73b20 segments · 34 Rachi · 1 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 73b -- Les dernières règles des Ourim ve-Toumim, la clôture du chapitre 7, puis l'ouverture de Yom ha-Kippourim : les cinq afflictions et la mahloket du hatsi chiour
Cet amud est une charnière : il achève une souguya et en ouvre une tout autre. La première moitié termine le dossier des Ourim ve-Toumim commencé en 73a. On y règle d'abord l'ordre des questions -- David avait interrogé à Keila chelo ke-seder, dans le désordre, et l'oracle lui a répondu sur ce qui venait logiquement en premier ; mais à Tsiklag, quand l'urgence l'exige, deux réponses sont données d'un coup. Vient ensuite la question de l'autorité de l'oracle : le décret d'un prophète se révoque, celui des Ourim ve-Toumim non, car le verset le qualifie de michpat, de jugement ; d'où leurs deux noms, ourim parce qu'ils éclairent leurs paroles, toumim parce qu'ils les accomplissent. L'objection de Guiv'at Binyamin -- deux défaites après deux réponses affirmatives -- est retournée avec finesse : le défaut était dans la question, on n'avait pas demandé si l'on vaincrait. Puis la mécanique elle-même : Rabbi Yo'hanan tient que les lettres ressortent en relief et que le kohen les combine, Rech Lakich qu'elles se combinent d'elles-mêmes ; il faut alors combler les deux lettres absentes du hochen, le tsadi par Avraham Yitshak ve-Yaakov et le têt par chivtei Yechouroun. Une baraita sur Tsadok et Evyatar oblige enfin à reconnaître que le miracle des pierres n'opère pas sans un kohen digne -- siyou'ei hava mesayya, il leur apportait assistance. La souguya se ferme sur le verset de Bamidbar 27:21, découpé par Rabbi Abahou en trois ayants droit : le roi, le mashouah milhama et le Sanhédrin ; puis le chapitre Ba lo kohen gadol se referme. La seconde moitié ouvre le chapitre Yom ha-Kippourim avec la michna des afflictions -- six interdits pour cinq afflictions écrites dans la Tora, le boire étant compris dans le manger -- et les allègements que Rabbi Eliezer accorde au roi, à la mariée et à l'accouchée contre l'avis des Sages. Un seul mot de cette michna, assour là où l'on attendait hayav, déclenche alors la grande mahloket du hatsi chiour : Rabbi Yo'hanan la tient interdite par la Tora, Rech Lakich permise par la Tora mais interdite par les Sages. La guemara éprouve aussitôt cette concession sur le terrain du serment, où le principe mouchba ve-omed me-har Sinaï devrait empêcher tout korban chevoua : Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan répondent par l'issour kolel, Rech Lakich par le seul hatsi chiour. Le daf se coupe en pleine énumération de ses deux cas.
74a9 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 74a -- le hatzi chiour (demi-mesure) : Rabbi Yo'hanan contre Reich Lakich sur la frontière entre interdit de la Torah et interdit des Sages ; l'attaque par le serment de témoignage, et le double sens du mot asur dans la michna des cinq afflictions.
Le daf est tout entier commandé par une question de seuil : en dessous du ke-zayit, y a-t-il encore un interdit de la Torah ? Reich Lakich soutient que non -- la Torah a dit manger, et manger c'est un ke-zayit ; Rabbi Yo'hanan soutient que si -- ce demi est apte à se joindre à un autre (hazi le-itztarufei) et constitue déjà de l'interdit. L'enjeu n'est pas théorique : un serment ne mord que sur ce que la Torah laisse permis, et de là dépend un korban chevoua. La guemara tente donc de coincer Reich Lakich par la michna du serment de témoignage, où le joueur de dés -- inapte seulement par décret rabbinique -- échappe pourtant au serment ; l'attaque est repoussée par le verset im lo yaguid, qui exclut de lui-même celui dont la déposition ne serait reçue par personne. Le daf règle ensuite un point de lecture de notre michna, qui dit asur (interdit) là où l'on attendrait anouch karet : soit ce mot vise le demi-mesure, soit il vise les quatre afflictions sans karet, adossées au mot chabbaton lu comme chevout par les Sifrei. Le Roch, au nom du Ri, en tire la conclusion halakhique majeure : hormis le manger et le boire, toutes les afflictions de Yom Kippour sont rabbiniques. La sougya se clôt sur la baraita du kol helev, où le koy et le demi-mesure sont mis sous avertissement sans être sous peine -- que Reich Lakich désamorce en y voyant une simple asmakhta.
74b16 segments · 14 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 74b -- Qu'est-ce qu'une affliction ? La forme, l'objet et la nature de l'inouy de Kippour, puis l'affliction cachée de la manne
L'amud s'ouvre en soldant la souguya du hatsi chiour : le renfort que la guemara avait apporté à Rech Lakich s'effondre, car le koy n'est pas un cas de doute mais une briya bifnei atsma, une espèce à part entière -- et une espèce à part réclame bien un verset pour l'inclure, comme le prouve la derasha de Rav Idi bar Avin. Le daf revient alors à la michna et pose la vraie question du chapitre : que veut dire te'anou et nafchotekhem ? Trois démonstrations se succèdent. La première baraita détermine la forme de l'affliction : parce que le verset accole l'inouy à l'interdit de melakha, l'inouy est un chev ve-al ta'asse, une abstention et non une mortification -- on ne va pas s'asseoir au soleil pour souffrir, et l'on ne distingue pas selon que celui-ci a chaud et celui-là froid, puisque la melakha ne se découpe pas non plus. La seconde baraita détermine l'objet de l'affliction, en empruntant à la melakha non plus sa passivité mais sa gravité : une chose dont on est passible ailleurs, donc le piggoul et le notar. Suit alors la longue échelle des ribouyim, où la double formule te'anou / ve'initem et nafchotekhem inclut successivement le tevel, la nevela, les houlin, la terouma et les kodachim -- de l'aliment le plus interdit à celui qu'une mitsva commande de manger, aucune catégorie n'échappe. Un ve'im nafchekha lomar ajoute une preuve indépendante, tirée du châtiment lui-même : ve-ha'avadeti et ha-nefech, l'affliction visée est celle qui fait perdre la vie, donc le manger et le boire ; la guemara explicite ce que cette seconde preuve vient réparer -- sans elle, tout le raisonnement aurait pu viser les arayot, elles aussi appelées inouy et elles aussi passibles de karet. L'école de Rabbi Yichmael prend enfin la troisième voie, celle de la guezera chava inouy-inouy avec vay'ankha vayar'ivekha : l'inouy de Kippour est un inouy de faim. Deux versets rivaux sont écartés -- im te'âne et benotai, parce qu'il s'agit d'une affliction individuelle, et vayar et onyenou en Égypte, parce qu'il s'agit d'une affliction par la main de l'homme et non par la main du Ciel. L'amud se termine sur l'aggada de la manne, où l'on demande en quoi une nourriture miraculeuse pouvait affliger : Rabbi Ami et Rabbi Assi répondent l'un par l'angoisse du lendemain -- pas de pain dans le panier -- l'autre par l'aliment qu'on goûte sans le voir. De là se déploient Rav Yossef sur l'aveugle qui mange sans être rassasié, Abaye sur le repas qu'on prend de jour, Rabbi Zera et Rech Lakich sur tov mar'é einayim -- la vue des yeux vaut mieux que le cheminement du désir. Le daf se coupe sur le verset du vin dans la coupe.
75a21 segments · 27 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 75a -- La malédiction qui contient un bienfait, la plainte du désert, et le grand dossier aggadique de la manne
Un amud entièrement aggadique, qui va de la coupe de vin jusqu'aux cailles. Il s'ouvre en soldant le verset de Michlei commencé en 74b : celui qui met son œil dans sa coupe voit s'aplanir devant lui soit les arayot, soit -- selon l'autre lecture, appuyée par Rachi -- le monde entier, l'argent d'autrui compris. Deux autres versets sont ensuite partagés entre Rabbi Ami et Rabbi Assi : le souci du cœur, qu'il faut ou bien écraser hors de sa pensée ou bien confier à d'autres ; puis la poussière du serpent, qui gâte tout ce qu'il mange ou bien qui seule l'apaise. De là , la guemara passe à la baraita de Rabbi Yossei, l'une des plus célèbres du traité : la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas celle de chair et de sang. L'homme qui veut blesser descend jusqu'à la vie de l'autre ; Dieu, lui, loge un bienfait dans la peine elle-même -- le serpent trouve sa nourriture partout, l'esclave mange à la table de son maître, la femme est recherchée de tous, la terre maudite nourrit le monde entier ; le Ben Yehoyada montre longuement que la forme de chaque peine a été choisie précisément pour cela. Suit la mahloket de Rav et Chmouel sur la plainte du désert : la daga que le peuple regrettait était-elle du poisson, ou les unions désormais interdites ? Chacun tient un mot du verset -- naakhal pour l'un, hinam pour l'autre -- et chacun doit encaisser trois objections tirées d'autres versets, la dernière se résolvant par un compromis : ha ve-ha hava, les deux plaintes coexistaient. Le reste de l'amud est consacré à la manne, examinée sous quatre angles. Son goût : tous les goûts sauf cinq, ou bien tous les goûts avec leur substance sauf ces cinq-là , nocifs aux femmes enceintes. Son nom : gad parce qu'elle est ronde, parce qu'elle attire comme la haggada, parce qu'elle disait (maggid) de qui était l'enfant ; lavan parce qu'elle était blanche comme une perle et parce qu'elle blanchissait les fautes, l'inquiétude du lendemain asservissant les cœurs au Ciel. Son rôle judiciaire : puisqu'il tombait exactement un omer par tête, le lieu où tombait l'omer tranchait le litige sur un esclave contesté ou entre époux -- la manne disait ce qui est dans les trous et dans les fentes, comme le prophète. Et enfin ce qui descendait avec elle : les parures et aromates des femmes, les condiments du plat, les pierres précieuses déposées par les nuées. Entre ces enseignements, deux échelles parallèles résolvent trois versets contradictoires en distinguant justes, moyens et méchants -- selon la distance à parcourir et selon la forme sous laquelle la manne tombait. L'amud se coupe sur un renversement : le pain fut donné kahogen, le matin ; la viande, réclamée le ventre plein, fut donnée chelo kahogen, à la tombée de la nuit.
75b17 segments · 24 Rachi · 0 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 75b -- La caille et la manne : le repas fixé par Moché, le pain absorbé dans les deux cent quarante-huit membres, et la marche des trois parsaot
L'amud achève le dossier de la caille et ouvre le grand dossier de la manne, en gardant partout la même règle de lecture : la réponse du Ciel épouse la qualité de la demande. Le pain, réclamé kahogen parce qu'on ne peut pas vivre sans lui, tombe le matin, quand on a le temps de l'apprécier ; de là , la Torah tire une derekh erets du repas -- la viande le soir, mais à la lumière de la torche -- et Rav Aha bar Yaakov rappelle qu'avant Moché on mangeait comme des poules picorant dans le fumier, jusqu'à ce qu'il fixe des horaires. Viennent ensuite deux lectures consonantiques du verset des cailles, vayishtehou lu vayishhatou et chatoah lu chahout ; Rabbi les refuse et tire au passage la source la plus classique de la Torah orale : vezavahta kaacher tsivitikha, alors qu'aucun mode d'emploi de la chehita n'est écrit -- d'où les deux simanim, l'oesophage et la trachée, la majorité d'un seul pour l'oiseau et la majorité des deux pour la behema. Suivent le goût de la manne selon l'âge -- pain aux jeunes gens, huile aux vieillards, miel aux nourrissons --, le classement des quatre selav, la caille qui gonflait au point d'emplir un four et d'imprégner treize galettes, et les amoraim à qui le Ciel en faisait trouver entre les jarres ou entre les bûches, jusqu'au jour où Rava comprend, à la voix d'un enfant lisant un verset, que son maître Rav Hisda est mort : c'est par le mérite du maître que mange le disciple. La seconde moitié est consacrée à une seule thèse et à son épreuve. La manne était rangée entre deux couches de rosée, comme dans un coffret ; elle était mehouspas, ce qui fond sur la paume ou ce qui s'absorbe dans les deux cent quarante-huit membres -- compte qui ne tombe juste, remarque Rav Nahman bar Yitshak, que sur l'orthographe défective du texte. Sur le verset le'hem abirim, Rabbi Akiva lit le pain des anges et Rabbi Yichmael le lui refuse net -- Akiva, tu t'es trompé -- en substituant evarim, les membres : un pain sans aucun déchet. Reste alors à sauver le verset de la pelle et de la sortie hors du camp, ce que la guemara fait de trois manières : les denrées des marchands des nations, celles venues d'outre-mer, ou -- pour Rabbi Elazar ben Perata, qui tient que la manne dissipait même celles-là -- une dégradation postérieure à la faute, où le Saint béni soit-Il annonce trois parsaot de marche, exactement la longueur du camp mesurée par Rabba bar bar Hana, puisqu'on ne pouvait sortir ni devant ni sur les côtés mais seulement derrière. La preuve décisive vient de la plainte elle-même : y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ? L'amud se coupe sur un davar aher qui relira le même verset non plus sur abirim mais sur ich, l'homme.
76a15 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 76a -- Les soixante amot de la manne et le retour Ă la michna : cinq versets pour six afflictions, ou comment boire entre dans manger
L'amud referme le grand dossier de la manne et ramène la massekhet à son sujet propre, le jeûne de Kippour. Il s'ouvre sur la dernière question du verset le'hem abirim akhal ich : qui est cet homme au singulier ? Yehochoua, répond la guemara, resté seul quarante jours au pied du Sinaï et qui recevait à lui seul la portion de tout Israël -- gezera chava sur le mot ich, refusée à Moché parce que son verset dit vehaich et qu'un mot augmenté n'est plus le même mot. Viennent ensuite la question des disciples de Rabbi Chimon bar Yohai -- pourquoi une livraison quotidienne plutôt qu'annuelle ? -- et la parabole du roi dont le fils unique ne vient le saluer qu'aux jours de pension : c'est le manque à venir, non l'abondance reçue, qui tourne le cœur vers celui qui donne ; deux raisons plus concrètes suivent, la manne mangée chaude et le poids qu'on n'a pas à porter en chemin, et le Ben Ich Haï lit dans ces trois raisons les initiales du mot le'hem. Le cœur de la première moitié est une scène : Rabbi Elazar HaModai avance devant Rabbi Tarfon et Rabbi Yichmael que la manne s'amoncelait sur soixante amot, et Rabbi Tarfon l'accuse de ramasser des paroles. La réponse -- mikra ani doresh -- est un raisonnement en trois temps : le verset du déluge oblige à distinguer l'abîme qui monte et les quinze amot qui tombent du ciel ; le châtiment passe par deux aroubot, le bien par deux daltot valant chacune quatre aroubot ; et la mesure du bien l'emporte toujours sur celle du châtiment. Quatre fois quinze font soixante. Issi ben Yehouda va dans le même sens avec la manne visible des rois d'orient et d'occident, et Abaye greffe sur le verset kossi revaya les deux cent vingt et un log de la coupe de David. L'objection ha lo damya -- quarante jours contre une heure, le monde entier contre Israël seul -- tombe d'elle-même dès qu'on comprend qu'il ne s'agissait pas d'un calcul de débit mais d'une gezera chava sur le mot ouverture. La seconde moitié revient à la michna. Rav Hisda adosse les afflictions de Kippour à cinq mentions de l'inouy dans la Torah, mais la michna en compte six : la solution est que boire est déjà compris dans manger. Reich Lakich le prouve par le tiroch du verset du maasser cheni, appelé ve akhalta ; on lui objecte l'anigron, cette sauce de jus de bettes où l'on verse du vin et qui se mange vraiment. Rav Aha bar Yaakov produit alors le mot chekhar -- ce qui enivre -- car un vin dilué n'enivre plus. L'amud se coupe sur la dernière objection, ouverte et non résolue : et si chekhar désignait un aliment enivrant, la figue sèche de Kei'la ? Le Roch, en marge, tire de tout ce montage une conclusion halakhique de première importance : ces derachot ne sont que des asmakhta, et hors le manger et le boire, les afflictions de Kippour sont d'ordre rabbinique.
76b12 segments · 21 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 76b -- fin de la preuve que boire est compris dans manger (chekhar, tirosh), l'aggada du vin qui fait chef ou mendiant, puis la source scripturaire de la rehitsa et de la sikha comme afflictions de Kippour.
Le daf achète deux chantiers. D'abord celui de Rech Lakich : pour compter six interdits de Kippour sur cinq mentions d'inouy dans la Tora, il faut que la chetiya soit comprise dans l'akhila -- ce qui suppose que chekhar et tirosh, dans les versets du maaser cheni, désignent bien du vin. Une guezera chava tirée du nazir fixe chekhar ; une chaîne de trois versets (Zacharie, Proverbes, Osée) fixe tirosh, avec cette nuance décisive : dans l'Écriture tirosh est du vin, mais les vœux suivent le langage courant. Suit une aggada dense sur le vin, bâtie sur deux ktiv/keri : tirach/tirosh (roch ou rach), yechamah/yissamah (le vin réjouit ou dévaste) -- le vin ne vaut que par la mesure de celui qui le boit. La seconde moitié ouvre la sougya de la rehitsa et de la sikha : le jeûne de Daniel (Dn 10,3) fournit l'onction, l'ange (Dn 10,12) la qualifie d'affliction ; Rav Zoutra veut tirer le lavage de Ps 109,18, mais la michna de Chabbat lit ce verset à l'envers, et Rav Achi rattache finalement la rehitsa au redoublement ve-sokh lo sakhti. Le daf se clôt sur l'ouverture d'une grande aggada : pourquoi l'ange devait-il « venir » auprès de Daniel -- ce qui appelle la vision d'Ezechiel 8.
77a14 segments · 21 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 77a -- la grande aggada de Gabriel (Ezechiel 8-10 relu par Daniel 10), puis la fin du dossier des six inouyim de Kippour : le lavage, le chaussage de la sandale et les rapports conjugaux.
Le daf a deux moitiees nettement distinctes. La première achève la longue aggada ouverte à la fin de 76b, qui répondait à une question de Rachi : d'où l'ange avait-il été chassé, pour devoir « venir » auprès de Daniel ? Le récit part de la faute vue par Ezechiel -- vingt-cinq hommes prosternés vers le soleil, dos au Sanctuaire -- puis passe au procès céleste : Mikhael plaide mal, et l'ordre est donné à Gabriel de jeter sur la ville des braises prises d'entre les chroubim. Gabriel ne les prend pas lui-même ; le transfert de main en main les refroidit, et ce délai sauve Israël de l'anéantissement. Il est pourtant châtié de soixante coups de feu et sorti de derrière le pargod, sur un triple grief. Douviel, prince de Perse, prend sa place vingt et un jours durant et obtient un décret d'impôt sur Israël puis sur les rabbins ; Gabriel, réintégré grâce au plaidoyer sur Daniel, arrache la lettre à Douviel qui l'avalé -- d'où l'inégalité de l'impôt perse. La seconde moitiee revient à la halakha et clôt le dossier des inouyim : la rehitsa est établie par la fuite de David et par la préposition « al nefech » de Proverbes 25,25 ; la ne'ilat ha-sandal ne l'est qu'au troisième essai, après l'échec de David (cheval et fouet) et d'Isaie (souliers rapiécés), par Jérémie 2,25 ; le tachmich ha-mita s'ouvre sur Genèse 31,50. Le siman du Roch cité ici rapporte au nom du Ri que toutes ces derachot ne sont qu'asmakhta : hormis le manger et le boire, les inouyim sont de-rabbanan.
77b17 segments · 22 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 77b -- fin du dossier des inouyim (le tachmich ha-mita tire du serment de Laban), puis le périmètre réel de la rehitsa : traverser une rivière le jour de Kippour, et le fleuve du Temps à venir qui en sort.
Le daf s'ouvre en achevant la dernière derasha du dossier des six inouyim : le serment imposé par Laban à Yaacov (Gn 31,50) est lu comme deux griefs distincts -- priver du devoir conjugal, et ajouter des coépouses -- ce qui établit que la privation du rapport s'appelle bien inouy dans la Tora. Deux lectures concurrentes sont écartées, l'une par le vav de « et si tu prends », l'autre par l'ordre des clauses ; puis Rav Papa objecte à Abaye depuis Gn 34,2, où c'est le rapport lui-même qui est nommé affliction. La suite change de registre : une beraita étend l'interdit de la rehitsa à la moindre partie du corps, tout en le levant pour celui qui est souillé de boue ou d'excrément, pour le malade et pour celui qui a des croûtes en tête -- signe que le critère réel n'est pas l'eau mais l'agrément. Suivent une série de cas concrets : la femme qui rince une seule main pour donner le pain à son enfant à cause de Chivta, Chammai l'Ancien contraint par décret à nourrir des deux mains, puis cinq espèce de traversées de rivière -- accueillir son père ou son maître, le maître allant vers son disciple (question non tranchée), les gardiens de fruits de Rava, les gens de Bé Tarbou venant au pirka de Rav Yossef, et Rami bar Papa traversant pour poser une chemata, à la seule condition de ne pas relever ses pans de tunique sur le bras. Rav Yossef objecte alors depuis Ezechiel 47 : le prophète ne franchit que chevilles, genoux et reins, au-delà c'est « un torrent que je ne pouvais traverser » ; Abaye désamorce en distinguant le nahal, dont les eaux sont rapides. Le verset, entre comme argument juridique, emporte alors la fin du daf : ni nage ni barque ne franchit ce fleuve, l'ange de la mort lui-même n'y a pas accès, et la source née du Saint des Saints va grossissant de station en station -- antennes de sauterelles, fil de chaîne, fil de trame, ouverture d'une petite fiole -- jusqu'à la michna citée, que le daf laisse inachevée.
78a14 segments · 24 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 78a -- la source du Temple devenue mikve et le remez écarté de Rav Yossef, puis traverser l'eau chaussé à Chabbat, le périmètre réel de la rehitsa à Kippour, et l'autorisation du Nassi pour permettre les premiers-nés.
Le daf achève d'abord la vision d'Ezechiel ouverte en 77b : la source sortie du Temple grossit jusqu'à l'entrée de la maison de David -- Tsion, hors les murs selon Rachi -- où elle devient un torrent servant de bain de purification, conformément à Zacharie 13,1. Rav Yossef y voit une allusion que la nidda doit s'immerger dans des eaux assez profondes pour s'y asseoir jusqu'au cou ; la Guemara le refuse aussitôt (ve-let hilkhata kevatei), et Tossefot en profite pour poser la vraie question de l'origine toranique de cette immersion, avec les réponses de Rav Yehouda Gaon, de Rabbenou Tam et du Ri. La sougya bascule ensuite de la rehitsa vers le hotsaa : à Kippour on est pieds nus, mais à Chabbat on est chaussé, et la chaussure risque de se détacher dans l'eau -- Nehemia atteste que R. Ami et R. Assi traversaient derekh malbouch, en la gardant au pied ; la sandale, plus lâche, n'est admise qu'à posteriori, Rav Achi tranchant lekhathila lo. Cette distinction sert aussitôt de ressort à l'anecdote de Hagronia, où Rafram, pour désamorcer l'irritation de l'Exilarque, fait dire en public à Ravina pourquoi chaque solution lui était fermée. Suit la carte fine du permis et de l'interdit à Kippour : s'asseoir sur de l'argile mouillée est interdit dès lors qu'elle est tofeah al menat lehatpiah selon le seuil d'Abaye, mais on peut se rafraîchir avec des fruits, un nourrisson ou une coupe d'argent non pleine -- jamais en terre cuite, qui suinte -- et l'on peut se servir d'un linge trempé et essoré la veille, dont Ze'ira bar Hama et Rabba bar Mari donnent deux répartitions inverses entre Kippour et le Neuf Av, l'enjeu étant l'interdit de sehita. Le daf se clôt sur un tout autre dossier, rapporté pour la question qui le suit : l'ancien siégeant à la yechiva doit-il prendre autorisation du Nassi pour permettre les premiers-nés ? R. Tsadok invoque un précédent, R. Abba le requalifie -- R. Yossi ben Zimra était kohen, et sa question portait sur la crédibilité du suspect (halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel) -- si bien que la question initiale reste ouverte quand le daf s'interrompt sur la sandale de liège.
78b12 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 78b -- la sandale de liège et la définition du min'al, le kav de l'amputée, le régime des enfants à Kippour, et les brèches ouvertes pour le roi, la mariée, la parturiente et le danger.
Le daf tranche d'abord la cheela laissée ouverte en 78a : la sandale de cha'am -- liège ou jonc -- est-elle un min'al interdit à Kippour ? La réponse ne vient pas d'un raisonnement mais de deux témoignages en miroir sur R. Yehochoua ben Levi et R. Elazar de Ninive, puis de la pratique des Amoraim de Babylonie, chacun avec sa matière végétale -- roseau, palme, herbe -- et de Rabba bar Rav Houna qui se contente d'enrouler un soudra autour de son pied. Rami bar Hama attaque avec le kav du kite'a, le pilon de l'amputée, que la baraita interdit à Kippour de l'avis même de R. Yossi ; Abaye tente de sauver la position en deplaçant l'interdit vers le taanoug procuré par les ketitin, mais Rava le réfute en trois coups -- des chiffons ne font pas d'un non-objet un mana, Kippour n'interdit pas le confort en soi puisque le soudra de Rabba bar Rav Houna est permis, et la sifa prouve que la richa parle d'un kav sans chiffons. La maskana de Rava renverse la carte : le kav est un soulier pour tous, et la mahloket de R. Meir et R. Yossi ne porte que sur une gzera de Chabbat, la crainte qu'il ne se détache et qu'on ne le porte quatre coudées. Le daf passe ensuite au régime des enfants : la baraita les dispense de tout sauf du chaussage, d'abord pour un motif de mar'it ayin -- on croira que des adultes les ont chaussés, et personne ne dort chaussé, dit Chmouel, qui y voit un goût de la mort -- puis, ce motif réfuté par le lekhathila de la michna, pour le vrai critère : ce qui relève de la revita, la croissance de l'enfant, n'a pas été décrété, d'où les conseils de la mère d'Abaye, eau chaude et huile, œuf au koutah, et pots à casser que Rabba achetait fendus pour ses fils. Vient enfin la carte des exemptions : le roi et la mariée se lavent le visage -- position de R. Hanania ben Teradion au nom de R. Eliezer -- l'un parce que ses sujets doivent le contempler dans sa beauté (Isaie 33,17), l'autre pour ne pas devenir repoussante aux yeux de son mari, et cela trente jours durant selon la baraita des parures ; la parturiente chausse à cause du froid ; et tout homme chausse la où le scorpion menace. Le daf s'interrompt sur l'ouverture du dossier du chiour, ke-kotevet ha-gassa, avec une question de Rav Papa laissée en suspens.
79a3 segments · 4 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 79a -- avec le noyau ou sans ? La mesure exacte de la kotevet ha-gassa, le chiasme Rav Papa / Rav Achi, et la kouchia des deux dattes de Rabban Gamliel.
Ce court amud ne traite que d'une chose : combien faut-il manger à Kippour pour être passible. La michna a fixé ke-kotevet ha-gassa, l'équivalent d'une grosse datte, kamoha ve-khe-gar'inata -- comme elle et comme son noyau -- et Rav Papa, à la fin de 78b, a demandé ce que cela recouvre exactement : mesure-t-on la datte avec son noyau ou sans lui ? La Guemara juxtapose aussitôt une question de même forme posée par Rav Achi sur l'etsem ki-seora, l'os gros comme un grain d'orge qui transmet l'impureté : avec ou sans son enveloppe, humide ou sec ? Puis elle résout les deux en chiasme, et par le vocabulaire plutôt que par le raisonnement. Rav Achi n'a pas le doute de Rav Papa parce que la michna a dit gassa, grosse, et qu'un tel adjectif tire vers le maximum, noyau compris ; Rav Papa n'a pas le doute de Rav Achi parce que l'orge humide s'appelle chibolet et l'orge décortiquée ouchla -- seule l'orge sèche dans son enveloppe porte encore le nom de seora. Le principe qui se dégage est fort : un chiour n'est pas un volume abstrait, c'est le volume de l'objet tel que la langue le nomme. Rachi et Tossefot divergent longuement sur la lecture de kamoha ve-khe-gar'inata, et Tossefot rapporte, au nom du Aroukh citant Rav Nissim Gaon et le Yerouchalmi, une explication qui renverse la perspective : le membre de michna ne vient pas ajouter mais retrancher -- il faut écraser la cavité de la datte, tsarikh le-maekh et halala, pour que la mesure ne compte pas du vide. Vient ensuite le chiffre : Rabba au nom de Rav Yehouda affirme que la kotevet ha-gassa dépasse le ke-beitsa, non par calcul mais par tradition -- kim lehou le-rabbanan -- car le critère de Kippour n'est pas l'akhila mais le yichouv ha-daat, l'apaisement de l'esprit, puisque la Torah y écrit acher lo teouneh et non un verbe de consommation, comme le souligne Rachi. La Guemara objecte alors avec la baraita de Souka 26b : on apporta deux dattes à Rabban Gamliel et il les fit monter à la souka, mais seulement par houmra, et l'on donna à R. Tsadok moins d'un ke-beitsa qu'il mangea dehors -- donc deux dattes n'atteignent pas un œuf, et une seule le dépasserait ? Le daf s'interrompt sur cette contradiction, dont la réponse de R. Yirmeya ouvrira 79b, et sur les trois koulot de R. Tsadok, que Tossefot prend pour point de départ d'une longue discussion sur le chiour de la berakha aharona, ke-zayit contre ke-beitsa.
79b11 segments · 11 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 79b -- combien mesure la kotevet hagassa ? La grosse datte face au volume de l'œuf : l'épisode de la soukka, la coupure de Rava sur les fruits, et la démonstration de Rav Zevid par le zimmoun, qui distingue apaiser l'esprit et rassasier.
Le daf poursuit le chiffrage de la mesure qui rend passible à Yom Kippour : la kotevet hagassa, la grosse datte. Une première voie passe par la soukka -- si un aliment de moins d'un kabeitza se mange dehors, et si Rabban Gamliel a mangé dans la soukka deux dattes dénoyautées, alors deux dattes sans noyaux font moins d'un œuf : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle le dépasser ? R. Yirmeya répond que le noyau est énorme, et Rav Papa le confirme par un proverbe populaire. Rava coupe court : l'épisode ne mesure rien, car les fruits n'exigent jamais la soukka -- deux objections lui sont faites (les figues et les raisins chez R. Elazar ben Chamoua, puis la baraita des mine tirgema) et toutes deux sont neutralisées. Rav Zevid soutient alors la thèse inverse : la kotevet est plus petite qu'un kabeitza. Sa première preuve, tirée du hametz de Beit Chammai, est réfutée ; la seconde, tirée du zimmoun, aboutit : puisque le kabeitza rassasie selon R. Yehouda, il serait absurde qu'il ne parvienne pas à apaiser l'esprit. La sougya se clôt sur deux paliers distincts -- la kotevet apaise l'esprit (yichouv hadaat), le kabeitza rassasie (sova) -- avant d'ouvrir une baraita de Rabbi.
80a16 segments · 22 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 80a -- pourquoi les mesures ne sont pas toutes des kazayit : la toumat okhalin, le kabeitza tire du gosier, les chiourin comme halakha le-Moche mi-Sinaï, et la pleine bouchée du buveur
Le daf quitte la kotevet hagassa pour remonter à la logique générale des mesures. Une baraita pose la règle -- tout est kazayit -- et son exception : la toumat okhalin, fixée à un kabeitza, parce que le verset y a changé son expression ; Yom Kippour sert de preuve, car lui seul rend le changement indiscutable. La guemara cherche alors le fondement du kabeitza : R. Elazar le tire de l'aliment qui vient d'un aliment, mais l'objection de l'œuf de petit oiseau ruine la derasha, et R. Abbahou la remplace par une mesure prise sur le corps -- le bet habelia ne contient pas plus qu'un œuf de poule. Vient ensuite le conseil de R. Elazar à celui qui a mangé du helev aujourd'hui : consigner la quantité exacte, de crainte qu'un futur bet din ne relève le seuil et qu'il n'apporte des houlin dans la Azara. R. Yo'hanan classe les mesures des peines parmi les halakhot le-Moche mi-Sinaï, et une baraita explique que le bet din de Yavets ne les a pas inventées mais rétablies après qu'elles eurent été oubliées. Le amud se clôt sur la michna du boire : Chemouel lit mélo lougmav comme ke-mélo lougmav -- une apparence, non un volume -- la baraita oppose quatre avis, la nafka mina se réduit à la bouchée à l'étroit, et Rav Hochaya objecte que Beit Hillel deviendraient alors plus rigoureux que Beit Chammai, ce qu'Edouyot aurait dû enregistrer. La réponse est renvoyée au amud suivant.
80b10 segments · 16 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 80b -- Le yichouv hadaat comme mesure : kotevet et mlo lougmav, les objections de R. Zeira et de Rava, la toumat gvia, et l'akhila gassa
Ce daf achève d'abord la difficulté laissée ouverte en 80a sur la quantité de boisson : la question du beth hamidrach portait sur Og roi du Bachan, de sorte que Beth Chammai, qui maintiennent le revi'it, se retrouvent bien du côté de la rigueur. S'ouvre ensuite une série de cinq hatkafot construites sur le même moule. Rabbi Zeira demande pourquoi manger se mesure à une kotevet identique pour tous alors que boire se mesure à la joue de chacun ; puis pourquoi Og se contenterait de la même datte qu'un homme ordinaire ; puis pourquoi la viande grasse et les pousses de vigne auraient la même mesure. Abaye répond chaque fois par la même formule -- kim lehou lerabanan -- en posant que la mesure est un plancher de yichouv hadaat, en dessous duquel personne n'est apaisé, au-dessus duquel l'intensité varie sans conséquence halakhique. Rava déplace alors l'attaque sur le temps : pourquoi la fenêtre de kedei akhilat pras ne grandit-elle pas avec la mesure ? puis pourquoi le demi-pras de la toumat gvia obéit-il à la même fenêtre ? C'est Rav Papa qui répond en écartant l'objection : la toumat gvia n'est pas de-oraita, et le verset venitmetem bam n'en est qu'une asmakhta. Le daf revient enfin à la michna -- le sel sur la viande crue et la saumure sur le légume se cumulent, car tout ce qui rend un aliment consommable est un aliment -- avant d'introduire le principe de l'akhila gassa : manger sans plaisir n'est pas manger, ce qui exempte à Yom Kippour au titre de acher lo teouneh, et dispense du h'omech le zar qui a consommé de la terouma au titre de ki yokhal.
81a22 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 81a -- Peratt lemazik et fin du h'omech, le tseirouf du manger et du boire, et la quĂŞte de l'azhara du inui : essais de formulation, tossefet, et guezerot chavot
Le daf achève d'abord la sougya du h'omech de la terouma ouverte en 80b : celui qui croque de l'orge crue n'est pas un mangeur mais un mazik, il paie le keren sans le h'omech ; en revanche celui qui avalé des prunes tout rond a bien mangé -- il paie keren et h'omech, acquiert les fruits, et celui qui les mange après qu'il les a vomies ne lui doit plus que le prix du bois. La guemara revient ensuite à la michna qui refuse de cumuler le manger et le boire : Rav Hisda et Reich Lakich y voient une prise de parti pour Rabbi Yehochoua, dont le kelal exige la double identité de toum'a et de chi'our ; Rav Nahman et Rabbi Yo'hanan répondent que la michna est divrei hakol, car le critère de Yom Kippour n'est pas un volume mais le yitouvei da'ata, qu'un demi-seuil de nourriture joint à un demi-seuil de boisson n'atteint pas. La michna suivante compte les hatatot par chem d'interdit -- une seule pour le manger et le boire, deux avec la melakha -- et exempte tout ce qui n'est pas consommé à la manière des hommes. S'ouvre alors la grande question du daf : pourquoi la Torah n'a-t-elle jamais écrit d'interdit explicite de manger à Yom Kippour ? Reich Lakich répond lo efchar, et la guemara teste quatre formulations, chacune cassée pour une raison propre, la dernière de Rav Achi restant sur un kachya. Une barayta cherche alors l'azhara dans le texte : elle ferme d'abord quatre portes sur la tossefet -- ni karet ni malkout, ni pour la melakha ni pour le inui -- puis tente de rendre un verset moufne pour fonder une guezera chava, dans un sens puis dans l'autre, les deux tentatives étant réfutées. Ravina rétablit la lecture : la dérivation est une guezera chava etsem / etsem, et le décompte des cinq versets de la melakha prouve qu'un terme reste bel et bien libre. L'école de Rabbi Yichmael et Rav Aha bar Yaakov proposent enfin deux autres analogies -- inui / inui avec le violeur, chabbat chabbaton avec le Chabbat de la Création -- avant que le daf ne s'interrompe sur un "Rav Papa a dit" qui se poursuivra en 81b.
81b11 segments · 15 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 81b -- la tosefet de Yom Kippour (ajouter du profane sur le sacré) et le repas du 9 Tichri ; puis la définition de l'aliment et de la boisson : poivre, gingembre, pousses de vigne, vinaigre.
Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat exégétique : d'où tirer la peine et l'avertissement frappant celui qui mange à Yom Kippour ? Rav Papa invoque un verset qui appelle le jour lui-même « chabbat » ; Rav A'ha bar Yaakov passe par une guezera chava etzem-etzem. La guemara montre que Rav A'ha bar Yaakov ne peut pas emprunter la voie de Rav Papa, car les mots de Lv 23,32 lui servent déjà à fonder la tosefet — l'obligation d'ajouter du profane sur le sacré à l'entrée comme à la sortie, étendue de proche en proche aux fêtes et aux chabbatot, avec cette limite décisive : on n'est pas passible de karet pour la tosefet. Le tana de la guezera chava, lui, libère le mot « le neuf » pour la lecture de 'Hiya bar Rav de Difti : qui mange et boit le 9 Tichri est crédité d'un jeûne de deux jours. La seconde moitié du daf change de registre et devient une enquête sur la notion d'aliment : mâcher du poivre ou du gingembre n'est pas manger, car ce n'est pas leur manière d'être consommés — mais l'orla, la bénédiction et la toumat okhline semblent dire le contraire. Un seul distinguo, frais ou sec, remet tout en ordre. Il se prolonge dans les pousses de vigne (tendres jusqu'à quand ?), puis dans les boissons : saumure et mouryas exemptent, le vinaigre rend passible selon Rabbi. Le daf s'achève sur la mésaventure de Rav Guidel, dont l'exemption théorique fut reçue par tout un public comme une permission de boire.
82a13 segments · 24 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 82a -- le 'hinoukh de l'enfant au jeûne (à quel âge, et jusqu'où ?) ; puis la femme enceinte, le malade, et la règle du pikoua'h nefech avec ses trois exceptions.
Le daf se partage en deux moitiés de ton très différent. La première lit une michna d'apparence anodine — on n'afflige pas les enfants à Yom Kippour, mais on les éduque « un an avant et deux ans avant » — et en tire une enquête serrée sur le calendrier du 'hinoukh. Rav 'Hisda distingue l'enfant faible de l'enfant bien portant ; Rav Houna et Rav Na'hman dressent deux tableaux d'âges qui, selon Rachi, ne se contredisent pas mais décrivent l'un la fille et l'autre le garçon ; Rabbi Yo'hanan s'oppose à eux sur un point de principe en niant toute hachlama derabbanan, c'est-à -dire tout jeûne complet imposé par les Sages avant la majorité. La michna et une baraita de Rabba bar Chmouel sont tour à tour opposées à chaque camp, jusqu'à la solution de Rava bar Oulla : le mot 'hinoukh recouvre deux institutions distinctes, l'entraînement par heures et le jeûne complet. La seconde moitié change de sujet et de gravité. Une michna autorise à nourrir la femme enceinte prise d'une fringale et le malade, sur avis d'experts ou, à défaut, sur sa propre parole. Une baraita construit alors une échelle de la moindre transgression — un fuseau trempé dans la sauce, puis la sauce, puis la graisse interdite elle-même — et énonce la règle qui gouverne tout le reste : rien ne tient devant le pikoua'h nefech, sauf l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang. Le daf s'achève en cherchant la source de ces trois exceptions : le « de toute ton âme » du Chema selon Rabbi Eliezer, puis le verset de la na'ara meorassa (Dt 22,26) que Rabbi lit dans les deux sens — il fonde à la fois la loi du rodef et le principe du martyre, avec cette limite que Rachi souligne : celle qui subit sans agir, « sol du monde », n'est pas tenue de livrer sa vie.
82b3 segments · 6 Rachi · 0 Tossefot · 2 schĂ©mas
la sevara du meurtre (« qu'as-tu vu que ton sang soit plus rouge ? ») ; puis les deux femmes enceintes et le chuchotement adressé à l'enfant.
Le daf est court et se coupe en deux moitiees qui semblent sans rapport, mais que le thème du pikoua'h nefech relie exactement. La première comble un trou laissé par 82a : le verset de la na'ara meorassa avait servi à étendre au gilouy arayot la sévérité du meurtre, mais cette sévérité du meurtre elle-même n'avait jamais été fondée. La guemara répond par le mot le plus fort de son arsenal — sevara hi, c'est un raisonnement — et l'illustre par un cas réel jugé par Rava : un homme somme par le gouverneur de son village de tuer un tiers sous peine de mort. Rava répond par un calcul : le compte des morts est le même dans les deux branches, donc le permis de « il vivra par elles » n'achète plus rien ; il ne reste qu'une préférence arbitraire de soi sur l'autre, indéfendable — mai 'hazit de-dama didakh soumak tefei. Rachi développe cette mécanique en toutes lettres. La seconde moitié raconte deux femmes enceintes prises d'une fringale à Yom Kippour. Le protocole est le même dans les deux cas : chuchoter à l'oreille que c'est Yom Kippour, sans jamais différer la nourriture si l'envie persiste. Chez Rabbi, le chuchotement porte — et Rachi précise que c'est le foetus qui a lâché son désir ; l'enfant sera Rabbi Yo'hanan, et Rabbi lit sur lui « avant de te former dans le ventre je t'ai connu ». Chez Rabbi 'Hanina, il ne porte pas ; le verset lu sur cet enfant, en 83a, sera « les méchants sont dévoyés dès le sein ». Sur ce même passage, le Roch déploie toute la halakha du malade et de la femme enceinte à Kippour : l'échelle du kal ha-kal, la limite que le Ramban lui pose, la question de savoir si l'on profane pour le foetus seul, et le long débat sur le conflit entre la parole du malade et celle du médecin, tranché comme Mar bar Rav Achi.
83a17 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
le malade contre le médecin (« le cœur connaît l'amertume de son âme ») ; puis boulmos, chien enragé, éboulement, et l'échelle du ha-kal ha-kal.
Le daf s'ouvre sur la dernière ligne du diptyque des deux femmes enceintes commencé en 82b : l'enfant de celle que le chuchotement n'a pas apaisée sera Chabtai l'accapareur, et le verset « les méchants sont dévoyés dès le sein maternel » se lit sur lui. Puis la guemara passe au malade de la michna et pose la question qui occupera tout le daf : quand le malade et le médecin ne disent pas la même chose, qui écoute-t-on ? Rabbi Yannai répond deux fois, et dans deux sens opposés — le malade qui réclame à manger l'emporte sur le médecin qui le juge inutile, au nom de « le cœur connaît l'amertume de son âme » ; mais le malade qui refuse de manger ne l'emporte pas, car c'est un égarement (tounba) dû à la maladie. La michna semble le réfuter deux fois ; la guemara la restreint deux fois, mobilise au passage la règle de Rav Safra (le nombre pèse pour une évaluation, pas pour un témoignage) pour aussitôt la désactiver devant un doute portant sur des vies, puis finit par déclarer la michna incomplète et la réécrire. Mar bar Rav Achi pousse la logique jusqu'au bout : celui qui dit « j'ai besoin » mange, même contre cent compétents — et c'est ainsi que tranche la halakha. La seconde michna élargit le champ : le boulmos, qu'on nourrit d'aliments impurs jusqu'à ce que ses yeux s'éclairent ; le mordu du chien enragé, à qui l'on refuse le lobe de foie non parce qu'une vie ne le vaudrait pas mais parce que le remède est jugé inefficace ; le mal de gorge, soigné Chabbat parce qu'un mal interne ne se mesure pas ; l'éboulement, déblayé malgré trois doutes cumulés, mais abandonné dès que la victime est trouvée morte. Le daf se ferme sur la graduation des interdits — ha-kal ha-kal — et sur la mahloket entre le tanna kama et Ben Teima : le tevel est-il plus léger parce qu'il peut être réparé, ou la terouma parce qu'elle reste l'aliment de quelqu'un ?
83b19 segments · 29 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
le pot non percé et le moindre mal ; les remèdes du boulmos ; Kidor, ou ce qu'un nom autorise à soupçonner ; les cinq signes du chien enragé.
Le daf ferme d'abord la sougya du ha-kal ha-kal ouverte en 83a. Rabba avait posé que, si l'on peut nourrir le malade avec du profane, on prend la peine de rendre le produit propre plutôt que de lui servir du tevel. La guemara objecte deux fois que c'est évident — en semaine comme à Chabbat, où l'interdit de prélever n'est que rabbinique — et doit resserrer le cas jusqu'au pot non percé, où les deux plateaux de la balance sont rabbiniques ; la balance penche quand même, non par gravité intrinsèque mais par crainte de confusion avec le pot percé, où le tevel est de la Tora. Même Rabbi, qui dispensait de prélever pour les poireaux du mordu de serpent, le concéderait. La guemara passe alors au boulmos de la michna et demande de quoi, concrètement, on nourrit le malade : miel et douceurs qui éclairent les yeux, mais — précise Abaye — après le repas seulement, car avant, le sucre attise la faim au lieu de l'apaiser ; puis queue grasse, fleur de farine, farine d'orge, et le figuier de Rabbi Yo'hanan, qui court vers le côté est parce que le soleil du matin y mûre les fruits en premier — la sagesse fait vivre celui qui la possède, au sens propre. Deux récits de route suivent : Rabbi Yehouda prend de force le pain d'un berger, Rabbi Yossi est secouru par une ville entière, et le second reproche se retourne en mot d'esprit. Le même décor amène le grand récit du daf : Rabbi Meir scrute les noms, lit dans « Kidor » un homme méchant, enfouit sa bourse sur une tombe pendant que ses compagnons confient les leurs à l'aubergiste — qui nie tout le lendemain. Sommé de s'expliquer, Rabbi Meir pose la distinction qui porte tout le passage : un nom fonde une hachacha, un soupçon dont on se protège soi-même, jamais un ahzoukei, une mise en accusation publique. Les bourses sont récupérées par un signe — des lentilles restées sur la moustache —, l'aubergiste tue sa femme, et la guemara rattache le tout à l'adage des premières et des dernières eaux. Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi scruteront désormais les noms, mais à la manière de Rabbi Meir : en s'abstenant d'entrer, sans rien déclarer. Le daf se ferme sur le retour à la michna — les cinq signes du chien enragé et la mahloket Rav / Chemouel sur l'origine de sa rage, interrompue en pleine question.
84a11 segments · 32 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
comment tuer un chien enragé et ce qu'on fait au mordu ; Rabbi Yo'hanan, la matrone et le serment tenu à la lettre ; le tsefidna qui commence dans la bouche et finit aux entrailles ; la portée du mot ba-élu.
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du chien enragé entamée en 83b : puisqu'un esprit mauvais repose sur lui, on ne s'en approche pas pour le tuer — on le tue avec un projectile. Une baraita gradue ensuite le contact : qui a été frôlé est en danger et doit ôter ses vêtements et courir — ce que Rav Houna fils de Rav Yehochoua fit en plein marché, citant le verset « la sagesse fait vivre celui qui la possède » au sens le plus littéral ; qui a été mordu, lui, meurt, et Abaye lui prescrit un protocole apotropaïque long de douze mois, amulette sur peau de hyène, vêtements enfouis au cimetière puis brûlés et dispersés à un carrefour, et interdiction de boire ailleurs qu'à travers un tube de cuivre, de peur de voir dans l'eau le reflet du démon. La guemara revient alors à la michna de Rabbi Matia ben Harach sur le remède mis dans la bouche à Chabbat, et l'illustre par un récit : Rabbi Yo'hanan, atteint du tsefidna, se fait soigner par une matrone non juive qui exige un serment de silence ; il jure « au Dieu d'Israël je ne le révélerai pas », puis l'enseigne aussitôt en public — la restriction portait sur le destinataire, et il l'avait avertie dès le premier instant, ce qui écarte le soupçon de profanation du Nom. Suivent les recettes du remède, l'aveu d'Abaye qu'aucune ne l'a guéri jusqu'à ce qu'un Arabe lui donne la bonne, puis l'étiologie et le signe diagnostique du tsefidna. Une seule phrase de Rav Nahman bar Yitshak fait alors basculer le daf de la médecine au droit : le tsefidna commence dans la bouche mais finit dans les entrailles, c'est donc une makka chel halal, et le Chabbat cède. Reste la question de Rav Hiya bar Abba — Rabbi Yo'hanan a-t-il tranché comme un avis isolé ? Sa réponse est que les Sages ne contredisent Rabbi Matia que sur le lobe de foie du chien, pas sur le remède dans la bouche. Les deux dernières pages cherchent à le prouver par deux baraitot, en faisant porter dans un sens ou dans l'autre le petit mot ba-élu, « dans ceux-ci » : aucune ne conclut, et la sougya se ferme sur une simple possibilité, que le Roch retiendra pourtant comme la halakha.
84b16 segments · 27 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 84b - Jusqu'où va le pikouah nefech : un autre Chabbat, un bénéfice accessoire, un inconnu peut-être non juif
Le daf clôt d'abord la question laissée ouverte en 84a : les Sages contredisent-ils Rabbi Matia ben Harach sur le remède mis dans la bouche à Chabbat ? Deux preuves concluent que non - la baraita de Rabba bar Chmouel, où les Sages disent « dans ce cas-ci et non dans l'autre », et un diyouk de Rav Achi sur la manière dont la michna a séparé les deux clauses. La sougya s'ouvre ensuite en trois élargissements successifs du sauvetage d'une vie. Dans le temps d'abord : Rav enseigne que le doute peut porter sur un Chabbat à venir, et l'on ne diffère pas un traitement de huit jours d'une soirée pour économiser un Chabbat. Dans les acteurs et les actes ensuite : les grands d'Israël agissent eux-mêmes, l'avis d'une femme ou d'un Kouti ne suffit pas seul mais se joint à un autre pour faire basculer un décompte ; et la baraita du pikouah nefech loue celui qui s'empresse, dispense de consulter un tribunal, et permet quatre sauvetages - la mer, le puits, la porte, l'incendie - même lorsque le sauveteur y gagne des poissons, une marche, des planches ou des braises. Dans les personnes enfin : Chmouel énonce que l'on n'a pas suivi la majorité en matière de pikouah nefech, ce qui vaut jusqu'à déblayer pour un homme détaché d'un groupe de neuf non-juifs. Une contradiction avec Rabbi Yo'hanan se résout par la distinction entre une sortie collective et une sortie partielle, et le daf s'achève sur l'enfant trouvé, où Rav distingue ce que la majorité permet - le faire vivre - de ce qu'elle ne permet pas : lui attribuer un lignage.
85a15 segments · 22 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 85a - Quand la majorité cesse de trancher : l'enfant trouvé, l'éboulement et le souffle aux narines
Le daf achève d'abord le dossier de l'assoufi, l'enfant trouvé dont on ignore l'origine. La phrase de Chmouel est relue : elle portait sur la clause initiale de la michna, et son intention était restrictive - la majorité fait bien de lui un non-juif, mais elle ne décide rien dès lors qu'une vie est en jeu. La guemara cherche alors, pour chacune des trois clauses, une conséquence pratique : nourrir de nevelot quand la majorité est non juive (Rav Papa), restituer un objet perdu quand elle est juive, et - pour la clause moitié-moitié - la mesure des dommages selon Rech Lakich, qui n'a de sens que lorsque c'est le bœuf de l'enfant trouvé qui encorne, la charge de la preuve pesant alors sur le lésé. Le daf passe ensuite à la michna de l'éboulement, lue non comme une liste de doutes mais comme un escalier : on déblaie même dans le doute sur l'identité. Deux précisions suivent, symétriques : on déblaie même pour hayei chaa, une vie de quelques instants ; mais pour un mort on s'arrête, l'avis contraire de Rabbi Yehouda ben Lakich ne valant que par crainte qu'un endeuillé affolé n'en vienne à éteindre un incendie. Vient alors la question du sauveteur : jusqu'où dégager pour savoir ? Jusqu'au nez ou jusqu'au cœur - mahloket que la guemara tente de rattacher à celle sur la formation de l'embryon, avant d'écarter le rapprochement au nom du verset de Noé, et que Rav Papa réduit au seul cas d'un dégagement de bas en haut. Le daf s'achève en ouvrant la grande recherche des sept preuves : d'où sait-on que le pikouah nefech repousse le Chabbat ? Rabbi Yichmael répond par le kal va-homer du cambrioleur, Rabbi Akiva par le diyouk sur le meurtrier arraché à l'autel - toutes deux seront examinées en 85b.
85b14 segments · 18 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 85b - Le grain de poivre de Chmouel : la seule preuve qui tient, et l'ouverture du chapitre de l'expiation
Le daf s'ouvre sur la fin des sept preuves du pikouah nefech : Rabbi Akiva par le cohen arraché à l'autel, Rabbi Elazar ben Azaria par la mila, Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda par le mot akh, Rabbi Yonatan ben Yossef par « il est saint pour vous », Rabbi Chimon ben Menassia par le calcul des Chabbats sauvés, et enfin Chmouel par ve-haï bahem. Rava les passe alors toutes au même crible : chacune ne prouve que le cas de danger certain, alors que le cas réel est celui du doute - et il le montre en détail pour le cambrioleur (le voleur est entré décidé à tuer : ce n'est pas un doute) et pour le témoin (on envoie deux sages vérifier avant d'interrompre le service). Seule la derasha de Chmouel atteint le doute, d'où le mot de Ravina : mieux vaut un grain de poivre piquant qu'une corbeille de courges. Le Ben Yehoyada précise pourquoi : les six autres sont des kal va-homer, réfutables par nature, tandis qu'une exégèse de verset ne se réfute pas. Le daf bascule ensuite dans le dernier chapitre du traité, celui de la techouva : la michna hiérarchise les instruments d'expiation - sacrifices, mort, Yom Kippour, techouva - puis pose deux limites décisives : celui qui pèche en comptant se repentir n'obtient pas les moyens de le faire, et Yom Kippour n'expie pas les fautes envers autrui tant que la personne lésée n'a pas été apaisée. Rabbi Akiva conclut par le mikve : Dieu n'envoie pas seulement l'eau purificatrice, Il est le bassin. La guemara commence alors son analyse - pourquoi l'acham talouy est exclu, comment concilier la michna avec Rabbi pour qui Yom Kippour expie même sans techouva, et ce que la michna entend exactement par transgression légère - avant de s'interrompre sur une contradiction que 86a résoudra.
86a16 segments · 32 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 86a - Les quatre états de la faute, et cette profanation du Nom que seule la mort efface
Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat commencé en 85b : la techouva à elle seule expie-t-elle un interdit au sens plein (lav gamour), ou faut-il attendre Yom Kippour ? Trois sources sont opposées à Rav Yehouda ; les deux premières sont écartées par la même clé - lo tissa et tout ce qui lui ressemble - mais la troisième, une derasha en deux crans sur venaké, lo yenaké et et chemo, résiste, et la guemara doit reconnaître qu'il s'agit d'une controverse de tannaim. Elle revient alors sur le venaké du Horev : Rabbi Elazar montre que la contradiction interne du verset - absoudre / ne pas absoudre - ne se résout que si l'on y introduit la techouva. Suit la scène de Rome, où Rabbi Matia ben Harach interroge Rabbi Elazar ben Azaria sur les quatre divisions de l'expiation de Rabbi Yichmael : elles sont trois, corrige-t-il, car la techouva n'est pas une division, elle accompagne toutes les autres. La beraita dresse alors l'échelle : un commandement positif s'efface par la techouva séance tenante, un interdit attend Yom Kippour, une faute passible de karet exige encore les yissourim, et le hilloul Hachem - profanation du Nom - ne s'efface que par la mort, parce que, dit Rachi, celui qui la commet faute et fait fauter les autres. La guemara demande alors ce qu'est concrètement un hilloul Hachem, et la réponse surprend : de la viande prise chez le boucher et payée en retard (Rav), quatre coudées sans Torah et sans tefillin (Rabbi Yo'hanan), des collègues qui ont honte de votre réputation, une phrase que les gens laissent tomber sur vous. Abaye en donne la limite - tout dépend de l'usage du lieu - puis le versant positif : que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Le daf se clôt sur la grandeur de la techouva : elle apporte la guérison au monde, et selon qu'elle vient de l'amour, de la crainte ou des souffrances, elle fait de vous un fils ou un serviteur - avant d'atteindre, selon Rabbi Levi, le Trône de Gloire lui-même.
86b19 segments · 28 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 86b - Gedola techouva : ce que le repentir retourne, et ce qu'il faut en dire tout haut
Le daf enchaîne sept éloges de la techouva, chacun ouvert par la même formule gedola techouva. Rabbi Yo'hanan lui fait repousser un interdit de la Torah - Israël revient à Dieu comme une femme renvoyée ne peut revenir à son mari ; Rabbi Yonatan lui fait déclencher la gueoula. Rech Lakich se contredit lui-même : les fautes délibérées deviennent des fautes involontaires, ou bien des mérites - et la guemara ne tranche pas, elle répartit selon que la techouva vient de la crainte ou de l'amour. Vient ensuite le contraste des deux mesures : chez les hommes, une chaîne de doutes sur le pardon ; chez le Saint béni soit-Il, une chaîne de ve-lo od ela - des paroles suffisent, Il en tient gré, cela vaut des taureaux offerts, et non pas d'obligation mais en nedava. Rabbi Meir va plus loin encore : un seul pénitent, et le monde entier est pardonné. La guemara demande alors le critère concret - heikhi dami baal techouva - et Rav Yehouda donne un protocole vérifiable : la même femme, le même endroit, la même saison ; le Ben Yehoyada y accroche la longue histoire de l'élève, du verger et du serpent. La seconde moitié du daf bascule vers une autre question : que faut-il dire tout haut ? Deux versets s'affrontent sur la faute couverte, et sont partagés soit selon sa notoriété (Rav), soit selon qu'elle est entre l'homme et son prochain ou entre l'homme et Dieu (Rav Nahman). La même ligne sépare Moche, qui demande que sa faute soit écrite, et David, qui demande qu'elle ne le soit pas - avec la parabole des deux femmes fouettées, dont l'une réclame l'écriteau qui dira pour quoi elle l'est. Le daf se clôt sur le renversement : dénoncer les hypocrites est un devoir, la quiétude des méchants finit en catastrophe, et le pouvoir enterre celui qui l'exerce - ce que Rav, en sortant siéger, se disait chaque fois à lui-même.
87a17 segments · 35 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 87a - Ce que Yom Kippour n'expie pas : le protocole du piyous envers son prochain
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du pouvoir - le juge qui sort siéger va, selon Rav, vers sa propre mise à mort, et les versets récités devant la foule ou sur la litière servent d'antidote à l'honneur. Vient ensuite une lecture à rebours de Proverbes 18,5 : être ménagé en ce monde est un mauvais signe (Ahab), être châtié ici en est un bon (Moche), puis la symétrie du mérite et de la dette transmis aux générations - les fils d'Aharon sauvés par leur père, les fils de Kenaan retenus par le leur, avec le cas de Tavi, serviteur de Rabban Gamliel. Deux règles closent ce mouvement : celui qui fait acquérir du mérite au public est préservé de la faute, celui qui fait fauter le public n'obtient pas les moyens de faire techouva - non par récompense ou vengeance, mais pour que le maître et ses élèves ne finissent pas de part et d'autre. La guemara revient alors à la michna et démonte deux calculs : je fauterai et je ferai techouva, dit deux fois, parce qu'une faute répétée devient comme permise ; et je fauterai et Kippour expiera, qui échoue même selon Rabbi, car un jour d'expiation ne peut pas servir de moyen de fauter. La seconde moitié du daf est consacrée aux fautes entre l'homme et son prochain, que Yom Kippour n'expie pas : la racine p-l-l de I Samuel 2,25 est d'abord lue comme jugement puis comme apaisement, et de là découle tout le protocole du piyous - même une offense en paroles, dénouer la paume s'il s'agit d'argent, multiplier les amis s'il s'agit de mots, trois rangées de trois hommes selon Rav Hisda, pas plus de trois demandes selon Rabbi Yossi bar Hanina, et dix personnes sur la tombe si l'offensé est mort. Quatre récits ferment le daf : Rabbi Yirmeya assis sous les eaux usées, Rabbi Abba qui sort à sa rencontre, Rabbi Zeira qui se rend disponible, et Rav allant la veille de Kippour chez le boucher qui le congédie - et que Rav Houna avait déjà vu mort.
87b14 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 87b - Le vidouy de Yom Kippour et la prière de néila : quand, où, avec quelles paroles
Le feuillet achève d'abord le récit commencé en 87a : Rav récite le sidra devant Rabbi, reprend trois fois la paracha depuis le début pour honorer ceux qui entrent, mais renonce à la quatrième - et Rabbi Hanina bar Hama s'en trouve offensé. Treize veilles de Kippour de suite, Rav revient demander l'apaisement sans l'obtenir. Deux difficultés en naissent, une contre chacun : Rav dépasse la limite des trois demandes, Rabbi Hanina refuse de passer sur ses mesures. La guemara les résout d'un seul coup en dévoilant un rêve : Rabbi Hanina avait vu Rav suspendu à un dattier, signe qu'il deviendrait une tête - or lui-même était chef d'académie, et deux royautés ne se touchent pas. Son refus était un calcul de survie qui envoyait Rav enseigner en Babylonie. Le daf bascule alors vers la liturgie du jour. Une baraita étage le vidouy en sept stations, de la veille de Kippour avant le repas jusqu'à la néila, chacune avec son motif propre ; puis six amoraim donnent six ouvertures différentes, avant que Mar Zoutra ne ramène tout à quatre mots - aval anahnou hatanou -, l'essentiel du vidouy, celui devant lequel Chemouel se levait. La seconde moitié du feuillet est commandée par une seule question : qu'est-ce que la néilat chearim ? Pour Rav une amida supplémentaire de sept bénédictions, pour Chemouel la seule formule ma anou ma hayenou. Une baraita réfute Chemouel sans appel, et l'usage retenu combine les deux - on ouvre par Ata behartanou et l'on achève par ma anou ma hayenou. Reste alors la conséquence : si la néila est une prière de plus, dispense-t-elle de la prière du soir ? Rav le soutient, la guemara lui oppose sa propre position sur le caractère facultatif de arvit, puis une baraita qui compte les deux prières - et la phrase se coupe en pleine objection, au seuil de 88a.
88a12 segments · 24 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 88a - S'immerger le jour de Kippour, et ce que signifie un keri ce jour-lĂ
Le feuillet s'ouvre au milieu de l'objection laissée en suspens en 87b : si la néila dispensait de la prière du soir, la havdala n'aurait plus où être dite, elle qui doit se loger dans la bénédiction Honen ha-daat. La guemara répond d'un mot - tanaei hi - et produit aussitôt la controverse sous la forme d'une baraita sur les immersions le jour de Kippour : selon que le baal keri s'immerge jusqu'à minha ou tout le jour, on apprend si la néila est tenue pour une prière de nuit ou de jour. Une seconde baraita vient alors contredire la première terme pour terme, les positions des Sages et de Rabbi Yossi s'y trouvant exactement inversées. La sougya se résout en trois temps : d'abord une distinction de situation - a-t-il déjà prié la néila, ou non ? -, puis le dévoilement du principe qui commande tout, tevila bizmana mitsva, l'immersion faite en son temps vaut-elle par elle-même ; enfin, devant une troisième source où Rabbi Yossi soutient le contraire - la baraita de celui qui porte le Nom divin écrit sur sa chair et qui descend au mikve sans même enrouler un jonc -, la guemara dédouble le personnage : le Rabbi Yossi rigoureux est Rabbi Yossi bar Yehouda, celui pour qui une seule immersion a la fin suffit. Le feuillet bascule ensuite dans un autre registre. Une baraita réglant le frottement contre la hatsitsa est corrigée - il se fait la veille au soir, non après l'immersion, car ce qui a été a été -, puis viennent les paroles sur le sens de l'événement : fautes pardonnées ou seulement rangées pour l'être ; une année entière d'inquiétude selon l'école de Rabbi Yichmael, mais la certitude du monde à venir pour qui traverse cette année ; le monde affamé et lui rassasié ; et la bénédiction finale de Rav Dimi, longue vie et descendance. Le traité Yoma s'achève sur ces mots.