Yoma 75a -- La malédiction qui contient un bienfait, la plainte du désert, et le grand dossier aggadique de la manne

Yoma 75a

Sougya : Un amud entièrement aggadique, qui va de la coupe de vin jusqu'aux cailles. Il s'ouvre en soldant le verset de Michlei commencé en 74b : celui qui met son œil dans sa coupe voit s'aplanir devant lui soit les arayot, soit -- selon l'autre lecture, appuyée par Rachi -- le monde entier, l'argent d'autrui compris.

Deux autres versets sont ensuite partagés entre Rabbi Ami et Rabbi Assi : le souci du cœur, qu'il faut ou bien écraser hors de sa pensée ou bien confier à d'autres ; puis la poussière du serpent, qui gâte tout ce qu'il mange ou bien qui seule l'apaise. De là, la guemara passe à la baraita de Rabbi Yossei, l'une des plus célèbres du traité : la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas celle de chair et de sang.

L'homme qui veut blesser descend jusqu'à la vie de l'autre ; Dieu, lui, loge un bienfait dans la peine elle-même -- le serpent trouve sa nourriture partout, l'esclave mange à la table de son maître, la femme est recherchée de tous, la terre maudite nourrit le monde entier ; le Ben Yehoyada montre longuement que la forme de chaque peine a été choisie précisément pour cela. Suit la mahloket de Rav et Chmouel sur la plainte du désert : la daga que le peuple regrettait était-elle du poisson, ou les unions désormais interdites ?

Chacun tient un mot du verset -- naakhal pour l'un, hinam pour l'autre -- et chacun doit encaisser trois objections tirées d'autres versets, la dernière se résolvant par un compromis : ha ve-ha hava, les deux plaintes coexistaient. Le reste de l'amud est consacré à la manne, examinée sous quatre angles.

Son goût : tous les goûts sauf cinq, ou bien tous les goûts avec leur substance sauf ces cinq-là, nocifs aux femmes enceintes. Son nom : gad parce qu'elle est ronde, parce qu'elle attire comme la haggada, parce qu'elle disait (maggid) de qui était l'enfant ; lavan parce qu'elle était blanche comme une perle et parce qu'elle blanchissait les fautes, l'inquiétude du lendemain asservissant les cœurs au Ciel.

Son rôle judiciaire : puisqu'il tombait exactement un omer par tête, le lieu où tombait l'omer tranchait le litige sur un esclave contesté ou entre époux -- la manne disait ce qui est dans les trous et dans les fentes, comme le prophète. Et enfin ce qui descendait avec elle : les parures et aromates des femmes, les condiments du plat, les pierres précieuses déposées par les nuées.

Entre ces enseignements, deux échelles parallèles résolvent trois versets contradictoires en distinguant justes, moyens et méchants -- selon la distance à parcourir et selon la forme sous laquelle la manne tombait. L'amud se coupe sur un renversement : le pain fut donné kahogen, le matin ; la viande, réclamée le ventre plein, fut donnée chelo kahogen, à la tombée de la nuit.

Yoma 75a : le fil du daf Un amud entièrement aggadique : de la coupe de vin à la manne, en passant par les malédictions où Dieu a caché un bienfait À -- Seg 0 : la fin du verset de la coupe Celui qui met son œil dans sa coupe : pour l'un, ce sont les arayot qui lui paraissent une plaine unie ; pour l'autre, c'est le monde entier -- Rachi : l'argent d'autrui lui paraît permis. La cécité morale de l'ivrogne, dans deux amplitudes. B -- Seg 1 et 2 : deux versets de plus, partagés entre Rabbi Ami et Rabbi Assi Le souci dans le cœur : faut-il l'écraser hors de sa pensée (yasHena) ou en parler à d'autres (yasiHena) ? Puis le serpent : tout a un goût de poussière, ou bien rien ne l'apaise tant qu'il n'a pas mangé de poussière. On glisse vers la malédiction. C -- Seg 3 et 4 : la baraita de Rabbi Yossei -- la mesure du Ciel n'est pas celle des hommes L'homme qui veut blesser descend jusqu'à la vie de l'autre. Dieu, non : dans chacune des quatre malédictions -- le serpent, Kenaan, la femme, la terre -- Il a laissé un bienfait. Le Ben Yehoyada montre que la forme de la peine a été choisie pour cela. D -- Seg 5 à 8 : sur quoi le peuple a-t-il pleuré ? La daga d'Égypte Rav et Chmouel : des poissons, ou bien les arayot désormais interdites. Chacun a son mot dans le verset -- naakhal pour l'un, hinam pour l'autre -- et chacun doit encaisser trois objections : le mot mange, le jardin fermé de Chir haChirim, et les pleurs lemichpehotav. Conclusion de compromis sur la dernière : ha veha hava -- les deux choses ont eu lieu ensemble. E -- Seg 9 à 19 : le grand dossier de la manne Le goût d'abord : tous les goûts sauf cinq, ou bien tous les goûts avec leur substance sauf ces cinq-là. Puis le nom : gad, parce qu'elle est ronde, parce qu'elle attire comme la haggada, parce qu'elle disait (maggid) de qui est l'enfant ; lavan, parce qu'elle blanchissait les fautes. Puis son rôle de tribunal : l'esclave contesté, le couple en litige. Puis les trois niveaux -- justes, moyens, méchants -- sur le lieu et sur la forme. Puis ce qui tombait avec elle : parures, épices, pierres. F -- Seg 20 : la coupure -- la viande demandée shelo kahogen Après tant de pages sur le don gratuit, le daf se retourne : le pain fut donné le matin, kahogen ; la viande, réclamée le ventre plein alors qu'ils avaient du bétail, fut donnée shelo kahogen -- à la tombée de la nuit, à une heure où l'on ne peut même pas la préparer. La phrase reste ouverte : elle s'achèvera en 75b.
Le parcours de l'amud : six blocs, d'une coupe de vin jusqu'à la viande des cailles.
Sur quoi pleuraient-ils ? La mahloket de Rav et Chmouel sur zakharnou et ha-daga Nous nous souvenons de la daga que nous mangions en Égypte, gratuitement (Bamidbar 11:5) Position 1 : des poissons, au sens propre appui : le verset dit naakhal -- que nous mangions Position 2 : les arayot appui : le verset dit hinam -- gratuitement, sans rien payer Passé 1 -- objection contre la position 2 : mais il est écrit naakhal, on mange ! Réponse : lichna maalya -- le verset use d'un euphémisme. Preuve : elle mange, s'essuie la bouche et dit je n'ai pas commis de faute (Michlei 30:20) -- manger vaut union. Passé 2 -- objection contre la position 1 : que veut dire alors hinam, gratuitement ? Réponse : ils les tiraient du hefker, du bien sans maître. Quand ils puisaient de l'eau, Dieu leur envoyait de petits poissons dans leurs cruches -- rien à payer à l'Égyptien. Passé 3 -- objection contre la position 2 : et le jardin fermé, la fontaine cachetée ? Réponse : ils n'étaient pas débridés sur celles qui leur étaient déjà interdites comme Bnei Noah. Ils ont pleuré seulement sur les interdits ajoutés au Sinaï. Passé 4 -- objection contre la position 1 : et bokhe lemichpehotav, pleurant selon ses familles ? Réponse commune : ha veha hava -- l'un et l'autre ont eu lieu. Ils pleuraient sur les nouvelles arayot, et ils pleuraient aussi sur les poissons d'Égypte. Les deux plaintes coexistent. Noter l'asymétrie : chacune des trois premières passés est un test unilatéral ; seule la quatrième se résout par un compromis.
La mahloket Rav / Chmouel sur la daga d'Égypte : quatre passés de preuves et d'objections.
Le dossier de la manne : quatre questions, onze réponses Segments 9 à 19 : le goût, le nom, le tribunal, et ce qui tombait avec elle 1. Le goût (seg 9, 19) R. Ami : tous les goûts, sauf ceux des cinq aliments cités. R. Assi : tous les goûts avec leur substance ; ces cinq-là, le goût seulement, sans la substance. Rachi : ces cinq sont nocifs aux femmes enceintes. Leshad hashamen : comme le sein pour le nourrisson -- ou comme le démon qui change d'apparence. 2. Le nom : gad et lavan (seg 10 à 12) gad = ronde comme la graine de coriandre (R. Assi) ; gad = comme la graine de lin sur sa tige, ronde aussi ; gad = comme la haggada, qui attire le cœur comme l'eau ; gad = maggid, elle disait de qui était l'enfant. lavan = blanche comme une perle -- et malbin, elle blanchissait les fautes, par l'inquiétude du lendemain. 3. La manne comme tribunal (seg 13, 14) Base : un omer par tête, exactement (Chemot 16:18). Litige sur un esclave : dans quelle maison tombe son omer ? Litige entre époux : dans la maison du mari ou du père ? Moche : la-boker michpat -- le jugement au matin. Comme le prophète, elle disait ce qui est dans les fentes. 4. Ce qui tombait avec elle (seg 17, 18) o dakhou bamdokha -- ce qui se pile au mortier : les parures et aromates des femmes. ou-vichlou baparour -- ce qui se cuit au pot : les tsikei kedera, les condiments du plat. baboker baboker -- pierres précieuses et perles, apportées 5. Les trois niveaux -- la manne comme miroir moral (seg 15, 16) Tsadikim à l'entrée de leur maison déjà cuite : le'hem Beinonim ils sortaient et ramassaient crue : ougot Rechaim ils erraient au loin brute : il fallait la moudre Le principe qui traverse tout le dossier La manne n'est jamais décrite comme un simple aliment. Elle est un révélateur : de la faute cachée (lavan, malbin), du droit caché (le litige tranché par le lieu de l'omer), du niveau moral caché (où elle tombe et sous quelle forme), et du désir caché (chacun y trouve le goût qu'il veut). Le miracle porte moins sur la nourriture que sur ce qu'elle rend visible.
Les onze enseignements sur la manne, regroupés par la question à laquelle chacun répond.
1
עֵינוֹ בְּכוֹסוֹ, עֲרָיוֹת כֻּולָּן דּוֹמוֹת עָלָיו כְּמִישׁוֹר. וְחַד אָמַר: כָּל הַנּוֹתֵן עֵינוֹ בְּכוֹסוֹ, כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ דּוֹמֶה עָלָיו כְּמִישׁוֹר.

[...] son œil dans sa coupe, toutes les arayot (unions interdites) lui paraissent une plaine unie (michor). Et l'un dit : quiconque met son œil dans sa coupe, le monde entier tout entier lui paraît une plaine unie.

📜 Rachi (2)
עֵינוֹ בְּכוֹסוֹ אוֹהֵב שִׁכְרוּת:
Il aime l'ivresse.
כָּל הָעוֹלָם דּוֹמֶה עָלָיו כְּמִישׁוֹר מָמוֹן אֲחֵרִים דּוֹמֶה לוֹ הֶיתֵּר:
L'argent d'autrui lui paraît permis.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַנּוֹתֵן עֵינוֹ בְּכוֹסוֹ , כָּל הָעוֹלָם דּוֹמֶה עָלָיו כְּמִישׁוֹר. לְעִנְיַן מָמוֹן שֶׁגּוֹזֵל וְגוֹנֵב וְכוּ'. וְהַכַּוָּנָה דְּהָאוֹהֵב שִׁכְרוּת אוֹהֵב לִשְׁתּוֹת עִם בְּנֵי אָדָם, וְאָז יַזְמִינֵם וְיַעֲשֶׂה הוֹצָאוֹת וְאַחַר כָּךְ אֵין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת הוֹצָאוֹת מְרֻובּוֹת כָּאֵלֶּה, וּמֻוכְרָח לִגְנֹוב וְלִגְזֹול כְּדֵי לְהָבִיא לְצֹורֶךְ הָרֶגֶל שֶׁלּוֹ, וְהוּא כָּעִנְיָן הָאָמוּר בְּבֵן סוֹרֵר וּמוֹרֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד יַיִן בְּמִילּוֹאוֹ כָּזֶה, יוֹ"ד יוֹ"ד נוּ"ן גֵּימַטְרְיָא עוֹלָם [146] גַּם כּוֹס בְּמִילּוֹאוֹ כָּזֶה כָּ"ף ו"ו סָמֶ"ךְ, עוֹלֶה הַמִּלּוּי מִסְפַּר עוֹלָם. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי כג, לא) 'יִתֵּן בְּכוֹס עֵינוֹ' אָז 'יִתְהַלֵּךְ בְּמֵישָׁרִים' בָּעוֹלָם הָרָמוּז בְּתוֹךְ כּוֹס. וּלְפִי דִּבְרֵי רַשִׁ"י שֶׁפֵּירֵשׁ הַכַּוָּנָה לְעִנְיַן הַמָּמוֹן הִנֵּה מִלּוּי כּוֹס הַנִּזְכָּר עוֹלֶה 'הַמָּמוֹן' [141] עִם כּוֹלֵל הָאוֹתִיּוֹת [5] .
<i>Quiconque met son œil dans sa coupe, le monde entier lui paraît une plaine unie</i> -- pour ce qui touche à l'argent, car il vole et il dérobe, etc. Le sens est le suivant : celui qui aime l'ivresse aime boire avec les gens ; il les invite donc et engage des dépenses, puis il n'a plus les moyens d'assumer des dépenses aussi grandes, et il est contraint de dérober et de voler pour subvenir à son habitude -- c'est la même affaire que ce qui est dit à propos du ben sorer oumore (le fils dévoyé). Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que <i>yayin</i> (vin) dans son plein, ainsi : youd, youd, noun, à la guematria de <i>olam</i> (le monde) [146] ; de même <i>kos</i> (coupe) dans son plein, ainsi : kaf, vav, samekh -- le remplissage atteint le nombre de <i>olam</i>. Et c'est ce qui est dit (Michlei 23:31) : <i>yiten ba-kos eino</i>, qu'il mette son œil dans la coupe -- alors <i>yithalekh be-meicharim</i>, il marchera dans la plaine, c'est-à-dire dans le monde suggéré à l'intérieur du mot <i>kos</i>. Et selon les paroles de Rachi, qui a expliqué que l'intention porte sur l'argent, voici que le remplissage de <i>kos</i> mentionné vaut <i>ha-mamon</i> (l'argent) [141] avec le kolel des lettres [5].
כָּל הַנּוֹתֵן עֵינוֹ בְּכוֹסוֹ , כָּל הָעֲרָיוֹת דּוֹמוֹת עָלָיו כְּמִישׁוֹר. נִרְאֶה לִי בס"ד מַפִּיק לַעֲרָיוֹת מִתֵּיבַת (מִשְׁלֵי כג, לא) 'כּוֹס' כִּי כּוֹס הוּא כִּינּוּי לְאִשָּׁה שֶׁנִּקְרֵאת בְּשֵׁם כּוֹס וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, הַכָּתוּב מִידְרַשׁ מֵרֵישֵׁיהּ לְסֵיפֵיהּ וּמִסֵּיפֵיהּ לְרֵישֵׁיהּ, וְהָכִי קָאָמַר כִּי יִתֵּן בְּכוֹס הַיַּיִן עֵינוֹ אָז עֵינוֹ בַּכּוֹס יִתֵּן הִיא הָאִשָּׁה שֶׁנִּקְרֵאת כּוֹס, וְאַל תַּחְשֹׁוב זֶה בְּאִשְׁתּוֹ דַּוְקָא הַמֻּותֶּרֶת לוֹ אֶלָּא יִתְהַלֵּךְ לַמְיַשְּׁרִים כָּל הַנָּשִׁים הָאֲסוּרוֹת דּוֹמוֹת עָלָיו כְּמִישׁוֹר. בְּרַם אִיכָּא לְמֵידַק כֵּיוָן דִּקְרָא אַייְרֵי בְּמִשְׂתַּכֵּר הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כִּי יִתֵּן בְּכוֹסוֹת עֵינוֹ' כִּי בְּכוֹס יְחִידִי לָא נָפֵיק בְּיֵשׁ מִינֵּיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרִבּוּי הַכּוֹסוֹת נִרְמַז בְּמִילּוּי 'כּוֹס' כָּזֶה כ" ף ו י " ו ס מ " ך שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר יוֹסֵף [156] דְּהַשּׁוֹתֶה רוֹצֶה לְהוֹסִיף עַל הַכּוֹסוֹת. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'כִּי יִתֵּן בְּכוֹס' אָמַר בְּכוֹס, רוֹצֶה לוֹמַר בְּמַה שֶׁרָמוּז בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת כּוֹס שֶׁהוּא מִסְפַּר יוֹסֵף אָז יִתְהַלֶּךְ בְּמֵישָׁרִים שֶׁהָעוֹלָם אוֹ הָעֲרָיוֹת דּוֹמוֹת עָלָיו כְּמִישׁוֹר.
<i>Quiconque met son œil dans sa coupe, toutes les arayot lui paraissent une plaine unie.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il tire les arayot du mot (Michlei 23:31) <i>kos</i>, car <i>kos</i> est une désignation de la femme, appelée du nom de coupe comme il est rappelé dans la guemara. Le verset se lit de son début vers sa fin et de sa fin vers son début, et voici ce qu'il dit : lorsqu'il met son œil dans la coupe de vin, alors il met son œil dans la <i>kos</i> qui est la femme appelée coupe -- et ne pense pas qu'il s'agisse seulement de sa propre femme, qui lui est permise, mais <i>yithalekh le-meicharim</i> : toutes les femmes interdites lui paraissent une plaine unie. Toutefois on peut objecter : puisque le verset parle de celui qui s'enivre, il aurait fallu dire <i>ki yiten be-kossot eino</i>, dans les coupes, car avec une seule coupe on ne s'enivre pas ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la multiplicité des coupes est suggérée dans le remplissage de <i>kos</i>, ainsi : kaf-fé, vav-youd-vav, samekh-mem-kaf, ce qui vaut le nombre de <i>Yossef</i> [156] -- de la racine <i>lehossif</i>, ajouter, car celui qui boit veut ajouter des coupes. Et c'est ce qui est dit <i>ki yiten ba-kos</i> : il a dit <i>ba-kos</i>, c'est-à-dire dans ce qui est suggéré à l'intérieur des lettres de <i>kos</i>, qui est le nombre de Yossef -- alors <i>yithalekh be-meicharim</i>, le monde, ou bien les arayot, lui paraissent une plaine unie.
💡 Explication

Fin du développement commencé en 74b sur le verset de Michlei 23:31 : al tere yayin ki yitadam, ki yiten ba-kos eino, yithalekh be-meicharim -- ne regarde pas le vin quand il rougit, quand il donne son œil dans la coupe, il coule tout droit. Rabbi Ami et Rabbi Assi lisent eino non comme l'œil du vin mais comme l'œil du buveur, et meicharim non comme la fluidité du vin mais comme une plaine unie : un terrain sans relief, où plus rien ne fait obstacle.

Les deux positions ne diffèrent que par l'amplitude. Pour l'une, l'ivrogne perd la perception des arayot -- les interdits sexuels, dont la gravité lui devient invisible. Pour l'autre, c'est le monde entier qui s'aplanit : Rachi précise que l'argent d'autrui lui paraît permis. L'image est précise : la faute n'est pas qu'il décide de transgresser, c'est qu'il ne voit plus le dénivelé.

2
״דְּאָגָה בְלֶב אִישׁ יַשְׁחֶנָּה״, רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, חַד אָמַר: יַשְׁחֶנָּה מִדַּעְתּוֹ, וְחַד אָמַר: יְשִׂיחֶנָּה לַאֲחֵרִים.

"Le souci dans le cœur de l'homme -- yashhena" (Michlei 12:25). Rabbi Ami et Rabbi Assi : l'un dit : qu'il l'écarte (yasshena) de sa pensée ; et l'un dit : qu'il en parle (yassihena) à d'autres.

📜 Rachi (2)
דְּאָגָה פָּחַד שֶׁדּוֹאֵג עַל הֶפְסֵד שׁוּם דָּבָר פֶּן יְבוֹאֵהוּ:
Une crainte : il s'inquiète de la perte d'une chose quelconque, de peur qu'elle ne lui advienne.
יְשִׂיחֶנָּה לַאֲחֵרִים שֶׁמָּא יַשִּׂיאוּהוּ עֵצָה:
Peut-être lui donneront-ils un conseil.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, חַד אָמַר: יַסִּיחֶנָּה מִדַּעְתּוֹ. וְחַד אָמַר: יְשִׂיחֶנָּה לַאֲחֵרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד מַאן דְּאָמַר יַסִּיחֶנָּה מִדַּעְתּוֹ דְּמַפִּיק לִקְרָא מִפְּשָׁטֵיהּ מִשּׁוּם דְּתַקָּנָה זוֹ אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת בְּכָל הָעִנְיָנִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ דְּאָגָה לִפְעָמִים שֶׁלֹּא יוּכַל לְגַלּוֹתָהּ לַאֲחֵרִים בְּשׁוּם אֹופֶן.
<i>Rabbi Ami et Rabbi Assi : l'un dit qu'il l'écarte de sa pensée, et l'un dit qu'il en parle à d'autres.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui dit <i>qu'il l'écarte de sa pensée</i> fait sortir le verset de son sens simple parce que ce remède-là ne peut pas convenir à tous les cas : il arrive qu'on ait un souci que l'on ne puisse dévoiler à autrui d'aucune manière.
💡 Explication

Le mot yashhena est ambigu parce que sa racine peut se lire de deux façons. Lu comme hachaha -- abaisser, écraser -- il ordonne de rabattre le souci hors de la pensée. Lu comme siha -- la parole, la conversation -- il ordonne au contraire de l'exprimer à d'autres. Rachi explique la contrepartie pratique de la seconde lecture : peut-être ces autres lui donneront-ils un conseil.

La mahloket est donc entre deux thérapeutiques opposées du souci : le refoulement volontaire, ou la mise en commun. Le Ben Yehoyada notera que la première position, qui s'écarte du sens simple du verset, le fait pour une raison de bon sens : le remède de la parole n'est pas toujours disponible, car certains soucis ne peuvent être confiés à personne.

3
״וְנָחָשׁ עֲפַר לַחְמוֹ״, רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, חַד אָמַר: אֲפִילּוּ אוֹכֵל כָּל מַעֲדַנֵּי עוֹלָם — טוֹעֵם בָּהֶם טַעַם עָפָר, וְחַד אָמַר: אֲפִילּוּ אוֹכֵל כָּל מַעֲדַנֵּי עוֹלָם — אֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו עַד שֶׁיֹּאכַל עָפָר.

"Et le serpent, la poussière sera son pain" (Yechayahou 65:25). Rabbi Ami et Rabbi Assi : l'un dit : même s'il mange toutes les délices du monde, il y goûte un goût de poussière ; et l'un dit : même s'il mange toutes les délices du monde, son esprit ne s'apaise pas tant qu'il n'a pas mangé de la poussière.

🪔 Ben Yehoyada (2)
(יְשַׁעְיָה סה, כה) "וְנָחָשׁ עָפָר לַחְמוֹ" חַד אָמַר: אֲפִלּוּ אוֹכֵל כָּל מַעֲדַנֵּי עוֹלָם וְכוּ'. מַקְשִׁים, אַמַּאי נָקְטִי מִלְּתַייְהוּ עַל פָּסוּק בִּישַׁעְיָה וְלָא נָקְטִי עַל פָּסוּק תּוֹרָה 'וְעָפָר תֹּאכַל כָּל יְמֵי חַיֶּיךָ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן לֹא מַשְׁמַע שֶׁהֶעָפָר יִהְיֶה עִיקַּר פַּרְנָסָתוֹ אֶלָּא גָּזַר שֶׁיֹּאכַל עִם מַאֲכָלָיו עָפָר גַּם כֵּן, אַךְ שָׁם כְּתִיב 'עֲפַר לַחְמוֹ' מַשְׁמַע זֶה עִיקַּר סְעֻודָּתוֹ וּפַרְנָסָתוֹ.
<i>(Yechayahou 65:25) Et le serpent, la poussière sera son pain -- l'un dit : même s'il mange toutes les délices du monde, etc.</i> On demande : pourquoi ont-ils énoncé leur propos sur un verset de Yechayahou et non sur le verset de la Tora <i>et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie</i> (Bereichit 3:14) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas il ne ressort pas que la poussière serait sa subsistance principale, mais seulement qu'il fut décrété qu'il mange aussi de la poussière avec ses aliments ; tandis qu'ici il est écrit <i>la poussière sera son pain</i>, ce qui implique que c'est là son repas et sa subsistance principale.
אֵין דַּעְתּוֹ מִתְקָרֶרֶת, עַד שֶׁיֹּאכַל עָפָר. כָּךְ הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב וְלָשׁוֹן זֶה יוֹרֶה שֶׁהוּא נָח מְרֻוגָּזוֹ וּמִכַּעְסוֹ בָּזֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָעִנְיָן כִּי הוּא תָּמִיד בְּרֹוגֶז וְכָעַס עַל הָאָדָם אֲשֶׁר מִסִּיבָּתוֹ נִתְקַלֵּל בְּעֶשֶׂר קְלָלוֹת וַיְהִי לְמִרְמַס שֶׁאִיבֵּד כַּמָּה דְּבָרִים שֶׁהָיָה לוֹ בָּרִאשׁוֹנָה, אַךְ יָדוּעַ כָּל מִי שֶׁרוֹאֶה בְּשׂוֹנְאוֹ אֵיזֶה רָעָה וְנֶזֶק יִשְׂמַח בִּלְבָבוֹ, וְיִהְיֶה לוֹ נַחַת רוּחַ וְהַנְפָּשָׁה, וְלָכֵן כְּשֶׁאוֹכֵל עָפָר יִזְכֹּור הָרָעָה הַנַּעֲשֵׂית לְשׂוֹנְאוֹ שֶׁהוּא הָאָדָם שֶׁנִּגְזַר עָלָיו (בְּרֵאשִׁית ג, יט) 'וְאֶל עָפָר תָּשׁוּב' וּבָזֶה יִהְיֶה לוֹ נַחַת וְהַנְפָּשָׁה מִצַּד הָרָעָה הַבָּאָה בְּדָבָר זֶה לְשׂוֹנֵא שֶׁלּוֹ וּלְכָךְ דַּעְתּוֹ מִתְקָרֶרֶת מִכַּעְסוֹ וְרָגְזוּ עָלָיו.
<i>Son esprit ne se rafraîchit pas tant qu'il n'a pas mangé de la poussière.</i> Telle est la version du Ein Yaakov, et cette formulation indique qu'il se repose ainsi de son courroux et de sa colère. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'affaire est la suivante : il est en permanence dans le courroux et la colère contre l'homme, par la faute duquel il fut maudit de dix malédictions et devint objet de piétinement, ayant perdu plusieurs choses qu'il possédait au début. Or on sait que quiconque voit un mal ou un dommage frapper son ennemi s'en réjouit en son cœur, y trouve satisfaction et soulagement. C'est pourquoi, lorsqu'il mange de la poussière, il se souvient du mal fait à son ennemi -- l'homme, sur qui il fut décrété (Bereichit 3:19) <i>et tu retourneras à la poussière</i> -- et il en tire contentement et soulagement, du fait du mal que cette même chose apporte à celui qu'il hait ; c'est pourquoi son esprit se rafraîchit de sa colère et de son courroux contre lui.
💡 Explication

Troisième couple de lectures pour la même paire d'amoraim. La question implicite : la malédiction du serpent est-elle une privation ou une servitude ? Pour l'un, elle porte sur la perception : quoi qu'il mange, tout a un goût de poussière -- il n'a plus accès au plaisir. Pour l'autre, elle porte sur le besoin : il peut goûter tout ce qu'il veut, mais il reste inapaisé tant qu'il n'a pas eu sa part de poussière.

Ce segment fait la charnière du daf : il amène la question de la nature de la malédiction divine, que la baraita du segment suivant va traiter frontalement.

4
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: בּוֹא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם: מַקְנִיט אֶת חֲבֵירוֹ — יוֹרֵד עִמּוֹ לְחַיָּיו. אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֵינוֹ כֵּן: קִלֵּל אֶת הַנָּחָשׁ, עוֹלֶה לַגַּג — מְזוֹנוֹתָיו עִמּוֹ, יוֹרֵד לְמַטָּה — מְזוֹנוֹתָיו עִמּוֹ.

On a enseigné dans une baraita : Rabbi Yossei a dit : viens et vois que la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : celui qui veut blesser son prochain descend avec lui jusqu'à sa vie même.

Mais le Saint béni soit-Il n'est pas ainsi : Il a maudit le serpent -- monte-t-il sur le toit, sa nourriture est avec lui ; descend-il en bas, sa nourriture est avec lui.

📜 Rachi (1)
יוֹרֵד עִמּוֹ לְחַיָּיו בְּכָל דָּבָר שֶׁהוּא יָכוֹל לְהַקְנִיטוֹ וּלְהַפְסִידוֹ הוּא יוֹרֵד:
En toute chose par laquelle il peut le blesser et lui faire perdre, il descend.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מדת בשר־ודם, מקניט את חברו, יורד עמו עד לחייו, אבל הקדוש ברוך הוא אינו כן. נראה לי הטעם שרצה הקב"ה להטיב איזה טובה בקללה עצמה, ללמד כי סוף כל סוף יתוקן המקולקל ויהיה טוב דאפילו הנחש סופו להתקן, ולכן עושה טובה בתוך הקללה. ובזה יובן (חבקוק ג, ב) 'ברגז רחם תזכור' רוצה לומר בשעת הרוגז שאתה מקלל תעשה טובה שתהיה זכר וסימן לרחמנות שתעשה באחרית הימים.
<i>La mesure de chair et de sang : celui qui blesse son prochain descend avec lui jusqu'à sa vie, mais le Saint béni soit-Il n'est pas ainsi.</i> Il me semble que la raison en est que le Saint béni soit-Il a voulu faire quelque bien dans la malédiction elle-même, pour enseigner qu'à la fin des fins ce qui est abîmé sera réparé et deviendra bon -- car même le serpent finira par être réparé ; c'est pourquoi Il place un bienfait à l'intérieur de la malédiction. Ainsi se comprend (Habakouk 3:2) <i>be-rogez rahem tizkor</i>, dans le courroux souviens-toi de la miséricorde : c'est-à-dire, au moment même du courroux où Tu maudis, fais un bien qui soit un souvenir et un signe de la miséricorde que Tu accompliras à la fin des jours.
קִלֵּל אֶת הַנָּחָשׁ, עוֹלֶה לַגַּג, מְזוֹנוֹתָיו עִמּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה אַף עַל גַּב דְּהָיָה אֶפְשָׁר לְקַלְּלוֹ בְּאֹופֶן אַחֵר שֶׁגַּם כֵּן תִּהְיֶה הַקְּלָלָה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, עִם כָּל זֶה קִלְּלוֹ בְּאֹופֶן זֶה כְּדֵי שֶׁיִּמָּשֵׁךְ לוֹ טוֹבָה מִן הַקְּלָלָה וְהַייְנוּ דְּהָיָה אֶפְשָׁר לְקַלְּלוֹ שֶׁיִּהְיֶה מַאֲכָלוֹ דָּם וְהָוֵי גַּם כֵּן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא שָׁפַךְ דָּמוֹ שֶׁל עוֹלָם יִהְיֶה מַאֲכָלוֹ דָּם דַּוְקָא, אַךְ אִם הָיָה כֵּן לֹא הָיָה מְזוֹנוֹ מָצוּי לוֹ בְּכָל מָקוֹם עַל כֵּן קִלְּלוֹ שֶׁיִּהְיֶה מַאֲכָלוֹ עָפָר מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא גָּרַם מִיתָה לָאָדָם שֶׁיָּשׁוּב אֶל הֶעָפָר כֵּן מַאֲכָלוֹ עָפָר מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹ טוֹבָה מִצַּד אַחֵר שֶׁמְּזוֹנוֹ מָצוּי בְּכָל מָקוֹם. וְכֵן הָעִנְיָן אֵצֶל כְּנַעַן שֶׁגָּזַר עָלָיו הקב"ה עַל יְדֵי נֹחַ הַצַּדִּיק שֶׁיִּהְיֶה עֶבֶד עֲבָדִים לְאֶחָיו (בְּרֵאשִׁית ט, כה) כִּי קְלָלָה זוֹ שֶׁקִּלְּלוּ נֹחַ הָיְתָה מֵאֵת ה' שֶׁשָּׂם בְּלֵב נֹחַ לְקַלְּלוֹ בְּכָךְ, וְרוּחַ ה' דִּבֵּר בּוֹ, וּקְלָלָה זוֹ הָיְתָה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה בַּעֲבוּר שֶׁחָם אָבִיו סָרֵס אֶת נֹחַ שֶׁלֹּא יָבִיא בֵּן רְבִיעִי וְיַחֲלֹוק עִמָּהֶם בְּמָמוֹן, לְכָךְ גָּזַר עַל כְּנַעַן שֶׁהָיָה בֵּן רְבִיעִי עֶבֶד עֲבָדִים שֶׁאֵין לוֹ קִנְיָן בְּמָמוֹן מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ, וְהָיָה אֶפְשָׁר שִׁיקְלַלְנוּ שֶׁיִּהְיוּ כְּנַעַן וְזַרְעוֹ עֲנִיִּים עַד עוֹלָם שֶׁאֵין תּוֹפְסִים בְּיָדָם מָמוֹן וְהָוֵי גַּם כֵּן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, בַּעֲבוּר שֶׁעָשָׂה סֵירוּס וּמָנַע בֵּן רְבִיעִי בִּשְׁבִיל חִימּוּד מָמוֹן, אַךְ קִלְּלוֹ בְּאֹופֶן זֶה שֶׁיִּהְיוּ הוּא וְזַרְעוֹ עֲבָדִים שֶׁיֵּשׁ בְּאֹופֶן הַקְּלָלָה הַזֹּאת טוֹבָה מִצַּד אֶחָד כִּי הָעֶבֶד אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה מַאֲכָל וּמַשְׁקֶה טוֹב שֶׁל עֲשִׁירִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן הֶעָנִי אַף עַל פִּי שֶׁהוּא בֶּן חוֹרִין, לֹא יָבֹא בְּפִיו מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה טוֹב וְעֵרֶב שֶׁל שָׂרִים וַעֲשִׁירִים. מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁהָיָה אָבִיו עָשִׁיר מִמִּשְׁפָּחָה מְיֻוחֶסֶת הַרְבֵּה וְנִתְלַמֵּד זֶה לֶאֱכֹול בָּשָׂר שָׁמֵן וּמַאֲכַל עָרֵב, לְיָמִים נִתְרוֹשֵׁשׁ הַבֵּן וְאֵין לוֹ לֶאֱכֹול כְּמִנְהָגוֹ, וְהָלַךְ לַשּׁוּק שֶׁבּוֹ נִמְכָּרִים הָעֲבָדִים לִמְכֹּור עַצְמוֹ לְעֶבֶד לְעָשִׁיר אֶחָד, וְהִכִּירוּ אוֹתוֹ עָשִׁיר וְהִכִּיר אֶת אָבִיו, אָמַר לוֹ שׁוֹטֶה אַתָּה בֶּן חוֹרִין מִן הַמְיֻוחָסִין הַגְּדוֹלִים שֶׁבָּעוֹלָם לָמָּה תִּמְכֹּור עַצְמְךָ לְעֶבֶד אִם אֵין לְאֵל יָדֶיךָ תַּעֲסֹוק בִּמְלָאכָה בְּזוּיָה שֶׁתַּרְוִיחַ בָּהּ שִׁיעוּר פַּרְנָסָה בְּלֶחֶם צָר וְזֶה טוֹב לֵךְ! אָמַר לוֹ נִתְלַמַּדְתִּי לֶאֱכֹול בָּשָׂר שָׁמֵן וּמַאֲכַל עָרֵב, לְכָךְ מֻוכְרָח שֶׁיִּמָּכֵר לְעָשִׁיר שֶׁשָּׁם מָצוּי לוֹ כָּל זֶה תָּמִיד, שֶׁהָעֶבֶד אוֹכֵל מִכָּל מִינֵי תַּבְשִׁילִין הַטּוֹבִים הַמְּצוּיִים בְּבֵית אֲדוֹנוֹ. נִמְצָא נִתְקַלֵּל בְּאֹופֶן זֶה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ טוֹבָה מִצַּד אֶחָד. וְכֵן הָאִשָּׁה נִתְקַלְּלָה בְּדַם מִפְּנֵי שֶׁשָּׁפְכָה דָּמוֹ שֶׁל עוֹלָם וְהָיָה אֶפְשָׁר לְקַיֵּים גְּזֵרָה זוֹ שֶׁל דָּם שֶׁיָּצָא כָּל חֹודֶשׁ דָּם הַרְבֵּה מֵחֹוטֶם שֶׁלָּהּ שֶׁלֹּא יִהְיֶה לָהּ טֻומְאָה מִצִּידּוֹ, אֶלָּא רַק חֻולְשָׁה בְּעָלְמָא, אַךְ קְלָלָה בְּאֹופֶן זֶה שֶׁיָּצָא הַדָּם מֵאוֹתוֹ מָקוֹם כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהּ טֻומְאָה וּבָזֶה יַגִּיעַ לָהּ טוֹבָה מִצַּד אֶחָד, דְּעַל יְדֵי טֻומְאָה תִּפְרוֹשׁ מִבַּעְלָהּ וּמִמֵּילָא תִּהְיֶה חֲבִיבָה עַל בַּעֲלָהּ בִּימֵי טָהֳרָתָהּ כְּשֶׁהוּא מְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ שֶׁתִּהְיֶה תַּאֲוָתוֹ מְרֻובָּה עָלֶיהָ מִכֹּחַ הַהֶעְדֵּר. וְכֵן הָעִנְיָן בָּאֲדָמָה שֶׁקִּלְּלָה (בְּרֵאשִׁית ג, יח) 'קוֹץ וְדַרְדַּר תַּצְמִיחַ לָךְ' מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, בַּעֲבוּר שֶׁשִּׁינְּתָה רְצוֹן קוֹנֶה וְלֹא הוֹצִיאָה טַעַם הָעֵץ כְּטַעַם הַפְּרִי, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה ה, ט) , וְהָיָה אֶפְשָׁר לִקְלָלָה בְּאֹופֶן אַחֵר, שֶׁלֹּא יָצָא שׁוּם פְּרִי מִגּוּפָהּ, כְּמוֹ מִינֵי דָּגָן וּמִינֵי יְרָקוֹת שֶׁיּוֹצְאִים מִגּוּף הָאֲדָמָה שֶׁנִּקְרָאִים פְּרִי הָאֲדָמָה אֶלָּא כָּל הַפֵּירוֹת יָצְאוּ מִן הָאִילָנוֹת דַּוְקָא, שֶׁהָאֲדָמָה תּוֹצִיא עֵץ בִּלְבַד, וְהָעֵץ יוֹצִיא פְּרִי, דְּבָזֶה נִקְרָא הַפְּרִי עַל שֵׁם הָעֵץ, דִּמְבָרְכִים 'בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ' וְלֹא 'פְּרִי הָאֲדָמָה' וְזֶה עָונְשָׁהּ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה שֶׁלֹּא עָשְׂתָה רְצוֹן קוֹנֶה לְהוֹצִיא טַעַם הָעֵץ כְּטַעַם הַפְּרִי, אַךְ עָשָׂה לָהּ הָעֹונֶשׁ בְּאֹופֶן זֶה שֶׁתּוֹצִיא קוֹץ וְדַרְדַּר וְלֹא מָנַע מִמֶּנָּה הַפְּרִי שֶׁהוּא מִינֵי דָּגָן וִירָקוֹת שֶׁהָעוֹלָם נִזּוֹנִים מֵהֶם, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לָהּ טוֹבָה מִצַּד אֶחָד שֶׁתּוֹצִיא פֵּירוֹת שֶׁיִּהְיוּ נִקְרָאִים עַל שְׁמָהּ שֶׁהוּא הַלֶּחֶם שֶׁמְּבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ, וְכֵן שְׁאָר פֵּירוֹת וִירָקוֹת הַיּוֹצְאִים מִגּוּפָהּ שֶׁמְּבָרְכִים עֲלֵיהֶם 'בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה' שֶׁנִּזְכָּרִים עַל שְׁמָהּ בִּבְרָכָה.
<i>Il a maudit le serpent : monte-t-il sur le toit, sa nourriture est avec lui.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : bien qu'il eût été possible de le maudire d'une autre manière qui aurait, elle aussi, été mesure pour mesure, Il l'a pourtant maudit de cette façon-là afin qu'un bien lui vienne de la malédiction. Car il aurait été possible de le maudire en faisant du sang sa nourriture, et c'eût été également mesure pour mesure : lui qui a répandu le sang du monde, que le sang soit précisément sa nourriture ; mais s'il en avait été ainsi, sa subsistance n'aurait pas été disponible partout. C'est pourquoi Il l'a maudit en faisant de la poussière sa nourriture, ce qui est aussi mesure pour mesure -- lui qui a causé la mort de l'homme, qui retourne à la poussière, ainsi sa nourriture est-elle poussière -- parce qu'il y a là un bien d'un autre côté : sa subsistance se trouve partout. Et il en va de même pour Kenaan, sur qui le Saint béni soit-Il décréta, par l'entremise de Noah le juste, qu'il serait esclave des esclaves pour ses frères (Bereichit 9:25) -- car cette malédiction que Noah prononça venait de Hachem, qui mit dans le cœur de Noah de le maudire ainsi, et l'esprit de Hachem parla par lui. Cette malédiction était mesure pour mesure, parce que Ham son père avait castré Noah pour qu'il n'ait pas de quatrième fils qui partagerait avec eux les biens ; c'est pourquoi il décréta sur Kenaan, qui était le quatrième fils, qu'il serait esclave des esclaves -- celui qui n'a aucune acquisition en propre, car ce que l'esclave acquiert, son maître l'acquiert. Or il aurait été possible de le maudire en décrétant que Kenaan et sa descendance soient pauvres à jamais, sans que jamais de l'argent ne tienne dans leur main, et c'eût été aussi mesure pour mesure, puisqu'il avait pratiqué la castration et empêché un quatrième fils par convoitise de l'argent. Mais Il l'a maudit de cette manière-là, qu'ils soient lui et sa descendance des esclaves, parce que cette forme de malédiction comporte un bien d'un côté : l'esclave mange et boit la nourriture et la boisson bonnes des riches, ce qui n'est pas le cas du pauvre qui, bien qu'il soit homme libre, ne portera jamais à sa bouche la nourriture et la boisson bonnes et agréables des grands et des riches. Il arriva à un homme dont le père était riche et d'une famille de grand lignage, et qui s'était habitué à manger de la viande grasse et des mets agréables ; avec le temps le fils s'appauvrit et n'eut plus de quoi manger selon son habitude. Il alla au marché où l'on vend les esclaves pour se vendre lui-même comme esclave à un certain riche. Ce riche le reconnut et reconnut son père, et lui dit : insensé ! tu es un homme libre, des plus grands lignages du monde, pourquoi te vendrais-tu comme esclave ? Si ta main est trop faible, occupe-toi d'un métier méprisé dont tu tireras de quoi subsister d'un pain modeste, et cela vaut mieux pour toi ! Il lui répondit : je me suis habitué à manger de la viande grasse et des mets agréables, c'est pourquoi je suis contraint de me vendre à un riche, chez qui tout cela se trouve en permanence, car l'esclave mange de tous les bons plats qui se trouvent dans la maison de son maître. Il se trouve donc qu'il fut maudit d'une façon qui comporte un bien d'un côté. De même la femme fut maudite par le sang, parce qu'elle avait répandu le sang du monde ; et il aurait été possible d'accomplir ce décret du sang en faisant sortir chaque mois beaucoup de sang de son nez, sans qu'il y ait de touma de ce fait, mais seulement une faiblesse ordinaire. Il l'a pourtant maudite de cette manière-là, que le sang sorte de cet endroit-là, afin qu'il y ait touma et qu'ainsi un bien lui parvienne d'un autre côté : par la touma elle se sépare de son mari, et de ce fait elle lui devient chère aux jours de sa pureté, lorsqu'il est avec elle, car son désir pour elle est accru par l'effet du manque. Et de même pour la terre, qu'Il maudit (Bereichit 3:18) <i>elle fera pousser pour toi ronces et chardons</i>, mesure pour mesure, parce qu'elle avait changé la volonté de son Créateur et n'avait pas fait sortir un bois ayant le goût du fruit, comme l'ont dit nos maîtres (Bereichit Rabba 5:9). Il aurait été possible de la maudire autrement, en décrétant qu'aucun fruit ne sorte de son corps même -- ni les espèces de céréales ni les espèces de légumes qui sortent du corps de la terre et qu'on appelle fruits de la terre -- mais que tous les fruits sortent des arbres seulement, la terre ne produisant que l'arbre et l'arbre produisant le fruit, de sorte que le fruit serait appelé du nom de l'arbre, puisqu'on bénirait <i>bore péri ha-ets</i> et non <i>péri ha-adama</i> ; et ce serait là sa punition mesure pour mesure, pour n'avoir pas fait la volonté de son Créateur en produisant un bois au goût de fruit. Mais Il lui fit une punition de cette manière-là, qu'elle produise ronces et chardons, sans lui retirer le fruit -- les espèces de céréales et de légumes dont le monde se nourrit -- afin qu'un bien lui vienne d'un autre côté : produire des fruits qui portent son nom, c'est-à-dire le pain sur lequel on bénit <i>ha-motsi le'hem min ha-arets</i>, ainsi que les autres fruits et légumes qui sortent de son corps et sur lesquels on bénit <i>bore péri ha-adama</i>, où elle est nommée dans la bénédiction.
💡 Explication

La baraita retourne la malédiction du serpent en démonstration de bonté. L'homme qui veut nuire yored imo le-hayav -- il descend jusqu'à la vie de l'autre, il l'atteint sur tous les plans à la fois (Rachi : en toute chose où il peut le blesser et le faire perdre). Dieu, en revanche, choisit une peine qui contient sa propre compensation.

La preuve : condamner le serpent à manger de la poussière, c'est le condamner à un aliment disponible partout. Il ne connaîtra jamais l'angoisse de la subsistance. La peine est réelle -- l'aliment est vil -- mais elle exclut la privation.

5
קִלֵּל אֶת כְּנַעַן, אוֹכֵל מַה שֶּׁרַבּוֹ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה מַה שֶּׁרַבּוֹ שׁוֹתֶה. קִלֵּל אֶת הָאִשָּׁה — הַכֹּל רָצִין אַחֲרֶיהָ. קִלֵּל אֶת הָאֲדָמָה — הַכֹּל נִיזּוֹנִין הֵימֶנָּה.

Il a maudit Kenaan : il mange ce que mange son maître et boit ce que boit son maître. Il a maudit la femme : tous courent après elle.

Il a maudit la terre : tous s'en nourrissent.

💡 Explication

Trois autres vérifications du même principe, énoncées en trois formules très brèves. La malédiction de Kenaan est la servitude -- mais l'esclave est nourri de la table du maître. La malédiction de la femme comporte la dépendance -- mais c'est elle que l'on recherche. La malédiction de la terre, ce sont les ronces -- mais c'est d'elle que le monde entier tire sa subsistance.

Le schéma récapitule les quatre cas. Le Ben Yehoyada, sur le segment précédent, va plus loin : il montre que dans chaque cas la forme précise de la peine a été choisie pour y loger le bienfait, alors qu'une autre peine, tout aussi juste mesure pour mesure, aurait été purement destructrice.

🖼️ Schéma
Quatre malédictions, quatre bienfaits cachés Baraita de Rabbi Yossei : la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas celle de chair et de sang Le maudit La malédiction Le bienfait laissé dedans Le serpent Bereichit 3:14 tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie monte-t-il sur le toit, sa nourriture est là ; descend-il en bas, elle y est aussi Kenaan Bereichit 9:25 esclave des esclaves il sera pour ses frères il mange ce que mange son maître et boit ce que boit son maître La femme Bereichit 3:16 douleurs, dépendance, et selon le Ben Yehoyada le sang et la touma tous courent après elle ; la séparation la rend chère à son mari La terre Bereichit 3:18 elle fera pousser ronces et chardons tous s'en nourrissent -- et ses fruits gardent son nom : bore péri ha-adama berogez rahem tizkor : au moment même du courroux, un signe de la miséricorde à venir.
Les quatre malédictions de la baraita, et le bienfait laissé à l'intérieur de chacune.
6
״זָכַרְנוּ אֶת הַדָּגָה אֲשֶׁר נֹאכַל בְּמִצְרַיִם חִנָּם״, רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: דָּגִים, וְחַד אָמַר: עֲרָיוֹת. מַאן דְּאָמַר דָּגִים, דִּכְתִיב: ״נֶאֱכָל״. וּמַאן דְּאָמַר עֲרָיוֹת, דִּכְתִיב: ״חִנָּם״.

"Nous nous souvenons de la daga que nous mangions en Égypte, gratuitement" (Bamidbar 11:5). Rav et Chmouel : l'un dit : des poissons ; et l'un dit : les arayot.

Celui qui dit des poissons -- car il est écrit "que nous mangions". Et celui qui dit les arayot -- car il est écrit "gratuitement".

📜 Rachi (1)
עֲרָיוֹת דְּנֶאֶסְרוּ לָהֶם בַּמִּדְבָּר וְדָגָה לְשׁוֹן תַּשְׁמִישׁ כְּמוֹ וְיִדְגּוּ לָרֹוב (בְּרֵאשִׁית מח):
Celles qui leur furent interdites au désert. Et <i>daga</i> est un terme désignant l'union conjugale, comme <i>ve-yidgou la-rov</i> (Bereichit 48).
🪔 Ben Yehoyada (1)
"זָכַרְנוּ אֶת הַדָּגָה אֲשֶׁר נֹאכַל בְּמִצְרַיִם חִנָּם". רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: דָּגִים, וְחַד אָמַר: עֲרָיוֹת. מַאן דְּאָמַר: דָּגִים, דִּכְתִיב: 'נֶאֱכָל'. קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מַאן דְּאָמַר: דָּגִים, דִּכְתִיב: 'הַדָּגָה' (בַּמִּדְבָּר יא, ה) שֶׁמִּכָּאן הוֹכָחָה יוֹתֵר וְגַם הִיא קֹודֶם תֵּיבַת 'נֶאֱכָל'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּסְתָמָא דְּשַׁ"ס יָדַע לְהָא דְּאָמַר מַר שֶׁהָיָה ' הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְזַמֵּן לָהֶם דָּגִים קְטַנִּים' וְלֹא הָיָה לָהֶם דָּגָה גְּדוֹלָה וְעַל כֵּן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ 'זָכְרֵנוּ אֶת הַדָּגָה' הַיְינוּ תַּשְׁמִישׁ דְּקָרֵי לֵיהּ דָּגָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית מח, טז) 'וְיִדְגּוּ לְרַב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ' לְכָךְ דָּיֵיק לָהּ מִתֵּיבַת 'נֶאֱכָל' דְּאִם הוּא תַּשְׁמִישׁ מַאי נֶאֱכָל? וּלְכָךְ מֻוכְרָח לוֹמַר מַה שֶׁאָמַר 'זָכְרֵנוּ אֶת הַדָּגָה' הַייְנוּ דָּגָה מַמָּשׁ וְאַף עַל גַּב דְּלָא הָיוּ אוֹכְלִים דָּגָה גְּדוֹלָה דְּאֵין לָהֶם אֶלָּא דָּגִים קְטַנִּים אָמְרוּ דָּגָה וְלֹא דָּגִים עַל דֶּרֶךְ (בְּרֵאשִׁית לב, ו) 'וַיְהִי לִי שׁוֹר וַחֲמוֹר' שֶׁהוּא שֵׁם הַמִּין. אוֹ קָרְאוּ אוֹתָם בְּשֵׁם דָּגָה שֶׁהִיא גְּדוֹלָה מִפְּנֵי שֶׁהָיָה הקב"ה עוֹשֶׂה לָהֶם טֶבַע דָּגִים הַקְּטַנִּים כְּטֶבַע דָּגָה גְּדוֹלָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל /דָּגִים קְטַנִּים קָשִׁים לְעֻובָּרוֹת' כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּכְתֻובּוֹת דַּף ס'.
<i>Nous nous souvenons de la daga que nous mangions en Égypte gratuitement. Rav et Chmouel : l'un dit des poissons, et l'un dit les arayot. Celui qui dit des poissons, car il est écrit naakhal.</i> C'est difficile : il aurait fallu dire que celui qui dit des poissons s'appuie sur le mot <i>ha-daga</i> (Bamidbar 11:5), qui est une preuve plus forte et qui vient de surcroît avant le mot <i>naakhal</i> ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'anonyme du Talmud savait déjà ce qu'a dit le Maître, que <i>le Saint béni soit-Il leur préparait de petits poissons</i>, et qu'ils n'avaient pas de gros poisson ; c'est pourquoi il faudrait alors expliquer <i>nous nous souvenons de la daga</i> comme désignant l'union, appelée <i>daga</i> ainsi qu'il est dit (Bereichit 48:16) <i>ve-yidgou la-rov be-kerev ha-arets</i>. C'est pour cela qu'il tire son appui du mot <i>naakhal</i> : car s'il s'agissait de l'union, que signifierait <i>nous mangions</i> ? Il faut donc dire que ce qui est dit <i>nous nous souvenons de la daga</i> désigne bien du poisson au sens propre ; et bien qu'ils ne mangeaient pas de gros poisson, n'ayant que de petits poissons, ils ont dit <i>daga</i> et non <i>dagim</i> à la manière de (Bereichit 32:6) <i>j'ai eu bœuf et âne</i>, qui est un nom d'espèce. Ou bien ils les ont appelés du nom de <i>daga</i>, qui désigne le gros poisson, parce que le Saint béni soit-Il donnait à ces petits poissons la nature du gros poisson ; car nos maîtres de mémoire bénie ont dit que <i>les petits poissons sont difficiles pour les femmes enceintes</i>, comme ils l'ont dit dans Ketoubot, feuillet 60.
💡 Explication

Nouveau dossier, toujours aggadique : sur quoi le peuple pleurait-il au désert ? Le verset dit ha-daga, le poisson. Rav et Chmouel divergent : au sens propre, ou bien comme métaphore des arayot désormais interdites par la Tora -- Rachi rappelle que daga peut désigner l'union, comme dans ve-yidgou la-rov, qu'ils prolifèrent (Bereichit 48:16).

Chacun s'appuie sur un mot différent du même verset : naakhal, que nous mangions -- donc de la nourriture réelle ; hinam, gratuitement -- or les Égyptiens ne donnaient rien gratuitement, donc il s'agit d'autre chose. Les segments 6 à 8 vont soumettre chaque position à des objections tirées d'autres versets.

7
וּלְמַאן דְּאָמַר עֲרָיוֹת, הָא כְתִיב: ״נֶאֱכָל״! לִישָּׁנָא מְעַלְּיָא נְקַט, דִּכְתִיב: ״אָכְלָה וּמָחֲתָה פִיהָ וְאָמְרָה לֹא פָעַלְתִּי אָוֶן״. וּלְמַאן דְּאָמַר דָּגִים, מַאי ״חִנָּם״? דַּהֲווֹ מַייְתִין לְהוּ מֵהֶפְקֵירָא. דְּאָמַר מַר: כְּשֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל שׁוֹאֲבִין מַיִם, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַזְמִין לָהֶם בְּתוֹךְ הַמַּיִם דָּגִים קְטַנִּים בְּכַדֵּיהֶן.

Et selon celui qui dit les arayot : mais il est écrit "que nous mangions" ! Il a employé une expression convenable (un euphémisme), comme il est écrit : "elle mange, s'essuie la bouche et dit : je n'ai commis aucune faute" (Michlei 30:20).

Et selon celui qui dit des poissons, que signifie "gratuitement" ? Qu'ils les prenaient d'un bien sans maître (hefker).

Car le Maître a dit : lorsque les Bnei Israël puisaient de l'eau, le Saint béni soit-Il leur préparait dans l'eau de petits poissons dans leurs cruches.

📜 Rachi (2)
וּמַחְתָּה פִּיהָ מְקַנַּחַת פִּיהָ שֶׁל מַטֵּה כְּמוֹ כַּאֲשֶׁר יִמְחֶה הַצְלָחַת (מְלָכִים ב כ״א:י״ג) כְּמִי שֶׁמְּקַנֵּחַ אֶת הַקְּעָרָה:
Elle essuie sa bouche d'en bas, comme <i>ainsi qu'on essuie le plat</i> (Melakhim II 21:13), à la manière de celui qui essuie l'écuelle.
דְּאָמַר מַר בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף א:):
Dans le traité Sota, au premier chapitre.
💡 Explication

Première passe d'objections, une contre chaque position. Contre celui qui lit arayot : le verset dit expressément que nous mangions. Réponse : lichna maalya, la Tora emploie un langage convenable, et le verset de Michlei sur la femme adultère prouve que manger sert bien d'euphémisme.

Contre celui qui lit poissons : que veut dire gratuitement, puisque les Égyptiens ne donnaient rien ? Réponse : ils ne les recevaient de personne, ils les prenaient du hefker, du bien sans propriétaire -- et la guemara rappelle l'enseignement selon lequel, en Égypte, de petits poissons venaient d'eux-mêmes dans les cruches de celles qui puisaient.

8
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר דָּגִים, אֲבָל עֲרָיוֹת לָא פְּרִיצִי בְּהוּ — הַיְינוּ דְּכָתַב: ״גַּן נָעוּל אֲחֹותִי כַלָּה [גּוֹ׳]״. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר עֲרָיוֹת, מַאי ״מַעְיָן חָתוּם״? מֵהָנָךְ דַּאֲסִירִין לָא פְּרִיצִי בְּהוּ.

Soit, selon celui qui dit des poissons -- mais quant aux arayot ils n'y étaient pas débridés -- c'est bien ce qui est écrit : "un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée [une source scellée, une fontaine cachetée]" (Chir haChirim 4:12). Mais selon celui qui dit les arayot, que signifie "une fontaine cachetée" ?

Quant à celles qui leur étaient déjà interdites, ils n'y étaient pas débridés.

📜 Rachi (2)
לָא פָּרְצִי בְּהוּ לֹא הָיוּ פְּרוּצִים בַּעֲרָיוֹת בְּמִצְרַיִם:
Ils n'étaient pas débridés dans les arayot en Égypte.
הָנָךְ דַּאֲסִירִין אוֹתָן שֶׁהָיוּ נֶאֱסָרוֹת לִבְנֵי נֹחַ כְּגוֹן הָנָךְ דְּאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף נז:) עֶרְוָה שב"ד שֶׁל יִשְׂרָאֵל מְמִיתִין עָלֶיהָ בֶּן נֹחַ מֻוזְהָר עָלֶיהָ וְהֵן בָּכוּ עַל הַנּוֹסָפוֹת:
Celles qui étaient interdites aux Bnei Noah, comme celles dont nous parlons dans Sanhédrin (57b) : une erva pour laquelle un beit din d'Israël met à mort, un ben Noah en est averti. Et eux pleuraient sur celles qui s'y sont ajoutées.
💡 Explication

Deuxième passe, dirigée contre la position arayot. Le verset de Chir haChirim est le éloge classique de la retenue d'Israël en Égypte : gan naoul, un jardin fermé. Si le peuple pleurait parce qu'il regrettait les unions interdites d'Égypte, cet éloge s'effondre.

Réponse : il faut distinguer deux étages. Les Bnei Israël observaient en Égypte les interdits sexuels des Bnei Noah, et sur ceux-là ils étaient irréprochables -- le verset est sauvé. Ce qu'ils pleuraient, ce sont les interdits ajoutés au Sinaï, ceux qu'ils n'avaient jamais eu à observer.

9
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר עֲרָיוֹת, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁמַע מֹשֶׁה אֶת הָעָם בֹּוכֶה לְמִשְׁפְּחֹותָיו״, עַל עִסְקֵי מִשְׁפְּחוֹתָיו, שֶׁנֶּאֶסְרוּ לָהֶם לִשְׁכַּב אֶצְלָם. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר דָּגִים, מַאי ״בּוֹכֶה לְמִשְׁפְּחוֹתָיו״? הָא וְהָא הֲוַאי.

Soit, selon celui qui dit les arayot -- c'est bien ce qui est écrit : "et Moche entendit le peuple pleurer selon ses familles" (Bamidbar 11:10), à propos des affaires de ses familles, puisqu'il leur était désormais interdit de cohabiter avec elles. Mais selon celui qui dit des poissons, que signifie "pleurer selon ses familles" ?

L'un et l'autre ont eu lieu.

💡 Explication

Dernière passe, symétrique de la précédente : elle vise cette fois la position poissons. Le verset dit que le peuple pleurait lemichpehotav, selon ses familles -- expression bizarre s'il ne s'agit que de nourriture, mais parfaitement claire s'il s'agit des parentés devenues interdites.

La réponse, cette fois, n'est pas une esquive mais un compromis : ha ve-ha hava -- les deux choses ont eu lieu. Ils pleuraient sur les nouvelles arayot et sur les poissons d'Égypte. Noter que ce compromis ne dissout pas la mahloket : il ne porte que sur cette objection, chacun continuant de lire le mot daga à sa manière.

10
״אֵת הַקִּשֻּׁואִים וְאֵת הָאֲבַטִּיחִים״, רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי, חַד אָמַר: טַעַם כָּל הַמִּינִין טָעֲמוּ בַּמָּן, טַעַם חֲמֵשֶׁת הַמִּינִין הַלָּלוּ לֹא טָעֲמוּ בּוֹ, וְחַד אָמַר: טַעַם כָּל הַמִּינִין טָעֲמוּ טַעְמָן וּמַמָּשָׁן, וְהַלָּלוּ טַעְמָן וְלֹא מַמָּשָׁן.

"Les concombres et les pastèques" (Bamidbar 11:5). Rabbi Ami et Rabbi Assi : l'un dit : le goût de toutes les espèces, ils le goûtaient dans la manne ; le goût de ces cinq espèces-là, ils ne le goûtaient pas en elle.

Et l'un dit : le goût de toutes les espèces, ils en goûtaient le goût et la substance ; et celles-ci, leur goût mais non leur substance.

📜 Rachi (1)
הַלָּלוּ לֹא טְעָמוֹ שֶׁהֵן קָשִׁין לְעֻובָּרוֹת וּמֵינִיקוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּסִפְרֵי מָשָׁל אוֹמֵר לְאִשָּׁה לֹא תֹּאכְלִי בָּצָל מִפְּנֵי הַתִּינוֹק:
Car ils sont nocifs pour les femmes enceintes et allaitantes, comme nous le disons dans le Sifri : c'est un proverbe, on dit à la femme : ne mange pas d'oignon à cause du nourrisson.
💡 Explication

Le verset énumère cinq aliments regrettés : concombres, pastèques, poireaux, oignons, ail. Si la manne avait tous les goûts, pourquoi ceux-là manquaient-ils ? Deux réponses. Pour l'une, ces cinq goûts en étaient absents purement et simplement. Pour l'autre, ils y étaient -- mais seulement comme goût, sans la mamachout, la consistance matérielle : la sensation sans la matière.

Rachi donne la raison de l'exception : ces cinq aliments sont nocifs aux femmes enceintes et allaitantes, et le Sifri cite le proverbe populaire -- on dit à la femme : ne mange pas d'oignon à cause du nourrisson. La manne, aliment providentiel, ne pouvait pas leur nuire.

11
״(וְהַמָּן) כִּזְרַע גָּד לָבָן (וְטַעְמוֹ)״. אָמַר רַבִּי אַסִּי: עָגֹול כְּגִידָּא וְלָבָן כְּמַרְגָּלִית. (תַּנְיָא נָמֵי הָכִי:) גָּד — שֶׁדּוֹמֶה לְזֶרַע פִּשְׁתָּן בַּגִּבְעוֹלִין.

"(Et la manne était) comme une graine de gad, blanche (et son goût...)" (Chemot 16:31). Rabbi Assi a dit : ronde comme la gida (la graine de coriandre) et blanche comme une perle.

(On a enseigné de même :) gad -- car elle ressemble à la graine de lin sur ses tiges.

📜 Rachi (3)
וְהוּא כְּזֶרַע גַּד לָבָן אָמַר רַבִּי אַסִּי זֶרַע הַגֵּד אֵינוֹ לָבָן אֲבָל עָגֹול הוּא וְהָכִי קָאָמַר קְרָא וְהוּא עָגֹול כְּזֶרַע גָּד וְלָבָן כְּמַרְגָּלִית:
La graine de gad n'est pas blanche, mais elle est ronde. Et voici ce que dit le verset : elle était ronde comme une graine de gad, et blanche comme une perle.
כְּגִידָא גַּרְעִין שֶׁל אָלִייֶנְדְרֵי:
Le grain de la coriandre.
שֶׁדּוֹמֶה לְזֶרַע פִּשְׁתָּן שֶׁגַּם הוּא עָגוֹל:
Car elle aussi est ronde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלָבָן כְּמַרְגָּלִית. נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז זֶה בְּאוֹתִיּוֹת (שְׁמוֹת טז, לא) 'זֶרַע גָּד' בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה זִי " ן רִי " ש עַי " ן גֵּימ " ל דָּל " ת יִהְיֶה מִן אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ צֵירוּף תֵּיבוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם שַׁדַּי זָן לִי עַיִן מַרְגָּלִית וְהַייְנוּ לְשׁוֹן מַרְאֶה כְּמוֹ (בַּמִּדְבָּר יא, ז) 'וְעֵינוֹ כְּעֵין הַבְּדֹלַח'.
<i>Et blanche comme une perle.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela est suggéré dans les lettres de (Chemot 16:31) <i>zera gad</i> dans leur plein, ainsi : zayin-youd-noun, rech-youd-chin, ayin-youd-noun, guimel-mem-lamed, dalet-lamed-tav -- de ces lettres on peut former ces mots : <i>Chaddai zan li ein margalit</i>, Chaddai me nourrit d'un aspect de perle, <i>ein</i> étant ici un terme d'aspect, comme (Bamidbar 11:7) <i>ve-eino ke-ein ha-bedolah</i>, et son aspect était comme l'aspect du bdellium.
💡 Explication

Difficulté de lecture : la graine de gad, la coriandre, n'est pas blanche. Le verset ne peut donc pas dire blanche comme une graine de gad. Rachi explicite la solution de Rabbi Assi : il faut couper le verset en deux comparaisons -- ronde comme la graine de gad, et blanche comme une perle.

La baraita confirme par un autre biais : si l'on compare au lin, c'est encore pour la rondeur. Le point de comparaison retenu par la Tora est donc la forme, jamais la couleur.

12
אֲחֵרִים אוֹמְרִים: גָּד — שֶׁדּוֹמֶה לְהַגָּדָה שֶׁמּוֹשֶׁכֶת לִבּוֹ שֶׁל אָדָם כַּמַּיִם. תַּנְיָא אִידָךְ: גָּד — שֶׁמַּגִּיד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל אִי בֶּן תִּשְׁעָה לָרִאשׁוֹן וְאִי בֶּן שִׁבְעָה לָאַחֲרוֹן.

D'autres disent : gad -- car elle ressemble à la haggada (le récit), qui attire le cœur de l'homme comme l'eau. On a enseigné dans une autre baraita : gad -- car elle disait (maggid) aux Bnei Israël si l'enfant est de neuf mois du premier, ou de sept mois du dernier.

📜 Rachi (1)
אִם בֶּן תִּשְׁעָה וְכוּ' לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ט״ז:י״ח) וַיָּמֹודּוּ בָּעֹומֶר בֵּין שֶׁלִּיקֵּט הַרְבֵּה בֵּין שֶׁלִּיקֵּט מְעַט מוֹצֵא עֹומֶר לַגֻּולְגֹּולֶת וְאִם נִמְצָא יָתֵר בַּבַּיִת הָרִאשׁוֹן בְּיָדוּעַ שֶׁבֶּן תִּשְׁעָה לָרִאשׁוֹן הוּא וְאִם בַּבַּיִת הָאַחֲרוֹן בְּיָדוּעַ שֶׁבֶּן הָאַחֲרוֹן הוּא:
Puisqu'il est dit (Chemot 16:18) <i>ils mesurèrent à l'omer</i> : qu'on eût ramassé beaucoup ou qu'on eût ramassé peu, on trouvait un omer par tête. Et si un omer supplémentaire se trouvait dans la maison du premier, on savait que l'enfant était de neuf mois et qu'il était du premier ; et s'il se trouvait dans la maison du dernier, on savait que l'enfant était du dernier.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'גָּד', שֶׁהָיָה מַגִּיד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, אִם בֶּן תִּשְׁעָה לָרִאשׁוֹן, אִם בֶּן שִׁבְעָה לָאַחֲרוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמַז זֶה בְּאוֹתִיּוֹת 'גָּד' שֶׁהֵם ז' וְהַייְנוּ עַל בֶּן ז' לָאַחֲרוֹן. גַּם תַּחַת ג' שֶׁל גָּד יֵשׁ נָקוּד פֶּתַח שֶׁמִּסְּפָרוֹ שִׁשָּׁה וְעִם אוֹת ג' יֵשׁ מִסְפַּר ט' וְזֶהוּ הַגָּדָה שֶׁל בֶּן ט' לָרִאשׁוֹן. וּלְפִי זֶה רֶמֶז שֶׁל הַתִּשְׁעָה נִרְמַז בָּאוֹת הָרִאשׁוֹן בִּלְבַד שֶׁזֶּה יוֹרֶה עַל בֶּן תִּשְׁעָה לָרִאשׁוֹן, אַךְ רֶמֶז שֶׁל הַשִּׁבְעָה נִרְמַז בְּצֵירוּף אוֹת הָאַחֲרוֹן שֶׁזֶּה יוֹרֶה עַל בֶּן שִׁבְעָה לָאַחֲרוֹן. וְהִנֵּה הרמב"ח [הָרַב מֹשֶׁה בֶּן חָבִיב] זַ"ל בְּתוֹסֶפֶת יוֹם הַכִּיפּוּרִים הִקְשָׁה אֵיךְ סוֹמְכִין עַל זֶה דְּלָא עֲדִיף מֵהַגָּדַת הַנָּבִיא דְּאָמְרִינַן 'לֹא בְּשָׂמִים הִיא'? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָל זֶה נֶאֱמַר בַּהֲלָכָה חֲדָשָׁה לְדוֹרוֹת אֲבָל לְפִי שָׁעָה וּלְאָדָם פְּרָטִי סָמְכִינַן. וְעַיֵּין לְהַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל (בְּבִרְכֵּי יוֹסֵף אֹורַח חַיִּים סִימָן לב) מַה שֶׁתֵּירֵץ בְּעִנְיָן זֶה יְעֻויַּן שָׁם. אִי נָמֵי הָכָא שָׁאנֵי דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אוֹמֵר לָהֶם דִּינוֹ לַבֹּקֶר מִשְׁפָּט אִם יִהְיֶה לְמָחָר כָּךְ אָז הוּא מִבְחָן עַל כָּךְ וְהִבָּעֲלִי הַדִּין הֵם מִתְרַצִּים שְׁנֵיהֶם בָּזֶה וּמְקַבְּלִים הַמִּבְחָן הַזֶּה עֲלֵיהֶם לְבַטֵּל טְעָנוֹת שֶׁלָּהֶם וַהֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לִשְׁנֵי בַּעֲלֵי דִּין שֶׁקִּבְּלוּ עֲלֵיהֶם שְׁלֹשָׁה רוֹעֵי בָּקָר (מִשְׁנָה סַנְהֶדְרִין ג, ב) .
<i>Gad, car elle disait aux Bnei Israël si l'enfant est de neuf mois du premier, ou de sept mois du dernier.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela est suggéré dans les lettres de <i>gad</i>, qui valent sept -- ce qui renvoie à l'enfant de sept mois du dernier. De plus, sous le guimel de <i>gad</i> il y a une vocalisation patah, dont le nombre est six, et avec la lettre guimel cela fait neuf : c'est là l'annonce de l'enfant de neuf mois du premier. Selon cela, l'allusion aux neuf est contenue dans la première lettre seule, ce qui indique bien l'enfant de neuf mois du premier, tandis que l'allusion aux sept n'apparaît qu'en joignant la dernière lettre, ce qui indique l'enfant de sept mois du dernier. Or le Rambah [Rav Moche ben Habib] de mémoire bénie, dans son Tossefet Yom ha-Kippourim, a demandé : comment peut-on s'appuyer là-dessus, alors que cela ne vaut pas mieux que l'annonce d'un prophète, dont nous disons <i>elle n'est pas dans les cieux</i> ? Voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout cela n'a été dit qu'à propos d'une halakha nouvelle pour les générations ; mais pour une décision ponctuelle et pour un homme particulier, on s'y appuie. Et voir le Gaon Hida de mémoire bénie (Birkei Yossef, Orah Haim, siman 32), ce qu'il a répondu à ce sujet, voir là-bas. Ou bien encore, ici c'est différent : Moche notre maître, que la paix soit sur lui, leur disait : votre jugement sera au matin, si demain il en est ainsi alors ce sera l'épreuve -- et les deux parties y consentent toutes deux et acceptent sur elles cette épreuve en renonçant à leurs prétentions ; cela ressemble donc à deux plaideurs qui ont accepté sur eux trois bouviers comme juges (Michna Sanhédrin 3:2).
💡 Explication

Deux derachot supplémentaires du même mot. La première joue sur gad / haggada : la manne attire comme le récit aggadique attire le cœur, et comme l'eau attire l'homme. La seconde joue sur gad / maggid : la manne disait, elle révélait.

Le cas d'application est technique. Une femme se remarie peu après son veuvage ou son divorce et accouche : l'enfant est-il du premier mari (grossesse de neuf mois) ou du second (grossesse de sept mois) ? Rachi explique le mécanisme : puisqu'il tombait exactement un omer par tête (Chemot 16:18), il suffisait de regarder dans quelle maison se trouvait l'omer supplémentaire.

🖼️ Schéma
Un seul mot, quatre lectures : kizra gad lavan Chemot 16:31 -- et elle était comme une graine de gad, blanche גד 1. Forme R. Assi : ronde comme la graine de coriandre, blanche comme une perle le gad n'est pas blanc 2. Forme (bis) baraita : comme la graine de lin sur ses tiges Rachi : elle aussi est ronde 3. Attraction aherim : comme la haggada qui attire le cœur de l'homme comme l'eau 4. Révélation baraita : gad = maggid, elle disait si l'enfant est de 9 mois du premier ou de 7 mois du dernier לבן -- et le mot suivant sens simple : blanche comme une perle (seg 10) derasha : malbin -- elle blanchissait leurs fautes (seg 12)
Les quatre derachot du mot gad, et les deux lectures du mot lavan qui suit.
13
״לָבָן״ — שֶׁמַּלְבִּין עֲוֹנוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

"Blanche (lavan)" -- car elle blanchit (malbin) les fautes d'Israël.

📜 Rachi (1)
שֶׁמַּלְבִּין עוֹנוֹתֵיהֶן מִתּוֹךְ שֶׁהָיוּ דּוֹאֲגִים שֶׁמָּא לֹא יֵרֵד מָן לְמָחָר הָיוּ מְשַׁעְבְּדִים לִבָּם לַמָּקוֹם:
Parce qu'ils s'inquiétaient que la manne ne descende peut-être pas le lendemain, ils asservissaient leur cœur au Lieu (Hachem).
💡 Explication

Le mot lavan, qui servait à la description physique au segment 10, reçoit ici une derasha morale : malbin, elle blanchit. Rachi donne le mécanisme, et il est psychologique plutôt que magique : parce qu'ils s'inquiétaient chaque soir que la manne ne descende peut-être pas le lendemain, ils asservissaient leur cœur au Ciel.

C'est l'un des énoncés les plus denses du daf : la précarité du don est elle-même le mécanisme de l'expiation. La manne ne pardonne pas les fautes -- elle produit l'état d'esprit qui y conduit.

14
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁהַנָּבִיא הָיָה מַגִּיד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל מַה שֶּׁבְּחוֹרִין וּמַה שֶּׁבִּסְדָקִין, כָּךְ הַמָּן מַגִּיד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל מַה שֶּׁבְּחוֹרִין וּמַה שֶּׁבִּסְדָקִין. כֵּיצַד? שְׁנַיִם שֶׁבָּאוּ לִפְנֵי מֹשֶׁה לַדִּין, זֶה אוֹמֵר: עַבְדִּי גָּנַבְתָּ, וְזֶה אוֹמֵר: אַתָּה מְכַרְתּוֹ לִי. אָמַר לָהֶם מֹשֶׁה: לַבֹּוקֶר מִשְׁפָּט. לְמָחָר, אִם נִמְצָא עָומְרוֹ בְּבֵית רַבּוֹ רִאשׁוֹן — בְּיָדוּעַ שֶׁזֶּה גְּנָבוֹ. אִם נִמְצָא עָומְרוֹ בְּבֵית רַבּוֹ שֵׁנִי — בְּיָדוּעַ שֶׁזֶּה מְכָרוֹ לוֹ.

On a enseigné dans une baraita : Rabbi Yossei dit : de même que le prophète disait aux Bnei Israël ce qui est dans les trous et ce qui est dans les fentes, ainsi la manne disait aux Bnei Israël ce qui est dans les trous et ce qui est dans les fentes. Comment cela ?

Deux hommes venus en jugement devant Moche : l'un dit : tu as volé mon esclave, et l'autre dit : c'est toi qui me l'as vendu. Moche leur dit : au matin, le jugement.

Le lendemain, si son omer se trouvait dans la maison de son premier maître, on savait que celui-là l'avait volé ; s'il se trouvait dans la maison de son second maître, on savait que celui-là le lui avait vendu.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁנַיִם שֶׁבָּאוּ לִפְנֵי מֹשֶׁה לַדִּין, זֶה אוֹמֵר: עַבְדִּי גָּנַבְתָּ, וְזֶה אוֹמֵר: אַתָּה מְכַרְתּוֹ לִי. הִקְשָׁה הרמב"ח [הָרַב מֹשֶׁה בֶּן חָבִיב] זַ"ל לָמָּה הָיָה מַחְמִיץ הַדִּין וַהֲלֹא הַדִּין פָּשׁוּט דְּגוֹדְרוֹת אֵין לָהֶם חֲזָקָה וּמַחֲזִירִין הָעֶבֶד לַתּוֹבֵעַ כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק חֶזְקַת הַבָּתִּים (בָּבָא בָּתְרָא לו.) יְעֻויַּן שָׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא הָיָה עוֹשֶׂה כֵּן כְּדֵי שֶׁאַחַר כָּךְ בַּעַל דִּין יוֹדֶה מֵעַצְמוֹ שֶׁשֶּׁקֶר עָנָה וְיֵבוֹשׁ וִיכַלֵּם וְיִהְיֶה זֶה תּוֹעֶלֶת לְעַצְמוֹ וְלַאֲחֵרִים שֶׁלֹּא יָבוֹאוּ לִתְבֹּועַ תְּבִיעוֹת בְּשֶׁקֶר כָּזֹאת כִּי יֹאמְרוּ מַה בֶּצַע לִתְבֹּועַ בְּשֶׁקֶר? הֲלֹא הַמָּן יוֹדִיעַ הַנִּסְתָּרוֹת! וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב 'יָעִיר בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר יָעִיר לִי אֹזֶן לִשְׁמֹעַ כְּלִמּוּדִים' רוֹצֶה לוֹמַר יָעִיר בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר זֶה הַמָּן שֶׁיּוֹרֵד בַּבֹּוקֶר וּמַגִּיד הַנִּסְתָּרוֹת וְזֶה הָיָה מוֹעִיל גַּם כֵּן שֶׁיָּעִיר לִי אֹזֶן לִשְׁמֹעַ בְּלִמּוּדִים שֶׁלֹּא יוּכַל הַיֵּצֶר הָרַע לְפַתּוֹת אוֹתִי לָלֶכֶת אַחַר שְׁקָרִים וּכְזָבִים אֲשֶׁר לֹא כַּדָּת וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים סא, ח) 'חֶסֶד וֶאֱמֶת מִן יְנַצְּרֵהוּ' רוֹצֶה לוֹמַר דִּינֵי הַתּוֹרָה שֶׁהִיא חֶסֶד וֶאֱמֶת עַל יְדֵי הַמָּן יְנַצְּרֵהוּ.
<i>Deux hommes venus en jugement devant Moche : l'un dit tu as volé mon esclave, et l'autre dit c'est toi qui me l'as vendu.</i> Le Rambah [Rav Moche ben Habib] de mémoire bénie a demandé : pourquoi différait-il le jugement, alors que la halakha est évidente -- les bêtes qui paissent ne font pas l'objet d'une hazaka, et l'on rend l'esclave au demandeur, comme il est dit au chapitre Hezkat ha-Batim (Baba Batra 36a), voir là-bas ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il agissait ainsi afin que, par la suite, le plaideur avoue de lui-même qu'il avait répondu mensongèrement, qu'il ait honte et confusion, et qu'il en résulte un profit pour lui-même et pour les autres, qui ne viendraient plus intenter de telles réclamations mensongères, car ils diraient : à quoi bon réclamer par mensonge ? La manne fait bien connaître les choses cachées ! Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Yechayahou 50:4) <i>il éveille matin après matin, il éveille pour moi l'oreille pour entendre comme ceux qui apprennent</i> : c'est-à-dire <i>il éveille matin après matin</i>, c'est la manne qui descend le matin et fait connaître les choses cachées ; et cela servait aussi à <i>éveiller pour moi l'oreille pour entendre comme ceux qui apprennent</i>, de sorte que le mauvais penchant ne puisse me séduire pour aller après les mensonges et les faussetés qui ne sont pas selon la loi. Et c'est pourquoi il est dit (Tehilim 61:8) <i>'hessed ve-émet man yintsrouhou</i> : c'est-à-dire, les lois de la Tora, qui sont bonté et vérité, sont gardées par la manne (<i>man</i>).
💡 Explication

La derasha gad / maggid s'élargit : la manne ne révèle pas seulement la paternité d'un enfant, elle tranche les litiges. La comparaison avec le prophète est frappante -- ce qui est dans les trous et dans les fentes désigne ce qui est enfoui, le caché que nul témoin n'atteint.

Le mécanisme reste celui de l'omer : la manne d'un esclave tombe dans la maison de son propriétaire légitime. La formule de Moche, là-boker michpat (le jugement au matin), reprend Yirmeyahou 21:12 -- elle signifie ici littéralement : attendez le matin, la manne dira. Le Ben Yehoyada demandera pourquoi Moche différait un jugement dont la halakha était pourtant claire.

15
וְכֵן אִישׁ וְאִשָּׁה שֶׁבָּאוּ לִפְנֵי מֹשֶׁה לְדִין, זֶה אוֹמֵר הִיא סָרְחָה עָלַי, וְהִיא אוֹמֶרֶת הוּא סָרַח עָלַי. אָמַר לָהֶם מֹשֶׁה: לַבֹּקֶר מִשְׁפָּט. לְמָחָר, אִם נִמְצָא עָומְרָהּ בְּבֵית בַּעְלָהּ — בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא סָרְחָה עָלָיו, נִמְצָא עָומְרָהּ בְּבֵית אָבִיהָ — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא סָרַח עָלֶיהָ.

Et de même, un homme et une femme venus en jugement devant Moche : lui dit : elle s'est mal conduite envers moi, et elle dit : c'est lui qui s'est mal conduit envers moi. Moche leur dit : au matin, le jugement.

Le lendemain, si son omer se trouvait dans la maison de son mari, on savait que c'était elle qui s'était mal conduite envers lui ; si son omer se trouvait dans la maison de son père, on savait que c'était lui qui s'était mal conduit envers elle.

📜 Rachi (1)
הוּא סָרַח עָלַי וְתוֹבַעְתּוֹ כְּתֻובָּתָהּ:
Et elle lui réclame sa ketouba.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם נִמְצָא עֹמֶר בְּבֵית בַּעֲלָהּ, בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא סָרְחָה עָלָיו. הִנֵּה בַּעַל עֵין יַעֲקֹב הֵבִיא שְׁתֵּי נֻסְחָאוֹת הַפְכִּיּוֹת [נֹסַח אַחֵר: אִם נִמְצָא עָמְרָהּ בְּבֵית בַּעְלָהּ, בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא סָרַח עָלֶיהָ. וְאִם נִמְצָא בְּבֵית אָבִיהָ, בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא סָרְחָה עָלָיו] וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּשְׁנֵיהֶם אֱמֶת הָא אִיתָא וְהָא אִיתָא אַךְ נֻסְחָא רִאשׁוֹנָה אַיְירֵי שֶׁטּוֹעֶנֶת שֶׁמַּכֶּה אוֹתָהּ וּמְצַעֲרָהּ וְהוּא אוֹמֵר שֶׁמְּשַׁקֶּרֶת בָּזֶה וְסָרְחָה עָלָיו לְדַבֵּר עָלָיו דִּבְרֵי כְּזָבִים כְּאִלּוּ, לְכָךְ אִם נִמְצָא עָמְרָהּ בְּבֵית אָבִיהָ בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא סָרַח עָלֶיהָ שֶׁאֱמֶת הֵם דְּבָרֶיהָ שֶׁהוּא מַכֶּה אוֹתָהּ וּמְצַעֲרָהּ וְצָרִיךְ שֶׁתֵּשֵׁב בְּבֵית אָבִיהָ וְלֹא תָּבֹא לְבֵיתוֹ עַד שֶׁיְּפַיְּיסֶנָּה וְיִהְיֶה לָהּ אֻומָּן מִצִּדּוֹ שֶׁשָּׁב מִדַּרְכּוֹ הָרָעָה, וְאִם עָומְרָהּ בְּבֵית בַּעְלָהּ בְּיָדוּעַ שֶׁהִיא סָרְחָה עָלָיו לְדַבֵּר עָלָיו כְּזָבִים וּשְׁקָרִים וְהֶרְאוּ מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁצְּרִיכָה לִהְיוֹת יוֹשֶׁבֶת תַּחַת בַּעְלָהּ וְלֹא תִּמְרוֹד בּוֹ לָלֶכֶת לְבֵית אָבִיהָ כִּי לֹא חָטָא לָהּ כְּלָל. אַךְ נֻסְחָא הַשֵּׁנִית אַיְירֵי בְּהֵיכָא שֶׁיֵּשׁ בֵּינֵיהֶם דִּין וּדְבָרִים בְּעִנְיַן זְנוּת שֶׁסֵּרָחוֹן זֶה הוּא עִנְיָן שֶׁל זְנוּת שֶׁהוּא אוֹמֵר זִינְּתָה וְהִיא אוֹמֶרֶת סָרַח עָלֶיהָ לְהוֹצִיא עָלֶיהָ שֵׁם רַע בְּשֶׁקֶר וְלָכֵן עָומְרָהּ בְּבֵית בַּעְלָהּ בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא סָרַח עָלֶיהָ בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁהִיא טְהוֹרָה וּרְאוּיָה לָשֶׁבֶת תַּחְתָּיו, וְאִם עָומְרָהּ בְּבֵית אָבִיהָ בְּיָדוּעַ שֶׁסָּרְחָה וְזָנְתָה וּלְכָךְ צָרִיךְ לִפְרֹושׁ מִמֶּנָּה וְתֵשֵׁב בְּבֵית אָבִיהָ כִּנְעוּרֶיהָ.
<i>Si son omer se trouvait dans la maison de son mari, on savait que c'était elle qui s'était mal conduite envers lui.</i> Voici que l'auteur du Ein Yaakov a rapporté deux versions opposées [autre version : si son omer se trouvait dans la maison de son mari, on savait que c'était lui qui s'était mal conduit envers elle ; et s'il se trouvait dans la maison de son père, on savait que c'était elle qui s'était mal conduite envers lui]. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que les deux sont vraies : celle-ci vaut dans un cas et celle-là dans un autre. La première version parle du cas où elle prétend qu'il la frappe et la fait souffrir, tandis que lui dit qu'elle ment en cela et qu'elle s'est mal conduite envers lui en proférant à son sujet de telles faussetés. C'est pourquoi, si son omer se trouve dans la maison de son père, on sait que c'est lui qui s'est mal conduit envers elle, que ses paroles à elle sont vraies, qu'il la frappe et la fait souffrir, et qu'elle doit demeurer dans la maison de son père sans revenir chez lui jusqu'à ce qu'il l'apaise et qu'elle reçoive de sa part une garantie qu'il s'est détourné de sa mauvaise voie. Et si son omer est dans la maison de son mari, on sait que c'est elle qui s'est mal conduite envers lui en proférant à son sujet des mensonges et des faussetés, et l'on montre du Ciel qu'elle doit rester sous son mari sans se rebeller contre lui pour aller à la maison de son père, car il n'a nullement péché envers elle. Quant à la seconde version, elle parle du cas où il y a entre eux litige à propos d'inconduite au sens de débauche : lui dit qu'elle s'est prostituée, et elle dit que c'est lui qui s'est mal conduit en répandant sur elle une mauvaise réputation mensongère. C'est pourquoi, si son omer est dans la maison de son mari, on sait que c'est lui qui s'est mal conduit envers elle par ces paroles, qu'elle est pure et digne de demeurer sous lui ; et s'il est dans la maison de son père, on sait qu'elle s'est mal conduite et prostituée, et qu'il doit donc se séparer d'elle, et qu'elle demeurera dans la maison de son père comme au temps de sa jeunesse.
💡 Explication

Second cas d'application, avec un enjeu monétaire explicite : Rachi précise que la femme réclame sa ketouba. Le litige porte donc sur qui a rompu le lien, et donc sur le versement du contrat de mariage.

Le critère est le lieu où tombe son omer à elle. Tombe-t-il chez le mari : elle appartient toujours à cette maison, donc c'est elle qui est en tort. Tombe-t-il chez son père : sa place est redevenue la maison paternelle, donc c'est lui. Le Ben Yehoyada discute une version inverse attestée dans le Ein Yaakov, et propose que les deux versions soient vraies -- selon la nature du grief allégué.

16
כְּתִיב: ״וּבְרֶדֶת הַטַּל עַל הַמַּחֲנֶה לָיְלָה [יָרַד הַמָּן עָלָיו]״, וּכְתִיב: ״וְיָצָא הָעָם וְלָקְטוּ״, וּכְתִיב: ״שָׁטוּ הָעָם וְלָקְטוּ״, הָא כֵיצַד? צַדִּיקִים, יָרַד עַל פֶּתַח בָּתֵּיהֶם. בֵּינוֹנִים, יָצְאוּ וְלָקְטוּ. רְשָׁעִים, שָׁטוּ וְלָקְטוּ.

Il est écrit : "et quand la rosée descendait sur le camp la nuit, [la manne descendait sur lui]" (Bamidbar 11:9), et il est écrit : "et le peuple sortait et ramassait" (Chemot 16:4), et il est écrit : "le peuple errait et ramassait" (Bamidbar 11:8). Comment cela ?

Les justes : elle descendait à l'entrée de leurs maisons. Les moyens : ils sortaient et ramassaient.

Les méchants : ils erraient et ramassaient.

📜 Rachi (1)
יָרַד הַמָּן עָלָיו אַלְמָא בְּתוֹךְ הַמַּחֲנֶה יוֹרֵד וְכָתַב וְיֵצֵא הָעָם וְלָקְטוּ יְצִיאָה מִחוּץ לַמַּחֲנֶה מַשְׁמַע וּכְתִיב שטו מַשְׁמַע לְמָקוֹם רָחוֹק כְּמוֹ מָשׁוֹט בָּאָרֶץ (אִיּוֹב א):
Il en ressort qu'elle descendait à l'intérieur du camp. Or il est écrit <i>et le peuple sortait et ramassait</i> -- <i>sortir</i> implique hors du camp ; et il est écrit <i>ils erraient</i>, ce qui implique un lieu éloigné, comme <i>mi-chout ba-arets</i> (Iyov 1).
💡 Explication

Trois versets se contredisent sur un point de fait : où tombait la manne ? Rachi expose la contradiction : le premier verset la fait descendre dans le camp ; le deuxième suppose une sortie hors du camp ; le troisième, chatou, implique un lieu éloigné -- comme dans mi-chout ba-arets, parcourir la terre (Iyov 1:7).

La résolution n'harmonise pas les versets entre eux : elle les répartit sur trois catégories d'hommes. Le même miracle a lieu pour tous, mais la distance à parcourir mesure le niveau. La manne devient ainsi un révélateur moral public -- ce que le segment suivant confirmera sur un second axe.

🖼️ Schéma
Trois versets contradictoires, trois niveaux d'hommes Rachi : la manne descendait dans le camp -- alors pourquoi sortir ? et pourquoi errer ? verset 1 : la manne descendait sur le camp (Bamidbar 11:9) -- donc à l'intérieur verset 2 : le peuple sortait et ramassait (Chemot 16:4) -- donc dehors | verset 3 : le peuple errait (Bamidbar 11:8) -- donc loin Tsadikim elle descendait à l'entrée de leur maison le'hem -- du pain cuit aucun effort Beinonim ils sortaient du camp et ramassaient ougot -- des gâteaux crus il reste à cuire Rechaim ils erraient au loin pour la trouver tahanou -- à moudre tout le travail reste à faire Deux échelles parallèles, un seul principe La première échelle porte sur la DISTANCE (segment 15), la seconde sur le DEGRÉ DE PRÉPARATION (segment 16). Les deux mesurent la même chose : la quantité de peine interposée entre l'homme et le don. Le miracle est le même pour tous ; ce qui change, c'est le chemin qu'il faut parcourir pour l'atteindre.
Les trois versets contradictoires, résolus sur deux échelles parallèles : la distance et la préparation.
17
כְּתִיב ״לֶחֶם״, וּכְתִיב ״עוּגוֹת״, וּכְתִיב ״וְטָחֲנוּ״, הָא כֵיצַד? צַדִּיקִים — לֶחֶם, בֵּינוֹנִים — עוּגוֹת, רְשָׁעִים — טְחָנוֹ בָּרֵיחַיִם.

Il est écrit "pain", et il est écrit "gâteaux", et il est écrit "et ils la moulaient". Comment cela ?

Les justes : du pain ; les moyens : des gâteaux ; les méchants : ils la moulaient à la meule.

📜 Rachi (2)
לֶחֶם מַשְׁמַע אָפוּי:
Cela implique cuit.
עוּגוֹת מַשְׁמַע קֹודֶם אֲפִיָּיה:
Cela implique avant la cuisson.
💡 Explication

Même structure, même résolution, sur un autre axe : non plus le lieu mais le degré de préparation. Rachi relève les nuances : le'hem implique déjà cuit, ougot implique avant la cuisson.

Les deux échelles mesurent la même chose : la quantité de peine interposée entre l'homme et le don. Pour le juste, rien à faire -- le pain est à sa porte, déjà cuit. Pour le méchant, tout reste à faire -- chercher au loin, puis moudre.

18
״אוֹ דָּכוּ בִּמְדוֹכָה״, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אָמַר רַב, וְאִיתֵּימָא רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עִם הַמָּן תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים, דָּבָר שֶׁנִּידּוֹךְ בִּמְדוֹכָה. ״וּבִשְּׁלוּ בַּפָּרוּר״, אָמַר רַבִּי חָמָא: מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עִם הַמָּן צִיקֵי קְדֵירָה.

"Ou ils la pilaient au mortier" (Bamidbar 11:8) : Rabbi Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina : cela enseigne qu'il descendait pour les Bnei Israël, avec la manne, des parures de femmes -- chose qui se pile au mortier. "Et ils la cuisaient au pot" : Rabbi Hama a dit : cela enseigne qu'il descendait pour les Bnei Israël, avec la manne, des tsikei kedera (condiments de marmite).

📜 Rachi (2)
תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים בְּשָׂמִים שֶׁהֵן דּוֹכוֹת בִּמְדוֹכָה וּמִתְקַשְּׁטוֹת בָּהֶן לִהְיוֹת רֵיחָן עָרֵב לְבַעֲלֵיהֶן:
Des aromates que l'on pile au mortier et dont elles se parent pour que leur odeur soit agréable à leurs maris.
צִיקֵי קְדֵירָה תַּבְלִין לְתַבְשִׁיל עָרֵב וּמְבֻושָּׂם:
Des épices pour un mets agréable et parfumé.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עִם הַמָּן תַּכְשִׁיטֵי נָשִׁים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּהַנָּשִׁים דַּרְכָּם לְהִתְקַשֵּׁט בְּצֶבַע הַפָּנִים שֶׁמַּלְבִּין וּמַאְדִּים הַפָּנִים וְעַתָּה בַּמָּן שֶׁהָיוּ אוֹכְלִים לֹא הָיוּ צְרִיכִין הַנָּשִׁים לְהִתְקַשֵּׁט בִּצְבָעִים אֵלּוּ בִּבְשָׂרָם וּבִפְנֵיהֶם יַעַן כִּי הַמָּן הָיָה בַּאֲכִילָתוֹ מֵאִיר פְּנֵיהֶם וְעוֹשֶׂה עִידּוּן בִּבְשָׂרָם שֶׁהָיָה מִתְלַבֵּן וּמַאְדִּים בְּיוֹפִי וְגַם הָיָה נַעֲשֶׂה בָּהֶם רֵיחַ טוֹב בְּאוֹכְלָם אוֹתוֹ שֶׁלֹּא הָיוּ צְרִיכִין לְבַשֵּׂם אֶת גּוּפָם בְּמִינֵי בְּשָׂמִים הַנִּדְכִּים בִּמְדוֹכָה דְּלָא בְּיָשׁוּם וְלֹא כְּחָל וְלֹא פִּרְכּוּס וְיַעֲלַת חֵן.
<i>Cela enseigne qu'il descendait pour les Bnei Israël, avec la manne, des parures de femmes.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : les femmes ont coutume de se parer en colorant leur visage, ce qui le blanchit et le rougit ; or maintenant, avec la manne qu'elles mangeaient, les femmes n'avaient plus besoin de se parer de ces couleurs sur leur chair et sur leur visage, car la manne, par le fait de la manger, illuminait leur visage et procurait à leur chair une délicatesse qui la blanchissait et la rougissait de beauté ; et il se formait aussi en elles, en la mangeant, une bonne odeur, de sorte qu'elles n'avaient pas besoin de parfumer leur corps avec les aromates qui se pilent au mortier -- ni parfum, ni fard, ni ornement, et pourtant pleines de grâce.
מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עִם הַמָּן צִיקֵי קְדֵרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי צִיקֵי קְדֵרָה הוּא מִין תַּבְשִׁיל טוֹב וְעֵרֶב שֶׁהוּא מֻורְכָּב מִן בָּשָׂר וְדָגָן וִירָקוֹת וּמִינֵי פֵּירוֹת וְאֵין לוֹ טַעַם פָּשׁוּט אֶלָּא טַעַם מֻורְכָּב מִכָּל מִינִין אֵלּוּ, וּבָא בַּעַל הַמַּאֲמָר לְלַמְּדֵינוּ דְּמִלְּבַד שֶׁהָיָה יוֹרֵד עִם הַמָּן טְעָמִים רַבִּים שֶׁל בָּשָׂר וּפֵירוֹת שֶׁכָּל אֶחָד טוֹעֵם טַעַם פָּשׁוּט בִּפְנֵי עַצְמוֹ דְּהַייְנוּ אִם יִתְאַוֶּה הָאָדָם בָּשָׂר יָבֹא בְּפִיו טַעַם פָּשׁוּט שֶׁל בָּשָׂר וְאִם יִתְאַוֶּה תַּפּוּחַ יָבֹא בְּפִיו טַעַם פָּשׁוּט שֶׁל תַּפּוּחַ וְכֵן בְּכָל דָּבָר, הִנֵּה עוֹד אַחַת יֵשׁ בּוֹ שֶׁגַּם טַעַם תַּבְשִׁיל שֶׁל צִיקֵי קְדֵרָה שֶׁאֵינוֹ טַעַם פָּשׁוּט אֶלָּא טַעַם מֻורְכָּב מִכַּמָּה מִינִין גַּם כֵּן הָיָה נִמְצָא זֶה בַּמָּן ,וּבָזֶה אִיכָּא רְבוּתָא טְפֵי דְּמִתְהַפֵּךְ לְטַעַם מֻורְכָּב מִכַּמָּה מִינִין. וְזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד לְפִי פְּשׁוּטָן שֶׁל דְּבָרִים. אַךְ לִבִּי יַחְשֹׁוב דְּרַב חֲמָא כִּיוֵּן בָּזֶה עַל הֶאָרַת סוֹד הָרָמוּז בְּדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּצֵיקֵי קְדֵרָה שֶׁאָמְרוּ עַל אֲמִירַת בשכמל"ו [בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד] מָשָׁל לְבַת מֶלֶךְ שֶׁהֵרִיחָה צִיקֵי קְדֵרָה וְהֵבִיאוּ לָהּ עַבְדֵיהּ בַּחֲשַׁאי (פְּסָחִים נו.) וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ סוֹד בְּצֵיקֵי קְדֵרָה וְעַייֵּן בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בִּדְרוּשׁ בשכמל"ו.
<i>Cela enseigne qu'il descendait pour les Bnei Israël, avec la manne, des tsikei kedera.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : les tsikei kedera sont une sorte de bon plat agréable, composé de viande, de céréales, de légumes et de fruits, et dont le goût n'est pas un goût simple mais un goût composé de toutes ces espèces. L'auteur de cet enseignement vient nous apprendre qu'outre les nombreux goûts de viande et de fruits qui descendaient avec la manne, dont chacun goûtait un goût simple en lui-même -- c'est-à-dire que si l'homme désirait de la viande, un goût simple de viande venait dans sa bouche, et s'il désirait une pomme, un goût simple de pomme venait dans sa bouche, et ainsi de toute chose -- il y avait encore ceci : que le goût même du plat de tsikei kedera, qui n'est pas un goût simple mais un goût composé de plusieurs espèces, se trouvait lui aussi dans la manne ; et il y a là un enseignement plus fort encore, puisqu'elle se retourne en un goût composé de plusieurs espèces. Voilà ce que j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, selon le sens simple des choses. Mais mon cœur pense que Rav Hama visait par là l'illumination du sod suggéré dans les paroles de nos maîtres de mémoire bénie à propos des tsikei kedera, lorsqu'ils ont dit, au sujet de la récitation de <i>Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed</i> : cela ressemble à une fille de roi qui sentit l'odeur des tsikei kedera, et dont les serviteurs lui en apportèrent discrètement (Pessahim 56a). Et notre maître le Ari de mémoire bénie a expliqué un sod dans les tsikei kedera -- voir le Chaar ha-Kavanot, dans le drouch sur <i>Baroukh chem kevod malkhouto le-olam va-ed</i>.
💡 Explication

Retournement de lecture : les deux verbes du verset -- piler au mortier, cuire au pot -- ne décrivent plus le traitement de la manne, mais désignent ce qui tombait avec elle. Ce qui se pile au mortier, ce sont les aromates : Rachi précise que les femmes s'en paraient pour que leur odeur soit agréable à leurs maris. Ce qui se cuit au pot, ce sont les épices du plat.

Le procédé est typique : une action mentionnée dans le verset devient l'indice d'un objet non mentionné. La logique aggadique est que le désert ne manquait de rien, pas même du superflu.

19
״וְהֵם הֵבִיאוּ אֵלָיו עוֹד נְדָבָה בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״, מַאי ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״? אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מְדַבֵּר שֶׁיָּרַד לָהֶם ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״. מְלַמֵּד שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת עִם הַמָּן. ״וְהַנְּשִׂיאִים הֵבִיאוּ אֵת אַבְנֵי הַשֹּׁהַם״, תַּנָּא: נְשִׂיאִים מַמָּשׁ. וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״נְשִׂיאִים וְרוּחַ וְגֶשֶׁם אָיִן״.

"Et ils lui apportaient encore des dons volontaires, matin après matin" (Chemot 36:3). Que signifie "matin après matin" ?

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : de la chose qui descendait pour eux "matin après matin". Cela enseigne qu'il descendait pour les Bnei Israël des pierres précieuses et des perles avec la manne.

"Et les nessiim apportèrent les pierres de choham" (Chemot 35:27) -- on a enseigné : des nessiim au sens propre (des nuées). Et de même il est dit : "nuées (nessiim) et vent, mais point de pluie" (Michlei 25:14).

📜 Rachi (2)
שֶׁיָּרְדוּ לָהֶן אֲבָנִים טוֹבוֹת הֵבִיאוּ נְדָבָה מִמַּה שֶׁמּוֹצְאִין בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר כְּשֶׁיּוֹצְאִין לִלְקֹוט אֶת הַמָּן שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּלְקְטוּ אֹותוֹ בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר:
Ils apportaient leur don de ce qu'ils trouvaient matin après matin, en sortant ramasser la manne, comme il est dit <i>et ils la ramassaient matin après matin</i> (Chemot 16:21).
נְשִׂיאִים מַמָּשׁ עֲנָנִים הָיוּ:
C'étaient des nuées.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִן הַיּוֹרֵד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר הוֹרִיד לָהֶם אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת. נִרְאֶה לִי אֵין אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת בַּשָּׁמַיִם אַךְ יָרַד לָהֶם דָּבָר רוּחָנִי אֲשֶׁר בְּרִדְתּוֹ בַּאֲוִיר הַתַּחְתּוֹן נִתְגַּשֵּׁם וְנַעֲשֶׂה אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת כִּי בֶּאֱמֶת גַּם הַמָּן עִנְיָינוֹ כָּךְ שֶׁהוּא מִתְגַּשֵּׁם בַּאֲוִיר הַתַּחְתּוֹן וְנַעֲשָׂה מָן לֶאֱכֹול אֲבָל שָׁרְשׁוֹ לְמַעְלָה הוּא רוּחָנִי. וּמַה שֶׁאָמַר מִן הַיּוֹרֵד לְיִשְׂרָאֵל בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר רָמַז בָּזֶה מִסְפַּר בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר [608] עַם כּוֹלֵל שְׁתֵּי תֵּיבוֹת עוֹלֶה מִסְפַּר שְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת שֶׁל פַּרְנָסָה שֶׁהֵם פא ״ י סא ״ ל חֵת ״ ך [610] שֶׁהָיָה נִמְשָׁךְ לָהֶם שֶׁפַע שֶׁל פַּרְנָסָה זוֹ מִשֵּׁמוֹת אֵלּוּ.
<i>La manne qui descendait pour les Bnei Israël matin après matin faisait descendre pour eux des pierres précieuses et des perles.</i> Il me semble qu'il n'y a pas de pierres précieuses ni de perles dans les cieux ; mais il descendait pour eux une chose spirituelle qui, en descendant dans l'air inférieur, se matérialisait et devenait pierres précieuses et perles. Car en vérité il en va de même de la manne : elle se matérialise dans l'air inférieur et devient une manne à manger, mais sa racine en haut est spirituelle. Et ce qui est dit <i>la manne qui descendait pour Israël matin après matin</i> comporte cette allusion : le nombre de <i>baboker baboker</i> [608] avec le kolel des deux mots atteint le nombre des trois Noms de la parnassa, qui sont Pa"i, Sa"l, Hata"kh [610] -- car par ces Noms leur était tirée l'abondance de cette subsistance.
💡 Explication

Troisième catégorie de ce qui tombait avec la manne, et elle répond à une question historique : d'où venaient les pierres précieuses offertes pour le Michkan, dans un désert ? Réponse : elles descendaient avec la manne, ce qu'indique la formule baboker baboker, commune au verset des dons et à celui de la récolte de la manne (Rachi).

La baraita pousse plus loin en relisant nessiim : le mot désigne habituellement les princes des tribus, mais il signifie aussi nuées -- le verset de Michlei le prouve. Ce ne sont donc pas les chefs qui ont apporté les pierres de choham : ce sont les nuages qui les ont déposées.

20
״וְהָיָה טַעְמוֹ כְּטַעַם לְשַׁד הַשָּׁמֶן״. אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מַה שַׁד זֶה תִּינוֹק טוֹעֵם בָּהּ כַּמָּה טְעָמִים, אַף הַמָּן, כָּל זְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹכְלִין אוֹתוֹ מוֹצְאִין בּוֹ כַּמָּה טְעָמִים. אִיכָּא דְאָמְרִי: לְשֵׁד מַמָּשׁ. מַה שֵׁד זֶה מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה גְּוָונִין — אַף הַמָּן מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה טְעָמִים.

"Et son goût était comme le goût de leshad hashamen" (Bamidbar 11:8). Rabbi Abbahou a dit : de même que pour ce chad (sein), le nourrisson y goûte plusieurs goûts, de même la manne : chaque fois que les Bnei Israël la mangeaient, ils y trouvaient plusieurs goûts.

Certains disent : chèd (démon) au sens propre -- de même que ce démon se retourne en plusieurs apparences, de même la manne se retournait en plusieurs goûts.

📜 Rachi (1)
שֵׁד זֶה תִּינוֹק מוֹצֵא בּוֹ כָּל מִינֵי טְעָמִים שֶׁהָאֵם אוֹכֶלֶת:
[Selon] ce que la mère mange.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל זְמַן שֶׁהַתִּינוֹק מְמַשְׁמֵשׁ בּוֹ, מוֹצֵא בּוֹ כַּמָּה טְעָמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהַתִּינוֹק לְפִי דַּקּוֹת הַמֶּזֶג שֶׁלּוֹ מַרְגִּישׁ בְּכַמָּה מִינֵי טְעָמִים שֶׁיֵּשׁ בְּחָלָב הַנַּעֲשֶׂה וּמִתְהַוֶּוה מִכַּמָּה מִינִים שֶׁל מַאֲכָל שֶׁאוֹכֶלֶת הָאֵם אֲשֶׁר אֵלּוּ הַטְּעָמִים יֶשְׁנָם בְּחָלָב שֶׁלָּהּ בְּדַקּוֹת הַרְבֵּה, דְּהַגָּדוֹל לְרֹוב גַּסּוּת הַמֶּזֶג שֶׁלּוֹ אֵינוֹ מַרְגִּישׁ בְּדַקּוֹת הַטְּעָמִים הָאֵלֶּה שֶׁיֶּשְׁנָם בְּחֵלֶב וְלָכֵן תִּרְאֶה שֶׁחֵלֶב הָאֵם עָרֵב מְאֹד לַתִּינוֹק יוֹתֵר מִן מַאֲכָלִים טוֹבִים וַעֲרֵבִים מַה שֶׁאֵין כֵּן הַגָּדוֹל יִהְיֶה לוֹ הֶחָלָב שֶׁל הָאִשָּׁה תָּפֵל וּמָלוּחַ.
<i>Chaque fois que le nourrisson tête, il y trouve plusieurs goûts.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nourrisson, en raison de la finesse de sa constitution, perçoit plusieurs sortes de goûts présents dans le lait, lequel se fait et se forme à partir des diverses espèces d'aliments que mange la mère -- ces goûts se trouvant dans son lait à un très haut degré de subtilité. Car l'adulte, en raison de la grande grossièreté de sa constitution, ne perçoit pas la subtilité de ces goûts qui sont dans le lait. Et c'est pourquoi tu vois que le lait de la mère est extrêmement agréable au nourrisson, plus que les aliments bons et agréables, alors qu'à l'adulte le lait de femme paraît fade et sale.
אַף הַמָּן מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה טְעָמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשָׂה הקב"ה בַּמָּן עִנְיָן הֲפָכַיי הַמִּתְהַווֶּה בּוֹ תָּמִיד, עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּמִּדְרָשׁ (מְכִילְתָּא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל טז, ד) רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה חֲבִיבִין יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַמָּקוֹם וּלְפִי שֶׁהֵן חֲבִיבִין לְפָנָיו שִׁינָּה עֲלֵיהֶם מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית, עָשָׂה לָהֶם תַּחְתּוֹנִים עֶלְיוֹנִים וְעֶלְיוֹנִים תַּחְתּוֹנִים. לְשֶׁעָבַר הָיָה הַלֶּחֶם עוֹלֶה מִן הָאָרֶץ וְהַטַּל יוֹרֵד מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים לג, כח) 'אֶרֶץ דָּגָן וְתִירוֹשׁ אַף שָׁמָיו יַעַרְפוּ טַל' וְעַתָּה נִתְחַלְּפוּ הַדְּבָרִים הִתְחִיל הַלֶּחֶם יוֹרֵד מִן הַשָּׁמַיִם וְהַטַּל עוֹלֶה מִן הָאָרֶץ דִּכְתִיב (שְׁמוֹת טז, ד) 'הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן הַשָּׁמַיִם' וּכְתִיב (שְׁמוֹת טז, יד) וַתַּעַל שִׁכְבַת הַטָּל וְגוֹ' וְיָצָא הָעָם וְלָקְטוּ, שֶׁלֹּא יִהְיוּ יוֹצְאִין לַחֲצֵרוֹת וּמְלַקְּטִין אֶלָּא יִהְיוּ יוֹצְאִין לַמִּדְבָּרוֹת וּמְלַקְּטִין עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן עָשָׂה שֶׁגַּם עַצְמוֹ שֶׁל מָן יִשְׁתַּנֶּה וְיִתְהַפֵּךְ בְּפִיהֶם, מִפְּנֵי שֶׁיְּרִידָתוֹ הָיְתָה בְּשִׁינּוּי וְהִיפּוּךְ וְעוֹד רֶמֶז לְיִשְׂרָאֵל בְּזֶה הָעִנְיָן שֶׁהָיָה מִתְהַפֵּךְ לְכַמָּה טְעָמִים שֶׁכָּל דָּבָר מִדִּבְרֵי תּוֹרָה רָאוּי שֶׁיִּתְהַפֵּךְ אֶצְלָם לְכַמָּה טְעָמִים, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לֹא נִיתַּן הַמָּן לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּתְחַכְּמוּ עַל יָדוֹ בַּתּוֹרָה.
<i>De même la manne se retournait en plusieurs goûts.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le Saint béni soit-Il a mis dans la manne un caractère de renversement, qui s'y produisait constamment, est celle qu'indique le midrach (Mekhilta de-Rabbi Yichmael 16:4) : Rabban Chimon ben Gamliel dit : viens et vois combien Israël est cher devant le Lieu ; et parce qu'ils lui sont chers, Il a changé pour eux l'œuvre de la Création, faisant des choses d'en bas des choses d'en haut et des choses d'en haut des choses d'en bas. Autrefois le pain montait de la terre et la rosée descendait des cieux, ainsi qu'il est dit (Devarim 33:28) <i>une terre de blé et de vin, ses cieux aussi distillent la rosée</i> ; et maintenant les choses ont été interverties : le pain s'est mis à descendre des cieux et la rosée à monter de la terre, comme il est écrit (Chemot 16:4) <i>voici que Je fais pleuvoir pour vous du pain depuis les cieux</i>, et il est écrit (Chemot 16:14) <i>et la couche de rosée monta</i>, etc. ; <i>et le peuple sortait et ramassait</i> -- qu'ils ne sortent pas ramasser dans les cours, mais qu'ils sortent ramasser dans les déserts. Voir là-bas. C'est pourquoi Il a fait que la manne elle-même change et se retourne dans leur bouche, puisque sa descente était elle-même un changement et un renversement. Et il y a encore là une allusion pour Israël dans le fait qu'elle se retournait en plusieurs goûts : c'est que toute chose des paroles de la Tora doit se retourner pour eux en plusieurs sens. Car nos maîtres de mémoire bénie ont dit : la manne n'a été donnée à Israël que pour qu'ils s'assagissent par elle dans la Tora.
💡 Explication

Les consonnes lamed-chin-dalet se laissent vocaliser de deux façons, et les deux lectures aboutissent à la même conclusion par des images opposées. Chad, le sein : Rachi explique que le lait varie selon ce que la mère a mangé, et que le nourrisson y goûte donc des goûts différents. Chèd, le démon : ce qui frappe alors est la métamorphose, la capacité à changer de forme.

Le point commun est la variabilité ; le registre est inverse. La première image dit la douceur nourricière, la seconde l'instabilité. Le Ben Yehoyada tirera de cette variabilité un enseignement sur l'étude : de même que la manne se retournait en plusieurs goûts, chaque parole de Tora doit se retourner pour eux en plusieurs sens.

🖼️ Schéma
Deux vocalisations d'une même consonne : לשד Et son goût était comme le goût de leshad hashamen (Bamidbar 11:8) le même mot écrit shad -- le sein (Rabbi Abbahou) Le nourrisson y goûte plusieurs goûts, selon ce que la mère a mangé (Rachi). De même la manne : plusieurs goûts à chaque fois qu'ils la mangeaient. shed -- le démon (ika de-amrei) De même que le démon se retourne en plusieurs apparences, de même la manne se retournait en plusieurs goûts. Même conclusion, deux images opposées : la douceur nourricière d'un côté, l'instabilité inquiétante de l'autre.
Les deux vocalisations de לשד : le sein et le démon, deux images pour une même conclusion.
21
״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה בְּתֵת ה׳ לָכֶם בָּעֶרֶב בָּשָׂר לֶאֱכֹול וְלֶחֶם בַּבֹּקֶר לִשְׂבֹּועַ״, תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: בָּשָׂר שֶׁשָּׁאֲלוּ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן — נִיתַּן לָהֶם שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן,

"Et Moche dit : lorsque l'Éternel vous donnera, le soir, de la viande à manger, et du pain le matin à satiété" (Chemot 16:8). On a enseigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : la viande, qu'ils ont demandée de façon inconvenante, leur fut donnée de façon inconvenante,

📜 Rachi (2)
בָּשָׂר שָׁאֲלוּ שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן מִתּוֹךְ כָּרֵס מְלֵאָה שֶׁהֲרֵי מִקְנֶה רַב הָיָה לָהֶם:
Le ventre plein, car ils avaient un grand bétail.
שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן יָרַד לָהֶם עִם חֲשֵׁיכָה שָׁעָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְתַקֵּן אוֹתָהּ עַד שְׁעַת הַסְּעוּדָה:
Elle descendit pour eux à la tombée de la nuit, heure qui ne convient pas pour la préparer avant l'heure du repas.
💡 Explication

Le daf se retourne sur sa dernière ligne. Après onze enseignements sur la générosité du don, une baraita distingue les deux dons du verset selon la manière dont ils furent demandés. Le pain fut demandé convenablement -- ils n'avaient rien à manger -- et il fut donné le matin, au meilleur moment. La viande fut demandée chelo kahogen, de façon inconvenante : Rachi explique qu'ils la réclamaient le ventre plein, et qu'ils possédaient d'ailleurs un grand bétail.

La réponse est mesure pour mesure, et Rachi en donne le détail : elle descendit à la tombée de la nuit, à une heure où l'on ne peut même pas la préparer pour le repas. La phrase reste ouverte -- elle s'achèvera au début de 75b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).