Sougya : Le daf poursuit le chiffrage de la mesure qui rend passible à Yom Kippour : la kotevet hagassa, la grosse datte. Une première voie passe par la soukka -- si un aliment de moins d'un kabeitza se mange dehors, et si Rabban Gamliel a mangé dans la soukka deux dattes dénoyautées, alors deux dattes sans noyaux font moins d'un œuf : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle le dépasser ?
R. Yirmeya répond que le noyau est énorme, et Rav Papa le confirme par un proverbe populaire.
Rava coupe court : l'épisode ne mesure rien, car les fruits n'exigent jamais la soukka -- deux objections lui sont faites (les figues et les raisins chez R. Elazar ben Chamoua, puis la baraita des mine tirgema) et toutes deux sont neutralisées.
Rav Zevid soutient alors la thèse inverse : la kotevet est plus petite qu'un kabeitza. Sa première preuve, tirée du hametz de Beit Chammai, est réfutée ; la seconde, tirée du zimmoun, aboutit : puisque le kabeitza rassasie selon R.
Yehouda, il serait absurde qu'il ne parvienne pas à apaiser l'esprit. La sougya se clôt sur deux paliers distincts -- la kotevet apaise l'esprit (yichouv hadaat), le kabeitza rassasie (sova) -- avant d'ouvrir une baraita de Rabbi.
Mais un kabeitza (volume d'un œuf) -- celui-là exige la soukka. Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa (grosse datte) dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : voici que deux dattes sans leurs noyaux ne font pas un kabeitza -- une grosse datte avec son noyau ferait-elle plus qu'un kabeitza ?!
Rabbi Yirmeya dit : oui ! Deux dattes sans leurs noyaux ne font pas un kabeitza, et une grosse datte avec son noyau fait plus qu'un kabeitza.
Rav Papa dit : c'est bien ce que les gens disent -- deux kav de dattes (donnent) un kav de noyaux, et il en déborde.
La sougya poursuit une enquête ouverte plus haut : la michna rend passible, à Yom Kippour, celui qui mange le volume d'une kotevet hagassa (grosse datte). Reste à chiffrer cette mesure par rapport au kabeitza (volume d'un œuf), l'étalon le plus courant.
L'argument passe par la soukka : un aliment de moins d'un kabeitza peut se manger dehors, donc un kabeitza, lui, exigerait la soukka. Comme Rabban Gamliel a mangé deux dattes dénoyautées dans la soukka, ces deux dattes font moins d'un œuf. D'où la difficulté : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle dépasser l'œuf, si deux dattes dénoyautées restent en dessous ?
Réponse : le guirin (noyau) occupe un volume énorme. Rav Papa la confirme par un proverbe populaire : sur deux kav de dattes, les noyaux en font à eux seuls un kav et davantage. Le mot sariah désigne ici le surplus qui déborde.
Rava dit : là-bas, la raison est celle-ci -- ce sont des fruits, et les fruits n'exigent pas la soukka. On objecte : Rabbi a dit -- lorsque nous étudiions la Torah auprès de Rabbi Elazar ben Chamoua, on apporta devant nous des figues et des raisins, et nous les mangeâmes en collation (akhilat arai) hors de la soukka.
En collation, oui ; en repas fixe (akhilat keva), non ! -- Dis plutôt : nous les mangeâmes comme une collation, hors de la soukka.
Rava refuse toute la chaîne précédente. Si R. Tsadok a mangé dehors, ce n'est pas parce que la quantité était inférieure à un kabeitza : c'est parce qu'il s'agissait de fruits, et les fruits, quelle qu'en soit la quantité, n'obligent jamais à la soukka. L'épisode ne mesure donc rien.
Objection : Rabbi raconte qu'on mangeait figues et raisins dehors en collation. La précision suggère qu'un repas fixe de fruits, lui, aurait exigé la soukka -- contre Rava. Réponse : lire non pas en collation mais comme une collation -- le fruit est toujours traité comme une collation, quelle qu'en soit la quantité.
Si tu veux, dis : nous les mangeâmes en repas fixe (akhilat keva), et nous mangeâmes du pain en collation avec eux, hors de la soukka.
Seconde relecture de la même phrase : les fruits ont bien été mangés en quantité de repas fixe -- mais ce qui était collation dans la scène, c'est le pain qui les accompagnait (pour en tempérer la douceur). Le pain, lui, obligerait à la soukka s'il atteignait la quantité d'un repas ; en petite quantité, il ne l'oblige pas. Rava est sauf : les fruits ne comptent pour rien dans l'obligation de soukka.
Disons qu'une (baraita) l'appuie : c'est pourquoi, s'il a complété par des sortes de tirgema (mets d'accompagnement), il s'est acquitté. Or si tu venais à penser que les fruits exigent la soukka, qu'elle enseigne donc : des fruits ! -- Que sont les sortes de tirgema ?
Des fruits. Et si tu veux, dis : (il s'agit) d'un endroit où les fruits ne sont pas courants.
Tentative d'appui pour Rava. Une baraita (Soukka 27a) dit que l'on peut compléter le compte des repas dus dans la soukka avec des mine tirgema, des mets d'accompagnement. Si les fruits obligeaient à la soukka, la baraita aurait dit tout simplement des fruits -- preuve qu'ils sont hors du compte.
La guemara casse l'appui de deux façons : soit tirgema veut précisément dire fruits (et il n'y a donc aucune opposition), soit la baraita vise un lieu où les fruits sont rares et où l'on emploie donc d'autres douceurs. Dans les deux cas, aucune preuve.
Rav Zevid dit : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est inférieure à un kabeitza. Car nous avons appris (dans une michna) : Beit Chammai disent -- le seor (levain), à partir d'un kazayit (volume d'une olive) ; le hametz, à partir d'une kotevet (datte).
Retournement : Rav Zevid soutient l'inverse de R. Yirmeya -- la grosse datte est plus petite qu'un œuf. Il va le prouver à partir d'une michna de Pessahim sur les mesures de bal yeraeh ou-val yimatze (l'interdit de voir ou de trouver du hametz chez soi).
Beit Chammai y distinguent deux seuils : le seor (levain concentré) dès un kazayit, le hametz (pain levé) seulement à partir d'une kotevet -- donc une mesure plus grande que le kazayit.
Et nous avons discuté là-dessus : quelle est la raison de Beit Chammai ? Que le Miséricordieux écrive hametz, et il n'aurait pas eu besoin (d'écrire) seor -- et moi j'aurais dit : si le hametz, dont la fermentation n'est pas forte, est interdit dès un kazayit, le seor, dont la fermentation est forte, à plus forte raison !
Du fait que le Miséricordieux les a séparés, il t'a enseigné que la mesure de l'un n'est pas la mesure de l'autre : le seor à un kazayit, et le hametz à une kotevet.
Pourquoi la Torah écrit-elle les deux mots, seor et hametz ? Un seul aurait suffi : du hametz on aurait déduit le seor par kal va-homer (à plus forte raison), puisque le seor fermente plus fort.
L'écriture séparée enseigne donc que les deux mesures diffèrent. Rachi précise la mécanique : sans le mot seor, la règle du dayo (il suffit au déduit d'être comme ce dont il est déduit) aurait donné au seor la grande mesure du hametz. La Torah écrit seor pour le ramener au kazayit -- ce qui suppose nécessairement que le hametz, lui, exige plus qu'un kazayit.
Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : puisque Beit Chammai recherchent une mesure supérieure au kazayit, qu'ils enseignent donc kabeitza ! Et même si (kotevet et kabeitza) sont égales, qu'ils enseignent kabeitza !
N'en déduis-tu pas plutôt : la kotevet est inférieure à un kabeitza ?
Le raisonnement de Rav Zevid. Beit Chammai cherchent la mesure qui vient juste au-dessus du kazayit. Le kabeitza est l'étalon le plus courant de la michna (notamment pour l'impureté des aliments). Si la kotevet lui était supérieure, Beit Chammai auraient nommé le kabeitza, plus petit et plus usuel ; et même à égalité, ils auraient préféré le terme le plus courant.
Le fait qu'ils aient bel et bien dit kotevet montre donc qu'elle se situe entre le kazayit et le kabeitza.
D'où (le tires-tu) ? Peut-être pourrais-je en vérité te dire : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza, mais une datte ordinaire (kotevet setama) vaut un kabeitza.
Et même si elles sont égales, il en a pris l'une des deux.
Réfutation de l'essai. Deux échappatoires suffisent à ruiner la preuve : soit Beit Chammai parlaient d'une datte ordinaire -- non de la grosse datte de Yom Kippour -- et cette datte-là vaut justement un kabeitza ; soit les deux mesures sont équivalentes et la michna a simplement retenu l'un des deux termes.
Dans les deux cas, on ne peut rien conclure. Rav Zevid doit chercher ailleurs.
Mais plutôt d'ici : jusqu'à quelle quantité fait-on le zimmoun (invitation à la bénédiction commune) ? Jusqu'à un kazayit -- paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : jusqu'à un kabeitza. Sur quoi divergent-ils ?
Rabbi Meir tient : et tu mangeras -- c'est manger ; et tu seras rassasié -- c'est boire ; or manger, c'est un kazayit. Et Rabbi Yehouda tient : et tu mangeras et tu seras rassasié -- un manger qui comporte satiété ; et quel est-il ?
C'est le kabeitza.
Nouvelle base de preuve : la michna du zimmoun. Quelle quantité un convive doit-il avoir mangée pour entrer dans la bénédiction commune ? R. Meir dit un kazayit, R. Yehouda un kabeitza.
Leur divergence porte sur la lecture de ve-akhalta ve-savata (Dt 8,10). Pour R. Meir, les deux mots visent deux actes distincts -- manger et boire -- et akhila (manger) vaut partout un kazayit. Pour R. Yehouda, les deux mots forment une seule exigence : un manger qui rassasie -- et le seuil de la sova (satiété), c'est le kabeitza.
Le point retenu par la guemara est celui de R. Yehouda : le kabeitza rassasie.
Or si tu venais à penser que la kotevet hagassa dont ils ont parlé est supérieure à un kabeitza : voici donc qu'un kabeitza rassasie -- et l'esprit ne serait pas apaisé ?! N'en déduis-tu pas plutôt : la kotevet hagassa dont ils ont parlé est inférieure à un kabeitza.
Un kabeitza : cela rassasie ; une kotevet : cela apaise son esprit.
La preuve décisive. À Yom Kippour, le seuil n'est pas la satiété mais le yichouv hadaat -- l'apaisement de l'esprit, la sortie de l'affliction. C'est un seuil manifestement plus bas que la satiété.
Si la kotevet était plus grande que le kabeitza, on aboutirait à l'absurde : un kabeitza rassasierait l'homme sans même parvenir à lui apaiser l'esprit. Impossible. Donc la kotevet est plus petite -- et l'on obtient deux paliers cohérents : la kotevet apaise l'esprit, le kabeitza (plus grand) rassasie.
Il a été enseigné (dans une baraita) : Rabbi dit :
Ouverture d'une nouvelle unité, qui se poursuit sur le daf suivant : une baraita au nom de Rabbi (Yehouda ha-Nassi) sur les mesures. La sougya des volumes n'est donc pas close -- elle change de source.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).