Yoma 73b -- Les dernières règles des Ourim ve-Toumim, la clôture du chapitre 7, puis l'ouverture de Yom ha-Kippourim : les cinq afflictions et la mahloket du hatsi chiour

Yoma 73b

Sougya : Cet amud est une charnière : il achève une souguya et en ouvre une tout autre. La première moitié termine le dossier des Ourim ve-Toumim commencé en 73a.

On y règle d'abord l'ordre des questions -- David avait interrogé à Keila chelo ke-seder, dans le désordre, et l'oracle lui a répondu sur ce qui venait logiquement en premier ; mais à Tsiklag, quand l'urgence l'exige, deux réponses sont données d'un coup. Vient ensuite la question de l'autorité de l'oracle : le décret d'un prophète se révoque, celui des Ourim ve-Toumim non, car le verset le qualifie de michpat, de jugement ; d'où leurs deux noms, ourim parce qu'ils éclairent leurs paroles, toumim parce qu'ils les accomplissent.

L'objection de Guiv'at Binyamin -- deux défaites après deux réponses affirmatives -- est retournée avec finesse : le défaut était dans la question, on n'avait pas demandé si l'on vaincrait. Puis la mécanique elle-même : Rabbi Yo'hanan tient que les lettres ressortent en relief et que le kohen les combine, Rech Lakich qu'elles se combinent d'elles-mêmes ; il faut alors combler les deux lettres absentes du hochen, le tsadi par Avraham Yitshak ve-Yaakov et le têt par chivtei Yechouroun.

Une baraita sur Tsadok et Evyatar oblige enfin à reconnaître que le miracle des pierres n'opère pas sans un kohen digne -- siyou'ei hava mesayya, il leur apportait assistance. La souguya se ferme sur le verset de Bamidbar 27:21, découpé par Rabbi Abahou en trois ayants droit : le roi, le mashouah milhama et le Sanhédrin ; puis le chapitre Ba lo kohen gadol se referme.

La seconde moitié ouvre le chapitre Yom ha-Kippourim avec la michna des afflictions -- six interdits pour cinq afflictions écrites dans la Tora, le boire étant compris dans le manger -- et les allègements que Rabbi Eliezer accorde au roi, à la mariée et à l'accouchée contre l'avis des Sages. Un seul mot de cette michna, assour là où l'on attendait hayav, déclenche alors la grande mahloket du hatsi chiour : Rabbi Yo'hanan la tient interdite par la Tora, Rech Lakich permise par la Tora mais interdite par les Sages.

La guemara éprouve aussitôt cette concession sur le terrain du serment, où le principe mouchba ve-omed me-har Sinaï devrait empêcher tout korban chevoua : Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan répondent par l'issour kolel, Rech Lakich par le seul hatsi chiour. Le daf se coupe en pleine énumération de ses deux cas.

Yoma 73b : le fil du daf Un amud de charnière : il achève l'oracle des Ourim ve-Toumim, ferme le chapitre 7, puis ouvre le chapitre 8 sur les cinq afflictions de Kippour A -- Seg 0 et 1 : la fin du protocole. L'ordre des questions, et l'exception de l'urgence David avait interrogé hors de l'ordre à Keila ; on lui a répondu dans l'ordre, il a compris et recommencé. Mais à Tsiklag, poursuivrai-je ? l'atteindrai-je ? reçoivent les deux réponses d'un coup : quand la chose presse, la règle de la question unique cède. La règle n'est pas un formalisme : elle organise l'écoute, elle ne la bride pas. B -- Seg 2 à 5 : ce que vaut la parole de l'oracle Le décret d'un prophète se révoque (Yona) ; celui des Ourim ve-Toumim, non -- be-michpat ha-ourim, c'est un jugement. D'où leurs deux noms : ourim, ils éclairent leurs paroles ; toumim, ils les accomplissent. Objection de Guiv at Binyamin : deux défaites annoncées comme des victoires ? Réponse : on n'avait pas demandé si l'on vaincrait. L'oracle répond à la question posée, pas à celle qu'on aurait dû poser. C -- Seg 6 à 9 : la mécanique, et son vrai ressort Rabbi Yo'hanan : les lettres ressortent en relief (boltot) et le kohen les combine. Rech Lakich : elles se combinent d'elles-mêmes (mitstarfot). Deux lettres manquent au hochen -- tsadi, têt : on ajoute Avraham Yitshak ve-Yaakov, puis chivtei Yechouroun. Puis la baraita de Tsadok et Evyatar. Siyou ei hava mesayya : le miracle des pierres ne fonctionne qu'avec un kohen digne. L'instrument ne dispense pas de l'homme. D -- Seg 10 et 11 : qui a le droit d'interroger, puis hadran Un seul verset (Bamidbar 27:21) porte les trois ayants droit de la michna : hou, c'est le roi ; ve-khôl benei Yisrael ito, c'est le mashouah milhama ; ve-khôl ha-eda, c'est le Sanhédrin. Le chapitre Ba lo kohen gadol se referme ici. E -- Seg 12 et 13 : chapitre 8, Yom ha-Kippourim. La michna des afflictions Six interdits énoncés -- manger, boire, se laver, s'oindre, chausser la sandale, relations -- pour cinq afflictions dans la Tora, le boire étant compris dans le manger. Rabbi Eliezer allège pour le roi, la mariée et l'accouchée ; les Sages refusent. Puis les mesures : kotevet, mélo lougmav. Le traité passe du service du Temple aux lois du jour lui-même -- de l'avoda à l'inouy. F -- Seg 14 à 19 : un seul mot de la michna ouvre la grande mahloket du hatsi chiour Pourquoi la michna dit-elle assour, interdit, alors qu'il y a karet ? Rabbi Ila : parce qu'elle vise aussi la demi-mesure. Mais cela ne tient que pour celui qui juge la demi-mesure interdite par la Tora. D'où la mahloket célèbre : Rabbi Yo'hanan, assour min ha-Tora ; Rech Lakich, moutar min ha-Tora mais assour mi-derabbanan. La guemara teste alors Rech Lakich sur le korban chevoua -- si l'interdit n'est que rabbinique, le serment devrait prendre effet. Réponses : issour kolel (Rav, Chmouel, Rabbi Yo'hanan) ; ou bien, pour Rech Lakich, mefarech hatsi chiour.
Le fil du daf : de la dernière règle de l oracle à la première michna du jeûne de Kippour.
Comment l'oracle produit-il une réponse ? Les trois questions de la souguya Sur le hochen sont gravées les douze tribus. La réponse se lit dans les lettres de ces noms -- reste à savoir comment 1. Par quel mécanisme ? (seg 6) Rabbi Yo'hanan -- boltot Les lettres utiles ressortent en relief, chacune restant à sa place. Rachi : le ayin de Chimon, le lamed de Levi, le hé de Yehouda -- alé, monte. C'est le kohen qui fait le mot. Rech Lakich -- mitstarfot Les lettres se détachent et viennent d'elles-mêmes se ranger dans l'ordre du mot. Le miracle porte sur l'agencement, pas seulement sur la saillie. Le mot est déjà formé. 2. Et si la lettre manque ? (seg 7) Les douze noms de tribus ne contiennent ni tsadi ni têt. Or le verset de Tsiklag exige un tsadi -- ve-hatsel tatsil. Douze tribus manquent : tsadi, têt Rav Chmouel bar Yitshak Avraham Yitshak ve-Yaakov apporte le tsadi Rav Aha bar Yaakov chivtei Yechouroun apporte le têt 3. Suffit-il des pierres ? (seg 8 et 9) L'objection Baraita : un kohen qui ne parle pas par l'esprit saint, on ne l'interroge pas. Tsadok a réussi, Evyatar a échoué et a perdu la prêtrise. Rachi : si les lettres agissaient seules, à quoi servirait l'esprit saint ? La réponse : siyou ei hava mesayya Le kohen ne remplace pas les Ourim, il les assiste. Son esprit saint est la condition d'activation : kohen digne, les lettres ressortent ou se combinent ; kohen indigne, rien ne se produit. L'outil et l'homme sont tous deux nécessaires.
Les Ourim ve-Toumim, seg 6 à 9 : par quel mécanisme, avec quelles lettres, et sous quelle condition.
La michna d'ouverture du chapitre 8 : six interdits, cinq afflictions Le compte ne tombe juste que si le boire est compris dans le manger -- c'est l'enseignement de Rech Lakich rapporté par le Roch Les six items énoncés par la michna akhila manger chetiya boire rehitsa se laver sikha s'oindre neilat ha-sandal chausser tachmich relations Le cadre pointillé signale l'item qui ne compte pas à part : le boire est inclus dans le manger (Rech Lakich, sur ve-akhalta ... tirochekha). Six énoncés, cinq afflictions -- exactement le nombre de mentions du jeûne dans les versets de la Tora, selon Rav Hisda. Rabbi Eliezer allège Le roi se lave le visage -- sa dignité veut qu'il soit beau (melekh be-yofyo tehezena einekha). La mariée se lave le visage -- trente jours après la houpa, pour rester aimable à son mari. L'accouchée chausse la sandale -- le froid lui est pénible. Les Sages interdisent Aucune de ces trois exemptions n'est accordée. Conséquence relevée par le Roch : puisque les Sages interdisent à l'accouchée, c'est qu'il n'y a pas danger. Et si la sandale était un interdit de la Tora, comment Rabbi Eliezer la permettrait-il ? D'où : ces afflictions sont de-rabbanan. Les mesures de la michna (seg 13) Manger kotevet ha-gassa grosse datte, avec son noyau Boire mélo lougmav une pleine gorgée Combinaison (tseirouf) aliments entre eux : oui liquides entre eux : oui / manger + boire : non
La michna d ouverture du chapitre 8 : six interdits pour cinq afflictions, les allègements contestés, les mesures.
Hatsi chiour : la mahloket que fait surgir un seul mot de la michna La michna dit assour, interdit -- alors qu'il y a karet. Pourquoi ce mot faible ? Parce qu'il vise aussi ce qui reste sous la mesure Rabbi Ila (ou Rabbi Yirmeya) assour est écrit pour la demi-mesure mais interdite à quel titre ? Rabbi Yo'hanan Hatsi chiour assour min ha-Tora La demi-mesure est interdite par la Tora elle-même. Rachi renvoie à la dérivation qui vient plus loin dans la souguya, à partir de kol helev, toute graisse. La mesure ne crée pas l'interdit : elle mesure la sanction. En dessous, il n'y a pas de karet mais il y a bien transgression. Rech Lakich Hatsi chiour moutar min ha-Tora Sous la mesure, la Tora ne dit rien. Mais Rech Lakich concède aussitôt : assour mi-derabbanan, les Sages l'ont interdit. La michna est donc sauvée pour lui aussi -- mais au prix d'un déplacement : son assour devient un interdit rabbinique. La nafka mina mise à l'épreuve : le serment (seg 17 à 19) Michna de Chevouot : celui qui jure chevoua chelo okhal, serment que je ne mangerai pas, puis mange nevelot, terefot, chekatsim, remassim -- il est passible du sacrifice de serment ; Rabbi Chimon l'exempte. Objection contre Rech Lakich : un serment ne prend pas effet sur ce que l'on est déjà tenu de faire ou d'éviter. Si la demi-mesure n'est interdite que de-rabbanan, le serment devrait pouvoir la viser -- mais alors pourquoi la michna parle-t-elle d'aliments interdits ? Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan issour kolel : le serment englobe le permis et l'interdit -- migo qu'il porte sur l'un, il porte sur l'autre Rech Lakich mefarech hatsi chiour, selon les Sages -- ou bien serment stam, mais dont l'acte reste sous la mesure
La mahloket du hatsi chiour et son test par le sacrifice de serment, seg 14 à 19.
1
שֶׁלֹּא כַּסֵּדֶר, וְהֶחֱזִירוּ לוֹ כַּסֵּדֶר. וְכֵיוָן שֶׁיָּדַע שֶׁשָּׁאַל שֶׁלֹּא כַּסֵּדֶר, חָזַר וְשָׁאַל כַּסֵּדֶר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲיַסְגִּירוּ בַּעֲלֵי קְעִילָה אֹותִי וְאֶת אֲנָשַׁי בְּיַד שָׁאוּל וַיֹּאמֶר ה׳ יַסְגִּירוּ״.

(David a interrogé) hors de l'ordre, et on lui a répondu dans l'ordre. Et dès qu'il sut qu'il avait interrogé hors de l'ordre, il revint et interrogea dans l'ordre, ainsi qu'il est dit : "Les maîtres de Keila me livreront-ils, moi et mes hommes, aux mains de Chaoul ?

Et Hachem dit : ils livreront" (Chemouel I 23:12).

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא כַּסֵּדֶר הָיָה לוֹ לִשְׁאוֹל הֲיֵרֵד שָׁאוּל הֲיַסְגִּירוּנִי לְפִיכָךְ הֱשִׁיבוּהוּ עַל הָרָאוּי לִשְׁאוֹל רִאשׁוֹן:
-- il aurait dû demander : Chaoul descendra-t-il ? me livreront-ils ? C'est pourquoi on lui a répondu sur ce qu'il convenait de demander en premier.
💡 Explication

L'amud s'ouvre en pleine phrase : il achève la réponse commencée à la fin de 73a. La règle était qu'on n'interroge les Ourim ve-Toumim que sur une seule chose à la fois, et que si l'on en demande deux, on ne répond que sur la première. Or le verset de Keila semblait la contredire : David y demande d'abord si les gens de Keila le livreront, ensuite si Chaoul descendra -- et il reçoit une réponse sur la seconde.

La solution tient dans deux mots : chelo ke-seder. L'ordre pertinent n'est pas celui dans lequel le demandeur énonce ses questions, mais l'ordre réel des événements : Chaoul doit descendre avant que les habitants de Keila puissent livrer qui que ce soit. David a donc interrogé à l'envers, et l'oracle a répondu sur ce qui venait logiquement en premier. Comprenant sa faute, David reprend et repose la question dans le bon ordre -- ce que le verset suivant rapporte.

🖼️ Schéma
David à Keila : deux questions, un ordre logique L'oracle ne corrige pas le demandeur : il répond à ce qui devait être demandé en premier Ce que David a demandé (chelo ke-seder) 1. Les maîtres de Keila me livreront-ils ? 2. Chaoul descendra-t-il ? Il commence par la conséquence, non par la cause. Ce qu'on lui a répondu (ke-seder) Réponse à : Chaoul descendra-t-il ? Yered -- il descendra. Rachi : on lui répond sur ce qu'il convenait de demander en premier. David comprend, revient et redemande dans l'ordre Ha-yasguirou baalei Keila oti ... va-yomer Hachem : yasguirou (Chemouel I 23:12). Cette fois la question est à sa place. Le principe dégagé Une seule réponse à la fois, et sur la première question dans l'ordre réel des événements -- pas dans l'ordre où on les énonce.
L'ordre du demandeur contre l'ordre des choses : l'oracle suit le second.
2
וְאִם הֻוצְרַךְ הַדָּבָר לִשְׁנַיִם — מַחֲזִירִין לוֹ שְׁנַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁאַל דָּוִד בַּה׳ לֵאמֹר הַאֶרְדֹּוף אַחֲרֵי הַגְּדוּד הַזֶּה הַאַשִּׂיגֶנּוּ וַיֹּאמֶר (ה׳) לוֹ רְדֹוף כִּי הַשֵּׂג תַּשִּׂיג וְהַצֵּל תַּצִּיל״.

Et si la chose exigeait deux (réponses), on lui en rend deux, ainsi qu'il est dit : "Et David interrogea Hachem en disant : poursuivrai-je cette troupe ? L'atteindrai-je ?

Et (Hachem) lui dit : poursuis, car tu atteindras certainement et tu délivreras certainement" (Chemouel I 30:8).

📜 Rachi (1)
וְאִם הֻוצְרַךְ לִשְׁנֵיהֶן כְּגוֹן שֶׁהָיָה הַדָּבָר נָחוּץ וְאֵין שְׁהוּת לְהַמְתִּין כְּגוֹן הַאֶרְדּוֹף הַאַשִּׂיגֶנּוּ דְּצִקְלַג:
-- par exemple lorsque l'affaire était pressante et qu'il n'y avait pas le loisir d'attendre, comme dans "poursuivrai-je ? l'atteindrai-je ?" à Tsiklag.
💡 Explication

Contrepoint immédiat à la règle précédente : la limitation à une seule réponse n'est pas absolue. Lorsque l'urgence l'exige -- houtsrakh ha-davar li-chnayim, la chose a besoin des deux -- l'oracle répond aux deux questions d'un coup.

Le cas type est celui de Tsiklag (Chemouel I 30) : les Amalécites viennent d'incendier la ville et d'emmener les femmes et les enfants ; il n'y a pas de temps à perdre. Rachi le dit expressément : ein chehout lehamtin, il n'y a pas le loisir d'attendre. La réponse divine reprend d'ailleurs les deux termes de la question -- hasseg tassig et hatsel tatsil -- et va même au-delà de ce qui avait été demandé.

3
וְאַף עַל פִּי שֶׁגְּזֵירַת נָבִיא חוֹזֶרֶת — גְּזֵירַת אוּרִים וְתֻומִּים אֵינָהּ חוֹזֶרֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּמִשְׁפַּט הָאוּרִים״.

Et bien que le décret d'un prophète puisse être révoqué, le décret des Ourim ve-Toumim n'est pas révoqué, ainsi qu'il est dit : "par le jugement (be-michpat) des Ourim" (Bamidbar 27:21).

📜 Rachi (2)
גְּזֵירַת נָבִיא חוֹזֶרֶת כְּגוֹן שֶׁל יוֹנָה בֶּן אֲמִיתַּי:
-- comme celui de Yona ben Amitai.
שֶׁנֶּאֱמַר בַּמִּשְׁפָּט כְּדִין שֶׁאֵינוֹ חוֹזֵר:
-- comme un jugement, qui ne se révoque pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַף עַל פִּי שֶׁגְּזֵרַת נָבִיא חוֹזֶרֶת , גְּזֵרַת אוּרִים וְתֻמִּים אֵינָהּ חוֹזֶרֶת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם אַף עַל גַּב דְּתַרְוַוייְהוּ מִפִּי הַגְּבוּרָה הֵם מִכָּל מָקוֹם בִּגְזֵרַת אוּרִים וְתֻומִּים צָרִיךְ לִהְיוֹת מַעֲשֵׂה נִסִּים שֶׁיִּהְיוּ הָאוֹתִיּוֹת בּוֹלְטוֹת אוֹ מִצְטָרְפוֹת וְאִם תִּהְיֶה גְּזֵרָתָם חוֹזֶרֶת נִמְצָא הַנֵּס נַעֲשֶׂה לְבַטָּלָה וְ'לָא עֲבִיד קב"ה נִיסָּא לְמִגְּנָא' (זֹוהַר פָּרָשַׁת מִקֵּץ דַּף רא:) וּלְפִי זֶה נִמְצָא גְּזֵרַת אוּרִים וְתֻומִּים אֵינָהּ חוֹזֶרֶת. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (תְּהִלִּים פו, יז) 'עֲשֵׂה עִמִּי אוֹת לְטוֹבָה' אוֹת רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א וְרִים וְת מַיִם שֶׁתִּהְיֶה גְּזֵרָתָם לְטוֹבָה וְאָז 'יִרְאוּ שַׁנַּאי וְיָבְשׁוּ' כִּי יֵדְעוּ שֶׁגְּזֵרַת אוּרִים וְתֻומִּים אֵינָהּ חוֹזֶרֶת. וּבָזֶה יוּבַן (יְשַׁעְיָה כד, טו) בְּאָרִים כִּבְּדוּ ה' שֶׁבָּהֶם יִהְיֶה מַעֲשֵׂה נֵס וְאֵין דִּבְרֵיהֶם קַיָּימִין וְלָזֶה אָמַר דּוֹאֵג עַל אֲחִימֶלֶךְ 'וְגַם שָׁאַל לוֹ בְּאוּרִים' כְּדֵי שֶׁדִּבְרֵיהֶם יִתְקַייְּמוּ וְרוֹצֶה לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁכְּבָר הִגִּיד לְךָ שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה עַל קְרִיעַת מַלְכוּתָךְ עֲדַייִן יֵשׁ תִּקְוָה דִּגְזֵרַת נָבִיא חוֹזֶרֶת אֲבָל שָׁאַל לוֹ מֵעִנְיַן הַמְּלוּכָה שֶׁלְּךָ בְּאוּרִים וּבָזֶה קָבַע מַסְמֵר שֶׁלֹּא יִמּוֹט דִּגְזֵרַת אוּרִים וְתֻומִּים אֵינָהּ חוֹזֶרֶת. הָא לָא כְּתִיב [ בְּהוּ ] צַד " י? [עג:] מַקְשִׁים וַהֲלֹא אוֹת טֵי"ת קָדִים בְּאַלְפָא בֵּיתָא וַהֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת עַל טֵי"ת תְּחִילָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעַל טֵי"ת לָא הֲוָה קַשְׁיָא לֵיהּ מֵעִיקָּרָא מִפְּנֵי שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁתְּשַׁמֵּשׁ אוֹת מֵם פְּתוּחָה בִּמְקוֹמָהּ שֶׁהִיא דּוֹמָה לְאוֹת טֵי"ת וְרַק זוֹ פְּתִיחָתָהּ מִלְמַעְלָה וְזוֹ פְּתִיחָתָהּ מִלְּמַטָּה, וְלָכֵן אִם צָרִיךְ לְאוֹת טֵי"ת כֵּיוָן דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא הָאוֹתִיּוֹת הָיוּ בּוֹלְטוֹת בְּנֵס אָז תִּתְבַּלֵּט אוֹת מֵ"ם בַּפְּתִיחָה הָעֶלְיוֹנָה וְתִסָּתֵם הַפְּתִיחָה הַתַּחְתּוֹנָה וְתִהְיֶה אוֹת טֵי"ת, לְכָךְ הִקְשָׁה עַל צָדִ"י שֶׁאֵין לוֹ אוֹת בְּאַלְפָא בֵּיתָא דּוֹמֶה לוֹ שֶׁיּוּכַל לְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹמוֹ, וְאַחַר שֶׁאָמַר לוֹ ' אַבְרָהָם , יִצְחָק , וְיַעֲקֹב' כְּתִיב בְּהוּ אָז וַדַּאי גִּילָּה לוֹ הַטַּעַם לְתוֹסֶפֶת זוֹ בִּשְׁבִיל לְהַשְׁלִים שִׁשָּׁה אוֹתִיּוֹת בְּכָל אֶבֶן, וּמִמֵּילָא הֵבִין שֶׁיֵּשׁ עוֹד תֵּיבוֹת אֲחֵרִים נוֹסָפִים עִם אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב כִּי ג' תֵּיבוֹת אֵלּוּ אֵין בָּהֶם כְּדֵי סִיפּוּק לְהַשְׁלִים אֶת כָּל הָאֲבָנִים בְּשִׁשָּׁה אוֹתִיּוֹת לְכָךְ חָזַר וְשָׁאַל עַל אוֹת טֵי"ת כִּי אָמַר אוּלַי בְּאֵלּוּ הַתֵּיבוֹת הַנִּשְׁאָרִים יֵשׁ אוֹת טֵי"ת מַמָּשׁ וְאֵין צֹורֶךְ לוֹמַר שֶׁתְּשַׁמֵּשׁ אוֹת מֵ"ם בִּמְקוֹם טֵי"ת וְהֵשִׁיב לוֹ ' שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן ' כְּתִיב דְּאִיכָּא אוֹת טֵי"ת מַמָּשׁ. וּבָזֶה יְתֹורַץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּאַמַּאי לֹא שָׁאַל מֵעִיקָּרָא עַל אוֹת חֵי"ת וְאוֹת קוּ"ף? וּבָזֶה נִיחָא דְּחָשַׁב דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא הָאוֹתִיּוֹת הָיוּ בּוֹלְטוֹת בְּנֵס לָכֵן אֶפְשָׁר שֶׁתְּשַׁמֵּשׁ אוֹת תָּי"ו בִּמְקוֹם חֵי"ת שֶׁאִם צָרִיךְ לְאוֹת חֵי"ת תִּתְבַּלֵּט אוֹת תָּי"ו וְרַק אוֹתָהּ הַפְּסִיעָה שֶׁבְּרַגְלֵי הַתָּי"ו לְצַד חוּץ לֹא תִּתְבַּלֵּט וְאָז תִּהְיֶה הַתָּיו נִרְאֵית אוֹת חֵי"ת מַמָּשׁ כָּזֶה 'ח' וְכֵן אִם יִצְטָרֵךְ לְאוֹת קוּ"ף תְּשַׁמֵּשׁ אַוַּת הֵ"א בִּמְקוֹמוֹ וְהַיְינוּ שֶׁרֶגֶל אוֹת הֵ"א הַפְּסוּקָה לֹא תִּתְבַּלֵּט בְּתוֹךְ הָאוֹת אֶלָּא תֵּרֵד וְתִתְבַּלֵּט בְּרַגְלֵי הָאוֹת וְאָז תִּהְיֶה צוּרַת קוּ"ף.
"Et bien que le décret d'un prophète puisse être révoqué, le décret des Ourim ve-Toumim n'est pas révoqué." Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est celle-ci : bien que les deux émanent de la bouche de la Gevoura (la Toute-Puissance), le décret des Ourim ve-Toumim exige cependant un acte miraculeux -- que les lettres ressortent en relief ou se combinent. Si donc leur décret pouvait être révoqué, il se trouverait que le miracle aurait été accompli en pure perte, or "le Saint béni soit-Il n'accomplit pas de miracle pour rien" (Zohar, parachat Miketz, 201b). Il en résulte que le décret des Ourim ve-Toumim ne se révoque pas. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, le verset (Tehilim 86:17) : "Fais avec moi un signe (ot) pour le bien" -- ot est l'acronyme d'Ourim ve-Toumim : que leur décret soit pour le bien ; et alors "mes ennemis verront et seront confondus", car ils savent que le décret des Ourim ve-Toumim ne se révoque pas. On comprend de même (Yechaya 24:15) "ba-ourim kabdou Hachem" : c'est par eux que s'accomplit le miracle et que leurs paroles tiennent (le texte imprimé porte ici une négation, manifestement fautive). C'est aussi pourquoi Doeg dit d'Ahimélekh : "et de plus il a interrogé Hachem pour lui" (Chemouel I 22:10) -- afin que leurs paroles s'accomplissent. Il voulait dire à Chaoul : bien que Chmouel le prophète, la paix soit sur lui, t'ait déjà annoncé que ta royauté te serait arrachée, il restait un espoir, car le décret d'un prophète se révoque ; mais Ahimélekh a interrogé pour David, au sujet de ta royauté, par les Ourim -- et par là il a planté un clou qui ne bougera plus, car le décret des Ourim ve-Toumim ne se révoque pas. "Mais le tsadi n'y est pas écrit ?" (73b) On objecte : la lettre têt vient pourtant avant le tsadi dans l'ordre alphabétique -- il aurait fallu commencer par objecter sur le têt ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le têt ne faisait pas difficulté d'emblée, parce qu'un mem ouvert pouvait en tenir lieu : il ressemble au têt, à ceci près que l'un s'ouvre par le haut et l'autre par le bas. Ainsi, si l'on avait besoin d'un têt -- puisque de l'avis de tous les lettres ressortaient miraculeusement en relief -- le mem ressortirait par son ouverture supérieure, l'ouverture inférieure se refermant, et l'on obtiendrait un têt. C'est pourquoi il n'a objecté que sur le tsadi, auquel aucune lettre de l'alphabet ne ressemble assez pour en tenir lieu. Et une fois qu'on lui eut répondu qu'"Avraham, Yitshak ve-Yaakov" y était écrit, on lui dévoila du même coup la raison de cet ajout : compléter six lettres sur chaque pierre. Il comprit alors qu'il devait y avoir encore d'autres mots ajoutés à Avraham, Yitshak et Yaakov, car ces trois mots ne suffisent pas à porter toutes les pierres à six lettres. Il revint donc interroger sur le têt, se disant : peut-être ces mots restants contiennent-ils un têt véritable, et il n'est plus besoin de dire qu'un mem tient lieu de têt. On lui répondit : "chivtei Yechouroun" y est écrit -- où se trouve un têt véritable. Cela résout une autre difficulté : pourquoi n'a-t-il pas objecté d'emblée sur le het et sur le kof ? La réponse est la même : puisque de l'avis de tous les lettres ressortaient miraculeusement, le tav pouvait tenir lieu de het -- si l'on avait besoin d'un het, le tav ressortirait, sauf le petit pied tourné vers l'extérieur, et le tav aurait exactement l'aspect d'un het. De même, si l'on avait besoin d'un kof, le hé pouvait en tenir lieu : la jambe détachée du hé ne ressortirait pas à l'intérieur de la lettre mais descendrait et ressortirait au niveau des pieds de la lettre, et l'on obtiendrait la forme d'un kof.
💡 Explication

La guemara établit ici la force juridique de l'oracle. Une prophétie de malheur peut ne pas se réaliser : elle vaut avertissement, et la techouva peut l'annuler -- Rachi renvoie à Yona ben Amitai, dont l'annonce sur Ninive fut annulée par le repentir de la ville.

Le décret des Ourim ve-Toumim, lui, ne se révoque pas. Le mot décisif est michpat, jugement : le verset qui institué la consultation la qualifie de sentence judiciaire, et Rachi glose -- ke-din che-eino hozer, comme un jugement, qui ne revient pas sur lui-même. On passe donc du registre de la parole prophétique, toujours conditionnelle, à celui de la chose jugée.

4
לָמָּה נִקְרָא שְׁמָן אוּרִים וְתֻומִּים? ״אוּרִים״ — שֶׁמְּאִירִין אֶת דִּבְרֵיהֶן, ״תֻּומִּים״ — שֶׁמַּשְׁלִימִין אֶת דִּבְרֵיהֶן.

Pourquoi les nomme-t-on Ourim ve-Toumim ? "Ourim" -- parce qu'ils éclairent (meïrin) leurs paroles ; "Toumim" -- parce qu'ils accomplissent (machlimin) leurs paroles.

📜 Rachi (2)
שֶׁמְּאִירִין אֶת דִּבְרֵיהֶם מְפָרְשִׁי' אֶת דִּבְרֵיהֶן:
-- ils explicitent leurs paroles.
מַשְׁלִימִין אֶת דִּבְרֵיהֶן כְּדַאֲמָרָן אֵין גְּזֵירָתָן חוֹזֶרֶת:
-- comme nous l'avons dit : leur décret ne se révoque pas.
💡 Explication

Les deux noms de l'oracle sont lus comme deux propriétés distinctes. Ourim, de la racine or, lumière : la réponse est intelligible, elle explicite ce qu'elle dit -- Rachi glose mefarchim et divreihem, ils explicitent leurs paroles. Toumim, de la racine tam, complet : la réponse s'accomplit jusqu'au bout.

Le second nom reprend exactement ce qui vient d'être établi au segment précédent : Rachi renvoie à ke-di-amran, comme nous l'avons dit -- leur décret ne se révoque pas. Ces deux qualités vont commander la suite : l'objection du segment 4 attaquera précisément le toumim.

5
וְאִם תֹּאמַר: בְּגִבְעַת בִּנְיָמִין מִפְּנֵי מַה לֹא הִשְׁלִימוּ?

Et si tu dis : à Guiv'at Binyamin, pourquoi n'ont-ils pas accompli (leurs paroles) ?

📜 Rachi (1)
לֹא הִשְׁלִימוֹ שֶׁאָמְרוּ עֲלֵיהֶן בִּשְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים עָלוּ אֵלָיו וְנָפְלוּ:
-- car ils leur avaient dit, les deux premiers jours : montez contre lui -- et ils sont tombés.
💡 Explication

Objection frontale contre la propriété de toumim. L'épisode de Guiv'at Binyamin (Choftim 19-20) est le contre-exemple le plus embarrassant : après l'affaire de la concubine de Guiv'a, les tribus consultent trois fois avant de monter contre Binyamin. Les deux premières fois, la réponse est alou, montez -- et les deux premières fois, elles subissent une défaite sanglante.

Rachi résume la difficulté en une ligne : on leur a dit alou elav, montez contre lui, et ils sont tombés. Si l'oracle accomplit toujours ses paroles, comment expliquer ces deux désastres annoncés comme des ordres de marche ?

6
הֵם שֶׁלֹּא בִּיחֲנוּ אִם לְנַצֵּחַ אִם לְהִנָּצֵחַ, וּבָאַחֲרוֹנָה שֶׁבִּיחֲנוּ הִסְכִּימוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפִנְחָס בֶּן אֶלְעָזָר בֶּן אַהֲרֹן עֹומֵד לְפָנָיו בַּיָּמִים הָהֵם לֵאמֹר הַאוֹסִיף עוֹד לָצֵאת לַמִּלְחָמָה עִם בְּנֵי בִנְיָמִין אָחִי אִם אֶחְדָּל וַיֹּאמֶר ה׳ עֲלוּ כִּי מָחָר אֶתְּנֶנּוּ בְיָדֶךָ״.

C'est eux qui n'ont pas vérifié s'ils vaincraient ou seraient vaincus ; et la dernière fois, où ils ont vérifié, (les Ourim) ont donné leur accord, ainsi qu'il est dit : "Et Pinhas fils d'Elazar fils d'Aharon se tenait devant Lui en ces jours-là, disant : sortirai-je encore combattre les fils de Binyamin mon frère, ou cesserai-je ? Et Hachem dit : montez, car demain je le livrerai en ta main" (Choftim 20:28).

📜 Rachi (2)
הֵם שֶׁלֹּא בִּיחֲנוּ אוּרִים וְתֻומִּים לֹא פֵּירְשׁוּ לָהֶם בִּשְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים עָלוּ וְהִצְלִיחוּ אֶלָּא עָלוּ אֵלָיו אִם לְנַצֵּחַ אִם לְהִנָּצֵחַ:
-- les Ourim ve-Toumim ne leur ont pas explicité, les deux premiers jours, "montez et vous réussirez", mais seulement "montez contre lui" -- sans dire si c'était pour vaincre ou pour être vaincus.
בָּאַחֲרוֹנָה פֵּירְשׁוּ לָהֶם כִּי מָחָר אֶתְּנֶנּוּ בְיָדֶךָ:
-- ils leur ont explicité : car demain je le livrerai en ta main.
💡 Explication

La réponse retourne l'objection : le défaut n'était pas dans l'oracle mais dans la question. Hem chelo bihanou -- c'est eux qui n'ont pas vérifié. Les deux premières fois, ils n'ont pas demandé im le-natseah im le-hinatseah, si c'était pour vaincre ou pour être vaincus ; ils ont seulement demandé s'ils devaient monter. La réponse reçue -- montez -- était donc exacte : elle ne promettait rien d'autre que la légitimité de l'expédition.

Rachi le formule en termes de contenu : les Ourim ne leur ont pas explicité alou ve-hatslihou, montez et vous réussirez. La troisième fois, quand Pinhas pose la question complète, la réponse est elle aussi complète : demain je le livrerai en ta main. La propriété de toumim est sauvé : l'oracle accomplit chacune de ses paroles -- il n'accomplit pas ce qu'il n'a pas dit.

🖼️ Schéma
Guiv at Binyamin : trois consultations, deux désastres Ce qui change au troisième jour n'est pas la réponse, c'est la question Jour 1 Question : monterai-je ? Réponse : alé, monte Défaite rien n'avait été promis Jour 2 Question : monterai-je ? Réponse : alé, monte Défaite toujours pas de promesse Jour 3 Question : sortirai-je encore, ou cesserai-je ? Réponse : demain je le livrerai Victoire Hem chelo bihanou -- c'est eux qui n'ont pas vérifié Les deux premières fois, ils n'ont pas demandé im le-natseah im le-hinatseah : pour vaincre ou pour être vaincus. Toumim est sauf L'oracle a bien accompli chacune de ses paroles : il n'avait promis aucune victoire. Le défaut était dans la question, pas dans la réponse.
Trois consultations à Guiv'at Binyamin : ce qui change au troisième jour, c'est la question.
7
כֵּיצַד נַעֲשֵׂית? רַבִּי יוֹחָנָן אוֹמֵר: בּוֹלְטוֹת. רֵישׁ לָקִישׁ אוֹמֵר: מִצְטָרְפוֹת.

Comment cela se fait-il ? Rabbi Yo'hanan dit : (les lettres) ressortent en relief (boltôt).

Rech Lakich dit : elles se combinent (mitstarfôt).

📜 Rachi (1)
בּוֹלְטוֹת הָאוֹתִיּוֹת בּוֹלְטוֹת כְּגוֹן עַיִ"ן מִשִּׁמְעוֹן לָמֶ"ד מִלֵּוִי ה"י מִיּהוּדָה לוֹמַר עֲלֵה וְכָל אַחַת אֵינָהּ זָזָה מִמְּקוֹמָהּ אֶלָּא בּוֹלֶטֶת בִּמְקוֹמָהּ וְהוּא מְצָרְפָן:
-- les lettres ressortent en relief : par exemple le ayin de Chimon, le lamed de Levi, le hé de Yehouda, pour dire "alé" (monte) ; et chacune ne bouge pas de sa place, elle ressort seulement là où elle est, et c'est lui (le kohen) qui les combine.
💡 Explication

Après la fiabilité, la mécanique. Les noms des douze tribus étaient gravés sur les pierres du hochen, le pectoral ; c'est dans ces lettres que se lit la réponse. Deux descriptions s'opposent.

Pour Rabbi Yo'hanan, les lettres utiles boltôt : elles ressortent en relief, chacune restant à sa place. Rachi donne l'exemple : pour répondre alé, monte, le ayin de Chimon, le lamed de Levi et le hé de Yehouda saillent, et c'est le kohen qui les combine -- le travail de lecture lui revient. Pour Rech Lakich, elles mitstarfôt : elles se détachent et viennent d'elles-mêmes se ranger dans l'ordre du mot ; le miracle porte alors sur l'agencement lui-même.

8
וְהָא לָא כְּתִיב בְּהוּ צָדִי? אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: ״אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב״ כְּתִיב שָׁם. וְהָא לָא כְּתִיב טֵית! אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: ״שִׁבְטֵי יְשֻׁורוּן״ כְּתִיב שָׁם.

Mais le tsadi n'y est pas écrit ! Rav Chmouel bar Yitshak dit : "Avraham, Yitshak ve-Yaakov" y était écrit.

Mais le têt n'y est pas écrit ! Rav Aha bar Yaakov dit : "chivtei Yechouroun" (les tribus de Yechouroun) y était écrit.

📜 Rachi (1)
וְהָא לֹא כְּתַב צָדִ"י בְּכָל הַשְּׁבָטִים וְאִם צָרִיךְ לָהּ כְּגוֹן וְהַצֵּל תַּצִּיל מֵהֵיכָן בָּאָה:
-- dans aucune des tribus ; et si l'on en a besoin, comme dans "ve-hatsel tatsil" (tu délivreras certainement), d'où viendrait-il ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
" שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן " כְּתִיב. קָשֶׁה מֵעִיקָּרָא כְּשֶׁאָמַר לוֹ הִתְרַצֵּן 'אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב' כְּתִיב בְּהוּ הֲוָה לֵיהּ לְסַייֵּם דְּבָרָיו וְלוֹמַר נָמֵי 'שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן' כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקְשֶׁה עוֹד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהִתְרַצֵּן כְּשֶׁרָאָה שֶׁלֹּא שָׁאַל הַשּׁוֹאֵל עַל אוֹתִיּוֹת חט"ק אֶלָּא רַק עַל צָדִ"י בִּלְבַד חָשַׁב שֶׁהוּא יוֹדֵעַ שֶׁכָּתוּב 'אַבְרָהָם יִצְחָק יַעֲקֹב שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן' וְרַק שָׁאַל עַל צָדִ"י מִפְּנֵי שֶׁחָשַׁב יִצְחָק כָּתוּב בְּאוֹת שִׁי"ן בְּחֹושֶׁן דְּהַייְנוּ י ש חֹק כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בְּעָמוֹס (עָמוֹס ז, ט) 'בְּמוֹת יִשְׁחַק' וְכֵן עוֹד שָׁם (עָמוֹס ז, טז) 'וְלֹא תַטִּיף עַל בֵּית יִשְׁחַק' וְכֵן בִּתְהִלִּים (תְּהִלִּים קה, ט) 'וּשְׁבוּעָתוֹ לִישָּׁחֵק' וְכֵן בְּיִרְמְיָה (יִרְמְיָה לג, כו) 'זֶרַע אַבְרָהָם יִשְׂחָק וְיַעֲקֹב כִּי אָשִׁיב אֶת שְׁבוּתָם וְרַחֲמָתַיִם' וְחָשַׁב כִּי שֵׁם י ש חֹק בְּשִׁין הוּא חָשׁוּב יוֹתֵר וְלָכֵן נִכְתַּב כֵּן בְּחֹושֶׁן וּלְכָךְ לֹא הִקְשָׁה אֶלָּא מִן אוֹת צָדִ"י בִּלְבַד כִּי הוּא יוֹדֵעַ שֶׁכְּתוּבִים אוֹתִיּוֹת חט"ק, וּלְכָךְ הֵשִׁיב לוֹ 'אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב' כְּתִיב בְּהוּ כְּלוֹמַר כְּתִיב י צ חֹק בְּצָדִ"י וְלֹא בְּשִׁי"ן וְאַף עַל גַּב דְּהוּא לָא נְחִית אֶלָּא לְהוֹדִיעוֹ עַל יִצְחָק שֶׁכָּתוּב בְּצָדִ"י זָכַר שְׁלָשְׁתָּם בִּדְבָרָיו לוֹמַר מַה שֶׁנִּכְתַּב י צ חֹק בְּצָדִ"י מִשּׁוּם דְּכָל מָקוֹם שֶׁמַּזְכִּיר שְׁלָשְׁתָּם בְּיַחַד מַזְכִּירוֹ בְּאוֹת צָדִ"י וְלֹא בְּאוֹת שִׁי"ן וְרַק בְּסֵפֶר יִרְמְיָה כְּשֶׁהִזְכִּיר שְׁלָשְׁתָּם הִזְכִּיר יִשְׁחֹק בְּאוֹת שִׁי"ן. מִיהוּ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמָאֵן דְּאָמַר מִצְטָרְפוֹת אִם יֵשׁ שְׁתֵּי תֵּיבוֹת שֶׁיֵּשׁ בְּכָל אַחַת צָדִ"י כְּגוֹן (שְׁמוּאֵל א' ל, ח) 'הַצֵּל תַּצִּיל' מֵהֵיכָן יָבֹא צָדִ"י הַשֵּׁנִי וַהֲלֹא לֹא יֵשׁ שָׁם אֶלָּא צָדִ"י אֶחָד? וְאִם נֹאמַר שֶׁהָיוּ מִצְטָרְפִים כָּל תֵּיבָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ אַכַּתִּי קָשֶׁה דִּילְמָא אִצְטְרִיךְ ב' אוֹתִיּוֹת שֶׁל צָדִ"י אוֹ שֶׁל חֵי"ת אוֹ שֶׁל קוּ"ף בְּתֵיבָה אַחַת כְּגוֹן צִיצִּים אוֹ רְצוּצִים אוֹ נֵחוּח וְנִיחוֹחִים אוֹ חָקַק אוֹ טִיט וְכַיּוֹצֵא שֶׁלֹּא יֵשׁ מֵאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ שֵׁם אֶלָּא אֶחָד? וְנִרְאֶה לִי דְּאִם צָרִיךְ לִשְׁנֵי אוֹתִיּוֹת צָדִ"י וְכַיּוֹצֵא בְּבַת אַחַת כְּגוֹן צִיצִּים יִצְטָרֵף תְּחִילָּה אוֹת צָדִ"י וְאוֹת יוּ"ד עִמּוֹ וְיַחֲזֹור וְיִסְתַּלֵּק אַוַּת צָדִ"י שֶׁנִּצְטָרֵף מִקֹּודֶם וְיִצְטָרֵף אַחַר הַיּוֹ"ד וְיִשָּׁאֵר מְקוֹם הַצָּדִ"י הָרִאשׁוֹן פָּנוּי וְזֶה סִימָן לַחְשֹׁוב מָקוֹם הַפָּנוּי בְּאוֹת צָדִ"י כְּלוֹמַר כְּאִלּוּ כָּתוּב שֵׁם צָדִ"י וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ. בְּרַם מַקְשִׁים אַמַּאי כְּתִיב 'שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן' וְלֹא נִכְתַּב 'שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל' דְּהָא גַּם יִשְׂרָאֵל יֵשׁ בּוֹ חָמֵשׁ אוֹתִיּוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דְּשֵׁם יִשְׂרָאֵל נַעֲשָׂה שֵׁם הָעֶצֶם שֶׁל כָּל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרָאִים יִשְׂרָאֵל בִּסְתָם אֲבָל לֹא נִקְרְאוּ יְשֻׁרוּן בִּסְתָם וְרַק יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה קְרָאוֹ יְשֻׁרוּן בִּסְתָם, וְלָכֵן כְּתִיב 'שִׁבְטֵי יְשֻׁרוּן' רוֹצֶה לוֹמַר שְׁבָטִים שֶׁל יַעֲקֹב שֶׁנִּקְרָא יְשֻׁרוּן בְּדֶרֶךְ חִיבָּה וְאַהֲבָה. וַעֲדַייִן קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'שִׁבְטֵי יַעֲקֹב' דְּהָא יִשְׂרָאֵל לֹא נִקְרְאוּ בְּשֵׁם זֶה בִּסְתָם אֶלָּא נִקְרָאִים 'בֵּית יַעֲקֹב' אוֹ 'זֶרַע יַעֲקֹב'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן צָרִיךְ תֵּיבָה דְּחָמֵשׁ אוֹתִיּוֹת וְאִם יִכְתֹּוב יַעֲקוֹב מָלֵא בְּוָא"ו צָרִיךְ שֶׁגַּם יַעֲקוֹב הָרִאשׁוֹן הַכָּתוּב אַחַר יִצְחָק יִכָּתֵב בְּוָא"ו וְאָז יִהְיֶה מִסְפַּר הָאוֹתִיּוֹת יָתֵר אוֹת אֶחָד וְאֵינוֹ נָאֶה לִכְתֹּוב אֶחָד חָסֵר בְּאֶבֶן זוֹ וְאֶחָד מָלֵא בְּאֶבֶן זוֹ.
"Chivtéi Yechouroun" y est écrit. Difficulté : au départ, lorsque celui qui répondait lui a dit qu'"Avraham, Yitshak ve-Yaakov" y était écrit, il aurait dû achever son propos et ajouter aussi "chivtei Yechouroun", pour qu'il ne reste plus rien à objecter. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui répondait, voyant que celui qui interrogeait ne demandait rien sur les lettres het, têt et kof mais seulement sur le tsadi, a pensé qu'il savait déjà qu'y était écrit "Avraham Yitshak Yaakov chivtei Yechouroun", et qu'il n'interrogeait sur le tsadi que parce qu'il croyait que Yitshak était gravé sur le hochen avec un chin -- c'est-à-dire Yishak, comme il est dit chez Amos (7:9) "les hauts lieux de Yishak", et encore (7:16) "et tu ne prêcheras pas sur la maison de Yishak", et dans les Tehilim (105:9) "et son serment à Yishak", et chez Yirmeya (33:26) "la descendance d'Avraham, Yishak et Yaakov, car je ramènerai leur captivité et j'aurai pitié d'eux". Il pensait que le nom Yishak avec un chin était plus élevé et que c'est ainsi qu'il avait été gravé sur le hochen ; c'est pourquoi il n'objectait que sur le tsadi, sachant que les lettres het, têt et kof, elles, y figuraient. On lui a donc répondu qu'"Avraham, Yitshak ve-Yaakov" y était écrit, c'est-à-dire que Yitshak y est écrit avec un tsadi et non avec un chin. Et bien que celui qui répondait n'ait eu pour but que de l'informer sur Yitshak écrit avec un tsadi, il a mentionné les trois ensemble, pour signifier que Yitshak s'écrit avec un tsadi parce que partout où l'Écriture mentionne les trois ensemble, elle l'écrit avec un tsadi et non avec un chin -- seul le livre de Yirmeya, en les mentionnant tous les trois, écrit Yishak avec un chin. Toutefois, il y a lieu d'objecter selon celui qui dit que les lettres se combinent : s'il faut deux mots contenant chacun un tsadi, comme dans "hatsel tatsil" (Chemouel I 30:8), d'où viendrait le second tsadi, puisqu'il n'y en a qu'un seul de gravé ? Et si l'on répond que la combinaison se faisait mot par mot, la difficulté subsiste : il pourrait falloir deux tsadi, ou deux het, ou deux kof dans un seul mot -- comme tsitsim, ou retsoutsim, ou nihoah et nihohim, ou hakak, ou tit, et ainsi de suite -- alors qu'il n'y a qu'un seul exemplaire de chacune de ces lettres. Il me semble que s'il faut deux tsadi à la fois, comme dans tsitsim, le tsadi se combine d'abord avec le youd qui le suit, puis le tsadi déjà combiné se retire pour venir se placer après le youd, laissant vide la place du premier tsadi : et ce vide est précisément le signe qu'il faut y lire un tsadi, comme s'il y était écrit ; et ainsi de suite. On objecte encore : pourquoi est-il écrit "chivtei Yechouroun" et non "chivtei Yisrael", puisque Yisrael compte lui aussi cinq lettres ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom Yisrael est devenu le nom propre de tout Israël, que l'on appelle Yisrael sans autre précision, alors qu'on ne les appelle pas Yechouroun sans précision -- seul Yaakov notre père, la paix soit sur lui, les a nommés ainsi. C'est pourquoi il est écrit "chivtei Yechouroun", c'est-à-dire les tribus de Yaakov, qui est appelé Yechouroun par affection et par amour. Et l'on objectera encore : il aurait fallu dire "chivtei Yaakov", puisque Israël n'est pas désigné ainsi sans précision mais appelé "maison de Yaakov" ou "descendance de Yaakov" ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il fallait ici un mot de cinq lettres : or si l'on écrivait Yaakov en plene, avec un vav, il faudrait écrire également avec un vav le premier Yaakov, celui qui suit Yitshak, et le nombre des lettres dépasserait alors d'une unité ; et il n'est pas convenable d'écrire un mot défectif sur une pierre et plene sur une autre.
💡 Explication

Conséquence immédiate des deux descriptions précédentes : quel que soit le mécanisme, l'oracle ne peut former que des mots dont toutes les lettres sont gravées quelque part sur le hochen. Or les douze noms de tribus ne contiennent ni tsadi ni têt.

Le tsadi n'est pas un cas d'école : Rachi rappelle la réponse de Tsiklag citée plus haut, ve-hatsel tatsil -- il en faut un. La guemara répond que les noms des trois patriarches, Avraham Yitshak ve-Yaakov, étaient gravés eux aussi ; Yitshak fournit le tsadi. Reste le têt, absent des tribus comme des patriarches : la formule chivtei Yechouroun était également inscrite, et le têt de chivtei comble la dernière lacune. L'alphabet est alors complet.

🖼️ Schéma
Couvrir tout l'alphabet : le problème des lettres absentes Si une lettre n'est gravée nulle part, l'oracle ne peut pas former le mot qui en a besoin État initial : les douze noms de tribus gravés sur les pierres du hochen Reouven, Chimon, Levi, Yehouda, Dan, Naftali, Gad, Acher, Yissakhar, Zevouloun, Yossef, Binyamin. Aucune de ces lettres : tsadi, têt. Il manque le tsadi Rachi : et si l'on en a besoin, comme dans ve-hatsel tatsil, d'où viendrait-il ? Rav Chmouel bar Yitshak : Avraham, Yitshak ve-Yaakov y étaient aussi gravés. י צ ח ק Il manque encore le têt Ni les tribus ni les trois patriarches ne le contiennent. Rav Aha bar Yaakov : chivtei Yechouroun y était gravé -- le têt de chivtei. ש ב ט י
Deux lettres manquantes, deux ajouts : le hochen doit pouvoir écrire n'importe quel mot.
9
מֵיתִיבִי: כָּל כֹּהֵן שֶׁאֵינוֹ מְדַבֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּשְׁכִינָה שׁוֹרָה עָלָיו אֵין שׁוֹאֲלִין בּוֹ, שֶׁהֲרֵי שָׁאַל צָדוֹק וְעָלְתָה לוֹ, אֶבְיָתָר וְלֹא עָלְתָה לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעַל אֶבְיָתָר עַד תֹּום כָּל הָעָם וְגוֹ׳״!

On objecte : tout kohen qui ne parle pas par l'esprit saint (roua'h ha-kodech) et sur qui la Chekhina ne repose pas, on ne l'interroge pas ; car Tsadok a interrogé et cela lui a réussi, Evyatar (a interrogé) et cela ne lui a pas réussi, ainsi qu'il est dit : "Et Evyatar monta jusqu'à ce que tout le peuple eut achevé (de passer)" (Chemouel II 15:24) !

📜 Rachi (2)
שֶׁהֲרֵי שָׁאַל צָדוֹק כְּשֶׁהָיָה דָּוִד בּוֹרֵחַ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם:
-- lorsque David fuyait devant Avchalom.
שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּעַל אֶבְיָתָר עַד תֹּום כָּל הָעָם לַעֲבוֹר וְתַנְיָא בְּסֵדֶר עוֹלָם וְשָׁאַל בְּאוּרִים וְתֻומִּים וְלֹא עָלְתָה לוֹ וְנִסְתַּלֵּק מִן הַכְּהֻונָּה שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּעַל אֶבְיָתָר מִדְּקָתָנֵי דְּבָעֵי כֹּהֵן הַמְדַבֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ אַלְמָא לֹא בּוֹלְטוֹת וְלֹא מִצְטָרְפוֹת הָיוּ דְּאִם כֵּן לָמָּה לִי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ:
-- et il est enseigné dans le Seder Olam : il interrogea les Ourim ve-Toumim et cela ne lui réussit pas, et il fut écarté de la prêtrise, ainsi qu'il est dit "et Evyatar monta". Puisque la baraita exige un kohen qui parle par l'esprit saint, il apparaît que les lettres ne ressortaient pas et ne se combinaient pas -- car s'il en était ainsi, à quoi me servirait l'esprit saint ?
💡 Explication

Objection contre les deux avis à la fois. Si les lettres ressortent ou se combinent par miracle, le kohen n'est qu'un lecteur : pourquoi la baraita exige-t-elle qu'il parle par l'esprit saint et que la Chekhina repose sur lui ? Rachi formule le dilemme sans détour : s'il faut l'esprit saint, c'est qu'il n'y avait ni saillie ni combinaison -- sinon, à quoi bon ?

La preuve vient de deux kohanim contemporains, sous David. Tsadok interroge et obtient une réponse -- Rachi précise : lors de la fuite devant Avchalom. Evyatar interroge et n'obtient rien ; le verset qui dit qu'il monta est lu, d'après le Seder Olam, comme le récit de son écartement de la grande prêtrise. Même instrument, même moment, deux résultats opposés : la différence ne peut tenir qu'à l'homme.

10
סַיּוֹעֵי הֲוָה מְסַיַּיע בַּהֲדַיְיהוּ.

(L'esprit saint) leur apportait une assistance.

📜 Rachi (1)
סִיּוּעַי הֲוָה מְסַיֵּיעַ כֹּהֵן בַּהֲדֵי אוּרִים וְתֻומִּים הִלְכָּךְ אִם כֹּהֵן כָּשֵׁר הָיָה וְרָאוּי לִשְׁרוֹת שְׁכִינָה עָלָיו הָאוֹתִיּוֹת בּוֹלְטוֹת אוֹ מִצְטָרְפוֹת עַל יָדוֹ כְּשֶׁנִּשְׁאָלִין בּוֹ וְאִם לָאו לֹא בּוֹלְטוֹת וְלֹא מִצְטָרְפוֹת:
-- le kohen apportait son concours aux Ourim ve-Toumim ; par conséquent, si le kohen était digne et apte à ce que la Chekhina repose sur lui, les lettres ressortaient ou se combinaient par son entremise lorsqu'on l'interrogeait ; sinon, elles ne ressortaient ni ne se combinaient.
💡 Explication

Trois mots qui réconcilient tout : siyou'ei hava mesayya be-hadaihou. L'esprit saint du kohen ne remplace pas les Ourim ve-Toumim -- sinon on n'aurait pas besoin d'eux -- et les Ourim ve-Toumim n'opèrent pas sans lui. Le kohen est la condition d'activation du miracle.

Rachi tire la conséquence pratique et symétrique : kohen digne et apte à ce que la Chekhina repose sur lui, les lettres ressortent ou se combinent par son entremise ; kohen indigne, rien ne se produit -- ni saillie, ni combinaison. C'est exactement ce qui sépare Tsadok d'Evyatar. L'objection du segment précédent tombe : l'esprit saint n'est pas redondant, il est la condition ; et l'oracle n'est pas superflu, il est l'instrument.

11
וְאֵין שׁוֹאֲלִין אֶלָּא לְמֶלֶךְ. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ, דְּאָמַר קְרָא: ״וְלִפְנֵי אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן יַעֲמֹד וְשָׁאַל לוֹ בְּמִשְׁפַּט הָאוּרִים וְגוֹ׳״. ״הוּא״ — זֶה מֶלֶךְ, ״וְכָל [בְּנֵי] יִשְׂרָאֵל אִתּוֹ״ — זֶה מְשׁוּחַ מִלְחָמָה, ״וְכָל הָעֵדָה״ — זוֹ סַנְהֶדְרִין.

"Et on n'interroge que pour le roi" (michna). D'où ces choses ?

Rabbi Abahou dit : le verset dit -- "et il se tiendra devant Elazar le kohen, qui interrogera pour lui par le jugement des Ourim (devant Hachem ; à sa parole ils sortiront et à sa parole ils entreront, lui et tous les enfants d'Israël avec lui, et toute la communauté)" (Bamidbar 27:21). "Lui" -- c'est le roi ; "et tous les enfants d'Israël avec lui" -- c'est le mashouah milhama (le kohen oint pour la guerre) ; "et toute la communauté" -- c'est le Sanhédrin.

📜 Rachi (2)
הוּא זֶה מֶלֶךְ דְּהָא בִּיהוֹשֻׁעַ מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
-- car le verset parle de Yehochoua.
וְכָל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אִתּוֹ מִי שֶׁכָּל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אִתּוֹ לָצֵאת לַמִּלְחָמָה אַחֲרָיו:
-- celui derrière qui tous les enfants d'Israël sortent au combat.
💡 Explication

Retour à la michna, qui limitait la consultation au roi, au chef du tribunal et à celui dont la communauté a besoin. Rabbi Abahou montre que ces trois catégories ne sont pas une construction des Sages : elles sont toutes les trois dans le même verset, celui de l'investiture de Yehochoua.

Le découpage est serré. Hou, lui : Yehochoua, qui a rang de roi -- Rachi le note, de-ha bi-Yehochoua michtaéi kera, le verset parle bien de lui. Ve-khôl benei Yisrael ito, et tous les enfants d'Israël avec lui : Rachi définit -- celui derrière qui tous les enfants d'Israël sortent au combat, c'est-à-dire le mashouah milhama, dont le daf précédent a longuement traité. Ve-khôl ha-eda, et toute la communauté : le Sanhédrin, la communauté prise dans ses chefs. Ainsi se referme la souguya, et avec elle le chapitre.

🖼️ Schéma
Un seul verset, trois ayants droit Bamidbar 27:21, lu par Rabbi Abahou : chaque membre de phrase désigne un demandeur légitime Et il se tiendra devant Elazar le kohen, qui interrogera pour lui par le jugement des Ourim ... hou -- ve-khôl benei Yisrael ito -- ve-khôl ha-eda hou -- lui Le roi Rachi : le verset parle de Yehochoua, qui a rang de roi. ve-khôl benei Yisrael ito Le mashouah milhama celui derrière qui tout Israël sort au combat ve-khôl ha-eda Le Sanhédrin la communauté prise dans ses chefs, non chaque individu
Bamidbar 27:21 découpé en trois : roi, mashouah milhama, Sanhédrin.
12
הֲדַרַן עֲלָךְ בָּא לוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל

Hadran alakh (nous reviendrons vers toi) "Ba lo kohen gadol".

📜 Rachi (1)
פֶּרֶק שְׁבִיעִי בָּא לוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל
-- Septième chapitre.
💡 Explication

Formule de clôture du septième chapitre de Yoma, Ba lo kohen gadol -- "le kohen gadol vint". Hadran alakh, araméen : nous reviendrons vers toi, ou : nous te faisons retour. On la prononce à la fin de chaque chapitre.

Le chapitre était parti de la lecture publique de la Tora par le kohen gadol au jour de Kippour, avait traité de ses vêtements et de ceux du mashouah milhama, puis avait déroulé tout le dossier des Ourim ve-Toumim. Le chapitre suivant, Yom ha-Kippourim, quitte le Temple et le service pour les lois qui s'imposent à chacun : les cinq afflictions du jour.

13
מַתְנִי׳ יוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר בַּאֲכִילָה וּבִשְׁתִיָּה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל, וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. וְהַמֶּלֶךְ וְהַכַּלָּה יִרְחֲצוּ אֶת פְּנֵיהֶם, וְהַחַיָּה תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹסְרִין.

MICHNA. Le jour de Kippour est interdit dans le manger, le boire, le lavage (rehitsa), l'onction (sikha), le port de la sandale et les relations conjugales.

Mais le roi et la mariée se laveront le visage, et l'accouchée (haya) chaussera la sandale -- paroles de Rabbi Eliezer ; et les Sages l'interdisent.

📜 Rachi (6)
מַתְנִי' יוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר בַּאֲכִילָה וּבִשְׁתִיָּה וְכוּ' מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּכָל הָנֵי אִיַּקַּרוּ עִינּוּי וְגַבֵּי יוה"כ ה' עִינּוּיַי' כְּתִיבִי וְהָנֵי ה' הָווּ דִּשְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה:
-- la guemara explique que tous ces actes sont appelés inouy (affliction) ; et à propos de Yom Kippour, cinq afflictions sont écrites (dans la Tora), et ce sont ces cinq-là -- car le boire est compris dans le manger.
מֶלֶךְ דַּרְכּוֹ וְשִׁבְחוֹ לִהְיוֹת נָאֶה שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ לג) מֶלֶךְ בְּיָפְיוֹ תֶּחֱזֶינָה עֵינֶיךָ:
-- son usage et son honneur sont d'être beau, ainsi qu'il est dit (Yechaya 33) : tes yeux verront le roi dans sa beauté.
וְהַכַּלָּה צְרִיכָה נוֹי עַד שֶׁתֵּחָבֵב עַל בַּעֲלָהּ וְכָל שְׁלֹשִׁים יוֹם לְחֻופָּתָהּ הִיא קְרוּיָה כַּלָּה:
-- elle a besoin de parure pour se rendre aimable à son mari ; et pendant les trente jours qui suivent sa houpa elle est appelée kala (mariée).
וְהַחַיָּה יוֹלֶדֶת:
-- l'accouchée.
תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל שֶׁהַצִּנָּה קָשֶׁה לָהּ:
-- car le froid lui est pénible.
דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַכּוּלְּהוּ קָאֵי מֶלֶךְ וְכַלָּה וְחַיָּה:
-- cela porte sur tous : le roi, la mariée et l'accouchée.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' יוֹם הַכִּפּוּרִים כו' סֵדֶר הַמַּסֶּכְתָּא תְּחִילָּה נְקַט ז' יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים וַהֲדַר נְקַט לֵיל יוֹם הַכִּפּוּרִים וַהֲדַר נְקַט סֵדֶר עֲבוֹדַת הַיּוֹם וְהַשְׁתָּא נְקַט הִלְכוֹת הַיּוֹם לְעִנְיַן אִיסּוּר וְהֶיתֵּר:
-- l'ordre du traité : il a d'abord traité des sept jours qui précèdent Yom Kippour, puis de la nuit de Yom Kippour, puis de l'ordre du service du jour ; et il traite maintenant des lois du jour lui-même, quant à l'interdit et au permis.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף עג ע"ב] יוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר בַּאֲכִילָה וּבִשְׁתִיָּה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. הַמֶּלֶךְ וְהַכַּלָּה יִרְחֲצוּ אֶת פְּנֵיהֶם וְהַחַיָּה תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים: גְּמ' [דַּף עַד ע"ב] ת"ר תְּעַנּוּ אֶת נַפְשׁוֹתֵיכֶם יָכוֹל יֵשֵׁב בַּחַמָּה אוֹ בַּצִּנָּה כְּדֵי שֶׁיִּצְטַעֵר. ת"ל לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה מַה מְלָאכָה שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה אַף עִינּוּי שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה: [דַּף עו ע"א] הָנֵי חֲמִשָּׁה עִינּוּיָן כְּנֶגֶד מִי א"ר חִסְדָּא כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה עִינּוּיָן שֶׁבַּתּוֹרָה שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן וְשַׁבַּת שַׁבָּתוֹן וּבֶעָשׂוֹר אַךְ בֶּעָשׂוֹר וְהָיְתָה זֹּאת לָכֶם לְחֻקַּת עוֹלָם. קְרָאֵי חֲמִשָּׁה הָווּ וַאֲנַן שִׁיתָּא תְּנַן. שְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִנַּיִן לִשְׁתִיָּה שֶׁהִיא בִּכְלַל אֲכִילָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ תִּירֹושְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וְגוֹ' תִּירוֹשׁ חַמְרָא הוּא וְקָרֵי לֵיהּ אֲכִילָה וּכְתִיב וְנָתַתָּה הַכֶּסֶף בְּכֹל אֲשֶׁר תְּאַוֶּה נַפְשְׁךָ בַּבָּקָר וּבַצֹּאן וּבַיַּיִן וּבַשֵּׁכָר וְגוֹ' וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ וְגוֹ' יַיִן וְשֵׁכָר מִשָּׁתְיָיא הוּא וְקָא קָרֵי לֵיהּ וְאָכַלְתָּ. אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב תְּעַנּוּ אֶת נַפְשׁוֹתֵיכֶם וְנֶאֱמַר לְהַלָּן וַיְעַנְּךָ וְיַרְעִיבְךָ מַה לְהַלָּן עִינּוּי דִּרְעָבוֹן אַף כָּאן דִּרְעָבוֹן. [דַּף עו ע"ב] סִיכָה דְּאִיקְרֵי עִינּוּי מְנָא לֵיהּ דִּכְתִיב לֶחֶם חֲמֻודוֹת לֹא אָכַלְתִּי וּבָשָׂר וָיַיִן לֹא בָא אֶל פִּי וְסוֹךְ לֹא סָכְתִּי וְאִיקְרֵי עִינּוּי דִּכְתִיב מִיּוֹם אֲשֶׁר נָתַתָּ אֶת לִבְּךָ לְהָבִין וּלְהִתְעַנּוֹת וְגוֹ' [דַּף עז ע"א] רְחִיצָה דְּאִיקְּרִי עִינּוּי מְנָא לַן דִּכְתִיב וּלְאֶבְיָתָר אָמַר הַמֶּלֶךְ עֲנָתֹות לֵךְ עַל שָׂדְךָ וְגוֹ' וּכְתִיב כִּי הִתְעַנִּיתָ בְּכֹל אֲשֶׁר הִתְעַנָּה אָבִי וּכְתִיב כִּי אָמְרוּ הָעָם רָעֵב וְעָיֵף וְצָמֵא בַּמִּדְבָּר רָעֵב מִלֶּחֶם וְצָמֵא מִמַּיִם. עָיֵף מִמַּאי לָאו מֵרְחִיצָה. וְדִלְמָא מִנְּעִילַת הַסַּנְדָּל אר"נ בַּר יִצְחָק מֵהָכָא מַיִם קָרִים עַל נֶפֶשׁ עֲיֵפָה. וְאֵימָא שְׁתִיָּה. מִי כְּתִיב בְּנֶפֶשׁ עַל נֶפֶשׁ כְּתִיב אַלְמָא עָיֵף מֵרְחִיצָה הוּא וּכְתִיב הִתְעַנִּיתָ בְּכֹל אֲשֶׁר הִתְעַנָּה אָבִי. נְעִילַת הַסַּנְדָּל מְנָא לַן דִּכְתִיב וְדָוִד עֹולֶה בְמַעֲלֵה הַזֵּיתִים עֹולֶה וּבוֹכֶה וְרֹאשׁ לוֹ חָפוּי וְהוּא הֹולֵךְ יָחֵף וּכְתִיב כִּי הַתַּעֲנִית וְגוֹ'. תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב אִם תְּעַנֶּה אֶת בְּנֹותַי וְאִם תִּקַּח נָשִׁים עַל בְּנֹותַי [דַּף עז ע"ב] אִם תְּעַנֶּה מִתַּשְׁמִישׁ וְאִם תִּקַּח מִצָּרוֹת. פִּי' ר"י דְּהָנֵי דְּרָשׁוֹת אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא נִינְהוּ וְכָל הָנֵי עִינּוּיָן מִדְּרַבָּנָן חוּץ מֵאֲכִילָה וּשְׁתַּיִם. דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּגְמָרָא דְּקָאָמַר הָנֵי עִינּוּיָן כְּנֶגֶד מִי וְלָא קָאָמַר מְנָא לַן אוֹ מֵהֵיכָא נָפְקָא אֲבָל כְּנֶגֶד מִי מַשְׁמַע שֶׁשּׁוֹאֵל אִם יֵשׁ לָהֶן שׁוּם רֶמֶז מִן הַתּוֹרָה. וְעוֹד דְּדָרַשׁ מֵחֲמִשָּׁה עִינּוּיָן דִּקְרָא גַּם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְהַהוּא דְּרָשָׁה רֶמֶז בְּעָלְמָא הוּא דְּהָא אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דָּרֵישׁ לֵיהּ מִקְּרָא וּמִגְּזֵירָה שָׁוָה וּמִדְּהַךְ אַסְמַכְתָּא אִינָךְ נָמֵי אַסְמַכְתָּא נִינְהוּ. וְכֵן מַשְׁמַע נָמֵי הָא דְּתַנְיָא (דַּף עַד.) בִּשְׁאָר סִיפְרֵי דְּבֵי רַב תַּלְמוּד לוֹמַר שַׁבָּתוֹן שְׁבוּת. מַשְׁמַע דַּהֲוָה מִדְּרַבָּנָן כְּמוֹ גַּבֵּי שַׁבָּת דְּאַסְמֵיךְ כָּל אִיסּוּרֵי דְּרַבָּנָן אַשַּׁבָּתוֹן שְׁבוּת. וְעוֹד מִדְּהֵקֵילּוּ חֲכָמִים בְּהוּ וְהִתִּירוּ לַמֶּלֶךְ וְלַכָּלָה לִרְחֹוץ אֶת פְּנֵיהֶם וּמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲטָטִין בְּרֹאשׁוֹ לָסוּךְ וּמִי שֶׁיָּדָיו מְלֻוכְלָכוֹת בְּטִיט וּבְצוֹאָה לְרוֹחֲצָם וְעוֹד מִדִּתְנַן הַחַיָּה תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל דִּבְרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים ע"כ מַיְירֵי בִּדְלֵיכָּא סַכָּנָה מִדְּאָסְרִי רַבָּנָן וְאִי נְעִילַת הַסַּנְדָּל דְּאוֹרָייְתָא הֵיכִי שָׁרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר. וְכֵן הֵבִיא רְאָיָה רִיבָ"א מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה א') דְּתַנְיָא סִיכָה כִּשְׁתִיָּה לְאִיסּוּר וּלְתַשְׁלוּמִין אֲבָל לֹא לְעֹונֶשׁ וּלְיוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא לֶאֱסֹור וְלֹא לַעֲנֹושׁ:
[Daf 73b] "Yom Kippour est interdit dans le manger, le boire, le lavage, l'onction, le port de la sandale et les relations conjugales. Le roi et la mariée se laveront le visage, et l'accouchée chaussera la sandale -- paroles de Rabbi Eliezer ; et les Sages l'interdisent." Guemara [daf 74b] : nos maîtres ont enseigné -- "vous affligerez vos âmes" : on aurait pu croire qu'il doit s'asseoir au soleil ou dans le froid pour souffrir ; le verset dit : "tu ne feras aucun travail" -- de même que le travail (interdit) consiste à s'abstenir et à ne pas faire, de même l'affliction consiste à s'abstenir et à ne pas faire. [Daf 76a] Ces cinq afflictions, à quoi correspondent-elles ? Rav Hisda dit : aux cinq (mentions de l')affliction de la Tora -- "chabbat chabbaton", "ve-chabbat chabbaton", "ou-ve-assor", "akh be-assor", "ve-hayta zot lakhem le-houkat olam". Les versets sont cinq, et nous en avons enseigné six ! -- Le boire est compris dans le manger, car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : d'où sait-on que le boire est compris dans le manger ? Il est dit : "et tu mangeras devant Hachem ton Dieu la dîme de ton blé, de ton vin (tirochekha) et de ton huile" -- or tiroch, c'est du vin, et il l'appelle manger ; et il est écrit : "et tu donneras l'argent pour tout ce que ton âme désire, pour du gros bétail, du petit bétail, du vin et des boissons fortes... et tu mangeras devant Hachem ton Dieu" -- or le vin et les boissons fortes se boivent, et il les appelle manger. Le manger et le boire (comme afflictions), d'où les tenons-nous ? Il est écrit "vous affligerez vos âmes", et il est dit ailleurs "et Il t'a affligé et t'a fait avoir faim" : de même que là-bas l'affliction est celle de la faim, de même ici. [Daf 76b] L'onction, d'où sait-on qu'elle est appelée affliction ? Il est écrit : "je n'ai pas mangé de pain de délices, ni viande ni vin ne sont entrés dans ma bouche, et je ne me suis pas oint" (Daniel 10:3), et cela est appelé affliction, ainsi qu'il est écrit : "depuis le jour où tu as applique ton cœur à comprendre et à t'affliger...". [Daf 77a] Le lavage, d'où sait-on qu'il est appelé affliction ? Il est écrit : "et à Evyatar le roi dit : Anatot, va-t'en a ton champ...", et il est écrit : "car tu as été affligé de tout ce dont mon père a été affligé" ; et il est écrit : "car ils disaient : le peuple est affamé, las et assoiffé dans le désert" -- affamé de pain, assoiffé d'eau ; las de quoi ? N'est-ce pas du lavage ? -- Et peut-être du port de la sandale ! Rav Nahman bar Yitshak dit : c'est d'ici -- "de l'eau fraîche sur une âme lasse". -- Dis donc qu'il s'agit de la boisson ! -- Est-il écrit "dans (be) l'âme" ? Il est écrit "sur (al) l'âme" ; il apparaît donc que "las" concerne le lavage ; et il est écrit "tu as été affligé de tout ce dont mon père a été affligé". Le port de la sandale, d'où le tenons-nous ? Il est écrit : "et David montait la montée des Oliviers, montant et pleurant, la tête couverte, et il marchait pieds nus", et il est écrit "car tu as été affligé...". Les relations conjugales, d'où les tenons-nous ? Il est écrit : "si tu affliges mes filles et si tu prends des femmes en plus de mes filles" [daf 77b] -- "si tu affliges" vise les relations, "si tu prends" vise les rivales. Le Ri a expliqué que ces derachot ne sont qu'un simple appui scripturaire (asmakhta) et que toutes ces afflictions sont d'institution rabbinique, à l'exception du manger et du boire. C'est en effet ce qu'indique le langage de la guemara, qui demande "ces afflictions, à quoi correspondent-elles ?" et non "d'où les tenons-nous ?" ou "d'où cela ressort-il ?" : "à quoi correspondent-elles" indique qu'on cherche seulement s'il en existe une allusion dans la Tora. En outre, elle dérive des cinq afflictions du verset également le manger et le boire, et cette deracha-là n'est qu'une simple allusion, puisque le manger et le boire se dérivent d'un verset et d'une guezera chava ; et puisque cette dérivation-là est une asmakhta, les autres le sont aussi. C'est encore ce qu'indique la baraita (74a) rapportée dans les autres recueils de l'école de Rav : "le verset dit chabbaton -- chevout, abstention", ce qui indique une institution rabbinique, comme pour le chabbat où l'on rattache tous les interdits rabbiniques à chabbaton chevout. En outre, les Sages ont été indulgents en la matière : ils ont permis au roi et à la mariée de se laver le visage, à celui qui a des croûtes sur la tête de s'oindre, et à celui dont les mains sont souillées de boue ou d'immondice de les laver. En outre, puisque nous avons appris dans la michna "l'accouchée chaussera la sandale -- paroles de Rabbi Eliezer, et les Sages l'interdisent", il s'agit forcément d'un cas où il n'y a pas de danger, puisque les Sages l'interdisent ; or si le port de la sandale était d'ordre toraique, comment Rabbi Eliezer pourrait-il le permettre ? Le Riva a de même apporté une preuve du Yerouchalmi (halakha 1), où il est enseigné : l'onction est comme la boisson quant à l'interdit et quant au remboursement, mais non quant à la sanction ; et pour Yom Kippour, ni pour interdire ni pour sanctionner.
💡 Explication

Première michna du huitième chapitre. Elle énonce six interdits, alors que la Tora ne compte que cinq mentions de l'affliction : Rachi résout d'emblée -- le boire est compris dans le manger, si bien que les cinq afflictions sont bien là. La guemara y reviendra plus loin dans le traité, et le Roch en rapporte ici tout le dossier.

La seconde partie de la michna ouvre une mahloket sur trois allégements, chacun avec sa raison propre. Le roi : sa dignité veut qu'il soit beau -- Rachi cite melekh be-yofyo tehezena einekha (Yechaya 33:17). La mariée, pendant les trente jours qui suivent la houpa : elle doit rester aimable à son mari. L'accouchée : le froid lui est pénible, donc la sandale. Rabbi Eliezer accorde les trois ; les Sages les refusent. Le Roch tirera de ce refus même un argument décisif : puisque les Sages interdisent à l'accouchée, c'est qu'il n'y a pas de danger ; et si la sandale était un interdit de la Tora, Rabbi Eliezer ne pourrait pas la permettre. Donc ces afflictions-là sont de-rabbanan.

14
הָאוֹכֵל כַּכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה, כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ, וְהַשּׁוֹתֶה מְלֹא לוֹגְמָיו — חַיָּיב. כָּל הָאֳוכָלִים מִצְטָרְפִין לְכַכּוֹתֶבֶת, וְכָל הַמַּשְׁקִין מִצְטָרְפִין לִמְלֹא לֻוגְמָיו. הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה אֵין מִצְטָרְפִין.

Celui qui mange l'équivalent d'une grosse datte (kotevet ha-gassa) -- elle et son noyau -- et celui qui boit une pleine gorgée (mélo lougmav) sont passibles. Tous les aliments se combinent pour atteindre la mesure d'une datte, et tous les liquides se combinent pour atteindre la pleine gorgée.

Le manger et le boire ne se combinent pas.

💡 Explication

La michna passe des interdits aux mesures qui déclenchent la sanction de karet. Pour le manger, la mesure n'est pas le kazayit habituel mais la kotevet ha-gassa, une grosse datte, comptée avec son noyau -- une mesure plus grande, propre à Yom Kippour, parce que c'est la quantité qui apaise l'esprit de celui qui jeûne. Pour le boire, c'est le mélo lougmav, une pleine gorgée, mesure relative à la bouche de chacun.

Suivent les règles de combinaison (tseirouf) : des aliments différents s'additionnent entre eux jusqu'à la datte, des liquides différents s'additionnent entre eux jusqu'à la gorgée -- mais le solide et le liquide ne s'additionnent pas. Les deux mesures sont hétérogènes : elles ne mesurent pas la même chose, l'une la satiété de la bouche, l'autre l'apaisement de la faim.

15
גְּמ׳ אָסוּר?! עָנוּשׁ כָּרֵת הוּא! אָמַר רַבִּי אֵילָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִרְמְיָה: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לַחֲצִי שִׁיעוּר.

GUEMARA. "Interdit" ?!

Il est passible de karet ! Rabbi Ila -- et certains disent Rabbi Yirmeya -- dit : cela n'était nécessaire que pour la demi-mesure (hatsi chiour).

📜 Rachi (2)
גְּמ' לַחֲצִי שִׁיעוּר כְּגוֹן פָּחוֹת מִכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁהִיא שִׁיעוּר ליוה"כ כְּדִתְנַן מַתְנֵי' וְכִי לָא שְׁלִים שִׁיעוּרָא כָּרֵת לֵיכָּא אִיסּוּרָא אִיכָּא:
-- par exemple moins qu'une grosse datte, qui est la mesure pour Yom Kippour, comme l'enseigne notre michna : lorsque la mesure n'est pas atteinte, il n'y a pas de karet, mais il y a un interdit.
חֲצִי שִׁיעוּר כְּלוֹמַר פָּחוֹת מִכַּשִּׁיעוּר אָסוּר מִן הַתּוֹרָה לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתָּא דְּרֵישׁ לֵיהּ מִכָּל חֵלֶב:
-- c'est-à-dire : moins que la mesure est interdit selon la Tora ; plus loin dans la souguya, on le dérive de "kol helev" (toute graisse).
💡 Explication

La guemara n'attaque pas la loi mais le choix du verbe. La michna dit assour, interdit ; or manger à Yom Kippour est passible de karet, et l'on attendait donc hayav, passible. Pourquoi ce mot faible ?

Réponse de Rabbi Ila : le mot faible vise le cas faible. La michna ne parle pas seulement de la mesure pleine -- elle englobe aussi ce qui reste en dessous : moins qu'une grosse datte, moins qu'une pleine gorgée. Là, il n'y a pas de karet, mais il y a bien un interdit. Rachi le formule en deux temps : ki lo chalim chioura, karet leka, issoura ika -- la mesure non atteinte, pas de karet, mais un interdit. Rachi annonce aussi la suite : cet interdit sera dérivé plus loin de kol helev, toute graisse.

🖼️ Schéma
Pourquoi assour et non hayav ? La lecture du mot par Rabbi Ila La guemara ne discute pas la loi, elle discute le choix du verbe dans la michna La michna dit assour interdit Mais la sanction est karet on attendait donc hayav Rabbi Ila hatsi chiour le mot faible vise le cas faible Deux étages à distinguer Au-dessus de la mesure -- une grosse datte, une pleine gorgée : hayav, passible de karet. En dessous de la mesure : pas de karet, mais assour -- et c'est précisément ce qu'il reste à qualifier.
Un mot faible pour un cas faible : la michna couvre aussi ce qui reste sous la mesure.
16
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר חֲצִי שִׁיעוּר אָסוּר מִן הַתּוֹרָה, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר חֲצִי שִׁיעוּר מֻותָּר מִן הַתּוֹרָה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien selon celui qui dit que la demi-mesure est interdite selon la Tora ; mais selon celui qui dit que la demi-mesure est permise selon la Tora, que peut-on dire ?

💡 Explication

La réponse de Rabbi Ila suppose acquis que la demi-mesure est réellement interdite. Or c'est précisément un point en litige. La guemara ouvre donc la question : hanihat le-man de-amar -- cela va bien pour l'un, mais pour l'autre ?

L'enjeu est le statut du mot assour dans la michna. Si la demi-mesure n'est interdite que par les Sages, la michna -- qui est un énoncé de loi toraique sur le jeûne -- emploierait un terme qui ne renvoie plus à la Tora. La suite va montrer que cette difficulté se résout, mais au prix d'une lecture différente de la michna.

17
דְּאִיתְּמַר חֲצִי שִׁיעוּר, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אָסוּר מִן הַתּוֹרָה, רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: מֻותָּר מִן הַתּוֹרָה. הָנִיחָא לְרַבִּי יוֹחָנָן, אֶלָּא לְרֵישׁ לָקִישׁ מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? מוֹדֶה רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁאָסוּר מִדְּרַבָּנַן.

Car il a été dit : la demi-mesure -- Rabbi Yo'hanan dit : interdite selon la Tora ; Rech Lakich dit : permise selon la Tora. Cela va bien selon Rabbi Yo'hanan, mais selon Rech Lakich, que peut-on dire ?

Rech Lakich concède qu'elle est interdite de par les Sages.

📜 Rachi (1)
שֶׁאָסוּר מִדְּרַבָּנָן וּמַתְנִי' נָמֵי מִדְּרַבָּנָן קָאָמַר:
-- et notre michna, elle aussi, parle d'un interdit rabbinique.
⚖️ Rosh (1)
הָאוֹכֵל ביוה"כ כַּכּוֹתֶבֶת גַּסָּה [דַּף עט ע"א] כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ וְהַשּׁוֹתֶה מְלֹא לֻוגְמָיו חַייָּב. וְהָנֵי שִׁיעוּרֵי לְכָרֵת וּלְקָרְבָּן אֲבָל לְאִיסּוּר קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר (לְעֵיל עג:) חֲצִי שִׁיעוּר אָסוּר מִן הַתּוֹרָה: מַתְנֵי' כָּל הָאֳוכָלִין מִצְטָרְפִין לִכְכוֹתֶבֶת וְכָל הַמַּשְׁקִים מִצְטָרְפִין לְכִמְלֹא לוֹגְמָיו. וְהָאוֹכֵל וְהַשּׁוֹתֶה אֵינָן מִצְטָרְפִין. [דַּף פֹּא ע"א] אָכַל וְשָׁתָה בְּהֶעְלֵם אַחַת אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת. אָכַל וְעָשָׂה מְלָאכָה חַיָּיב שְׁתַּיִם. אָכַל אֳוכָלִין שֶׁאֵינָם רְאוּיִן לַאֲכִילָה וְשָׁתָה מַשְׁקִין שֶׁאֵינָם רְאוּיָן לִשְׁתִיָּה פָּטוּר. שָׁתָה צִיר אוֹ מוּרְיָיס פָּטוּר:
"Celui qui mange à Yom Kippour l'équivalent d'une grosse datte [daf 79a] -- elle et son noyau -- et celui qui boit une pleine gorgée sont passibles." Ces mesures valent pour le karet et pour le sacrifice ; mais quant à l'interdit, nous tranchons comme Rabbi Yo'hanan, qui dit (ci-dessus 73b) que la demi-mesure est interdite selon la Tora. Michna : "tous les aliments se combinent pour atteindre la mesure d'une datte, et tous les liquides se combinent pour atteindre la pleine gorgée ; le manger et le boire ne se combinent pas." [Daf 81a] S'il a mangé et bu dans un seul et même oubli, il n'est passible que d'un seul (sacrifice). S'il a mangé et accompli un travail interdit, il est passible de deux. S'il a mangé des aliments impropres à la consommation ou bu des liquides impropres à la boisson, il est exempt. S'il a bu de la saumure (tsir) ou du mouriess, il est exempt.
💡 Explication

La mahloket est énoncée dans sa forme classique, celle que toute la halakha des interdits alimentaires reprendra. Rabbi Yo'hanan : hatsi chiour assour min ha-Tora -- la mesure ne crée pas l'interdit, elle mesure seulement la sanction ; en dessous, la Tora interdit toujours. Rech Lakich : moutar min ha-Tora -- sous la mesure, la Tora ne dit rien.

Mais Rech Lakich ne laisse pas la michna sans explication : mode Rech Lakich che-assour mi-derabbanan, il concède que les Sages, eux, l'ont interdit. Rachi tire la conséquence : pour lui, le assour de la michna est un interdit rabbinique. La michna est sauvée dans les deux avis -- mais le sens de son mot principal change selon qui la lit. La suite va tester cette concession sur un autre terrain : celui du serment.

18
אִי הָכִי, לָא נִיחַייַּב עֲלֵיהּ קָרְבַּן שְׁבוּעָה, אַלְמָא תְּנַן: שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל, וְאָכַל נְבֵילוֹת וּטְרֵיפוֹת שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים — חַיָּיב. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר.

S'il en est ainsi, on ne devrait pas être passible pour cela d'un sacrifice de serment (korban chevoua) ! Or nous avons appris : "serment que je ne mangerai pas" -- et il a mangé des nevelot, des terefot, des chekatsim ou des remassim : il est passible ; et Rabbi Chimon l'exempte.

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי דִּלְרֵישׁ לָקִישׁ אָסוּר מִיהָא מִדְּרַבָּנָן לָא נִיחַייַּב עֲלֵיהּ קָרְבַּן שְׁבוּעָה הַנִּשְׁבָּע שֶׁלֹּא יֹאכַל חֲצִי שִׁיעוּר מִדָּבָר אָסוּר וְאָכַל לָא נִיחַייַּב עֲלֵיהּ קָרְבַּן שְׁבוּעַת בִּיטּוּי דְּהָא קַייְמָא לַן בְּמַסֶּכֶת שְׁבוּעוֹת (דַּף כז.) נִשְׁבַּע לְקַיֵּים אֶת הַמִּצְוָה וְלֹא קִייֵּם פָּטוּר אוֹ נִשְׁבַּע לְבַטֵּל וְלֹא בִּטֵּל פָּטוּר:
-- puisque, pour Rech Lakich, c'est du moins interdit de par les Sages, on ne devrait pas être passible pour cela d'un sacrifice de serment : celui qui jure de ne pas manger une demi-mesure d'une chose interdite, puis en mange, ne devrait pas être passible du sacrifice du chevouat bitouy -- car nous tenons pour établi au traité Chevouot (27a) que celui qui jure d'accomplir un commandement et ne l'accomplit pas est exempt, ou qui jure de l'annuler et ne l'annule pas est exempt.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר מִקָּרְבַּן שְׁבוּעָה:
-- du sacrifice de serment.
💡 Explication

Test de la position de Rech Lakich sur un autre terrain. Règle de base des serments : un serment ne prend pas effet sur ce dont on est déjà tenu depuis le Sinaï -- Rachi renvoie à Chevouot 27a : qui jure d'accomplir un commandement et ne l'accomplit pas est exempt du sacrifice, de même qui jure de l'annuler.

Or une michna de Chevouot déclare passible celui qui a juré chevoua chelo okhal, serment que je ne mangerai pas, puis a mangé des nevelot (bêtes mortes sans chehita), des terefot, des chekatsim ou des remassim -- toutes choses déjà interdites par la Tora. Comment le serment aurait-il pu prendre effet ? Rabbi Chimon, lui, exempte -- Rachi précise : du sacrifice de serment.

19
וְהָוֵינַן בָּהּ: אַמַּאי חַיָּיב? מֻושְׁבָּע וְעוֹמֵד מֵהַר סִינַי הוּא? רַב וּשְׁמוּאֵל וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמְרִי: בְּכוֹלֵל דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים עִם דְּבָרִים הָאֲסוּרִין.

Et nous avons discuté cela : pourquoi est-il passible ? Il est déjà assermenté depuis le mont Sinaï !

Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan disent : il s'agit d'un serment qui englobe (kolel) des choses permises avec des choses interdites.

📜 Rachi (2)
מֻושְׁבָּע וְעוֹמֵד הוּא וַהֲוָה לֵיהּ נִשְׁבַּע לְקַיֵּים אֶת הַמִּצְוָה:
-- et c'est donc un cas de celui qui jure d'accomplir un commandement.
בְּכוֹלֵל שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל לֹא בְּשַׂר שְׁחוּטָה וְלֹא בְּשַׂר נְבֵילָה דְּמִגּוֹ דְּחָייְלָא אַהֶתֵּירָא חָיְילָא נַמֵּי אַאִיסּוּרָא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר דְּלֵית לֵיהּ אִיסּוּר כּוֹלֵל וְלָא אָמְרִינַן מִגּוֹ:
-- "serment que je ne mangerai ni de la viande d'un animal abattu rituellement ni de la viande de nevela" : puisque (migo) le serment prend effet sur ce qui est permis, il prend effet aussi sur ce qui est interdit ; et Rabbi Chimon exempte, car il n'admet pas l'issour kolel et nous ne disons pas migo.
💡 Explication

La difficulté est explicitée : mouchba ve-omed me-har Sinaï hou -- il est déjà, et il demeure, assermenté depuis le Sinaï. Un second serment sur le même objet est sans effet.

La solution de Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan est l'issour kolel, l'interdit englobant : le serment n'a pas été formulé sur les seules nevelot mais largement -- Rachi donne la formule : "serment que je ne mangerai ni de la viande abattue rituellement ni de la viande de nevela". Puisque le serment prend valablement effet sur le permis, il prend effet migo, du fait même, sur l'interdit qu'il englobe. Rabbi Chimon exempte parce qu'il n'admet ni l'issour kolel ni le raisonnement de migo.

20
וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: אִי אַתָּה מוֹצֵא אֶלָּא בִּמְפָרֵשׁ חֲצִי שִׁיעוּר, וְאַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן, אוֹ בִּסְתָם,

Et Rech Lakich dit : tu ne le trouves que dans le cas où il a expressément précisé "une demi-mesure", et selon les Sages ; ou bien dans un serment indéterminé (stam),

📜 Rachi (4)
וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר אִי אַתָּה מוֹצֵא שֶׁיְּהֵא חַייָּב קָרְבַּן שְׁבוּעָה עַל הַנְּבֵילָה אִם אָכַל כַּזַּיִת שֶׁהוּא מֻושְׁבָּע עָלָיו מֵהַר סִינַי אֶלָּא בְּאוֹכֵל חֲצִי שִׁיעוּר שֶׁאֵינוֹ מֻושְׁבָּע עָלָיו מִסִּינַי וּבִשְׁבוּעָתוֹ נֶאֱסַר עָלָיו:
-- (tu ne trouves pas) qu'il soit passible d'un sacrifice de serment pour la nevela s'il en a mangé un kazayit, puisqu'il en est assermenté depuis le Sinaï -- sinon dans le cas où il mange une demi-mesure, dont il n'est pas assermenté depuis le Sinaï et que son serment lui a rendue interdite.
בִּמְפָרֵשׁ שֶׁלֹּא אוֹכַל אֲפִילּוּ חֲצִי שִׁיעוּר:
-- (qu'il précise) : que je ne mangerai pas même une demi-mesure.
וְאַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יט:) דְּהַנִּשְׁבָּע שֶׁלֹּא אוֹכַל סְתָם אוֹסֵר עַצְמוֹ בְּכַשִּׁיעוּר:
-- qui disent dans Chevouot (19b) que celui qui jure "que je ne mangerai pas" sans autre précision s'interdit la mesure entière.
אוֹ בִּסְתָם מָצֵית לְאוֹקוֹמֵהּ וּמִיהוּ כְּשֶׁאָכַל לֹא אָכַל אֶלָּא חֲצִי שִׁיעוּר שֶׁאֵינוֹ מֻושְׁבָּע עָלָיו מִסִּינַי וְעַל יְדֵי שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל סְתָם נֶאֱסַר בּוֹ:
-- tu peux aussi l'établir ainsi ; mais alors, quand il a mangé, il n'a mangé qu'une demi-mesure, dont il n'est pas assermenté depuis le Sinaï, et que le serment indéterminé "que je ne mangerai pas" lui a rendue interdite.
💡 Explication

Rech Lakich refuse la solution de l'issour kolel et propose une tout autre lecture de la michna de Chevouot. Pour lui, on n'y arrive que par le hatsi chiour -- et c'est cohérent avec sa position du segment 16 : puisque la demi-mesure n'est pas interdite par la Tora, le Sinaï ne l'a pas assermentée, et un serment peut donc valablement la viser.

Deux cas de figure. Le mefarech : il jure expressément de ne pas manger même une demi-mesure -- ce qui n'a de sens, précise Rachi, que selon les Sages, pour qui un serment non précisé ne s'applique qu'à la mesure entière (Chevouot 19b). Le stam : le serment reste indéterminé, mais ce qu'il a effectivement mangé reste sous la mesure. Le daf se coupe sur ce second cas -- la phrase se poursuit en 74a.

🖼️ Schéma
Le détour par le serment : comment chacun sauve la michna de Chevouot Règle de base : on ne prête pas serment sur ce dont on est déjà assermenté depuis le Sinaï La michna de Chevouot Chevoua chelo okhal, puis il mange nevelot ou terefot : il est passible du sacrifice. Rabbi Chimon l'exempte. Difficulté : ce serment porte sur ce qui est déjà interdit -- il ne devrait pas prendre effet. Rav, Chmouel, Rabbi Yo'hanan issour kolel Le serment est formulé largement : je ne mangerai ni viande abattue rituellement ni viande de nevela. Migo qu'il prend effet sur le permis, il prend effet aussi sur l'interdit. Rabbi Chimon exempte : il n'admet pas le kolel. Rech Lakich On n'y arrive que par le hatsi chiour Cas 1 -- mefarech : il jure expressément de ne pas manger même une demi-mesure, selon les Sages. Cas 2 -- stam : serment indéterminé, mais ce qu'il mange reste sous la mesure. Dans les deux cas, le Sinaï ne l'avait pas assermenté.
Deux voies pour sauver la michna de Chevouot : l'englobement, ou la demi-mesure.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).