Yoma 79a -- avec le noyau ou sans ? La mesure exacte de la kotevet ha-gassa, le chiasme Rav Papa / Rav Achi, et la kouchia des deux dattes de Rabban Gamliel.

Yoma 79a

Sougya : Ce court amud ne traite que d'une chose : combien faut-il manger à Kippour pour être passible. La michna a fixé ke-kotevet ha-gassa, l'équivalent d'une grosse datte, kamoha ve-khe-gar'inata -- comme elle et comme son noyau -- et Rav Papa, à la fin de 78b, a demandé ce que cela recouvre exactement : mesure-t-on la datte avec son noyau ou sans lui ?

La Guemara juxtapose aussitôt une question de même forme posée par Rav Achi sur l'etsem ki-seora, l'os gros comme un grain d'orge qui transmet l'impureté : avec ou sans son enveloppe, humide ou sec ? Puis elle résout les deux en chiasme, et par le vocabulaire plutôt que par le raisonnement.

Rav Achi n'a pas le doute de Rav Papa parce que la michna a dit gassa, grosse, et qu'un tel adjectif tire vers le maximum, noyau compris ; Rav Papa n'a pas le doute de Rav Achi parce que l'orge humide s'appelle chibolet et l'orge décortiquée ouchla -- seule l'orge sèche dans son enveloppe porte encore le nom de seora. Le principe qui se dégage est fort : un chiour n'est pas un volume abstrait, c'est le volume de l'objet tel que la langue le nomme.

Rachi et Tossefot divergent longuement sur la lecture de kamoha ve-khe-gar'inata, et Tossefot rapporte, au nom du Aroukh citant Rav Nissim Gaon et le Yerouchalmi, une explication qui renverse la perspective : le membre de michna ne vient pas ajouter mais retrancher -- il faut écraser la cavité de la datte, tsarikh le-maekh et halala, pour que la mesure ne compte pas du vide. Vient ensuite le chiffre : Rabba au nom de Rav Yehouda affirme que la kotevet ha-gassa dépasse le ke-beitsa, non par calcul mais par tradition -- kim lehou le-rabbanan -- car le critère de Kippour n'est pas l'akhila mais le yichouv ha-daat, l'apaisement de l'esprit, puisque la Torah y écrit acher lo teouneh et non un verbe de consommation, comme le souligne Rachi.

La Guemara objecte alors avec la baraita de Souka 26b : on apporta deux dattes à Rabban Gamliel et il les fit monter à la souka, mais seulement par houmra, et l'on donna à R. Tsadok moins d'un ke-beitsa qu'il mangea dehors -- donc deux dattes n'atteignent pas un œuf, et une seule le dépasserait ?

Le daf s'interrompt sur cette contradiction, dont la réponse de R. Yirmeya ouvrira 79b, et sur les trois koulot de R.

Tsadok, que Tossefot prend pour point de départ d'une longue discussion sur le chiour de la berakha aharona, ke-zayit contre ke-beitsa.

L'échelle des chiourim : pourquoi Kippour ne se compte pas en ke-zayit Trois mesures de volume, trois logiques différentes. Le daf 79a fixé la plus grande des trois. volume ke-zayit volume d'une olive ke-beitsa volume d'un œuf kotevet ha-gassa grosse datte, noyau compris Ce qu'il gouverne - toutes les akhilot de la Torah - birkat ha-mazon selon R. Meir - l'avis retenu par le Ri - un ke-zayit de vin : al ha-guefen Ce qu'il gouverne - akhilat keva hors de la souka - tumat okhalin (impureté) - birkat ha-mazon selon R. Yehouda akhila che-yech ba seviaa Ce qu'il gouverne - manger à Yom Kippour : karet et korban - pour la boisson : mélo lougmav (une pleine gorgée) Rachi : pourquoi Kippour sort du rang Partout ailleurs la Torah écrit le verbe akhila (manger) -- et akhila, c'est un ke-zayit. Ici elle écrit acher lo teouneh (Lev. 23,29) : le critère n'est pas l'acte de manger mais son effet. Tant que l'esprit ne s'apaise pas -- yichouv ha-daat -- l'affliction dure encore. Le chiffre du daf : Rabba au nom de Rav Yehouda -- la kotevet ha-gassa est PLUS GRANDE qu'un ke-beitsa Contre-intuitif, et la baraita de la souka semble le réfuter. La réponse de R. Yirmeya n'arrive qu'en 79b : le noyau fait tout.
Les trois chiourim de volume et le régime propre à Kippour : ce n'est pas l'akhila qui est mesurée, c'est l'inouy.
Anatomie de la datte : trois lectures de kamoha ve-khe-gar'inata La michna dit : ke-kotevet ha-gassa, kamoha ve-khe-gar'inata -- comme elle et comme son noyau. Que compte-t-on au juste ? La datte en coupe -- trois parties, pas deux 1. gouf -- la chair de la datte 2. halal -- le vide entre la chair et le noyau (Aroukh) 3. gar'ina -- le noyau, très volumineux Lecture 1 -- Rachi le doute porte sur le vav de connexion a) kamoha ET khe-gar'inata la chair, PLUS le volume du noyau, additionnés -- mesure la plus large le vav est conjonctif b) kamoha, c'est-à-dire khe-gar'inata la datte telle quelle, noyau compris, sans rien ajouter -- le vav vaut ou, comme halats ve-assa maamar (Yevamot 50a : et = ou) Lecture 2 -- Tossefot combien de noyaux compte-t-on ? a) datte entière + un noyau de plus kotevet ha-gassa = la datte formée, noyau inclus ; ve-khe-gar'inata en ajoute un second : 1 datte + 2 noyaux b) chair seule + son propre noyau kotevet ha-gassa = la chair sans le noyau ; ve-khe-gar'inata rajoute le noyau de cette datte -- et rien de plus (Tossefot réfute d'abord Rachi) Lecture 3 -- Aroukh / R. Nissim Gaon au nom du Yerouchalmi (R. Yossi) tsarikh le-maekh et halala il faut écraser la cavité. Le chiour n'est pas la datte gonflée mais la datte tassée : chair + noyau collés. kamoha ve-khe-gar'inata n'est donc pas une addition mais une SOUSTRACTION : cela vient exclure le halal, le vide. Sinon la michna aurait dit aussi ve-khe-halala -- et comme sa cavité. La question de Rav Papa relue par Tossefot Si l'on adopte la lecture 3, be-gar'inata ne veut plus dire avec le noyau mais : après que la cavité a été écrasée ; et be-lo gar'inata veut dire ke-briyata -- la datte telle qu'elle pousse, vide compris. Le doute devient un doute de tassement.
Rachi, Tossefot et le Aroukh au nom de Rav Nissim Gaon : trois façons de lire kamoha ve-khe-gar'inata.
Le fil de 79a : un chiour qu'on cerne par le mot, puis par la pratique Étape 1 -- La cheela ouverte à la fin de 78b : bei rav Papa Le chiour de Kippour est ke-kotevet ha-gassa. Mais on mesure la datte avec son noyau, ou sans ? Étape 2a -- Le miroir de Rav Achi Même structure sur un tout autre sujet : l'etsem ki-seora, l'os gros comme un grain d'orge, qui transmet l'impureté. Avec son enveloppe ou sans ? Humide ou sec ? Deux Amoraim, un même type de doute : où s'arrête l'objet nommé ? Étape 2b -- Chacun résout la question de l'autre Rav Achi n'a pas le doute de Rav Papa : gassa est écrit, donc aussi grosse que possible -- noyau compris. Rav Papa n'a pas le doute de Rav Achi : humide on dit chibolet, décortiquée on dit ouchla -- donc sèche et entière. L'argument n'est pas logique mais lexical : le nom fixe la mesure. Étape 3 -- Le chiffre : Rabba au nom de Rav Yehouda La kotevet ha-gassa est plus grande qu'un ke-beitsa. Raison : kim lehou le-rabbanan -- les Sages tiennent que c'est à partir de là que l'esprit s'apaise (yichouv ha-daat), et en dessous il ne s'apaise pas. Une donnée de tradition, pas de calcul. Étape 4 -- Meitivi : la baraita de Souka 26b vient contredire On apporte deux dattes à Rabban Gamliel, il les monte à la souka -- mais ce n'était qu'une houmra. Et à R. Tsadok on donne moins d'un ke-beitsa : il mange dehors. Donc deux dattes n'atteignent pas un ke-beitsa -- comment une seule le dépasserait-elle ? La réponse ouvre 79b : R. Yirmeya -- oui, deux dattes SANS leurs noyaux ne font pas un œuf ; une datte AVEC son noyau, si.
Le fil du daf, de la cheela de Rav Papa jusqu'à la kouchia laissée ouverte sur 79b.
1
כַּכּוֹתֶבֶת שֶׁאָמְרוּ, בְּגַרְעִינָתָהּ: אוֹ בְּלֹא גַּרְעִינָתָהּ? בָּעֵי רַב אַשִּׁי: עֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה, בִּקְלִיפָּתָהּ אוֹ בְּלֹא קְלִיפָּתָהּ, בְּלַחָה אוֹ בַּיַּבָּשָׁה? רַב אָשֵׁי לָא מִבַּעְיָא לֵיהּ הָא דְּרַב פָּפָּא, ״גַּסָּה״ אִיתְּמַר — כָּל כַּמָּה דְּגַסָּה. רַב פָּפָּא לָא מִבַּעְיָא לֵיהּ הָא דְּרַב אָשֵׁי: לַחָה — שִׁבֹּולֶת מִיקְּרֵי, שֶׁלֹּא בִּקְלִיפָּתָהּ — אוֹשְׁלָא מִיקְּרֵי.

« ... comme une datte », ont-ils dit : avec son noyau, ou sans son noyau ? Rav Achi demanda : « un os gros comme un grain d'orge » -- avec son enveloppe ou sans son enveloppe, humide ou sec ?

[La Guemara explique pourquoi chacun ne s'est posé qu'une seule de ces deux questions :] Rav Achi ne se posait pas la question de Rav Papa, car « grosse » a été énoncé -- donc aussi grosse que possible [ce qui inclut nécessairement le noyau]. Rav Papa ne se posait pas la question de Rav Achi, car humide, [l'orge] s'appelle chibolet (épi) [et non seora], et sans son enveloppe elle s'appelle ouchla [et non seora, si bien qu'il s'agit forcément d'orge sèche dans son enveloppe].

📜 Rachi (2)
בְּגַרְעִינָתָהּ אוֹ שֶׁלֹּא בְּגַרְעִינָתָהּ וְהָא דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין וּכְגַרְעִינָתָהּ מִיבַּעְיָא לֵיהּ הֵיכִי קָאָמַר כָּמוֹהוּ וּכְגַרְעִינָתָהּ יַחַד אוֹ דִלְמָא הָכִי קָאָמַר כָּמוֹהָ כְּגַרְעִינָתָהּ:
Et quant à ce que la michna enseigne « et comme son noyau », voici sur quoi porte sa question : comment faut-il l'entendre ? « Comme elle ET comme son noyau », les deux additionnés ? Ou peut-être veut-elle dire : « comme elle, c'est-à-dire comme son noyau [inclus] » [la datte telle quelle, sans rien y ajouter] ?
אוֹשְׁלָא קָרֵי לָהּ הִלְכָּךְ יְבֵישָׁה בִּקְלִיפָּתָהּ הוּא דְּמִקְּרֵי' שְׂעוֹרָה:
On l'appelle ouchla -- par conséquent, c'est bien l'orge sèche et dans son enveloppe qui est appelée seora [et c'est d'elle que la michna a fixé la mesure].
🗂️ Tossefot (1)
כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה בְּגַרְעִינָתָהּ אוֹ שֶׁלֹּא בְּגַרְעִינָתָהּ פירש"י אֵינוֹ מְיֻושָּׁב דְּמַאי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי שֶׁלֹּא בְּגַרְעִינָתָהּ קָאָמַר וְהָאֲנַן כְּגַרְעִינָתָהּ תְּנַן וְאִי מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי וּכְגַרְעִינָתָהּ מַמָּשׁ קָאָמַר אוֹ דִּילְמָא אוֹ כְּגַרְעִינָתָהּ כְּמוֹ חָלַץ וְעָשָׂה מַאֲמָר דְּפֶרֶק ר"ג (יְבָמוֹת דַּף נ.) דְּהָוֵי פֵּירוּשׁ חָלַץ אוֹ עָשָׂה מַאֲמָר וְאִם כֵּן כַּכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה דְּרֵישָׁא הַיְינוּ בְּלֹא גַּרְעִינָתָהּ מ"מ מַאי מְסַפְּקָא לֵיהּ תִּפְשׁוֹט דְּעַל כָּרְחֲךָ וּכְגַרְעִינָתָהּ קָתָנֵי דִּבְתַרְוַייְהוּ מְשַׁעֲרִינַן דְּאִי אוֹ כְּגַרְעִינָתָהּ מִכְּדֵי לָא שָׁווּ לְהָדְדִי דְּאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם שֶׁיְּהוּ שָׁוִין כּוֹתֶבֶת בְּלֹא גַּרְעִין וְגַרְעִין בְּלֹא כּוֹתֶבֶת וְאִם כֵּן לֵימָא הַשִּׁיעוּר הַפָּחוֹת חַייָּב וכ"ש אִי אָכַל שִׁיעוּרָא רַבָּה וְנִרְאֶה לִי לְפָרֵשׁ דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה דְּקָתָנֵי הִיא וְגַרְעִינָתָהּ דְּהַיְינוּ כּוֹתֶבֶת כִּבְרִייָּתָהּ עִם הַגַּרְעִין וּכְגַרְעִינָתָהּ דְּקָתָנֵי הַיְינוּ פֵּירוּשׁ וְעוֹד גַּרְעִין אַחֵר בְּלֹא כּוֹתֶבֶת דְּהָווּ תְּרֵי גַּרְעִינִין וְכוֹתֶבֶת אוֹ דִּילְמָא כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה דְּקָתָנֵי בְּלֹא גַּרְעִין מַשְׁמַע וּכְגַרְעִינָתָהּ הַיְינוּ גַּרְעִין שֶׁבְּאוֹתוֹ כּוֹתֶבֶת וְתוּ לָא וּבֶעָרוּךְ פֵּירֵשׁ בְּעֵרֶךְ כּוֹתֶבֶת בְּשֵׁם רַב נִסִּים גָּאוֹן זצ"ל גָּרַס בַּגְּמָרָא דִּבְנֵי מַעֲרָבָא א"ר יוֹסֵי זֹאת אוֹמֶרֶת שֶׁהוּא צָרִיךְ לְמַעֵךְ אֶת חֲלָלָה פִּי' שֶׁאִם לֹא כֵן לִיתְנֵי כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ וְכַחֲלָלָהּ וְהָכֵין בְּרִירָא דְּמִילְּתָא כִּי הַכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה אֵינָהּ דְּבוּקָה בְּגַרְעִינָתָהּ אֶלָּא יֵשׁ בֵּין גַּרְעִינָתָהּ לְגוּפָהּ חָלָל וּלְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנָא כְּכוֹתֶבֶת הַגַּסָּה כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ לְחוּמְרָא דְּלָא תִּטְעֵי וּתְשַׁעֵר כָּמוֹהָ שְׁלֵימָה דִּנְפִישׁ שִׁיעוּרֵיהּ אֶלָּא מִכִּי אָכִיל כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ בִּלְחוּד בְּלֹא חֲלָלָה מִיחַייַּב וְהַייְנוּ דְּאָמַר ר' יוֹסֵי זֹאת אוֹמֶרֶת צָרִיךְ לְמַעֵךְ חֲלָלָה כְּדֵי שֶׁיִּדְבַּק גּוּפָהּ שֶׁל כּוֹתֶבֶת בְּגַרְעִינָתָהּ וְלֹא יִשָּׁאֵר בָּהּ חָלָל וּבָתַר הָכֵין מְשַׁעֲרִין בָּהּ אֲכִילָה שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים מִשּׁוּם הָכֵין אִיצְטְרִיךְ כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ לִמְעוּטֵי חֲלָלָה עכ"ל וְהַיְינוּ דְּקָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ הָכָא בְּגַרְעִינָתָהּ דְּהַייְנוּ לְאַחַר שֶׁנִּתְמַעֵךְ חֲלָלָה אוֹ שֶׁלֹּא בְּגַרְעִינָתָהּ פִּי' כִּבְרִיָּיתָהּ מַמָּשׁ קֹודֶם שֶׁנִּתְמַעֵךְ חֲלָלָה:
L'explication de Rachi n'est pas satisfaisante. Car quelle serait donc sa question ? S'il veut dire « sans son noyau » -- mais nous avons appris dans la michna « et comme son noyau » ! Et si son doute porte sur le point de savoir si l'on doit lire « ET comme son noyau » au sens propre, ou peut-être « OU comme son noyau » -- comme dans « il a fait la halitsa et il a fait un maamar » du chapitre Rabban Gamliel (Yevamot 50a), qui signifie en réalité « il a fait la halitsa OU il a fait un maamar », auquel cas « comme une grosse datte » de la richa (le début de la michna) désignerait la datte sans son noyau -- même ainsi, quel est son doute ? Qu'il le résolve ! Car il faut nécessairement lire « et comme son noyau », puisque l'on mesure les deux ensemble. En effet, si l'on lisait « ou comme son noyau », or les deux ne sont pas équivalents -- il est impossible d'ajuster les choses au point qu'une datte sans son noyau et un noyau sans sa datte soient exactement égaux -- la michna aurait dû dire que c'est la mesure la plus petite qui rend passible, et à plus forte raison s'il a mangé la mesure la plus grande. Il me semble donc qu'il faut expliquer ainsi : sa question porte sur ceci. « La grosse datte » qu'enseigne la michna désigne-t-elle la datte avec son noyau, c'est-à-dire la datte telle qu'elle est formée naturellement, noyau compris -- et alors « et comme son noyau » vient ajouter encore un autre noyau, sans sa datte, de sorte que l'on aurait deux noyaux et une datte ? Ou bien « la grosse datte » qu'elle enseigne s'entend-elle sans le noyau, et « et comme son noyau » désigne-t-il le noyau de cette datte-là, et rien de plus ? Et le Aroukh, à l'entrée kotevet, explique au nom de Rav Nissim Gaon, de mémoire bénie, qu'il possédait cette version dans la Guemara des gens d'Occident (le Talmud de Jérusalem) : « R. Yossi dit : cela nous apprend qu'il faut écraser sa cavité. » Explication : car sinon, la michna aurait dû enseigner « comme elle, comme son noyau et comme sa cavité ». Et voici la chose au clair : la grosse datte n'adhère pas à son noyau, mais il y a un vide entre son noyau et sa chair. C'est pourquoi il a fallu enseigner « comme une grosse datte, comme elle et comme son noyau », par rigueur, afin que l'on ne se trompe pas en mesurant la datte entière -- dont la mesure serait alors plus grande -- mais que, dès qu'il a mangé l'équivalent de la datte et de son noyau seuls, sans sa cavité, il soit passible. Et c'est bien ce que dit R. Yossi : « cela nous apprend qu'il faut écraser sa cavité », afin que la chair de la datte adhère à son noyau et qu'il n'y reste plus de vide ; c'est après cela que l'on mesure par elle la consommation de Yom Kippour. Voilà pourquoi il a fallu dire « comme elle et comme son noyau » : pour exclure sa cavité. Fin de citation. Et c'est cela même que l'on demande ici : « avec son noyau », c'est-à-dire après que sa cavité a été écrasée ; ou « sans son noyau », c'est-à-dire exactement telle qu'elle est formée naturellement, avant que sa cavité n'ait été écrasée.
⚖️ Rosh (1)
הָאוֹכֵל ביוה"כ כַּכּוֹתֶבֶת גַּסָּה [דַּף עט ע"א] כָּמוֹהָ וּכְגַרְעִינָתָהּ וְהַשּׁוֹתֶה מְלֹא לֻוגְמָיו חַייָּב. וְהָנֵי שִׁיעוּרֵי לְכָרֵת וּלְקָרְבָּן אֲבָל לְאִיסּוּר קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר (לְעֵיל עג:) חֲצִי שִׁיעוּר אָסוּר מִן הַתּוֹרָה: מַתְנֵי' כָּל הָאֳוכָלִין מִצְטָרְפִין לִכְכוֹתֶבֶת וְכָל הַמַּשְׁקִים מִצְטָרְפִין לְכִמְלֹא לוֹגְמָיו. וְהָאוֹכֵל וְהַשּׁוֹתֶה אֵינָן מִצְטָרְפִין. [דַּף פֹּא ע"א] אָכַל וְשָׁתָה בְּהֶעְלֵם אַחַת אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת. אָכַל וְעָשָׂה מְלָאכָה חַיָּיב שְׁתַּיִם. אָכַל אֳוכָלִין שֶׁאֵינָם רְאוּיִן לַאֲכִילָה וְשָׁתָה מַשְׁקִין שֶׁאֵינָם רְאוּיָן לִשְׁתִיָּה פָּטוּר. שָׁתָה צִיר אוֹ מוּרְיָיס פָּטוּר:
Celui qui mange à Yom Kippour l'équivalent d'une grosse datte [f. 79a] -- comme elle et comme son noyau -- et celui qui boit une pleine gorgée, sont passibles. Et ces mesures valent pour le karet et pour le korban (le sacrifice) ; mais quant à l'interdit lui-même, nous tenons la halakha comme R. Yo'hanan, qui dit (supra 73b) que la demi-mesure (hatsi chiour) est interdite par la Torah. Michna : tous les aliments se combinent pour former la mesure d'une datte, et toutes les boissons se combinent pour former la pleine gorgée ; mais le manger et le boire ne se combinent pas entre eux. [f. 81a] S'il a mangé et bu dans un seul et même oubli, il n'est passible que d'un seul [sacrifice]. S'il a mangé et accompli un travail interdit, il est passible de deux. S'il a mangé des aliments impropres à la consommation, ou bu des liquides impropres à la boisson, il est exempt. S'il a bu de la saumure (tsir) ou du mouries, il est exempt.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la suite immédiate de la question laissée en suspens à la fin de 78b : bei Rav Papa. La michna fixe le chiour -- la quantité qui rend passible celui qui mange à Kippour -- à ke-kotevet ha-gassa, l'équivalent d'une grosse datte, kamoha ve-khe-gar'inata, comme elle et comme son noyau. Reste à savoir ce que l'on met exactement dans le verre doseur : la chair seule, ou la chair et le noyau ?

La Guemara ne répond pas directement. Elle juxtapose une question de même forme, posée par Rav Achi sur un tout autre chapitre : l'etsem ki-seora, l'os gros comme un grain d'orge, qui transmet l'impureté par contact et par portage. Avec ou sans son enveloppe ? Humide ou sec ? Le procédé est classique : on éclaire une chose par une autre de même structure logique. Un chiour est toujours pris sur un objet naturel, et un objet naturel a des couches -- noyau, enveloppe, eau.

La résolution est lexicale, non mathématique, et elle joue en chiasme. Rav Achi n'a pas de doute sur la datte : la michna a dit gassa, grosse ; kol kama de-gassa, autant qu'elle peut être grosse -- l'adjectif tire vers le maximum, donc noyau compris. Rav Papa n'a pas de doute sur l'orge : humide, on ne l'appelle plus seora mais chibolet ; décortiquée, on l'appelle ouchla. Quand la langue change de mot, l'objet mesuré a changé avec elle. Le principe est fort : un chiour n'est pas un volume abstrait, c'est le volume de la chose telle qu'elle est nommée.

🖼️ Schéma
Le chiasme Rav Papa / Rav Achi : chacun tranche le doute de l'autre par le vocabulaire RAV PAPA -- la datte de Kippour RAV ACHI -- l'os gros comme un grain d'orge Sa question ke-kotevet -- be-gar'inata o be-lo gar'inata ? Mesure-t-on la datte avec son noyau ou sans ? Enjeu : karet et korban pour qui mange à Kippour. Sa question etsem ki-seora -- bi-klipata o be-lo klipata ? be-laha o bi-yvecha ? (humide ou sèche ?) Enjeu : le seuil de la toumaa transmise par un os. chacun tranche chez l'autre Pourquoi Rav Achi n'a pas ce doute gassa itmar -- la michna a dit GROSSE. kol kama de-gassa : le mot pousse vers le maximum. Donc nécessairement noyau compris. Un adjectif suffit à résoudre le doute. Pourquoi Rav Papa n'a pas ce doute laha -- chibolet mikri : humide, on l'appelle épi. che-lo bi-klipata -- ouchla mikri : décortiquée, elle porte un autre nom. Donc seora = sèche et dans son enveloppe. Le principe commun Un chiour n'est pas un volume abstrait : c'est le volume de l'objet TEL QU'IL EST NOMMÉ. Quand la langue cesse d'appeler la chose seora ou kotevet gassa, la mesure cesse avec elle. La lexicographie fait ici office de halakha.
Le chiasme : chacun des deux Amoraim tranche par le vocabulaire le doute que l'autre a formulé.
2
אָמַר (רָבָא) אָמַר רַב יְהוּדָה: כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ, יְתֵירָה מִכַּבֵּיצָה. וְקִים לְהוּ לְרַבָּנַן דִּבְהָכִי מִיַּתְּבָא דַּעְתֵּיהּ, בְּצִיר מֵהָכִי — לָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ. מֵיתִיבִי: מַעֲשֶׂה וְהֵבִיאוּ לְרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִטְעֹום אֶת הַתַּבְשִׁיל, וּלְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת וּדְלִי שֶׁל מַיִם. וְאָמְרוּ: הֶעֱלוּם לַסֻּוכָּה. וְתָנֵי עֲלָהּ: לָא מִפְּנֵי שֶׁהֲלָכָה כָּךְ, אֶלָּא שֶׁרָצוּ לְהַחֲמִיר עַל עַצְמָן.

(Rava) [Rabba] dit au nom de Rav Yehouda : la grosse datte dont ils ont parlé est plus grande qu'un ke-beitsa (le volume d'un œuf). Et les Sages tiennent par tradition (kim lehou le-rabbanan) qu'avec cette quantité l'esprit s'apaise (mitiava daateh), et qu'avec moins que cela l'esprit ne s'apaise pas.

On objecte : il arriva que l'on apporta à Rabban Yo'hanan ben Zakkai [un peu] du plat cuisiné pour qu'il le goûte, et à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau ; et ils dirent : montez-les a la souka. Et l'on a enseigné à ce sujet : ce n'est pas parce que telle est la halakha, mais parce qu'ils voulurent se montrer rigoureux envers eux-mêmes.

📜 Rachi (1)
קִים לְהוּ לְרַבָּנַן וְכוּ' ואע"ג דְּכָל שִׁיעוּר אֲכִילַת אִיסּוּר בִּכְזַיִת הִיא הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דִּכְתִיב' אֲכִילָה אֲבָל הָכָא אֲשֶׁר לֹא תְעֻונֶּה כְּתִיב וְכָל כַּמָּה דְּלָא מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ עִנּוּי הוּא:
Les Sages le tiennent par tradition, etc. -- et bien que toute mesure de consommation d'un interdit soit d'un ke-zayit, cela ne vaut que là où la Torah écrit le terme akhila (manger). Mais ici il est écrit « [toute âme] qui ne s'affligera pas » (Lev. 23,29) : or tant que l'esprit ne s'apaise pas, c'est encore de l'affliction (inouy).
🗂️ Tossefot (1)
לֹא מִפְּנֵי שֶׁהֲלָכָה כֵּן כּוּ' אֵין זֶה בַּמִּשְׁנָה אֶלָּא גְּמָרָא פָּרֵיךְ עֲלָהּ הָתָם בְּפֶרֶק הַיָּשָׁן (סֻוכָּה דַּף כו:) וּמְשַׁנֵּי לָהּ הָכִי הִלְכָּךְ מַיְיתֵי לָהּ הָכָא בְּהַאי לִישָּׁנָא כְּאִילּוּ שָׁנוּי כֵּן בְּמַתְנִיתִין:
Ce n'est pas parce que telle est la halakha, etc. -- cette phrase ne figure pas dans la michna ; c'est la Guemara qui, la-bas, au chapitre Ha-yachen (Souka 26b), objecte sur la michna et la résout ainsi. C'est pourquoi on la cite ici dans cette formulation, comme si elle y était enseignée telle quelle.
💡 Explication

Après avoir cerné le contour de la datte, la Guemara en donne la taille. Rabba -- le texte imprimé porte Rava entre parenthèses, marque d'une variante -- au nom de Rav Yehouda : la kotevet ha-gassa est plus grande qu'un ke-beitsa. L'affirmation surprend, car le ke-beitsa est déjà la plus grande des mesures alimentaires courantes.

Sa justification n'est pas anatomique mais traditionnelle : kim lehou le-rabbanan, les Sages le tiennent de tradition. Le critère réel n'est pas le volume mais l'effet : yichouv ha-daat, l'apaisement de l'esprit. Rachi en tire la raison de fond : partout ailleurs, un interdit alimentaire se mesure en ke-zayit, parce que la Torah y écrit le verbe manger ; ici elle écrit acher lo teouneh, « qui ne s'affligera pas » (Lev. 23,29). Ce n'est donc pas l'acte de manger qui est interdit, c'est la sortie de l'affliction. Tant que le corps n'est pas apaisé, l'inouy tient encore.

La Guemara attaque aussitôt -- meitivi -- avec une baraita du traité Souka (26b). On apporte à Rabban Yo'hanan ben Zakkai de quoi goûter, et à Rabban Gamliel deux dattes et un seau d'eau ; ils les font monter à la souka. Mais la baraita précise : ce ne fut pas la halakha, seulement une houmra, une rigueur volontaire. Donc, en stricte halakha, deux dattes n'obligeaient pas la souka -- ce qui suppose qu'elles n'atteignaient pas un ke-beitsa. Comment alors une seule datte pourrait-elle le dépasser ?

🖼️ Schéma
La kouchia des deux dattes : la baraita de Souka contre le chiffre de Rav Yehouda Ce que soutient Rabba au nom de Rav Yehouda kotevet ha-gassa > ke-beitsa. Une seule grosse datte dépasse le volume d'un œuf. Fait 1 -- R. Tsadok On lui donne MOINS d'un ke-beitsa. Il mange hors de la souka. On en déduit : à partir d'un ke-beitsa, la souka devient obligatoire. Fait 2 -- Rabban Gamliel On lui apporte DEUX dattes et un seau d'eau. Il monte à la souka. Mais la baraita précise : lo mipnei che-halakha kakh -- c'était une houmra, pas la loi. La conséquence Si la souka n'était pas due, c'est que DEUX dattes n'atteignent pas un ke-beitsa. Or Rav Yehouda dit qu'UNE seule datte le dépasse. CONTRADICTION 2 dattes < 1 œuf, et pourtant 1 datte > 1 œuf ? Le daf s'arrête ici. Les réponses ouvrent 79b : - R. Yirmeya sauve le chiffre : les deux dattes de la baraita étaient SANS leurs noyaux ; une grosse datte AVEC son noyau, elle, dépasse bien l'œuf -- car le noyau de la datte est énorme. D'où le dicton rapporté par Rav Papa : deux kav de dattes donnent un kav de noyaux. - Rava coupe autrement : la baraita ne prouve rien, car des dattes sont des FRUITS, et les fruits n'exigent pas la souka.
La kouchia : deux dattes ne feraient pas un œuf, et pourtant une seule le dépasserait.
3
וּכְשֶׁנָּתְנוּ לוֹ לְרַבִּי צָדוֹק אֹוכֶל פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה — נְטָלוֹ בַּמַּפָּה וַאֲכָלוֹ חוּץ לַסֻּוכָּה, וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו.

Et lorsqu'on donna à R. Tsadok un aliment de moins d'un ke-beitsa, il le prit dans une serviette [sans se laver les mains], le mangea hors de la souka, et ne récita pas de bénédiction après lui.

📜 Rachi (1)
נְטָלוֹ בְּמַפָּה וַאֲכָלוֹ וְכוּ' שְׁלֹשָׁה קוֹלִין נָהַג בּוֹ אַחַת שֶׁלֹּא נָטַל יָדָיו אֶלָּא בְּמַפָּה כָּרַךְ יָדָיו מִשּׁוּם אֲנִינוּת הַדַּעַת וְחוּץ לַסֻּוכָּה אֲכָלוֹ וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו:
Il le prit dans une serviette et le mangea, etc. -- il pratiqua à son sujet trois allégements (koulot). Le premier : il ne se lava pas les mains, mais les enveloppa dans une serviette, par délicatesse de l'esprit (aninout ha-daat). [Le deuxième :] il le mangea hors de la souka. [Le troisième :] il ne récita pas de bénédiction après lui.
🗂️ Tossefot (2)
נְטָלוֹ בְּמַפָּה בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סוּבָה דַּף כו:) פרש"י מִשּׁוּם נְקִיּוּת וּבְחִנָּם פִּי' כֵּן דר' צָדוֹק כֹּהֵן הֲוָה כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף יט:) וּבְפֶרֶק כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לוֹ.) וְהָיָה אוֹכֵל עַל טָהֳרַת תְּרוּמָה וְיָדַיִם שְׁנִיּוֹת וּפוֹסְלִין אֶת הַתְּרוּמָה אֲפִילּוּ פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה מְקַבֵּל טֻומְאָה:
Il le prit dans une serviette -- au chapitre Ha-yachen (Souka 26b), Rachi a expliqué [qu'il enveloppa ses mains] par souci de propreté ; mais il l'a expliqué ainsi sans nécessité, car R. Tsadok était kohen, comme le prouvent le chapitre Mi che-meto (Berakhot 19b) et le chapitre Kol pessoulei ha-mouqdachin (Bekhorot 36a). Et il mangeait selon la pureté de la terouma : or les mains [non lavées] sont des chenyot (impuretés de second degré) et rendent la terouma pessoula -- et même un aliment de moins d'un ke-beitsa reçoit l'impureté [même s'il ne la transmet pas].
וְלֹא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו סָבַר לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּלְקַמָּן בִּשְׁמַעְתָּא דְּדָרֵישׁ וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה דְּהַייְנוּ כַּבֵּיצָה וְנִרְאֶה לר"י דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר בִּכְזַיִת מִדְּאָמַר פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לח:) אָמַר ר' חִיָּיא בַּר אַבָּא אֲנִי רָאִיתִי אֶת ר' יוֹחָנָן שֶׁאָכַל כַּזַּיִת וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף וְעוֹד אוֹמֵר בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מח.) לְעוֹלָם אֵינוֹ מוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דְּבִבְרִיָּיתָהּ לָא בָּעֵינַן כַּזַּיִת דַּאֲפִילּוּ פְּרִידָה אַחַת שֶׁל עֵנָב אוֹ שֶׁל רִימּוֹן טְעוּנָה בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ דְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בר"פ כֵּיצַד מְבָרְכִין ר' חַיָּיא נְסַב זֵיתָא וּבֵירֵךְ עָלֶיהָ לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו וַהֲוָה רַבִּי חַיָּיא בַּר' אַבָּא מִסְתַּכֵּל בֵּיהּ אֲמַר לֵיהּ בַּבְלָאָה מָה אַתְּ מִסְתַּכֵּל בֵּי לֵית לָךְ כָּל שֶׁהוּא מִמִּין שִׁבְעָה טָעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו אִית לֵיהּ לָמָּה צְרִיכָא לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁגַּרְעִינָתוֹ מְמַעַטְתּוֹ מָה עֲבִיד לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם בְּרֵיהּ מִילְּתָא דְּר' יוֹחָנָן אָמְרָה כֵּן אַפֵּי' פְּרִידָה אַחַת שֶׁל רִימּוֹן שֶׁהִיא טְעוּנָה בְּרָכָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ וּבַגְּמָרָא דִּידַן אִיכָּא כִּי הַאי עֻובְדָּא פֶּרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לח:) דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא אֲנִי רָאִיתִי רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאָכַל זַיִת מָלִיחַ וּבֵירַךְ עָלָיו תְּחִלָּה וָסוֹף אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא הֵיכִי בֵּירַךְ רַבִּי יוֹחָנָן אַזַּיִת מָלִיחַ כֵּיוָן דִּשְׁקַלְתָּא לְגַרְעִינָתָהּ בְּצַר לֵיהּ שִׁיעוּרֵיהּ אֲמַר לֵיהּ מִי סָבְרַתְּ כְּזַיִת גָּדוֹל בָּעֵינַן כְּזַיִת בֵּינוֹנִי בָּעֵינַן וְהַהוּא זַיִת דַּאֲתָא לְקַמֵּיהּ דָּר' יוֹחָנָן זַיִת גָּדוֹל הֲוָה דאע"ג דְּשַׁקְלֵיהּ לְגַרְעִינָתָהּ פָּשׁ לֵיהּ שִׁיעוּרֵיהּ וְהַשְׁתָּא אִי עֻובְדָּא דִּגְמָרָא דִּידַן הַיְינוּ הַהוּא עֻובְדָּא דִּירוּשַׁלְמִי אִם כֵּן פְּלִיג הַיְרוּשַׁלְמִי אַגְּמָרָא דִּידַן [אֲבָל שֶׁמָּא שְׁנֵי מַעֲשִׂים הָיוּ וְהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי הָיָה זַיִת שָׁלֵם וַאֲכָלוֹ עִם הַגַּרְעִין דְּהָוֵי בִּרְיָה אֲבָל הַהוּא דְּתַלְמוּד שֶׁלָּנוּ] לָא הֲוָה בִּרְיָה דְּלָא הֲוָה בֵּיהּ גַּרְעִין וצ"ל סְתָם זַיִת מָלִיחַ בְּלֹא גַּרְעִין הוּא וְלָא הֲוָה בִּרְיָה וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ דְּגָדוֹל. הֲוָה וְזַיִת דִּירוּשַׁלְמִי זַיִת קָטָן מִזַּיִת בֵּינוֹנִי הֲוָה וְהָרוֹצֶה לְהוֹצִיא עַצְמוֹ מִסְּפֵיקָא צָרִיךְ שֶׁיֹּאכַל כַּזַּיִת אֲפִילּוּ מִדָּבָר שֶׁהוּא בִּרְיָה וְדַווְקָא לְעִנְיַן בְּרָכָה שֶׁל אַחֲרָיו אֲבָל לְפָנָיו מְבָרֵךְ אֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִכְּזַיִת בְּכָל דָּבָר דִּלְפָנָיו לָא בָּעֵינַן שִׁיעוּרָא דְּאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה כִּדְמַשְׁמַע מֵהַאי עֻובְדָּא דְּרַבִּי צָדוֹק דְּלָא בֵּירֵךְ אַחֲרָיו הָא לְפָנָיו בֵּירֵךְ וְאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי ר"פ כֵּיצַד מְבָרְכִין כָּל שֶׁאוֹמֵר אַחֲרָיו שָׁלֹשׁ בְּרָכוֹת אוֹמֵר לְפָנָיו הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ הֲתִיבּוֹן הֲרֵי פָּחוֹת מִכַּזַּיִת דְּאֵין אוֹמֵר אַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת מֵעַתָּה לֹא יֹאמְרוּ לְפָנָיו הַמּוֹצִיא כו' אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר יַעֲקֹב לִשְׁאָר מִינִין נִצְרְכָא פֵּירוּשׁ לָא אֲתָא לְחַלֵּק בֵּין דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כַּשִּׁיעוּר לְדָבָר שֶׁאֵין בּוֹ כַּשִּׁיעוּר אֶלָּא אֲתָא לְחַלֵּק בֵּין פַּת לִשְׁאָר מִינֵי מַאֲכָל שֶׁל ה' הַמִּינִין כְּגוֹן מַעֲשֵׂה קְדֵירָה שֶׁאֵין אוֹמֵר אַחֲרָיו ג' בְּרָכוֹת וְכֵן כּוּבָא דְּאַרְעָא וּפַת הַבָּאָה בְּכִיסָנִין כִּי לֹא קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ וּפַת אֹורֶז שֶׁאֵין מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן הַמּוֹצִיא כֵּיוָן דְּאֵין מְבָרְכִין אַחֲרֵיהֶן ג' בְּרָכוֹת ואע"ג דִּבְרֵישׁ כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף לה.) נָפְקָא לָן בְּרָכָה לְכַתְּחִילָּה בק"ו מִבַּסּוֹף כְּשֶׁהוּא שָׂבֵעַ מְבָרֵךְ כְּשֶׁהוּא רָעֵב לֹא כָּל שֶׁכֵּן מִכָּל מָקוֹם לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר דַּיּוֹ וּבְמַשֶּׁהוּ מְבָרֵךְ עָלָיו תְּחִלָּה אע"ג דְּלָא מְבָרֵךְ עָלָיו בַּסּוֹף דְּהָא קַל וָחֹומֶר לֵיתֵיהּ אֶלָּא גִּלּוּי מִילְּתָא בְּעָלְמָא דִּבְרָכָה לְפָנָיו לָאו דְּאוֹרָייְתָא כְּדִתְנַן פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) בַּעַל קֶרִי מְבָרֵךְ עַל הַמָּזוֹן לְאַחֲרָיו וְאֵין מְבָרֵךְ לְפָנָיו וְכֵן בְּפֶרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף טז.) תַּנְיָא הַפּוֹעֲלִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת אוֹכְלִין פִּתָּן וְאֵין מְבָרְכִין לִפְנֵיהֶם אֲבָל מְבָרְכִין לְאַחֲרֵיהֶן שְׁתֵּי בְּרָכוֹת וּלְעִנְיַן שְׁתִיָּה נִרְאֶה שֶׁמְּבָרְכִין אַכַּזַּיִת יַיִן לְאַחֲרָיו עַל הַגֶּפֶן וְעַל פְּרִי הַגֶּפֶן אע"ג דְּגַבֵּי יוֹם הַכִּפּוּרִים מִשַּׁעֲרֵי' כִּמְלֹא לוֹגְמָיו לָא יָלְפִינַן לְהוּ מְהֻדְּדֵי תֵּדַע דִּלְעִנְיַן אֲכִילָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מְשַׁעֲרִין בְּכוֹתֶבֶת וּלְעִנְיַן בְּרָכָה בִּכְזַיִת כְּרַבִּי מֵאִיר כְּדִמְפָרֵשׁ וְאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קז.) דִּלְעִנְיַן קִידּוּשׁ לָא בָּעֵי מָלֵא לוֹגְמָיו הָכִי נָמֵי לְעִנְיַן בְּרָכָה לְכֻולֵּי עָלְמָא לָא גָּמְרִינַן מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים וּמִיהוּ קְצָת הָיָה נִרְאֶה לְדַקְדֵּק דְּמוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר לְעִנְיַן שְׁתִיָּה דְּבָעֵי כַּבֵּיצָה דִּלְקַמָּן דְּרֵישׁ רַבִּי מֵאִיר וְאָכַלְתָּ זוֹ אֲכִילָה וְשָׂבָעְתָּ זוֹ שְׁתִיָּה וְר' יְהוּדָה דְּרֵישׁ אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה וְאֵיזוֹ זוֹ כְּבֵיצָה אַלְמָא דִּלְשׁוֹן שְׂבִיעָה הָוֵי כַּבֵּיצָה וְאִם כֵּן ר' מֵאִיר דְּדָרֵישׁ וְשָׂבָעְתָּ לִשְׁתִיָּה בָּעֵי כַּבֵּיצָה וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין שְׂבִיעָה דַּאֲכִילָה לִשְׂבִיעָה דִּשְׁתִיָּה דִּשְׂבִיעָה דִּשְׁתִיָּה הָוֵי פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה דְּכָל הָנֵי שִׁיעוּרֵי הָווּ מִדְּרַבָּנָן כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) דְּקָאָמַר הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן דְּאָכַל שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן פִּי' כַּזַּיִת אוֹ . כַּבֵּיצָה דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא בָּעֵינַן שְׂבִיעָה גְּמוּרָה וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מח.) שִׁמְעוֹן בֶּן שֶׁטַח לְגַרְמֵיהּ הוּא דַּעֲבִיד דִּלְהוֹצִיא אֲחֵרִים עַד שֶׁיֹּאכַל כְּזַיִת דָּגָן מִכְּלָל דְּאִי אָכַל שִׁמְעוֹן בֶּן שֶׁטַח כַּזַּיִת דָּגָן שַׁפִּיר עֲבַד שֶׁהוֹצִיא הַמֶּלֶךְ וְהַמַּלְכָּה אע"פ שֶׁמִּסְּתָמָא הֵם אָכְלוּ כְּדֵי שָׂבְעָן וְהוּא אָכַל שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן וְהֵיכִי אָתֵי דְּרַבָּנַן וּמַפֵּיק דְּאוֹרָייְתָא כִּדְפָרִיךְ בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) גַּבֵּי קָטָן הֵיכִי מַפִּיק אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא דָּמֵי דְּגָדוֹל אֲפִילּוּ לֹא אָכַל כְּלָל רָאוּי הוּא לְהוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְכֵן פרש"י הָתָם:
Et il ne bénit pas après lui -- il tient comme R. Yehouda, plus loin dans notre sougya, qui expose « tu mangeras et tu te rassasieras » (Deut. 8,10) comme désignant une consommation qui comporte satiété, c'est-à-dire un ke-beitsa. Et il semble au Ri que la halakha suit R. Meir, qui dit : un ke-zayit. Car il est rapporté au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 38b) : R. Hiya bar Abba dit -- j'ai vu R. Yo'hanan manger un ke-zayit et réciter dessus la bénédiction avant et après. Et de plus il est dit au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 48a) : on n'acquitte jamais autrui de son obligation tant que l'on n'a pas mangé un ke-zayit de céréale. Et du Yerouchalmi il ressort que, pour une beriya (une chose entière, un fruit complet), on n'exige pas un ke-zayit : même un seul grain de raisin ou de grenade requiert une bénédiction avant et après. Car nous lisons dans le Yerouchalmi, au début du chapitre Keitsad mevarkhin : R. Hiya prit une olive et récita dessus la bénédiction avant et après ; R. Hiya bar R. Abba le regardait fixement. Il lui dit : Babylonien, pourquoi me regardes-tu ? N'admets-tu pas que tout ce qui provient des sept espèces requiert une bénédiction avant et après ? -- Il l'admet, mais pourquoi lui était-elle nécessaire ici ? Parce que son noyau la diminue [en dessous de la mesure]. Comment R. Yo'hanan traite-t-il cela ? Par la règle de la beriya : c'est bien ce que dit la parole de R. Yo'hanan -- même un seul grain de grenade requiert une bénédiction avant et après. Et dans notre Guemara il y a un fait semblable, au chapitre Keitsad mevarkhin (Berakhot 38b) : R. Hiya dit -- j'ai vu R. Yo'hanan manger une olive salée et réciter dessus la bénédiction avant et après. R. Yirmeya dit à R. Zeira : comment R. Yo'hanan a-t-il pu bénir sur une olive salée, puisque, une fois son noyau retiré, elle tombe en dessous de la mesure ? Il lui répondit : penses-tu qu'il faille le volume d'une grosse olive ? C'est le volume d'une olive moyenne qu'il faut -- et cette olive qui vint devant R. Yo'hanan était une grosse olive, si bien que même après qu'on lui eut retiré son noyau, il lui restait la mesure requise. Or si le fait rapporté dans notre Guemara était le même que celui du Yerouchalmi, alors le Yerouchalmi serait en désaccord avec notre Guemara. [Mais peut-être y eut-il deux faits distincts : celle du Yerouchalmi était une olive entière qu'il mangea avec son noyau, et qui constitue donc une beriya, tandis que celle de notre Talmud] n'était pas une beriya, puisqu'elle n'avait pas de noyau. Et il faut dire qu'une olive salée ordinaire est sans noyau et n'est donc pas une beriya -- c'est pourquoi il a fallu répondre qu'elle était grosse ; et l'olive du Yerouchalmi était une olive plus petite qu'une olive moyenne. Et celui qui veut se dégager du doute doit manger un ke-zayit, même d'une chose qui est une beriya. Et cela ne vaut que pour la bénédiction d'après ; mais pour celle d'avant, on bénit même sur moins d'un ke-zayit, et pour toute chose, car la bénédiction d'avant n'exige aucune mesure : il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénédiction. C'est ce qui ressort de ce fait même de R. Tsadok, qui ne bénit pas après -- donc avant, il avait béni. Et il est dit dans le Yerouchalmi, au début du chapitre Keitsad mevarkhin : tout ce sur quoi l'on récite après les trois bénédictions [du birkat ha-mazon], on récite avant Ha-motsi le'hem min ha-arets. On objecta : voilà que sur moins d'un ke-zayit on ne récite pas après les trois bénédictions -- devrait-on donc ne pas réciter Ha-motsi avant ? R. Aha bar Yaakov dit : c'est pour les autres espèces que la règle était nécessaire. Explication : elle ne vient pas distinguer entre une chose qui atteint la mesure et une chose qui ne l'atteint pas, mais entre le pain et les autres mets des cinq espèces -- par exemple un plat cuit (maasse kedera), après lequel on ne récite pas les trois bénédictions ; de même la kouva de-ar'a, et le pain-pâtisserie (pat ha-baa be-kisnin) lorsque l'on n'en a pas fait son repas, ou encore le pain de riz : sur eux on ne récite pas Ha-motsi, puisqu'on ne récite pas après eux les trois bénédictions. Et bien qu'au début de Keitsad mevarkhin (Berakhot 35a) on déduise la bénédiction d'avant par un kal va-homer depuis celle d'après -- s'il bénit lorsqu'il est rassasié, à plus forte raison lorsqu'il a faim -- on ne peut malgré tout appliquer ici le principe du dayo (« il suffit ») pour dire qu'il bénirait avant sur une quantité infime alors qu'il ne bénit pas après, car ce kal va-homer n'en est pas véritablement un : ce n'est qu'un dévoilement de la chose, montrant que la bénédiction d'avant n'est pas d'ordre biblique. Ainsi que nous l'avons appris au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) : le baal keri récite la bénédiction d'après le repas mais ne récite pas celle d'avant. Et de même au chapitre Haya kore (Berakhot 16a), il est enseigné : les ouvriers qui travaillaient chez un employeur mangent leur pain et ne récitent pas la bénédiction avant, mais récitent après deux bénédictions. Et quant à la boisson, il semble que l'on récite après, sur un ke-zayit de vin, la bénédiction Al ha-guefen ve-al péri ha-guefen. Et bien qu'à propos de Yom Kippour on mesure par la pleine gorgée (mélo lougmav), on n'apprend pas l'un de l'autre. La preuve : pour la consommation à Yom Kippour on mesure par la datte, alors que pour la bénédiction on mesure par le ke-zayit, selon R. Meir, comme il l'explique. Et il y a un avis, au chapitre Arvei Pessahim (Pessahim 107a), selon lequel pour le kidouch on n'exige pas la pleine gorgée ; de même ici, pour la bénédiction, tous s'accordent que l'on n'apprend rien de Yom Kippour. Toutefois, on pourrait quelque peu inférer que R. Meir lui-même concède, pour la boisson, qu'il faut un ke-beitsa. Car plus loin R. Meir expose : « tu mangeras » -- ceci vise la nourriture ; « et tu te rassasieras » -- ceci vise la boisson ; tandis que R. Yehouda expose : une consommation qui comporte satiété, et quelle est-elle ? Un ke-beitsa. Il ressort donc que le terme « satiété » équivaut à un ke-beitsa ; et s'il en est ainsi, R. Meir, qui rapporte « et tu te rassasieras » à la boisson, devrait exiger un ke-beitsa. Mais peut-être faut-il distinguer entre la satiété du manger et la satiété du boire, celle du boire étant inférieure à un ke-beitsa. Car toutes ces mesures sont de rang rabbinique, comme le prouve le chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b), où il est dit : de quoi traite-t-on ici ? De quelqu'un qui a mangé la mesure fixée par les Sages -- c'est-à-dire un ke-zayit ou un ke-beitsa -- car selon la Torah il faut une satiété complète. Et quant à ce que nous disons au chapitre Chelocha che-akhlou (Berakhot 48a) -- que Chimon ben Chetah n'agit que pour lui-même, [car] pour acquitter autrui il faut avoir mangé un ke-zayit de céréale -- il en ressort que si Chimon ben Chetah avait mangé un ke-zayit de céréale, il aurait bien fait d'acquitter le roi et la reine, bien qu'ils eussent vraisemblablement mangé à satiété alors que lui n'avait mangé que la mesure rabbinique. Or comment une obligation rabbinique viendrait-elle acquitter une obligation biblique, ainsi que l'on objecte au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) à propos du mineur : comment peut-il acquitter autrui de son obligation ? On peut répondre que les cas ne sont pas comparables : un adulte, même s'il n'a rien mangé du tout, est apte, selon la Torah, à acquitter autrui de son obligation. Et c'est ainsi que Rachi a expliqué là-bas.
💡 Explication

Le daf se ferme sur la seconde moitié de la baraita, qui est aussi le levier de la kouchia. R. Tsadok reçoit un aliment de moins d'un ke-beitsa et en tire trois conséquences d'un seul geste. Rachi les compte : trois koulot, trois allégements.

Un : il ne se lave pas les mains, il les enveloppe dans une serviette. Rachi y voit l'aninout ha-daat, une délicatesse de l'esprit ; Tossefot corrige, car R. Tsadok était kohen et mangeait selon la pureté de la terouma : des mains non lavées sont chenyot, impuretés de second degré, et un aliment de moins d'un ke-beitsa reçoit encore l'impureté même s'il n'en transmet pas. Deux : il mange hors de la souka -- c'est ce membre-là qui fixe le ke-beitsa comme seuil de l'akhilat keva, et qui rend la kouchia contre Rav Yehouda possible. Trois : il ne bénit pas après.

Ce troisième point ouvre, chez Tossefot, une des grandes discussions sur le chiour de la berakha aharona : ke-beitsa selon R. Yehouda, qui lit ve-akhalta ve-savata comme une consommation comportant satiété ; ke-zayit selon R. Meir, avis que le Ri retient comme halakha. Et une remarque décisive en creux : s'il n'a pas béni après, c'est qu'il avait béni avant -- preuve que la bénédiction préliminaire n'exige aucun chiour, car il est interdit de tirer profit de ce monde sans bénir.

🖼️ Schéma
Les trois koulot de R. Tsadok, et le chiour de la berakha aharona selon Tossefot Un aliment de MOINS d'un ke-beitsa -- trois conséquences que R. Tsadok tire d'un coup 1. netalo be-mappa il le prend dans une serviette Rachi : il ne se lave pas les mains, il les enveloppe -- aninout ha-daat. Tossefot corrige : R. Tsadok était kohen et mangeait en pureté de terouma. Les mains sont chenyot ; or même moins d'un ke-beitsa REÇOIT l'impureté. 2. akhalo houts là-souka il mange hors de la souka Moins d'un ke-beitsa n'est pas akhilat keva : la souka n'est pas due. C'est ce membre de la baraita qui sert de levier à la kouchia contre Rav Yehouda : il fixe le ke-beitsa comme seuil de l'obligation. 3. lo berakh aharav il ne bénit pas après Il tient comme R. Yehouda : ve-akhalta ve-savata -- une akhila qui comporte satiété, soit ke-beitsa. À contrario : AVANT, il avait béni -- preuve que la berakha richona n'exige aucun chiour, car il est interdit de jouir sans bénir. Quel chiour pour la berakha aharona ? La discussion de Tossefot R. Yehouda -- ke-beitsa ve-savata désigne une vraie satiété : le volume d'un œuf. C'est la position que suit R. Tsadok dans la baraita. Conséquence : sous un œuf, pas de birkat ha-mazon. R. Meir -- ke-zayit [halakha selon le Ri] Preuves : R. Yo'hanan bénit avant et après sur un ke-zayit (Berakhot 38b) ; et on n'acquitte autrui qu'avec un ke-zayit de céréale (Berakhot 48a). Le cas de la beriya (fruit entier) Le Yerouchalmi : même un seul grain de raisin ou de grenade se bénit avant et après, car c'est une beriya. Tossefot : qui veut sortir du doute mangera un ke-zayit, Et pour la boisson ? Un ke-zayit de vin pour al ha-guefen. On n'apprend PAS de Kippour, où l'on mesure en mélo lougmav : manger s'y mesure en datte, bénir se mesure en olive.
Les trois koulot de R. Tsadok, et l'échelle des chiourim de la berakha aharona chez Tossefot.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).