a reçu, l'annonce solennelle est superflue. Le contenu suffit.

18
אֵין שׁוֹאֲלִין בְּקוֹל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁאַל לוֹ״. לֹא מְהַרְהֵר בְּלִבּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁאַל לוֹ לִפְנֵי ה׳״, אֶלָּא כְּדֶרֶךְ שֶׁאָמְרָה חַנָּה בִּתְפִלָּתָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְחַנָּה הִיא מְדַבֶּרֶת עַל לִבָּהּ״.

On n'interroge pas à voix haute, car il est dit : "ve-cha'al lo" -- il consultera pour lui. Et il ne se contente pas de penser la question dans son cœur, car il est dit : "ve-cha'al lo lifné Hachem" -- il consultera pour lui devant Hachem.

Mais bien à la manière dont Hanna a prié, comme il est dit : "et Hanna parlait sur son cœur" (I Chmouel 1:13).

📜 Rachi (2)
וְשָׁאַל לוֹ מַשְׁמַע לוֹ לְבַדּוֹ שֶׁאֵין שׁוֹמֵעַ אֶלָּא הוּא:
-- cela implique : pour lui seul, personne d'autre que lui n'entend.
אֵינוֹ מְהַרְהֵר בְּלִבּוֹ אֶלָּא יוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו מָה הוּא שׁוֹאֵל שֶׁנֶּאֱמַר וְשָׁאַל לוֹ בְּמִשְׁפַּט הָאוּרִים וּסְמִיךְ לֵיהּ עַל פִּיו יָצְאוּ קְרִי בֵיהּ הָכִי וְשָׁאַל לוֹ הַשּׁוֹאֵל עַל פִּיו שֶׁמּוֹצִיא דְּבָרִים בְּפִיו:
-- il doit au contraire prononcer des lèvres ce qu'il demande, car il est dit "ve-cha'al lo be-michpat ha-ourim", et juste après "al piv yets'ou", sur sa bouche ils sortiront. Lis donc ainsi : ve-cha'al lo -- celui qui interroge le fait al piv, par sa bouche, en prononçant les mots.
💡 Explication

Le réglage du volume, obtenu par deux versets qui se limitent l'un l'autre. Ve-cha'al lo -- pour lui seul : donc pas à voix haute. Mais le verset poursuit al piv, par sa bouche : donc pas dans la seule pensée.

Reste un point exact entre les deux, et la baraita lui donne un nom propre : Hanna. Le verset dit d'elle qu'elle parlait sur son cœur, que ses lèvres remuaient mais qu'on n'entendait pas sa voix. La consultation de l'oracle emprunte donc son régime à la tefila -- ce que la halakha retiendra pour la amida.

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אֵין שׁוֹאֲלִין שְׁנֵי דְבָרִים כְּאֶחָד. וְאִם שָׁאַל — אֵין מַחְזִירִין אֶלָּא אֶחָד, וְאֵין מַחְזִירִין לוֹ אֶלָּא רִאשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲיַסְגִּירֻונִי בַעֲלֵי קְעִילָה בְּיָדוֹ הֲיֵרֵד שָׁאוּל וְגוֹ׳ וַיֹּאמֶר ה׳ יֵרֵד״. וְהָא אָמְרַתְּ אֵין מַחְזִירִין אֶלָּא רִאשׁוֹן! דָּוִד שָׁאַל

On n'interroge pas sur deux choses à la fois. Et s'il a interrogé (sur deux), on ne lui répond que sur une seule, et on ne lui répond que sur la première, car il est dit : "Les maîtres de Keila me livreront-ils entre ses mains ?

Chaoul descendra-t-il ?" etc., "et Hachem dit : il descendra" (I Chmouel 23:11). -- Mais n'as-tu pas dit qu'on ne répond que sur la première ! -- David a interrogé

📜 Rachi (1)
שְׁנֵי דְּבָרִים כְּאֶחָד אֶלָּא לְאַחַר שֶׁהֱשִׁיבוֹ לוֹ עַל הָרִאשׁוֹן שׁוֹאֵל לוֹ עַל הַשֵּׁנִי:
-- mais après qu'on lui a répondu sur la première, il interroge sur la seconde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאֵין שׁוֹאֲלִין שְׁנֵי דְבָרִים כְּאֶחָד , וְאִם שָׁאַל , אֵין מַחֲזִירִין לוֹ אֶלָּא אֶחָד. מַקְשִׁים כֵּיוָן דְּאָמַר אֵין מַחְזִירִין אֶלָּא רִאשׁוֹן יָדַעְנוּ דִּ'אֵין מַחֲזִירִין אֶלָּא אֶחָד'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה אָמֵינָא הִקְפִּידָה הִיא רַק עַל שְׁנֵי עִנְייָנִים חֲלוּקִים כְּגוֹן יְרִידָה וְהַסְגָּרָה אֲבָל אִם שׁוֹאֵל בְּעִנְיָן אֶחָד שֶׁל יְרִידָה כַּמָּה שְׁאֵלוֹת מְשִׁיבִין לוֹ כְּגוֹן אִם יִשְׁאַל: אִם יֵרֵד? וְכַמָּה חַיִל יֵרְדוּ עִמּוֹ? וְאִם יֵשׁ עִמּוֹ מֶלֶךְ פְּלוֹנִי וּמֶלֶךְ פְּלוֹנִי לְעָזְרוֹ? וְאֵימָתַי יֵרְדוּ? יָשִׁיבוּ לוֹ עַל כָּל שְׁאֵלוֹת אֵלּוּ מִפְּנֵי שֶׁכֻּולָּם הֵם בְּעִנְיָן שֶׁל יְרִידָה, וְלָכֵן הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ דְּאֵין מְשִׁיבִין אֶלָּא תְּשׁוּבָה אַחַת וְעוֹד אֵין מְשִׁיבִין אֶלָּא עַל עִנְיָן רִאשׁוֹן בִּלְבַד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה אָמֵינָא הָא דְּאֵין מַחֲזִירִין אֶלָּא רִאשׁוֹן זֶה דַּוְקָא בְּהֵיכָא שֶׁהֵם שְׁתֵּי עִנְיָינִים הַבָּאִים בְּזֶה אַחַר זֶה וּכְמוֹ הָא דְּיַסְגִּירוּ וְהַיֶּרֶד שֶׁהַיְּרִידָה מֻוכְרָח לִהְיוֹת קֹודֶם הַהַסְגָּרָה וּבָזֶה יָשִׁיבוּ עַל עִנְיָן רִאשׁוֹן בִּלְבַד שֶׁיֵּרֵד, אֲבָל אִם הֵם שְׁתֵּי שְׁאֵלוֹת בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים שֶׁהֵם בָּאִים וְנַעֲשִׂים כְּאֶחָד כְּגוֹן דְּאִיכָּא שְׁנֵי מְקוֹמוֹת לְאוֹיֵיב שֶׁיַּעֲמִיד שָׁם חֵילוֹ שָׁם לְהִלָּחֵם בְּיִשְׂרָאֵל עַל הַגְּבוּלִין שֶׁלָּהֶם אוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ כְּנִיסָה אַחַת מִצַּד הַיָּם וּכְנִיסָה אַחַת מִצַּד הַיַּבָּשָׁה וְהֵם אֵינָם יוֹדְעִים אִם הָאוֹייֵב שָׁם חַיִל בִּשְׁנֵי הַמְּקוֹמוֹת כְּדֵי שֶׁגַּם הֵם יִשְׁלְחוּ חַיִל כָּאן וְכָאן אוֹ אִם הוּא הוֹצִיא כָּל חֵילוֹ בְּמָקוֹם אֶחָד דַּוְקָא, גַּם אֵין יוֹדְעִין אִם שָׁלַח חֲצִי חֵילוֹ כָּאן וַחֲצִי כָּאן אוֹ אִם רֹוב חֵילוֹ הוּא בְּמָקוֹם אֶחָד דַּוְקָא כְּדֵי שֶׁגַּם הֵם יַעֲשׂוּ כְּנֶגְדּוֹ, וּשְׁאֵלוֹת אֵלּוּ אַף עַל פִּי שֶׁהֵם שְׁנֵי עִנְיָינִים אַךְ נִשְׁאָלִין עַל זְמַן אֶחָד וְשָׁעָה אַחַת דְּאֶפְשָׁר עַל זֶה יָשִׁיבוּ וְקָא מַשְׁמַע לָן אֲפִילּוּ בְּכֹהֵן גָּדוֹל לֹא יָשִׁיבוּ אֶלָּא אַחַת.
"Et on n'interroge pas sur deux choses à la fois ; et s'il a interrogé, on ne lui répond que sur une seule." On objecte : puisqu'il est dit ensuite qu'on ne répond que sur la première, nous savions déjà qu'on ne répond que sur une seule -- pourquoi le préciser ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu croire (hava amina) que la restriction ne porte que sur deux sujets distincts, comme ici la descente (de Chaoul) et la livraison (par les gens de Keila) ; mais que si l'on interroge sur un seul et même sujet -- celui de la descente -- avec plusieurs questions, on répondrait à toutes. Par exemple s'il demandait : descendra-t-il ? avec combien de troupes descendra-t-il ? tel roi et tel roi sont-ils avec lui pour l'aider ? et quand descendront-ils ? On lui répondrait sur toutes ces questions, puisqu'elles relèvent toutes du sujet de la descente. C'est pourquoi il a fallu préciser qu'on ne donne qu'une seule réponse, et en outre qu'on ne répond que sur le premier sujet seulement. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu croire que la règle -- on ne répond que sur la première -- ne vaut que là où il s'agit de deux sujets qui surviennent l'un après l'autre, comme ici la livraison et la descente, la descente devant nécessairement précéder la livraison : dans ce cas seulement on répondrait sur le premier sujet, celui de la descente. Mais s'il s'agit de deux questions portant sur deux sujets qui surviennent et s'accomplissent en même temps -- par exemple lorsque l'ennemi dispose de deux endroits où poster ses troupes pour combattre Israël sur ses frontières, ou qu'il a un accès par la mer et un accès par la terre, et que l'on ignore s'il a posté des troupes aux deux endroits, auquel cas il faudrait en envoyer ici et là, ou s'il a concentré toute son armée en un seul endroit ; et que l'on ignore de même s'il a envoyé la moitié de son armée ici et l'autre moitié là, ou si le gros de ses forces se trouve en un seul lieu, afin d'agir en conséquence -- ces questions, bien que portant sur deux sujets, concernent un seul et même moment, une seule et même heure, et l'on aurait pu croire qu'à celles-là on répondrait. La baraita nous apprend donc que même avec un kohen gadol, on ne répond qu'à une seule.
💡 Explication

Dernière règle du protocole : une question à la fois. Et si l'on en pose deux, la réponse portera sur la première seulement.

Le verset apporte pour prouver la règle la met aussitôt en difficulté. David pose bien deux questions d'un coup à Keila -- serai-je livré ? Chaoul descendra-t-il ? -- et ne reçoit qu'une réponse, ce qui confirme la première moitié de la règle. Mais la réponse porte sur la seconde question. Le daf s'interrompt sur les deux mots qui amorcent la solution, David chaal ; la suite est en 73b : l'ordre réel dans lequel David a posé ses questions n'était pas celui du verset.

🖼️ Schéma
Deux règles, un verset qui semble les contredire Règle a -- on ne répond qu'à une seule question Règle b -- et cette réponse porte sur la première des deux questions posées Le verset de Keila (I Chmouel 23:11) -- David pose les deux d'un coup 1. Les maîtres de Keila me livreront-ils entre ses mains ? 2. Chaoul descendra-t-il ? Et Hachem dit : il descendra -- une seule réponse, conforme à la règle a, mais portant sur la seconde question. La guemara relève la contradiction : ve-ha amart ein mahazirin ela richon ! David chaal... -- et le daf s'arrête là La réponse est en 73b : l'ordre réel des questions de David n'était pas celui dans lequel le verset les rapporte.
Le verset de Keila confirme une moitié de la règle et semble contredire l'autre.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).