Yoma 76b -- fin de la preuve que boire est compris dans manger (chekhar, tirosh), l'aggada du vin qui fait chef ou mendiant, puis la source scripturaire de la rehitsa et de la sikha comme afflictions de Kippour.

Yoma 76b

Sougya : Le daf achète deux chantiers. D'abord celui de Rech Lakich : pour compter six interdits de Kippour sur cinq mentions d'inouy dans la Tora, il faut que la chetiya soit comprise dans l'akhila -- ce qui suppose que chekhar et tirosh, dans les versets du maaser cheni, désignent bien du vin.

Une guezera chava tirée du nazir fixe chekhar ; une chaîne de trois versets (Zacharie, Proverbes, Osée) fixe tirosh, avec cette nuance décisive : dans l'Écriture tirosh est du vin, mais les vœux suivent le langage courant. Suit une aggada dense sur le vin, bâtie sur deux ktiv/keri : tirach/tirosh (roch ou rach), yechamah/yissamah (le vin réjouit ou dévaste) -- le vin ne vaut que par la mesure de celui qui le boit.

La seconde moitié ouvre la sougya de la rehitsa et de la sikha : le jeûne de Daniel (Dn 10,3) fournit l'onction, l'ange (Dn 10,12) la qualifie d'affliction ; Rav Zoutra veut tirer le lavage de Ps 109,18, mais la michna de Chabbat lit ce verset à l'envers, et Rav Achi rattache finalement la rehitsa au redoublement ve-sokh lo sakhti. Le daf se clôt sur l'ouverture d'une grande aggada : pourquoi l'ange devait-il « venir » auprès de Daniel -- ce qui appelle la vision d'Ezechiel 8.

Les six interdits de Kippour et leurs sources -- où en est la sougya La michna (Yoma 73b) énonce SIX interdits ; la Tora ne contient que CINQ mentions d'inouy (affliction). D'où la question de Rav Hisda (76a). Interdit Source / deracha Emplacement 1. Akhila (manger) Guezera chava inouy--inouy : Lv 16,29 tenou et-nafchotekhem // Dt 8,3 va-yeankha va-yarivekha -- affliction de la faim 74b / 76a 2. Chetiya (boire) Incluse dans l'akhila : Dt 14,23 ve-akhalta ... tiroshekha (le tirosh est du vin) ; Dt 14,26 ba-yayin ou-va-chekhar ... ve-akhalta 76a -- 76b 3. Sikha (s'oindre) Dn 10,3 ve-sokh lo sakhti ; que ce soit un inouy : Dn 10,12 le-havin ou-le-hitanot 76b (ce daf) 4. Rehitsa (se laver) Tentative 1 : Ps 109,18 (Rav Zoutra) -- ECARTEE ; conclusion de Rav Achi : du redoublement même de ve-sokh lo sakhti (Dn 10,3) 76b (ce daf) 5. Né'ilat ha-sandal 2S 15,30 : David monte pieds nus au mont des Oliviers ; rattache par ki hitanita (1R 2,26) 77a 6. Tachmich ha-mita Gn 31,50 : im teane et benotay -- Lavan à Yaakov ; teane vise l'abstinence conjugale 77a -- 77b La résolution de Rav Hisda : 6 interdits pour 5 versets, parce que la CHETIYA est comptée avec l'AKHILA (Rech Lakich). Notre amud achève cette démonstration (le sens de chekhar et de tirosh), puis passe à la rehitsa et à la sikha. Le Roch (rapporte plus bas) tranche : hormis manger et boire, tous ces inouyim sont d'ordre rabbinique -- les versets ne sont que des asmakhtot.
Carte de la sougya : les six interdits de Kippour, leur source scripturaire et leur emplacement dans le chapitre. Les lignes bleues sont traitées dans ce daf.
Le mot tirosh désigne-t-il le VIN ou des FRUITS SUCRÉS ? Enjeu : si tirosh n'est pas du vin, la preuve de Rech Lakich (boire est inclus dans manger) tombe. Dt 14,23 : ve-akhalta ... maaser deganekha TIROSHEKHA ve-yitsharekha Objection -- tirosh = douceurs Braita des vœux : qui voue de s'abstenir du tirosh est interdit de toutes les douceurs -- et le VIN lui est PERMIS. Preuve À -- Zac 9,17 ve-tirosh yenovev betoulot : il délie la langue même des vierges -- donc il enivre, donc c'est du vin. Réfutation : c'est CE QUI PROVIENT du tirosh (le vin issu des raisins) qui délie les vierges. Preuve B -- Pr 3,10 ve-tirosh yekavekha yifrotsou : le yekev est la fosse devant le pressoir -- on n'y trouve que du vin. Réfutation : même réponse -- ce qui provient du tirosh fait déborder tes cuves. Preuve C -- Os 4,11 : DÉCISIVE zenout ve-yayin ve-TIROSH yikah lev : il ravit le cœur. Or manger des raisins n'enivre pas. Aucune réfutation. Conclusion de la guemara De l'avis de TOUS, dans l'Écriture tirosh = VIN. Et la braita des vœux ? En matière de nedarim on suit le LANGAGE COURANT, où tirosh = fruits sucrés. Règle générale mise en œuvre ici : le sens BIBLIQUE d'un mot et son sens USUEL peuvent diverger. Les deracha suivent l'Écriture ; les vœux suivent la bouche de celui qui parle. Nafka mina : celui qui voue contre le tirosh peut boire du vin, alors que le tirosh du verset de la dîme est bien du vin.
La sous-sougya du tirosh : trois preuves, deux réfutations, une conclusion -- et la distinction entre sens biblique et langage courant.
Sikha et rehitsa : la chaîne de dérivation, et la tentative écartée Tout part d'un seul verset : le jeûne de Daniel (Dn 10,3) et sa qualification par l'ange (Dn 10,12). Dn 10,3 -- Daniel : le'hem hamoudot lo akhalti, ou-vassar va-yayin lo va el pi, VE-SOKH LO SAKHTI (je n'ai pas mangé de pain de délices ... et je ne me suis pas oint du tout) 1. La SIKHA est bien visée ve-sokh lo sakhti -- Daniel s'est privé de l'onction. Que cela vaille INOUY : Dn 10,12 natata et libekha ... OU-LE-HITANOT 2. La REHITSA -- tentative 1 Rav Zoutra bar R. Tovia : Ps 109,18 va-tavo kha-mayim be-kirbo ve-kha-chemen be-atsmotav. L'eau, comme l'huile, agit de l'extérieur = lavage. Objection : la michna lit ce verset à l'ENVERS (Chabbat 86a) ; d'où sait-on que la sikha est comme la boisson ? De va-tavo kha-mayim -- donc l'eau = la BOISSON, et l'huile s'apprend de l'eau. 3. Conclusion -- Rav Achi : la rehitsa sort du CORPS MÊME du verset de Daniel Le verset redouble le verbe : ve-SOKH lo SAKHTI, alors qu'il pouvait écrire simplement ve-lo sakhti (Rachi). Ce surplus inclut le lavage. Une seule source porte donc les deux interdits : sikha ET rehitsa. À retenir : Ps 109,18 n'est pas abandonné -- il reste la source de sikha ke-chetiya (l'onction vaut boisson), mais il ne peut pas servir en même temps à fonder la rehitsa. Voir le schéma du segment correspondant.
De Daniel à Rav Achi : comment la sikha puis la rehitsa sont rattachées à la notion d'inouy, et pourquoi la première tentative échoue.
1
(חַייָּב).

(... il est passible.)

📜 Rachi (1)
חַיָּיב מִשּׁוּם שֵׁכָר אַל תֵּשְׁתְּ (וַיִּקְרָא י׳:ט׳):
Il est passible - au titre de « ne bois ni vin ni chekhar » (Lv 10,9).
💡 Explication

Ce fragment clôture la braita citée à la fin de 76a. La guemara y cherchait le sens du mot chekhar dans le verset du maaser cheni (Dt 14,26). Une piste avait été proposée : chekhar désignerait la devela ke'ilit, une galette de figues pressées de la ville de Ke'ila, réputée enivrante -- donc un aliment, et non une boisson. À l'appui : celui qui en mange puis entre au Temple est passible, au titre de l'interdit fait au kohen d'officier en état d'ivresse.

L'enjeu de fond dépasse de loin le vocabulaire : si chekhar est un aliment, le verset ne prouve plus que la chetiya (boisson) est comprise dans l'akhila (manger) -- et toute la réponse de Rav Hisda sur le nombre des inouyim de Kippour s'effondre.

2
אֶלָּא: יָלֵיף ״שֵׁכָר״ ״שֵׁכָר״ מִנָּזִיר, מַה לְהַלָּן — יַיִן, אַף כָּאן יַיִן.

Plutôt : on apprend (le sens de) « chekhar » par « chekhar » du nazir. De même que là-bas il s'agit de vin, de même ici il s'agit de vin.

📜 Rachi (1)
אַף כָּאן יַיִן וּבַיַּיִן אֵין שִׁכְרוּת אֶלָּא בִּשְׁתִיָּיתוֹ:
De même ici, du vin - et pour le vin, il n'y a d'ivresse que par sa boisson.
🗂️ Tossefot (1)
גָּמַר שֵׁכָר שֵׁכָר מִנָּזִיר וְאִם תֹּאמַר לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא יָלֵיף גְּזֵירָה שָׁוָה בַּבָּרַייְתָא פֶּרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יג:) מְנָא לֵיהּ דִּשְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה יֵשׁ לוֹמַר מִסְּבָרָא כִּדְאָמְרִינַן בפ"ג דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כב:) אִיבָּעֵית אֵימָא קְרָא אִיבָּעֵית אֵימָא סְבָרָא אבע"א סְבָרָא כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי תָּא וְנִטְעוֹם מִידִי וְאָזְלִי וְאָכְלִי וְשָׁתוּ א"נ נִרְאֶה לִי נְהִי דִּלְגַבֵּי בִּיאַת מִקְדָּשׁ לָא יָלֵיף שֵׁכָר שֵׁכָר מִנָּזִיר לְחַייֵּב אַפֵּי' בִּשְׁאָר מְשַׁכְּרִין הָכָא גַּבֵּי מַעֲשֵׂר שֵׁנִי הֲוָה יָלֵיף גְּזֵירָה שָׁוָה דְּהָתָם טַעְמָא רַבָּה אִיכָּא דְּלָא יָלֵיף מִשּׁוּם דִּשְׁתוּיֵי יַיִן גְּנַאי הוּא לִיכָּנֵס שִׁכּוֹר לִפְנִים דַּאֲפִילּוּ לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם אֵין עוֹשִׂין כֵּן כ"ש לִפְנֵי מֶלֶךְ מַלְכֵי הַמְּלָכִים הקב"ה וְכֵיוָן דְּטַעְמָא מש"ה הוּא מַה לִי יַיִן מַה לִי שְׁאָר מְשַׁכְּרִין אֲבָל בְּעָלְמָא מוֹדֶה דְּגָמְרִינַן מִנָּזִיר תֵּדַע דְּהָא הָכָא אַלִּיבָּא דמ"ד אָכַל דְּבֵילָה קְעִילִית וְנִכְנַס לַמִּקְדָּשׁ חַיָּיב דְּהַייְנוּ רַבִּי יְהוּדָה מַסְּקִינַן גָּמַר שֵׁכָר שֵׁכָר מִנָּזִיר אַלְמָא דְּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה הָכָא כִּדְפָרֵי' וְנִיחָא נָמֵי הָא דְּקָשֶׁה אַדִּגְמַרַת מִנָּזִיר נִגְמַר מִמִּקְדָּשׁ אֲפִילּוּ שְׁאָר מְשַׁכְּרִין אֶלָּא וַדַּאי לָא גָּמְרִינַן מְקַדֵּשׁ מֵעָלְמָא וְלָא בְּעָלְמָא גָּמְרִינַן מִינָּהּ דְּטַעֲמָא דְּהָתָם הָוֵי כִּדְפָרֵי' וְהָא לֹא שַׁייָּךְ בְּעָלְמָא וְאִם תֹּאמַר דְּהַשְׁתָּא מַסְּקִינַן הָכָא דִּדְבֵילָה קְעִילִית אֵין נִקַּחַת בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר וּבְפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כז:) לָא מַשְׁמַע הָכִי דְּדָרְשִׁינַן בְּיַיִן לְרַבּוֹת שֶׁלּוֹקְחִין יַיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ בְּשָׂכָר מְלַמֵּד שֶׁלּוֹקְחִין תֶּמֶד מִשֶּׁהֶחְמִיץ וּמְפָרֵשׁ הָתָם דִּצְרִיכִי דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בְּשֵׁכָר הֵ"א דְּבֵילָה קְעִילִית [כְּתַב רַחֲמָנָא יַיִן ע"ג קַנְקַנּוֹ וכ"ש דְּבֵילָה קְעִילִית] וְאִייַּתַּר לָן בְּשָׂכָר לִתְמָד מִשֶּׁהֶחְמִיץ וע"ק מִנָּלַן הָתָם לְמִידְרַשׁ כָּל הָנֵי דִּרְשׁוּת בְּיַיִן שֶׁלּוֹקְחִין יַיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ בְּשָׂכָר לִתְמָד מִשֶּׁהֶחֱמִיץ בַּבֹּקֶר ע"ג עוֹרוֹ בַּצֹּאן ע"ג גִּיזּוֹתָיו וְהָא צְרִיכִי לְמִידְרַשׁ מִינַּייְהוּ כְּלָלֵי וּפְרָטֵי לְכָל הַפָּחוֹת תַּרְתֵּי מִינַּייְהוּ צְרִיכִי חַד בַּעֲלֵי חַיִּים וְחַד שֶׁאֵינָן בַּעֲלֵי חַיִּים דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא יַיִן וְשֵׁכָר הֵ"א גִּידּוּלֵי קַרְקַע מַמָּשׁ דַּווְקָא וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא בַּבֹּקֶר וּבַצֹּאן הֵ"א בַּעֲלֵי חַיִּים אִין שֶׁאֵין בַּעֲלֵי חַיִּים לָא כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף יז.) גַּבֵּי הַעֲנָקָה וְי"ל דְּהָתָם לָאו מְבִיִין וְשֵׁכָר וּבַבֹּקֶר וּבַצֹּאן קָא דָּרֵישׁ אֶלָּא מִיִּתּוּרָא דביתי"ן דַּהֲוָה מָצֵי לְמִיכְתַּב יַיִן וְשֵׁכָר בָּקָר וְצֹאן וְהַשְׁתָּא נִיחָא בִּשְׁמַעְתָּא דְּבִכְלַל שֵׁכָר דִּקְרָא לָא הָוֵי דְּבֵילָה קְעִילִית וא"ת וְלָמָּה לִי לְרַבּוֹיֵי הָתָם דְּבֵילָה קְעִילִית תִּיפּוֹק לֵיהּ מִכְּעֵין הַפְּרָט דְּהָוֵי פְּרִי מִפְּרִי וְגִידּוּלֵי קַרְקַע וְי"ל דְּשֶׁמָּא אֵינָהּ רְאוּיָה לַאֲכִילָה וְלָא חֲשִׁיבָא פְּרִי כֻּולֵּי הַאי וא"ת הָכָא דְּפָרִיךְ וְאֵימָא דְּבֵילָה קְעִילִית לִישַׁנֵּי מִיַּיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ (דְּאֵינָהּ) דְּנִקַּחַת נָפְקָא כִּדְאִיתָא בְּפֶ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף בַּז:) וְנִרְאֶה לִי דְּשַׁפִּיר פָּרִיךְ דְּאִי מִיַּיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ נֵימָא דְּאֵינָהּ נִקַּחַת דְּבֵילָה קְעִילִית בִּפְנֵי עַצְמָהּ מִכֶּסֶף מַעֲשֵׂר אֶלָּא בְּהַבְלָעָה דֻּומְיָא דְּיַיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ כִּדְמַשְׁמַע הָתָם דְּכָל הָנָךְ דְּמִרַבֵּינַן מִדְרָשׁ' דביתי"ן אֵינָהּ נִקַּחַת בְּעֵינַיְיהוּ אֶלָּא בְּהַבְלָעָה וְהָכִי פָּרֵיךְ וְאֵימָא דִּשְׂכַר גּוּפֵיהּ מַייְרֵי בִּדְבֵילָה קְעִילִית וְתִהְיֶה נִקַּחַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ בְּלֹא הַבְלָעָה וא"ת אַמַּאי לָא גָּמְרִינַן דִּשְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה מִדִּכְתִיב בְּשֵׁכָר וְדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ תְּמָד מִשֶּׁהֶחְמִיץ וְאָמַר רַחֲמָנָא וְאָכַלְתָּ וי"ל ע"י אֲנִיגְרוֹן אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר וְאָכַלְתָּ לָא קָאֵי אֶלָּא אַגּוּפֵיהּ וְלָא אַמַּאי דְּמִרַבֵּינַן מִדְרָשׁ' דביתי"ן תֵּדַע דְּהָא יַיִן אַגַּב קַנְקַנּוֹ וּבָקָר אַגַּב עוֹרוֹ וְצֹאן אַגַּב גִּיזּוֹתָיו לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ אֲכִילָה וְאִם תֹּאמַר כִּי גָּמְרִינַן שֵׁכָר שֵׁכָר מִנָּזִיר דְּשֵׁכָר חַמְרָא הוּא מִנָּלַן דִּשְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה הִיא דִּילְמָא בְּיַיִן קָרוּשׁ הַבָּא מִשְּׂנִיר לְהָכִי כְּתַב וְאָכַלְתָּ וְכִי הַאי גַּוְונָא פָּרֵיךְ בְּפֶרֶק קַמָּא דְּסֻוכָּה (דַּף יב.) בגמ' דְּזֶה הַכְּלָל וְכוּ' וְיֵשׁ לוֹמַר דִּילְמָא לָא חֲזִי לַאֲכִילָה אֶלָּא שׁוֹרִין אוֹתוֹ בְּמַיִם וְשׁוֹתִין וְעוֹד מַאי קמ"ל קְרָא וְעוֹד דְּגָמְרִינַן מִנָּזִיר מֶה הָתָם בְּכָל מִינֵי יַיִן אָסוּר דִּכְתִיב מִכֹּל אֲשֶׁר יֵעָשֶׂה מִגֶּפֶן וְגוֹ' אַף שֵׁכָר דְּהָכָא:
On apprend chekhar-chekhar du nazir - Si tu demandes : selon Rabbi Yehouda, qui n'apprend pas cette guezera chava dans la braita du chapitre Amrou Lo (Keritot 13b), d'où tient-il que la boisson est comprise dans le manger ? On peut dire : par le raisonnement (sevara), comme nous disons au troisième chapitre de Chevouot (22b) : « si tu veux, dis un verset ; si tu veux, dis un raisonnement » -- le raisonnement étant, comme disent les gens : « viens, allons goûter quelque chose », et ils vont manger et boire. Ou encore, il me semble : bien qu'à propos de l'entrée au Temple il n'apprenne pas chekhar-chekhar du nazir -- ce qui rendrait passible même pour les autres boissons enivrantes -- ici, à propos du maaser cheni, il apprendrait bien la guezera chava. Car là-bas il y a une raison majeure de ne pas l'apprendre : pour ceux qui ont bu du vin, c'est une indignité d'entrer ivre à l'intérieur ; même devant un roi de chair et de sang on n'agit pas ainsi, à plus forte raison devant le Roi des rois des rois, le Saint béni soit-Il. Et puisque tel est le motif, quelle différence entre le vin et les autres boissons enivrantes ? Mais ailleurs, il concède qu'on apprend du nazir. La preuve : ici même, selon l'avis qui dit que celui qui a mangé une dévéla ke'ïlit et est entré au Temple est passible -- c'est-à-dire Rabbi Yehouda -- nous concluons qu'il apprend chekhar-chekhar du nazir ; donc Rabbi Yehouda concède ici, comme nous l'avons expliqué. Et cela résout aussi la difficulté suivante : plutôt que d'apprendre du nazir, apprenons du Temple, et l'on inclurait même les autres boissons enivrantes ! Mais en vérité on n'apprend pas le Temple d'ailleurs, ni ailleurs du Temple, car le motif là-bas est celui que nous avons expliqué, et il ne vaut pas ailleurs. Si tu demandes : nous concluons ici que la dévéla ke'ïlit ne s'achète pas avec l'argent du maaser, alors qu'au chapitre Be-khôl Meaervin (Erouvin 27b) cela ne semble pas ainsi. On y expose « be-yayin » pour inclure qu'on achète le vin avec sa cruche, « be-chekhar » pour enseigner qu'on achète le temed (piquette) une fois fermenté ; et on explique là-bas que les deux termes sont nécessaires, car si la Tora n'avait écrit que « be-chekhar », j'aurais dit la dévéla ke'ïlit ; [la Tora a donc écrit « be-yayin » pour le vin avec sa cruche, et à plus forte raison la dévéla ke'ïlit], et « be-chekhar » reste disponible pour le temed fermenté. Autre difficulté : d'où sait-on, là-bas, qu'il faut exposer toutes ces derachot -- « be-yayin » qu'on achète le vin avec sa cruche, « be-chekhar » le temed fermenté, « ba-bakar » avec sa peau, « ba-tson » avec ses toisons -- alors que ces mots sont nécessaires pour en tirer la règle des généraux et des particuliers (kelalei ou-fratei) ? Au minimum deux d'entre eux sont nécessaires : un être vivant et un non-vivant. Car si la Tora n'avait écrit que « vin et chekhar », j'aurais dit : uniquement ce qui pousse littéralement de la terre ; et si elle n'avait écrit que « bœuf et petit bétail », j'aurais dit : les êtres vivants oui, les non-vivants non -- comme nous disons au premier chapitre de Kidouchin (17a) à propos de l'ha'anaka (le présent fait à l'esclave libéré). On peut répondre : là-bas, la deracha ne porte pas sur « vin et chekhar, bœuf et petit bétail » eux-mêmes, mais sur le surplus des lettres bet (le « be- » préfixe), car le verset aurait pu écrire « yayin ve-chekhar, bakar va-tson ». Et dès lors notre sougya se comprend bien : dans le mot chekhar du verset lui-même, la dévéla ke'ïlit n'est pas comprise. Si tu demandes : pourquoi faut-il inclure la-bas la dévéla ke'ïlit ? Qu'on la déduise de « ke-ein ha-perat » (ce qui ressemble au particulier), puisqu'elle est un fruit issu d'un fruit et pousse de la terre ! On peut répondre : peut-être n'est-elle pas propre à la consommation et n'est-elle pas considérée comme un fruit à ce point. Si tu demandes : ici, quand la guemara objecte « et dis donc : la dévéla ke'ïlit ! », qu'elle réponde que cela ressort déjà du vin acheté avec sa cruche, comme dans Erouvin 27b ! Il me semble que l'objection est bonne : car si on ne l'apprenait que du vin avec sa cruche, on dirait que la dévéla ke'ïlit ne s'achète pas pour elle-même avec l'argent du maaser, mais seulement par inclusion (havlaa), à l'instar du vin avec sa cruche -- comme il ressort là-bas que tout ce qui est inclus par la deracha des lettres bet ne s'achète pas isolément mais par inclusion. Et voici le sens de l'objection : dis donc que le mot chekhar lui-même parle de la dévéla ke'ïlit, et qu'elle s'achèterait pour elle-même, sans inclusion. Si tu demandes : pourquoi n'apprend-on pas que la boisson est comprise dans le manger à partir de « be-chekhar », dont on tire le temed fermenté, alors que la Tora dit « et tu mangeras » ? On peut répondre : on peut le consommer au moyen d'un anigron (une sauce). Ou encore : « et tu mangeras » ne porte que sur le corps du verset, et non sur ce qui est ajouté par la deracha des lettres bet ; la preuve : au vin avec sa cruche, au bœuf avec sa peau, au petit bétail avec ses toisons, le manger ne s'applique pas. Si tu demandes : lorsque nous apprenons chekhar-chekhar du nazir, que chekhar est du vin, d'où tenons-nous que la boisson est comprise dans le manger ? Peut-être s'agit-il du vin figé qui vient du Senir, et c'est pourquoi il est écrit « et tu mangeras » ! Une objection de ce genre est posée au premier chapitre de Souka (12a), dans la guemara de « telle est la règle », etc. On peut répondre : peut-être n'est-il pas propre à être mangé, mais on le fait tremper dans l'eau et on le boit. De plus, qu'enseignerait alors le verset ? De plus, nous apprenons du nazir : de même que là-bas toutes les espèces de vin sont interdites, comme il est écrit « de tout ce qui est fait de la vigne... », de même le chekhar dont il est question ici.
💡 Explication

La guemara abandonne la piste de la dévéla ke'ïlit et tranche par une guezera chava : le mot chekhar figure aussi dans le verset du nazir (Nb 6,3), où il désigne indubitablement du vin. Le sens s'y transporte : dans le verset du maaser cheni aussi, chekhar est du vin fort, une boisson.

Rachi ajoute la raison de fond : pour le vin, l'ivresse ne vient que de la boisson -- ce qui reconduit le verset au registre de la chetiya. Le verset achète donc bien des boissons et conclut malgré tout par ve-akhalta (« tu mangeras ») : la preuve de Rech Lakich tient.

🖼️ Schéma
La guezera chava chekhar -- chekhar : du nazir au maaser cheni Une guezera chava est un rapprochement de deux versets par un mot identique : le sens fixé dans l'un s'impose à l'autre. SOURCE -- le nazir (Nb 6,3) mi-yayin ve-CHEKHAR yazir Le sens y est certain : il s'agit de VIN, et le nazir est mis en garde contre la boisson. CIBLE -- le maaser cheni (Dt 14,26) ba-yayin ou-va-CHEKHAR ... ve-akhalta Le sens y était discuté : boisson forte, ou aliment enivrant ? chekhar = chekhar Piste ECARTEE : la dévéla ke'ïlit Galette de figues pressées de Ké'ila -- un ALIMENT qui enivre : celui qui en mange et entre au Temple est passible (fin du segment précédent). RETENU : chekhar = vin fort Rachi : pour le vin, il n'y a d'ivresse que par la BOISSON -- l'aliment enivrant n'est pas visé ici. Ce que la guezera chava produit Le verset achète une BOISSON (vin, chekhar) et conclut par ve-akhalta, tu mangeras : preuve que la chetiya est comprise dans l'akhila -- ce que Rech Lakich voulait établir.
La guezera chava chekhar--chekhar : du verset du nazir à celui du maaser cheni, et la piste écartée de la dévéla ke'ïlit.
3
וְתִירוֹשׁ חַמְרָא הוּא? וְהַתַּנְיָא: הַנּוֹדֵר מִן הַתִּירוֹשׁ — אָסוּר בְּכָל מִינֵי מְתִיקָה וּמֻותָּר בְּיַיִן! וְלָאו חַמְרָא הוּא? וְהָכְתִיב: ״וְתִירוֹשׁ יְנוֹבֵב בְּתוּלוֹת״, דָּבָר הַבָּא מִן הַתִּירוֹשׁ — יְנוֹבֵב בְּתוּלוֹת.

Et le tirosh est-il du vin ? Mais n'a-t-on pas enseigné : celui qui fait vœu de s'abstenir du tirosh est interdit de toutes les espèces de douceurs, et le vin lui est permis ! -- Et le tirosh ne serait pas du vin ?

Mais n'est-il pas écrit : « et le tirosh fait s'épancher (yenovev) les vierges » ! -- (Réponds :) c'est la chose qui provient du tirosh qui fait s'épancher les vierges.

📜 Rachi (4)
אָסוּר בְּכָל מִינֵי מְתִיקָה בְּפֵירוֹת חֲדָשִׁים בְּתַפּוּחִים בַּעֲנָבִים:
Il est interdit de toutes les espèces de douceurs - les fruits nouveaux, les pommes, les raisins.
וּמֻותָּר בְּיַיִן בֶּן אַרְבָּעִים:
Et le vin lui est permis - (le vin) âgé de quarante (jours), c'est-à-dire le vin fait.
וְתִירוֹשׁ יְנוֹבֵב בְּתוּלוֹת זֶה יַיִן טוֹב שֶׁהוּא מְשַׁכֵּר אֶת הָאָדָם לְגַלּוֹת סִתְרֵי לִבּוֹ הָאֲטוּמִים כַּבְּתוּלָה:
Et le tirosh fait s'épancher les vierges - c'est du bon vin, qui enivre l'homme au point de lui faire révéler les secrets de son cœur, scellés comme une vierge.
הַבָּא מִן הַתִּירוֹשׁ מִן הָעֲנָבִים וְהָכִי קָאָמַר קְרָא הָעֲנָבִים יוֹצִיאוּ לָכֶם דָּבָר אֲשֶׁר יְנוֹבֵב בְּתוּלוֹת:
Ce qui provient du tirosh - des raisins ; et voici ce que dit le verset : les raisins produiront pour vous une chose qui fera s'épancher les vierges.
💡 Explication

La guemara revient en arrière sur le premier maillon de la démonstration de Rech Lakich : le verset Dt 14,23 (« tu mangeras... ton tirosh »). Cette preuve suppose que tirosh soit du vin. Une braita relative aux nedarim (vœux) semble dire le contraire : qui se voue contre le tirosh reste libre de boire du vin.

La guemara riposte par Zacharie 9,17. Rachi lit yenovev à partir de niv sefatayim, la parole : le tirosh délie la langue et fait sortir les secrets du cœur, même chez une vierge -- effet propre à l'alcool, non à un fruit sucré. Réponse : le verset parle de ce qui provient du tirosh (le vin tiré des raisins), tirosh désignant les raisins eux-mêmes.

4
וְהָכְתִיב: ״וְתִירוֹשׁ יְקָבֶיךָ יִפְרֹוצוּ״! דָּבָר הַבָּא מִן הַתִּירוֹשׁ — יְקָבֶיךָ יִפְרֹוצוּ.

Mais n'est-il pas écrit : « et tes cuves déborderont de tirosh » ! -- (Là encore :) c'est la chose qui provient du tirosh qui fera déborder tes cuves.

📜 Rachi (2)
וְתִירוֹשׁ יְקָבֶיךָ יִפְרֹוצוּ וְכָל יֶקֶב שֶׁבַּמִּקְרָא הוּא הַבּוֹר שֶׁלִּפְנֵי הַגַּת וְשָׁם אֵין הָעֲנָבִים נְתוּנִים אֶלָּא הַיַּיִן:
Et tes cuves déborderont de tirosh - tout yekev, dans l'Écriture, désigne la fosse qui se trouve devant le pressoir ; on n'y met pas les raisins, mais seulement le vin.
דָּבָר הַבָּא מִתִּירוֹשׁ וְכוּ' וְהָכִי קָאָמַר קְרָא עֲנָבִים יִהְיוּ לְךָ הַמַּפְרִיצִים יְקָבֶיךָ בְּיַיִן וּלְעוֹלָם אֵין הַיַּיִן נִקְרָא תִּירוֹשׁ אֶלָּא הָעֲנָבִים:
Une chose qui provient du tirosh, etc. - et voici ce que dit le verset : tu auras des raisins qui feront déborder tes cuves de vin ; et jamais le vin n'est appelé tirosh -- seuls les raisins le sont.
💡 Explication

Deuxième tentative de preuve, tirée de Proverbes 3,10. L'argument est technique et repose sur le vocabulaire du pressoir : le yekev, précise Rachi, n'est pas la cuve où l'on foule les raisins, mais la fosse de recueil située en contrebas -- on n'y trouve donc jamais des raisins, seulement du jus. Si le tirosh y déborde, tirosh est un liquide.

La guemara oppose la même parade qu'au segment précédent, ce qui montre que la réponse est un principe de lecture et non une échappatoire ponctuelle : un nom de fruit peut désigner, par métonymie, le produit qu'on en tire.

5
וְהָא כְּתִיב ״זְנוּת וְיַיִן וְתִירוֹשׁ יִקַּח לֵב״! אֶלָּא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא תִּירוֹשׁ חַמְרָא הוּא, וּבִנְדָרִים הַלֵּךְ אַחַר לְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם.

Mais il est écrit : « débauche, vin et tirosh ravissent le cœur » ! -- Plutôt : de l'avis de tous, le tirosh est du vin, et en matière de vœux on suit le langage courant des gens.

📜 Rachi (2)
וְהָכְתִיב יַיִן וְתִירוֹשׁ יִקַּח לֵב וַאֲכִילַת עֲנָבִים אֵינָהּ מְשַׁכֶּרֶת:
Mais il est écrit : vin et tirosh ravissent le cœur - or manger des raisins n'enivre pas.
הַלֵּךְ אַחַר לְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם וְאֵין דַּרְכָּן לִקְרוֹת אֶת הַיַּיִן תִּירוֹשׁ לְכָךְ מֻותָּר בְּיַיִן:
On suit le langage courant - et il n'est pas d'usage chez les gens d'appeler le vin tirosh ; c'est pourquoi le vin lui est permis.
💡 Explication

La troisième preuve est décisive. Osée 4,11 impute au tirosh un effet de désorientation du cœur, et Rachi tranche en une ligne : manger des raisins n'enivre pas. Aucune parade par métonymie n'est possible ici, car c'est le tirosh lui-même qui agit.

La guemara adopte alors une solution de type lexical et non exégétique : dans l'Écriture tirosh signifie vin, mais les nedarim suivent le lachon benei adam, la langue usuelle de l'époque, où tirosh désigne les fruits sucrés. C'est un principe récurrent du traité Nedarim : un vœu n'engage que selon ce que ses mots signifient dans la bouche de celui qui parle.

6
וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ יַיִן, וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ תִּירוֹשׁ? יַיִן — שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה לָעוֹלָם. תִּירוֹשׁ — שֶׁכָּל הַמִּתְגָּרֶה בּוֹ נַעֲשָׂה רָשׁ.

Et pourquoi l'appelle-t-on yayin, et pourquoi l'appelle-t-on tirosh ? Yayin -- parce qu'il amène la lamentation (yelala) dans le monde.

Tirosh -- parce que quiconque s'y adonne devient pauvre (rach).

📜 Rachi (1)
שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה ע"י הַיַּיִן רַב הַנִּיאוּף וּפוּרְעָנוּת בָּאָה לָעוֹלָם. יַיִן לְשׁוֹן תַּאֲנִיָּה וִילָלָה:
Qu'il amène la lamentation - par le vin l'adultère se multiplie et le châtiment vient au monde. Yayin est du même registre que taaniya va-aniya, plainte et lamentation.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר רַבִּי יִצְחָק : ' יַיִן ', שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה לָעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת 'יַיִן' בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה י ו " ד י ו " ד נ ו " ן עוֹלֶה הַמִּילּוּי מִסְפַּר יְלָלָה עִם הַכּוֹלֵל [76] וְאִם תְּצָרֵף עִם הַמִּלּוּי מִסֵּפֶר הַפָּשׁוּט יִהְיֶה מִסְפַּר יַיִן [70] מִסְפַּר עוֹלָם [146] נִמְצָא יָפֶה דְּרָשׁ שֶׁמֵּבִיא יְלָלָה דַּיְיקָא לְעוֹלָם דַּייְקָא. וְנִרְמְזָה הַיְּלָלָה בְּמִלּוּי לוֹמַר אֵימָתַי יָבִיא יְלָלָה? הוּא כַּאֲשֶׁר הָאָדָם יְמַלֵּא כְּרֵיסוֹ מִמֶּנּוּ אֲבָל שׁוֹתֶה דָּבָר מוּעָט יָפֶה הוּא.
Rabbi Yits'hak a dit : « yayin », parce qu'il amène la yelala (lamentation) dans le monde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres de yayin dans leur <i>milouy</i> (leur plénitude, c'est-à-dire l'épellation complète de chaque lettre) -- youd-vav-daleth, youd-vav-daleth, noun-vav-noun -- donnent, pour le seul supplément du milouy, le nombre de yelala avec le kollel (l'unité ajoutée) [76] ; et si tu joins au milouy le nombre simple, celui de yayin [70], tu obtiens le nombre de olam, le monde [146]. Il se trouve ainsi que la deracha est parfaitement ajustée : « il amène la yelala » précisément, « dans le monde » précisément. Et la yelala est suggérée dans le milouy, pour dire : quand amène-t-il la lamentation ? Lorsque l'homme s'en emplit le ventre ; mais celui qui en boit peu, c'est une bonne chose.
' תִּירוֹשׁ ', שֶׁכָּל הַמִּתְגָּרֶה בּוֹ נַעֲשָׂה רָשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל בְּשֵׁם סֵפֶר הַתְּמוּנָה תָּיו לְשׁוֹן גְּבוּל כְּמוֹ (בַּמִּדְבָּר לד, י) 'וְהִתְאַוִּיתֶם' (מִשְׁלֵי כג, ג) 'תְּתָאוּ' וְלָכֵן אוֹת תָּיו הִיא בְּסוֹף אַלְפָא בֵּיתָא שֶׁהִיא גְּבוּל לְכָל הָאוֹתִיּוֹת עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן כָּאן רֶמֶז נָכוֹן כִּי 'תִּירוֹשׁ' כְּתִיב בחול"ם בִּמְקוֹם וָא"ו וְנִמְצָא תִּירוֹשׁ הוּא אוֹתִיּוֹת תָּיו רָשׁ אַךְ אוֹתִיּוֹת ר"ש אֵינָם מְחֻובָּרִים יַחַד אֶלָּא אוֹת וָא"ו מַפְסִיק בְּתוֹכָם וּמְבַטֵּל מַשְׁמָעוּתָם וְאִם זָכָה לַעֲשׂוֹת גְּבוּל בִּשְׁתִייַּת הַיַּיִן שֶׁאֵינוֹ שׁוֹתֶה יוֹתֵר מִן הָרָאוּי אָז אֶצְלוֹ הוּא תִּירוֹשׁ דְּאוֹתִיּוֹת תָּיו שֶׁהֵם לְשׁוֹן גְּבוּל מְחֻובָּרִים עִם אוֹתִיּוֹת רָשׁ וּמִתְבַּטֵּל מַשְׁמָעוּת שֶׁל רָשׁ, אֲבָל הַמִּתְגָּרֶה בּוֹ כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ עוֹשֶׂה גְּבוּל בִּשְׁתִייָּתוֹ אֶלָּא שׁוֹתֶה יוֹתֵר מִדַּאי בְּלִי גְּבוּל אָז יִסְתַּלְּקוּ אוֹתִיּוֹת תָּיו שֶׁהֵם לְשׁוֹן גְּבוּל מִן תִּירוֹשׁ וְיִשָּׁאֵר אוֹתִיּוֹת רָשׁ לְבַד לְהוֹרוֹת שֶׁנַּעֲשָׂה רָשׁ. אוֹ יוּבַן קָרוֹב לָזֶה דְּאִיתָא בְּאוֹתִיּוֹת דְּרַבִּי עֲקִיבָא תָּיו רוֹמֶזֶת לַתּוֹרָה וְלָכֵן נִרְשַׁם עַל מִצְחוֹת הַצַּדִּיקִים תָּיו שֶׁל דְּיוֹ (שַׁבָּת נה.) יְעֻויַּן שָׁם. וְיֵשׁ שׁוֹתֶה כְּדֵי לְהִתְפַּקֵּחַ כְּמוֹ שֶׁאָמַר 'חַמְרָא וְרֵיחָנֵי פִּקְּחִין' וְכֵן אָמַר רַבִּי הַבוּ חַמְרָא לְדַרְדַּקֵּי כִּי הֵיכִי דְּלֵימְרוּ מִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא דְּנִכְנַס יַיִן יָצָא סוֹד (סַנְהֶדְרִין לח.) הִנֵּה זֶה טוֹב בְּוַדַּאי וְנִקְרָא תִּירוֹשׁ שֶׁמְּחֻובָּר תָּיו עִם רָשׁ וּבָטֵל רָשׁ וְאִם לָאו שֶׁשּׁוֹתֶה לְשָׁכְרָה דַּוְקָא נַעֲשֶׂה רָשׁ שֶׁיִּסְתַּלְּקוּ אוֹתִיּוֹת תָּיו וְיִשָּׁאֵר רָשׁ.
« Tirosh », parce que quiconque s'y adonne devient rach. Il me semble, avec l'aide du Ciel, (qu'on l'expliquera) d'après ce qu'a dit le Rav Kehilat Yaakov, de mémoire bénie, au nom du Sefer ha-Temouna : la lettre <i>tav</i> exprime la limite (guevoul), comme dans « ve-hitavitem » (Nb 34,10) et « titav » (Pr 23,3) ; c'est pourquoi le tav se trouve à la fin de l'alphabet, étant la limite de toutes les lettres -- vois-y. Cela éclaire ici une allusion juste : tirosh est écrit (dans ce verset) avec un holam à la place du vav, de sorte que tirosh est fait des lettres du nom <i>tav</i> et des lettres <i>rach</i> ; mais les lettres rech et chin ne sont pas jointes -- le vav s'interpose entre elles et annule leur sens. Si l'homme mérite de mettre une limite à sa consommation de vin, ne buvant pas plus qu'il ne convient, alors c'est pour lui du tirosh : les lettres du tav, qui expriment la limite, sont jointes aux lettres rach, et le sens de rach est annulé. Mais celui qui s'y adonne, c'est-à-dire qui ne pose aucune limite à sa boisson et boit plus que de raison, alors les lettres du tav -- la limite -- se retirent du mot tirosh, et il ne reste que les lettres rach, pour indiquer qu'il devient pauvre. Ou bien on comprendra de façon voisine : il est dit dans les Otiot de-Rabbi Akiva que le tav fait allusion à la Tora, et c'est pourquoi l'on inscrit sur le front des justes un tav à l'encre (Chabbat 55a) -- vois-y. Or il en est qui boivent pour aiguiser leur esprit, comme il est dit « le vin et les parfums rendent perspicace », et de même Rabbi disait : « donnez du vin aux jeunes élèves, afin qu'ils disent des paroles de Tora », car « le vin entre, le secret sort » (Sanhédrin 38a). Cela est assurément une bonne chose, et cela s'appelle tirosh, où le tav est joint à rach et où rach est annulé. Sinon, s'il boit précisément pour s'enivrer, il devient rach : les lettres du tav se retirent et il ne reste que rach.
💡 Explication

La sougya bascule du registre halakhique au registre aggadique. Ayant établi que yayin et tirosh désignent la même chose, la guemara demande pourquoi la langue en garde deux noms : chacun dit un aspect du danger. Yayin est rapproché de yelala, la lamentation ; Rachi renvoie à l'expression biblique taaniya va-aniya, plainte et gémissement.

Tirosh est rapproché de rach, le pauvre. Le verbe mitgare (« s'y adonner », littéralement « se provoquer avec lui ») indique que le blâme ne vise pas le vin mais le rapport que l'homme entretient avec lui -- ce que le segment suivant va systématiser.

7
רַב כָּהֲנָא רָמֵי: כְּתִיב ״תִּירַשׁ״, וְקָרֵינַן ״תִּירוֹשׁ״. זָכָה — נַעֲשָׂה רֹאשׁ, לֹא זָכָה — נַעֲשָׂה רָשׁ. (וְהַיְינוּ דְּרָבָא דְּרָבָא) רָמִי, כְּתִיב: ״יִשְׂמַח״, וְקָרֵינַן יִשְׂמַח. זָכָה — מְשַׂמְּחוֹ, לֹא זָכָה — מִשֶּׁמֵּמוֹ. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רָבָא: חַמְרָא וְרֵיחָנֵי — פִּקְּחִין.

Rav Kahana opposait (deux lectures) : il est écrit « tirach », et nous lisons « tirosh ». S'il a mérité -- il devient chef (roch) ; s'il n'a pas mérité -- il devient pauvre (rach).

(Et c'est là ce que dit Rava, car Rava) opposait : il est écrit « yechamah », et nous lisons « yissamah ». S'il a mérité -- (le vin) le réjouit ; s'il n'a pas mérité -- il le dévaste.

Et c'est là ce que dit Rava : le vin et les parfums m'ont rendu perspicace.

📜 Rachi (4)
זָכָה לִשְׁתּוֹת לְפִי מִדָּה:
S'il a mérité - de boire selon la mesure.
נַעֲשָׂה רֹאשׁ שֶׁמְּפַקֵּחַ לִבּוֹ בְּחָכְמָה:
Il devient chef - car (le vin) éveille son cœur à la sagesse.
כְּתִיב יִשְׂמַח בְּשִׁי"ן לְשׁוֹן שְׁמָמָה וְקָרֵינַן יַיִן יִשְׂמַח לְשׁוֹן שִׂמְחָה:
Il est écrit yechamah - avec un chin, du registre de chemama (désolation) ; et nous lisons « le vin yissamah », du registre de simha (joie).
פִּקְּחִין פִּקְּחוּנִי עֲשָׂאוּנִי פִּקֵּחַ:
Pik'hin - ils m'ont rendu perspicace, ils ont fait de moi un homme éveillé.
🪔 Ben Yehoyada (2)
זָכָה נַעֲשָׂה רֹאשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד וָא"ו דְּתִיר ו ש אַף עַל גַּב דְּלָא כְּתִיב יוֹצְאָהּ בִּקְרִיאָה וְיֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וְאִם תְּחַלֵּק אוֹת ו' לִשְׁנֵי אוֹתִיּוֹת לַעֲשׂוֹת אוֹתָהּ אוֹת א' וְאוֹת ה' אָז תְּצָרֵף אוֹת ה' עִם תי' ד תי רוֹשׁ וְיִהְיֶה בְּיָדְךָ תֵּיבַת תְּהִי וְתִצָּרֵף אוֹת א' עִם אוֹתִיּוֹת ר " ש דְּתִירוֹשׁ וְיִהְיֶה בְּיָדְךָ תֵּיבַת רֹאשׁ הֲרֵי כָּאן תֵּיבוֹת תְּהִי רֹאשׁ נִמְצָא אוֹתִיּוֹת תִּירוֹשׁ נַעֲשׂוּ תְּהִי רֹאשׁ. אוֹ יוּבַן בס"ד זָכָה לִשְׁתּוֹת שִׁיעוּר בֵּינוֹנִי כְּדֵי לְהִתְפַּקֵּחַ בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה הָרָמוּז בְּאָלֶף לָשׁוֹן (תְּהִלִּים נה, יד) 'אַלּוּפִי וּמְיֻדָּעִי' נַעֲשֶׂה רֹאשׁ שֶׁיָּבֹא אוֹת א' וְיַפְסִיק בֵּין אוֹתִיּוֹת רָשׁ וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת ט, יח) 'וְחוֹטֶא אֶחָד יְאַבֵּד טוֹבָה הַרְבֵּה' רֶמֶז לְאוֹת א' שֶׁמִּסְּפָרוֹ אֶחָד וְחוֹטֵא לְשׁוֹן חִסָּרוֹן. וּמַה שֶׁאָמַר זָכָה מְשַׂמְּחוֹ , לֹא זָכָה מִשֶּׁמֵּמוֹ נִרְאֶה דְּהַשּׁוֹתֶה מְעַט שֶׁהוּא שִׁיעוּר שִׂמְחָה שֶׁמְּשַׂמֵּחַ הַלֵּב אָז דִּבּוּרוֹ יִהְיֶה מְעַט וְזֶה נִרְמַז בְּשִׂמְחָה 'שָׂח מֶה' רוֹצֶה לוֹמַר שָׂח מְעַט כְּמוֹ (שְׁמוֹת טז, ז) 'וְנַחְנוּ מָה' שִׂיחָתוֹ מוּעֶטֶת מַה שֶׁאֵין כֵּן הַשּׁוֹתֶה הַרְבֵּה מַרְבֶּה דְּבָרִים וְתִהְיֶה שִׂיחָתוֹ מְרֻובָּה הֲרֵי זֶה מִשְׁמָעוֹ כִּי הַמַּרְבֶּה דְּבָרִים מֵבִיא חֵטְא (מִשְׁנָה אָבוֹת א, יז) .
« S'il a mérité, il devient roch. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : le vav de tir-o-uch, bien qu'il ne soit pas écrit, ressort à la lecture -- et « la lecture fait autorité » (yech em la-mikra). Or si tu divises la lettre vav en deux lettres, pour en faire un aleph et un hé (1 + 5 = 6), joins alors le hé aux lettres tav-youd de tirouch et tu obtiens le mot <i>tehi</i> (« qu'il soit ») ; joins l'aleph aux lettres rech-chin de tirouch et tu obtiens le mot <i>roch</i> (« chef »). Voici donc les mots tehi roch : il se trouve que les lettres de tirouch sont devenues « qu'il soit chef ». Ou bien on comprendra ainsi, avec l'aide du Ciel : s'il a mérité de boire une mesure moyenne, afin d'aiguiser son esprit dans l'étude de la Tora -- ce à quoi le aleph fait allusion, du registre de « aloufi ou-meyoudai », mon guide et mon familier (Ps 55,14) -- il devient roch, car la lettre aleph vient s'intercaler entre les lettres de rach. Et c'est le sens de « et un seul fauteur (ve-hôte ehad) fait perdre beaucoup de bien » (Qo 9,18) : allusion à la lettre aleph, dont le nombre est un (ehad), hôte étant du registre du manque. Quant à « s'il a mérité, il le réjouit ; s'il n'a pas mérité, il le dévaste » : il semble que celui qui boit peu -- la mesure qui réjouit le cœur -- parlera peu, et cela est suggéré dans le mot simha, (qu'on peut lire) <i>sah ma</i>, c'est-à-dire : il parle peu, comme dans « et nous, que sommes-nous ? » (Ex 16,7) -- son propos est réduit. Il n'en va pas de même de celui qui boit beaucoup : il multiplie les paroles et son propos devient abondant -- et c'est bien le sens (de l'autre terme), car qui multiplie les paroles amène la faute (Avot 1,17).
חַמְרָא וְרֵיחָנֵי פִּקְּחִין. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'עֲשָׂאוּנִי פִּקֵּחַ' וּמַקְשִׁים מַה בָּא רַשִׁ"י זַ"ל לְחַדֵּשׁ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָיָה אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רָבָא קָאֵי עַל לֹא זָכָה מִשֶּׁמֵּמוֹ וְנָקֵיט פִּקְּחִין עַל דֶּרֶךְ סַגִּי נְהוֹר שֶׁרְצוֹנוֹ לוֹמַר קִפְּחִין כִּדְאִיתָא בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת דַּף קמז:) 'חַמְרָא דִּפְרוֹגִיתָא, וּמַיָּא דְּיוֹמְסֵית, קִפְּחוּ עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים מִיִּשְׂרָאֵל' וְעַל זֶה קָאָמַר רָבָא הַהֲנָאוֹת שֶׁל הַמְשָׁכַת הָאָדָם אַחַר הַיַּיִן וּמִינֵי בְּשָׂמִים מְקַפְּחִין אוֹתוֹ וְנָקֵיט פִּקְּחִין אוֹת פ' קֹודֶם קוּ"ף עַל דֶּרֶךְ סַגִּי נְהוֹר דְּאֵלּוּ הֵם מִילּוֹת הֲפוּכוֹת כְּמוֹ כֶּשֶׂב כֶּבֶשׂ שִׂמְלָה שְׁלֵמָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל לְעֵיל (יוֹמָא עה:) בְּמַאֲמָר אַל תִּקְרֵי 'שָׁטוּחַ', אֶלָּא 'שָׁחוּט', עַיֵּין שָׁם, וְכֵן כָּאן בִּמְקוֹם קִפְּחִין אָמַר פִּקְּחִין, לְכָךְ בָּא רַשִׁ"י זַ"ל לְפָרֵשׁ 'עֲשָׂאוּנִי פִּקֵּחַ' וְהַיְינוּ פִּקְּחִין כְּמִשְׁמָעוֹ מַמָּשׁ, וְקָאֵי עַל חֲלֻוקָּה רִאשׁוֹנָה דְּאָמַר זָכָה מְשַׂמְּחוֹ.
« Le vin et les parfums rendent perspicace. » Rachi explique : « ils m'ont rendu perspicace » -- et l'on demande : qu'apporte donc Rachi de neuf ici ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on aurait pu comprendre les paroles de Rava comme portant sur « s'il n'a pas mérité, il le dévaste », et lire <i>pik'hin</i> par antiphrase (sagui nahor, « plein de lumière » pour dire aveugle), à savoir <i>kaf'hin</i>, « qui retranchent », comme il est dit dans Chabbat (147b) : « le vin de Perougita et les eaux de Yomsit ont retranché dix tribus d'Israël ». Rava dirait alors : les plaisirs de celui qui se laisse entraîner par le vin et par les espèces de parfums le retranchent (du monde), et il aurait écrit pik'hin, avec le pe avant le kof, par antiphrase -- car ce sont des mots à lettres interverties, comme kessev / kevess, simla / salma, et comme l'a dit le Maharcha, de mémoire bénie, plus haut (Yoma 75b) sur l'énoncé « ne lis pas chatoua'h mais chahout » -- vois-y ; ainsi ici, au lieu de kaf'hin il aurait dit pik'hin. C'est pourquoi Rachi vient expliquer « ils m'ont rendu perspicace », c'est-à-dire pik'hin au sens propre, ce qui porte sur la première branche, celle qui dit : s'il a mérité, (le vin) le réjouit.
💡 Explication

Rav Kahana exploite l'écart entre le ktiv (ce qui est écrit dans le rouleau) et le keri (ce que la tradition fait lire). Le mot est écrit tirach mais lu tirosh : les deux lectures coexistent et décrivent deux destins du buveur -- roch, chef, ou rach, pauvre.

Rava applique le même procédé à Psaumes 104,15 : le verbe s'écrit avec un chin (racine chemama, désolation) et se lit avec un sin (racine simha, joie). Le vin ne porte donc aucune valeur en soi : il amplifie ce que l'homme y apporte. Rachi précise le critère du mérite -- boire selon la mesure.

La conclusion pratique est celle de Rava lui-même : hamra ve-rehanei pik'hin. Rachi glose le mot comme un verbe à la première personne : « ils m'ont rendu perspicace » -- lecture que le Ben Yehoyada, plus bas, explique comme une précaution délibérée.

🖼️ Schéma
Deux mots à double lecture : le vin selon le mérite Le ktiv est ce qui est écrit dans le rouleau ; le keri est ce que la tradition fait lire. L'écart porte le sens. תירש / תירוש ktiv tirach -- keri tirosh (Rav Kahana) ZAKHA -- il a mérité il devient ROCH, chef Rachi : boire avec mesure -- le vin éveille le cœur à la sagesse LO ZAKHA -- il n'a pas mérité il devient RACH, pauvre celui qui s'y adonne sans limite ישמח ktiv avec chin (chemama) -- keri avec sin (simha) ; Rava, Ps 104,15 zakha : le vin le RÉJOUIT yissamah -- simha lo zakha : le vin le DÉVASTE yechamemo -- chemama Même structure dans les deux cas, et même conclusion pratique -- Rava : hamra ve-rehanei pik'hin, le vin et les parfums m'ont rendu perspicace.
Deux ktiv/keri en miroir : le même vin fait chef ou mendiant, réjouit ou dévaste -- selon la mesure.
8
רְחִיצָה וְסִיכָה, מְנָא לַן דְּאִיקְּרִי עִינּוּי. דִּכְתִיב: ״לֶחֶם חֲמֻודוֹת לֹא אָכַלְתִּי וּבָשָׂר וָיַיִן לֹא בָא אֶל פִּי וְסוֹךְ לֹא סָכְתִּי״. מַאי ״לֶחֶם חֲמֻודוֹת לֹא אָכַלְתִּי״? אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת: אֲפִילּוּ נַהֲמָא דְּחִיטֵּי דַּכְייָתָא, לֹא אָכַל.

Le lavage (rehitsa) et l'onction (sikha) : d'où tenons-nous qu'ils sont appelés « affliction » (inouy) ? De ce qu'il est écrit : « je n'ai pas mangé de pain de délices, ni viande ni vin ne sont entrés dans ma bouche, et je ne me suis pas oint du tout » (Dn 10,3).

Que signifie « je n'ai pas mangé de pain de délices » ? Rav Yehouda, fils de Rav Chmouel bar Chilat, a dit : il n'a pas même mangé de pain de froment tamisé.

📜 Rachi (1)
דְּחִיטֵּי דַּכְיָיתָא חִטִּים נָאוֹת וּנְקִיּוּת כְּדִמְתַרְגְּמִינַן אֶת בִּגְדֵי עֵשָׂו הַחֲמוּדוֹת (בְּרֵאשִׁית כ״ז:ט״ו) דַּכְיָיתָא:
De hitei dakhyata - du froment beau et net, comme le Targoum rend « les vêtements de délices d'Esav » (Gn 27,15) par dakhyata.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף עג ע"ב] יוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר בַּאֲכִילָה וּבִשְׁתִיָּה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. הַמֶּלֶךְ וְהַכַּלָּה יִרְחֲצוּ אֶת פְּנֵיהֶם וְהַחַיָּה תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים: גְּמ' [דַּף עַד ע"ב] ת"ר תְּעַנּוּ אֶת נַפְשׁוֹתֵיכֶם יָכוֹל יֵשֵׁב בַּחַמָּה אוֹ בַּצִּנָּה כְּדֵי שֶׁיִּצְטַעֵר. ת"ל לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה מַה מְלָאכָה שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה אַף עִינּוּי שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה: [דַּף עו ע"א] הָנֵי חֲמִשָּׁה עִינּוּיָן כְּנֶגֶד מִי א"ר חִסְדָּא כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה עִינּוּיָן שֶׁבַּתּוֹרָה שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן וְשַׁבַּת שַׁבָּתוֹן וּבֶעָשׂוֹר אַךְ בֶּעָשׂוֹר וְהָיְתָה זֹּאת לָכֶם לְחֻקַּת עוֹלָם. קְרָאֵי חֲמִשָּׁה הָווּ וַאֲנַן שִׁיתָּא תְּנַן. שְׁתִיָּה בִּכְלַל אֲכִילָה דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִנַּיִן לִשְׁתִיָּה שֶׁהִיא בִּכְלַל אֲכִילָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ תִּירֹושְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וְגוֹ' תִּירוֹשׁ חַמְרָא הוּא וְקָרֵי לֵיהּ אֲכִילָה וּכְתִיב וְנָתַתָּה הַכֶּסֶף בְּכֹל אֲשֶׁר תְּאַוֶּה נַפְשְׁךָ בַּבָּקָר וּבַצֹּאן וּבַיַּיִן וּבַשֵּׁכָר וְגוֹ' וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ וְגוֹ' יַיִן וְשֵׁכָר מִשָּׁתְיָיא הוּא וְקָא קָרֵי לֵיהּ וְאָכַלְתָּ. אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב תְּעַנּוּ אֶת נַפְשׁוֹתֵיכֶם וְנֶאֱמַר לְהַלָּן וַיְעַנְּךָ וְיַרְעִיבְךָ מַה לְהַלָּן עִינּוּי דִּרְעָבוֹן אַף כָּאן דִּרְעָבוֹן. [דַּף עו ע"ב] סִיכָה דְּאִיקְרֵי עִינּוּי מְנָא לֵיהּ דִּכְתִיב לֶחֶם חֲמֻודוֹת לֹא אָכַלְתִּי וּבָשָׂר וָיַיִן לֹא בָא אֶל פִּי וְסוֹךְ לֹא סָכְתִּי וְאִיקְרֵי עִינּוּי דִּכְתִיב מִיּוֹם אֲשֶׁר נָתַתָּ אֶת לִבְּךָ לְהָבִין וּלְהִתְעַנּוֹת וְגוֹ' [דַּף עז ע"א] רְחִיצָה דְּאִיקְּרִי עִינּוּי מְנָא לַן דִּכְתִיב וּלְאֶבְיָתָר אָמַר הַמֶּלֶךְ עֲנָתֹות לֵךְ עַל שָׂדְךָ וְגוֹ' וּכְתִיב כִּי הִתְעַנִּיתָ בְּכֹל אֲשֶׁר הִתְעַנָּה אָבִי וּכְתִיב כִּי אָמְרוּ הָעָם רָעֵב וְעָיֵף וְצָמֵא בַּמִּדְבָּר רָעֵב מִלֶּחֶם וְצָמֵא מִמַּיִם. עָיֵף מִמַּאי לָאו מֵרְחִיצָה. וְדִלְמָא מִנְּעִילַת הַסַּנְדָּל אר"נ בַּר יִצְחָק מֵהָכָא מַיִם קָרִים עַל נֶפֶשׁ עֲיֵפָה. וְאֵימָא שְׁתִיָּה. מִי כְּתִיב בְּנֶפֶשׁ עַל נֶפֶשׁ כְּתִיב אַלְמָא עָיֵף מֵרְחִיצָה הוּא וּכְתִיב הִתְעַנִּיתָ בְּכֹל אֲשֶׁר הִתְעַנָּה אָבִי. נְעִילַת הַסַּנְדָּל מְנָא לַן דִּכְתִיב וְדָוִד עֹולֶה בְמַעֲלֵה הַזֵּיתִים עֹולֶה וּבוֹכֶה וְרֹאשׁ לוֹ חָפוּי וְהוּא הֹולֵךְ יָחֵף וּכְתִיב כִּי הַתַּעֲנִית וְגוֹ'. תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה מְנָא לַן דִּכְתִיב אִם תְּעַנֶּה אֶת בְּנֹותַי וְאִם תִּקַּח נָשִׁים עַל בְּנֹותַי [דַּף עז ע"ב] אִם תְּעַנֶּה מִתַּשְׁמִישׁ וְאִם תִּקַּח מִצָּרוֹת. פִּי' ר"י דְּהָנֵי דְּרָשׁוֹת אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא נִינְהוּ וְכָל הָנֵי עִינּוּיָן מִדְּרַבָּנָן חוּץ מֵאֲכִילָה וּשְׁתַּיִם. דְּהָכִי מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דִּגְמָרָא דְּקָאָמַר הָנֵי עִינּוּיָן כְּנֶגֶד מִי וְלָא קָאָמַר מְנָא לַן אוֹ מֵהֵיכָא נָפְקָא אֲבָל כְּנֶגֶד מִי מַשְׁמַע שֶׁשּׁוֹאֵל אִם יֵשׁ לָהֶן שׁוּם רֶמֶז מִן הַתּוֹרָה. וְעוֹד דְּדָרַשׁ מֵחֲמִשָּׁה עִינּוּיָן דִּקְרָא גַּם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְהַהוּא דְּרָשָׁה רֶמֶז בְּעָלְמָא הוּא דְּהָא אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דָּרֵישׁ לֵיהּ מִקְּרָא וּמִגְּזֵירָה שָׁוָה וּמִדְּהַךְ אַסְמַכְתָּא אִינָךְ נָמֵי אַסְמַכְתָּא נִינְהוּ. וְכֵן מַשְׁמַע נָמֵי הָא דְּתַנְיָא (דַּף עַד.) בִּשְׁאָר סִיפְרֵי דְּבֵי רַב תַּלְמוּד לוֹמַר שַׁבָּתוֹן שְׁבוּת. מַשְׁמַע דַּהֲוָה מִדְּרַבָּנָן כְּמוֹ גַּבֵּי שַׁבָּת דְּאַסְמֵיךְ כָּל אִיסּוּרֵי דְּרַבָּנָן אַשַּׁבָּתוֹן שְׁבוּת. וְעוֹד מִדְּהֵקֵילּוּ חֲכָמִים בְּהוּ וְהִתִּירוּ לַמֶּלֶךְ וְלַכָּלָה לִרְחֹוץ אֶת פְּנֵיהֶם וּמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲטָטִין בְּרֹאשׁוֹ לָסוּךְ וּמִי שֶׁיָּדָיו מְלֻוכְלָכוֹת בְּטִיט וּבְצוֹאָה לְרוֹחֲצָם וְעוֹד מִדִּתְנַן הַחַיָּה תִּנְעוֹל אֶת הַסַּנְדָּל דִּבְרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים ע"כ מַיְירֵי בִּדְלֵיכָּא סַכָּנָה מִדְּאָסְרִי רַבָּנָן וְאִי נְעִילַת הַסַּנְדָּל דְּאוֹרָייְתָא הֵיכִי שָׁרֵי ר' אֱלִיעֶזֶר. וְכֵן הֵבִיא רְאָיָה רִיבָ"א מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה א') דְּתַנְיָא סִיכָה כִּשְׁתִיָּה לְאִיסּוּר וּלְתַשְׁלוּמִין אֲבָל לֹא לְעֹונֶשׁ וּלְיוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא לֶאֱסֹור וְלֹא לַעֲנֹושׁ:
[73b] Yom Kippour : il est interdit d'y manger, de boire, de se laver, de s'oindre, de chausser la sandale et d'avoir des relations conjugales. Le roi et la jeune mariée se laveront le visage, et l'accouchée chaussera la sandale -- paroles de Rabbi Eliezer ; les Sages l'interdisent. Guemara [74b] : nos Maîtres ont enseigné -- « vous affligerez vos âmes » : j'aurais pu croire qu'il doit s'asseoir au soleil ou dans le froid afin de souffrir ; c'est pourquoi l'Écriture dit « tu ne feras aucun travail » : de même que le travail (est enfreint par un acte, et son observance est) une abstention, de même l'affliction est une abstention. [76a] Ces cinq afflictions, à quoi correspondent-elles ? Rav Hisda a dit : aux cinq (mentions d')affliction de la Tora -- « chabbat chabbaton », « ve-chabbat chabbaton », « ou-ve-assor », « akh be-assor », « ve-hayeta zot lakhem le-houkat olam ». Les versets sont au nombre de cinq, alors que nous en avons enseigné six (dans la michna) ! -- La boisson est comprise dans le manger, car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : d'où tient-on que la boisson est comprise dans le manger ? De ce qu'il est dit « et tu mangeras devant l'Éternel ton Dieu la dîme de ton blé, de ton tirosh et de ton huile », etc. -- or le tirosh est du vin, et l'Écriture l'appelle « manger ». Et il est écrit : « tu donneras l'argent contre tout ce que désire ton âme, gros bétail, petit bétail, vin et chekhar », etc., « et tu mangeras devant l'Éternel ton Dieu », etc. -- or le vin et le chekhar relèvent de la boisson, et l'Écriture les appelle « et tu mangeras ». Le manger et le boire (comme afflictions), d'où les tenons-nous ? De ce qu'il est écrit « vous affligerez vos âmes », et il est dit ailleurs « il t'a affligé et t'a affamé » : de même que là-bas l'affliction est celle de la faim, de même ici c'est celle de la faim. [76b] L'onction, qu'elle soit appelée affliction, d'où le tient-il ? De ce qu'il est écrit « je n'ai pas mangé de pain de délices, ni viande ni vin ne sont entrés dans ma bouche, et je ne me suis pas oint » ; et cela est appelé affliction, comme il est écrit « depuis le jour où tu as applique ton cœur à comprendre et à t'affliger », etc. [77a] Le lavage, qu'il soit appelé affliction, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit « et à Evyatar le roi dit : va-t'en a Anatot, sur ton champ », etc., et il est écrit « car tu t'es affligé de tout ce dont s'est affligé mon père » ; et il est écrit « car ils disaient : le peuple est affamé, épuisé et assoiffé dans le désert » -- affamé de pain, assoiffé d'eau ; épuisé (ayef) de quoi ? N'est-ce pas du lavage ? Et peut-être est-ce du chaussage de la sandale ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : de là -- « de l'eau fraîche sur une âme épuisée ». Et dis donc qu'il s'agit de la boisson ! -- Est-il écrit « dans l'âme » ? Il est écrit « sur l'âme ». Donc « épuisé » relève du lavage ; et il est écrit « tu t'es affligé de tout ce dont s'est affligé mon père ». Le chaussage de la sandale, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit « et David montait la montée des Oliviers, montant et pleurant, la tête couverte, et il marchait pieds nus » ; et il est écrit « car tu t'es affligé », etc. Les relations conjugales, d'où les tenons-nous ? De ce qu'il est écrit « si tu affliges mes filles, et si tu prends des femmes en plus de mes filles » [77b] -- « si tu affliges » vise l'abstinence conjugale, « si tu prends » vise les coépouses. Explication de Rabbenou Yits'hak (le Ri) : ces derachot ne sont que des asmakhtot (appuis scripturaires), et toutes ces afflictions sont d'ordre rabbinique, hormis le manger et le boire. Car telle est la portée du langage de la guemara, qui dit « ces afflictions, à quoi correspondent-elles ? » et non « d'où les tenons-nous ? » ou « d'où cela ressort-il ? » ; « à quoi correspondent-elles » indique qu'elle demande s'il en existe quelque allusion dans la Tora. De plus, elle tire des cinq (mentions d')affliction du verset le manger et le boire eux aussi, et cette deracha n'est qu'une allusion -- puisque le manger et le boire, elle les tire (par ailleurs) d'un verset et d'une guezera chava ; et dès lors que celle-ci est une asmakhta, les autres aussi sont des asmakhtot. Cela ressort également de ce qui est enseigné (74à) dans les autres livres de l'école de Rav : « l'Écriture dit chabbaton -- repos » ; ce qui indique que c'est d'ordre rabbinique, comme pour le Chabbat, où l'on rattache toutes les interdictions rabbiniques à « chabbaton -- repos ». De plus, parce que les Sages y ont apporté des allégements : ils ont permis au roi et à la jeune mariée de se laver le visage, à celui qui a des croûtes à la tête de s'oindre, et à celui dont les mains sont souillées de boue ou d'excréments de les laver. De plus, de ce que la michna enseigne : « l'accouchée chaussera la sandale -- paroles de Rabbi Eliezer ; les Sages l'interdisent » -- il s'agit forcément d'un cas sans danger, puisque les Sages l'interdisent ; or si le chaussage de la sandale était d'ordre biblique, comment Rabbi Eliezer le permettrait-il ? Et de même le Riva a apporté une preuve du Talmud de Jérusalem (halakha 1), où il est enseigné : l'onction est comme la boisson quant à l'interdit et quant au paiement (du supplément, pour la terouma), mais non quant au châtiment ; et pour Yom Kippour, ni pour interdire (de par la Tora) ni pour châtier.
💡 Explication

Nouvelle sougya. La michna de Yoma 73b énonce six interdits ; les quatre premiers ont reçu leur source. Restent la rehitsa et la sikha, que la guemara va rattacher à un seul verset : le jeûne de trois semaines de Daniel (Dn 10,3).

Rav Yehouda précise l'ampleur de cette privation : le'hem hamoudot, le « pain de délices », désigne le pain de froment tamisé -- Daniel ne s'est pas contenté d'éviter les mets recherchés, il a renoncé jusqu'au pain fin. Rachi appuie sur le Targoum, qui rend par la même racine araméenne (dakhyata, pur, net) les « vêtements de délices » d'Esav (Gn 27,15).

9
וּמְנָא לַן דַּחֲשִׁיב כְּעִינּוּי — דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלַי אַל תִּירָא דָנִיֵּאל כִּי מִן הַיּוֹם הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר נָתַתָּ אֶת לִבְּךָ לְהָבִין וּלְהִתְעַנּוֹת לִפְנֵי אֱ-לֹהֶיךָ נִשְׁמְעוּ דְבָרֶיךָ וַאֲנִי בָאתִי בִּדְבָרֶיךָ״. (״כִּי חֲמוּדוֹת אַתָּה״.)

Et d'où tenons-nous que cela est tenu pour une affliction ? De ce qu'il est écrit : « et il me dit : ne crains pas, Daniel, car depuis le premier jour où tu as applique ton cœur à comprendre et à t'affliger devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et moi je suis venu à cause de tes paroles » (Dn 10,12).

(« Car tu es un homme de délices » -- Dn 9,23.)

🗂️ Tossefot (1)
וּמִנָּלַן דַּחֲשִׁיבָא עָלֶיהָ כְּעִינּוּי דִּכְתִיב אַל תִּירָא דָּנִיֵּאל וְגוֹ' וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דִּילְמָא לְהִתְעַנּוֹת דִּקְרָא לָאו אַסִּיכָה קָאֵי אֶלָּא אַלֶּחֶם חֲמוּדוֹת לֹא אָכַל שֶׁהָיָה מְעַנֶּה נַפְשׁוֹ בַּאֲכִילָה וי"ל הַאי לָאו עִינּוּי הוּא מִי שֶׁאֵינוֹ אוֹכֵל לֶחֶם חֲמוּדוֹת וְאוֹכֵל לֶחֶם אַחֵר וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה יַיִן וְשׁוֹתֶה מַשְׁקֶה אַחֵר אֶלָּא וַדַּאי אַסִּיכָה קָאֵי שֶׁלֹּא הָיָה סָךְ כְּלָל:
Et d'où tenons-nous que cela lui est tenu pour une affliction, puisqu'il est écrit « ne crains pas, Daniel », etc. - Il ne faut pas objecter que le « s'affliger » du verset ne porte peut-être pas sur l'onction mais sur « je n'ai pas mangé de pain de délices », puisqu'il affligeait son âme par la nourriture. On peut répondre : ce n'est pas là une affliction -- celui qui ne mange pas de pain de délices mais mange un autre pain, et qui ne boit pas de vin mais boit une autre boisson (ne s'afflige pas). Il est donc certain que le verset porte sur l'onction : il ne s'oignait pas du tout.
💡 Explication

Le verset de Dn 10,3 décrit ce dont Daniel s'est privé ; il fallait encore un texte qui qualifie cette privation d'inouy. C'est le rôle de Dn 10,12, où l'ange emploie le verbe le-hitanot, « s'affliger », à propos du même jeûne.

Tossefot verrouille le raisonnement : on pourrait croire que « s'affliger » vise seulement la privation de nourriture. Impossible, répond-il -- renoncer au pain fin pour un autre pain, au vin pour une autre boisson, ce n'est pas une affliction. Seule la sikha, dont Daniel s'est abstenu totalement, peut porter le mot.

10
אַשְׁכְּחַן סִיכָה, רְחִיצָה מְנָא לַן? אָמַר רַב זוּטְרָא בְּרַבִּי טוֹבִיָּה, אֲמַר קְרָא: ״וַתָּבֹא כַמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְכַשֶּׁמֶן בְּעַצְמוֹתָיו״. וְאֵימָא כִּשְׁתִיָּה! דֻּומְיָא דְּשֶׁמֶן: מַה שֶׁמֶן מֵאַבָּרַאי, אַף מַיִם מֵאַבָּרַאי.

Nous avons trouvé (la source de) l'onction ; le lavage, d'où le tenons-nous ? Rav Zoutra, fils de Rabbi Tovia, a dit : le verset dit « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles, et comme l'huile en ses os » (Ps 109,18). -- Dis donc qu'il s'agit de la boisson ! -- (Non :) à l'instar de l'huile -- de même que l'huile agit de l'extérieur, de même l'eau agit de l'extérieur.

📜 Rachi (1)
דֻּומְיָא דְּשֶׁמֶן מַיִם בְּקִרְבּוֹ דִּכְתִיבִי בִּקְרָא דֻּומְיָא דִּכְשָׁמֵן בְּעַצְמוֹתָיו מַה שֶׁמֶן מִבַּחוּץ סָכִין אוֹתוֹ וְנִבְלָע בְּעַצְמוֹתָיו אַף מַיִם בְּקִרְבּוֹ הַנִּבְלָעוֹת דֶּרֶךְ הַחוּץ עַל יְדֵי רְחִיצָה:
À l'instar de l'huile - « l'eau en ses entrailles », écrite dans le verset, est à l'instar de « comme l'huile en ses os » : de même que l'huile, on l'applique de l'extérieur et elle est absorbée dans les os, de même « l'eau en ses entrailles » est celle qui est absorbée par l'extérieur, au moyen du lavage.
💡 Explication

Le verset de Daniel a fourni la sikha ; il reste la rehitsa. Rav Zoutra propose Ps 109,18, où l'eau et l'huile pénètrent le corps. Objection immédiate : l'eau qui entre « en ses entrailles » évoque d'abord la boisson, déjà couverte par un autre interdit.

La réponse est un raisonnement de domia (parallélisme interne) : les deux membres du verset doivent se lire l'un à la lumière de l'autre. L'huile est évidemment appliquée de l'extérieur et pénètre jusqu'aux os ; l'eau doit donc, elle aussi, pénétrer depuis l'extérieur -- c'est le bain, non la boisson. Le segment suivant renversera cette lecture.

11
וְהָא תַּנָּא אִיפְּכָא קָא נָסֵיב לַהּ, דִּתְנַן: מִנַּיִן לְסִיכָה שֶׁהִיא כִּשְׁתִיָּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים? אַף עַל פִּי שֶׁאֵין רְאָיָה לַדָּבָר, זֵכֶר לַדָּבָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּבֹא כַמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְכַשֶּׁמֶן בְּעַצְמוֹתָיו״! אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: רְחִיצָה מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא שְׁמִיעַ לֵיהּ, דִּכְתִיב: ״וְסוֹךְ לֹא סָכְתִי״.

Mais le tana a pris (ce verset) en sens inverse ! Car nous avons appris (dans une michna) : d'où sait-on que l'onction est comme la boisson à Yom Kippour ?

Bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a une allusion à la chose, car il est dit : « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles, et comme l'huile en ses os » ! -- Plutôt, Rav Achi a dit : le lavage, il le tenait du corps même du verset, car il est écrit « et je ne me suis pas oint du tout ».

📜 Rachi (2)
שֶׁהִיא כִּשְׁתִיָּה אַלְמָא מַיִם דִּקְרָא שְׁתִיָּה הוּא וְשֶׁמֶן הוּא דְּיָלֵיף מִמַּיִם וְאֶת יַלֶּפֶת מַיִם מִשֶּׁמֶן:
Qu'elle est comme la boisson - donc l'eau du verset désigne la boisson, et c'est l'huile qui s'apprend de l'eau ; or toi, tu apprends l'eau de l'huile !
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי רְחִיצָה מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא דְּדָנִיֵּאל דְּגַבֵּי סִיכָה נָפְקָא לָן מֵרִיבּוּיָא דְּלִישָּׁנָא וְסוֹךְ לֹא סָכְתִי וּמָצֵי לְמִכְתַּב וְלֹא סָכְתִי:
Plutôt, Rav Achi a dit : le lavage, du corps même du verset - celui de Daniel, à propos de l'onction ; cela ressort du redoublement de l'expression « ve-sokh lo sakhti », alors qu'il aurait pu écrire « ve-lo sakhti ».
🗂️ Tossefot (2)
דִּתְנַן מִנַּייִן לְסִיכָה שֶׁהִיא כִּשְׁתִייָּה דִּכְתִיב וְתָבֹא כַּמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְגוֹ' בְּפֶרֶק אָמַר ר' עֲקִיבָא בְּשַׁבָּת (דַּף פּוֹ.) קָאָמַר עֲלָהּ אע"פ שֶׁאֵין רְאָיָה לַדָּבָר זֵכֶר לַדָּבָר וְתָבֹא כַּמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דַּף לב. וְשָׁם) מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא וְלֹא יְחַלְּלוּ אֶת קָדְשֵׁי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לְרַבּוֹת אֶת הַסָּךְ כַּשּׁוֹתֶה וְאִי בָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא וַתָּבֹא כַמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְגוֹ' וְהַשְׁתָּא קָשֶׁה דְּמֵעִיקָּרָא מַייְתֵי רְאָיָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא וַהֲדַר מַייְתֵי רְאָיָה מִדִּבְרֵי קַבָּלָה שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא זֵכֶר לַדָּבָר וְי"ל דְּה"ק אַפֵּי' לֹא הָיָה לָנוּ פָּסוּק לֶאֱסֹור סִיכָה דְּאֻורְיִי' הֲוָה לָן לִמְיַסְּרִי' מִדְּרַבָּנָן מִקְּרָא דִּוְתָבָא אִי נָמֵי קְרָא דַּוְלָא יְחַלְּלוּ נָמֵי אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא דְּעִיקָּרוֹ לָאו לְהַאי דְּרָשָׁא אֲתָא אֶלָּא לְכִדְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דִּזְבָחִים (דַּף ג:) קֳדָשִׁים מְחַלְּלִין קֳדָשִׁים וְאֵין חֻולִּין מְחַלְּלִין קֳדָשִׁים ובס"פ אֵלּוּ הֵן הַנִּשְׂרָפִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פג.) יָלְפִינַן מִינֵי' אוֹכֵל טֶבֶל דִּבְמִיתָה ופר"ת דְּכָל עִינּוּיִים דיוה"כ לֵיתַנְהוּ אֶלָּא מִדְּרַבָּנַן וּקְרָאֵי אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא לְבַר מֵאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דְּהָאָמַר לְקַמָּן וְאִם הָיָה מְלֻוכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה רוֹחֵץ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲטָטִין בְּרֹאשׁוֹ סָךְ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ וּבְמַסֶּכֶת כְּרִיתוֹת בפ"ק (דַּף ז.) אָמְרִינַן כֹּהֵן שֶׁסָּךְ שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה (לַמֵּעַיִם) בֶּן בִּתּוֹ יִשְׂרָאֵל מִתְעַגֵּל בּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ וְאִי הָוֵי דְּאוֹרַיְיתָא הָיָה אָסוּר בְּכָל עִנְיָן אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וּמֻותָּר אָדָם לָסוּךְ בְּחָלָב דְּלָא אַשְׁכְּחַן דְּאִתְּסַר סִיכָה כִּשְׁתִיָּה אֶלָּא ביוה"כ וּבִתְרוּמָה וּבְאִיסּוּרֵי הֲנָאָה כִּי הַהִיא דְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּה:) רָבִינָא שָׁיֵיף לְבַרְתֵּיהּ בְּגוּהַרְקֵי דְּעָרְלָה וְכוּ' עַד אֲמַר לֵיהּ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ הֲנָאָתוֹ קָא עָבֵידְנָא וְחֵלֶב חַי שֶׁל שׁוֹר הַנִּסְקָל עַל גַּבֵּי מַכָּתוֹ פָּטוּר הָא מְהֻותָּךְ אָסוּר מִשּׁוּם דְּאִיסּוּרֵי הֲנָאָה נִינְהוּ אֲבָל חָלָב דְּהֶתֵּירֵי הֲנָאָה מֻותָּר וּבִתְרוּמָה אָסוּר מִשּׁוּם דְּאִיכָּא אַסְמַכְתָּא דַּוְלָא יְחַלְּלוּ וביוה"כ אָסְרוּ מִשּׁוּם תַּעֲנוּג אֲבָל מִשּׁוּם רְפוּאָה שָׁרִי אוֹ יָדָיו מְלֻוכְלָכוֹת כְּלָלָא דְּמִילְּתָא הֵיכָא דְּאֵינוֹ בִּשְׁבִיל תַּעֲנוּג שָׁרִי:
Car nous avons appris : d'où sait-on que l'onction est comme la boisson, puisqu'il est écrit « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles », etc. - Au chapitre Amar Rabbi Akiva de Chabbat (86a), on dit à ce propos : bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a une allusion à la chose -- « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles ». Et c'est étonnant, car au chapitre Benot Koutim (Nidda 32a et là-bas) on rapporte une braita : « ils ne profaneront pas les choses saintes des enfants d'Israël » -- pour inclure celui qui s'oint comme celui qui boit ; et si tu veux, dis : de là -- « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles », etc. Or c'est difficile : on apporte d'abord une preuve de la Tora, puis une preuve tirée des Écrits prophétiques (divrei kabbala), qui n'est qu'une allusion ! On peut répondre : voici ce qu'elle veut dire -- même si nous n'avions pas de verset pour interdire l'onction de par la Tora, nous devrions l'interdire de par les Sages, à partir du verset « va-tavo ». Ou encore : le verset « ils ne profaneront pas » n'est lui aussi qu'une asmakhta, car son objet principal n'est pas cette deracha, mais ce que nous exposons au premier chapitre de Zevahim (3b) -- les choses saintes profanent les choses saintes, et les choses profanes ne profanent pas les choses saintes ; et à la fin du chapitre Elou Hen ha-Nisrafin (Sanhédrin 83a) nous en tirons que celui qui mange du tevel est passible de mort (céleste). Et Rabbenou Tam a expliqué que toutes les afflictions de Yom Kippour ne sont que d'ordre rabbinique, les versets n'étant que des asmakhtot, hormis le manger et le boire -- car il est dit plus loin : « et s'il était souillé de boue ou d'excréments, il se lave à son habitude et n'a pas à s'en soucier ; celui qui a des croûtes à la tête s'oint à son habitude et n'a pas à s'en soucier ». Et au traité Keritot, premier chapitre (7a), nous disons : un kohen qui s'est oint d'une huile de terouma -- le fils de sa fille, un Israël, peut se rouler sur lui et n'a pas à s'en soucier ; or si c'était d'ordre biblique, ce serait interdit en tout état de cause : c'est donc rabbinique. Et il est permis à l'homme de s'oindre de graisse (helev), car nous ne trouvons pas que l'onction ait été interdite comme la boisson, sinon à Yom Kippour, pour la terouma et pour les interdits de jouissance -- comme au chapitre Kol Chaa (Pessahim 25b) : Ravina oignait sa fille avec (l'huile de) fruits verts d'orla, etc., jusqu'à : il lui répondit « j'agis d'une manière qui n'est pas la manière ordinaire d'en jouir ». Et (mettre) de la graisse crue d'un bœuf lapidé sur sa plaie -- il est exempt ; mais fondue, c'est interdit, parce qu'il s'agit d'un interdit de jouissance ; en revanche une graisse dont la jouissance est permise, c'est permis. Pour la terouma c'est interdit, car il y a l'asmakhta de « ils ne profaneront pas » ; et à Yom Kippour on l'a interdit à cause du plaisir (taanoug), mais pour un soin c'est permis, ou si ses mains sont souillées. Règle générale de la chose : partout où ce n'est pas pour le plaisir, c'est permis.
מִנַּייִן לְסִיכָה שֶׁהִיא כִּשְׁתִיָּה דִּכְתִיב וְתָבֹא וְגוֹ' תֵּימַהּ לִי אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ הַשַּׁ"ס לְמִיגְמַר סִיכָה מֻוסְוֵךְ לֹא סָכְתִי הָא מֵהַאי קְרָא נָפְקָא מוֹתְבָא כַּמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְכוּ' וּמַתְנִי' הִיא בְּשַׁבָּת בְּפֶרֶק אָמַר ר' עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פו.) וְנִרְאֶה לִי דְּאִצְטְרִיךְ דְּאִי לָא כְּתִיב אֶלָּא הַאי קְרָא דִּוְתָבָא כַּמַּיִם בְּקִרְבּוֹ וְכוּ' הָיִינוּ אוֹסְרִין אַפֵּי' סִיכָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל תַּעֲנוּג כִּשְׁתִיָּה לְהָכִי אַיְּיתִי מִקְּרָא דְּדָנִיֵּאל דְּמַשְׁמַע שֶׁלֹּא נִמְנָע אֶלָּא מִסִּיכָה שֶׁל תַּעֲנוּג מִדִּכְתִיב לְהִתְעַנּוֹת וְאִי לָא כְּתִיב אֶלָּא קְרָא דְּדָנִיֵּאל לָא הֲוָה אָסְרִי' סִיכָה דְּכַמָּה עִנְיָינִין שֶׁל צַעַר שֶׁהָיָה מַעֲנֶה וּמְצַעֵר נַפְשׁוֹ וְלָא גָּמְרִינַן מֵהָתָם דְּדִילְמָא חַד מִשְּׁאָר עִינּוּיִין שֶׁעָשָׂה הֲוָה אָסְרִינַן אֲבָל סִיכָה לָא קָא מַשְׁמַע לַן מִקְּרָא דִּוְתַבָּא כַּמָּיִם וְגוֹ' דְּסִיכָה כִּשְׁתִיָּה וְעוֹד דְּמִקְּרָא דִּוְתַבָּא אִיצְטְרִיךְ לָן לְמֵילַף גַּבֵּי תְּרוּמָה דְּסָךְ כְּשׁוֹתֶה דְּבִתְרוּמָה לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיגְמַר מִקְּרָא דְּדָנִיֵּאל:
D'où sait-on que l'onction est comme la boisson, puisqu'il est écrit « va-tavo », etc. - Cela m'étonne : pourquoi la guemara a-t-elle besoin d'apprendre l'onction de « ve-sokh lo sakhti » ? Cela ressort déjà de ce verset, « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles », etc., et c'est une michna dans Chabbat, au chapitre Amar Rabbi Akiva (86a) ! Il me semble que c'est nécessaire : si seul le verset « et elle est venue comme l'eau en ses entrailles », etc., avait été écrit, nous aurions interdit comme la boisson même l'onction qui n'est pas de plaisir ; c'est pourquoi on apporte le verset de Daniel, qui indique qu'il ne s'est abstenu que de l'onction de plaisir, puisqu'il est écrit « pour s'affliger ». Et si seul le verset de Daniel avait été écrit, nous n'aurions pas interdit l'onction : car il y avait bien des formes de souffrance par lesquelles il affligeait et tourmentait son âme, et nous n'en aurions rien appris -- peut-être aurions-nous interdit l'une des autres afflictions qu'il pratiquait, mais non l'onction. C'est pourquoi le verset « et elle est venue comme l'eau », etc., nous enseigne que l'onction est comme la boisson. De plus, le verset « va-tavo » nous est nécessaire pour apprendre, à propos de la terouma, que celui qui s'oint est comme celui qui boit -- car pour la terouma, on ne peut rien apprendre du verset de Daniel.
💡 Explication

Objection frontale : la michna (Chabbat 86a) lit le même verset dans le sens exactement inverse. Pour elle, l'eau du verset est la boisson, et c'est l'huile qui en est apprise -- d'où sikha ke-chetiya, l'onction vaut boisson. Rachi le formule crûment : « et toi, tu apprends l'eau de l'huile ! » Un même verset ne peut pas fonder les deux lectures à la fois.

Rav Achi tranche en changeant de source : la rehitsa se tire du corps même du verset de Daniel. Le texte redouble le verbe -- ve-sôkh lo sakhti -- là où ve-lo sakhti aurait suffi ; ce surplus (ribouy) inclut le lavage. Un seul verset porte donc les deux interdits, et Ps 109,18 reste disponible pour la michna.

Tossefot en tire la conséquence pratique majeure, au nom de Rabbenou Tam : hors le manger et le boire, tous les inouyim de Kippour sont d'ordre rabbinique, et l'interdit ne vise que l'onction ou le lavage de plaisir (taanoug) -- d'où les permissions pour se soigner ou se nettoyer.

🖼️ Schéma
Un seul verset, deux lectures inverses -- Ps 109,18 va-tavo kha-mayim be-kirbo ve-kha-chemen be-atsmotav : elle est venue comme l'eau en ses entrailles, comme l'huile en ses os. Quel terme du verset est le point de départ, l'EAU ou l'HUILE ? Lecture de Rav Zoutra (notre sougya) Point de départ : l'HUILE, qui agit de l'extérieur. Donc l'eau du verset agit elle aussi de l'extérieur : mayim = REHITSA, le lavage. Rachi : l'huile, on l'applique dehors et elle pénètre jusqu'aux os -- l'eau du bain de même. Lecture du tana (michna, Chabbat 86a) Point de départ : l'EAU, qui se boit. C'est l'HUILE que l'on apprend de l'eau : sikha ke-chetiya, l'onction vaut boisson. Statut de la preuve : af al pi che-ein raaya la-davar, zekher la-davar -- une simple allusion. X Sortie de Rav Achi On laisse Ps 109,18 à la michna (l'onction vaut boisson) et on tire la rehitsa d'ailleurs : du redoublement ve-SÔKH lo SAKHTI dans Dn 10,3, là où ve-lo sakhti aurait suffi.
Ps 109,18 lu dans les deux sens : notre sougya part de l'huile, la michna part de l'eau -- d'où la sortie de Rav Achi.
12
מַאי: ״וַאֲנִי בָּאתִי בִּדְבָרֶיךָ״? הַייְנוּ דִּכְתִיב: ״וְשִׁבְעִים אִישׁ מִזִּקְנֵי [בֵּית] יִשְׂרָאֵל וְיַאֲזַנְיָהוּ בֶן שָׁפָן עֹומֵד בְּתוֹכָם עֹומְדִים לִפְנֵיהֶם וְאִישׁ מִקְטַרְתּוֹ בְּיָדוֹ וַעֲתַר עֲנַן הַקְּטֹורֶת עֹלֶה״. ״וַיִּשְׁלַח תַּבְנִית יָד וַיִּקָּחֵנִי בְּצִיצִת רֹאשִׁי וַתִּשָּׂא אֹותִי רוּחַ בֵּין הָאָרֶץ וּבֵין הַשָּׁמַיִם וַתָּבֵא אֹותִי יְרוּשָׁלַיְמָה בְּמַרְאוֹת אֱ-לֹהִים אֶל פֶּתַח שַׁעַר הַפְּנִימִית הַפּוֹנֶה צָפוֹנָה אֲשֶׁר

Que signifie « et moi je suis venu à cause de tes paroles » ? C'est ce qui est écrit : « et soixante-dix hommes des anciens de la maison d'Israël, et Yaazanya fils de Chafan se tenant au milieu d'eux, se tenaient devant elles, chacun son encensoir à la main, et l'épaisseur du nuage d'encens montait » (Ez 8,11).

« Et il étendit une forme de main et me saisit par une mèche de ma tête ; un souffle m'emporta entre la terre et le ciel et me conduisit à Jérusalem, dans des visions divines, à l'entrée de la porte intérieure qui regarde vers le nord, où...

📜 Rachi (2)
וַאֲנִי בָּאתִי בִּדְבָרֶיךָ סֵיפֵיהּ דְּהַהוּא קְרָא דִּלְעֵיל אַל תִּירָא דָּנִיֵּאל וְגוֹ' וַאֲנִי בָּאתִי בִּדְבָרֶיךָ נִכְנַסְתִּי לְתוֹךְ הַפַּרְגּוֹד בִּשְׁבִילְךָ:
Et moi je suis venu à cause de tes paroles - la fin du verset cité plus haut, « ne crains pas, Daniel », etc., « et moi je suis venu à cause de tes paroles » : je suis entré à l'intérieur du pargod grâce à toi.
מַאי וַאֲנִי בָּאתִי מָתַי נִגְרַשׁ מִתּוֹכוֹ שֶׁהֻוצְרַךְ לִיכָּנֵס:
Que signifie « et moi je suis venu » - quand donc en avait-il été chassé, pour qu'il ait besoin d'y entrer ?
💡 Explication

La guemara quitte la halakha pour une longue aggada. Elle s'arrête sur la fin du verset déjà cité : l'ange déclare « je suis venu à cause de tes paroles ». Rachi explique l'anomalie : l'ange dit être entré à l'intérieur du pargod -- le rideau qui sépare du Trône -- grâce au mérite de Daniel. D'où la question de Rachi : quand donc en avait-il été chassé, pour avoir besoin d'y rentrer ?

La réponse s'ouvre sur la vision d'Ezechiel 8 : soixante-dix anciens d'Israël encensant des idoles à l'intérieur même du Temple. Ce récit -- que la suite du chapitre développera en 77a autour de l'ange Gabriel -- fournit l'épisode où l'ange fut écarté. Le daf s'interrompt au milieu du verset : la sougya continue.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).