Yoma 75b -- La caille et la manne : le repas fixé par Moshe, le pain absorbé dans les deux cent quarante-huit membres, et la marche des trois parsaot

Yoma 75b

Sougya : L'amud achève le dossier de la caille et ouvre le grand dossier de la manne, en gardant partout la même règle de lecture : la réponse du Ciel épouse la qualité de la demande. Le pain, réclamé kahogen parce qu'on ne peut pas vivre sans lui, tombe le matin, quand on a le temps de l'apprécier ; de là, la Torah tire une derekh erets du repas -- la viande le soir, mais à la lumière de la torche -- et Rav Aha bar Yaakov rappelle qu'avant Moché on mangeait comme des poules picorant dans le fumier, jusqu'à ce qu'il fixe des horaires.

Viennent ensuite deux lectures consonantiques du verset des cailles, vayishtehou lu vayishhatou et chatoah lu chahout ; Rabbi les refuse et tire au passage la source la plus classique de la Torah orale : vezavahta kaacher tsivitikha, alors qu'aucun mode d'emploi de la chehita n'est écrit -- d'où les deux simanim, l'oesophage et la trachée, la majorité d'un seul pour l'oiseau et la majorité des deux pour la behema. Suivent le goût de la manne selon l'âge -- pain aux jeunes gens, huile aux vieillards, miel aux nourrissons --, le classement des quatre selav, la caille qui gonflait au point d'emplir un four et d'imprégner treize galettes, et les amoraim à qui le Ciel en faisait trouver entre les jarres ou entre les bûches, jusqu'au jour où Rava comprend, à la voix d'un enfant lisant un verset, que son maître Rav Hisda est mort : c'est par le mérite du maître que mange le disciple.

La seconde moitié est consacrée à une seule thèse et à son épreuve. La manne était rangée entre deux couches de rosée, comme dans un coffret ; elle était mehouspas, ce qui fond sur la paume ou ce qui s'absorbe dans les deux cent quarante-huit membres -- compte qui ne tombe juste, remarque Rav Nahman bar Yitshak, que sur l'orthographe défective du texte.

Sur le verset le'hem abirim, Rabbi Akiva lit le pain des anges et Rabbi Yichmael le lui refuse net -- Akiva, tu t'es trompé -- en substituant evarim, les membres : un pain sans aucun déchet. Reste alors à sauver le verset de la pelle et de la sortie hors du camp, ce que la guemara fait de trois manières : les denrées des marchands des nations, celles venues d'outre-mer, ou -- pour Rabbi Elazar ben Perata, qui tient que la manne dissipait même celles-là -- une dégradation postérieure à la faute, où le Saint béni soit-Il annonce trois parsaot de marche, exactement la longueur du camp mesurée par Rabba bar bar Hana, puisqu'on ne pouvait sortir ni devant ni sur les côtés mais seulement derrière.

La preuve décisive vient de la plainte elle-même : y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ? L'amud se coupe sur un davar aher qui relira le même verset non plus sur abirim mais sur ich, l'homme.

Yoma 75b : le fil du daf Fin du dossier de la caille, puis le grand dossier de la manne : un pain qui ne laisse aucun déchet À -- Seg 0 : le pain demandé kahogen, et la derekh erets du repas Le pain, indispensable, fut demandé correctement : il tombe le matin, quand on a le temps de l'apprécier. De là : on ne mange la viande que le soir -- mais à la lumière de la torche. Avant Moché, Israël picorait comme des poules : il fixe des horaires. B -- Seg 1 à 3 : la caille, la sanction et le mot chatoah Deux versets sur la mort des plaignants : les moyens meurent aussitôt, les méchants agonisent un mois. Puis deux lectures consonantiques : vayishtehou / vayishhatou, chatoah / chahout. Rabbi refuse et tire de chatoah les nappes -- michtihin. C -- Seg 4 à 7 : le goût selon l'âge, les quatre selav, les amoraim servis du Ciel Pain aux jeunes, huile aux vieillards, miel aux nourrissons. La caille : quatre espèces, du chikhli au selav ; une seule remplit un four. Rav Yehouda, Rav Hisda, Rava en reçoivent -- et la caille cesse le jour où le maître meurt. D -- Seg 8 et 9 : le coffret de rosée et le mot mehouspas Rosée au-dessus, rosée au-dessous : la manne était rangée comme dans un coffret. Puis mehouspas : ce qui fond sur la paume (mah + pass), ou ce qui est absorbé dans 248 membres -- et le compte ne tombe juste que sur le ktiv haser, sans vav. E -- Seg 10 à 13 : le'hem abirim -- Rabbi Akiva contre Rabbi Yichmael, et le problème du yated Pain des anges, dit Rabbi Akiva ; Akiva, tu t es trompé, répond Rabbi Yichmael : abirim, ce sont les evarim, les 248 membres, un pain sans résidu. Mais alors pourquoi la pelle du camp ? Marchandises des marchands des nations, ou -- pour Rabbi Elazar ben Perata -- conséquence de la faute : trois parsaot de marche, la mesure exacte du camp vue par Rabba bar bar Hana. F -- Seg 14 à 16 : la preuve par la plainte, et l'ouverture sur Yehochoua Notre âme est desechee : y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ? La plainte elle-même prouve que la manne ne laissait rien. Rabbi Yichmael conclut par les denrées d'outre-mer -- et l'amud se coupe sur davar aher : le'hem abirim.
Le parcours de l amud : la fin du dossier de la caille, puis le dossier de la manne, dont le coeur est la thèse du pain sans déchet.
Le dossier le'hem abirim : deux lectures, puis un verset à sauver le'hem abirim akhal ish (Tehilim 78:25) l'homme a mangé un pain d'abirim -- de quoi ce mot est-il le nom ? Rabbi Akiva abirim = les puissants, c'est-à-dire les anges du service. Un pain que mangent les anges -- et Israël en a mangé. Réfute : les anges ne mangent pas de pain -- Moché en haut n'a pas mangé de pain (Devarim 9:9). Akiva, tu t es trompé. Rabbi Yichmael Ne lis pas abirim mais evarim : les membres. Un pain entièrement absorbé dans les 248 membres. Conséquence : aucun résidu, aucun déchet -- le corps ne rejette rien de ce qui vient du Ciel. Objection : et le verset de la pelle ? tu auras une pelle parmi tes armes ... et tu couvriras tes excréments (Devarim 23:13-14). Il y avait donc bien un déchet. 1. Réponse anonyme (seg 11) Le déchet ne vient pas de la manne : il vient des denrées que les marchands des nations du monde leur vendaient. La manne agit sur elle-même, pas sur le reste du menu. 2. R. Elazar ben Perata (seg 12) La manne dissipait même ces denrées : rien du tout ne subsistait. Le verset de la pelle vaut après la faute. J'avais dit : comme des anges. Maintenant : trois parsaot de marche. 3. R. Yichmael (seg 15) Même structure que la réponse 1, mais la source du déchet est nommée autrement : les denrées qui leur arrivaient des pays d'outre-mer. La manne n'annule pas le reste. Nafka mina entre 1-3 et 2 Pour 1 et 3, la pelle a toujours été nécessaire : elle vise ce que la manne ne touche pas. Pour Rabbi Elazar ben Perata, elle est une dégradation historique : l'état premier était sans aucun déchet, et la peine consiste à devoir sortir du camp. La plainte du seg 14 -- y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ? -- prouve les deux lectures à la fois.
Le dossier lehem abirim : la mahloket Akiva / Yichmael, l objection du verset de la pelle, et les trois manières de la résoudre.
1
לֶחֶם שֶׁשָּׁאֲלוּ כַּהֹוגֶן — נִיתַּן לָהֶם כַּהֹוגֶן. מִכָּאן לִמְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁלֹּא יֹאכַל אָדָם בָּשָׂר אֶלָּא בַּלַּיְלָה. וְהָאָמַר אַבַּיֵּי: הַאי מַאן דְּאִית לֵיהּ סְעוֹדְתָּא — לָא לֵאכְלַיהּ אֶלָּא בִּימָמָא! כְּעֵין יְמָמָא קָא אָמְרִינַן. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: בַּתְּחִלָּה הָיוּ יִשְׂרָאֵל דּוֹמִין כְּתַרְנְגוֹלִים שֶׁמְּנַקְּרִין בָּאַשְׁפָּה, עַד שֶׁבָּא מֹשֶׁה וְקָבַע לָהֶם זְמַן סְעוּדָה.

Le pain, qu'ils ont demandé comme il convient (kahogen) -- il leur a été donné comme il convient. De là, la Torah a enseigné la derekh erets (la conduite juste) : que l'homme ne mange de viande que la nuit.

Mais Abaye n'a-t-il pas dit : celui qui a un repas, qu'il ne le mange que de jour ! -- Nous voulons dire : quelque chose comme le jour. Rav Aha bar Yaakov a dit : au début, Israël ressemblait à des poules qui picorent dans le tas d'ordures, jusqu'à ce que vienne Moché et qu'il leur fixe une heure de repas.

📜 Rachi (5)
לֶחֶם שֶׁשָּׁאֲלוּ כַּהֹוגֶן שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת בְּלֹא לֶחֶם:
Le pain qu'ils ont demandé comme il convient : car il est impossible de vivre sans pain.
נִיתַּן לָהֶם כַּהֹוגֶן בַּבֹּוקֶר שֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת לַהֲכִינוֹ:
Il leur a été donné comme il convient : le matin, où il y a le temps de le préparer.
שֶׁלֹּא כַּהֹוגֶן יָרַד לָהֶם עִם חֲשֵׁיכָה שָׁעָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְתַקֵּן אוֹתָהּ עַד שְׁעַת הַסְּעוּדָה:
Pas comme il convient : elle est descendue pour eux à la tombée de la nuit, une heure qui ne permet plus de l'accommoder avant l'heure du repas.
כְּעֵין יְמָמָא בְּאוֹר הָאֲבוּקָה:
Quelque chose comme le jour : à la lumière de la torche.
וְקָבַע לָהֶם זְמַן סְעוּדָה בַּבֹּקֶר וּבָעֶרֶב:
Et il leur a fixé une heure de repas : le matin et le soir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָא אָמַר אַבַּיֵּי: הַאי מַאן דְּאִית לֵיהּ סְעוֹדְתָּא, לָא נֵיכְלֵיהּ אֶלָּא בִּימָמָא. מַקְשִׁים אֵיךְ סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּמַקְשָׁן לַחְשֹׁוב דְּאַבַּיֵּי בָּעֵי יְמָמָא מַמָּשׁ, וַהֲלֹא אַבַּיֵּי נָקֵיט מִילְּתֵיהּ עַל דִּבְרֵי רַב יוֹסֵף שֶׁאָמַר מִכָּאן לְסוּמִין שֶׁאוֹכְלִין וְאֵינָן שֶׁבֵּיעִין וְאָמַר אַבַּיֵּי הִילְכָּךְ וְכוּ'. נִמְצָא אַבַּיֵּי בָּא לְאַפּוּקֵי הַמַּחְשָׁךְ, וּמַה שֶׁאָמַר 'יְמָמָא' לָאו דַּוְקָא, דְּאֵינוֹ יְמָמָא מַמָּשׁ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמַּקְשָׁן הֲוָה קַשְׁיָא לֵיהּ בְּדִבְרֵי אַבַּיֵּי דְּקָאָמַר 'אֶלָּא בִּימָמָא' שֶׁהוּא לְשׁוֹן שְׁלִילָה וְאִי אֲמַרְתְּ 'יְמָמָא' דְּנָקֵיט אַבַּיֵּי הוּא כְּעֵין יְמָמָא דְּהַייְנוּ לְאוֹר הַנֵּר אִם כֵּן מַה בָּא לִשְׁלֹול וּלְמַעֵט בְּמִילַת 'אֶלָּא'? עַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר יְמָמָא מַמָּשׁ קָאָמַר דְּאֵינוֹ דּוֹמֶה אוֹר הַנֵּר לְאוֹר הַיּוֹם וְתֵירֵץ לוֹ 'כְּעֵין יְמָמָא' קָאָמַר רוֹצֶה לוֹמַר בְּאוֹר רַב שֶׁהוּא כְּעֵין יְמָמָא, וּבָא לְאַפּוֹקֵי אוֹר מוּעָט שֶׁהוּא שֶׁל נֵר יָחִיד וְהוּא רָחוֹק אוֹ גָּבוֹהַּ שֶׁעַל יָדִי רוֹאֶה הַמַּאֲכָל, אַךְ אֵינוֹ רוֹאֶה רְאִיָּה שְׁלֵימָה.
<i>Mais Abaye n'a-t-il pas dit : celui qui a un repas, qu'il ne le mange que de jour.</i> On objecte : comment a-t-il pu venir à l'esprit de celui qui questionne de penser qu'Abaye exigeait le jour au sens propre ? Abaye énonce en effet sa parole à propos des mots de Rav Yossef, qui a dit : de là on apprend, au sujet des aveugles, qu'ils mangent et ne sont pas rassasiés ; et Abaye a dit : c'est pourquoi, etc. Il se trouve donc qu'Abaye vient exclure celui qui mange dans l'obscurité, et que le mot <i>yemama</i> (de jour) n'est pas à prendre à la lettre. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui faisait difficulté au questionneur, dans les mots d'Abaye, c'est le terme <i>ela</i> (seulement) : c'est une tournure d'exclusion. Si tu dis que le <i>yemama</i> qu'emploie Abaye désigne quelque chose comme le jour, c'est-à-dire la lumière d'une lampe, qu'est-il donc venu exclure et restreindre par le mot <i>ela</i> ? Il faut donc dire qu'il parlait du jour au sens propre, car la lumière de la lampe ne ressemble pas à la lumière du jour. Et on lui a répondu : il a dit <i>keein yemama</i>, quelque chose comme le jour, c'est-à-dire une lumière abondante, semblable au jour ; et il venait exclure une lumière faible, celle d'une lampe unique, éloignée ou placée en hauteur, grâce à laquelle on voit bien la nourriture, mais sans la voir d'une vision complète.
💡 Explication

Suite directe de 75a. La guemara opposait la viande, réclamée chelo kahogen (le ventre plein, par caprice) et donnée chelo kahogen -- à la tombée de la nuit, quand il est trop tard pour l'accommoder -- et le pain, demandé kahogen parce qu'on ne peut pas vivre sans lui, et donné kahogen : le matin, quand on a tout le temps de le préparer. La réponse du Ciel épouse la qualité de la demande.

De ce détail horaire, la guemara tire une règle de derekh erets : la viande se mange le soir. Objection d'Abaye : on ne doit manger qu'en plein jour -- règle qu'il énonce ailleurs à propos des aveugles, qui mangent sans être rassasiés faute de voir leur nourriture. La réponse tient en deux mots : keein yemama, quelque chose comme le jour -- il suffit d'une lumière abondante, celle de la torche selon Rachi.

Rav Aha bar Yaakov ferme la séquence par une image forte : avant Moché, Israël mangeait comme des poules qui picorent dans le fumier -- au hasard, dès qu'il y avait quelque chose. Fixer une heure de repas, matin et soir, c'est le passage de l'ingestion à la civilisation.

2
״הַבָּשָׂר עוֹדֶנּוּ בֵּין שִׁינֵּיהֶם״, וּכְתִיב: ״עַד חֹדֶשׁ יָמִים״, הָא כֵיצַד? בֵּינוֹנִים, לְאַלְתַּר מֵתוּ. רְשָׁעִים, מִצְטַעֲרִין וְהוֹלְכִין עַד חֹדֶשׁ יָמִים.

"La viande était encore entre leurs dents" (Bamidbar 11:33) -- et il est écrit : "jusqu'à un mois de jours" (Bamidbar 11:20). Comment cela ?

Les moyens (benonim) sont morts immédiatement ; les méchants souffraient et duraient jusqu'à un mois de jours.

💡 Explication

Deux versets décrivent la fin des plaignants de Kivrot haTaava, et ils se contredisent sur le calendrier : l'un fait mourir sur-le-champ, la viande encore entre les dents ; l'autre étale la chose sur un mois entier. La guemara résout non par une harmonisation chronologique, mais par une distribution des personnes : deux catégories, deux sorts.

Le renversement est à noter : ce sont les benonim -- les moyens -- qui meurent aussitôt, et les rechaim -- les méchants -- qui durent un mois. Le sursis n'est pas une faveur : il est le prolongement de la souffrance. Mourir vite est ici la part la plus douce.

3
״וַיִּשְׁטְחוּ״, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אַל תִּקְרֵי ״וְיִשְׁטְחוּ״, אֶלָּא ״וַיִּשְׁחֲטוּ״ — מְלַמֵּד שֶׁנִּתְחַייְּבוּ שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שְׁחִיטָה. ״שָׁטוּחַ״, תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: אַל תִּיקְרֵי ״שָׁטוּחַ״, אֶלָּא ״שָׁחוּט״, מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל עִם הַמָּן דָּבָר שֶׁטָּעוּן שְׁחִיטָה. אָמַר רַבִּי: וְכִי מִכָּאן אַתָּה לָמֵד? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״וַיַּמְטֵר עֲלֵיהֶם כֶּעָפָר שְׁאֵר וּכְחוֹל (הַיָּם) עוֹף כָּנָף״.

"Et ils les étendirent (vayishtehou)" (Bamidbar 11:32) -- Reich Lakich a dit : ne lis pas <i>vayishtehou</i> mais <i>vayishhatou</i> : cela enseigne que les ennemis d'Israël (euphémisme pour Israël lui-même) se sont rendus passibles d'égorgement. "Étendu (chatoah)" -- on a enseigné au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : ne lis pas <i>chatoah</i> mais <i>chahout</i> : cela enseigne qu'il est descendu pour Israël, avec la manne, une chose qui requiert la chehita (abattage rituel).

Rabbi a dit : est-ce donc de là que tu l'apprends ? N'est-il pas déjà dit : "Il fit pleuvoir sur eux de la viande comme la poussière, et comme le sable (de la mer) des oiseaux ailes" (Tehilim 78:27) ?

📜 Rachi (1)
שֶׁיָּרַד לָהֶם דָּבָר שֶׁטָּעוּן שְׁחִיטָה וּמְלַמֵּד שֶׁהַשְּׂלָיו דָּבָר שֶׁטָּעוּן שְׁחִיטָה הָיָה:
Qu'il est descendu pour eux une chose qui requiert la chehita : cela enseigne que la caille était une chose qui requiert la chehita.
💡 Explication

Deux al tikri successifs sur la même racine consonantique. Le verset dit que le peuple étendit les cailles autour du camp -- vayishtehou ; Reich Lakich permute les lettres en vayishhatou, ils furent égorgés : la demande de viande les rendait passibles de mort. Le sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme classique : la guemara évite de dire le malheur d'Israël en clair.

Le second al tikri est de nature différente : de chatoah (étendu) à chahout (égorgé), on tire une donnée halakhique -- avec la manne descendait quelque chose qui exige la chehita, c'est-à-dire de la volaille. Rabbi refuse le procédé : pourquoi torturer un mot alors qu'un verset le dit explicitement, ouf kanaf, des oiseaux ailes ? La suite (segment 3) montrera ce que Rabbi fait alors du mot chatoah.

4
וְתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: ״וְזָבַחְתָּ כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ״, מְלַמֵּד שֶׁנִּצְטַוָּה מֹשֶׁה עַל הַוֶּשֶׁט וְעַל הַקָּנֶה, עַל רֹוב אֶחָד בָּעוֹף, וְעַל רֹוב שְׁנַיִם בַּבְּהֵמָה. אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״שָׁטוּחַ״ — מְלַמֵּד שֶׁיָּרַד לָהֶם מַשְׁטִיחִין מַשְׁטִיחִין.

Et il a été enseigné : Rabbi dit : "tu égorgeras ... comme je te l'ai ordonné" (Devarim 12:21) -- cela enseigne que Moché a reçu un commandement sur l'oesophage (vecht) et sur la trachée (kane), sur la majorité de l'un pour l'oiseau et sur la majorité des deux pour l'animal domestique. Alors que vient enseigner "chatoah" ?

Cela enseigne qu'elle descendait pour eux par nappes et par nappes (michtihin michtihin).

📜 Rachi (2)
וְזָבַחְתָּ כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ וְלֹא מָצִינוּ בַּתּוֹרָה צִיוּוּי הַזְּבִיחָה הֵיאַךְ מִכָּאן אַתָּה לָמֵד שֶׁנִּמְסְרוּ לוֹ הִלְכוֹת שְׁחִיטָה עַל פֶּה:
Tu égorgeras comme je te l'ai ordonné : or nous ne trouvons pas dans la Torah de commandement disant comment égorger. De là, tu apprends que les lois de la chehita lui ont été transmises oralement.
מַשְׁטִיחִין הִשְׁלִיו הָיָה עָשׂוּי לִפְנֵיהֶן עַל הָאָרֶץ מַשְׁטִיחִין ליטריד"ש בְּלַעַז:
Michtihin : la caille était disposée devant eux sur le sol en nappes -- <i>litredes</i> en langue vulgaire (le'az).
💡 Explication

Le seul passage franchement halakhique d'un amud aggadique -- et il est capital : c'est l'une des sources classiques de la Torah orale. Le verset dit vezavahta kaacher tsivitikha, tu égorgeras comme je te l'ai ordonné ; or, souligne Rachi, aucun mode d'emploi de l'abattage n'est écrit dans la Torah. Le kaacher tsivitikha renvoie donc nécessairement à un enseignement reçu oralement au Sinaï.

Son contenu est énoncé ici en trois clauses : les deux simanim, la trachée (kane) et l'oesophage (vecht) ; pour l'oiseau, rov ehad -- la majorité d'un seul suffit ; pour la behema, rov chenayim -- la majorité des deux est requise.

Ce faisant, Rabbi reprend le mot chatoah à Rabbi Yehochoua ben Korha et lui rend son sens propre : la caille tombait en nappes, michtihin michtihin, étalée sur le sol -- comme des litières, précise Rachi.

🖼️ Schéma
Ce que Moché a reçu oralement : les simanim de la chehita vezavahta kaasher tsivitikha -- tu égorgeras comme je te l'ai ordonné : or aucun mode d'emploi n'est écrit dans la Torah Coupe du cou kane vecht kane = trachée (souffle) vecht = oesophage (nourriture) Oiseau (of) rov ehad -- la majorité d'un seul kane OU vecht il suffit de trancher plus de la moitié de l'un des deux simanim kacher c'est de là que la guemara veut déduire que la caille exigeait la chehita Behema (animal domestique) rov chenayim -- la majorité des deux kane ET vecht les deux simanim doivent être tranchés chacun sur sa majorité kacher une seule majorité : passoul (invalide)
Ce que Moché reçut oralement au Sinaï : les deux simanim, et la différence entre l'oiseau (majorité d'un seul) et l'animal domestique (majorité des deux).
5
כְּתִיב ״לֶחֶם״, וּכְתִיב ״שֶׁמֶן״, וּכְתִיב ״דְּבַשׁ״. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: לַנְּעָרִים — לֶחֶם, לַזְּקֵנִים — שֶׁמֶן, לְתִינוֹקוֹת — דְּבַשׁ.

Il est écrit "pain" (Chemot 16:4), il est écrit "huile" (Bamidbar 11:8), et il est écrit "miel" (Chemot 16:31). Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : pour les jeunes gens -- du pain ; pour les vieillards -- de l'huile ; pour les nourrissons -- du miel.

📜 Rachi (1)
לֶחֶם יָפֶה לְבַחוּרִים וְשֶׁמֶן לַזְּקֵנִים וּדְבַשׁ לְתִינוֹקוֹת כְּתִיב שֶׁמֶן כְּטַעַם לְשַׁד הַשֶּׁמֶן וְאֵין זֶה לְשׁוֹן שֻׁומָּן אֶלָּא לְשׁוֹן שֶׁמֶן לְפִיכָךְ טַעְמוֹ נָקוּד לְמַעְלָה וּמֵ"ם שֶׁלּוֹ נָקוּד פֶּתַח קָטָן וּלְפִי שֶׁהוּא סוֹף פָּסוּק נֶהְפַּךְ הַשִּׁי"ן לִינָּקֵד בְּקָמַץ גָּדוֹל:
Le pain convient aux jeunes hommes, l'huile aux vieillards et le miel aux nourrissons. Il est écrit "huile", au sens de "comme le goût d'un gâteau à l'huile (lechad hachamen)" ; ce n'est pas là un terme désignant la graisse (chouman), mais bien le mot chemen (huile). C'est pourquoi son accent (ta'am) est noté au-dessus, et son mem est vocalisé d'un patah katan (segol) ; et parce que le mot se trouve en fin de verset, le chin se renverse pour être vocalisé d'un kamats gadol.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּתִיב: (שְׁמוֹת טז) 'לֶחֶם', וּכְתִיב: 'שֶׁמֶן', וּכְתִיב: 'דְּבַשׁ'. קָשֶׁה וַהֲלֹא לֶחֶם וּדְבַשׁ כְּתִיב בְּבִשְׂלָח (שְׁמוֹת טז, לא) וְשֶׁמֶן בְּפָרָשַׁת בְּהַעֲלוֹתְךָ, וְאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּכְתִיב 'דְּבַשׁ' וּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר יא, ח) 'שֶׁמֶן' כְּפִי סֵדֶר הַמִּקְרָאוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַקֻּושְׁיָא הִיא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּבִשְׁלַח 'וְהָיָה טַעְמוֹ כְּטַעַם לְשַׁד הַשֶּׁמֶן' מִפְּנֵי שֶׁשָּׁם בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה קָרְאוּ לֶחֶם שֶׁהוּא שֵׁם דָּבָר הָאָפוּי בַּתַּנּוּר, וּבְפָרָשַׁת בְּהַעֲלוֹתְךָ שֶׁלֹּא קְרָאוֹ לֶחֶם יֹאמַר וְהָיָה טַעְמוֹ כְּצַפִּיחִת בִּדְבַשׁ, שֶׁהוּא דָּבָר הַמְטֻוגָּן, וְלָזֶה אָמַר כְּתִיב 'לֶחֶם' שֶׁנִּמְצָא דְּיִמָּהוּ לְדָבָר הָאָפוּי בַּתַּנּוּר וּכְתִיב נָמֵי 'שֶׁמֶן' דְּדִימָּהוּ גַּם כֵּן לְדָבָר הָאָפוּי, וּכְתִיב 'דְּבַשׁ' שֶׁדִּימָּהוּ לְדָבָר הַמְטֻוגָּן וְקַשְׁיָא לֵיהּ בָּזֶה דַּהֲוָה לֵיהּ לְהַזְכִּיר קְרִיאַת שֵׁם הָאָפוּי בְּמָקוֹם שֶׁהִזְכִּיר שֵׁם הָאָפוּי, שֶׁיַּזְכִּיר שֶׁמֶן בַּמָּקוֹם שֶׁהִזְכִּיר לֶחֶם, וְלָמָּה הִזְכִּיר דְּבַשׁ בְּמָקוֹם שֶׁהִזְכִּיר לֶחֶם? וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמַּקְשָׁן הִזְכִּיר בִּדְבָרָיו סֵדֶר זֶה שֶׁהוּא לֶחֶם שֶׁמֶן דְּבַשׁ מִפְּנֵי שֶׁסֵּדֶר זֶה רָמוּז בְּתֵיבַת לְשֵׁד שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ל חָם ש מִן ד בָּשׁ? וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ הִתְרַצֵּן הֵשִׁיב לִנְעָרִים לֶחֶם לִזְקֵנִים שֶׁמֶן לְתִינוֹקוֹת דְּבַשׁ. וְקָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְהַזְכִּיר זְקֵנִים בְּרֵישָׁא וַהֲדַר נְעָרִים וַהֲדַר תִּינוֹקוֹת אוֹ יַזְכִּירֵם מִקָּטֹן וְעַד גָּדוֹל תִּינוֹקוֹת נְעָרִים זְקֵנִים? אַךְ נִרְאֶה לִי דְּהִתְרַצֵּן הֵשִׁיב כְּפִי מַה שֶׁתָּפַס הַמַּקְשָׁן לֶחֶם וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד נִקְרָא לֶחֶם [78] כְּמִנְיַן שְׁלֹשָׁה הויו"ת [26×3=78] שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה סְפִירוֹת חַבָּ"ד [חָכְמָה, בִּינָה, דַּעַת] וְנִקְרָא שֶׁמֶן שֶׁהָיָה יוֹרֵד מִן ה' שָׁמַיִם' שֶׁהוּא מִסְפַּר שֶׁמֶן [390] וְנִקְרָא דְּבַשׁ אוֹתִיּוֹת בְּ ' שֵׁד שֶׁדּוֹמֶה לְחָלָב שֶׁיֵּשׁ בִּשְׁנֵי שָׂדָיִים שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כַּמָּה מַטְעַמִּים.
<i>Il est écrit "pain", il est écrit "huile", et il est écrit "miel".</i> Difficulté : le pain et le miel sont écrits dans la paracha de Bechalah, et l'huile dans la paracha de Behaalotekha ; il aurait donc fallu dire "il est écrit miel" puis "il est écrit huile", selon l'ordre des versets. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la difficulté est celle-ci : il aurait fallu que ce soit dans Bechalah qu'il soit dit "et son goût était comme le goût d'un gâteau à l'huile", puisque c'est là, dans cette paracha-là, qu'elle est appelée <i>le'hem</i>, mot qui désigne une chose cuite au four ; et dans la paracha de Behaalotekha, où elle n'est pas appelée <i>le'hem</i>, il aurait fallu dire "et son goût était comme un beignet au miel", qui est une chose frite. C'est pourquoi il dit : il est écrit <i>le'hem</i> -- il l'a donc comparée à une chose cuite au four ; et il est écrit aussi <i>chemen</i> -- il l'a comparée de même à une chose cuite au four ; et il est écrit <i>devach</i> -- il l'a comparée à une chose frite. Et la difficulté est qu'il aurait fallu mentionner la dénomination de la chose cuite là où est mentionnée la chose cuite, c'est-à-dire mentionner <i>chemen</i> à l'endroit où est mentionné <i>le'hem</i> : pourquoi à-t-il mentionné <i>devach</i> à l'endroit où est mentionné <i>le'hem</i> ? Il me semble en outre, avec l'aide du Ciel, que celui qui questionne a énoncé cet ordre-là -- pain, huile, miel -- parce que cet ordre est suggéré dans le mot <i>lechad</i>, qui est l'acronyme de <b>L</b>ehem, <b>Ch</b>emen, <b>D</b>evach. Et il me semble que c'est pour cela que celui qui répond à répondu : pour les jeunes gens du pain, pour les vieillards de l'huile, pour les nourrissons du miel. Et il y a une difficulté : il aurait fallu mentionner d'abord les vieillards, puis les jeunes gens, puis les nourrissons ; ou bien les mentionner du plus petit au plus grand : nourrissons, jeunes gens, vieillards. Mais il me semble que celui qui répond à répondu conformément à l'ordre qu'avait adopté celui qui questionne : pain, huile et miel. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'elle est appelée <i>le'hem</i> [78] comme le nombre de trois Havayot [26 x 3 = 78], qui sont les trois sefirot HaBaD ('Hokhma, Bina, Daat) ; et elle est appelée <i>chemen</i> parce qu'elle descendait des <i>chamayim</i> (les cieux), qui vaut le nombre de <i>chemen</i> [390] ; et elle est appelée <i>devach</i>, lettres de <i>bet-chad</i> (deux mamelles), car elle ressemble au lait des deux mamelles, où se trouvent plusieurs saveurs.
💡 Explication

Trois versets donnent trois natures à la manne, incompatibles à première vue : un pain, un goût de gâteau à l'huile (lechad hachamen), un goût de beignet au miel. La solution n'est pas chronologique mais personnelle : la même substance n'a pas la même nature selon qui la mange.

La répartition suit la physiologie des âges : le pain nourrit le jeune homme, l'huile convient au vieillard, le miel au nourrisson. La manne n'est donc pas un aliment unique donné à tous, mais un aliment ajusté à chacun -- ce qui prépare tout le dossier à venir sur son absorption intégrale dans le corps.

Le Ben Yehoyada remarque que l'ordre retenu par la guemara -- pain, huile, miel -- n'est pas celui des versets, et qu'il est inscrit dans le mot même du verset : LeChaD, acronyme de Le'hem, Chemen, Devach.

6
כְּתִיב: ״שְׂלָיו״ וְקָרֵינַן סַלָּיו? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: צַדִּיקִים אוֹכְלִין אוֹתוֹ בְּשַׁלְוָה, רְשָׁעִים אוֹכְלִין אוֹתוֹ וְדוֹמֶה לָהֶן כְּסִילְוִין.

Il est écrit "chelav" (avec un chin) et nous lisons "selav" (avec un samekh) ? Rabbi Hanina a dit : les justes le mangent dans la tranquillité (chalva) ; les méchants le mangent, et il leur paraît comme des ronces (silvin).

📜 Rachi (1)
כְּסִילְוִים קוֹצִים בְּלָשׁוֹן אֲרַמִּי:
Kesilvin : des épines, en langue araméenne.
💡 Explication

Le mot selav présente un écart entre le ketiv (ce qui est écrit, avec un chin) et le keri (ce qui est lu, avec un samekh). Rabbi Hanina refuse de choisir : les deux orthographes sont vraies, mais pas pour les mêmes personnes.

Le ketiv par chin renvoie à chalva, la tranquillité : c'est la caille des justes. Le keri par samekh renvoie à silvin, les ronces en araméen selon Rachi : c'est la caille des méchants. La même viande, exactement la même, est douceur ou piqûre -- la nourriture ne change pas, celui qui la reçoit change tout.

7
אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא: אַרְבָּעָה מִינֵי סְלָיו הֵן, וְאֵלּוּ הֵן: שִׂיכְלִי, וְקִיבְלִי, וּפַסְיוֹנִי, וּשְׁלֵיו. מְעַלְּיָא דְּכוּלְּהוּ: שֶׁיָּכְלִי, גְּרִיעָא דְּכוּלְּהוּ: שְׂלָיו. וְהָוֵי כְּצִיפּוֹרְתָּא, וּמוֹתְבִינַן לֵהּ בְּתַנּוּרָא וְתָפַח וְהָוֵה מְלֵי תַּנּוּרָא, וּמַסְּקִינַן לֵיהּ אַתְּלֵיסַר רִיפֵי, וְאַחֲרוֹנָה אֵינָהּ נֶאֱכֶלֶת אֶלָּא עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת.

Rav Hanan bar Rava a dit : il y a quatre espèces de selav, et les voici : chikhli, kivli, passyoni et selav. La meilleure de toutes : le chikhli ; la plus médiocre de toutes : le selav.

Et elle était comme un passereau ; on la mettait au four, elle gonflait et remplissait le four ; on la posait sur treize galettes, et la dernière ne se mangeait qu'en mélange.

📜 Rachi (4)
וּמוֹתְבִינַן לָהּ בְּתַנּוּרָא כָּךְ מִנְהָגָם לִצְלוֹת שַׁפּוּדֵיהֶם בְּתַנּוּר:
On la mettait au four : telle était leur coutume, de rôtir leurs broches dans le four.
וְתָפַח מֵרֹוב שׁוּמָנוֹ הוּא נִתְפַּח וְנַעֲשָׂה עָב:
Et elle gonflait : par l'abondance de sa graisse, elle enflait et devenait épaisse.
אַתְּלֵיסַר רִיפֵי זוֹ עַל זוֹ רִיפֵי כִּכָּרוֹת:
Sur treize galettes : l'une sur l'autre ; <i>rifei</i> désigne des galettes.
וְתַחְתּוֹנָה אֵינָהּ נֶאֱכֶלֶת מֵרֹוב הַשֻּׁומָּן הַנִּבְלָע בָּהּ וְכָל שֶׁכֵּן הָעֶלְיוֹנוֹת:
Et celle du dessous ne se mangeait pas : à cause de l'abondance de graisse absorbée en elle -- et à plus forte raison celles du dessus.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמוֹתְבִי לֵיהּ אַתְּלֵיסַר רִיפְתִּי. נִרְאֶה לִי בס"ד מִסְפַּר י"ג זֶה הָיָה בְּהַשְׁגָּחָה פְּרָטִית מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁנִּיתַּן בּוֹ כֹּחַ הִתְפַּשְּׁטוּת עַד י"ג לִרְמֹוז שֶׁשֶּׁפַע זֶה יָקָר נִמְשָׁךְ מִמָּקוֹם עֶלְיוֹן שֶׁל י"ג.
<i>Et on la posait sur treize galettes.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce nombre de treize relevait d'une providence particulière venue du Ciel : on lui avait donné une force d'expansion allant jusqu'à treize, pour suggérer que cette abondance précieuse découle d'un lieu supérieur, celui des treize (les treize midot de miséricorde).
💡 Explication

La guemara classe quatre volatiles de la famille du selav, du meilleur au plus médiocre -- et place au dernier rang celui-là même qui tomba au désert. Le détail n'est pas gastronomique : il prépare l'argument. Si la plus médiocre des quatre était déjà telle qu'on va le décrire, on mesure ce que le peuple a rejeté.

Suit la description : de la taille d'un passereau, elle gonflait au four -- de graisse, précise Rachi -- jusqu'à l'emplir entièrement. Posée sur une pile de treize galettes, sa graisse traversait toute la pile : même la dernière en était si imprégnée qu'on ne pouvait la manger seule, mais seulement mélangée à autre chose.

🖼️ Schéma
Les quatre espèces de selav, et la caille du désert meilleure la plus médiocre chikhli meliya de-koulhou la meilleure de toutes kivli passyoni selav gueria de-koulhou la plus médiocre -- et c'est celle du désert Sa taille : celle d'un passereau crue au four le four plein elle gonflait de graisse jusqu'à l'emplir Treize galettes empilées sous elle la graisse traverse toute la pile jusqu'à la dernière galette immangeable seule -- sauf en mélange
Le classement des quatre selav, et la description de la caille du désert : elle emplissait le four et traversait de sa graisse une pile de treize galettes.
8
רַב יְהוּדָה מִשְׁתְּכַח לֵיהּ בֵּי דַנֵּי, רַב חִסְדָּא מִשְׁתְּכַח לֵיהּ בֵּי צִיבֵי. רָבָא מַיְיתֵי לֵיהּ אֲרִיסֵיהּ כָּל יוֹמָא. יוֹמָא חַד לָא אַייְתִי. אָמַר: מַאי הַאי? סָלֵיק לְאִיגָּרָא, שַׁמְעֵיהּ לְיָנוֹקָא דְּקָאָמַר: ״שָׁמַעְתִּי וְתִרְגַּז בִּטְנִי״. אָמַר: שְׁמַע מִנֵּיהּ נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב חִסְדָּא, וּבְדִיל רַבָּה אָכֵיל תַּלְמִידָא.

Rav Yehouda en trouvait entre ses jarres ; Rav Hisda en trouvait entre ses bûches. À Rava, son métayer lui en apportait chaque jour.

Un jour, il n'en apporta pas. Il dit : qu'est-ce que cela ?

Il monta sur le toit, et entendit un enfant qui disait : "J'ai entendu, et mes entrailles ont frémi" (Havakouk 3:16). Il dit : apprends de là que Rav Hisda est mort -- car c'est grâce au maître que le disciple mange.

📜 Rachi (3)
מִשְׁתְּכַח לֵיהּ הָיוּ נִמְצָאוֹת לוֹ בֵּין חָבִיּוֹתָיו שֶׁהָיוּ מַמְצִיאִין לוֹ מִן הַשָּׁמַיִם:
Il en trouvait : elles se trouvaient chez lui entre ses jarres, car on les lui procurait depuis le Ciel.
רַב חִסְדָּא חֻמּוּהָ דְּרָבָא הֲוָה וְרַבּוֹ הֲוָה:
Rav Hisda : il était le beau-père de Rava, et il était son maître.
וּבְדִיל רַבָּה בִּזְכוּת הָרַב הָיָה אוֹכֵל הַתַּלְמִיד:
Oubdil rabba : c'est par le mérite du maître que le disciple mangeait.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַב יְהוּדָה מַשְׁכַּח לֵיהּ בֵּינֵי דָּנֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁשּׁוֹלְחִים אוֹתוֹ מִן הַשָּׁמַיִם בֵּין חָבִיּוֹת שֶׁל יַיִן לִרְמֹוז לוֹ שֶׁהוּא רָאוּי לֶאֱכֹול מִזֶּה מִפְּנֵי שֶׁמִּילֵּא כְּרֵיסוֹ מִן הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְיַיִן. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמַר בַּגְּמָרָא דְּעֵירוּבִין (עֵירוּבִין נד.) אָמַר לוֹ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָא 'שִׁינָּנָא חֲטוֹף אֱכֹול חֲטוֹף אִישְׁתִּי' עַייֵּן שָׁם. וְהַייְנוּ חֲטוֹף מִן הִשְׁלִיו הַנִּמְצָא לְךָ בֵּין הֶחָבִיּוֹת וַחֲטוֹף וְאֶישְׁתֵּי יַיִן מִן הֶחָבִיּוֹת, כִּי בַּעֲבוּר שֻׁומָּן רַב כָּזֶה צָרִיךְ לִשְׁתּוֹת יַיִן לְהַחְזִיק הָאִצְטוֹמְכָא. וְסִייֵּם 'דְּהַאי עָלְמָא דָּמְיָא לְבֵי הִלּוּלָא' שֶׁעוֹשִׂין בִּשְׁבִיל מִצְוַת פְּרִיָּה וּרְבִיָּה כֵּן אַתָּה בַּאֲכִילָתְךָ וּשְׁתִיָּיתְךָ תַּעֲשֶׂה פְּרִיָּה וּרְבִיָּה בִּנְשָׁמוֹת עַל יְדֵי בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁתִּתְבָּרֵר בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה הֶעְדִּיפָה לְךָ בְּיוֹתֵר.
<i>Rav Yehouda en trouvait entre ses jarres.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on les lui envoyait du Ciel entre les jarres de vin est de lui suggérer qu'il était digne de manger de cela parce qu'il avait rempli son ventre de Torah, laquelle est comparée au vin. Et par là se comprend ce qui est dit dans la guemara d'Erouvin (54a) : Chmouel dit à Rav Yehouda : <i>chinena</i> (homme aux dents aiguisées), saisis et mange, saisis et bois -- c'est-à-dire : saisis de la caille qui se trouve pour toi entre les jarres, et saisis et bois du vin des jarres, car pour une graisse aussi abondante il faut boire du vin afin de soutenir l'estomac. Et il a conclu : car ce monde ressemble à une noce -- que l'on fait pour la mitsva de peria ourvia (procréation) ; ainsi toi, par ton manger et ton boire, tu feras une peria ourvia dans les nechamot (âmes), par le birour (le tri) des étincelles de sainteté qui se trient dans le manger et le boire particulièrement fins qui te sont accordés.
רַב חִסְדָּא, מַשְׁכַּח לֵיהּ בֵּינֵי צִיבֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁמּוֹצְאוֹ שָׁם לִרְמֹוז שֶׁהוּא זָכָה לָזֶה הַמַּאֲכָל הַטּוֹב בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְעֵץ דִּכְתִיב ( מִשְׁלֵי ג, יח) עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ וְכוּ'. אוֹ יוּבַן בס"ד דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּגִיטִּין (גִּיטִּין נו.) רַב חִסְדָּא כָּל מַפְתְּחוֹת הָאוֹצָרוֹת שֶׁל מַאֲכָל וּמַשְׁקֶה הָיָה מוֹסֵר לְשַׁמָּעֵיהּ חוּץ מֵאוֹצָר הָעֵצִים הָיָה נִשְׁאָר בְּיָדוֹ וְהָיָה פּוֹתֵחַ וְנוֹתֵן לָהֶם עֵצִים שֶׁצְּרִיכִין לְהַדְלִיק, עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן הָיָה נִמְצָא שָׁם דַּוְקָא כְּדֵי שֶׁלֹּא יִמְצָאֵהוּ שׁוּם אָדָם אֶלָּא הוּא לְבַדּוֹ יִמְצָאֵהוּ וְיִקָּחֵהוּ, וַאֲפִילּוּ אֱנָשֵׁי בֵיתוֹ לֹא יִהְיוּ יוֹדְעִים מֵהֵיכָן בָּא לוֹ זֶה הִשְׁלִיו. וּמַה שֶׁאָמַר רָבָא הֲוָה רָגִיל , מִיתֵי לֵיהּ צַיָּדָא כָּל יוֹמָא מֵאַגְמָא , לִרְמֹוז לוֹ שֶׁזֶּה בָּא לוֹ בִּזְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּמְשְׁלָה לְעֵץ שָׁתוּל עַל מַיִם, דִּכְתִיב (תְּהִלִּים א, ג) וְהָיָה כְּעֵץ שָׁתוּל עַל פַּלְגֵי מָיִם אֲשֶׁר פִּרְיוֹ יִתֵּן בְּעִתּוֹ וְכוּ', וּבָאֲגַם גְּדֵלִים הָעֵצִים עֲלֵי מַיִם. גַּם הָיָה הַצַּיָּיד מֵבִיא לוֹ, זֶה רָמְזוּ לוֹ כִּי זוֹכֶה לָזֶה הַמַּאֲכָל בִּשְׁבִיל שֶׁיָּצוּד נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה עַל יְדֵי אֲכִילָתוֹ בְּכַוָּנָה וּבִבְרָכָה. וּמַה שֶׁאָמַר וּבְדִיל רַבָּה אָכֵיל תַּלְמִידָא נִרְאֶה לִי עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דְּרַב חִסְדָּא הוּא סוֹד הַחֶסֶד וְרָבָא שֶׁלָּקַח בִּתּוֹ הָיָה בְּסוֹד הַיְּסוֹד שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חִיבּוּר הוי"ה אלקי"ם הוי"ה אדנ"י שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם 'רַבָּא' [203] יְעֻויַּן שָׁם. וְלָזֶה אָמַר בְּדִיל רַבָּה שֶׁהוּא סוֹד הַחֶסֶד הָעֶלְיוֹן אָכִיל תַּלְמִידָא שֶׁהוּא בְּסוֹד הַיְּסוֹד שֶׁמִּשָּׁם מְקַבֵּל הֶאָרוֹתָיו.
<i>Rav Hisda en trouvait entre ses bûches.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il les trouvait là est de suggérer qu'il a mérité cette bonne nourriture par le mérite de la Torah, comparée à un arbre, comme il est écrit (Michlei 3:18) : c'est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent, etc. Ou bien on le comprendra ainsi, avec l'aide du Ciel : il est rapporté dans la guemara de Guitin (56a) que Rav Hisda confiait à son serviteur toutes les clés des réserves de nourriture et de boisson, sauf celle de la réserve de bois, qui restait dans sa main : c'est lui qui ouvrait et donnait le bois nécessaire pour allumer, vois là. C'est pourquoi elle se trouvait précisément là, afin que personne d'autre ne la trouve, mais que lui seul la trouve et la prenne ; et même les gens de sa maison ne sauraient pas d'où lui venait cette caille. Et ce qui est dit : Rava avait coutume qu'un chasseur lui en apporte chaque jour depuis l'étang (agam) -- cela lui suggérait que cela lui venait par le mérite de la Torah, comparée à un arbre planté au bord de l'eau, comme il est écrit (Tehilim 1:3) : il sera comme un arbre planté près des courants d'eau, qui donne son fruit en sa saison, etc. ; et c'est dans l'étang que poussent les arbres au bord de l'eau. De plus, c'est un chasseur qui les lui apportait : cela lui suggérait qu'il mérite cette nourriture afin de chasser les étincelles de sainteté par son manger, dans l'intention et avec la bénédiction. Et ce qui est dit : c'est grâce au maître que le disciple mange -- il me semble qu'il faut l'entendre selon ce qu'a dit notre maître (le Ari) dans le Chaar haGuilgoulim : Rav Hisda est le sod (le secret) du 'Hessed, et Rava, qui prit sa fille, était dans le sod du Yessod, où se trouve l'union des Noms Havaya-Elokim et Havaya-Adnout, dont le nombre s'élève à <i>Rava</i> [203], vois là. Et c'est ce qui est dit : par le mérite du maître (rabba), qui est le sod du 'Hessed supérieur, mange le disciple, qui est dans le sod du Yessod, d'où il reçoit ses illuminations.
💡 Explication

Trois amoraim recevaient de la caille sans l'avoir cherchée : Rav Yehouda la trouvait entre ses jarres de vin, Rav Hisda entre ses bûches, et Rava la recevait chaque jour de son métayer. Rachi le dit sans détour : on les lui procurait depuis le Ciel.

Le jour où la livraison s'interrompt, Rava ne conclut pas à un aléas agricole. Il monte sur le toit et prend pour signe la voix d'un enfant lisant un verset -- procédé classique du bat kol par le verset entendu. Le verset choisi dit le tremblement des entrailles à l'annonce d'un malheur.

Sa déduction lie le don à la chaîne du maître au disciple : Rav Hisda était le beau-père et le maître de Rava (Rachi). Tant que le maître vivait, le disciple mangeait à son mérite -- oubdil rabba akhil talmida. Le maître mort, la caille cesse.

9
כְּתִיב: ״וַתַּעַל שִׁכְבַת הַטָּל״, וּכְתִיב: ״וּבְרֶדֶת הַטָּל״? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: טַל מִלְמַעְלָה, וְטַל מִלְּמַטָּה, וְדוֹמֶה כְּמוֹ שֶׁמֻּונָּח בְּקֻופְסָא.

Il est écrit : "et la couche de rosée monta" (Chemot 16:14), et il est écrit : "et quand la rosée descendait ... la manne descendait sur elle" (Bamidbar 11:9) ? Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : de la rosée en haut et de la rosée en bas -- elle avait l'air d'être posée dans un coffret.

📜 Rachi (2)
כְּתִיב וַתַּעַל שִׁכְבַת הַטָּל וְהִנֵּה עַל פְּנֵי הַמִּדְבָּר כְּשֶׁהָיָה הַטַּל עוֹלֶה מִן הָאָרֶץ לִקְרַאת הַחַמָּה כְּדַרְכּוֹ הָיָה נִרְאֶה עַל פְּנֵי הַמִּדְבָּר דַּק מֵחֱסָפֵשׁ לִמְּדָנוּ שֶׁהָיָה הַטַּל מְכַסֶּה אֶת הַמָּן עַד שָׁעָה שֶׁהַטַּל עוֹלֶה לִקְרַאת הַחַמָּה וּכְתִיב יָרַד הַמָּן עָלָיו אַלְמָא טַל מִלְּמַטָּה:
Il est écrit "et la couche de rosée monta" : "et voici, sur la face du désert" -- quand la rosée montait de la terre au-devant du soleil, selon son habitude, on voyait sur la face du désert quelque chose de fin et de granuleux. Nous apprenons donc que la rosée couvrait la manne jusqu'à l'heure où la rosée monte au-devant du soleil. Et il est écrit "la manne descendait sur elle" : il y avait donc aussi de la rosée en dessous.
קוּפְסָא אשקרו"ן בְּלַעַז:
Koufsa : <i>eskerone</i> en langue vulgaire (le'az).
🪔 Ben Yehoyada (1)
טַל מִלְמַעְלָה, וְטַל מִלְּמַטָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד ב' פְּעָמִים טַל הוּא מִסְפַּר לֶחֶם דְּהָמָן נִקְרָא (שְׁמוֹת טז, ד) 'לֶחֶם מִן הַשָּׁמַיִם', שֶׁלְּשַׁפֵּעַ מִן ג' סְפִירוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה הויו"ת כְּמִנְיַן לֶחֶם [78] , וְזֶהוּ שֶׁאָמַר דָּבָר שֶׁנִּמּוֹחַ עַל פִּסַּת הַיָּד, כִּי יָדוּעַ שְׁלֹשָׁה רִאשׁוֹנוֹת רְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת י"ה וּבְפִיסַּת הַיָּד יֵשׁ ט"ו פְּרָקִים כְּמִנְיַן שֵׁם י"ה. וְעַיֵּין בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בְּסוֹד אֲחִיזַת הַכּוֹס הַקִּידּוּשׁ בְּיָדַיִם, יְעֻויַּן שָׁם.
<i>De la rosée en haut et de la rosée en bas.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, que deux fois <i>tal</i> (rosée) [39] font le nombre de <i>le'hem</i> (pain) [78], car la manne est appelée (Chemot 16:4) un pain venu des cieux : l'abondance vient des trois premières sefirot, qui sont trois Havayot, comme le nombre de <i>le'hem</i> [78]. Et c'est ce qu'il a dit : une chose qui fond sur la paume de la main -- car il est connu que les trois premières sont suggérées dans les lettres You-Hé, et que dans la paume de la main il y a quinze phalanges, comme le nombre du Nom You-Hé [15]. Et vois, dans le Chaar haKavanot, le sod de la manière de tenir la coupe du kidouch dans les mains.
💡 Explication

Nouvelle contradiction de versets, sur la position relative de la manne et de la rosée. Le premier verset fait monter la couche de rosée pour découvrir la manne : la rosée était donc au-dessus. Le second fait descendre la manne sur la rosée : la rosée était donc en dessous.

La réponse ne choisit pas : il y avait deux couches, l'une au-dessus, l'autre en dessous. L'image retenue est domestique et précise -- koufsa, un coffret : la manne était rangée, protégée, servie propre. Le Ben Yehoyada y lit un compte : deux fois tal [39] font le'hem [78], le pain venu des cieux.

🖼️ Schéma
Deux versets contraires sur la rosée -- une seule image : le coffret Chemot 16:14 vataal chikhvat hatal -- et la couche de rosée monta, et voici la manne la rosée était AU-DESSUS Bamidbar 11:9 ouveredet hatal ... yered haman alav la manne descendait SUR la rosée la rosée était AU-DESSOUS tal -- rosée la manne tal -- rosée domeh kemo chemounah bekoufsa -- comme posée dans un coffret
Les deux versets contraires sur la rosée, et l'image qui les concilie : la manne enfermée entre deux couches de rosée, comme dans un coffret.
10
״דַּק מְחֻוסְפָּס״, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: דָּבָר שֶׁנִּימּוֹחַ עַל פִּיסַּת הַיָּד. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: דָּבָר שֶׁנִּבְלַע בְּמָאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵבָרִים. מְחֻוסְפָּס — טוּבָא הָוֵי! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: ״מְחֻסְפָּס״ כְּתִיב.

"Fin et granuleux (mehouspas)" (Chemot 16:14) -- Reich Lakich a dit : une chose qui fond (mah) sur la paume (pass) de la main. Rabbi Yo'hanan a dit : une chose qui est absorbée dans les deux cent quarante-huit membres. -- Mais mehouspas fait davantage ! -- Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est écrit "mehaspas" (sans vav).

📜 Rachi (2)
נִימָּח עַל פִּיסַּת הַיָּד מְחֻוסְפָּס נוֹטָרִיקוֹן:
Qui fond sur la paume de la main : <i>mehouspas</i> est un notarikon (un acronyme).
נִבְלָע בָּאֵיבָרִים אֵינוֹ יוֹצֵא מִן הַמֵּעַיִים:
Absorbée dans les membres : elle ne sort pas des intestins.
💡 Explication

Deux lectures du mot rare mehouspas. Reich Lakich le traite en notarikon (Rachi) : mah + pass, ce qui fond sur la paume de la main -- une substance si fine qu'elle se dissout au contact. Rabbi Yo'hanan le traite en guematria : 248, le nombre des membres du corps, et donc une substance entièrement absorbée -- elle ne ressort pas des intestins, précise Rachi.

La guemara vérifie le compte et le trouve faux : mem 40, het 8, vav 6, samekh 60, pe 80, samekh 60 = 254. Rav Nahman bar Yitshak sauve la lecture par l'orthographe du texte : le mot est écrit en ktiv haser, sans vav -- 254 moins 6 = 248. La derasha ne tenait pas sur le mot prononcé mais sur le mot écrit.

🖼️ Schéma
Pourquoi le compte ne tombe juste que sur le ktiv haser Rabbi Yo'hanan : une chose absorbée dans 248 membres -- mais mehouspas vaut 254 Lecture pleine (avec vav) : 254 -- ça ne tombe pas מ 40 ח 8 ו 6 ס 60 פ 80 ס 60 40 + 8 + 6 + 60 + 80 + 60 = 254 Rav Nahman bar Yitshak : mehaspas ketiv -- il est écrit sans vav Lecture défective (sans vav) : 248 -- exactement les membres מ 40 ח 8 ס 60 פ 80 ס 60 40 + 8 + 60 + 80 + 60 = 248 -- comme les 248 evarim
Le compte de Rabbi Yo'hanan ne tombe juste que sur l'orthographe défective du texte : sans le vav, mehaspas vaut exactement 248.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: ״לֶחֶם אַבִּירִים אָכַל אִישׁ״, לֶחֶם שֶׁמַּלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹכְלִין אוֹתוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. וּכְשֶׁנֶּאְמְרוּ דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, אָמַר לָהֶם: צְאוּ וְאִמְרוּ לוֹ לַעֲקִיבָא: עֲקִיבָא טָעִיתָ! וְכִי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹכְלִין לֶחֶם? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״לֶחֶם לֹא אָכַלְתִּי וּמַיִם לֹא שָׁתִיתִי״! אֶלָּא, מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״אַבִּירִים״ — לֶחֶם שֶׁנִּבְלַע בְּמָאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵבָרִים.

Nos maîtres ont enseigné : "l'homme a mangé un pain d'abirim" (Tehilim 78:25) -- un pain que mangent les anges du service ; ce sont les paroles de Rabbi Akiva. Et lorsque ces paroles furent rapportées devant Rabbi Yichmael, il leur dit : allez et dites à Akiva : Akiva, tu t'es trompé !

Les anges du service mangent-ils donc du pain ? N'est-il pas déjà dit : "je n'ai pas mangé de pain et je n'ai pas bu d'eau" (Devarim 9:9) !

Mais alors, comment vais-je maintenir "abirim" ? -- un pain qui était absorbé dans les deux cent quarante-huit membres (evarim).

🪔 Ben Yehoyada (3)
וְכִי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹכְלִים לֶחֶם. נִרְאֶה וַדַּאי גַּם רַבִּי עֲקִיבָא כַּוָּנָתוֹ עַל הָרוּחָנִיּוּת שֶׁל מָן וְלֹא עָלָיו בְּעַצְמוֹ אַךְ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִקְשָׁה לוֹ דְּאֵין הָרוּחָנִיּוּת נִקְרָא בְּשֵׁם לֶחֶם. אִי נָמֵי הִקְשָׁה לוֹ כֵּן עַל שֶׁדָּרַשׁ אַגָּדָה זוֹ בְּפֻומְבִּי שֶׁהַשּׁוֹמְעִין יָבִינוּ הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן שֶׁאוֹכְלִים מִן מַמָּשׁ דַּעֲדַיִין בְּאוֹתוֹ זְמַן לֹא הֻורְגְּלוּ לִדְרֹושׁ אַגָּדוֹת כָּאֵלֶּה בִּפְנֵי הֲמוֹן הָעָם שֶׁחוֹשְׁבִין הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן וּמִתְפַּלְּאִים.
<i>Les anges du service mangent-ils donc du pain ?</i> Il est certain, semble-t-il, que Rabbi Akiva lui-même visait la dimension spirituelle de la manne, et non la manne elle-même ; mais Rabbi Yichmael lui a objecté que la dimension spirituelle ne s'appelle pas du nom de <i>le'hem</i> (pain). Ou bien il lui a objecté cela parce qu'il a exposé cette aggada en public, là où les auditeurs comprendraient les choses selon leur sens littéral -- que les anges mangent réellement de la manne -- car en ce temps-là on n'avait pas encore l'habitude d'exposer de telles aggadot devant la foule du peuple, qui prend les choses au sens littéral et s'en étonne.
וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: (דְּבָרִים ט, ט) "לֶחֶם לֹא אָכַלְתִּי". הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל לָמָּה לֹא הֵבִיא פָּסוּק הַקּוֹדֵם בְּכִי תִּשָּׂא (שְׁמוֹת לד, כח) 'לֶחֶם לֹא אָכַל' עַייֵּן שָׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שָׁם כְּתִיב הָכִי וַיְהִי שָׁם עִם ה' אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לַיְלָה לֶחֶם לֹא אָכַל וְכוּ' וְלָזֶה יֵשׁ לְפָרֵשׁ שֶׁהָיָה בְּמָדוֹר עֶלְיוֹן לְמַעְלָה מִמְּדוֹר הַמַּלְאָכִים, אֲבָל לְעוֹלָם הַמַּלְאָכִים בַּמָּדוֹר שֶׁלָּהֶם אוֹכְלִים מִן וְלָכֵן הֵבִיא פָּסוּק 'וָאֵשֵׁב בָּהָר אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לַיְלָה לֶחֶם לֹא אָכַלְתִּי' דְּזֶה אִי אֶפְשָׁר לְפָרְשׁוֹ בְּמָדוֹר עֶלְיוֹן מִמְּדוֹר הַמַּלְאָכִים אֶלָּא תַּחְתּוֹן, דְּהָא אָמַר וָאֵשֵׁב בָּהָר וְעִם כָּל זֶה לֹא אָכָל, וְכָל שֶׁכֵּן הַמַּלְאָכִים בִּמְקוֹמָן.
<i>N'est-il pas déjà dit (Devarim 9:9) : "je n'ai pas mangé de pain".</i> Le Rav Iyoun Yaakov a objecté : pourquoi n'a-t-il pas apporté le verset antérieur, dans Ki Tissa (Chemot 34:28), "il n'a pas mangé de pain", vois là ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas il est écrit ainsi : "et il fut là avec Hachem quarante jours et quarante nuits, il n'a pas mangé de pain, etc." -- et l'on pourrait donc expliquer qu'il se trouvait dans une demeure supérieure, au-dessus de la demeure des anges, tandis que dans leur propre demeure les anges mangeraient toujours de la manne. C'est pourquoi il a apporté le verset "et je suis resté sur la montagne quarante jours et quarante nuits, je n'ai pas mangé de pain", que l'on ne peut pas expliquer d'une demeure supérieure à celle des anges, mais bien d'une demeure inférieure -- puisqu'il dit "je suis resté sur la montagne" et que malgré cela il n'a pas mangé ; à plus forte raison les anges, dans leur lieu à eux.
לֶחֶם שֶׁנִּבְלַע בְּמָאתַיִם אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵבָרִים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא אָמַר גִּידִין נָמֵי דְּגַם הֵם מְקַבְּלִים מָזוֹן? וְנִרְאֶה לִי כִּי הַמָּן הָיָה בְּסוֹד הַחֲסָדִים, וְיָדוּעַ כִּי רמ"ח אֵיבָרִים הֵם כְּנֶגֶד רְמַ"ח עֲשֵׂה שֶׁהֵם חֲסָדִים וְלָכֵן נִיתַּן הַמָּן בִּזְכוּת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בְּסוֹד הַחֲסָדִים, כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת ב, ב) 'וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי טוֹב הוּא' וְלָכֵן נִבְלַע בְּנֵס בִּרְמַ"ח אֵיבָרִים דַּוְקָא, גַּם אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (תַּעֲנִית ט.) דְּהָיָה הַמָּן עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ בִּזְכוּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁאָמַר (בְּרֵאשִׁית יח, ה) 'וָאֶקְחָה פַּת לֶחֶם' וּ'אַבְרָהָם' [248] הוּא סוֹד הַחֶסֶד וּמִסְפַּר שְׁמוֹ רמ"ח לְכָךְ נִבְלַע בִּרְמַ"ח אֵבָרִים דַּוְקָא.
<i>Un pain qui était absorbé dans les deux cent quarante-huit membres.</i> Il y a lieu d'objecter : pourquoi n'a-t-il pas dit aussi les tendons (guidin), qui eux aussi reçoivent de la nourriture ? Et il me semble que la manne relevait du sod des hassadim ; or il est connu que les 248 membres correspondent aux 248 commandements positifs, qui sont des hassadim. C'est pourquoi la manne fut donnée par le mérite de Moché notre maître, qui était dans le sod des hassadim, comme l'a dit notre maître (le Ari) sur le verset (Chemot 2:2) "elle vit qu'il était bon" -- et c'est pourquoi elle était absorbée miraculeusement dans les 248 membres précisément. Nos maîtres ont dit également (Taanit 9a) que la manne venait par Sa main, béni soit-Il, par le mérite d'Avraham notre père, qui avait dit (Berechit 18:5) "et je prendrai un morceau de pain" ; et <i>Avraham</i> [248] est le sod du 'Hessed, et le nombre de son nom est 248 -- c'est pourquoi elle était absorbée dans les 248 membres précisément.
💡 Explication

Le mot abirim signifie les puissants. Rabbi Akiva y lit les anges du service : la manne serait littéralement le pain des anges, et Israël en aurait mangé. Rabbi Yichmael répond par une des formules les plus abruptes du Talmud -- Akiva, tu t'es trompé -- et son argument est un kal vahomer implicite : Moché, monté en haut quarante jours, n'y a pas mangé de pain ; à plus forte raison les anges n'en mangent pas.

Sa contre-lecture est phonétique : abirim se lit evarim, les membres. La manne est alors un pain intégralement absorbé dans les 248 membres -- c'est la lecture déjà donnée par Rabbi Yo'hanan au segment précédent, et elle devient ici la thèse centrale : la manne ne laissait aucun déchet.

C'est cette thèse que les segments 11 à 15 vont soumettre à l'objection du verset de la pelle.

12
אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים: ״וְיָתֵד תִּהְיֶה לְךָ עַל אֲזֵנֶיךָ (וְיָצָאת שָׁמָּה חוּץ)״, דְּבָרִים שֶׁתַּגָּרֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם מוֹכְרִין אוֹתָן לָהֶם.

Mais alors, comment vais-je maintenir : "tu auras une pelle parmi tes armes (et lorsque tu sortiras au dehors ...)" (Devarim 23:14) ? -- Il s'agit des choses que les marchands des nations du monde leur vendaient.

💡 Explication

L'objection est matérielle et décisive : la Torah ordonne au soldat du camp d'emporter une pelle pour couvrir ses excréments, et d'aller hors du camp. Il y avait donc bien un déchet corporel au désert -- ce qui semble ruiner la thèse du pain intégralement absorbé.

La réponse déplace la source du déchet : il ne venait pas de la manne, mais des denrées achetées aux marchands des nations. La thèse du segment 10 est ainsi maintenue telle quelle -- la manne ne produit rien, mais elle ne rend pas non plus inoffensif ce qui n'est pas elle.

13
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פַּרְטָא אוֹמֵר: אַף דְּבָרִים שֶׁתַּגָּרֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם מוֹכְרִין לָהֶן — מָן מִפִּיגָן. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְיָתֵד תִּהְיֶה לְךָ עַל אֲזֵנֶיךָ״ — לְאַחַר שֶׁסָּרְחוּ אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי יִהְיוּ כְּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, עַכְשָׁיו אֲנִי מַטְרִיחַ אוֹתָם שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת.

Rabbi Elazar ben Perata dit : même les choses que les marchands des nations du monde leur vendaient, la manne les dissipait. Mais alors, comment vais-je maintenir "tu auras une pelle parmi tes armes" ? -- Après qu'ils se furent corrompus, le Saint béni soit-Il dit : moi, j'avais dit qu'ils seraient comme les anges du service ; maintenant, je vais les faire peiner sur trois parsaot.

📜 Rachi (1)
לְאַחַר שֶׁסָּרְחוּ שֶׁנִּתְלוֹנְנוּ עַל כָּךְ שֶׁאָמְרוּ בְּלֶחֶם הַקְּלֹוקֵל (בַּמִּדְבָּר כא):
Après qu'ils se furent corrompus : car ils se plaignirent à ce sujet, en disant "notre âme est dégoûtée de ce pain misérable" (Bamidbar 21:5).
💡 Explication

Rabbi Elazar ben Perata radicalise la thèse : la manne dissipait (mefigan) même les denrées étrangères. Rien du tout, donc, ne subsistait -- et la réponse du segment 11 lui est fermée.

Il doit alors rendre compte autrement du verset de la pelle, et il le fait par une périodisation historique : l'état premier était celui des anges, sans aucun déchet ; le verset ne vaut qu'après la faute -- la plainte contre le le'hem haklokel, le pain misérable (Rachi, Bamidbar 21:5).

La peine est mesurée au reproche : j'avais dit que vous seriez comme des anges, maintenant vous marcherez trois parsaot. Le détail géographique n'est pas rhétorique : le segment suivant le vérifie sur le terrain.

14
דִּכְתִיב: ״וַיַּחֲנוּ עַל הַיַּרְדֵּן מִבֵּית הַיְשִׁימוֹת עַד אָבֵל הַשִּׁטִּים״, וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: לְדִידִי חָזֵי לִי הַהוּא אַתְרָא וְהָוְיָא תְּלָתָא פַּרְסֵי. וּתְנָא: כְּשֶׁנִּפְנִין, אֵין נִפְנִין לֹא לִפְנֵיהֶן, וְלֹא לְצִדְדֵיהֶן, אֶלָּא לַאֲחוֹרֵיהֶן.

Comme il est écrit : "et ils campèrent au bord du Yarden, depuis Beit haYechimot jusqu'à Avel haChitim" (Bamidbar 33:49), et Rabba bar bar Hana a dit : moi-même j'ai vu cet endroit, et il faisait trois parsaot. Et on a enseigné : lorsqu'ils se soulageaient, ils ne se soulageaient ni devant eux, ni sur leurs côtés, mais derrière eux.

📜 Rachi (2)
לֹא לִפְנֵיהֶם וְלֹא לְצִידֵּיהֶם שֶׁאֵין יוֹדְעִים לְאֵיזֶה צַד עֲנָנִים הוֹלְכִים:
Ni devant eux ni sur leurs côtés : car ils ne savaient pas de quel côté les nuées allaient partir.
אֶלָּא לַאֲחוֹרֵיהֶם דְּיוֹדְעִים הֵם שֶׁלֹּא יַחְזְרוּ לַאֲחוֹרֵיהֶן וְאוֹתָן שֶׁלִּפְנִים צְרִיכִין לָצֵאת לְסוֹף הַמַּחֲנֶה מֵאָחוֹר:
Mais derrière eux : car ils savaient qu'ils ne reviendraient pas en arrière. Et ceux qui se trouvaient à l'avant devaient sortir jusqu'au bout du camp, à l'arrière.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַתֶּם לֹא עֲשִׂיתֶם כָּךְ, עַכְשָׁיו אֲנִי מַטְרִיחַ אֶתְכֶם שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת דִּכְתִיב: (בַּמִּדְבָּר לג, מט) "וַיַּחֲנוּ עַל הַיַּרְדֵּן מִבֵּית הַיְשִׁימֹת עַד אֲבָל הַשִּׁטִּים". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵאַחַר שֶׁהֵם נִפְנִים לַאֲחוֹרֵיהֶם דַּוְקָא נִמְצָא טִרְחָא זוֹ אֵינָהּ גְּזֵרָה שָׁוָה בְּכֻולָּם וְהָאַחֲרוֹן אֵינוֹ טוֹרֵחַ כְּלָל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיוּ נִפְנִים כֻּולָּם כְּשִׁיעוּר מִיל, דְּצָרִיךְ שֶׁיִּתְפַּזְּרוּ בְּעֵת פִּנּוֹתָם שֶׁלֹּא יִרְאֶה אֶחָד פָּרוּעַ חֲבֵירוֹ לָכֵן אַחַר שֶׁיַּחֲנוּ יַחְלְקוּ מִדָּבָר שֶׁלְּאַחֲרֵיהֶם י"ב מִיל וְכָל שֵׁבֶט יִפְנֶה בְּמִיל אֶחָד הַמְיֻוחָד לוֹ, וְשֵׁבֶט הַפְּנִימִי שֶׁהוּא בְּרֹאשׁ הַמַּחֲנֶה יִקַּח לוֹ שִׁיעוּר מִיל הָרִאשׁוֹן הַקָּרוֹב לַמַּחֲנֶה וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ עַד שֶׁשֵּׁבֶט שֶׁבְּסוֹף הַמַּחֲנֶה יִתְרַחֵק לִיקַּח מִיל הָאַחֲרוֹן שֶׁל הַשָּׁנִים עָשָׂר, וְנִמְצָא בָּזֶה הֵם שָׁוִים בְּטִרְחָא.
<i>Et vous n'avez pas fait ainsi ; maintenant je vais vous faire peiner sur trois parsaot, comme il est écrit (Bamidbar 33:49) : "et ils campèrent au bord du Yarden, depuis Beit haYechimot jusqu'à Avel haChitim".</i> Il y a lieu d'objecter : puisqu'ils se soulagent uniquement derrière eux, il se trouve que cette peine n'est pas répartie également entre tous, et que le dernier ne peine pas du tout. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est impossible qu'ils se soulagent tous dans l'espace d'un mil, car ils doivent se disperser au moment de se soulager afin que l'un ne voie pas son compagnon découvert. C'est pourquoi, une fois campés, ils divisaient le désert situé derrière eux en douze mil, et chaque tribu se soulageait dans un mil qui lui était propre : la tribu la plus intérieure, qui se trouve en tête du camp, prenait pour elle le premier mil, le plus proche du camp, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la tribu qui se trouve au bout du camp s'éloigne pour prendre le dernier mil des douze. Il se trouve ainsi qu'ils sont égaux dans la peine.
💡 Explication

Les trois parsaot ne sont pas une image : la guemara les mesure. Le verset donne les deux bornes du campement au bord du Yarden, et Rabba bar bar Hana -- connu pour ses témoignages de voyageur -- certifie avoir vu l'endroit : trois parsaot, soit douze mil.

La baraita ajoute la contrainte qui rend la peine effective. On ne pouvait sortir ni devant ni sur les côtés, parce qu'on ignorait de quel côté les nuées allaient reprendre la marche (Rachi) : ces zones pouvaient devenir le prochain campement. Restait le derrière, terrain déjà parcouru, où l'on ne reviendrait jamais.

Conséquence arithmétique : celui qui campait à l'avant devait traverser tout le camp -- exactement les trois parsaot annoncées par la sanction du segment précédent.

🖼️ Schéma
Trois parsaot : la mesure du camp et la règle des trois directions interdites le camp avec les nuées de gloire de Beit haYechimot à Avel haChitim Rabba bar bar Hana : je l'ai vu sens de la marche l'arrière du camp -- le seul côté autorisé 12 mil = 3 parsaot selon le Ben Yehoyada : un mil par tribu, du plus proche au plus éloigné, pour que la peine soit égale Interdit : devant on ne sait pas de quel côté les nuées partiront -- risque de camper sur cet endroit X Interdit : les côtés même raison : la trajectoire du camp peut bifurquer X Autorisé : derrière on sait qu'on ne reviendra jamais en arrière conséquence : ceux de l'avant traversent tout le camp -- la peine annoncée
Pourquoi la sanction fait exactement trois parsaot : la longueur mesurée du camp, et l'interdiction de sortir ailleurs qu'à l'arrière.
15
״וְעַתָּה נַפְשֵׁנוּ יְבֵשָׁה אֵין כֹּל״. אָמְרוּ: עָתִיד מָן זֶה שֶׁתִּיפַּח בְּמֵעֵיהֶם, כְּלוּם יֵשׁ יְלוּד אִשָּׁה שֶׁמַּכְנִיס וְאֵינוֹ מוֹצִיא?

"Et maintenant, notre âme est desechee, il n'y a rien du tout" (Bamidbar 11:6). Ils dirent : cette manne finira par gonfler dans nos entrailles -- y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ?

💡 Explication

La guemara produit ici sa meilleure preuve, et elle vient de la bouche des plaignants eux-mêmes. Le verset "notre âme est desechee, il n'y a rien du tout" est relu comme une inquiétude physiologique : une nourriture qui ne ressort jamais finira par gonfler dans les entrailles.

L'argument est imparable : la plainte n'aurait aucun sens si la manne produisait un déchet ordinaire. En se plaignant, ils attestent la thèse -- ein kol, il n'y a rien du tout, rien qui sorte.

16
וּכְשֶׁנֶּאְמְרוּ דְּבָרִים לִפְנֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, אָמַר לָהֶם: אַל תִּקְרֵי ״אַבִּירִים״, אֶלָּא ״אֵיבָרִים״ — דָּבָר שֶׁנִּבְלַע בְּמָאתַיִם וְאַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה אֵיבָרִים. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְיָתֵד תִּהְיֶה לְךָ עַל אֲזֵנֶיךָ״ — בִּדְבָרִים שֶׁבָּאִין לָהֶם מִמְּדִינַת הַיָּם.

Et lorsque ces paroles furent rapportées devant Rabbi Yichmael, il leur dit : ne lis pas "abirim" mais "evarim" -- une chose qui est absorbée dans les deux cent quarante-huit membres. Mais alors, comment vais-je maintenir "tu auras une pelle parmi tes armes" ? -- Par les choses qui leur venaient des pays d'outre-mer.

🪔 Ben Yehoyada (1)
חַמְרָא וְרֵיחָנֵי פִּקְּחִין. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'עֲשָׂאוּנִי פִּקֵּחַ' וּמַקְשִׁים מַה בָּא רַשִׁ"י זַ"ל לְחַדֵּשׁ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָיָה אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רָבָא קָאֵי עַל לֹא זָכָה מִשֶּׁמֵּמוֹ וְנָקֵיט פִּקְּחִין עַל דֶּרֶךְ סַגִּי נְהוֹר שֶׁרְצוֹנוֹ לוֹמַר קִפְּחִין כִּדְאִיתָא בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת דַּף קמז:) 'חַמְרָא דִּפְרוֹגִיתָא, וּמַיָּא דְּיוֹמְסֵית, קִפְּחוּ עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים מִיִּשְׂרָאֵל' וְעַל זֶה קָאָמַר רָבָא הַהֲנָאוֹת שֶׁל הַמְשָׁכַת הָאָדָם אַחַר הַיַּיִן וּמִינֵי בְּשָׂמִים מְקַפְּחִין אוֹתוֹ וְנָקֵיט פִּקְּחִין אוֹת פ' קֹודֶם קוּ"ף עַל דֶּרֶךְ סַגִּי נְהוֹר דְּאֵלּוּ הֵם מִילּוֹת הֲפוּכוֹת כְּמוֹ כֶּשֶׂב כֶּבֶשׂ שִׂמְלָה שְׁלֵמָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל לְעֵיל (יוֹמָא עה:) בְּמַאֲמָר אַל תִּקְרֵי 'שָׁטוּחַ', אֶלָּא 'שָׁחוּט', עַיֵּין שָׁם, וְכֵן כָּאן בִּמְקוֹם קִפְּחִין אָמַר פִּקְּחִין, לְכָךְ בָּא רַשִׁ"י זַ"ל לְפָרֵשׁ 'עֲשָׂאוּנִי פִּקֵּחַ' וְהַיְינוּ פִּקְּחִין כְּמִשְׁמָעוֹ מַמָּשׁ, וְקָאֵי עַל חֲלֻוקָּה רִאשׁוֹנָה דְּאָמַר זָכָה מְשַׂמְּחוֹ.
<i>Le vin et les parfums rendent perspicace (pikhin).</i> Rachi explique : ils m'ont rendu perspicace. On demande : qu'est-ce que Rachi vient innover par là ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu expliquer que les paroles de Rava portent sur la branche "s'il n'a pas mérité, il le rend fou", et qu'il emploie <i>pikhin</i> par antiphrase (<i>sagui nahor</i>), voulant dire <i>kaphin</i> (ils retranchent), comme il est rapporté dans Chabbat (147b) : le vin de Prougita et les eaux de Diomsit ont retranché les dix tribus d'Israël. Et sur cela Rava dirait : les jouissances de celui qui se laisse entraîner après le vin et les espèces de parfums le retranchent ; et il emploie <i>pikhin</i>, avec le pe avant le kof, par antiphrase, car ce sont des mots inversés -- comme <i>kessev</i> et <i>kevess</i>, <i>simla</i> et <i>salma</i>, et comme l'a dit le Maharcha plus haut (Yoma 75b) à propos de la formule "ne lis pas chatoah mais chahout", vois là ; de même ici, au lieu de <i>kaphin</i> il a dit <i>pikhin</i>. C'est pourquoi Rachi vient expliquer "ils m'ont rendu perspicace", c'est-à-dire <i>pikhin</i> dans son sens propre, et cela porte sur la première branche, celle qui dit : s'il a mérité, il le réjouit.
💡 Explication

Reprise de la position de Rabbi Yichmael, avec une variante dans la source du déchet : non plus les marchands des nations, mais les denrées venues d'outre-mer. La structure logique est celle du segment 11 -- la manne n'agit que sur elle-même -- et elle s'oppose frontalement à Rabbi Elazar ben Perata, pour qui la manne dissipait aussi le reste.

La nafka mina est nette : pour Rabbi Yichmael, la pelle a toujours été nécessaire ; pour Rabbi Elazar ben Perata, elle est une dégradation postérieure à la faute.

Note d'édition : la glose du Ben Yehoyada rattachée ici par Sefaria porte en réalité sur un passage ultérieur du traité -- hamra verehani pikhin, le vin et les parfums rendent perspicace. Elle est traduite telle quelle.

17
דָּבָר אַחֵר: ״לֶחֶם אַבִּירִים אָכַל אִישׁ״ —

Autre explication : "l'homme a mangé un pain d'abirim" (Tehilim 78:25) --

🪔 Ben Yehoyada (1)
"לֶחֶם אַבִּירִים אָכַל אִישׁ", זֶה יְהוֹשֻׁעַ, שֶׁיָּרַד לוֹ מָן כְּנֶגֶד כָּל יִשְׂרָאֵל. קָשֶׁה אִם הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן לְמַאי אִצְטְרִיךְ כָּל רִבּוּי זֶה עַל חִנָּם כִּי הוּא יֹאכַל כִּשְׁאָר אִינָשֵׁי? וְעוֹד לַצַּדִּיקִים הָיָה יוֹרֵד עַל פֶּתַח הָאֹוהֶל וְאֵיךְ הָיָה מָקוֹם עַל פִּתְחוֹ לְהָכִיל זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין הַכַּוָּנָה עַל כַּמּוּת הַמָּן דִּכְמוֹתוֹ וַדַּאי הָיָה שָׁוֶה כִּשְׁאָר עֳומָרִים שֶׁל יִשְׂרָאֵל אַךְ עַל הָאֵיכוּת אַיְירֵי כִּי הָיָה מְלֻובָּשׁ בַּמָּן חֵלֶק רוּחָנִי שֶׁעַל יָדִי הָיוּ מִתְחַכְּמִים בַּתּוֹרָה כָּל אָוכְלֵי הַמָּן וְהָיָה יוֹרֵד לִיהוֹשֻׁעַ בָּעֹומֶר שֶׁלּוֹ כֹּחַ רוּחָנִי שִׁיעוּר רַב בְּאֵיכוּתוֹ כְּנֶגֶד כָּל חֵלֶק רוּחָנִי שֶׁהָיָה יוֹרֵד לְכָל יִשְׂרָאֵל בָּעֳומָרִים שֶׁלָּהֶם, וְלָכֵן נִתְחַכֵּם כְּנֶגֶד כֻּולָּם וְזָכָה לְמַלֹּאות מְקוֹם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לִשְׁפֹּוט יִשְׂרָאֵל.
<i>"L'homme a mangé un pain d'abirim" : c'est Yehochoua, pour qui il descendait de la manne à la mesure de tout Israël.</i> Difficulté : si les choses sont à prendre au sens simple, à quoi bon toute cette surabondance donnée en pure perte, puisqu'il mangeait comme les autres hommes ? De plus, pour les justes elle descendait à l'entrée de la tente : comment y aurait-il eu, à son entrée, la place de contenir cela ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention ne porte pas sur la quantité de la manne -- sa quantité était certainement égale à celle des autres omer d'Israël -- mais qu'il s'agit de la qualité : il y avait, revêtue dans la manne, une part spirituelle par laquelle tous ceux qui mangeaient la manne devenaient sages dans la Torah ; et il descendait pour Yehochoua, dans son omer, une force spirituelle d'une mesure considérable en qualité, égale à toute la part spirituelle qui descendait pour tout Israël dans leurs omer. C'est pourquoi il devint sage à l'égal de tous, et mérita de tenir la place de Moché notre maître pour juger Israël.
💡 Explication

L'amud se coupe sur un davar aher : une troisième lecture du même verset, dont la suite est en 76a. Le mot sur lequel elle portera n'est plus abirim mais ich, l'homme -- lu comme un individu déterminé.

Le Ben Yehoyada, qui commente déjà la suite, en donne la clé : cet ich est Yehochoua, pour qui descendait de la manne à la mesure de tout Israël -- non en quantité, précise-t-il, mais en qualité spirituelle.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).