2a14 segments · 23 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 2a -- pourquoi vingt coudées : la vue, l'ombre ou le précaire, et pourquoi la michna dit invalide et non qu'il l'abaisse
Le traité s'ouvre sur une michna qui n'explique rien et se contente d'énumérer ce qui disqualifie une soucca : plus de vingt coudées de haut, moins de dix tefahim, moins de trois parois, plus de soleil que d'ombre. La Guemara commence par ne pas poser la question qu'on attend. Elle rapproche notre michna de celle d'Erouvin, où la même mesure de vingt coudées apparaît pour la poutre d'un mavoi -- avec les mêmes protagonistes, les Sages et Rabbi Yehouda -- mais formulée autrement : là-bas qu'il l'abaisse, ici invalide. Deux réponses sont données à cet écart de langue : le rang de la loi, de-oraita contre de-rabbanan, ou simplement le nombre de cas que la michna doit couvrir d'un seul mot. Le folio bascule ensuite sur le fond avec mena hanei mili. Rabba tire la mesure d'un verset de connaissance -- afin que vos générations sachent -- et fait de la limite un seuil de perception : au-delà, l'œil n'atteint plus le s'khakh. Rabbi Zeira la tire d'un verset d'ombre et fait du seuil un fait optique : trop haut, ce sont les parois qui ombragent et non plus la couverture. Rava la tire de sept jours et en fait une exigence structurelle : au-delà de vingt coudées, on ne bâtit plus précaire. Abaye objecte à chacun par un cas limite -- une soucca dressée entre les montagnes d'Achtérot Karnayim, une soucca posée sur des cloisons de fer -- et les deux réponses précisent la nature exacte du critère : un obstacle extérieur ne vicie pas, et la hauteur est une mesure et non un mode de construction. Le Roch montre que ces trois raisons n'ouvrent pas les mêmes issues -- parois jointes au s'khakh chez Rabba, largeur supérieure à quatre coudées chez Rabbi Zeira, aucun remède chez Rava -- et tranche comme Rava, parce que la halakha tient qu'une soucca doit rester une demeure précaire.
2b19 segments · 22 Rachi · 7 Tossefot · 2 schémas
Sukkah 2b -- pourquoi chacun garde son verset, et trois enseignements de Rav qui révèlent laquelle des trois raisons on présuppose
Le folio s'ouvre en revenant sur les trois dérivations de la limite des vingt coudées établies en 2a. La Guemara ne demande pas laquelle est vraie mais pourquoi, pour chacune, les deux autres Amoraim ne s'en sont pas contentés : le verset de Rabba parle d'une connaissance transmise aux générations et non d'une conscience actuelle ; celui de Rabbi Zeira décrit les jours du Machiah -- et Rabbi Zeira répond que le choix du mot soucca plutôt que houppa enseigne en outre qu'une soucca se définit par son ombre ; celui de Rava reste marqué par l'objection d'Abaye sur les cloisons de fer. Le folio bascule ensuite sur un mouvement remarquable : trois élèves rapportent au nom de Rav trois enseignements de même forme, chacun nommant un cas où la soucca reste kachère malgré sa hauteur. La Guemara les utilise comme des réactifs -- keman azla, selon qui cela va-t-il ? Rabbi Yochiya (parois atteignant le s'khakh) révèle la raison de Rabba ; Rav Houna (plus de quatre coudées) révèle celle de Rabbi Zeira ; Rav Hanan bar Rabba (plus que tête, gros du corps et table) ne révèle aucune des trois, et Tossefot doit lui chercher une raison neuve, celle du poulailler. Une tentative d'opposer Rav Houna et Rav Hanan bar Rabba sur la taille minimale d'une soucca est rejetée : ils s'accordent sur cette taille et ne divergent que sur l'étendue de la zone où la hauteur demeure litigieuse. L'amud s'achève sur une baraita apportée contre eux : la soucca de la reine Hélène à Loud dépassait vingt coudées et les Anciens n'ont rien dit. La Guemara lit d'abord la baraita pour elle-même -- l'exemption des femmes, les sept fils, l'âge du hinoukh, la clause et de plus qui ferme la dernière échappatoire -- avant de la retourner contre les trois enseignements de Rav, en commençant par celui de Rabbi Yochiya, qui s'en tire par un usage de cour.
3a14 segments · 17 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 3a -- la soucca de la reine cesse de prouver, et la michna de Beit Chammai se révèle porter deux controverses au lieu d'une
Le folio achève d'abord le sort de la baraita d'Hélène. L'objection revient deux fois sous la même forme -- une reine ne réside pas dans un réduit -- et reçoit deux réponses successives : Rabba bar Rav Adda invoque une soucca découpée en cabinets, Rav Achi corrige en une grande salle flanquée de cabinets étroits. La baraita devient alors lisible aussi bien pour les Sages, qui placent les fils dans la grande salle, que pour Rabbi Yehouda, qui les place auprès de leur mère -- et cesse par là même de rien prouver. S'ouvre ensuite la question de la surface minimale. Rav Chmouel bar Yitshak tranche que la soucca doit contenir tête, gros du corps et table -- sept tefahim sur sept selon le Roch -- et assume, devant l'étonnement de Rabbi Abba, de trancher comme Beit Chammai ; le ika de-amri durcit encore la formule : et n'en bouge pas. Rav Nahman bar Yitshak conteste alors le fondement même de cette halakha : rien n'oblige à lire la michna comme une controverse sur la mesure ; elle peut viser une grande soucca et le décret contre celui qui suit sa table hors de la soucca. Il s'appuie sur l'ouverture de la michna -- celui dont la tête était -- tandis que Mar Zoutra s'appuie sur sa chute -- invalident et valident -- pour conclure l'inverse. Les deux arguments sont bons ; d'où la solution : le-olam bitrei pligui, ils divergent sur les deux, et la michna est hasourei mihasra, elliptique, qu'il faut restituer en deux couples de positions. Le folio se clôt sur un changement de sujet déclenché par la mesure de quatre coudées sur quatre : une baraita énumère ce qu'une maison de moins de quatre sur quatre n'est pas -- ni astreinte à la mezouza et au garde-corps, ni susceptible des negaim, ni acquise définitivement dans une ville close, ni comptée pour le retour du front, l'erouv, le chitouf ou le dépôt de l'erouv.
3b13 segments · 23 Rachi · 1 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 3b -- la maison qui n'en est pas une : huit lois refusées à la maisonnette, et deux corrections qui sauvent la baraita
Le folio est tout entier occupé par la baraita ouverte à la fin de 3a : une maison de moins de quatre coudées sur quatre n'est pas une maison. La guemara établit d'abord que la baraita n'oblige pas à suivre Rabbi -- même les Sages, qui tolèrent une petite soucca parce qu'elle n'est qu'une demeure temporaire, concèdent que la maison, demeure permanente, exige que des gens puissent y habiter. Cinq lois de la Tora tombent alors d'un seul coup : mezouza, garde-corps, negaim, villes closes de murailles, retour du front -- toutes emploient le mot bayit. Restent les lois rabbiniques, où le critère devient l'aptitude réelle à l'habitation, et où la baraita résiste. L'erouv occupe le cœur du folio. La baraita distingue : on n'y dépose pas l'érouvé hatserot, mais on y dépose le chitoufé mevoot -- car le premier joint des maisons et exige donc une vraie maison, tandis que le second joint des cours, qui ne sont déjà pas des demeures. La preuve tirée d'une michna d'Erouvin se retourne pourtant contre elle-même, puisque cette michna disqualifie le beit chaar, l'akhsadra et la mirpesset ; d'où un premier ela eima qui relit dans la cour comme dans une maison de la cour. Viennent ensuite l'ibbour entre deux villes -- la maisonnette vaut moins qu'un bourgane, la hutte du gardien, parce que celle-ci est apte à son usage et celle-là non -- puis le partage entre frères et associés, où une inférence a contrario se heurte à la michna exigeant quatre coudées pour chacun, et impose un second ela eima : il ne s'agissait pas de partager la maison, mais de savoir si sa porte pèse dans le partage de la cour, selon Rav Houna ou selon Rav Hisda. Elle n'y pèse pas : vouée à la démolition, elle n'a rien à décharger devant sa porte. Le folio se clôt par un retour à la michna d'ouverture : rehausser le sol d'une soucca trop haute avec des coussins et des couvertures ne diminue pas sa hauteur, car nul ne les laissera exposés sept jours durant.
4a15 segments · 25 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 4a -- dix tefahim, vingt coudées : quatre façons de fabriquer un espace, et le moment où la fiction cesse d'opérer
Le folio achève d'abord la sougya du bittoul ouverte à la fin de 3b : ce qu'on pose au sol d'une soucca trop haute ne diminue sa hauteur que si cela y reste. Les coussins et les couvertures échouent -- bittela dato etsel kol adam, une intention que personne ne partagerait ne vaut rien. La paille et la terre annulées de la bouche réussissent. Restent deux cas gris -- paille qu'on ne compte pas évacuer, terre posée sans précision -- que la guemara identifie à la controverse de Rabbi Yossi et des Sages, tirée d'une michna d'Ohalot sur l'impureté écrasée sous un plafond. Vient ensuite le procédé par le haut : les hotsin, extrémités de palmes qui pendent en deçà des vingt coudées. On les juge seuls, comme si le skhakh supérieur n'existait pas : si leur ombre suffit, on compte les vingt à partir d'eux. Abaye veut appliquer la symétrie à la soucca de dix tefahim -- des hotsin clairsemés ne compteraient pas davantage pour la ruiner. Rava refuse : dira serouha, une demeure qui s'affaisse, et nul n'habite dans une demeure pareille. Une fiction juridique vaut pour ce qu'elle mesure, pas au-delà. La troisième partie construit par le bas : l'itstaba, estrade bâtie dans la soucca, depuis le sommet de laquelle on recompte les vingt coudées. Trois positions -- contre la paroi du fond, sur le côté, au milieu -- et deux fois la question mai kamachma lan, puisque dofen akouma est déjà connue de la michna du bayit chenifhat. Deux nouveautés en sortent, chacune isolant une variable : on courbe même un mur inapte parce que trop haut, et on en courbe quatre à la fois autour d'une estrade sans aucune paroi propre. Le folio se clôt sur le procédé inverse : creuser le sol d'une soucca trop basse. Le vide atteint bien dix tefahim, mais si le bord du creux est écarté du mur de trois tefahim, lavoud ne joint plus rien et la soucca reste invalide. Une soucca n'est pas un volume : c'est un volume bordé de parois qui descendent jusqu'à lui.
4b17 segments · 21 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 4b -- fabriquer une paroi qui n'existe pas : lavoud, goud assik, deyoumad, et l'exigence de Rava que la paroi se voie
Le folio achève d'abord le procédé ouvert à la fin de 4a -- creuser le sol d'une soucca trop basse. Le vide atteint bien dix tefahim, mais il faut que le bord du creux soit à moins de trois tefahim du mur, sinon lavoud ne joint rien. La guemara demande pourquoi le seuil était de quatre coudées pour l'estrade et n'est que de trois tefahim ici : parce que là-bas la paroi existait déjà et qu'on ne faisait que la courber (dofen akouma), tandis qu'ici il faut la fabriquer. Vient ensuite la colonne bâtie dans une soucca de plus de vingt coudées. Abaye veut faire monter ses flancs jusqu'au skhakh -- goud assik mehitsata. Rava refuse d'un mot qui commande tout le reste du folio : beinan mehitsot ha-nikarot, il faut des parois perceptibles, et autour de la colonne il n'y a rien à voir. Le corps du folio est la baraita des quatre koundissin, quatre poteaux surmontés de skhakh sans aucune paroi, que Rabbi Yaakov valide et que les Sages invalident. Rav Houna situe la controverse au bord du toit, au-dessus des murs de la maison ; Rav Nahman la situe au milieu, là où seuls comptent les poteaux. Une question sur la portée de Rav Nahman reste en teikou, puis une seconde baraita -- plante dans la terre -- réfute Rav Houna, et une seconde fois par déduction ; il répond que la baraita choisit le cas extrême pour faire voir la force de Rabbi Yaakov. La baraita du deyoumad livre enfin la mesure : un poteau rond qui, creuse et fendu en pensée, donnerait un tefah par aile vaut un angle de deux parois, comme les pissei beirot d'Erouvin. Les Sages n'en veulent pas et exigent deux parois pleines et une troisième d'un tefah. Le folio s'ouvre alors sur la borne du bas de la michna -- moins de dix tefahim, passoul -- et en cherche la source : l'arche de neuf tefahim, le kapporet d'un tefah, et la voix qui parle au-dessus. La démonstration s'achèvera sur 5a.
5a13 segments · 16 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 5a -- dix tefahim séparent deux domaines : la frontière que nul ne franchit, et la chasse au tefah manquant du kapporet
Le folio achève la démonstration commencée à la fin de 4b : d'où vient que dix tefahim soient la borne d'une soucca valable ? La preuve tient à un calcul -- l'arche fait neuf tefahim, son kapporet un tefah, et c'est au-dessus du kapporet que la voix parle à Moche. La parole divine s'arrête donc à dix tefahim du sol. Encore faut-il que cette limite soit une loi et non un hasard : c'est le rôle de la baraita de Rabbi Yosse, qui pose que jamais la Chekhina n'est descendue en bas ni Moche et Eliyahou montés en haut. Quatre versets semblent la contredire -- le Sinaï, le mont des Oliviers, la montée de Moche, la tempête d'Eliyahou -- et quatre fois la réponse rétablit la ligne : au-dessus de dix, en dessous de dix. Quand le verset de Job dit que Moche saisit la face du trône, c'est le trône qui s'est allongé jusqu'à dix. La seconde moitié du folio traque le tefah du kapporet, que la Torah n'écrit nulle part -- Rabbi Hanina atteste ce silence. On l'emprunte à la misgueret de la table, un tefah explicite, en s'appuyant sur le principe tafasta merouba lo tafasta : devant deux lectures possibles, prendre la petite. Suivent trois objections en cascade : pourquoi pas le tsits, large de deux doigts seulement ? pourquoi pas le zer, de taille quelconque ? et si le zer est écarté comme simple finition, la misgueret ne l'est-elle pas aussi ? La réponse -- sa misgueret était en dessous, elle portait le plateau -- ne vaut que pour un des deux avis de Menahot. La guemara change alors de critère : on ne déduit pas un ustensile d'un ustensile, on déduit une chose mesurée par la Torah d'une chose mesurée par la Torah. Le tsits et le zer sortent d'eux-mêmes, leurs dimensions n'étant que rabbiniques. Rav Houna offre enfin une voie sans analogie : le verset dit sur la face du kapporet, et il n'y a pas de visage de moins d'un tefah. Le folio s'interrompt sur l'objection qui attaque cette lecture, et qui se poursuivra en 5b.
5b15 segments · 24 Rachi · 2 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 5b -- la preuve du tefah se retourne : de la face du keruv aux ailes qui couvrent, et les dix tefahim deviennent une loi du Sinaï
Le folio commence par sauver la démonstration laissée en suspens en 5a. Rav Houna voulait tirer le tefah du kapporet du mot panim -- il n'y a pas de visage de moins d'un tefah -- mais chaque visage proposé est soit trop grand (le bar Yokhani, la face d'en haut) soit trop petit (l'oiseau, le keruv). Rav Aha bar Yaakov déplace l'argument : ce n'est pas une observation, c'est une gezera chava sur le mot penei ; et l'on tient par tradition qu'une face de keruv ne descend jamais sous un tefah. Rabbi Abbahou explique au passage le mot keruv par ke-ravya, comme un enfant, ce qu'Abaye met à l'épreuve sur la vision d'Ezechiel avant que la guemara ne réponde par la différence entre grands et petits visages. Puis tout bascule : même acquise, cette mesure ne prouve rien pour la soucca, car les dix tefahim de l'arche incluent le kapporet, alors que la michna exige dix tefahim de vide sous le sekhakh. La preuve de 5a est abandonnée. La guemara repart du Temple de Salomon, où les keruvim atteignent le tiers de la hauteur, transpose ce rapport au Michkan et obtient dix tefahim de vide entre le kapporet et les ailes -- ailes que le verset appelle justement sokhekhim, couvrant. Le calcul ne tient toutefois que si la coudée vaut six tefahim, comme le veut Rabbi Meir. Pour Rabbi Yehouda, qui donne cinq tefahim à la coudée des ustensiles, il faudrait une soucca de onze tefahim et demi -- chiffre que nul n'a soutenu. D'où la conclusion : chez lui, les dix tefahim sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, au même titre que les chiourim et les hatsitsin. Le folio se termine sur l'objection à cette dernière affirmation -- Rav Hanin lit dans le verset des sept espèces une table complète de mesures -- et sur le premier item de l'inventaire, le blé et la maison de nega, dont la suite se poursuivra en 6a.
6a12 segments · 23 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 6a -- les sept espèces lues comme une table de mesures, le verset ramené à un asmakhta, et les hatsitsin qui reculent de la peau aux cheveux
Le folio achève d'abord l'inventaire ouvert en 5b : chacune des sept espèces de Deutéronome 8,8 livre une mesure de la halakha. Le blé donne le temps de manger un peras, seuil au-delà duquel les vêtements portés dans une maison frappée de nega deviennent impurs -- avec un calibrage précis, pain de blé et non d'orge, accoudé, avec un accompagnement. L'orge donne l'os de cadavre qui rend impur par contact et par port mais non par la tente ; la vigne, le revi'it de vin du nazir ; le figuier, la grogueret du transport de Chabbat ; le grenadier, le trou qui met fin au statut d'ustensile chez le maître de maison ; la datte, la grosse kotevet de Yom Kippour. L'olive, elle, n'est pas un item mais un fond : la terre dont la plupart des mesures sont des kazayit -- la guemara corrigeant toutes en la plupart, puisque les six autres viennent d'être énumérées. Puis tout se retourne. Si ces mesures sortent d'un verset, elles seraient d'ordre toranique -- mais les chiffres, précisément, ne sont écrits nulle part : le verset n'est qu'un asmakhta, et les mesures restent des halakhot de Moché au Sinaï. La guemara applique aussitôt le même test aux hatsitsin, ces interpositions qui invalident l'immersion. Cette fois le verset dit bien quelque chose -- il baignera sa chair dans l'eau -- et la halakha orale doit reculer : elle vise non la peau mais les cheveux, avec le seuil chiffré de Rabba bar bar Hana (un cheveu noué fait écran, trois n'en font pas, deux restent un doute). Mais le mot et de et sa chair inclut déjà ce qui est annexé à la chair, c'est-à-dire les cheveux : la halakha doit reculer une seconde fois, vers l'enseignement de Rabbi Yitzhak -- que le folio coupe en pleine phrase et qui attend le lecteur en 6b.
6b17 segments · 22 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 6b -- la hatsitsa refuse un dernier décret, la halakha du Sinaï se replie sur goud, lavoud et dofen akouma, puis la soukka se compte : trois parois ou quatre ?
Le folio achève d'abord les deux derniers items de l'inventaire des halakhot de Moché au Sinaï. Pour les hatsitsin, l'enseignement de Rabbi Yitzhak, coupé à la fin de 6a, est enfin livré : seul l'écran qui couvre la majeure partie et auquel on tient est toranique ; les Sages ont étendu aux deux cas mixtes, mais refusent d'aller jusqu'à la quatrième case, car ce serait décréter un décret sur un décret. Pour les mehitsin, le minimum de dix tefahim ne tient que selon Rabbi Yehouda ; selon Rabbi Meir il se déduit des versets, et la halakha orale doit se déplacer -- vers trois fictions juridiques qu'aucun verset ne pourrait donner : goud (on prolonge une cloison), lavoud (un vide de moins de trois tefahim est réputé clos) et dofen akouma (jusqu'à quatre coudées, un skhakh invalide accolé à la paroi est lu comme la paroi elle-même, coudée). La michna reprend alors la main sur les mots "et celle qui n'a pas trois parois", et tout le reste du folio interroge ce chiffre. Une barayta pose deux parois pleines et une troisième réduite à un tefah ; Rabbi Chimon exige trois pleines et un quatrième côté d'un tefah. La guemara reconstruit quatre fois ce désaccord, de la friction la plus lourde à la plus légère : la graphie transmise contre la lecture vocalisée (le mot ba-soukkot vaut quatre unités écrit, six lu) ; le skhakh requiert-il ou non un verset ; la halakha du Sinaï vient-elle diminuer une paroi ou en ajouter une ; expose-t-on ou non la première occurrence d'un terme. Rav Matna sort enfin du comptage : la raison de Rabbi Chimon serait Isaie 4,6, où la soukka est un refuge contre l'orage et la pluie -- et Rachi observe qu'avec un côté ouvert, le vent rabat l'averse à l'intérieur. Le folio se termine sur la question pratique du placement de ce tefah -- Rav le veut kenegued ha-yotse, dans le prolongement d'une paroi -- et s'arrête net sur les premiers mots de l'objection de Rav Kahana et Rav Assi.
7a19 segments · 25 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 7a -- où poser le tefah de la troisième paroi, quelle largeur lui donner selon la forme de la soukka, et jusqu'où ce tefah vaut encore quand le Chabbat tombe dans la fête
Le folio s'ouvre en pleine objection : Rav voulait que le tefah de la troisième paroi soit placé kenegued ha-yotse, dans le prolongement d'une des deux parois ; Rav Kahana et Rav Assi proposent le roch tor, l'angle en biais, qui donne à la soukka l'air d'en avoir quatre. Rav se tait -- et c'est une tradition parallèle au nom de Levi, puis la pratique du beit midrach, qui fixeront la halakha. Rabbi Simon déplace ensuite la question : il ne colle pas le tefah à la paroi, il le pose à moins de trois tefahim et laisse le lavoud combler le vide, obtenant ainsi quatre tefahim -- la majeure partie des sept requis. Mais cette économie ne vaut que pour une soukka en gam, dont les deux parois se touchent. Dans une soukka faite comme un mavoi, deux parois parallèles sans aucun angle, il faut un pass entier de quatre tefahim : la troisième paroi doit y fonder l'enclos et non l'achever. Rava intervient alors sur la nature même de ce tefah, et sa parole nous parvient en trois lechonot : la forme de porte est le seul moyen, elle est un moyen parmi deux, elle s'ajoute obligatoirement au tefah -- et Rav Kahana, surpris par Rav Achi en train de faire les deux, revendique la troisième version. La seconde moitié du folio quitte la soukka. Rava énonce un migo : puisque ce tefah est paroi pour la soukka, il est cloison pour le Chabbat qui tombe dans la fête -- une soukka bâtie dans le domaine public devient alors domaine privé, ce que trois vraies cloisons seules permettraient d'ordinaire. Abaye objecte d'une barayta qui semble refuser ce transfert ; Rava la relit en déplaçant le point de comparaison, du couple Chabbat-soukka au couple Chabbat ordinaire - Chabbat de Soukkot. Abaye insiste : alors le migo devrait aussi descendre du Chabbat vers la soukka, comme dans le cas du lehi. Rava conclut que la barayta n'avait pas à l'enseigner : si le migo ose monter du léger vers le lourd, il redescend du lourd vers le léger à plus forte raison. Le folio s'interrompt sur un goufa qui rouvre, pour elle-même, la règle du skhakh posé sur une ruelle.
7b21 segments · 20 Rachi · 6 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 7b -- pourquoi Rava a dû énoncer trois fois le migo, quel soleil invalide la soukka, et les huit tanaim qui exigent d'elle une demeure permanente
Le folio achève d'abord le dossier du migo ouvert en 7a. Rava avait enseigné que le skhakh posé sur une ruelle munie d'un lehi donne une soukka kachère, et de même celui qu'on pose sur les passei bira'ot, ces quatre panneaux d'angle qui tiennent lieu de cloisons autour d'un puits. La guemara démontre par une tsrikhouta que ni l'un ni l'autre ne suffisait : la ruelle a deux parois pleines mais pas le nom de quatre cloisons, les passin ont le nom de quatre cloisons mais pas une seule paroi pleine -- et aucun des deux n'aurait appris que le migo joue aussi du léger vers le lourd. La michna reprend ensuite : une soukka dont le soleil l'emporte sur l'ombre est passoul. Mais quel soleil ? Pour les Sages, celui du skhakh seul ; pour Rabbi Yochia, celui des parois aussi -- car le verset ve-sakota al ha-aron appelle skhakh un simple rideau, le parokhet, signe que la cloison doit valoir la couverture. Les Sages répondent que le verset prescrivait seulement de replier un peu le haut du rideau. Abaye rassemble alors huit positions éparses -- Rabbi et ses quatre coudées, Rabbi Yochia et ses parois opaques, Rabbi Yehouda qui valide au-dessus de vingt coudées, Rabbi Chimon et sa quatrième paroi, Rabban Gamliel qui refuse le chariot et le navire, Beit Chammai qui veut la table dedans, Rabbi Eliezer qui exige un vrai toit, Aherim qui exigent des angles -- et montre qu'un seul principe les tient : la soukka doit être une dirat keva, une demeure permanente. Tossefot avertit qu'ils ne s'accordent pourtant pas sur la mesure, et le Roch que cette liste est une chita dont la halakha ne suit personne. Le folio se termine sur Rabbi Yo'hanan et sa soukka ronde en forme de four, qui doit pouvoir asseoir vingt-quatre personnes le long de son tour. Rattachée à Rabbi, la mesure est aussitôt contestée par un calcul : un homme occupe une coudée, vingt-quatre coudées de tour font huit de diamètre, le double des quatre requis. Douze auraient suffi -- et la réponse attendra 8a.
8a10 segments · 17 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 8a -- la soukka ronde au compas : pourquoi vingt-quatre, alors que dix-sept moins un cinquième suffiraient
Ce folio est presque entièrement un exercice de géométrie, et c'est un des rares endroits du Talmud où l'on voie les Sages calculer pas à pas, se corriger, et discuter la valeur d'une approximation. Le point de départ vient de 7a : Rabbi Yo'hanan a déclaré kachère la soukka ronde en forme de four (kivchan) si vingt-quatre personnes peuvent s'asseoir le long de son tour. Rattachée à Rabbi, qui exige quatre coudées sur quatre, la mesure paraissait deux fois trop grande. La guemara resserre alors le calcul en trois temps. D'abord : douze de tour donnent bien quatre coudées, mais seulement au milieu du cercle, alors que Rabbi veut quatre coudées carrées. Ensuite : le rapport bien connu selon lequel le carré dépasse le cercle d'un quart ne joue que dans un sens -- du carré vers le cercle inscrit ; en sens inverse, les angles du carré saillent hors du cercle (morcha de-karnata) et il faut plus grand. Enfin le calcul exact : la diagonale vaut le côté plus deux cinquièmes, soit 5 et 3/5 de diamètre pour un carré de quatre, donc 16,8 de tour -- dix-sept moins un cinquième. Voilà le vrai minimum, et les vingt-quatre de Rabbi Yo'hanan restent inexpliqués. La réponse lo dak, il n'a pas serré la mesure, est aussitôt mise en cause : on arrondit d'un peu, pas de sept coudées. Trois maîtres tentent alors de sauver le chiffre. Mar Kachicha compte trois hommes pour deux coudées, ce qui ramène le tour à seize -- rejeté, car ce lo dak-là irait vers l'indulgence et validerait une soukka passoule. Rav Assi propose que les vingt-quatre mesurent le cercle des hommes assis au-dehors : le tour extérieur fait 24, le diamètre 8, les parois 6, donc 18 de tour -- un lo dak vers la rigueur, et de deux cinquièmes seulement en largeur. La guemara s'en satisfait, mais Tossefot juge le procédé forcé et rappelle qu'ailleurs, dans Erouvin, Rabbi Yo'hanan compte bien la place des hommes. Le folio s'achève sur les Sages de Césarée, qui proposent une autre table de conversion : un quart de moins du carré au cercle inscrit, et -- la suite au verso -- la moitié de plus du cercle au carré inscrit. Vingt-quatre divisé par une fois et demie donne seize, le périmètre exact du carré requis : le compte tombe juste, sans approximation. La règle de la moitié sera elle-même discutée en 8b.
8b10 segments · 20 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 8b -- la dernière mesure qui s'effondre, puis les huit cabanes profanes que la fête rend kachères
Ce folio se lit en deux moitiés sans rapport apparent, et c'est la première qui liquide un dossier ouvert depuis 7a. Les juges de Césarée achevaient leur table de conversion : un carré tiré de l'intérieur d'un cercle perd la moitié. Le compte tombait juste et sauvait enfin les vingt-quatre de Rabbi Yo'hanan sans aucune approximation -- pour un carré de seize de périmètre, il faut un cercle de vingt-quatre. La guemara le refuse aussitôt : ve-lo hi, il n'en est rien. La diagonale d'un carré de quatre coudées vaut cinq coudées et trois cinquièmes, donc un tour de seize et huit dixièmes, non vingt-quatre. Tossefot refuse pourtant d'abandonner les juges de Césarée : leur règle est exacte, mais en surface. Dans trois figures emboîtées -- carré de cent, cercle inscrit de soixante-quinze, carré inscrit de cinquante --, le cercle perd bien un quart du grand carré et le petit carré en perd la moitié. La seconde moitié du folio change entièrement de terrain. Rabbi Levi au nom de Rabbi Meir juge les deux cabanes du potier, l'une en dedans de l'autre : l'intérieure, où il vit toute l'année, porte une mezouza mais ne peut servir de soukka faute de hekker, faute que la chose se voie ; l'extérieure, simple atelier de passage, est exempte de mezouza mais fait une soukka parfaitement valable. On objecte qu'elle devrait être le vestibule de l'intérieure et porter mezouza à ce titre ; réponse : lo kavia, aucune des deux n'a le rang d'une vraie maison. Viennent enfin deux braitot jumelles, chacune bâtie sur un moyen mnémotechnique. GNBK -- non-Juifs, femmes, bétail, Koutim -- et RKBSh -- bergers, sécheurs de figues, guetteurs, gardiens de fruits. Toutes ces cabanes profanes sont kachères, sous la seule réserve posée par Rav Hisda : qu'elles aient été faites pour l'ombre, et non pour se dérober aux regards. Reste à comprendre pourquoi chaque braita commence par une liste différente. La réponse est un chiasme : l'un des tanaim classe par la permanence du bâtiment, l'autre par l'obligation du bâtisseur. Aucune divergence de halakha -- et le principe qui en ressort est large : une soukka ne vaut ni par la main qui l'a dressée ni par sa solidité, seulement par l'ombre pour laquelle elle a été couverte.
9a13 segments · 21 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 9a -- la soukka ancienne : d'où tirer que la cabane doit avoir été bâtie pour la fête
Le chapitre s'ouvre sur une soukka irréprochable dans sa matière mais suspecte dans son origine : elle a été bâtie plus de trente jours avant la fête, sans que personne ait dit pourquoi. Beit Chammai l'invalident, Beit Hillel la valident, et la michna fixe un seuil -- trente jours, parce que c'est à partir de là que l'on étudie les lois de la fête et que le silence du bâtisseur vaut déjà intention. Une déclaration expresse, elle, l'emporte sur le calendrier : bâtie lichem h'ag dès le début de l'année, la cabane est valable même pour Beit Chammai. Toute la guemara consiste alors à chercher d'où Beit Chammai tirent cette exigence de lichma -- et le mouvement est une pure comptabilité de versets, car un verset ne fournit qu'une derasha. Premier essai : h'ag ha-soukkot chiv'at yamim la-Chem. Beit Hillel répondent que ce verset sert déjà à Rav Chechet, qui en tire l'interdiction d'utiliser les bois de la soukka pendant les sept jours, ce que confirme la braita de Rabbi Yehouda ben Betera : le Nom du Ciel se pose sur la soukka comme sur la h'aguiga. Et la guemara reconnaît aussitôt que Beit Chammai en ont besoin tout autant : le premier essai est perdu pour tout le monde. Second essai : h'ag ha-soukkot ta'asse lekha. Rachi montre comment l'obtenir -- inverse la phrase, des soukkot tu feras pour la fête. Beit Hillel replacent encore ce verset ailleurs : il enseigne qu'on peut bâtir à h'ol hamo'ed. Beit Chammai, eux, n'en ont pas l'usage, puisqu'ils tiennent comme Rabbi Eliezer, qui interdit d'y bâtir -- leur case reste donc libre. Vient enfin l'attaque de biais, par les tsitsit. Rav déclare passoul des tsitsit tressés des kotsin, des nimin ou des guedarin, tous fils qui pendaient déjà au vêtement, et kacher ceux qui viennent des sissin, les pelotes de fil attachées expressément pour la mitsva ; Chmouel durcit encore, exigeant que la filature elle-même ait été faite lichma. Si le lichma vaut là, pourquoi pas pour la soukka ? La réponse est le mot lekha, lu lichem h'ovekha -- mais la soukka porte le même mot, et l'objection revient. Le dénouement est une dissymétrie du texte : le lekha de la soukka doit servir à exclure la soukka volée, tandis que les tsitsit disposent d'un second verset, ve-assou lahem, de ce qui leur appartient, qui prend en charge cette exclusion et libère leur lekha pour le lichma. Beit Hillel n'ont donc aucune source qui les oblige : la soukka ancienne reste kachère.
9b13 segments · 17 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Sukkah 9b -- Un toit de trop : l'arbre au-dessus de la soukka, et la soukka au-dessus de la soukka
Le folio ouvre le deuxième volet du premier chapitre : ce qui se trouve au-dessus du sekhakh. La michna pose trois cas d'un coup - une soukka faite sous un arbre vaut comme une soukka faite dans la maison ; une soukka bâtie au-dessus d'une autre rend celle du bas passoul ; et Rabbi Yehouda nuance selon qu'il y a ou non des habitants dans celle du haut. Rava restreint aussitôt le premier cas : l'arbre n'invalide que si son ombre dépasse son ensoleillement, et il le prouve par la formulation même de la michna, qui prend le détour de la maison au lieu de dire simplement passoul. La guemara objecte alors qu'un arbre, même clairsemé, reste mehoubar - attaché au sol - et que son ombre se joint à celle du sekhakh pour compléter la mesure : c'est le tsirouf d'un sekhakh passoul avec un sekhakh kacher. Rav Papa répond bechehavtan, lorsqu'il a rabattu les branches dans le sekhakh : mêlées et invisibles, elles s'annulent dans la majorité. Reste à savoir ce que Rava apprend encore, puisque la michna de la vigne, de la courge et du lierre disait déjà cela ; la réponse distingue bedi'avad et lekhathila. La seconde moitié revient à la soukka sur soukka. Une braita tire les trois exclusions du verset bassoukot techevou ; on objecte que le pluriel devrait au contraire valider deux soukkot, et Rav Nahman bar Yitshak répond par la graphie défective du mot. Rabbi Yirmeya déploie enfin quatre combinaisons - les deux kachères, les deux passoul, l'une ou l'autre seulement - réglées par deux variables : le rapport ombre / soleil de chaque sekhakh et la hauteur de vingt coudées, mesurée selon Rachi depuis le toit de la soukka du bas. Le folio s'arrête au seuil du troisième cas, qui se poursuit en 10a.
10a15 segments · 27 Rachi · 3 Tossefot · 4 schémas
Combien de vide fait deux soukkot, et quand un drap devient-il un toit
Le folio achève d'abord les quatre cas de Rabbi Yirmeya sur la soukka bâtie au-dessus d'une autre : quand l'un des deux sekhakh est trop clairsemé il n'existe pas en droit, et la question neuve était seulement de savoir s'il fallait décréter par crainte du tsirouf, la jonction d'un sekhakh passoul avec un sekhakh kacher. Réponse : non. S'ouvre alors la vraie question de mesure — quel vide doit séparer les deux sekhakh pour qu'il y ait deux soukkot et non une seule ? Trois Amoraim répondent en important chacun un étalon d'ailleurs : Rav Houna un tefah, d'après les tentes d'impureté ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna quatre, d'après les domaines de Chabbat ; Chemouel dix, d'après la soukka elle-même, au nom du principe kehekhcharah kakh pesoulah — ce qui ne pourrait pas être une soukka n'en invalide pas une autre. La michna semble contredire Chemouel, jusqu'à ce que Rav Dimi rapporte d'Erets Israël une lecture qui déplace le critère de la hauteur vers la solidité du sekhakh, ne laissant subsister qu'une seule divergence : le sekhakh qui porte la literie à grand-peine. La seconde michna ouvre un sujet voisin, le drap tendu dans la soukka. Trois cas invalident — sur le sekhakh contre le soleil, dessous contre la chute des feuilles, ou en dais sur un lit à quatre montants — mais pour deux motifs distincts que Rachi sépare soigneusement : dans les deux premiers le drap devient un sekhakh susceptible de contracter l'impureté, dans le troisième il forme un ohel qui sépare le dormeur du sekhakh. Rav Hisda fait alors dépendre le tout de l'intention : tendu pour embellir, le drap ne reçoit pas le nom de sekhakh et la soukka reste kachère — ce qu'une braita sur les ornements de la soukka vient appuyer.
10b14 segments · 20 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
Quand une étoffe tendue devient un toit : ornements, kila et lit à baldaquin
Le folio achève d'abord la preuve tentée en 10a en faveur de Rav Hisda : la braita des ornements mentionnait des draps, mais peut-être s'agissait-il de draps tendus sur les parois — dilma min hatsad — et la preuve tombe. S'ouvre alors un principe général : les ornements de la soukka ne comptent pas comme matière. Ils ne diminuent pas la hauteur, ni pour sauver une soukka de plus de vingt coudées ni pour la couler sous dix, car s'ils étaient du sekhakh ils l'invalideraient en recevant l'impureté ; mais sur le côté ils diminuent bel et bien la surface utile de sept tefahim sur sept. Une anecdote sur la tunique mise à sécher par le serviteur de Rav Achi illustre au passage le fonctionnement de la marit ayin. Vient ensuite une mahloket : l'ornement suspendu quatre tefahim sous le sekhakh forme-t-il un ohel qui sépare (Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna) ou est-il nullifié à la soukka par sa destination décorative (Rav Nahman) ? La scène chez le Reich Galouta met les protagonistes en présence sans trancher, les invités se déclarant simplement dispensés comme cheloutshei mitsva. La seconde moitié du folio poursuit la même question sous un autre nom : la kila, moustiquaire tendue autour du lit. Chemouel la permet tant qu'elle ne dépasse pas dix tefahim au-dessus du lit, et résiste à trois objections par la même mise en situation. Mais une braita distingue neklitin et kinofot d'une manière qui prouve que les kinofot invalident même en deçà de dix. La réponse — chani kinofot de-kevi'i, ils sont fixés — déclenche la difficulté la plus fine du folio, puisque la soukka sur soukka est fixe elle aussi et exige pourtant dix. La distinction finale sauve tout : la mesure ne remplit pas le même office selon qu'elle sert à constituer une soukka ou seulement un ohel. Le daf se clôt sur une application du même seuil à la lecture du Chema par celui qui dort nu sous une kila : vêtement en deçà de dix, maison au-delà.
11a15 segments · 24 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
De l'étoffe qui fait ohel au geste qui fait assiya : kila, treille et tsitsit
Le folio se partage en deux moitiés que relie une même interrogation : à partir de quand une chose acquiert-elle un statut. La première moitié achève la sougya de la kila. Après avoir établi qu'une maison, parce qu'elle est fixe, est un ohel même sous dix tefahim, la Guemara reprend la thèse de Chemouel sous une seconde version : ce n'est plus la hauteur mais la présence d'un toit plat qui décide, de sorte que le dais nuptial, dont le sommet est en pente, reste permis même au-dessus de dix. Une braita objecte en distinguant neklitin et kinofot, et la réponse introduit une notion décisive, la keviout relative : les neklitin sont fixés par rapport à une simple kila, mais pas assez par rapport aux kinofot. Rabba bar Rav Houna lève alors toute restriction au nom de Rabbi Yehouda, pour qui un ohel arai ne vient pas annuler un ohel keva ; la Guemara explique pourquoi il fallait énoncer la raison plutôt que la halakha, et Tossefot annonce que la halakha ne suit pas cette permission. La seconde moitié ouvre une nouvelle michna : la treille de vigne, de courge ou de lierre palissée au-dessus de la soukka rend celle-ci passoul, puisqu'on ne couvre pas avec du mehoubar, sauf si le sekhakh valide domine ou si l'on coupe les plantes. Vient alors la question qui porte tout le reste du folio : couper suffit-il ? Rav Yossef enseigne devant Rav Houna qu'il faut encore secouer, faute de quoi la soukka tombe sous ta'asse ve-lo min hé-assouy. Rav Houna corrige l'attribution avec une vivacité qui fait détourner le visage à Rav Yossef : cette exigence est de Chemouel, car Rav, lui, déclare kacher sans secouer. La preuve est l'affaire des tsitsit de Rav Amram le Pieux, nouées avant d'avoir été coupées, que Rav valida en disant qu'il suffit de les couper. Reste une difficulté : Chemouel enseigne lui aussi une braita où la coupe semble valider. La distinction finale la résout en inversant l'ordre des gestes -- couper puis nouer, et non nouer puis couper -- et le folio s'interrompt sur l'objection que cette lecture rend la braita superflue.
11b16 segments · 22 Rachi · 7 Tossefot · 3 schémas
La coupe fait-elle l'acte ? Du tsitsit au sekhakh, et d'où vient la loi de ze haklal
Le folio conduit trois mouvements enchaînés. Il achève d'abord le duel de 11a entre Rav et Chemouel sur la valeur de la coupe : une braita déclare passoul des tsitsit noués avant que les fils aient été coupés, et tout se joue sur un seul mot -- Rav lit passoul jusqu'à ce qu'on coupe, Chemouel, Levi et Rav Matna lisent passoul à jamais. Une seconde attaque, doublée cette fois d'une braita sur la treille palissée au-dessus de la soukka, resserre l'étau : puisque la braita invoque ta'asse ve-lo min hé-assouy plutôt que le simple grief de mehoubar, elle vise nécessairement un cas où l'on a coupé -- et l'invalidité tient malgré la coupe. Rav se dégage en requalifiant le geste, un arrachage dont la séparation n'est pas manifeste, mais la braita des tsitsit demeure et la sougya s'arrête sur un kachia. Le deuxième mouvement cherche à ancrer ce débat dans une dispute de Tanaim, à partir des baies du hadass cueillies le jour de fête : Rabbi Chimon bar Yehotsadak invalide, les Sages valident. La lecture initiale suppose deux préalables -- le loulav requiert un lien, et l'on déduit le loulav de la soukka par binyan av. Deux rejets successifs déplacent la dispute d'abord sur la déduction elle-même, ensuite sur l'exigence du lien ; le débat Rav / Chemouel ressort sans appui tannaitique, mais la Guemara a gagné au passage deux questions autonomes. Elle les traite : Rabbi Yehouda tire l'exigence du lien d'une guezera chava lekiha-lekiha depuis le bouquet d'hysope, les Sages la refusent faute de l'avoir reçue, et une braita concilie en faisant du lien non une condition de validité mais une exigence de ve-anvehou -- pare-toi devant Lui dans les mitsvot. Le troisième mouvement revient au ze haklal de la michna et demande la source des deux critères du sekhakh. Rech Lakich la tire de la vapeur qui montait de la terre, par le détour des nuées de gloire ; mais cette dérivation suppose l'aggada de Rabbi Eliezer, et Rabbi Akiva tient que les Hébreux se firent de vraies cabanes -- qui, note Rachi, pouvaient fort bien être couvertes d'étoffes et de peaux. Rav Dimi apporte alors au nom de Rabbi Yo'hanan une source purement halakhique, le hekech de la soukka à la haguiga, tout en laissant Rachi avertir que cette version-là sera elle aussi écartée plus loin.
12a14 segments · 32 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Trouver la source du sekhakh, puis comprendre pourquoi le fagot lié est refusé
Le folio se partage en deux blocs. Le premier achève la quête ouverte en 11b : d'où la michna tire-t-elle ses deux critères du sekhakh -- ne pas recevoir la touma, et avoir poussé du sol ? Le rapprochement de la soukka avec la haguiga tombe d'entrée, car il prouverait aussi qu'il faut couvrir avec des bêtes. Ravin apporte alors une seconde version de Rabbi Yo'hanan, fondée sur be-ospekha mi-gornekha oumi-yikvekha : le verset parlerait du rebut de l'aire et du pressoir, chaume et sarments. Une objection l'attaque -- pourquoi pas l'aire elle-même, grain et raisins, qui reçoivent la touma ? Rabbi Zera répond par le mot yekev, le vin, avec lequel on ne saurait couvrir ; Rabbi Yirmeya lui oppose le vin figé du Senir, dense comme un gâteau de figues, et Rabbi Zera reconnaît la défaite d'une formule célèbre : nous tenions cette chose, et il y a jeté une hache. Rav Achi sauve le verset autrement, par la seule préposition : mi-gornekha, ce que tu prélèves DE l'aire -- donc le rebut. Rav Hisda, lui, quitte la dérivation pour le précédent, avec la liste de feuillages de Nehemie 8,15, où le doublon myrte / arbre touffu se résout en deux qualités de myrte, l'une pour le toit, l'autre pour le loulav. Le second bloc ouvre une nouvelle michna et renverse la perspective : le matériau n'est plus en cause. Fagots de chaume, de bois et de branchages sont refusés pour le toit alors qu'ils redeviennent kacher une fois déliés, et qu'ils restent kacher pour les parois. Rabbi Yaakov rapporte avoir entendu de Rabbi Yo'hanan deux explications -- la guezera de l'entrepôt, rabbinique, et ta'asse ve-lo min hé-assouy, de la Tora -- valant l'une pour les fagots, l'autre pour celui qui creuse une meule de gerbes, mais il a perdu l'appariement. Rabbi Yirmeya le restitue grâce à un autre enseignement de Rabbi Yo'hanan : le paysan qui hisse son fagot sur sa cabane pour le faire sécher, puis se ravise à l'approche de la fête, commet le vrai passoul de la Tora ; notre michna, elle, n'est qu'un décret pris par crainte de ce cas. Rav Achi conteste ce partage, chaque cas semblant relever des deux raisons à la fois, et la réponse de Rabbi Yo'hanan -- amorcée à la dernière ligne du folio -- se révèle philologique : ein mesakhekhin est un interdit lekhatehila, eina soukka un constat d'invalidité.
12b7 segments · 18 Rachi · 5 Tossefot · 2 schémas
Deux niveaux d'interdit, puis le catalogue des matériaux : flèches, lin et herbes des bois
Le folio s'ouvre sur les deux dernières lignes de la réponse de Rabbi Yo'hanan à Rav Achi : ce qui sépare la michna des fagots de celle de la meule creusée n'est pas leur contenu mais leur formule. Ein mesakhekhin, on ne couvre pas, est le langage d'un décret rabbinique -- celui de l'entrepôt -- et de par la Tora ces fagots conviendraient fort bien ; eina soukka, ce n'est pas une soukka, est un constat d'invalidité valable même à posteriori, et il vient de la Tora. Tossefot corrige la leçon du texte et résout l'objection tirée de la michna de 11a : là-bas nul ne risquait de se méprendre. Le reste du folio quitte la sougya des fagots pour un catalogue de matériaux, examinés un par un au crible du même critère -- le sekhakh ne doit pas recevoir la touma. Rav Yehouda au nom de Rav distingue les hampes de flèches mâles, bois plein et donc pchoutei klei ets qui ne reçoit pas la touma, des hampes femelles percées d'un trou pour la pointe de fer : celles-ci ont un beit kibboul et sont invalides. Deux fois la Guemara demande pchita, c'est évident, et deux fois elle répond : on ne décrète pas le mâle à cause de la femelle, et un creux voué à rester rempli à jamais porte tout de même le nom de réceptacle -- affirmation que Tossefot confronte à Sanhédrin 68a et aux tefillin de Kelim 18,8. Vient ensuite le lin, gradué selon son degré de traitement par Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : anitsei, filasse pilée et peignée, passoul ; hotsnei, tiges brutes, kacher ; hochnei -- je ne sais pas. Le doute est purement lexical et la Guemara le formule en deux branches selon que le nom hochnei couvre ou non le lin roui non pilé ; Tossefot y consacre l'une des plus longues discussions du chapitre pour établir contre Rachi et Rabbenou Tam que les anitsei sont de la filasse et non du fil filé, écartée du toit non par la Tora mais par un décret des Sages pour sa proximité avec la touma. Le folio s'achève sur deux herbes des bois, chouchei et chavtseri, que Rav Yehouda valide toutes deux et dont Abaye n'admet que la première -- et il s'arrête net sur le mot keivan, puisque : la raison, la mauvaise odeur qui ferait fuir l'habitant, appartient déjà au folio suivant. Le critère y aura changé de nature, passant de la touma à l'habitabilité.
13a14 segments · 33 Rachi · 7 Tossefot · 3 schémas
L'agad : le lien noué par le Ciel, le nom composé, et le compte des brins d'ezov
Le folio s'ouvre sur la fin du critère d'habitabilité inauguré en 12b : le chavtseri est écarté parce que son odeur tourne, et les higei parce que leurs feuilles tombent — dans les deux cas l'homme abandonnerait la soukka et sortirait. Le Roch en tire la conclusion pratique que la Guemara laisse implicite : il ne s'agit que d'un interdit à priori, et celui qui a déjà couvert avec ces plantes s'est acquitté. La sougya bascule ensuite sur le concept qui va commander tout le reste, l'agad, le lien. Rav Guidel au nom de Rav autorise l'apkouta de-dikla, cette souche de palmier d'où jaillissent en couronne de nombreux rejets : bien qu'ils tiennent ensemble, un lien noué par la main du Ciel n'est pas un lien, et le lien que l'homme ajoute par le haut ne lie qu'une chose à elle-même. Rav Hisda au nom de Ravina bar Cheila étend la règle aux touffes de roseaux, et une baraita l'appuie une fois son texte corrigé : il faut y lire non pas des roseaux et des bêches, mais des roseaux de dokranim. Par association d'auteur, la Guemara passe alors au maror : les merarita de-agma permettent de s'acquitter à Pessa'h. L'objection est immédiate — pour l'ezov, la Tora écarte toute variété portant un chem levay, un nom accompagné d'un qualificatif. Abaye répond par un critère chronologique : le nom composé ne disqualifie que si la distinction des variétés précédait le don de la Tora, ce qui n'est pas le cas des herbes amères. Rava répond par un critère sémantique : leur nom est simplement merarita, et de-agma indique seulement où on les trouve. Le folio culmine avec le barème de Rav Hisda : un brin n'est jamais un lien, trois en sont un de l'avis de tous, deux font l'objet d'une controverse entre Rabbi Yossei et les Sages. La preuve se prend à la michna de l'ezov dans le traité Para — trois plants, trois tiges, des restes à deux, des moignons de n'importe quelle taille. Une première reconstruction attribue la position souple à Rabbi Yossei, mais une baraita explicite oblige la Guemara à renverser les attributions par un eipoukh, et une seconde baraita confirme le renversement. Le folio s'arrête net sur une contradiction interne à cette dernière baraita, dont la résolution appartient à 13b.
13b12 segments · 28 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Le lien qui ne lie pas, la poignée qui ne sert pas
Ce folio achève d'abord le dossier de l'agad (le lien) ouvert en 12a : après une dernière retouche du texte sur le faisceau d'ézov, trois cas viennent montrer qu'un nœud peut n'être pas un lien au sens du décret. Marimar autorise les bottes de roseaux de Soura, liées seulement pour être comptées à la vente ; Rabbi Abba autorise les huttes coniques de saule dès lors que le nœud du sommet est défait, Rav Papa précisant qu'il a aussi retiré le fil du bas ; et Rav Houna fils de Rav Yehochoua pose la définition la plus large — tout lien qui ne sert pas à transporter l'objet n'est pas un lien. Un enseignement de Rabbi Abba au nom de Chemouel fait ensuite basculer la sougya : les légumes du maror amènent la touma, ne font pas écran devant elle, et rendent la soukka passoul au titre de l'air — parce qu'en séchant ils s'effritent et tombent, on les traite déjà comme absents. Le nom de Rabbi Abba entraîne alors le dossier des yadot, ces parties non comestibles qui transmettent la touma à l'aliment auquel elles tiennent. Rabbi Abba au nom de Rav Houna les refuse au vendangeur, Rav Menachya bar Gada au nom du même Rav Houna les refuse au moissonneur qui couvre sa soukka ; la Guemara montre que le second énoncé implique le premier mais non l'inverse. Une baraita sur les branchages porteurs de fruits semble arbitrer entre eux : le premier tanna ne pèse que la nourriture, Aherim y ajoutent les yadot. Rabbi Abba doit s'aligner sur Aherim, mais Rav Menachya s'échappe en relisant la baraita comme un cas d'intention changée — coupé pour manger, ravisé pour couvrir. Le folio se clôt sur le prix de cette échappatoire : que disent alors les Sages, et une seconde mahshava peut-elle annuler la première ?
14a16 segments · 38 Rachi · 2 Tossefot · 3 schémas
Ce qu'un acte défait, et la planche qui ressemble à un plafond
Ce folio commence par refermer la sougya des yadot laissée ouverte à la fin de 13b. La michna des ustensiles fournit le principe décisif : on entre dans le régime de la touma par la seule intention, mais on n'en sort que par un changement d'acte — l'acte défait ce qu'un acte comme ce qu'une pensée avaient institué, tandis qu'une pensée ne défait rien. Une objection est envisagée (les yadot ne sont pas des ustensiles, elles n'ont pas cette dignité), puis réfutée par une michna du traité Ouktsin sur les poignées que l'on a bessassan sur l'aire de battage. Tout se joue alors sur ce verbe rare : défaire le lien des gerbes, ou les piétiner pour de bon ? La Guemara retient la seconde lecture, renonce à sa preuve, et doit reconstruire la baraita — Aherim suivent Rabbi Yossei. Un rapprochement est tente puis refusé, et Rech Lakich apporte le critère qui gouverne toute la discussion : la paille reste une yad tant qu'elle sert encore, ne serait-ce qu'à retenir les épis entre les deux dents de la fourche. La michna d'Ouktsin est ensuite reprise pour elle-même (goufa) et attribuée — Rabbi Yo'hanan contre Rabbi Elazar — Rachi expliquant au passage pourquoi le Talmud commente ici un texte de l'ordre Taharot. Le mot fourche (eter) déclenche une digression aggadique célèbre : la prière des justes retourne la pensée divine de la rigueur à la miséricorde, comme la fourche retourne le grain sur l'aire ; le Ben Ich Haï y lit le renversement des lettres eter / taar et le calcul lev plus roguez égale rahem. La seconde moitié du folio ouvre une michna neuve : peut-on couvrir la soukka avec des planches ? Rabbi Yehouda autorise, Rabbi Meir interdit au nom du décret du plafond. Rav et Chemouel situent la mahloket à l'opposé l'un de l'autre ; une objection oblige Rav Papa à relire Chemouel, en resserrant le désaccord dans la bande de trois à quatre tefahim, entre la mesure du lieu et la sortie du lavoud. Une première preuve tirée de la michna est écartée (la fin de la michna est de Rabbi Meir seul), et le folio s'achève sur l'ouverture d'une seconde preuve : deux draps se combinent.
14b15 segments · 23 Rachi · 4 Tossefot · 3 schémas
Les planches sur la soukka : combiner en tefahim ou en amot, et la planche retournée sur sa tranche
Ce folio poursuit et épuise la mahloket ouverte en 14a entre Rav et Chemouel sur la largeur des planches qui invalident le sekhakh. La baraita citée à la fin du folio précédent — deux draps se combinent, deux planches non — se lit sans peine chez Chemouel, où combiner signifie atteindre quatre tefahim ; chez Rav elle devient inintelligible, puisque à quatre tefahim chaque planche invalide déjà seule, et qu'en deçà ce sont de simples roseaux. La Guemara sauve Rav en changeant d'unité : les planches se combinent non pas en tefahim mais jusqu'à quatre amot le long d'une paroi, là où s'arrête la dofen akouma. Une seconde recension redistribue la difficulté : chez Rav, c'est désormais Rabbi Yehouda qui parle étrangement, et la réponse est stylistique — il reprend simplement le mot de son contradicteur. La discussion ne se tranche pas, car chacun a sa baraita. Celle de Rav place le désaccord au-dessus de quatre tefahim et rapporte le souvenir du temps du danger, où l'on couvrit une terrasse de planches larges — souvenir écarté, car on ne prouve rien à partir d'une conduite de persécution. Celle de Chemouel place le désaccord en dessous de quatre, et ajoute deux concessions croisées : l'alternance planche / pessel sauve la soukka, et la planche unique posée sur le côté la laisse valide sans qu'on puisse dormir dessous. La dernière partie du folio pose une question de principe : que devient une planche invalidante retournée sur sa tranche, où la largeur exposée retombe sous trois tefahim ? Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna la valident — la cause était le décret du plafond, et l'apparence de plafond a disparu. Rav Houna l'invalide, et Rav Nahman le confirme à Soura par une formule décisive : elles sont devenues comme des broches de métal. Suit un bref échange sur la transmission, puis une tentative d'appuyer Rav Houna par une baraita, écartée au moyen d'un autre cas de figure — la planche posée à l'entrée, là où aucune paroi ne peut la couvrir et où le tefah qui déborde compte quand même, par la règle du pessel qui sort de la soukka. Tossefot et le Roch tirent de tout cela que la halakha suit Chemouel, contre la règle ordinaire qui fait suivre Rav en matière d'interdits.
15a15 segments · 24 Rachi · 2 Tossefot · 3 schémas
Réparer un plafond déjà fait, et mesurer le vide entre les broches
Le folio s'ouvre sur une michna qui traite un cas très concret : un plafond de planches dont la chape d'argile a été ôtée. Peut-on s'installer dessous au titre de soukka, et à quel prix ? Deux obstacles pèsent sur cette couverture : elle a été faite pour une maison et non pour une soukka — ta'asse ve-lo min hé-'assouy —, et elle garde l'allure d'un plafond, ce que vise le décret des Sages appelé guezerat tikra. À ces deux obstacles répondent deux gestes : ébranler les planches, ou en retirer une sur deux pour la remplacer par du sekhakh valide. Beth Chamai exigent les deux gestes, Beth Hillel se contentent de l'un, Rabbi Meir n'accepte que le retrait. La Guemara montre d'abord qu'aucune des deux raisons ne justifie à elle seule une exigence double : elle relit donc l'ébranlement, chez Beth Chamai, comme une concession et non comme une condition. Mais cette lecture rend Rabbi Meir identique à Beth Chamai, ce qui oblige à relire aussi sa phrase : il ne donne pas un troisième avis, il nie qu'il y ait jamais eu mahloket entre les écoles. Surgit alors une objection d'économie : Rabbi Meir et Rabbi Yehouda se sont déjà opposés sur le décret du plafond en 14a. Rabbi Yo'hanan tente de distinguer les deux passages en logeant le premier dans le décret des ustensiles, à propos de planches rabotées ; Rav le réfute par les hampes de flèches, mâles et femelles, qu'il refuse de décréter l'une à cause de l'autre. Il faut donc admettre qu'il n'y a pas deux disputes mais une seule, prolongée : Rabbi Yehouda objecte à Rabbi Meir que son décret est celui de Beth Chamai, et Rabbi Meir répond que les écoles n'ont jamais divergé. Reste le cas de Chemouel, pour qui tout le monde invalide dès quatre tefahim : chez lui la fin de la michna n'aurait plus d'objet. La réponse ouvre une distinction fine, portée par Rachi, entre couvrir à neuf avec des planches et annuler un plafond déjà existant — car l'homme qui retravaille son plafond prouve par ce geste même qu'il connaît la règle, et n'est plus celui que le décret visait. Une seconde michna clôt le folio avec les broches à rôtir et les longerons de lit : l'espace laissé entre elles semble valider la règle parouts ke-omed, jusqu'à ce que Rav Houna fils de Rav Yehochoua relise kemotan comme nikhnas ve-yotse — de quoi entrer et sortir, donc plus large.
15b5 segments · 6 Rachi · 2 Tossefot · 2 schémas
Combler le vide entre les broches, et le lit qui reste un ustensile
Ce folio prolonge la michna des broches à rôtir : lorsqu'on laisse entre elles un vide « comme elles » que l'on comble de sekhakh valide, la soukka est kachère. La question posée ici est une question de mesure — peut-on, oui ou non, ajuster ce vide exactement à la largeur des broches ? De la réponse dépend le sort de Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qui interdit parouts ke-omed, l'ajouré égal au plein. Rachi lit « il est possible d'ajuster » et adresse l'objection à lui seul ; Rabbenou Hananel et Rabbenou Tam lisent « il est impossible d'ajuster » et l'adressent aux deux avis — version que retiennent Tossefot et le Roch, car elle seule laisse la Guemara conforme à la halakha d'Erouvin, qui permet parouts ke-omed. Deux Amoraim répondent : Rabbi Ami par le surplus donné au vide, Rava par le croisement des sens de pose, puisqu'un roseau couché en travers repose forcément sur les broches. La seconde moitié du folio change de registre : la michna invalide aussi les longerons du lit, et l'on croit y voir une preuve pour Rabbi Ami bar Taviomei, qui invalide les débris d'ustensiles alors même qu'ils ne reçoivent plus la toum'a. La preuve est retirée : il s'agit d'un longeron avec deux pieds, encore utilisable, donc encore un ustensile véritable. Tossefot y adjoint tout le dossier de Keilim et de Berakhot sur le lit démonté, et le folio se ferme sur la question de la provenance de cette tradition.
16a11 segments · 24 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
Ce qui vient d'un ustensile, la meule creusée, et la cloison suspendue
Le folio commence par livrer la citation annoncée à la fin de 15b : la michna de Kelim sur le lit et la toum'a, où Rabbi Eliezer traite le meuble en bloc (hevila) tandis que les Sages le traitent par membres (evarim) — une traverse avec deux pieds, précise Rabbi Hanan au nom de Rabbi, car on peut encore l'appuyer au mur, y tendre des cordes et s'y asseoir. La Guemara reprend ensuite pour lui-même (goufa) le propos de Rabbi Ami bar Taviomei : couvrir la soukka de débris d'ustensiles est invalide, et Abaye les identifie à des chiffons de moins de trois sur trois, trop petits pour recevoir la moindre toum'a. Une baraita le confirme par les restes d'une natte de chifa ou de gomi, et fait apparaître le critérium réel : hoil ou-mikeli ka atou, puisqu'ils proviennent d'un ustensile — la disqualification suit l'origine du matériau, non sa pureté présente ; la natte de roseaux, elle, se décide par son usage présumé, ce qui oppose le Tana Kama a Rabbi Eliezer. Le folio revient alors à la michna de la meule creusée et la partage avec Rav Houna : sans vide préalable d'un tefah sur sept, le creusement fabrique le sekhakh et la soukka est invalide ; avec ce vide, il y avait déjà un ohel et l'on n'aménage plus que les parois — distinction transmise deux fois, d'abord comme explication, puis comme résolution d'une contradiction. La dernière partie ouvre une michna nouvelle sur les parois que l'on tresse de haut en bas ou de bas en haut : Rabbi Yossi se contente de dix tefahim dans les deux sens, les Sages exigent d'approcher le sol à moins de trois, et la Guemara ramène leur désaccord à la question générale de la mehitsa teluya, la cloison suspendue, en renvoyant à la citerne entre deux cours du traité Erouvin.
16b13 segments · 19 Rachi · 6 Tossefot · 3 schémas
La cloison suspendue, et la paroi que le lavud reconstitue
Le folio s'ouvre sur la michna d'Erouvin qui traite d'une citerne partagée entre deux cours : Rabbi Yehouda s'y contente du mur mitoyen, qui surplombe l'eau sans y descendre. Rabbi Yo'hanan y voit la thèse de Rabbi Yossi — mehitsa teluya matteret, une cloison suspendue vaut cloison — mais la Guemara refuse le rapprochement dans les deux sens : Rabbi Yehouda n'allège que pour les erouvei hatserot, qui sont de-rabbanan, et Rabbi Yossi n'allège que pour la soukka, simple mitsvat asse, aucun des deux n'osant le faire devant un interdit passible de skila. L'épisode de Tsippori — les draps trouvés tendus sur des poteaux, qui permirent d'apporter un sefer Torah un jour de Chabbat — résiste alors aux deux et doit être attribué à un troisième avis, celui de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi ; Rachi en reconstitue la topographie et les Tossefot y greffent la grande discussion de Rabbenou Tam sur l'ohel arai dressé par le côté. La seconde moitié change d'outil et passe du suspendu au reconstitué : Avimi tient qu'une natte de quatre tefahim et un rien suffit si l'on applique lavud deux fois, en haut et en bas ; une baraita qui exige sept et un rien est ramenée au cas de la grande soukka, où un seul lavud est possible — mais alors la paroi pend depuis le sekhakh, et l'on retrouve Rabbi Yossi, ce dont le Roch fait dépendre tout le psak ; enfin Rabbi Ami applique le lavud horizontalement avec un pan de quatre, et livre au passage la vraie leçon du passage : la longueur minimale d'une petite soukka est de sept tefahim.
17a11 segments · 25 Rachi · 2 Tossefot · 3 schémas
La dofen akouma : quand une bande invalide devient de la paroi
Le folio ouvre le chapitre sur ce qui s'interpose entre le sekhakh et les parois de la soukka. La michna pose deux seuils très inégaux : trois tefahim suffisent pour un simple vide, mais il faut quatre coudées pour une bande de matière invalide — et Rachi explique aussitôt pourquoi. La dofen akouma, halakha le-Moche mi-Sinaï, ne prolonge pas la paroi sous le mauvais sekhakh : elle requalifie le mauvais sekhakh lui-même en paroi qui se serait courbée et repliée vers le haut. De la matière se laisse regarder ainsi, un vide non — d'où l'écart des seuils. La michna décline la figure en trois décors, la maison dont le toit s'est éventré, la cour ceinte d'un portique et la grande soukka bordée d'ustensiles impurs, et la Guemara montre par une tsricha que chacun écarte une objection propre : les parois du portique n'ont pas été faites pour lui, et la bordure d'ustensiles est invalide par nature et non par sa pose. La seconde moitié du folio est le souvenir d'une discussion de Rabba avec les Sages de la maison de Rav, qui tenaient que le sekhakh passoul invalide dès quatre tefahim ; Rabba objecte que leurs deux mesures sortent de la même michna, ils répondent bar mina de-hahi — écarte ce cas, ses quatre coudées mesurent la portée de la dofen akouma et non la gravité du passoul. Rabba lance alors le paradoxe des shefudin : combler un petit vide avec des broches ferait basculer une soukka valide, en échangeant du grave contre du léger. On lui retourne aussitôt l'argument à son échelle, et le folio s'arrête sur le premier mot de sa réponse.
17b14 segments · 26 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Deux mesures inégales se combinent-elles ? Puis Soura contre Nehardea
Le folio s'ouvre sur la fin de la joute de Rabba avec les Sages de la maison de Rav : pour lui, les quatre coudées du sekhakh passoul et les trois tefahim de vide sont deux mesures indépendantes, reçues comme halakha le-Moche mi-Sinaï, et deux mesures inégales ne se combinent jamais — ce qui dissout le paradoxe des broches. Abaye l'attaque aussitôt : dans une soukka minimale, les deux seuils semblent bien coïncider à trois tefahim ; Rabba répond que là l'invalidation ne vient ni du passoul ni du vide, mais du simple fait qu'il ne reste plus la surface minimale de soukka. La Guemara cherche alors un contre-exemple très loin de la soukka, dans les lois d'impureté : le tissu, le sac, le cuir et la natte ont quatre mesures différentes et se combinent pourtant. La réponse sauve la règle de Rabba : ces matières ont bel et bien un seuil commun, un tefah sur un tefah, mesure à laquelle chacune peut servir de pièce sur le bat d'un âne et contracter l'impureté du mochav. La seconde moitié du folio bascule : à Soura on transmettait cette halakha au nom de Rav, à Nehardea on l'attribuait à Chemouel avec Rav en face — quatre tefahim au milieu et quatre coudées sur le côté pour l'un, quatre coudées partout pour l'autre. Le Roch rapporte la divergence des décisionnaires qui en résulte, Rif et Ramban contre Behag. Trois preuves tirées de planches sont alors soumises aux deux versions, la dernière restant ouverte sur le folio suivant.
18a16 segments · 31 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Le lavoud au milieu, la maison percée, et la soukka sans parois de l'akhsadra
Le folio achève d'abord la baraita des planches : Rabbi Meir concède que des planches séparées par des intervalles comblés de pesel donnent une soukka kachère, et Rav Houna fils de Rav Yehochoua sauve ce cas même selon l'opinion la plus sévère en reconstituant une soukka de huit coudées tout juste, couverte depuis les deux bords, dont le centre réunit huit tefahim de sekhakh kacher. Abaye ouvre ensuite une question de mesure : on peut combler un vide de trois tefahim avec des roseaux ou des broches, mais dans une soukka de dimension minimale les broches font perdre la surface requise. De là naît la grande question du folio : le lavoud, qui réputé bouche tout écart de moins de trois tefahim, joue-t-il aussi en plein milieu du toit, loin de toute paroi ? Rav Aha et Ravina divergent, chacun avec sa preuve — la poutre du mavoi d'un côté, la lucarne des lois d'impureté de l'autre — et chaque preuve est neutralisée au motif qu'elle appartient à un domaine à part, rabbinique pour l'une, tradition sinaïtique close pour l'autre. Suivent deux enseignements de Rabbi Yehouda bar Ilai que le Talmud rapproche pour leur forme identique : la maison percée, kachère tant que le plafond restant reste sous quatre coudées, et le menu fretin permis selon le fleuve d'où il vient, avec l'enquête d'Abaye sur la tsahanta du Bav et son renversement par Ravina. Le folio s'achève sur l'ouverture d'une nouvelle sougya : couvrir au-dessus d'une akhsadra, un portique sans paroi du côté de la cour, où Abaye et Rava s'opposent sur le pi tikra yored ve-sotem.
18b4 segments · 8 Rachi · 1 Tossefot · 3 schémas
Pi tikra yored ve-sotem : la tranche d'un plafond peut-elle tenir lieu de parois ?
Amud très court — quatre segments seulement, la page de Vilna étant occupée par l'un des plus longs Tossefot du traité. Le folio poursuit sans interruption la sougya de 18a : on a couvert au-dessus d'une akhsadra, un portique sans montants, et la soukka ainsi formée n'a pour toute paroi que la tranche du plafond du portique. Abaye la déclare kachère en vertu du principe pi tikra yored ve-sotem — le bord du plafond est réputé descendre à la verticale et fermer l'espace — et Rava l'invalide. Rava pousse alors Abaye dans ses retranchements : si la tranche ferme vraiment, une soukka dont on a abattu la paroi médiane devrait rester kachère ; Abaye concède ce cas, car deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts font un mavoi mefoulash, une ruelle traversante. La Guemara essaie ensuite de ramener cette mahloket à une autre, plus ancienne : celle de Rav et Chmouel sur le transport du Chabbat dans une akhsadra plantée en pleine campagne. C'est là que se greffe le Tossefot géant du folio, qui conteste la version même du texte d'Erouvin sur laquelle Rachi appuie sa lecture et lui oppose celle de Rabbenou Tam et de Rabbenou Hananel. La réduction n'aboutit qu'à moitié : selon Chmouel, tout le monde s'accorde que la soukka est invalide, et Rachi en donne le kal va-homer — si le pi tikra ne suffit pas là où le plafond sert son propre espace, il ne servira pas davantage un espace qui lui est extérieur. Le désaccord ne peut donc se jouer que sur l'avis de Rav, et c'est par là que s'ouvrira le folio 19a.
19a16 segments · 32 Rachi · 3 Tossefot · 3 schémas
Pessal ha-yotze min ha-soukka : jusqu'où une soukka déborde-t-elle d'elle-même ?
Le folio se partage en deux. Il liquide d'abord la sougya de l'akhsadra ouverte au folio précédent : le désaccord d'Abaye et de Rava ne se joue que selon l'avis de Rav, et la distinction de Rava — une paroi virtuelle ne sert que le volume pour lequel elle a été faite — résiste à l'objection tirée de la michna, que Rava lui-même sauve pour Abaye en supposant le sekhakh arasé au niveau du plafond. La Guemara enregistre alors que Soura et Poumbedita ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms, et tranche pour la première version : le lavoud obture même au service d'un espace extérieur, le pi tikra non. Suit une scène vivante — Rav Achi surprend Rav Kahana couvrant au-dessus d'une akhsadra apparemment sans montants ; Rav Kahana lui montre un potsim d'un tefah, visible d'un côté et affleurant de l'autre, et le droit du mavoi tranche : ce qui est jugé lehi pour une ruelle vaut paroi pour une soukka. La seconde moitié du folio ouvre une sougya neuve, sur une baraita : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Tout tient au mot yotze. Oulla et le couple Rabba–Rav Yossef l'entendent au sens spatial — des roseaux qui débordent derrière, ou devant avec une seule paroi ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Ochaya au sens juridique — une zone qui sort des conditions de validité, ou même du statut de soukka. Rav Hochaya objecte à ce dernier que sa règle allait de soi, et Rabbi Abba déplace alors tout l'enjeu : la baraita n'enseigne pas la validité mais le sommeil — sous un sekhakh passoul absorbé on dort, sous un vide non. D'où la question qui portera le folio suivant : existe-t-il une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ?
19b14 segments · 21 Rachi · 6 Tossefot · 3 schémas
Ce qui compte sans valoir, ce qui couvre sans être un toit
Le folio s'ouvre sur la réponse à la question laissée en suspens en 19a : oui, une chose peut compléter une mesure sans valoir par elle-même — la boue liquide se joint aux eaux pour atteindre les quarante sea du mikve, et pourtant nul ne se purifie en s'y immergeant seule ; Tossefot conteste longuement la portée de la preuve. Vient alors une michna neuve : une soukka faite en forme de tsérif, ou simplement appuyée contre un mur, n'offre aucune surface horizontale. Rabbi Eliezer l'invalide — elle n'a pas de toit ; les Sages la valident, car les pentes d'un abri sont assimilées à des abris. Une baraita nuance aussitôt : un tefah gagne sur le sol ou sur le mur suffit à faire apparaître un toit, et Rachi et le Ri divergent sur ce qu'il faut mettre dans ce tefah — de l'air refermé par lavoud, ou un ouvrage bâti. Suit une scène décisive : Abaye surprend Rav Yossef endormi sous un dais nuptial dans la soukka et lui reproche de suivre l'isolé contre la majorité ; Rav Yossef répond que la baraita inverse les attributions, puis, pressé par l'argument que la michna prime la baraita, produit la parade : notre michna est yehidaa, c'est Rabbi Natan seul qui la transmet ainsi. La halakha suit donc la version inverse — le tsérif est passoul, et l'on peut dormir sous un dais sans toit. La seconde moitié du folio passe à la natte de roseaux, dont le statut dépend entièrement de l'intention de celui qui l'a faite : ustensile impur si elle est destinée au coucher, sekhakh valable si elle est destinée à couvrir. La michna se contredit alors sur le cas non spécifié, chacun de ses deux membres laissant déduire le contraire de l'autre ; la distinction entre grande et petite natte sauve le premier Tana mais non Rabbi Eliezer, qui a refusé ce critère. Rava tranche en relisant tous les « pour le sekhakh » de la michna comme visant précisément le cas non spécifié : le désaccord se réduit alors à la petite natte, que le premier Tana présume faite pour le corps et Rabbi Eliezer pour le toit.
20a11 segments · 19 Rachi · 5 Tossefot · 3 schémas
La natte, sa matière et son intention : ce qui couvre et ce qui couche
Le folio achève d'abord la discussion ouverte à la fin de 19a sur la natte de roseaux. Rava avait proposé de lire la michna en logeant le désaccord dans la seule petite natte, chaque membre du texte enseignant par déduction le cas non déclaré ; Abaye le réfute deux fois — l'ordre des mots de Rabbi Eliezer trahit une autre répartition, et une baraita le montre rigoureux précisément là où Rava le faisait indulgent. Rav Papa renverse alors tout : pour la petite natte tout le monde accorde que le cas non déclaré va au coucher, et la divergence porte sur la grande, que le premier Tana présume faite pour couvrir et Rabbi Eliezer faite pour le corps. Une baraita déplace ensuite le critère de la taille vers la matière : le jonc est tendre et l'on s'y couche, le roseau est dur et râpeux, si bien que seul un tissage fin peut y trahir une intention de couchage — tandis que Rabbi Yichmael au nom de son père, et Rabbi Dossa avec lui, refusent toute distinction. Le nom de Rabbi Dossa fait basculer la sougya vers une michna du traité Edouyot où il tient que les hotsalot contractent la toum'a du mort mais non le midras, les Sages soutenant l'inverse ; la Guemara corrige la formulation, le midras impliquant nécessairement l'autre, et Rachi rappelle le critère fameux du couchage. Reste à savoir ce que sont ces hotsalot — des sacs de berger ou de vraies nattes — et Rech Lakich, qui soutient la seconde lecture, appuie sa position sur Rabbi Hiya, qu'il introduit par le récit des trois oublis et des trois rétablissements de la Torah, tous venus de Babylonie : Ezra, Hillel, puis Rabbi Hiya et ses fils. La halakha qu'il en tire s'interrompt en pleine phrase et se poursuivra en 20b.