Yoma 79b -- combien mesure la kotevet hagassa ? La grosse datte face au volume de l'œuf : l'épisode de la soukka, la coupure de Rava sur les fruits, et la démonstration de Rav Zevid par le zimmoun, qui distingue apaiser l'esprit et rassasier.

Yoma 79b

Sougya : Le daf poursuit le chiffrage de la mesure qui rend passible à Yom Kippour : la kotevet hagassa, la grosse datte. Une première voie passe par la soukka -- si un aliment de moins d'un kabeitza se mange dehors, et si Rabban Gamliel a mangé dans la soukka deux dattes dénoyautées, alors deux dattes sans noyaux font moins d'un œuf : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle le dépasser ?

R. Yirmeya répond que le noyau est énorme, et Rav Papa le confirme par un proverbe populaire.

Rava coupe court : l'épisode ne mesure rien, car les fruits n'exigent jamais la soukka -- deux objections lui sont faites (les figues et les raisins chez R. Elazar ben Chamoua, puis la baraita des mine tirgema) et toutes deux sont neutralisées.

Rav Zevid soutient alors la thèse inverse : la kotevet est plus petite qu'un kabeitza. Sa première preuve, tirée du hametz de Beit Chammai, est réfutée ; la seconde, tirée du zimmoun, aboutit : puisque le kabeitza rassasie selon R.

Yehouda, il serait absurde qu'il ne parvienne pas à apaiser l'esprit. La sougya se clôt sur deux paliers distincts -- la kotevet apaise l'esprit (yichouv hadaat), le kabeitza rassasie (sova) -- avant d'ouvrir une baraita de Rabbi.

Où se place la kotevet hagassa (grosse datte) sur l'échelle des mesures ? La michna fixe à une kotevet hagassa le seuil de culpabilité pour avoir mangé à Yom Kippour. Reste à savoir combien cela fait. Hypothèse A -- R. Yirmeya / Rav Papa kotevet hagassa PLUS GRANDE qu'un kabeitza kazayit kabeitza kotevet Appui : le noyau (guirin) est énorme -- deux kav de dattes donnent un kav de noyaux et plus. Hypothèse B -- Rav Zevid kotevet hagassa PLUS PETITE qu'un kabeitza kazayit kotevet kabeitza Appui final : le kabeitza rassasie (sova), la kotevet apaise seulement l'esprit (yichouv hadaat) -- donc plus petite. Nafka mina : le seuil de culpabilité à Yom Kippour Hypothèse A : il faut manger PLUS qu'un œuf pour être passible. Hypothèse B : MOINS qu'un œuf suffit déjà à rendre passible. La logique de fond : le jeûne n'est rompu qu'à partir du moment où l'esprit est apaisé -- ce qui n'exige pas la satiété complète.
La question centrale du daf : la kotevet hagassa dépasse-t-elle le volume d'un oeuf, ou reste-t-elle en dessous ? Deux positions, et une conséquence directe sur le seuil de culpabilité à Yom Kippour.
Le raisonnement venu de la soukka -- et sa réfutation par Rava Fait rapporté : on apporte à R. Tsadok un aliment de moins d'un kabeitza -- il le mange HORS de la soukka, et sans bénédiction ni lavage des mains. Donc : UN kabeitza, lui, exigerait la soukka -- hah kabeitza baei soukka Or Rabban Gamliel a mangé deux dattes dénoyautées dans la soukka : elles font donc MOINS qu'un kabeitza. Difficulté 2 dattes SANS noyaux < 1 œuf, mais 1 datte AVEC noyau > 1 œuf ?! R. Yirmeya : oui -- le noyau est énorme. Rava coupe à la racine Là-bas, si R. Tsadok mange dehors, ce n'est pas parce que la quantité est petite : c'est parce que ce sont des FRUITS, et les fruits n'exigent jamais la soukka. => toute la chaîne de gauche s'effondre : on ne peut rien déduire du volume des dattes. Deux objections à Rava (figues et raisins chez R. Elazar b. Chamoua ; baraita des mine targuima) sont toutes deux neutralisées par relecture.
La chaîne d'inférence tirée de l'épisode de la soukka, la difficulté qu'elle produit, et la coupure de Rava : les fruits n'exigent pas la soukka, donc l'épisode ne mesure rien du tout.
Rav Zevid : la kotevet est plus petite qu'un kabeitza -- deux essais, une réussite Essai 1 -- le hametz de Beit Chammai Beit Chammai : seor (levain) à un kazayit, hametz à une kotevet. Ils cherchent la mesure juste au-dessus du kazayit. Si le kabeitza était plus petit que la kotevet, ils auraient enseigné kabeitza ! REJETÉ : peut-être parlaient-ils d'une datte ordinaire, où les deux mesures sont égales. Essai 2 -- le zimmoun R. Meir : kazayit. R. Yehouda : kabeitza -- car il faut un manger qui RASSASIE (sova), et c'est le kabeitza. Si la kotevet était plus grande : le kabeitza rassasierait sans apaiser l'esprit -- absurde. RETENU : kotevet < kabeitza. chema mina. Deux seuils, deux effets sur le corps kotevet apaise l'esprit kabeitza rassasie
Les deux tentatives de démonstration de Rav Zevid. La première (hametz de Beit Chammai) est rejetée ; la seconde (zimmoun) tient, et livre la distinction entre apaiser l'esprit et rassasier.
1
הָא כַּבֵּיצָה — בָּעֵי סֻוכָּה. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ יְתֵירָה מִכְּבֵיצָה, הַשְׁתָּא שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת בְּלֹא גַּרְעִינָן לָא הָווּ כְּבֵיצָה, כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה וְגַרְעִינָתָהּ מִי הָוֵי יְתֵירָה מִכְּבֵיצָה?! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: אִין, שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת בְּלֹא גַּרְעִינָתָן לָא הָווּ כְּבֵיצָה, כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה וְגַרְעִינָתָהּ הָוֵי יְתֵירָה מִכְּבֵיצָה. אָמַר רַב פָּפָּא, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: תְּרֵי קַבֵּי דְּתַמְרֵי חַד קַבָּא דְּקַשְׁיָיתָא וּסְרִיחַ.

Mais un kabeitza (volume d'un œuf) -- celui-là exige la soukka. Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa (grosse datte) dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : voici que deux dattes sans leurs noyaux ne font pas un kabeitza -- une grosse datte avec son noyau ferait-elle plus qu'un kabeitza ?!

Rabbi Yirmeya dit : oui ! Deux dattes sans leurs noyaux ne font pas un kabeitza, et une grosse datte avec son noyau fait plus qu'un kabeitza.

Rav Papa dit : c'est bien ce que les gens disent -- deux kav de dattes (donnent) un kav de noyaux, et il en déborde.

📜 Rachi (4)
הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי סֻוכָּה אַלְמָא שְׁתֵּי כּוֹתָבוֹת דַּאֲמַרַן לְעֵיל לֹא שֶׁהָלְכָה כֵּן פְּחוּתוֹת הֵן מִכַּבֵּיצָה:
Mais un kabeitza exige la soukka - il en ressort que les deux dattes dont on a parlé plus haut -- celles à propos desquelles on a dit : non que la halakha soit ainsi -- sont inférieures à un kabeitza.
שְׁתֵּי כוֹתָבוֹת בְּלֹא גַּרְעִינָן שֶׁאֲכָלָן רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּסֻוכָּה וְאָמְרוּ עֲלַייְהוּ לֹא שֶׁהֲלָכָה כֵּן:
Deux dattes sans leurs noyaux - celles que Rabban Gamliel mangea dans la soukka, et dont on dit : non que la halakha soit ainsi.
תְּרֵי קַבֵּי דְּתַמְרֵי בְּגַרְעִינָהוֹן הָווּ קַבָּא דְּקַשְׁיָיתָא:
Deux kav de dattes - avec leurs noyaux : il y a là (dedans) un kav de noyaux.
וּסְרִיח יֵשׁ בָּהֶן קַב גַּרְעִינִין וְיוֹתֵר אַלְמָא הַגַּרְעִין יוֹתֵר מִן הַכּוֹתֶבֶת וּסְרִיח לְשׁוֹן עֹודֶף כְּמוֹ תִּסְרַח עַל אֲחֹורֵי הַמִּשְׁכָּן (שְׁמוֹת כ״ו:י״ב):
Et il en déborde - il y a en elles un kav de noyaux et davantage. Il en ressort que le noyau (occupe) plus (de place) que la datte elle-même. Ve-sariah est un terme de surplus, comme dans : elle débordera (tisrah) à l'arrière du Tabernacle (Ex 26,12).
🗂️ Tossefot (1)
הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי סֻוכָּה בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כז.) פָּרִיךְ מִינָּהּ לְרַב יוֹסֵף וְאַבַּיֵּי דְּאָמְרִי אוֹכְלִין עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה וּמְפָרֵשׁ רַב יוֹסֵף תַּרְתֵּי תְּלָת בֵּיעֵי וְאַבַּיֵּי מְפָרֵשׁ כִּדְקָא טְעִים בַּר בֵּי רַב וְאָזֵיל לְכַלָּה וּמְשַׁנֵּי לֹא הָא כְּבֵיצָה בָּעֵי נְטִילַת יָדַיִם וּבְרָכָה וְלָא מִשְׁתְּרֵי בְּמַפָּה דְּחָיְשִׁינַן דִּילְמָא נָגַע כִּדְאָמַר בְּפַר' כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קז:) וְתֵימַהּ וְהָא רַבִּי צָדוֹק כֹּהֵן הֲוָה וְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַבָּשָׂר (שָׁם) הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי תְרוּמָה וְלֹא הִתִּירוּ מַפָּה לְאוֹכְלֵי טְהָרוֹת יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא הִתִּירוּ מַפָּה אֶלָּא לְאוֹכְלֵי תְּרוּמָה בִּשְׁעַת אֲכִילַת תְּרוּמָה דִּזְהִירִי בֵּיהּ טְפֵי אֲבָל לֹא הִתִּירוּ לְאוֹכְלֵי טְהָרוֹת אֲפִילּוּ כֹּהֲנִים הָאוֹכְלִין עַל טָהֳרַת תְּרוּמָה וְהָכָא לָאו תְּרוּמָה הֲוָה:
Mais un kabeitza exige la soukka - au chapitre Ha-Yachen (Soukka 27a), on objecte de là à Rav Yossef et à Abaye, qui disent qu'on mange une collation (akhilat arai) hors de la soukka : Rav Yossef explique (la quantité de la collation) par deux ou trois œufs, et Abaye explique : comme le goûter que prend l'élève de maison d'étude avant d'aller au cours. Et l'on répond : non (ce n'est pas de la soukka qu'il s'agit) -- mais un kabeitza exige la netilat yadayim (lavage des mains) et une bénédiction, et il n'est pas permis (de le tenir) au moyen d'une serviette, car on craint qu'il ne le touche, comme il est dit au chapitre Kol ha-Bassar (Houlin 107b). Et c'est étonnant : Rabbi Tsadok était kohen, et il est dit au chapitre Kol ha-Bassar (ibid.) qu'on a permis la serviette à ceux qui mangent de la terouma, mais qu'on ne l'a pas permise à ceux qui mangent des taharot (aliments de pureté) ! On peut répondre : on n'a permis la serviette qu'à ceux qui mangent de la terouma, au moment où ils mangent de la terouma, car ils y sont plus attentifs ; mais on ne l'a pas permise à ceux qui mangent des taharot, même à des kohanim qui mangent selon la pureté de la terouma -- et ici, il ne s'agissait pas de terouma.
💡 Explication

La sougya poursuit une enquête ouverte plus haut : la michna rend passible, à Yom Kippour, celui qui mange le volume d'une kotevet hagassa (grosse datte). Reste à chiffrer cette mesure par rapport au kabeitza (volume d'un œuf), l'étalon le plus courant.

L'argument passe par la soukka : un aliment de moins d'un kabeitza peut se manger dehors, donc un kabeitza, lui, exigerait la soukka. Comme Rabban Gamliel a mangé deux dattes dénoyautées dans la soukka, ces deux dattes font moins d'un œuf. D'où la difficulté : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle dépasser l'œuf, si deux dattes dénoyautées restent en dessous ?

Réponse : le guirin (noyau) occupe un volume énorme. Rav Papa la confirme par un proverbe populaire : sur deux kav de dattes, les noyaux en font à eux seuls un kav et davantage. Le mot sariah désigne ici le surplus qui déborde.

🖼️ Schéma
Pourquoi la réponse de R. Yirmeya tient : le noyau prend plus de place que la chair 2 dattes SANS noyaux kabeitza le total reste EN DESSOUS de l'œuf 1 grosse datte AVEC noyau guirin kabeitza le total DÉPASSE l'œuf Proverbe de Rav Papa : sur 2 kav de dattes, plus d'1 kav n'est que du noyau.
Le noyau résout la contradiction apparente : c'est lui, et non la chair, qui fait basculer une seule datte au-dessus du volume de l'œuf.
2
רָבָא אָמַר: הָתָם הַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהָווּ לְהוּ פֵּירֵי, וּפֵירֵי לָא בָּעוּ סֻוכָּה. מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי: כְּשֶׁהָיִינוּ לוֹמְדִים תּוֹרָה אֵצֶל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ הֵבִיאוּ לְפָנֵינוּ תְּאֵנִים וַעֲנָבִים וַאֲכַלְנוּם אֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה. אֲכִילַת עֲרַאי — אִין, אֲכִילַת קֶבַע — לָא! אֵימָא: אֲכַלְנוּם כַּאֲכִילַת עֲרַאי חוּץ לַסֻּוכָּה.

Rava dit : là-bas, la raison est celle-ci -- ce sont des fruits, et les fruits n'exigent pas la soukka. On objecte : Rabbi a dit -- lorsque nous étudiions la Torah auprès de Rabbi Elazar ben Chamoua, on apporta devant nous des figues et des raisins, et nous les mangeâmes en collation (akhilat arai) hors de la soukka.

En collation, oui ; en repas fixe (akhilat keva), non ! -- Dis plutôt : nous les mangeâmes comme une collation, hors de la soukka.

💡 Explication

Rava refuse toute la chaîne précédente. Si R. Tsadok a mangé dehors, ce n'est pas parce que la quantité était inférieure à un kabeitza : c'est parce qu'il s'agissait de fruits, et les fruits, quelle qu'en soit la quantité, n'obligent jamais à la soukka. L'épisode ne mesure donc rien.

Objection : Rabbi raconte qu'on mangeait figues et raisins dehors en collation. La précision suggère qu'un repas fixe de fruits, lui, aurait exigé la soukka -- contre Rava. Réponse : lire non pas en collation mais comme une collation -- le fruit est toujours traité comme une collation, quelle qu'en soit la quantité.

3
אִי בָּעֵית אֵימָא: אֲכַלְנוּם אֲכִילַת קֶבַע, וְאָכַלְנוּ פַּת אֲכִילַת עֲרַאי בַּהֲדַיְיהוּ חוּץ לַסֻּוכָּה.

Si tu veux, dis : nous les mangeâmes en repas fixe (akhilat keva), et nous mangeâmes du pain en collation avec eux, hors de la soukka.

💡 Explication

Seconde relecture de la même phrase : les fruits ont bien été mangés en quantité de repas fixe -- mais ce qui était collation dans la scène, c'est le pain qui les accompagnait (pour en tempérer la douceur). Le pain, lui, obligerait à la soukka s'il atteignait la quantité d'un repas ; en petite quantité, il ne l'oblige pas. Rava est sauf : les fruits ne comptent pour rien dans l'obligation de soukka.

4
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: לְפִיכָךְ, אִם הִשְׁלִים בְּמִינֵי תַרְגִּימָא — יָצָא. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ פֵּירֵי בָּעוּ סֻוכָּה, לִיתְנֵי פֵּירוֹת! מַאי מִינֵי תַּרְגִּימָא — פֵּירוֹת. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: בְּאַתְרָא דְּלָא שְׁכִיחִי פֵּירֵי.

Disons qu'une (baraita) l'appuie : c'est pourquoi, s'il a complété par des sortes de tirgema (mets d'accompagnement), il s'est acquitté. Or si tu venais à penser que les fruits exigent la soukka, qu'elle enseigne donc : des fruits ! -- Que sont les sortes de tirgema ?

Des fruits. Et si tu veux, dis : (il s'agit) d'un endroit où les fruits ne sont pas courants.

📜 Rachi (2)
אִם הִשְׁלִים י"ד סְעוּדוֹת שֶׁאָדָם חַיָּיב לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה לְדִבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה:
S'il a complété - les quatorze repas qu'un homme est tenu de manger dans la soukka, selon Rabbi Eliezer, au traité Soukka.
תַּרְגִּימָא לִיפְתָּן:
Tirgema - un accompagnement (liftan : ce que l'on mange avec le pain).
🗂️ Tossefot (1)
מִינֵי תַּרְגִּימָא בְּפֶ' הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כז.) גַּבֵּי אִם הִשְׁלִים י"ד סְעוּדוֹת שֶׁחַיָּיב אָדָם לֶאֱכֹול בַּסֻּוכָּה בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא יָצָא פרש"י כְּגוֹן פֵּירוֹת וְכִיסָנִין וְקַפְלוֹטוֹת מְבֻושָּׁלִין וְהָכָא מַשְׁמַע דְּמִינֵי תַּרְגִּימָא לָאו פֵּירוֹת נִינְהוּ וְאֵין לִלְמֹוד מִכָּאן שֶׁיּוֹעִילוּ מִינֵי תַּרְגִּימָא לְהַשְׁלִים שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת שֶׁל שַׁבָּת מִדְּאָמַר הָכָא אִם הִשְׁלִים בְּמִינֵי תַרְגִּימָא יָצָא דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּיָלְפִינַן לְהוּ מִדְּכָתַב תְּלָתָא זִימְנִין הַיּוֹם גַּבֵּי מָן שֶׁהוּא בְּמָקוֹם פַּת וַאֲפִילּוּ אִי הֲוָה אָמְרִינַן דְּנָפֵיק בַּג' סְעוּדוֹת בְּמִינֵי תַּרְגִּימָא כְּמוֹ גַּבֵּי סֻוכָּה מִכָּל מָקוֹם בְּפֵירֵי לָא נָפֵיק דְּלָא מְהַנֵּי נָמֵי בְּסֻוכָּה:
Des sortes de tirgema - au chapitre Ha-Yachen (Soukka 27a), à propos de : s'il a complété par des sortes de tirgema les quatorze repas qu'un homme est tenu de manger dans la soukka, il s'est acquitté -- Rachi a expliqué : par exemple des fruits, des kisnin (pâtisseries) et des poireaux cuits. Or ici il ressort que les sortes de tirgema ne sont pas des fruits. Et l'on ne peut pas apprendre d'ici que des sortes de tirgema serviraient à compléter les trois repas du Chabbat, du seul fait qu'il est dit ici : s'il a complété par des sortes de tirgema, il s'est acquitté -- car là-bas c'est différent : on les déduit de ce que le mot ha-yom (aujourd'hui) est écrit trois fois à propos de la manne, laquelle tient lieu de pain. Et même si l'on disait que l'on s'acquitte des trois repas par des sortes de tirgema, comme pour la soukka, en tout cas avec des fruits on ne s'acquitterait pas, car ils ne servent pas non plus pour la soukka.
💡 Explication

Tentative d'appui pour Rava. Une baraita (Soukka 27a) dit que l'on peut compléter le compte des repas dus dans la soukka avec des mine tirgema, des mets d'accompagnement. Si les fruits obligeaient à la soukka, la baraita aurait dit tout simplement des fruits -- preuve qu'ils sont hors du compte.

La guemara casse l'appui de deux façons : soit tirgema veut précisément dire fruits (et il n'y a donc aucune opposition), soit la baraita vise un lieu où les fruits sont rares et où l'on emploie donc d'autres douceurs. Dans les deux cas, aucune preuve.

5
רַב זְבִיד אָמַר: כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ — חֲסֵרָה מִכַּבֵּיצָה. דִּתְנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׂאוֹר — בִּכְזַיִת, חָמֵץ — בִּכְכוֹתֶבֶת.

Rav Zevid dit : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est inférieure à un kabeitza. Car nous avons appris (dans une michna) : Beit Chammai disent -- le seor (levain), à partir d'un kazayit (volume d'une olive) ; le hametz, à partir d'une kotevet (datte).

📜 Rachi (1)
שְׂאוֹר בִּכְזַיִת לְעִנְיַן בַּל יֵרָאֶה וּבַל יִמָּצֵא:
Le seor à partir d'un kazayit - quant à (l'interdit de) bal yeraeh ou-val yimatze (qu'il ne soit ni vu ni trouvé).
💡 Explication

Retournement : Rav Zevid soutient l'inverse de R. Yirmeya -- la grosse datte est plus petite qu'un œuf. Il va le prouver à partir d'une michna de Pessahim sur les mesures de bal yeraeh ou-val yimatze (l'interdit de voir ou de trouver du hametz chez soi).

Beit Chammai y distinguent deux seuils : le seor (levain concentré) dès un kazayit, le hametz (pain levé) seulement à partir d'une kotevet -- donc une mesure plus grande que le kazayit.

6
וְהָוֵינַן בָּהּ: מַאי טַעְמָא דְּבֵית שַׁמַּאי? נִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״חָמֵץ״, וְלָא בָּעֵי ״שְׂאוֹר״, וַאֲנָא אָמֵינָא: וּמֶה חָמֵץ שֶׁאֵין חִמּוּצוֹ קָשֶׁה — אָסוּר בִּכְזַיִת, שְׂאוֹר שֶׁחִמּוּצוֹ קָשֶׁה — לֹא כָל שֶׁכֵּן? מִדְּפַלְגִינְהוּ רַחֲמָנָא, לִימְּדָה לְךָ שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה. שְׂאוֹר בִּכְזַיִת, וְחָמֵץ בְּכַכּוֹתֶבֶת.

Et nous avons discuté là-dessus : quelle est la raison de Beit Chammai ? Que le Miséricordieux écrive hametz, et il n'aurait pas eu besoin (d'écrire) seor -- et moi j'aurais dit : si le hametz, dont la fermentation n'est pas forte, est interdit dès un kazayit, le seor, dont la fermentation est forte, à plus forte raison !

Du fait que le Miséricordieux les a séparés, il t'a enseigné que la mesure de l'un n'est pas la mesure de l'autre : le seor à un kazayit, et le hametz à une kotevet.

📜 Rachi (1)
שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה עַל כָּרְחָךְ דְּחָמֵץ נְפִישׁ מִכַּזַּיִת וּלְהָכִי כְּתַב שְׂאוֹר דְּאִי לָא כַּתְבֵיהּ וְגָמַר מֵחָמֵץ הֲוָה אָמֵינָא דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן וְלָא מִיחַייַּב עָלֶיהָ אֶלָּא בְּשִׁיעוּרָא רַבָּה לְהָכִי כַּתְבֵיהּ רַחֲמָנָא לְחִיּוּבֵיהּ אַכַּזַּיִת דְּאִילּוּ בְּפָחוֹת מִכַּזַּיִת לֵיכָּא לְמֵימַר דְּלָא תְּהֵא רְאָיָה חֲמוּרָה מֵאֲכִילָה דִּסְתָם אֲכִילָה בִּכְזַיִת עַל כָּרְחָךְ הֶחָמוּר בִּכְזַיִת וְהַקַּל בְּיוֹתֵר מִכַּזַּיִת:
La mesure de l'un n'est pas la mesure de l'autre - force est de dire que le hametz (à une mesure) supérieure au kazayit. C'est pourquoi (le verset) a écrit seor : car s'il ne l'avait pas écrit et qu'on l'eût déduit du hametz (par kal va-homer), j'aurais dit -- il suffit à ce qui est déduit d'être comme ce dont il est déduit (dayo la-ba min ha-din lihyot ka-nidon) -- et l'on n'en serait passible qu'à partir de la grande mesure. C'est pourquoi le Miséricordieux l'a écrit, pour le rendre passible dès un kazayit. Car en dessous d'un kazayit, on ne peut rien dire, puisque le fait de voir (du hametz) ne saurait être plus grave que le fait d'en manger, et que manger, sans autre précision, c'est un kazayit. Force est donc de dire : le plus sévère (le seor) à un kazayit, et le plus léger (le hametz) à plus qu'un kazayit.
🗂️ Tossefot (1)
לוֹמַר לְךָ שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה תֵּימַהּ וְנֵימָא שְׂאוֹר בִּכְזַיִת וְחָמֵץ כִּגְרוֹגֶרֶת דִּנְפִישָׁא כִּדְמַשְׁמַע רֵישׁ פֶּרֶק הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צֵא.) גַּבֵּי זָרַק כְּזַיִת תְּרוּמָה לְבַיִת טָמֵא דְּפָרִיךְ אִי לְעִנְיַן שַׁבָּת כִּגְרוֹגֶרֶת בָּעֵינַן וְלָא סַגִּי בְּכַזַּיִת וְכוֹתֶבֶת סְתָמָא הוּא כַּבֵּיצָה אוֹ מְעַט פָּחוֹת מִכַּבֵּיצָה כִּדְמַשְׁמַע בִּשְׁמַעְתָּא וְאִילּוּ גְּרוֹגֶרֶת הָוְיָא בְּצִיר טוּבָא מִכַּבֵּיצָה כִּדְמַשְׁמַע בְּעֵירוּבִין בְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף פ:) כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ וְשֶׁמָּא יֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דְּאַפֵּיקְתֵּיהּ מִכַּזַּיִת אוֹקְמִינַן אַשִּׁיעוּרָא דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִכָּאן קָשֶׁה דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ דְּחָמֵץ כַּכּוֹתֶבֶת לָאו הַיְינוּ כַּכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וַאֲפִילּוּ הָכֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי חָמֵץ כַּכּוֹתֶבֶת הָוֵי כַּבֵּיצָה אוֹ לָא אַמַּאי מְסַפְּקָא לֵיהּ פְּשִׁיטָא דְּהָוֵי כַּבֵּיצָה דְּמִכְּדֵי בֵּית שַׁמַּאי אַשִּׁיעוּרָא דִּנְפִישׁ מִכְּזַיִת מְהַדְּרִי נוֹקְמָהּ אַכִּגְרוֹגֶרֶת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא מִיסְתַּבֵּר לְהוּ לְאוֹקְמָה אַכִּגְרוֹגֶרֶת מִשּׁוּם דְּאִית לְהוּ דְּרָשָׁה דָּר' חָנָן דְּאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דְּסֻוכָּה (דַּף ה:) וּדְעֵירוּבִין (דַּף ד.) אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹורָה וְגוֹ' כָּל הַפָּסוּק הַזֶּה לְשִׁיעוּרִין נֶאֱמַר וּדְרֵישׁ תְּאֵנָה דִּקְרָא לְהוֹצָאַת שַׁבָּת כְּדִתְנַן כִּגְרוֹגֶרֶת לְהוֹצָאַת שַׁבָּת וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְהוּ לְאוֹקְמָא קְרָא דִּתְאֵנָה לְהוֹצָאָה וְלַאֲכִילָה אֶלָּא הַכֹּל לְהוֹצָאָה כֵּיוָן דַּאֲכִילָה וְהוֹצָאָה לָאו חַד עִנְיָינָא לְהָכִי מוֹקְמִי לְהוּ בְּכוֹתֶבֶת דְּנָפְקָא לָן מִדְּבַשׁ דְּהַהוּא קְרָא דְּהַיְינוּ דְּבַשׁ תְּמָרִים בְּכוֹתֶבֶת הַגַּסָּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּהַיְינוּ מִידִי דַּאֲכִילָה וּמִינֵּיהּ נָמֵי גָּמְרִינַן חָמֵץ בְּכוֹתֶבֶת וַאֲפִילּוּ מַאן דְּבָעֵי לְמֵימַר בְּסָמוּךְ דְּחָמֵץ לָאו כַּכּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה מִכָּל מָקוֹם שַׁפִּיר גָּמְרִינַן מִינָּהּ תַּרְוַייְהוּ דְּלָא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים גַּבֵּי יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּגַסָּה מְשַׁעֲרִינַן דִּבְהָכִי מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ וְגַבֵּי חָמֵץ בְּכוֹתֶבֶת בֵּינוֹנִית וְלֹא בְּגַסָּה שֶׁלֹּא יְהֵא מֻופְלָג יוֹתֵר מִדַּאי מִשְּׂאוֹר וְאַף עַל גַּב דְּפָרִיךְ נוֹקְמָהּ אַכְּבִיצָה אַף עַל גַּב דְּלָא כְּתַב בְּהַהוּא קְרָא בָּזֶה אֵין לָחוּשׁ דְּהָא בְּכַעֲדָשָׁה נָמֵי לֹא כְּתַב בְּהַהוּא קְרָא אֲבָל בְּכִגְרוֹגֶרֶת לָא מוֹקְמִינַן דְּלָא מוֹקְמִינַן תְּאֵנָה דִּקְרָא בַּאֲכִילָה וְהוֹצָאָה כִּדְפָרֵישִׁית וְעוֹד בְּכַבֵּיצָה מוֹקְמִינַן שַׁפִּיר כֵּיוָן דְּהַיְינוּ שִׁיעוּר אֹוכֶל הַנֶּאֱכָל בְּבַת אֶחָת אֲבָל בְּכִגְרוֹגֶרֶת לֵיכָּא טַעְמָא כֻּולֵּי הַאי תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר דְּבַהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי פְּלִיגִי דְּקַיְימָא לָן שִׁיעוּרִין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי מַר סָבַר הָכִי גְּמִירִי שְׂאֹור בְּכַזַּיִת וְחָמֵץ בְּכַכּוֹתֶבֶת וּמַר סָבַר דְּהָכִי גְּמִירִי זֶה וְזֶה בִּכְזַיִת וְהַשְׁתָּא לָא תִּיקְשֵׁי לֵיהּ לִיתְנֵי כַּבֵּיצָה וְיֵשׁ לוֹמַר דִּבְפֶרֶק קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף ז:) מוֹכְחִי דְּבִקְרָאֵי פְּלִיגִי דְּטַעֲמָא דְּבֵית שַׁמַּאי לָאו מִכֹּחַ הִלְכְתָא דְּמַיְיתִי הָתָם בָּרַייְתָא דְּתַנְיָא וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ חָמֵץ וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ שְׂאֹור זֶה הוּא חִילּוּק שֶׁבֵּין ב"ש וב"ה שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׂאוֹר בְּכַזַּיִת וְכוּ' וּמִדְּמַיְיתֵי קְרָא ש"מ דְּמִכֹּחַ קְרָאֵי קָא דָּרְשִׁי לִיכְתּוֹב רַחֲמָנָא שְׂאוֹר וְלָא בָּעֵי חָמֵץ:
Pour te dire que la mesure de l'un n'est pas la mesure de l'autre - c'est étonnant : disons donc que le seor est à un kazayit et le hametz à une grogueret (figue sèche), qui est plus grande (qu'un kazayit), comme il ressort du début du chapitre Ha-Matzniya (Chabbat 91a), à propos de celui qui a jeté un kazayit de terouma dans une maison impure, où l'on objecte : si c'est quant au Chabbat, il faut une grogueret et un kazayit ne suffit pas. Or une datte ordinaire vaut un kabeitza, ou un peu moins qu'un kabeitza, comme il ressort de notre sougya, tandis que la grogueret est bien plus petite qu'un kabeitza, comme il ressort de Erouvin, chapitre Halon (Erouvin 80b), ainsi que je l'expliquerai plus loin. On peut peut-être répondre : puisque tu l'as fait sortir du kazayit, nous l'établissons sur la mesure de Yom Kippour. De là une difficulté : on dit plus loin que le hametz est à une kotevet qui n'est pas la kotevet hagassa de Yom Kippour -- et pourtant on doute (là-bas) si (cette kotevet) vaut un kabeitza ou non. Pourquoi ce doute ? Il est évident qu'elle vaut un kabeitza, puisque Beit Chammai cherchent une mesure supérieure au kazayit -- qu'on l'établisse donc sur une grogueret ! On peut répondre : il ne leur a pas paru raisonnable de l'établir sur une grogueret, parce qu'ils tiennent la deracha de Rabbi Hanan, qui dit au premier chapitre de Soukka (5b) et dans Erouvin (4a) : une terre de blé et d'orge, etc. -- tout ce verset a été dit pour les mesures ; et il expose que la figue du verset vise le transport (hotzaa) du Chabbat, comme nous l'avons appris : une grogueret pour le transport du Chabbat. Et il ne leur a pas paru raisonnable d'établir le verset de la figue à la fois pour le transport et pour la consommation, mais tout entier pour le transport, puisque manger et transporter ne sont pas une même matière. C'est pourquoi ils les établissent sur la kotevet, que nous tirons du miel de ce même verset -- c'est-à-dire le miel de dattes -- pour la kotevet hagassa de Yom Kippour, qui relève de la consommation ; et de là nous apprenons aussi le hametz à une kotevet. Et même selon celui qui voudra dire plus loin que le hametz n'est pas à la kotevet hagassa, en tout cas nous apprenons bien les deux de là, car l'Écriture ne les a livrées qu'aux Sages : pour Yom Kippour on mesure à la grosse (datte), car c'est par elle que son esprit s'apaise ; et pour le hametz, à une datte moyenne et non à une grosse, afin que l'écart avec le seor ne soit pas démesuré. Et bien qu'on objecte : qu'on l'établisse sur un kabeitza -- alors même que le kabeitza n'est pas écrit dans ce verset -- il n'y a pas lieu de s'en soucier, car le volume d'une lentille (ka-adacha) non plus n'est pas écrit dans ce verset. Mais sur une grogueret on ne l'établit pas, car on n'établit pas la figue du verset à la fois pour la consommation et pour le transport, comme je l'ai expliqué. De plus, on l'établit bien sur un kabeitza, puisque c'est la mesure d'un aliment que l'on mange en une seule fois, tandis que pour la grogueret il n'y a pas de raison aussi forte. Une difficulté pour moi : pourquoi ne dit-on pas qu'ils divergent sur une halakha de Moche au Sinaï -- car nous tenons que les mesures sont halakha de Moche au Sinaï : l'un tiendrait qu'on a ainsi reçu, seor à un kazayit et hametz à une kotevet, et l'autre qu'on a ainsi reçu, l'un et l'autre à un kazayit ? Alors l'objection qu'il enseigne donc kabeitza ne se poserait pas. On peut répondre qu'au premier chapitre de Betsa (7b) il est prouvé qu'ils divergent à partir de versets, et que la raison de Beit Chammai ne repose pas sur une halakha (transmise) : car on y apporte une baraita -- et il ne sera pas vu chez toi de hametz, et il ne sera pas vu chez toi de seor : telle est la différence entre Beit Chammai et Beit Hillel, car Beit Chammai disent seor à un kazayit, etc. -- et du fait qu'on y apporte un verset, il en ressort qu'ils exposent à partir des versets : que le Miséricordieux écrive seor, et il n'aurait pas besoin de hametz.
💡 Explication

Pourquoi la Torah écrit-elle les deux mots, seor et hametz ? Un seul aurait suffi : du hametz on aurait déduit le seor par kal va-homer (à plus forte raison), puisque le seor fermente plus fort.

L'écriture séparée enseigne donc que les deux mesures diffèrent. Rachi précise la mécanique : sans le mot seor, la règle du dayo (il suffit au déduit d'être comme ce dont il est déduit) aurait donné au seor la grande mesure du hametz. La Torah écrit seor pour le ramener au kazayit -- ce qui suppose nécessairement que le hametz, lui, exige plus qu'un kazayit.

🖼️ Schéma
Pourquoi la Torah écrit seor ET hametz -- le kal va-homer neutralise Hava amina : un seul mot suffirait hametz (fermentation faible) : kazayit donc seor (fermentation forte) : kazayit par kal va-homer -- le mot seor serait superflu Le frein : la règle du dayo le déduit ne peut être plus sévère que sa source -- le seor aurait hérité de la GRANDE mesure du hametz. -- résultat inverse de celui voulu Conclusion de Beit Chammai : deux mots, deux mesures seor kazayit hametz kotevet Le hametz exige donc NÉCESSAIREMENT plus qu'un kazayit -- c'est le point d'appui de Rav Zevid.
La logique de Beit Chammai : le mot seor n'est pas superflu, il sert à bloquer le dayo et à fixer au seor la petite mesure -- ce qui impose au hametz une mesure plus grande.
7
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ יְתֵירָה מִכְּבֵיצָה, מִכְּדִי בֵּית שַׁמַּאי אַשִּׁיעוּרָא דִּנְפִישׁ מִכְּזַיִת קָא מְהַדְּרִי, לִיתְנֵי כַּבֵּיצָה. וְאִי נָמֵי כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ, נִיתְנֵי כַּבֵּיצָה! אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינָּה: כּוֹתֶבֶת פְּחוּתָה מִכַּבֵּיצָה.

Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : puisque Beit Chammai recherchent une mesure supérieure au kazayit, qu'ils enseignent donc kabeitza ! Et même si (kotevet et kabeitza) sont égales, qu'ils enseignent kabeitza !

N'en déduis-tu pas plutôt : la kotevet est inférieure à un kabeitza ?

📜 Rachi (1)
מִכְּדֵי בֵּית שַׁמַּאי לֹא אָמְרוּ כַּכּוֹתֶבֶת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעוּ שִׁיעוּר חָמֵץ טְפֵי מִשֶּׁל שְׂאוֹר שֶׁהוּא בִּכְזַיִת מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִכְתְּבִינְהוּ וְאִם מָצְאוּ שִׁיעוּר פָּחוֹת מִכְּכוֹתֶבֶת וְהוּא יָתֵר עַל כַּזַּיִת הָיוּ מְשַׁעֲרִין בּוֹ וְאִם כַּבֵּיצָה פְּחוּתָה מִכְּכוֹתֶבֶת לִיתְנֵי כְּבֵיצָה וְאִי נָמֵי כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ לֵימָא כַּבֵּיצָה שֶׁהוּא שָׁגוּר בַּמִּשְׁנָה יוֹתֵר מִכְּכוֹתֶבֶת לְעִנְיַן טֻומְאַת אוֹכְלִין:
Puisque Beit Chammai - ils n'ont dit une kotevet que parce qu'ils exigent pour le hametz une mesure supérieure à celle du seor, qui est d'un kazayit -- du fait que le verset a dû les écrire (tous deux). Or s'ils avaient trouvé une mesure inférieure à la kotevet et supérieure au kazayit, c'est par elle qu'ils auraient mesuré ; et si le kabeitza est inférieur à la kotevet, qu'il enseigne donc kabeitza. Et même s'ils sont égaux, qu'il dise kabeitza, qui est plus courant dans la michna que la kotevet, à propos de l'impureté des aliments.
💡 Explication

Le raisonnement de Rav Zevid. Beit Chammai cherchent la mesure qui vient juste au-dessus du kazayit. Le kabeitza est l'étalon le plus courant de la michna (notamment pour l'impureté des aliments). Si la kotevet lui était supérieure, Beit Chammai auraient nommé le kabeitza, plus petit et plus usuel ; et même à égalité, ils auraient préféré le terme le plus courant.

Le fait qu'ils aient bel et bien dit kotevet montre donc qu'elle se situe entre le kazayit et le kabeitza.

8
מִמַּאי? דִּילְמָא לְעוֹלָם אֵימָא לְךָ כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ — יְתֵירָה מִכַּבֵּיצָה, הָא סְתָמָא — כַּבֵּיצָה. וְאִי נָמֵי כִּי הֲדָדֵי נִינְהוּ, וַחֲדָא מִינַּייְהוּ נְקַט.

D'où (le tires-tu) ? Peut-être pourrais-je en vérité te dire : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza, mais une datte ordinaire (kotevet setama) vaut un kabeitza.

Et même si elles sont égales, il en a pris l'une des deux.

📜 Rachi (1)
כּוֹתֶבֶת סְתָמָא כַּבֵּיצָה וּבֵית שַׁמַּאי כּוֹתֶבֶת סְתָמָא אָמוּר:
Une datte ordinaire vaut un kabeitza - et Beit Chammai ont parlé d'une datte ordinaire.
💡 Explication

Réfutation de l'essai. Deux échappatoires suffisent à ruiner la preuve : soit Beit Chammai parlaient d'une datte ordinaire -- non de la grosse datte de Yom Kippour -- et cette datte-là vaut justement un kabeitza ; soit les deux mesures sont équivalentes et la michna a simplement retenu l'un des deux termes.

Dans les deux cas, on ne peut rien conclure. Rav Zevid doit chercher ailleurs.

9
אֶלָּא מֵהָכָא: עַד כַּמָּה מְזַמְּנִין? עַד כַּזַּיִת, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד כַּבֵּיצָה. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי — רַבִּי מֵאִיר סָבַר: ״וְאָכַלְתָּ״, זוֹ אֲכִילָה, ״וְשָׂבָעְתָּ״, זוֹ שְׁתִיָּה — וַאֲכִילָה בִּכְזַיִת. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: ״וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ״, אֲכִילָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׂבִיעָה, וְאֵי זֶה — זֶה כַּבֵּיצָה.

Mais plutôt d'ici : jusqu'à quelle quantité fait-on le zimmoun (invitation à la bénédiction commune) ? Jusqu'à un kazayit -- paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yehouda dit : jusqu'à un kabeitza. Sur quoi divergent-ils ?

Rabbi Meir tient : et tu mangeras -- c'est manger ; et tu seras rassasié -- c'est boire ; or manger, c'est un kazayit. Et Rabbi Yehouda tient : et tu mangeras et tu seras rassasié -- un manger qui comporte satiété ; et quel est-il ?

C'est le kabeitza.

📜 Rachi (1)
מְזַמְּנִין מְבָרְכִין עַל הַמָּזוֹן אַחֲרָיו:
On fait le zimmoun - on récite pour lui la bénédiction sur la nourriture (birkat hamazon) après (le repas).
💡 Explication

Nouvelle base de preuve : la michna du zimmoun. Quelle quantité un convive doit-il avoir mangée pour entrer dans la bénédiction commune ? R. Meir dit un kazayit, R. Yehouda un kabeitza.

Leur divergence porte sur la lecture de ve-akhalta ve-savata (Dt 8,10). Pour R. Meir, les deux mots visent deux actes distincts -- manger et boire -- et akhila (manger) vaut partout un kazayit. Pour R. Yehouda, les deux mots forment une seule exigence : un manger qui rassasie -- et le seuil de la sova (satiété), c'est le kabeitza.

Le point retenu par la guemara est celui de R. Yehouda : le kabeitza rassasie.

10
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ יְתֵירָה מִכְּבֵיצָה, הַשְׁתָּא כְּבֵיצָה שַׂבּוֹעֵי מְשַׂבְּעָא, דַּעְתָּא לָא מְיַתְּבָא?! אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינָּה: כּוֹתֶבֶת הַגַּסָּה שֶׁאָמְרוּ פָּחוֹת מִכְּבֵיצָה. כַּבֵּיצָה — מַשְׁבְּעָא, כַּכּוֹתֶבֶת — מְיַתְּבָא דַּעְתֵּיהּ.

Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : voici donc qu'un kabeitza rassasie -- et l'esprit ne serait pas apaisé ?! N'en déduis-tu pas plutôt : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est inférieure à un kabeitza.

Un kabeitza : cela rassasie ; une kotevet : cela apaise son esprit.

💡 Explication

La preuve décisive. À Yom Kippour, le seuil n'est pas la satiété mais le yichouv hadaat -- l'apaisement de l'esprit, la sortie de l'affliction. C'est un seuil manifestement plus bas que la satiété.

Si la kotevet était plus grande que le kabeitza, on aboutirait à l'absurde : un kabeitza rassasierait l'homme sans même parvenir à lui apaiser l'esprit. Impossible. Donc la kotevet est plus petite -- et l'on obtient deux paliers cohérents : la kotevet apaise l'esprit, le kabeitza (plus grand) rassasie.

🖼️ Schéma
L'argument par l'absurde : rassasier suppose d'abord apaiser Si kotevet > kabeitza kabeitza -- rassasie (sova) kabeitza -- n'apaise PAS l'esprit un homme rassasié dont l'esprit n'est pas apaisé : absurde Donc kotevet < kabeitza kotevet -- apaise l'esprit kabeitza -- rassasie deux paliers dans le bon ordre À Yom Kippour, le seuil de culpabilité est celui du yichouv hadaat (l'esprit apaisé), non celui de la satiété -- il est donc plus bas.
Rassasier est un état plus avancé qu'apaiser : le seuil de la kotevet doit donc rester en dessous de celui du kabeitza.
11
תַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר:

Il a été enseigné (dans une baraita) : Rabbi dit :

💡 Explication

Ouverture d'une nouvelle unité, qui se poursuit sur le daf suivant : une baraita au nom de Rabbi (Yehouda ha-Nassi) sur les mesures. La sougya des volumes n'est donc pas close -- elle change de source.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).