🏠 Accueil

Yoma — en cours de production

Feuilles d'étude interactives, 2a à 88a — 8 perakim : les sept jours de séparation du Cohen Gadol, le service de Yom Kippour, et le jeûne du dernier perek.
172 amudim · 2256 segments · 3287 gloses Rachi · 490 Tossefot · 512 schĂ©mas de synthèse

Perek 1 Shivat Yamim — Les sept jours · 39 amudim

2a10 segments · 22 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
l'isolement (perisha) du Kohen Gadol sept jours avant Yom Kippour, son parallèle avec la para adouma, et sa source scripturaire par gezera chava
La michna qui ouvre le traité enseigne qu'on isole (mafrichin) le Kohen Gadol de sa maison vers la lishkat Parhedrin sept jours avant Yom Kippour, et qu'on lui prépare un kohen de rechange de peur qu'un empêchement (passoul) ne survienne ; R. Yehouda ajoute une femme de rechange, refusé par les Hakhamim (ein ladavar sof). La guemara rapproche ce cas de la para adouma (vache rousse), pour laquelle on isole de même le kohen sept jours, dans la lishkat beit ha-even à l'angle nord-est : elle explique le choix d'ustensiles non réceptifs à la touma (à cause du tevoul yom valide, contre les Sadducéens) et le choix du nord-est (la vache est une hatat -> tsafon, et le verset vise l'est). Enfin elle cherche la source de l'isolement : le verset des milouim (Lev 8:34), rattache à la vache par une gezera chava tsiva-tsiva.
2b12 segments · 13 Rachi · 4 Tossefot · 2 schĂ©mas
le crible des objections (ve-eima) qui ramène la gezera chava des milouim au seul isolement de Yom Kippour, et les deux réfutations du kal vachomer de Chemini Atseret
Ayant établi en 2a que l'isolement de sept jours du Kohen Gadol (et du kohen de la para adouma) se déduit du verset des milouim (Lev 8:34) par la gezera chava tsiva-tsiva, la guemara soumet cette déduction à une longue série d'objections (ve-eima) qui tentent d'en déplacer ou d'en élargir la portée : et si l'analogie visait le tsiva propre à Yom Kippour ? celui des offrandes (tzavoto) ? l'expiation (lekhapper) des korbanot ? les regalim ? une seule fête ? Chemini Atseret ? Chaque alternative est écartée par un principe précis (tsiva énoncé avant l'acte, forme grammaticale identique, temps fixe, une fois l'an, sept jours d'isolement pour un service d'un jour, absence de sainteté antérieure). Enfin, un kal vachomer voudrait imposer l'isolement à Chemini Atseret, précédé de sainteté : Rav Mecharchia le réfute par le mot 'hazeh' (kazeh : seul un jour identique aux milouim), et Rav Achi par l'argument ikar/tafel (l'appendice ne peut exiger plus que la fête principale). Le daf s'achève en amorçant la distinction, poursuivie en 3a, entre Souccot et Chemini Atseret.
3a6 segments · 12 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Chemini Atseret, fĂŞte autonome (PAZAR KASHAV) et la source de la perisha
Le daf s'ouvre sur le mnémonique PAZAR KASHAV : six égards par lesquels Chemini Atseret est une fête à part entière (regel bifnei atsmo), distincte de Souccot — mais qui lui reste rattaché pour la 'haguiga (tachloumin). La guemara revient ensuite à la source de l'isolement (perisha) de sept jours du Kohen Gadol avant Yom Kippour, tirée des milouim. Elle objecte : pourquoi ne pas exiger aussi une perisha avant Chavouot, puis avant Roch ha-Chana, tous deux précédés de jours ordinaires ? R. Abba, puis R. Abbahou, écartent ces cas par la structure des offrandes (un seul taureau et un seul bélier ; offrande des biens propres du Kohen Gadol).
3b15 segments · 17 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
'Mishelo' : le taureau du Cohen Gadol et la perisha de six jours
Ce folio poursuit deux débats. D'abord, d'où vient que certaines offrandes (le taureau de Yom Kippour, les offrandes des milou'im) sont apportées des biens propres (mishelo) de celui qui les offre et non de la communauté : le Talmud aligne les avis de Rabbi Yochiya, Rabbi Yonatan et Abba Hanan sur la lecture des expressions 'kah lekha' et 'asei lekha'. Ensuite, plusieurs Amoraim (Rav Achi, Ravina) cherchent ce qui distingue Yom Kippour de Roch Hachana et Chavouot dans la dérivation depuis les milou'im. La seconde moitié porte sur la perisha (mise à l'écart) : écarter le kohen sept jours avant Yom Kippour et avant la vache rousse. Rabbi Yo'hanan la déduit des milou'im, Rech Lakich du Sinaï (ze bana av : six jours pour quiconque pénètre le camp de la Chekhina) ; reste à expliquer l'écart entre six et sept jours.
4a11 segments · 22 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
d'oĂą vient l'isolement du Cohen : des milouim (R. Yo'hanan) ou du SinaĂŻ (Rech Lakich) ?
Ce daf tranche la source scripturaire de l'isolement (perisha) de sept jours imposé au Cohen gadol avant Yom Kippour et au Cohen qui brûle la vache rousse. Rabbi Yo'hanan le déduit des milouim (l'investiture d'Aaron, Lev 8), Rech Lakich du Sinaï (les six jours de Moche dans la nuée, Ex 24:16). Le nerf du débat est l'aspersion (haza'ah) des sept jours : de droit pour Rabbi Yo'hanan (elle existait déjà aux milouim, l'eau ayant pris la place du sang), simple ma'ala d'honneur pour Rech Lakich. La guemara apporte une baraita à l'appui de chacun (tania kevateh) : la darcha du mot féminin 'be-zot' pour Rabbi Yo'hanan, les six jours de Moche selon R. Yossi HaGelili pour Rech Lakich, R. Akiva les situant au contraire avant les Dix Paroles.
4b14 segments · 16 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
l'appel de Moche dans la nuée : épurer, impressionner ou honorer ; et le calendrier du don de la Torah
Ce daf achève l'exégèse des versets du Sinaï (Ex 24) ouverte en 4a, puis retourne à la sougya de l'isolement. Trois Tanaim expliquent pourquoi Moche fut appelé dans la nuée : Rabbi Natan y voit une épuration de son corps pour le rendre semblable aux anges, Rabbi Matya ben Charach une mise en crainte pour que la Torah soit reçue avec tremblement, Rabbi Elazar (et Rabbi Akiva) un simple honneur rendu à Moche. La guemara ancre le débat 4a (Moche s'isola-t-il six jours ?) dans une controverse de calendrier — la Torah fut-elle donnée le 6 ou le 7 Sivan ? — et montre comment les deux lectures retombent sur la tradition des Tables brisées le 17 Tammuz. Elle résout ensuite une contradiction sur l'entrée de Moche dans la nuée (Dieu l'y saisit ; ou : un sentier y fut ménagé, par analogie avec la traversée de la mer), tire de Lev 1:1 deux règles de conduite (appeler avant de parler ; ne pas répéter une confidence sans autorisation), puis revient à la mahloket Rabbi Yo'hanan / Rabbi Hanina sur ce qui est indispensable (me'akev) dans les milouim.
5a13 segments · 13 Rachi · 2 Tossefot · 2 schĂ©mas
cinq nafka minot entre R. Yo'hanan et R. Hanina sur les milouim (kol ha-katuv me'akev)
Ce daf prolonge la mahloket de 4b : aux offrandes d'investiture (milouim), tout détail écrit invalide-t-il l'inauguration s'il est omis (R. Yo'hanan, 'kol ha-katuv bahen me'akev'), ou bien seul ce qui invalide pour les générations (ledorot) invalide-t-il aussi ici (R. Hanina) ? Cinq Amoraim proposent chacun un détail-test qui les départage : la semikha (Rav Yossef), la tenufa (Rav Nahman bar Yitzhak), l'isolement de sept jours (Rav Pappa), enfin le ribbuy et la mechiha de sept jours (Ravina). Pour chaque détail, la guemara prouve d'abord qu'il n'invalide pas ledorot — souvent par la darcha 'X n'expie pas, ein kappara ela be-dam, donc X n'est qu'un chirei mitsva' — avant de le laisser en litige aux milouim. Le daf s'achève en cherchant le fondement (ta'ama) de R. Yo'hanan : le mot 'kakha' (Ex 29:35), terme d'invalidation.
5b9 segments · 24 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
ce qui invalide les milouim (ikkouva) et l'ordre du revĂŞtement des cohanim
Ce daf clôt l'enquête sur l'investiture des cohanim (milouim). Première question : un détail écrit seulement dans la section de la RÉALISATION (Lev 8), et non dans celle du COMMANDEMENT (Ex 29), invalide-t-il aussi l'inauguration s'il manque ? Trois réponses : la guezera chava 'pétach'-'pétach' (Rav Nahman bar Yitzhak), 've-chmartem et michmeret Hachem' (Rav Mecharchia), et 'ki khen tzuvéiti' (Rav Achi). Une baraita distingue alors trois expressions du commandement (Lev 8-10) et leur enseignement, dont l'obligation de manger la mincha du huitième jour même en état d'aninout. R. Yossi bar Hanina ajoute, par le vav de 've-zeh ha-davar' et une guezera chava 'zeh'-'zeh', les caleçons et le dixième d'épha ; R. Yo'hanan au nom de Rachbi ajoute que même la lecture publique de la section (mikra paracha) est indispensable. Le daf s'achève sur l'ordre du revêtement : consensus sur la tunique et la mitre (Aharon d'abord), litige sur la ceinture (Aharon puis ses fils, ou tous simultanément), dont la résolution ouvre 6à.
6a15 segments · 20 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
l'avnet du Cohen Gadol, puis pourquoi le séquestrer loin de sa femme (safek nidda, bo'el nidda)
Ce daf s'ouvre sur la fin de la discussion des ceintures (avnet) : selon qu'on habille Aaron et ses fils simultanément ou l'un après l'autre, le même verset enseigne soit que la ceinture du Cohen Gadol diffère de celle du cohen ordinaire (kilayim contre boutz), soit qu'elles sont identiques. La guemara revient ensuite à la Michna : pourquoi éloigne-t-on le Cohen Gadol non seulement de sa maison mais de sa femme durant les sept jours précédant Yom Kippour ? R. Yehuda ben Betera répond : par crainte qu'elle ne se révèle safek nidda après des relations, ce qui ferait de lui un bo'el nidda impur sept jours et l'exclurait du service. Rav Hisda montre que ce risque tient même selon les Rabbanan (dans un 'chad achar'). Le cœur du daf est alors la question : le bo'el nidda s'immerge-t-il de jour, comme un tamei met (R. Zeira), ou de nuit, comme une nidda (Rav Chimi de Nehardea) ? Deux baraitot sont opposées à la seconde thèse puis rejetées, avant que la guemara ne poursuive en 6b.
6b9 segments · 6 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
tevila de jour ou de nuit, et l'impureté du mort en public (hutra ou dechuya)
Ce daf clôt d'abord le débat sur le bo'el nidda (celui qui a eu commerce avec une nidda) : immerge-t-il de jour, comme le tamei met, ou de nuit, comme la nidda ? La baraita explicite de R. Hiyya tranche — bo'el nidda de jour — et réfute (tiouvta) Rav Shimi de Nehardea ; au passage, on précise la particularité du bo'el nidda, qui produit du mishkav u-moshav mais d'une impureté légère (aliments et boissons seulement). Le daf enchaîne sur la séquestration du Cohen gadol avant Kippour : pourquoi l'écarter de sa maison (risque fréquent que sa femme soit nidda) et non des visiteurs (risque rare de mort) ? Rava en déduit que l'impureté du mort est hutra (permise) en public ; Ravina se contente de la différence fréquent/rare, même si elle n'est que dechuya (repoussée). De là, la grande mahloket Rav Nahman (hutra) / Rav Chechet (dechuya), et ses trois étages de conséquence pratique quant à savoir si l'on recherche des cohanim purs — le troisième (ika de-amri) restant ouvert sur 7a.
7a10 segments · 14 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
la tum'a dans le tzibbur : hutra ou dehuya ? (omer, sang impur, ritzuy du tzitz, avon ha-kodashim)
Ce daf poursuit le grand débat : l'impureté (tum'a) qui frappe le service du Temple est-elle, pour une offrande publique (tzibbur), HUTRA — totalement permise, comme si l'interdit n'existait pas — ou seulement DEHUYA, repoussée par nécessité et à écarter dès qu'on peut revenir à du pur ? Rav Chechet apporte une preuve de la minhat ha-omer (on rapporte une offrande pure), à quoi Rav Nahman réplique en concédant seulement les cas où il y a des shirayim (restes) à manger. Une objection (parim, eilim, kevasim de la fête) est écartée par une relecture serrée : le taureau de l'avoda zara (public mais sans temps fixé), le bélier d'Aharon (à temps fixé mais offrande d'un individu) et l'agneau du omer (avec restes) — aucun n'est le cas critique. Suivent l'objection du sang impur aspergé (agréé par mégarde, non volontairement, mais c'est un yahid) et surtout celle du tzitz qui agrée la chair, le sang et la graisse impurs jusque pour le public : s'il faut l'agreement du tzitz, c'est que la tum'a reste un défaut (dehuya). Rav Nahman répond encore. Le daf s'achève sur l'exégèse de 've-nasa Aharon et avon ha-kodashim' (Ex 28:38) : par élimination du piggul et du notar, la faute que le tzitz porte est celle de tum'a — les Tossefot y discutant longuement la leçon exacte (girsa de Rachi vs Rabbenou Tam, piggul/notar, hutz li-mkomo/hutz li-zmano).
7b6 segments · 8 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
le tzitz : agrée-t-il seulement sur le front (R. Yehouda) ou toujours (R. Chimon) ? tamid, Yom Kippour et le kal va-homer des téfilines
Ce daf clôt le grand débat houtra/dehouya en le renvoyant à une controverse de Tannaim (tannai hi), sauvant ainsi la lecture de 7a (le tzitz agrée la tum'a) sans réfuter Rav Chechet. Une baraita de Rabbi Chimon ouvre une nouvelle mahloket : le tzitz agrée-t-il la tum'a de l'offrande UNIQUEMENT tant qu'il est sur le front du Cohen Gadol (R. Yehouda) ou TOUJOURS, même retiré (R. Chimon) ? R. Chimon en veut pour preuve Yom Kippour, où le tzitz (en or) n'est pas porté pendant le service intérieur et agrée pourtant ; R. Yehouda répond que là, la tum'a est houtra car tout est korban tzibbur — d'où l'on infère que R. Chimon tient la tum'a pour dehouya. Abaye recentre : si le tzitz est cassé, tous conviennent qu'il n'agrée pas ; la divergence ne porte que sur le tzitz intact mais suspendu à un clou (tali be-sikta). Les deux camps s'appuient sur un fragment d'Ex 28:38 — R. Yehouda sur 'al metzah... ve-nasa' (il faut le front), R. Chimon sur 'tamid le-ratzon' (il agrée en permanence). Comme tamid ne peut signifier un port physiquement continu (toilettes, sommeil), R. Yehouda le lit comme l'interdit de détourner son esprit du tzitz (heset ha-da'at), d'où le kal va-homer de Rabba bar Rav Houna : tâter ses téfilines à toute heure.
8a15 segments · 13 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
où loger le désaccord ? (tzitz : R. Yehuda / R. Shimon ; puis l'aspersion des 7 jours : hutra/dehuya, tevila bi-zmana mitsva, assimiler l'aspersion à l'immersion)
Ce daf s'ouvre en refermant le à fortiori tzitz -> tefillin (ne pas détourner sa pensée, hessekh ha-da'at), puis oppose R. Yehuda et R. Shimon sur la lecture des mots du verset du tzitz : lequel dérive de 'al mitzcho', de 've-nassa' et de la nuance 'metzach/metzacho' l'emplacement du tzitz, son pouvoir d'agréer en permanence, et l'exclusion du tzitz brisé. Le cœur du daf est une démarche par élimination : la guemara cherche où loger le désaccord entre R. Meir (on asperge les eaux de para les sept jours de mise à l'écart) et R. Yossi (seulement le troisième et le septième). Trois axes sont testés : (1) la tum'a est-elle hutra ou dehuya dans le tzibbur — réfuté, car tous la tiennent pour dehuya ; (2) 'l'immersion en son temps est-elle une mitsva' (tevila bi-zmana mitsva) — réfuté par la baraita du Nom écrit sur la chair, qui montre que R. Yossi tient le principe ; (3) 'compare-t-on l'aspersion à l'immersion' — c'est là le vrai clivage, retenu. Reste la troisième voix, R. Hanina l'adjoint des kohanim, qui distingue para et Yom Kippour : il n'assimile pas l'aspersion à l'immersion, et les sept jours de la para ne sont qu'une ma'ala (surcroît de rigueur). Le daf s'achève en amorçant, vers 8b, une baraita 'ein bein... ela' comparant le kohen de la para et le Cohen Gadol de Yom Kippour.
8b9 segments · 16 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
deux Cohanim retirés sept jours (kedusha vs tahara), le calendrier des aspersions et le 4e jour vain (la parade de Rava), puis Balvatei vs Parhedrin et le demai des boulangers
Le daf poursuit la comparaison, ouverte en 8a, entre deux Cohanim mis à l'écart sept jours : le Cohen Gadol avant Yom Kippour (perisha pour la kedusha, ses collègues peuvent le toucher) et le Cohen qui brûle la para aduma (perisha pour la tahara, nul ne le touche). La baraita ne pouvant être que de R. Meir ou R. Yossi (car R. Chanina segan ajoutait la différence d'aspersion), R. Yossi b'R. Chanina analyse alors l'aspersion (haza'a) du Cohen de la para tous les sept jours : chaque jour couvre un doute (3e ou 7e de la tum'a), mais le 4e jour est structurellement vain — ni 3e ni 7e efficace. La Guemara répond que l'aspersion, étant un chevout, ne se fait de toute façon jamais le Chabbat ; d'où la solution de Rava : pour le Cohen de la para (dont la date dépend de nous), on le retire un mercredi afin que son 4e jour vain coïncide avec le Chabbat et qu'on ne perde qu'un seul jour, contrairement au Cohen Gadol dont la date (3 Tichri) est fixée par le calendrier. La sougya passe ensuite au nom de la chambre : R. Yehouda explique que la lishkat Balvatei (nom honorifique du temps de Chimon HaTzaddik) devint lishkat Parhedrin quand la Kehouna Guedola, monnayée, changeait de titulaire chaque année. Un enchaînement associatif amène enfin la michna du demai : les boulangers (nachtomin) ne prélèvent que la teroumat ma'asser et la halla, la longue Tossefot déployant tout le débat du Yerouchalmi (tahara/tum'a, mida daka/gassa, Beit Chammai, mei perot) sur ce statut allégé.
9a6 segments · 6 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
fin du demai des boulangers (exemption des Parhedrin, réponse de Oulla), puis Michle 10:27 sur les deux Temples (18 CG vs plus de 300, la prêtrise achetée à prix d'argent), et le début de la ruine de Chilo (débauche et mépris des kodashim)
Le daf s'ouvre en achevant la sougya du demai : pourquoi les boulangers de la chambre des Parhedrin sont-ils dispensés de prélever sur le blé acheté à un am ha-aretz ? Part par part — terouma gedola (déjà prélevée par l'am ha-aretz), maaser rishon et maaser ani (biens monétaires : ha-motzi me-havero alav ha-raaya), et enfin maaser sheni, dont Oulla explique l'exemption : les officiers royaux (Parhedrin) harcèlent les boulangers toute l'année en exigeant des prix bas, aussi les Sages ne les ont-ils pas surchargés. La guemara bascule alors dans l'aggada avec Rabbi Yo'hanan lisant Michle 10:27 sur les deux Temples : "la crainte de l'Éternel prolonge les jours" vise le Premier Temple (410 ans, seulement 18 Cohanim Gedolim, longs mandats de justes) ; "les années des méchants seront abrégées" vise le Second Temple (420 ans, plus de 300 CG). Le calcul, après avoir retiré les quatre justes à longs mandats (Chimon le Juste, Yo'hanan CG, Yishmael ben Pavi, R. Elazar ben Harsom), montre que chacun des autres n'a pas même achevé son année : selon le Ben Yehoyada, parce que la grande prêtrise était alors achetée à prix d'argent. Le daf s'achève en amorçant l'enseignement de Rabbi Yo'hanan ben Torta sur la ruine de Chilo, due à deux fautes — la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizayon kodashim) — la discussion se poursuivant au verso.
9b18 segments · 21 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
pourquoi les deux Temples furent détruits : les trois fautes du premier (idolâtrie, débauche, meurtre) contre la haine gratuite du second, tenue pour leur égale ; puis le débat Rabbi Yo'hanan / Rech Lakich sur les premières et dernières générations, le mur et la porte, et le sasmagor devenu bat kol
Après la fin du reproche aux fils d'Eli (kinim retardées, mépris des offrandes), le daf déploie la grande Tossefta sur la ruine des Temples. Le premier fut détruit pour trois fautes cardinales — idolâtrie (le « lit trop court » où Chekhina et idole ne cohabitent pas), débauche (les filles de Sion) et meurtre (Menache) ; le second, malgré Torah, mitsvot et bonté, le fut pour la seule sinat hinam, tenue pour l'égale des trois. La faute visible des premiers valut un terme révélé (soixante-dix ans) ; la faute cachée des derniers, un terme occulté. Suit le célèbre échange Rabbi Yo'hanan / Rech Lakich (l'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers ; mais les derniers étudient sous l'oppression) tranché par la preuve du Temple, revenu aux seuls premiers. Rech Lakich, dans le Jourdain, reproche aux Babyloniens de n'être pas tous montés en Ezra : montée en mur (argent, sans pourriture) contre montée en portes (cèdre rongé par le ver sasmagor = la bat kol restante). Enfin, sur l'invraisemblance que Rech Lakich ait parlé à Rabba bar bar Hana, Rav Papa intercale un tiers, et Rabbi Yo'hanan conclut que la Chekhina n'aurait de toute façon pas résidé au second Temple.
10a17 segments · 18 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
les nations de Berechit 10 (Tiras = Perse, les Perses descendent de Yefet), la double prophétie Rome/Perse et le décret des neuf mois, puis la mezouza de la lichkat Parhedrin : obligation de fond ou simple décret ?
Le daf achève d'abord l'aggada ouverte en 9b : bien que les Perses (descendants de Yefet) aient aidé à bâtir le second Temple, la Chekhina ne réside que dans les tentes de Chem. La Guemara le fonde sur la table des nations (Berechit 10), identifiant chaque nom biblique (les fils de Yefet, dont Tiras = Perse selon Rav Yossef ; les villes d'Achour ; les géants enfants du Anak). Vient ensuite la double prophétie sur l'ordre final des empires : R. Yehochoua ben Levi (au nom de Rabbi) puis R. Yo'hanan (par kal va-homer) annoncent que Rome tombera aux mains de la Perse ; Rav soutient l'inverse (la Perse tombera aux mains de Rome), objecte que les Perses aussi détruisent des synagogues et invoque le décret du Roi — appuyé par la baraita du décret des neuf mois (Rome dominera le monde entier neuf mois avant la venue du Machiah, Mikha 5,2). La sougya revient enfin à la halakha : seule la chambre des Parhedrin, résidence du Cohen Gadol, porte une mezouza. Est-ce une obligation de fond (Tana Kama : c'est un lieu d'habitation) ou un décret (R. Yehouda : de peur qu'on ne croie le Cohen Gadol emprisonné) ? Rava fonde R. Yehouda sur le principe qu'une maison non habitée été ET hiver n'est pas un 'bayit' ; Abaye l'attaque par deux versets — la maison d'hiver / d'été (Amos) et la souka de R. Yehouda, assujettie au erouv, à la mezouza et surtout au maaser, qui est de la Tora.
10b7 segments · 5 Rachi · 3 Tossefot · 2 schĂ©mas
la mezouza de la chambre des Parhedrin : obligation de fond ou décret ? Abaye et Rava discutent où situer la mahloket, puis Rava résout par deux motifs distincts (souka : keva vs arai ; chambre : dira be'al korcha + honneur du Cohen Gadol).
Le daf poursuit et achève la sougya de la mezouza de la lichkat Parhedrin (la chambre où le Cohen Gadol est mis à l'écart sept jours avant Yom Kippour). Il s'ouvre sur la fin de l'objection commencée en 10a : le maaser de la souka doit être de la Tora (sinon on confondrait le tevel rabbinique et le tevel deoraita et l'on prelverait l'un pour l'autre), preuve que R. Yehouda tient la souka pour une vraie maison. Vient ensuite le cœur du daf : où placer le désaccord entre les Sages et R. Yehouda ? Abaye propose : accord sur les sept jours (assujettie), désaccord sur le reste de l'année (les Sages décrètent, R. Yehouda non). Rava le réfute par la michna 'souka de la fête pendant la fête' — un Tana exempte même durant ces jours. Rava reformule : accord sur le reste de l'année (exempté), désaccord sur les sept jours ; et comme les avis paraissent intervertis (hechlifou divreihem), il pose que chaque cas a son motif propre. La souka se décide par le statut de résidence (R. Yehouda : dirat keva, donc mezouza ; les Sages : dirat arai, donc pas de mezouza), la chambre par la notion de résidence subie contre son gré (dira be'al korcha : résidence pour les Sages, non pour R. Yehouda, qui n'y voit qu'un décret pour qu'on ne dise pas le Cohen Gadol emprisonné). Le daf se clôt sur l'ouverture d'une nouvelle baraita (man tana...). Un long Tossefot discute la leçon de Rachi et propose une lecture inverse de toute la sougya.
11a14 segments · 20 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
les lois de la mezouza : quelles portes et quels locaux sont assujettis ? Les portes de Mehoza et le danger, l'incident de Tzippori, et la double mahloket Rav Kahana / Rav Yehouda sur le sens du mot 'naotot' (se baigner ou se parer).
Après avoir clos le cas de la lichkat Parhedrin (seule porte du parvis à porter une mezouza, du fait de la chambre du Cohen Gadol), la Guemara ouvre une longue sougya sur les lois de la mezouza. Le verset bi-shearekha assujettit les portes des maisons, des cours, des provinces et des villes. Abaye demande pourquoi les portes de Mehoza (ville juive) n'en ont pas ; après le détour par la tour voûtée et le logement du gardien, il conclut que la raison est le danger (sakana) — illustré par l'incident de Tzippori, où un inspecteur de mezouzot fut rançonné de mille zouz : là où le danger est fixé, les envoyés d'une mitsva ne sont plus protégés. Vient alors le cœur du daf : Rav Kahana enseigne que grange, étable, bûcher et entrepôts sont exempts 'car les femmes y usent (naotot)'. Que veut dire naotot ? Rav Yehouda comprend 'se baignent' (rohatzot) ; Rav Kahana, après objection, 'se parent' (mitkachtot). Chacune des deux lectures heurte une baraita ; les deux amoraim s'en sortent en posant que le point contraire est une mahloket tannaim, et réinterprètent la baraita be-émet ameru (toilettes, tannerie, bain, mikve : exempts) selon leur thèse. Le daf se clôt sur une objection à Rav Yehouda : une baraita fondée sur bi-shearekha déclare assujettis étable, poulaillers, grange et réserves — même en usage standard ; la discussion se poursuit en 11b.
11b15 segments · 17 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 11b -- les lois de la mezouza et des nega'im : quels lieux et quelles portes y sont assujettis ? Les trois derachot du mot bayit (habitation, honneur, profane), les six-ou-sept portes exemptes, la porte voûtée et la mahloket chokkin lehashlim, puis le double parallélisme synagogue / maison de femme / maison d'associés devant la mezouza et devant la lèpre des maisons.
Ce daf poursuit la grande sougya sur la mezouza. Une baraita passe le champ d'application du mot bayit à trois cribles : il faut un lieu d'habitation (dira -- sont exclus loge de gardien, portique, galerie), fait pour l'honneur (kavod -- sont exclus toilettes, tannerie, bain, mikve) et profane (hol -- sont exclus le Har ha-Bayit, les chambres et les parvis) ; le mot teyouvta réfute au passage Rav Yehouda de 11a. Rav Chmouel bar Yehouda enseigne 'six portes exemptes' mais en compte sept ; Rava résout que la porte médique (une voûte) relève d'une mahloket R. Meir / Sages. Abaye délimite la géométrie de la voûte (kippa) et Rava en dégage le point exact : quand il y a un commencement de porte mais pas la largeur de quatre, R. Meir dit chokkin lehashlim (on creuse pour compléter) et les Sages non. La sougya enchaîne sur un double parallélisme : synagogue, maison de femme et maison d'associés sont assujetties à la mezouza (contre l'exclusion possible tirée de beitekha, réfutée par la récompense 'pour que se multiplient vos jours' ; beitekha sert alors, selon Rava, à fixer la mezouza à droite en entrant) et susceptibles des nega'im (contre l'exclusion possible tirée de lo, réfutée par ahouzatkhem ; lo révèle que le nega vient de l'avarice). Une contradiction sur la synagogue est résolue de trois façons (mahloket R. Meir/Sages, puis présence ou non d'un logement du bedeau), la troisième se poursuivant en 12a. Le Ben Yehoyada explique l'ordre inverse des trois maisons selon le domaine.
12a11 segments · 26 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 12a -- Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? De l'impureté des synagogues et des nega'im à la carte du Temple (Yehouda / Binyamin) et à la bande de l'autel, puis le 'hinoukh du Cohen Gadol de remplacement à Yom Kippour.
Ce daf achève d'abord la sougya sur l'impureté des synagogues. La contradiction entre les baraitot se résout par kerakim (grandes villes, bien public -- pas d'impureté) contre kefarim (villages, statut de maison d'associés -- impurs). Une objection tirée des nega'im (la lèpre des maisons) ouvre la question centrale du haut du daf : Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? Le premier tanna tient que non (elle est à tout Israël, donc sans propriété privée et exempte de nega'im), R. Yehouda que oui (entre Yehouda et Binyamin, seul le lieu sacré -- corrigé de 'lieu du Sanctuaire' -- étant excepté, ce qui englobe synagogues et maisons d'étude). Une baraita géographique appuie R. Yehouda : elle répartit le Temple entre Yehouda (Mont du Temple, chambres, parvis) et Binyamin (Oulam, Heikhal, Saint des Saints), avec une bande de Yehouda portant l'autel que Binyamin le juste désire 'engloutir' -- d'où son mérite de devenir l'hôte (ouchpizkhan) de la Chekhina ; le Ben Yehoyada explique le sens de 'engloutir' (le lieu de l'autel du Beit Olamim se replie et vient chez Binyamin) et la nature de sa récompense (le Saint des Saints lui reste au Second comme au Troisième Temple). L'avis 'non partagée' s'appuie sur une autre baraita : on ne loue ni maison ni lit à Jérusalem, et les hôtes prennent 'de force' les peaux des offrandes -- d'où la règle d'ora'h ar'a d'Abaye. Le verset 'celui à qui est la maison' montre enfin que le village, indivis, échappe lui aussi aux nega'im. La seconde moitié revient à la Michna : comment intronier ('hinoukh) le Cohen Gadol de remplacement ? Avant le tamid du matin, par les huit vêtements ; après, la question se pose (le service du jour est en quatre vêtements de lin). Rav Ada bar Ahava répond : par l'avnet (de lin à Yom Kippour), mais cela dépend d'une mahloket sur la ceinture du Cohen Gadol l'année durant ; Abaye répond : il revêt les huit vêtements et retourne un membre à la fourche (un service selon Rav Houna). La sougya se poursuit en 12b avec Rav Papa.
12b14 segments · 17 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 12b -- la ceinture (avnet) du prêtre ordinaire et le grand prêtre remplaçant : de quoi est faite l'avnet, et que devient le second KG une fois le premier revenu ?
Ce daf se partage en deux sougyot. (1) La ceinture (avnet) : quel tissu pour la ceinture du prêtre ordinaire ? Rav Dimi rapporte la mahloket Rabbi / R. Elazar b. R. Chimon (kilayim ou lin) sans l'attribuer ; une baraita ('la seule différence KG/hediot, c'est l'avnet') est examinée puis Rabin livre la matrice claire : le KG porte du lin à Kippour et du kilayim le reste de l'année (unanime), et le seul désaccord porte sur l'avnet du prêtre ordinaire. R. Nahman bar Yitzhak confirme via la deracha du mot superflu 'ilbach' (Lev 6,3) : R. Yehouda (mitre + avnet pour la teroumat ha-dechen), R. Dossa (les habits du KG à Kippour valides pour un hediot), et la double réfutation de Rabbi qui aboutit à inclure les habits usés (chehakin). (2) Le remplaçant : quand une invalidité frappe le KG à Kippour et qu'on nomme un second, le premier revient ; R. Meir maintient le second pleinement KG, R. Yossi l'écarte de tout -- KG par eiva (haine), hediot par 'on élève en sainteté, on ne rabaisse pas' -- preuve à l'appui par le cas de Yossef ben Elem à Tzippori. Le daf se clôt sur l'ouverture d'un enseignement de Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan.
13a12 segments · 17 Rachi · 6 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 13a -- le Kohen Gadol et sa 'maison' à Yom Kippour : de la conclusion sur le kohen remplaçant (halakha comme R. Yossi) à la longue analyse du guet conditionnel destinée à garantir qu'il n'ait jamais ni deux épouses ni aucune le jour de l'expiation.
Ce daf clôture d'abord le débat de la michna sur le kohen remplaçant : la halakha suit R. Yossi (le titulaire rétabli reprend son service ; le remplaçant est écarté à cause de l'inimitié, mais son service reste valide a posteriori, et il reprend la grande prêtrise si le titulaire meurt) ; Tossefot discute longuement le problème d'une 'halakha pour l'ère messianique'. La sougya passe ensuite à R. Yehouda, qui prépare aussi une femme de rechange de peur que l'épouse meure ; les Sages objectent (l'impureté est fréquente, la mort non ; sinon 'la chose n'a pas de fin') et expliquent que le kohen remplaçant sert surtout à aiguillonner la vigilance (zerizout) du Kohen Gadol. Le cœur du daf est une analyse halakhique en accordéon : puisque la Torah exige 'sa maison' (une seule épouse) le jour de Kippour, comment la femme de rechange peut-elle convenir sans créer 'deux maisons' ni en laisser 'aucune' ? On essaie fiançailles, mariage, puis divorce conditionnel sous quatre formules successives, chacune réfutée ; Rava y ajoute l'exigence de keritout (une condition liée à la vie des époux invalide le guet, contrairement à une condition liée à un tiers). La dernière formule -- 'à condition que ta compagne ne meure pas' -- ouvre une objection ('et si elle meurt au milieu du service ?') qui se poursuit en 13b.
13b8 segments · 10 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 13b -- Préparer une épouse de réserve au Cohen Gadol (sans deux maisons ni aucune) ; deux objections sur le yiboum ; et le Cohen Gadol onen entre offrande et sortie
Ce daf poursuit la recherche d'un montage juridique permettant de désigner une épouse de RÉSERVE pour le Cohen Gadol à Yom Kippour, au cas où sa femme mourrait : le service exige qu'il ait exactement une "maison" (une épouse), jamais deux ni zéro. Trois tentatives de gittin conditionnels sont testées et les deux premières échouent (écueil de l'"aucune maison") ; la solution retenue combine une condition négative sur la mort de la consœur et une condition positive MAITRISÉE (l'entrée du prêtre à la synagogue), ce qui lui permet, si une épouse est mourante, de rendre son get valide rétroactivement. Suivent deux objections symétriques (Rav Assi/Rav Avira, puis Ravina/Rav Chervya) : la lecture stricte de "maison" bloquerait le yiboum de deux veuves ou d'une fiancée -- chaque fois un mot superflu du verset (ribbouy : "yevimto" répète, "'houtsa") vient les réinclure. La dernière partie ouvre une nouvelle sougya : le Cohen Gadol onen (endeuillé du jour) offre les sacrifices mais ne mange pas ; R. Yehouda ajoute "toute la journée", que Rava lit d'abord comme la mitsva de l'amener de chez lui. Abaye objecte une contradiction (dans une autre baraita, R. Yehouda fait au contraire SORTIR le prêtre en plein service), et Rava reprend son explication -- la suite en 14a.
14a11 segments · 20 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 14a -- Fin de la sougya du Cohen Gadol onen (le décret "de peur qu'il ne mange") ; la Michna des sept jours de réclusion ; et la grande sougya de la haza'a de l'eau lustrale : R. Akiva contre les Sages
Ce daf s'ouvre sur la fin de la sougya du Cohen Gadol ONEN (endeuillé) : Rav Adda objecte à Rava que R. Yehouda ne semble pas décréter "de peur qu'il ne mange", puisque, selon la Michna de l'épouse de réserve, un Cohen Gadol dont la femme meurt à Kippour continue le service ; Rava distingue Yom Kippour (où tout Israël jeûne, donc aucun risque) du reste de l'année. Une dernière objection note que, même divorcé, le prêtre reste TROUBLÉ (tarod) par la mort de sa femme -- or les kodachim exigent joie et grandeur. Vient ensuite la MICHNA : durant les sept jours de réclusion, le Cohen Gadol accomplit lui-même les gestes du tamid (aspersion du sang, ketoret, entretien des lampes, tête et patte) pour s'y exercer, et jouit toute l'année d'une priorité de service. Le Roch résume toute la procédure d'ouverture du traité. La GUEMARA demande quel tanna enseigne la Michna : Rav 'Hisda répond "pas R. Akiva", car pour ce dernier l'aspersion de l'eau lustrale sur un homme PUR le rend IMPUR -- et le Cohen Gadol, aspergé sept jours, ne pourrait servir. Suit la mahloket sur "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) : R. Akiva y lit le paradoxe (impur -> pur, pur -> impur), les Sages y lisent la règle des objets susceptibles de toum'a et déduisent par kal va-'homer que le pur reste pur. R. Akiva bloque ce à fortiori par le verset de Salomon ("j'ai dit je serai sage mais elle m'échappe"). Le daf s'achève sur une chaîne de derachot autour du mot "mazeh" (aspergeur / toucheur / porteur) et sur la mesure (chiour) requise pour l'aspersion, distinguant l'eau sur le corps de l'impur de l'eau dans le récipient.
14b9 segments · 15 Rachi · 4 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 14b -- l'ordre du service quotidien au Sanctuaire : encens (ketoret) avant ou après le parage des lampes (hatavat ha-nérot) ? De la contradiction entre notre michna et le traité Tamid jusqu'à la mahloket entre les Sages et Abba Chaoul.
Ce daf s'ouvre sur la fin d'une sougya du daf précédent (Abaye : le Kohen Gadol asperge d'eau lustrale en fin de journée, s'immerge et attend le coucher du soleil, même selon R. Akiva). Le cœur du daf est une double contradiction sur l'ordre du service du matin. Notre michna place l'encens avant le parage des lampes ; le traité Tamid fait l'inverse. Rav Houna tente d'attribuer Tamid a R. Chimon Ich ha-Mitzpa, mais la tentative est réfutée (on l'entend tenir l'inverse sur l'aspersion du sang) ; R. Yo'hanan inverse l'attribution : c'est l'ordre de Yoma qui est de R. Chimon Ich ha-Mitzpa, Tamid suivant les Sages. Surgit alors une contradiction Yoma contre Yoma (la michna des tirages met la menora avant l'encens), qu'Abaye résout par le partage du parage en deux temps : cinq lampes avant, deux lampes après. Reste à savoir quel service interrompt les cinq des deux : l'encens (Sages, notre michna) ou le sang du tamid (Abba Chaoul, tradition reçue par Abaye). La mahloket est ancrée dans une baraita et dans l'ordre des versets « quand il parera les lampes... il la fera fumer » (Ex 30,7-8), dont la lecture des Sages reste à expliquer (suite en 15a).
15a16 segments · 24 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 15a -- L'ordre des services du matin (encens ou lampes d'abord : Rabbanan contre Abba Shaul, résolutions Abaye / Rav Pappa) et la procédure d'aspersion du sang du tamid sur les coins de l'autel (geste de olah et geste de hatat, la ligne rouge hut ha-sikra)
Le daf s'ouvre sur la résolution d'une contradiction entre deux Michnayot sur l'ORDRE du service du matin : faut-il brûler l'encens (KETORET) avant ou après l'entretien des lampes (HATAVAT HA-NÉROT) ? Les RABBANAN placent l'encens d'abord ("be-idan hatava tehe maktir ketoret" : au moment de l'entretien il brûle l'encens), ABBA SHAUL place les lampes d'abord, s'appuyant sur le mot exclusif "oto" (Ex 27,21). Deux résolutions s'opposent : ABAYE rapporte les deux Michnayot aux Rabbanan (l'une parlant des 2 lampes, l'autre des 5) et lit la Michna du 1er chapitre comme un enseignement général ; RAV PAPPA les attribue à deux tannaim différents, quitte à admettre un montage début+fin Rabbanan / milieu Abba Shaul. Le second bloc porte sur la PROCÉDURE D'ASPERSION DU SANG : R. CHIMON ICH HAMITZPA modifie l'ordre des aspersions au TAMID. R. YO'HANAN, au nom de l'école de R. YANNAÏ, déduit de Nb 28,15 ("le bouc... sur l'olat ha-tamid") qu'on applique au tamid un geste de OLAH (holocauste) ET un geste de HATAT : "ahat che-hi chtayim" (une aspersion valant deux, au coin de l'autel) pour la olah, "chtayim che-hen chtayim" pour la hatat. La Guemara écarte l'idée de deux gestes complets (pas de sang qui expie deux fois), puis celle d'un partage moitié haut / moitié bas de la ligne rouge (HUT HA-SIKRA), en examinant les cas "ke-matzlif" (Rav Yehouda montre : comme qui fouette, en rangée) et "tohoro" de l'autel (jeu de mots avec "tihara", plein midi = milieu). Rabba bar Chila tranche : "Lo" (non) -- la suite en 15b.
15b7 segments · 20 Rachi · 4 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 15b -- l'ordre d'aspersion du sang de l'holocauste perpétuel (tamid) selon R. Chimon Ich ha-Mitzpa : procédure de l'ola mêlée de celle du hatat, rôle du yesod et règle du tournant à droite ; puis une seconde contradiction, sur l'emplacement de la Chambre des agneaux dans le Bet ha-Moked.
Le daf achève d'abord la lecture du mot tohoro : il désigne la surface supérieure de l'autel, dégagée chaque matin des cendres de l'encens (Ex 24,10). Il revient ensuite à R. Chimon Ich ha-Mitzpa sur l'aspersion du sang du tamid : bien qu'il s'agisse d'un holocauste, on lui applique un geste emprunté au hatat. La guemara justifie l'ordre des gestes (ola avant hatat) et des coins (nord-est avant sud-ouest), en mobilisant deux principes : l'holocauste exige un yesod -- le coin sud-est en étant dépourvu, il est écarté -- et tous les tournants du service se font par la droite. Une deracha sur « al olat ha-tamid » (Nb 28,15) fixe le sens de la règle : c'est le geste du hatat que l'on projette sur l'ola, non l'inverse. Le daf ouvre enfin une nouvelle sougya, bâtie sur le même procédé (opposer deux michnayot d'auteurs différents) : la michna de Tamid place la Chambre des agneaux au nord-ouest du Bet ha-Moked, celle de Middot au sud-ouest -- contradiction dont la résolution se poursuit dans la suite.
16a10 segments · 29 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 16a -- Qui est le tana de Middot ? Rabbi Eliezer ben Yaakov contre les Rabbanan : les chambres d'angle du parvis des femmes et le calcul des hauteurs qui explique pourquoi le mur oriental fut abaissé (visée du cohen de la vache rousse depuis le mont des Oliviers), puis l'alternative de Rav Adda bar Ahava (Rabbi Yehouda)
Le daf cherche à identifier le tana anonyme du traité MIDDOT. RAV HOUNA répond : RABBI ELIEZER BEN YAAKOV (R.E.b.Y.), et la Guemara accumule les indices. (1) Les chambres d'angle du parvis des femmes (ezrat nachim, 135x135) -- nazirs, dépôt de bois, lépreux -- et surtout l'aveu 'j'ai OUBLIÉ à quoi servait la chambre du sud-ouest' (ABBA CHAOUL : vin et huile), qui ne peut être dit que par l'auteur lui-même. (2) L'indice géométrique central : Middot enseigne que le MUR ORIENTAL était bas, pour que le cohen brûlant la VACHE ROUSSE sur le mont des Oliviers voie l'entrée du HEIKHAL au moment de l'aspersion. La Guemara additionne les dénivellations d'est en ouest : rempart +6, parvis d'Israël +7,5 (=13,5), oulam-autel +6 (=19,5). Selon les RABBANAN le sol du Heikhal est à 19,5 coudées : il reste 1/2 coudée VISIBLE sous la porte de 20 coudées, donc pas besoin d'abaisser le mur. Selon R.E.b.Y., une MARCHE (+1) et le DOUKHAN des lévites (+1,5) portent le sol à 22 : l'entrée est MASQUÉE, il FALLAIT abaisser le mur -- ce qui prouve que Middot suit R.E.b.Y. Enfin RAV ADDA BAR AHAVA propose une autre issue : la Michna pourrait suivre RABBI YEHOUDA, pour qui l'AUTEL centre au milieu du parvis (32 coudées de côté, 9 de haut) masque à lui seul l'entrée. Suite en 16b.
16b4 segments · 11 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 16b -- les dimensions de la azara (parvis) prouvent que l'autel n'est pas au centre : la michna de Middot n'est donc pas de Rabbi Yehuda (autel centre) mais de Rabbi Eliezer ben Yaakov (autel tout au sud).
Le daf poursuit l'objection contre Rav Adda, qui avait établi la michna anonyme de Middot selon Rabbi Yehuda. Or R. Yehuda place l'autel au milieu de la azara. Le Talmud confronte cette thèse aux mesures mêmes de Middot : la longueur est-ouest (11 + 11 + 32 + 22 + 100 + 11 = 187) puis, surtout, la largeur sud-nord (135), égrenée segment par segment (rampe + autel 62, anneaux, tables, nains, murs). Le calcul montre que la majeure partie de l'autel -- 27 amot sur 32 -- se trouve au sud du milieu (67,5). L'autel n'est donc pas centre : Middot ne peut être de R. Yehuda. Rachi mène le calcul géométrique complet (jusqu'à la demi-ama de l'entrée visible depuis le mont des Oliviers) et conclut à R. Eliezer ben Yaakov (tout au sud), tout en avouant son hésitation ; Tossefot discute longuement cette lecture et confirme qu'il n'existe que trois positions -- nord, centre, sud -- ce qui force la conclusion.
17a4 segments · 7 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 17a -- La topographie des chambres du Beit ha-Moked : Middot suit Rabbi Eliezer ben Yaakov ; la chambre des agneaux allongée le long du mur occidental (Rav Adda b. R. Yitzhak) ; la contradiction sur la chambre du pain de proposition (Tamid sud-est/nord-est vs Middot) résolue par Rav Houna b. R. Yehoshua : l'une compte par la droite, l'autre par la gauche
Le daf clôture la question 'qui est le tana anonyme de MIDDOT ?' -- réponse : RABBI ELIEZER BEN YAAKOV (R.E.b.Y.) -- Rachi y ajoutant une lecture alternative de toute la sougya autour de l'emplacement de l'autel. Puis il reprend la contradiction sur l'emplacement des chambres d'angle du BEIT HA-MOKED. (1) La chambre des AGNEAUX (telaïm) : Tamid la place au nord-ouest, Middot au sud-ouest. RAV ADDA fils de RAV YITZHAK répond qu'elle est ALLONGÉE le long du mur occidental (akatsouyei maktsia) : vue du nord elle paraît au sud, vue du sud au nord. Il est logique qu'elle penchait vers le SUD-OUEST. (2) Preuve par une seconde contradiction, sur la chambre du PAIN DE PROPOSITION (le'hem ha-panim) : Tamid nord-est, Middot sud-est. (3) RAV HOUNA fils de RAV YEHOSHOUA résout l'ensemble : les deux Michnayot parcourent le même bâtiment en sens OPPOSÉ -- Middot par la DROITE (sud -> est -> nord -> ouest), Tamid par la GAUCHE -- si bien que l'ordre inverse des chambres crée une contradiction seulement APPARENTE. Les Tossefot examinent longuement les résolutions écartées.
17b6 segments · 9 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 17b -- fin de la topographie des chambres du Bet HaMoked (la Chambre des Agneaux est au sud-ouest), puis les privilèges du Kohen Gadol : offrir et prendre une part en premier, et combien de pains du lechem hapanim il reçoit (Rabbi : 5 ; Rabbanan : 4 ou 5).
Le daf conclut d'abord la sougya des quatre chambres du Bet HaMoked : seule l'hypothèse que la Chambre des Agneaux se trouve au sud-ouest résout la contradiction entre les michnayot sur le lechem hapanim ; une objection sur le sens des tours (à droite pour le service, mais ici simple calcul) est écartée. On revient ensuite à la michna sur les deux privilèges du Kohen Gadol : il désigne verbalement ce qu'il offre (olah, mincha) et ce qu'il mange (chatat, acham), et se sert en premier dans les pains partagés -- un des deux pains de Chavouot, et plusieurs pains du lechem hapanim. Combien ? Le tana anonyme dit quatre ou cinq (moins que la moitié), Rabbi dit toujours cinq (la moitié, d'après le verset séparant Aaron de ses fils). La baraita paraissant se contredire (Rabbi / Rabbanan / Rabbi), Abaye la réordonne : début et milieu sont des Rabbanan, et s'il reçoit un pain entier de Chavouot, c'est qu'il n'est pas convenable de remettre un simple morceau au Kohen Gadol.
18a17 segments · 22 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 18a -- La fin du partage des pains de proposition (4 ou 5 selon Rabbanan, R. Yehouda et Rava avec le garde retardé) ; puis la Michna de la préparation du Kohen Gadol : lecture du seder ha-yom, défilé des animaux (sans boucs), et le régime de la veille pour prévenir le sommeil et l'émission (keri)
Le daf achève d'abord la sougya du partage des DOUZE PAINS DE PROPOSITION (le'hem ha-panim) : combien en prend le Kohen Gadol, 'quatre ou cinq' ? Les RABBANAN (12 à partager -> 5), RABBI YEHOUDA (2 pains en salaire des portes mis de côté, 10 à partager -> 4), puis RAVA qui unifie la baraita sous RABBI (tenant comme R. Yehouda) : le 4 ou le 5 dépend de la présence d'un GARDE RETARDÉ (michmar mit'akev) -- reste une difficulté (kachya) sur la clause 'toujours cinq'. La MICHNA ouvre ensuite la préparation du KOHEN GADOL : des anciens du beit din lui lisent l'ORDRE DU JOUR de Kippour et le poussent à lire lui-même ('peut-être n'as-tu pas appris'), d'où la question de la Guemara -- comment nommer un ignorant ? RAV YOSSEF distingue premier Temple (où la sagesse était requise) et second Temple (où la prêtrise s'achetait : Marta bat Baitos et Yehochoua ben Gamla). Suit le DÉFILE des animaux la veille -- taureaux, béliers, agneaux mais PAS de boucs (qui rappelleraient le péché du peuple et attristeraient le KG) -- et le RÉGIME alimentaire du soir : on écarte les mets qui échauffent (acronymes A-B-I, A-B-B-I, H-G-B-I, G-B-M) pour prévenir l'émission séminale (keri). Commentaires : Rachi, Tossefot, Ben Yehoyada (aggada/mystique) et Roch (halakha).
18b7 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 18b -- la roquette qui illumine les yeux et la conduite de l'hôte ; la sougya de l'épouse 'pour un jour' de Rav et Rav Nahman (mamzérut, sept jours nets, yihoud) ; puis la michna : le Kohen Gadol confie aux kohanim, adjure à la Chambre d'Avtinas et tenu éveillé toute la nuit de Kippour.
Le daf achève d'abord une liste d'aliments : à propos de la roquette (gargir), un jeu de mots relie 'orot' à 'me'irot' (elles illuminent les yeux). Suit la conduite de l'hôte de passage (ne pas manger d'œufs, ne pas dormir dans le manteau du maître de maison, à cause du keri), qui introduit la pratique étonnante de Rav et de Rav Nahman : en voyage, ils proclamaient 'qui m'épouse pour le jour ?'. La guemara soulève deux objections -- le risque de mamzérut (R. Eliezer ben Yaakov) et l'obligation des sept jours nets pour une fiancée (Rava) -- et y répond : les Sages ont une notoriété publique ; ils envoyaient des messagers à l'avance ; ou bien ils se contentaient d'un simple yihoud (celui qui a 'du pain dans son panier' ne convoite pas). Le Ben Yehoyada développe le mobile pédagogique de ces proclamations (inciter le peuple à ne pas retarder le mariage), et une longue Tossefot débat du yihoud, du deuil pendant la fête et du 'dormir parmi les hommes'. La michna passe ensuite à la veille de Kippour : les anciens confient le Kohen Gadol aux kohanim, le montent à la Chambre d'Avtinas, l'adjurent (contre la thèse sadducéenne sur l'offrande du ketoret) -- d'où les larmes réciproques -- puis le tiennent éveillé toute la nuit par l'étude et la lecture (Job, Ezra, Chroniques, Daniel).
19a13 segments · 31 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 19a -- La topographie du parvis (six chambres, sept portes) au service d'une seule question : oĂą se trouvent les deux chambres du Kohen Gadol (Parhedrin et Beit Avtinas), et pourquoi il n'y en a finalement aucune preuve ; puis l'ouverture de la question chlouhei de-Rahmana / chlouhei didan
Le daf déploie la GÉOGRAPHIE de l'azara pour résoudre une question posée par Rav Papa : le KOHEN GADOL avait DEUX chambres -- la PARHEDRIN (où il dormait) et BEIT AVTINAS (où on lui enseignait la CHAFINA, la prise de l'encens à pleines mains) -- l'une au nord, l'autre au sud. La Guemara passe en revue les SIX CHAMBRES (sud : Sel, Parva, Rinceurs ; nord : Bois, Exil, Pierre Taillée, où siège le Sanhédrin qui juge l'aptitude des kohanim) et les SEPT PORTES (dont Nicanor à l'est, la porte de l'Eau au sud). Une baraita sur les CINQ IMMERSIONS du KG à Kippour prouve qu'il a bien une chambre au sud. Reste à savoir laquelle : on croit d'abord la PARHEDRIN au sud (moins de trajets, près du bain), mais la Guemara RENVERSE -- on l'accable à dessein (pour qu'un SADDUCÉEN se retire, et pour prévenir l'ORGUEIL) -- si bien qu'AUCUNE preuve ne subsiste sur l'emplacement. Le daf s'achève en revenant à la Michna ('tu es notre délégué'), qui semble contredire RAV HOUNA b. RAV YEHOCHOUA : les kohanim sont-ils les délégués de D.ieu (chlouhei de-Rahmana) ou du peuple (chlouhei didan) ? Commentaires : Rachi et Tossefot.
19b16 segments · 28 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 19b -- le serment du Cohen Gadol contre la lecture sadducéenne de l'encens de Kippour et le châtiment du Sadducéen ; puis les règles d'interruption du Chema (ve-dibarta bam) ; enfin le dispositif pour tenir le Cohen Gadol éveillé toute la nuit de Kippour.
Le daf achève d'abord la sougya sur le statut du Cohen Gadol : n'étant pas notre mandataire (chelia'h didan) mais celui du Ciel, la formule où les Anciens le disent leur mandataire ne concerne que le serment, prêté selon l'intention du beit din. Ce serment vise à l'empêcher d'opérer comme les Sadducéens, qui allumaient la ketoret au-dehors et n'entraient qu'avec le nuage déjà formé (lecture de ki be-anan era'é al ha-kaporet), contre la halakha qui exige de ne la poser sur le feu qu'à l'intérieur du Saint des Saints. La Tossefta raconte le Sadducéen qui l'osa et fut châtié (vers sortant du nez, ou frappé par un ange marquant un pied de veau entre ses épaules). Une digression, partie du geste de Rav corrigeant un nom pendant le Chema, fixe les règles d'interruption : geste interdit au premier paragraphe (kavana) mais permis au second ; ve-dibarta bam autorise d'interrompre pour un propos de Torah important, non pour la Amida ni pour des propos futiles. Le daf revient enfin à la michna : comment on empêchait le Cohen Gadol de dormir la nuit de Kippour (doigt tsereda, kidda, chants à cappella, veille des notables de Jérusalem), en souvenir de quoi on veillait aussi en province -- veille qui, a Nehardea, menait à la faute, au point qu'Eliyahou en fait un motif du retard du Machia'h.
20a5 segments · 15 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 20a -- Yom Kippour où le Satan se tait (guematria ha-Satan = 364), puis la michna sur l'heure du prélèvement de la cendre (terumat hadeshen) et le rôle de minuit, qui opère la consomption des membres tombés du bûcher.
Le daf s'ouvre sur une aggada : au jour de Kippour, l'accusateur (Satan) n'a pas licence d'accuser ; Rami bar H'ama l'ancre dans la guematria de ha-Satan (364), soit les 365 jours de l'année solaire moins le jour de l'expiation, et le Ben Yehoyada y ajoute une lecture de sod (l'illumination de la Bina aux cinquante portes soumet le noun de shatan). La michna du chapitre expose ensuite les trois horaires du prélèvement de la cendre de l'autel : chant du coq un jour ordinaire, minuit à Yom Kippour, première veille aux fêtes -- on avance à mesure que les offrandes affluent. La guemara rapproche une michna de Zevahim sur les membres qui ont sauté du bûcher : avant minuit on les remet et il y a me'ila, après minuit non, car minuit opère la consomption (ikoul). Rav en donne la source par deux versets qui partagent la nuit entre combustion (haktara) et prélèvement (harama) ; Rav Kahana ouvre alors une objection, poursuivie en 20b.
20b11 segments · 23 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 20b -- du prélèvement des cendres (terumat hadeshen) au 'chant du gever' : la mahloket Rav / R. Chila (l'appel de l'homme ou le chant du coq), le récit de Rav servant d'interprète chez R. Chila, puis une longue aggada sur la puissance de la voix, l'orbe solaire qui couvre les sons du jour et les trois voix qui traversent le monde.
Ce daf achève d'abord la discussion sur l'horaire du prélèvement des cendres : R. Yo'hanan montre, par 'donne un matin au matin de la nuit', que toute la nuit convient et que les Sages fixent le moment selon le besoin -- au chant du coq les jours ordinaires, dès minuit à Yom Kippour (faiblesse du Kohen Gadol), dès la première veille aux fêtes. La guemara interroge alors l'expression 'keriat hagever' : Rav y lit l'appel du héraut (kara gavra), R. Chila le chant du coq (kara tarnegola) ; deux baraitot appuient chacune une position. S'intercale le célèbre récit de Rav, inconnu, servant d'amora chez R. Chila, qui refuse ensuite de céder sa place ('on monte en sainteté, on ne descend pas'). Le daf bascule enfin dans l'aggada : Gvini le héraut dont la voix portait à trois parsaot, le Kohen Gadol entendu jusqu'à Jericho (dix parsaot) malgré le jeûne et le jour, et l'explication de R. Levi -- l'orbe solaire (galgal hama) 'scie' dans le firmament et couvre les sons du jour -- que le Ben Yehoyada relit tout entière comme un sod sur la primauté de l'étude nocturne ; enfin, les trois voix qui vont d'un bout du monde à l'autre.
21a9 segments · 26 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 21a -- les dix miracles permanents du Temple : leur énumération (michna d'Avot), puis la comptabilité serrée par laquelle la guemara maintient exactement le nombre de dix -- retirer, ajouter, fusionner les miracles de même nature -- et le critère qui tranche : ne comptent que les miracles visibles du dehors (bara'i), non ceux cachés à l'intérieur (gawa'i).
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du keriat ha-guever (baraita appuyant Rabbi Chila : voyager de nuit avant le chant du coq expose aux démons), puis Rav Yehouda au nom de Rav introduit le miracle des pèlerins serrés debout mais au large en se prosternant. De là, la guemara cite la michna des DIX miracles du Temple et en fait une analyse comptable : la michna ouvre sur le Temple mais clôt sur Jérusalem, ne laissant que huit miracles proprement du Temple ; on ajoute la pluie qui n'éteint pas le feu et la fumée immobile ; on découvre d'autres miracles (tessons engloutis, jabot, plumes, cendres) qui menacent le compte ; on résout en fusionnant les miracles de même nature (les trois invalidités comptent pour un), en ajoutant le le'hem ha-panim toujours chaud, puis en écartant l'arche sans mesure et les cheroubim. Le principe organisateur est enfin dégagé : ne comptent que les miracles PUBLICS, visibles du dehors (bara'i), et le le'hem ha-panim y est rattaché par la derach de Rech Lakich sur 'la table pure' -- démonstration qui se poursuit en 21b.

Perek 2 BaRishonah — Au commencement · 12 amudim

22a13 segments · 30 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 22a -- de la course à la loterie : comment le prélèvement des cendres (terumat ha-dechen) passa de la course sur la rampe au tirage au sort ; pourquoi les Sages n'avaient pas légiféré plus tôt ; les deux ordonnances de Rav Achi ; et la localisation exacte des quatre coudées décisives.
La michna ouvre le deuxième chapitre de Yoma : a l'origine, le prélèvement des cendres de l'autel revenait à qui le voulait, et en cas d'affluence à qui gagnait une course sur le kevech (la rampe de trente-deux coudées) -- le premier à entrer dans les quatre coudées décisives. Un cohen ayant poussé son compagnon, qui se brisa la jambe, le beit din remplaça la course par le payis (tirage au sort par les doigts tendus, sans le pouce, à cause des tricheurs). La guemara demande pourquoi les Sages n'avaient pas prévu de payis dès l'origine, et propose deux versions : soit ce service nocturne paraissait peu prestigieux, soit la contrainte du sommeil devait dissuader les candidats. Les deux versions affrontent la même objection -- les membres et les graisses, service nocturne pourvu d'un payis dès l'origine -- et s'en dégagent, la première en le qualifiant de fin d'un service de jour (avec correction de la formule de Rabbi Yo'hanan sur la sanctification des mains), la seconde en distinguant veiller (miguena) et se lever (mikam). Une baraita révèle ensuite que le gagnant du prélèvement recevait aussi la disposition du bûcher et les deux bûches : Rav Achi résout en posant deux ordonnances successives, l'une de sécurité, l'autre d'incitation, le payis ayant d'abord fait fuir les cohanim. Le daf se clôt sur l'enquête de Rav Papa localisant les quatre coudées -- ni au sol, ni au pied, ni au milieu de la rampe, mais auprès de l'autel -- et sur la question, laissée ouverte, de savoir si l'on y compte la coudée du yessod et celle du sovev.
22b21 segments · 18 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 22b -- l'interdit de compter Israël et le procès des deux rois : pourquoi on compte les doigts et non les hommes, pourquoi une seule faute coûte le trône à Saul quand deux le laissent à David, et pourquoi un chef doit avoir une tache derrière lui.
Le daf s'ouvre sur la fin de l'enquête de Rav Papa (teikou) puis revient au payis : le préposé dit hatsbi'ou, chacun tend un doigt, et l'on compte les doigts. Pourquoi ce détour ? Parce qu'il est interdit de compter Israël, même pour une mitsva -- ce que Rabbi Yits'haq déduit du recensement de Saul par des tessons, preuve que Rav Achi conteste (bezek est aussi un nom de ville) et que la guemara reetablit par le second recensement, celui des agneaux. De là naissent un ancrage scripturaire (un lav pour Rabbi Elazar, deux pour Rav Nahman bar Yits'haq), la contradiction interne de Hochea 2,1 résolue de deux façons, puis l'enseignement de Chmouel : le parnass s'enrichit -- Saul comptait par tessons avant de régner, par ses propres agneaux ensuite. Le daf bascule alors dans une longue aggada sur les deux rois. Saul conteste l'ordre d'anéantir Amaleq par un qal va-homer tiré de la egla aroufa, et la bat qol lui répond : ne sois pas juste à l'excès -- puis, après le massacre de Nov : ne sois pas méchant à l'excès. Rav Houna formule l'asymétrie : Saul pour une faute, et elle lui est comptée ; David pour deux, et elles ne le sont pas. La guemara vérifie ce compte par une série d'objections -- Bat-Cheva, la peste du recensement, le lachon ha-ra sur Mefivochet -- et dégage un critère unique : une faute déjà payée sur le corps même du roi sort du décompte. Elle se clôt sur deux explications de la chute de Saul : sa royauté ne dura pas parce qu'il n'avait aucun défaut de lignage -- aucune qoupa chel cheratsim pour le rappeler à l'humilité -- et il fut puni pour avoir renoncé à son honneur royal dès le premier jour, ce dont Nahach l'Ammonite tira aussitôt les conséquences.
23a16 segments · 25 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 23a -- la rancune permise au sage, les doigts du payis et les deux morts du kevech : jusqu'où un talmid 'hakham peut garder une offense, comment on compte des hommes sans les compter, et pourquoi un meurtre n'a rien fait changer quand une jambe cassée a tout changé.
Le daf achève l'enseignement ouvert en 22b -- le talmid 'hakham doit être vengeur et rancunier comme un serpent -- en le confrontant au verset lo tikom ve-lo titor. La guemara partage les domaines : le verset vise le mamon, illustré par les deux scènes jumelles de la faucille, de la hache et de la tunique, où seule la réponse du second jour sépare la nekima de la netira. L'objection de la tsaara de-gufa, appuyée sur la baraita de ceux qui entendent leur outrage et ne répliquent pas -- comme le soleil dans sa puissance --, replie l'autorisation d'un cran : le sage garde la chose dans son cœur, sans rien rendre ni rien dire ; et devant l'enseignement de Rava sur ha-maavir al midotav, la guemara ajoute la limite décisive : dès qu'on vient l'apaiser, il doit se laisser apaiser. Le daf revient ensuite au payis. Rav Hisda résout la contradiction de la michna par l'état du cohen -- un doigt pour le bien portant, deux tolérés pour le malade, deux pour les yehidim isolés --, et la baraita sur les tricheurs ajoute le régime des doigts : le majeur passe parce qu'on ne peut pas l'écarter de l'index, le pouce est exclu du compte et vaut des coups du préposé au pakia. Reste la règle unique : on peut sortir deux doigts, on ne compte jamais qu'un homme. Une chaîne de traductions identifie ensuite le pakia (Rav : madra ; Rav Papa : la cravache arabe à bout fendu) et permet à Abaye de réviser son identification de ben Beivai : non le préposé aux mèches, mais celui des châtiments. Le daf bascule alors dans la Tossefta du kevech : deux cohanim à égalité, un couteau dans le cœur, Rabbi Tsadok sur les marches du oulam demandant qui doit apporter la egla aroufa -- la ville ou les parvis --, et le père de l'enfant constatant que le couteau n'est pas encore impur, pour t'enseigner que la pureté des ustensiles leur pesait plus que l'effusion de sang. L'enquête chronologique qui suit dégage un principe de législation : le meurtre a bien précédé, mais il fut jugé akrai be-alma, un fait isolé ; c'est la jambe cassée, danger survenu de lui-même, qui a fait instituer le payis. Le daf s'interrompt sur une dernière objection : Jérusalem est-elle seulement susceptible d'apporter une egla aroufa, puisque dix choses ont été dites d'elle et que celle-ci en est une ?
23b15 segments · 16 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 23b -- le couteau qui n'est pas encore impur, et les vêtements de la cendre : ce qui s'était déréglé dans le cœur du père, puis la longue enquête sur ce que veut dire changer de vêtements entre prélever la cendre et la porter dehors.
Le daf ferme d'abord l'incident du kevech ouvert en 23a. Deux objections retirent au discours de Rabbi Tsadok toute portée halakhique -- Jérusalem n'a pas été partagée entre les tribus et n'est donc pas une yerousha, et surtout on savait parfaitement qui avait frappé, alors que la egla aroufa suppose lo noda mi hikahou : il ne restait donc que la fonction réelle de ce discours, kedei le-harbot bi-bkhiya, faire monter les pleurs. Vient alors la phrase du père de l'enfant agonisant -- le voici votre expiation, et mon fils vit encore, donc le couteau n'est pas impur -- et la guemara refuse de s'en tenir à l'indignation : une balance qui penche peut pencher de deux façons, soit le prix du sang avait baissé, soit la pureté des ustensiles avait gonflé. Le verset choisi par la Tossefta tranche : en citant Menache qui versa le sang innocent, elle désigne le sang comme le plateau qui a bougé. Le daf bascule ensuite dans une longue sougya sur les vêtements de la hotzaat hadechen. Un hekech interdit de lire le verset comme un passage du sacré au profane : le cohen change à l'intérieur du sacré, ce qui rend le mot aherim énigmatique et ouvre deux lectures -- des vêtements de moindre qualité pour le tana kama, appuyé sur la règle de l'école de Rabbi Yichmael sur les habits de cuisine et la coupe du maître, ou d'autres cohanim, les baalei moumin, pour Rabbi Eliezer. Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan mesurent alors la portée de ce désaccord : couvre-t-il aussi le prélèvement de la cendre sur l'autel ? Rech Lakich le soutient en s'appuyant sur les deux seuls vêtements nommés par le verset, puisqu'aucune avoda ne se fait en deux vêtements ; Rabbi Yo'hanan répond que la Torah a seulement révélé le principe par la tunique et les caleçons et que le turban et la ceinture suivent. La guemara demande alors pourquoi ces deux vêtements-là ont été nommés, et dégage deux halakhot suspendues à deux mots : mido, la tunique à la mesure exacte du cohen, et al besaro, rien ne précède les caleçons. Elle tente enfin d'adosser la mahloket amoraique à une mahloket tannaitique sur le mot superflu yilbach -- pour Rabbi Yehouda il inclut le turban et la ceinture, pour Rabbi Dossa il autorise le cohen ordinaire à porter les vêtements blancs du kohen gadol de Yom Kippour -- et s'interrompt sur les deux réfutations de Rabbi : la ceinture du kohen gadol n'est pas celle du cohen ordinaire, et on ne fait pas descendre d'une kedoucha sévère vers une kedoucha légère.
24a10 segments · 14 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 24a -- où s'arrête exactement la liste : les quatre avodot pour lesquelles un zar meurt, la quantité de cendre à prélever, et le seul mot du verset qui sépare Rav de Levi.
Le daf liquide d'abord les dernières miettes de la sougya des vêtements ouverte en 23b -- les chehakim, vêtements usés mais non déchirés, restent valides pour toute avoda -- puis la baraita sur ve-hinicham cham : les quatre vêtements blancs de Yom Kippour exigent-ils la gueniza, ou redescendent-ils vers le cohen ordinaire comme le soutient Rabbi Dossa ? La guemara tente alors d'adosser la mahloket de Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan sur le statut du prélèvement de la cendre à celle de Rabbi Yehouda et Rabbi Dossa, et échoue : les deux tanaim veulent en réalité quatre vêtements, ils ne divergent que sur la nécessité d'un verset pour y arriver. Vient la question de Rabbi Avin sur la quantité -- terouma du maasser ou terouma de Midian ? -- que Rabbi Hiya tranche par une gezera chava sur ve-herim : une pleine poignée, que Rachi ramène aussitôt à un plancher à l'estime, puisqu'on ne saisit pas une mesure exacte dans la braise. La seconde moitié du daf est une enquête sur un seul verset, Nombres 18,7. Rav y lit deux filtres -- avodat matana, un service qui donne et non qui retire ; ve-avadtem, une avoda tama, achevée et non suivie d'une autre -- et n'en retient que quatre avodot passibles de mort pour un zar : zerika, haktara, libation d'eau, libation de vin. Levi en ajoute une cinquième, la teroumat hadechen, en rouvrant le premier filtre par lekhol devar ha-mizbeah ; Rav réserve ce membre de phrase aux sept aspersions du dedans et à celles du metsora, tandis que Levi découpe le surplus en deux, davar pour la cendre et kol pour les aspersions. Le daf se referme sur une objection redoutable adressée à Levi -- et si lekhol devar ha-mizbeah était un klal et avodat matana un perat, la teroumat hadechen retomberait hors de la liste -- dont la réponse ne commence qu'avec les deux mots amar kra.
24b18 segments · 34 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 24b -- la frontière exacte du sanctuaire : où un zar meurt, où il ne meurt pas, et pourquoi les cohanim tiraient au sort quatre fois par jour.
Le daf s'ouvre sur la réponse que 24a laissait suspendue : Levi soutient que le filtre avodat matana -- seul un service qui dépose rend passible, pas un service qui retire -- n'a été énoncé qu'à propos de ce qui se fait à l'intérieur du parokhet ; au-dehors, un service de retrait achevé rend bel et bien passible, et la teroumat hadéchen reste dans la liste. L'objection symétrique -- alors limitons aussi l'exigence d'avoda tama au dedans -- est écartée par une seule lettre : le vav de ve-avadtem recoud les deux domaines, tandis qu'avodat matana, dépourvue de vav, reste enfermée dans le sien. Rava demande alors où tombe le Heikhal, ni Saint des saints ni parvis, et tranche lui-même par un autre vav : ou-le-mibéit la-parokhet annexe le Sanctuaire au dedans -- un service de retrait y est exempt. Mais l'annexion joue dans les deux sens, et la guemara passe alors en revue tout ce qui se dépose dans le Heikhal : la table des pains, les coupelles d'encens, la menora, la mèche, l'huile, l'allumage -- chaque candidat tombe parce qu'un geste reste à faire après lui, jusqu'à l'allumage, écarté pour une autre raison, hadlaka lav avoda hi, avec la contre-objection de la hatsatat alita qui oblige à distinguer le feu de l'autel, objet du culte, de la flamme de la menora, simple aboutissement. La même mécanique s'applique au bûcher de l'autel jusqu'à la pose des deux bûches, où Rav et Rabbi Yo'hanan se séparent franchement sur le découpage des gestes. La sougya se referme sans arbitrage, sur deux baraitot, l'une taillée pour Rav sans la teroumat hadéchen, l'autre pour Levi qui l'inscrit en tête. La dernière partie du daf revient à la michna et à ses quatre payassot : pourquoi rassembler quatre fois plutôt qu'une ? Rabbi Yo'hanan répond que la répétition est voulue pour le bruit qu'elle produit -- faire vibrer toute la azara, honneur rendu au Roi. Puis Rav Nahman et Rav Chechet divergent sur la tenue du tirage : vêtements profanes pour écarter les hommes de main qui serviraient de force, ou vêtements sacrés pour empêcher que la ferveur ne fasse servir un gagnant avant qu'il ait eu le temps de se changer.
25a12 segments · 27 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 25a -- vêtements profanes ou vêtements sacrés pendant le payis, le plan de la Lichkat haGazit déduit d'un homme assis, et le second payis : treize cohanim pour un seul agneau.
Le daf achève le débat entamé en 24b : Rav Nahman tenait que les cohanim tiraient au sort en vêtements profanes, Rav Chechet en vêtements sacrés, et la michna de Tamid -- on leur ôtait leurs vêtements et ne leur laissait que les caleçons -- se laisse lire dans les deux sens, selon qu'on y voit l'habillage des gagnants ou le déshabillage des perdants. La guemara penche pour Rav Chechet, hakhi nami mistabra, parce que la lecture de Rav Nahman oblige à une manœuvre en deux temps pour ne pas violer la règle selon laquelle rien ne précède les mikhnassaim sur la chair ; mais Rav Nahman s'en sort en glissant les caleçons sacrés sous les vêtements profanes avant de les retirer. Rav Chechet tente alors une preuve positive -- le memouneh ôte une mitsnefet, or il n'y a pas de mitsnefet profane -- et elle tombe sur un fait de mœurs : les mères des cohanim leur faisaient à leurs frais des répliques des vêtements sacerdotaux, avec lesquelles on n'accomplit qu'un service individuel. Personne n'est réfuté. La baraita citée au passage devient alors, entre les mains d'Abaye, un plan d'architecte : un Ancien assis à l'ouest interdit que la Lichkat haGazit soit toute en zone sacrée, un payis à l'est interdit qu'elle soit toute profane, et la règle voulant que le statut d'une chambre suive sa porte et non son terrain impose qu'elle en ait eu deux, une de chaque côté. La seconde moitié du daf passe à la michna du second payis, qui distribue en une fois l'essentiel du tamid du matin : chehita, zerika, cendre de l'autel intérieur, cendre de la menora, puis neuf porteurs -- six charges de viande, la solet, les havitin et le vin --, soit treize cohanim, avec l'ordre concurrent de Ben Azzai calqué sur la marche de la bête. La guemara se referme sur la question de procédure que ce chiffre soulevait : tire-t-on au sort une fois, les douze autres services suivant le gagnant vers la droite, ou treize fois ? L'objection des quatre payassot est écartée par Rav Nahman bar Yits'hak, qui distingue le nombre d'entrées du nombre de tirages.
25b16 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 25b -- un seul payis pour treize services, qui recueille le sang du tamid, et les quatre ordres possibles de montée des membres à la rampe.
Le daf tranche d'abord la question laissée ouverte en 25a : tiré-t-on au sort pour chaque service, ou une seule fois ? Deux tentatives de preuve échouent sur la même baraita de Rabbi Yehouda, celle de la mahta que le gagnant de la ketoret donne à son voisin : lue dans un sens elle prouverait le payis unique, lue dans l'autre elle prouverait le contraire, et elle ne prouve finalement ni l'un ni l'autre -- mahta et ketoret ne font qu'un seul service, et si Rabbi Yehouda a nommé la mahta, c'est seulement parce qu'elle est rare et qu'elle enrichit, ce qui aurait pu justifier un tirage à part. C'est une baraita explicite de Rabbi Hiyya qui emporte la décision : le cohen qui gagne le tamid entraîne douze de ses frères à sa suite. La guemara passe ensuite à un silence de la michna : personne n'y est désigné pour la kabala, le recueil du sang, qui s'intercale pourtant entre la chehita et la zerika. Est-ce l'égorgeur, qui n'a rien de plus attirant à faire, ou l'aspergeur, qui est toujours cohen alors que la chehita peut être faite par un zar ? Les douze robinets du kiyor de Ben Katin donnent la réponse par le calcul : treize services, moins la chehita qui n'exige pas la sanctification des mains et des pieds, égale douze cohanim à laver -- et non treize, comme il en faudrait si l'égorgeur recueillait. Le langage de Tamid, chahat ha-chohet, kibel ha-mekabel, ou-va lo lizrok, confirme. La dernière partie du daf compare quatre principes concurrents pour ordonner la montée des six charges de viande à la rampe -- la marche de la bête, son écorchement, son découpage, sa qualité --, écarte une objection tirée d'Ezechiel sur la cuisse et l'épaule en la renvoyant à une bête maigre, et laisse Rava réduire l'écart entre notre michna et Rabbi Yossi HaGuelili à une seule variable : la masse du membre ou son gras. Reste le point que nul ne conteste, la tête en premier, ancré dans le verset sa tête et son peder, et il les rangera.
26a15 segments · 16 Rachi · 7 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 26a -- la ketoret réservée aux nouveaux parce qu'elle enrichit, le tamid de l'après-midi sans nouveau tirage, et qui monte les membres de la rampe à l'autel.
Le daf liquide d'abord le reliquat de 25b : la seconde mention du péder n'enseigne pas un ordre de priorité mais une manière de faire -- on étale la graisse sur la plaie de l'égorgement avant de monter la tête à l'autel, parce qu'on ne présente pas une plaie sanglante à découvert. La michna achève ensuite la liste des quatre tirages au sort de la journée : le troisième, celui de la ketoret, est proclamé dans la Azara à l'intention des seuls nouveaux, et de fait jamais un cohen ne l'a accomplie deux fois dans sa vie. Rabbi Hanina en donne la raison -- elle enrichit ; Rav Papa objecte que le verset qui le prouve nomme aussi l'holocauste, et Abaye tranche par la fréquence : une promesse de richesse ne peut viser que le service rare, sans quoi tous les cohanim seraient riches. Une digression de Rava sur les tribus qui produisent des décisionnaires -- Levi et Yissakhar, mais pas Yehouda, parce que légiférer n'est pas conduire une chemata jusqu'à la halakha -- occasionne deux longues gloses du Ben Yehoyada, qui ramène l'affirmation à une statistique plutôt qu'à une exclusive. Vient alors la sougya centrale : Rabbi Yo'hanan soutient qu'on ne retire pas au sort pour le tamid de l'après-midi, et trois baraitot successives l'attaquent. La première est renvoyée à la ketoret, la deuxième est corrigée d'un pronom masculin en féminin, la troisième -- qui dit les deux à la fois -- est renvoyée par Rav Chemouel bar Rav Yitshak au Chabbat, où les michmarot se relaient et où le gagnant du matin n'est plus là le soir. Le daf s'achève sur le quatrième payis : notre michna, qui institué un tirage pour monter les membres de la rampe à l'autel, s'oppose à Rabbi Eliezer ben Yaakov, pour qui celui qui porte à la rampe monte lui-même à l'autel. Le désaccord de fond oppose be-rov am hadrat melekh à l'idée qu'au lieu de la Chekhina un relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la tâche pèse. Rava en tire une règle de comptage : Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov suppriment chacun un tirage différent et ne peuvent donc pas s'accorder, faute de quoi il ne resterait que trois payassot. Reste le cas du tanna qui en compterait cinq, ouvert sur 26b.
26b16 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 26b -- combien de cohanim pour le tamid, pourquoi l'eau ne se verse qu'au matin, et oĂą s'arrĂŞte le non-cohen.
Le daf liquide d'abord le reliquat de 26a : un tanna qui compterait cinq payassot contredirait à la fois Rabbi Yehouda, qui supprime le tirage de la mahta, et Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui supprime celui de la rampe à l'autel. La michna ouvre ensuite un exercice de comptage : le tamid est offert par neuf, dix, onze ou douze cohanim, ni moins ni plus -- neuf en socle, plus le flacon d'eau à Souccot, plus les deux bûches de l'après-midi, plus les deux capsules d'encens du Chabbat. De ce tableau, Rabbi Abba tire une règle par ce que la michna ne dit pas : puisqu'elle a besoin d'un Chabbat tombant dans la fête pour atteindre douze, c'est que la libation d'eau n'a lieu qu'au tamid du matin -- sans quoi un simple jour de Hol ha-Moed y suffirait. Rav Achi confirme par un détail narratif : le tsedouki qui versa l'eau sur ses pieds fut lapidé à coups d'etroguim, et on ne tient son etrog qu'à l'heure du loulav, le matin. Suit la dérivation de Rabbi Chimon ben Yohai sur les deux bûches de l'après-midi, où la Guemara tente deux fois de tout ramener au matin avant de trancher sur un argument de style : le texte fait varier la racine du verbe, pas seulement son nombre, donc il vise deux moments distincts. Rabbi Hiya compte de treize à seize cohanim au second payis ; une baraita monte à dix-sept en ajoutant le cohen de la rampe -- elle n'est donc pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, et comme les deux avis s'excluent, elle est selon Rabbi Yehouda. La seconde michna étend le comptage au bélier (onze) et au taureau (vingt-quatre), avant de le borner : tout cela ne vaut que pour la collectivité, car pour l'offrande d'un particulier un seul cohen peut tout faire, sans tirage. Le daf s'achève sur Hizkiya, qui déduit du silence de Lévitique 1,6 -- encadré par deux versets nommant les fils d'Aharon -- que l'écorchement et le découpage sont valables même accomplis par un zar, un non-cohen.
27a13 segments · 16 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 27a -- quel verset dispense l'écorchement et le découpage du cohen, et comment trois pluriels donnent six cohanim.
Le daf poursuit la discussion ouverte à la fin de 26b : d'où sait-on que l'écorchement (hefchet) et le découpage (nitouah) de la bête sont valables même accomplis par un zar, un non-cohen ? Hizkiya le tirait du verset sur la mise du feu ; la Guemara objecte que ce verset sert pour lui-même. Rav Chimi bar Achi rapporte alors la leçon qu'Abaye donnait à son fils : une baraita du Torat Cohanim établit, par la place du mot cohen dans Lévitique 1,5, que la kehouna ne commence qu'au recueil du sang -- mi-kabbala ve-eilakh mitsvat kehouna -- et que la chehita, accomplie par le propriétaire lui-même, est valable par un zar. Cette règle rend superflue toute mention ultérieure du cohen dans le chapitre, et le daf devient une chasse au verset vraiment disponible : celui de la mise du feu est écarté car il enseigne que la kehouna vaut même pour un service qui n'empêche pas l'expiation ; celui de la disposition des morceaux résiste plus longtemps -- la Guemara écarte d'abord l'hypothèse qu'il dispense la pose des deux bûches, en montrant par le verset du portage des membres que cette pose exige au contraire un cohen -- puis tombe à son tour, car ses pluriels servent à un comptage. Reste le verset de la combustion, « et le cohen fera fumer le tout », seul réellement superflu : c'est lui qui porte l'exclusion. Le daf se clôture sur le comptage : les trois pluriels de Lévitique 1,8 donnent six cohanim pour l'agneau, ce que Rabbi Elazar trouve difficile puisque le verset parle d'un taureau -- et il répond par les mots surnuméraires du verset, qui désignent l'offrande pour laquelle bois, feu et autel ont été spécialement prescrits.
27b11 segments · 14 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 27b -- le bûcher et les deux bûches : à quelles conditions un geste du Temple est-il un vrai service.
Le daf s'ouvre en achevant la sougya de 27a -- les six cohanim du verset valent pour l'agneau du tamid, seule offrande à exiger un bûcher neuf chaque matin -- puis change entièrement de sujet. Rabbi Yo'hanan enseigne qu'un zar, un non-cohen, qui dresse le bûcher sur l'autel est passible de mort ; Rabbi Zeira objecte qu'un geste accompli de nuit ne saurait être une vraie avoda. La Guemara cherche alors un cas où nuit et interdiction au zar coexistent : la combustion des membres et des graisses, puis le prélèvement des cendres. Les deux sont écartés par requalification -- l'un est la fin du jour précédent, l'autre le début du jour à venir -- et l'objection reste entière. L'énoncé lui-même est donc corrigé : Rabbi Yo'hanan parlait de la pose des deux bûches, service de jour d'après Lévitique 6,5. Rava attaque à son tour -- un tel service devrait requérir un payis, un tirage au sort ; une baraita répond qu'il est attribué avec le prélèvement des cendres. De là naît un escalier de trois questions où le critère du payis se resserre à chaque fois : le jour, puis la peine encourue par le zar, puis le rang du service, la chehita étant tirée au sort parce qu'elle ouvre la journée bien qu'un zar puisse l'accomplir. Mar Zoutra objecte du silence de la michna, qui ne fait guetter l'aube que pour la chehita : on n'avertit que là où l'erreur est irréparable. Le daf se referme sur une seconde version de l'objection de Rabbi Zeira, qui remplace le critère du moment par celui de l'achèvement -- avoda tama -- et ouvre la longue discussion des Tossefot sur ce qui fait qu'un service se suffit à lui-même.

Perek 3 Amar Lahem HaMemounne — Le prĂ©posĂ© leur dit · 22 amudim

28a11 segments · 19 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 28a -- avoda tama et payis : ce qui fait qu'un service se suffit à lui-même, puis Barkai, la première question du jour.
Le daf achève la sougya de 27b avant de basculer dans un nouveau chapitre. Rachi ouvre par un avertissement de lecture : les lignes sur les membres et sur le prélèvement des cendres viennent de la première version de l'objection de Rabbi Zeira et n'ont pas leur place ici. L'énoncé de Rabbi Yo'hanan est alors corrigé une seconde fois : le zar est passible pour la pose des deux bûches, non parce qu'elle serait un service de jour, mais parce qu'elle est une avoda tama -- un service achevé. Rava objecte : un tel service devrait avoir son propre tirage au sort. De là naissent trois reformulations successives du critère du payis, chacune attaquée par un contre-exemple -- la chehita, les membres et les graisses, le prélèvement des cendres -- et chaque fois la réponse requalifie le service plutôt que de nier le fait. Mar Zoutra croit trouver un appui dans le silence de la michna, qui ne fait guetter l'aube que pour la chehita ; la Guemara le retire : on n'avertit que là où l'erreur est sans remède. Le chapitre BaRichona se referme alors, et s'ouvre le chapitre du grand prêtre : le préposé envoie un homme sur le toit, le guetteur crie Barkai, Matya ben Chmouel exige une formule plus longue, et la michna avoue la raison de tant de prudence -- une lune prise pour l'aube avait fait abattre un tamid de nuit. Le daf se termine sur la première immersion du grand prêtre et sur la règle permanente du Temple touchant les besoins du corps, que le Roch prolonge jusqu'aux lois du jeûne et jusqu'à tout l'ordre du service de Yom Kippour.
28b16 segments · 26 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 28b -- de la formule du guetteur à la Torah d'Abraham : cinq manières de crier l'aube, l'horloge d'ombre des murs, et la chaîne ininterrompue de l'étude.
Le daf s'ouvre sur une baraita qui aligne cinq versions de l'annonce de l'aube au Temple, de la simple lueur jusqu'au peuple déjà debout -- surenchère de précision commandée par le souvenir d'un tamid abattu de nuit. De là, Rav Safra fait basculer la discussion sur une autre horloge d'ombre : la prière d'Abraham commence dès que les murs noircissent. Rav Yossef refuse d'apprendre la halakha d'un homme antérieur au don de la Torah ; Rava lui oppose la baraita sur la circoncision, où le tana tire de va-yachkem Avraham le principe des zélés qui devancent, puis déplace l'objection : ce qui gênait vraiment, c'est que le tamid de la veille de Pessa'h tombant veille de Chabbat soit abattu à six heures et demie et non dès midi. Trois réponses ferment la brèche -- les murs du Temple ne sont pas d'aplomb, Abraham était astronome, Abraham était un ancien de la yechiva -- et la troisième ouvre une longue séquence sur la chaîne ininterrompue de l'étude : l'Égypte, le désert, Abraham, Its'hak, Yaakov, et jusqu'à Eliezer, doleh ou-machke, qui puisait et faisait boire la Torah de son maître. Rav en tire qu'Abraham a accompli la Torah entière, jusqu'à l'erouv tavchilin, sur la foi du pluriel torotai. La Guemara revient alors à la michna pour répartir les voix du dialogue du guetteur -- qui dit oui ? -- puis explique comment la lune put être confondue avec l'aube : un jour nuageux, sa colonne aussi se fend de-ci de-là. Rav Papa en tire que le jour nuageux est tout entier soleil, avec ses conséquences pour le séchage des peaux et la pâte de Pessa'h, et Rav Nahman clôt par deux formules imagées sur la chaleur moite et les rais éblouissants du soleil.
29a9 segments · 22 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 29a -- de l'odeur de la viande à la poignée de farine : la série des simanim, la biche de l'aube lue trois fois, et l'extension de l'invalidité aux avodot faites de nuit.
Le daf s'ouvre sur la fin d'une série de maximes bâtie sur un moule unique -- X est plus dur que Y, et voici l'image qui te le fait retenir : l'odeur de la viande, le four déjà chauffé, le four froid, le mortier fait de mortier. Toutes disent la même loi : un support déjà saturé réagit plus fort qu'un support neuf. De là, Rabbi Abahou revient à la mahloket de la page précédente sur la lumière de l'aube et fonde la position de Rabbi sur le titre du Psaume 22, ayelet hachahar : comme les bois de la biche, l'aube se ramifie. Le même verset est alors exposé deux fois encore -- Rabbi Zeira et Rabbi Assi le rapportent à Esther, chère à son roi à toute heure et dernière de tous les miracles. L'objection 'Hanouka oblige à restreindre la thèse aux seuls miracles donnés pour être écrits, ce qui la fait dépendre de la mahloket de Meguila 7a sur le statut de la meguila d'Esther ; celui qui le lui refuse expose chahar au sens de prière, selon Rabbi Binyamin bar Yefet : plus le juste multiplie la prière, plus elle est entendue. La Guemara revient enfin à la michna pour dater l'incident du tamid abattu de nuit -- ni un jour ordinaire, où le kohen gadol serait inutile, ni Yom Kippour, où nulle lune ne se lève à l'aube -- et résout la difficulté en coupant la michna en deux. Une baraita du père de Rabbi Avin étend alors la règle à la melika de l'oiseau et à la kemitsa de la minha ; l'oiseau est perdu sans remède, mais la poignée de farine pourrait être reprélevée -- et c'est sur cette question ouverte que se clôt le feuillet.
29b7 segments · 17 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 29b -- kelei charet mekadechin chelo bizmano : la sainteté qui saisit sans rendre apte, le le'hem hapanim disposé au mauvais jour, et le singe de Mar Zoutra.
Le feuillet résout d'abord la question laissée ouverte à la fin de 29a : pourquoi ne pas reverser la poignée prélevée de nuit et refaire la kemitsa au matin ? Parce que les ustensiles du service saisissent leur contenu même hors du temps prévu - la poignée porte désormais ce nom et ne redevient pas tevel. Une baraita, zeh haklal, semble contredire ce principe en appariant strictement le moment du service et celui de la sanctification ; la Guemara s'en dégage par la distinction qui commande tout le daf : être kadoch likrav (apte à monter sur l'autel) et être kadoch lipassel (saisi, donc invalidable) sont deux degrés différents, et seul le premier manque la nuit. Rabbi Zera attaque alors par le le'hem hapanim : la michna de Menahot laisse tranquillement sur la table des pains disposés le dimanche, ce que le principe rendrait impossible. Rava refuse de déclarer le père de Rabbi Avin réfuté - une baraita ne réfute pas une baraita, elle se concilie - et pose la distinction décisive : une nuit d'avance n'est pas un manque de temps, un jour entier d'avance en est un. Reste le vendredi soir, qui n'est pas mehoussar zeman et devrait donc tout invalider : Ravina répond que le kohen avait retiré le pain avant la nuit, Mar Zoutra qu'un acte fait hors du temps n'est pas un acte du tout - c'est comme si un singe avait disposé le pain. Tossefot précise que la différence tient à la ma'hchava : croire qu'il fait jour n'est pas savoir que l'on agit hors des règles. Le daf se clôt sur le retour à la michna et la question des mains, laissée en suspens.
30a9 segments · 21 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 30a -- de la souillure du corps Ă  la porte de la azara : les gouttes, le Chema, la halakha du repas, puis la michna des cinq immersions et la mahloket Ben Zoma / Rabbi Yehouda.
Le feuillet achève d'abord la sougya de propreté ouverte en 29b. Il est une mitsva de frotter les gouttes d'urine restées sur les jambes, et cette règle appuie Rabbi Ami : sortir avec elles fait passer pour un kerout chofkha et jette un laaz de mamzerout sur ses fils. Rav Papa étend la question à la keriat Chema - la matière fécale demeurée à sa place l'interdit -, dans un cas calibré entre l'évidence et l'impossible, puisque la Torah n'a pas été donnée aux anges du service ; la Guemara doit alors le concilier avec la mahloket de Rav Houna et Rav Hisda sur la souillure posée sur la chair, ce qu'elle fait en mesurant l'intensité de la zohama. Vient une baraita des règles du repas, entièrement gouvernée par l'apparence : une main ou deux selon qu'on s'est attardé, et surtout se laver à l'intérieur puis faire circuler la cruche, pour n'être pas soupçonné. Le daf bascule ensuite dans la michna : nul n'entre dans la azara, même pur, sans s'immerger ; cinq immersions et dix sanctifications rythment la journée du kohen gadol, toutes en lieu saint sur le beit haParva sauf la première. Le Roch y accroche tout l'ordre du service du jour. La Guemara demande enfin la raison de cette immersion d'un homme pur : Ben Zoma la déduit par un kal va-homer de sainteté, Rabbi Yehouda n'y voit qu'un serakh tevila, un rappel destiné à faire remonter la mémoire d'une impureté ancienne. Le feuillet s'interrompt sur la question de leur différence réelle.
30b12 segments · 19 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 30b -- chercher la nafka mina entre Ben Zoma et Rabbi Yehouda : ihoul avoda, ase, et la longue parenthèse du metsora qui trempe deux fois.
Le feuillet poursuit la question laissée ouverte en 30a : Ben Zoma tient l-immersion de celui qui entre dans la azara pour de-oraita, déduite par kal va-homer du kohen gadol, Rabbi Yehouda n-y voit qu-un serakh tevila destiné à réveiller le souvenir d-une touma ancienne - mais qu-est-ce qui les sépare en pratique ? Une première réponse, la profanation du service, tombe aussitôt : une baraita enseigne que le kohen gadol lui-même, source du kal va-homer, garde un service kacher s-il omet une immersion intermédiaire, et le dérivé ne peut dépasser sa source. Reste la seconde : celui qui entre sans s-immerger tombe-t-il sous un commandement positif ? Ben Zoma dit oui, Rabbi Yehouda dit non. La Guemara ouvre alors une longue parenthèse pour vérifier que Rabbi Yehouda tient bien la règle générale, car deux baraitot le montrent en apparente contradiction : l-une dispense le metsora du huitième jour de toute nouvelle tevila, l-autre suppose au contraire qu-il trempe dans la lichkat ha-metsoraim. Trois distinctions sont essayées et mesurées à l-échelle des purifications - a-t-il trempé ou non, y a-t-il eu hesah ha-daat -, deux échouent, et la solution retenue déplace le partage vers l-intention : s-est-il immergé al daat biat mikdach ou non ? Une variante corrige simplement le texte, et Ravina propose de lire la phrase de Rabbi Yehouda comme un argument ad hominem adressé aux Sages. Le daf se ferme sur la question d-Abaye à Rav Yossef, tranchée par la formule chani metsora de-dayich be-touma : le metsora, rompu à l-impureté, reste suspect quand les autres ne le sont pas.
31a6 segments · 9 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 31a - Le périmètre de la tevila : hatsitsa, entrée partielle, couteau long ; et les cinq immersions du kohen gadol
Le feuillet achève la série de questions ouvertes sur la tevila de celui qui entre dans la azara. Première question : cette immersion, si elle n-est qu-un serakh tevila, connaît-elle la règle de la hatsitsa ? Rav Yossef tranche par un principe général - kol de-tikoun rabbanan ke-ein de-oraita tikoun : tout ce que les Sages instituent, ils le calquent sur le modèle de la Torah. Deuxième question, posée par Abaye : une biah be-miktsat, une entrée partielle, compte-t-elle comme entrée ? Rav Yossef répond par les pouces du metsora, qui franchissent seuls le seuil à chaar Nicanor alors qu-il a dû s-immerger. Troisième question, non tranchée : celui qui fabrique un couteau long et abat en restant tout entier dehors échappe-t-il à la tevila ? Elle se dédouble selon Ben Zoma - craint-on qu-il ne se laisse entraîner à l-intérieur ? - et selon les rabbanan - le fait d-officier suffit-il ? Teikou. Le feuillet passe ensuite à la michna des cinq immersions et dix sanctifications du kohen gadol, dont la première seule a lieu en lieu profane, sur chaar ha-mayim ; Abaye en tire une donnée de topographie : Ein Eitam surplombe le sol de la azara de vingt-trois coudées, puisque l-eau ne saurait monter plus haut que sa source.
31b10 segments · 21 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 31b -- Le drap de boutz comme signe, la première immersion du kohen gadol, et la mahloket de Rabbi Meir et des Sages sur le placement des deux kidouchim
Ce daf achève d'abord le calcul métrologique commencé en 31a (la source d'Eitam à vingt-trois coudées au-dessus de la azara) en écartant l'épaisseur du plafond et de la chape du bassin : les portes de marbre étaient très fines, et ce qui n'atteint pas une coudée n'entre pas dans le compte. Il explique ensuite pourquoi le drap tendu devant le kohen gadol est précisément de boutz (lin fin) : au-delà de la pudeur, c'est un signe distinctif destiné à lui rappeler que le service propre de Yom Kippour se fait en vêtements blancs seuls, et non dans les huit vêtements dont plusieurs sont d'or. La michna décrit alors la première des cinq immersions -- dévêtissement, immersion, essuyage, vêtements d'or, un seul kidouch -- puis l'abattage du tamid, où le kohen gadol entaille (keritsa) et laisse un autre achever, car seule la réception du sang lui est réservée ; suivent l'encens du matin, les lampes, les membres, les havitin et le vin, avec la remarque que l'encens ne se place pas au même endroit le matin et l'après-midi, et l'aménagement prévu pour un kohen gadol âgé ou istenis. La guemara ouvre alors la sougya centrale : les élèves veulent déclarer la michna isolée (non conforme à Rabbi Meir) parce qu'elle ne donne qu'un seul kidouch ; Rav Papa répond que tous s'accordent sur deux kidouchim par changement de vêtements sacrés, tirés du "ve-rahats" central du verset, la divergence ne portant que sur leur placement autour du geste. Une baraita explicite sur la première immersion, où R. Meir exige deux kidouchim alors même qu'on quitte du profane, ruine cette reconstruction, et Rav Papa se rétracte par la formule "i tanya tanya".
32a10 segments · 24 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 32a -- Cinq immersions et dix kidouchim : pourquoi le verset "et Aharon viendra" est énoncé hors de son ordre, et les trois dérivations de Rabbi Yehouda, de Rabbi et de R. Elazar be-R. Chimon
Le daf s'ouvre sur la fin de la discussion de 31b : les Sages, qui ne donnent qu'un seul kidouch à la première immersion puisque le kohen gadol y monte du profane, semblent n'arriver qu'à neuf kidouchim au lieu de dix ; ils répondent que le dixième se trouve à l'autre bout de la journée, lorsqu'il quitte les vêtements sacrés pour les vêtements profanes -- moment qui, pour Rabbi Meir, ne vaut aucun kidouch puisqu'il ne revêt plus rien de sacré. S'ouvre alors la sougya centrale de l'amoud : une baraita demande pourquoi le verset "et Aharon viendra à la tente d'assignation" (Lev. 16:23) est le seul de toute la paracha à être énoncé hors de l'ordre réel du service ; il n'y vient en effet que pour récupérer la cuiller et l'encensoir laissés dans le Saint des Saints. Rav Hisda répond par le calcul : les cinq immersions et les dix kidouchim sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, et si l'on suivait l'ordre des versets on ne trouverait que trois immersions et six kidouchim -- il faut donc intercaler les deux béliers pour isoler la sortie de la cuiller et de l'encensoir et obtenir cinq alternances entre vêtements d'or et vêtements blancs. La suite du daf confronte trois dérivations concurrentes de ces chiffres : Rabbi Yehouda les tire de la séquence ôter / se laver / revêtir de Lev. 16:23-24 ; Rabbi les tire de Lev. 16:4 en y ajoutant le hekech de "ce sont des vêtements sacrés", ce qui lui laisse le premier verset disponible pour les dix kidouchim ; R. Elazar be-R. Chimon procède par kal va-homer depuis le kidouch exigé toute l'année, puis corrige la limite de son raisonnement -- qui ne donnerait qu'un seul kidouch -- grâce au mot superflu "qu'il avait revêtus", qui rapproche le dévêtissement du revêtissement. L'amoud se referme sur une objection restée ouverte : le verset de Rabbi Yehouda ne prouve l'immersion que pour le passage des vêtements blancs aux vêtements d'or ; d'où saura-t-on qu'elle vaut aussi dans l'autre sens ?
32b14 segments · 20 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 32b -- Cinq immersions, dix kidouchim : d'oĂą viennent-ils, et oĂą tombent-ils ? Puis : keratzo, la chehita du tamid par le kohen gadol
L'amoud s'ouvre sur une question de dérivation : d'où sait-on que le kohen gadol doit s'immerger à CHAQUE changement de vêtements, dans les deux sens ? L'école de Rabbi Yichmael tente deux kal va-homer symétriques -- de l'or vers le blanc, puis du blanc vers l'or -- et la guemara les réfute tous les deux : l'or a pour lui une kappara plus abondante (il sert toute l'année), le blanc a pour lui l'entrée dans le Saint des Saints. Reste donc la dérivation de Rabbi, tirée de Lev. 16:4 : c'est la SAINTETÉ des vêtements qui déclenche la tevila, et l'or est sacré lui aussi. La baraita énumère ensuite les cinq services du jour, puis demande d'où vient que chaque immersion soit encadrée de deux kidouchim : par im eino inyan, un verset écrit en langage de tevila mais devenu disponible est réaffecté au kidouch -- et le fait qu'il soit écrit en langage de tevila enseigne au passage que la tevila, comme le kidouch, doit se faire en lieu sacré. Vient alors le cœur du débat : Rav Hisda montre que Rabbi s'écarte à la fois des Sages et de Rabbi Meir sur la POSITION des kidouchim -- pour lui les deux se font alors qu'il est dévêtu. Mais Rav Aha bar Yaakov établit que tous s'accordent à placer le second kidouch après le revêtement, tiré de "ou lorsqu'ils s'approcheront de l'autel" : le kohen doit n'avoir plus que l'approche à accomplir. Rav Aha fils de Rava en conclut que les deux énoncés sont incompatibles -- ensemble ils donneraient quinze kidouchim au lieu de dix. L'amoud se termine en revenant à la michna : que signifie keratzo ? Oulla y voit un terme de mise à mort, confirmé par un verset de Jérémie sur l'Égypte, et précise que le kohen gadol coupe la majeure partie des deux simanim ; un autre kohen achève (mirek) pendant que lui recueille le sang. Rech Lakich explique par la même occasion pourquoi la michna de la chehita enseigne séparément "rov chnayim", et la guemara établit que l'invalidité envisagée faute d'achèvement ne pourrait être que de-rabbanan -- sans quoi le service de Yom Kippour dépendrait d'un autre que le kohen gadol.
33a12 segments · 30 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 33a -- L'ordre du service quotidien : le seder d'Abaye
L'amoud s'ouvre en achevant la discussion venue de 32b : puisque le "keratzo" du kohen gadol vaut déjà chehita complète, plus rien ne dépend de l'achèvement de la coupe par un autre kohen -- il reste pourtant une mitsva de le faire, pour que le sang sorte bien. La guemara change alors entièrement de sujet et rapporte le célèbre seder d'Abaye : la liste ordonnée des quinze services du Temple, du premier bûcher de l'aube au tamid du soir, transmise "au nom de la tradition d'étude" et calée sur l'avis d'Abba Chaoul. Le reste de l'amoud démontre les quatre premiers maillons de cette chaîne, un par un : versets pour les uns, principes de priorité pour les autres -- kappara meroubva (l'expiation la plus large), makhchir adif (le préparatif passe avant), et enfin ein maavirin al ha-mitsvot, on ne passe pas outre une mitsva rencontrée. Abaye lui-même avoue ne pas savoir justifier ce dernier maillon autrement que par la tradition ; c'est Rava qui lui trouve une raison, empruntée à Rech Lakich.
33b13 segments · 17 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 33b -- La géographie du Heikhal et l'arithmétique des "boker"
Ce amud achève la justification du seder d'Abaye commencé en 33a. Il s'ouvre sur une raison purement spatiale : si le déblaiement de l'autel d'or précède l'entretien des lampes, c'est que l'autel, centre mais tiré vers l'est, est le premier objet que rencontre le kohen entrant dans le Heikhal -- et s'il est tiré vers l'est, c'est pour ne pas s'interposer entre la table et la menora, que le verset veut "l'une face à l'autre". Rava en tire aussitôt une application quotidienne : les tefillin du bras avant ceux de la tête, puisque c'est le bras que la main rencontre d'abord. Le corps du daf est ensuite une comptabilité serrée : les deux "boker" devenus superflus chez les bûches sont replacés, l'un sur l'entretien de cinq lampes, l'autre sur le sang du tamid, ce qui produit l'ordre 5 lampes / sang / 2 lampes. Rav Papa propose une autre répartition, arithmétiquement aussi valable ; Abaye la réfute par une contrainte extérieure -- il ne resterait plus rien pour séparer les cinq lampes des deux -- objection qui ne mord vraiment que selon Rabbi Yo'hanan, pour qui "boker boker" impose deux matins réellement distincts. Le daf se clôt sur les derniers maillons : deux lampes avant la ketoret, ketoret avant les membres, membres avant la minha.
34a12 segments · 21 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 34a -- la fin du seder ha-avoda : chaque maillon et son verset, la querelle bazikhin / moussafin, et la place de la ketoret le matin et l'après-midi
Le daf achève la justification scripturaire du seder d'Abaye. Chaque maillon reçoit son appui : « ha-ola » (Vayikra 6,5), lu par Rava comme « c'est elle qui monte la première », place le tamid en tête ; « holocauste et oblation » soude la minha à son holocauste ; les havitin suivent au seul titre de leur genre -- elles aussi sont une oblation ; « sacrifice et libations » interdit qu'un korban s'intercale entre le zevah et ses nesakhim. Le dernier maillon résiste : une baraita place les bazikhin avant les moussafin, et la guemara reconnaît une controverse de tannaim. Abaye plaide pour l'ordre inverse par symétrie exégétique -- si « ba-boker ba-boker » avance un service, « ba-yom ba-yom » doit en retarder un autre ; le camp adverse rapproche les bazikhin des havitin par la gezera chava houka-houka, tout en admettant que « ba-yom » borne ce rapprochement. Le daf revient ensuite à la michna sur la ketoret : celle du matin, mal bornée par la michna, est attribuée aux rabbanan avec l'aveu qu'elle ne prétend pas donner l'ordre ; celle de l'après-midi est déduite d'un hekesh, « ke-minhat ha-boker », dont on prend soin de mesurer exactement la portée -- il transporte l'oblation, pas les membres. Le daf se clôt sur une baraita qui apprend, à rebours, les libations du matin depuis celles du soir.
34b8 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 34b -- le sens de la déduction des nesakhim, les lingots de fer dans le mikve et là loi du davar che-eino mitkaven, puis la seconde immersion et les vêtements blancs
Le daf se clôt d'abord sur la querelle des nesakhim : les Sages lisent le passage biblique comme dit du tamid de l'après-midi et en apprennent celui du matin ; Rabbi fait l'inverse, appuyé par Rabba bar Oulla sur l'article de la-keves ha-ehad, puisque le mot ehad a été introduit à propos de l'agneau du matin. Chacun doit alors recaser le verset que l'autre lui prend, et Tossefot dégage une nafka mina concrète : une communauté qui ne dispose de libations que pour un seul tamid. La guemara revient ensuite à la michna sur le Cohen gadol âgé ou istenis, et rapporte la technique des lingots de fer chauffés la veille et jetés dans l'eau froide du mikve. L'objection est immédiate -- c'est tremper le fer, donc makeh be-patich -- et suscite deux réponses de nature opposée : Rav Bibi nie le fait, Abaye nie l'interdit au nom du davar che-eino mitkaven. La guemara retourne alors Abaye contre lui-même à partir de la circoncision au travers d'une bahereth, et se résout en une ligne : ce qui vaut pour toute la Tora ne vaut pas ici, où le tsirouf n'est que rabbinique. Rachi et le Ri lisent cette ligne de deux façons opposées, et Tossefot déploie à cette occasion l'un des plus longs traités talmudiques sur le pessik reicha et la melakha che-eina tsrikha le-goufa. Une nouvelle michna ouvre enfin le service propre au jour : seconde immersion à la Beit haParva, en lieu saint cette fois, drap de boutz tendu entre le Cohen gadol et le peuple, controverse du tana kama et de Rabbi Meir sur l'ordre du kidouch et du dévêtissement, puis le chiffrage des vêtements blancs -- douze maneh et huit cents zouz pour Rabbi Meir, dix-huit et douze maneh pour les Sages, trente maneh à la charge du public, le surplus à la charge du Cohen gadol.
35a4 segments · 5 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 35a -- Parva le mage, le drap de boutz comme aide-mémoire, les trente maneh relus comme un plancher budgétaire, et les quatre bad qui imposent le meilleur lin au service du matin
Court amud, entièrement consacré à relire la michna précédente détail par détail. La guemara demande d'abord ce que signifie le nom de la chambre du Beit haParva : Rav Yossef répond qu'il s'agit de Parva l'amgoucha, un mage perse -- Rachi en fait le constructeur de la chambre, tandis que Tossefot rapporte du Aroukh qu'il avait creusé un souterrain pour espionner le service du Cohen gadol et fut démasqué par les cohanim. Elle demande ensuite pourquoi le drap tendu devant le Cohen gadol doit être de boutz : Rav Kahana répond qu'il sert d'aide-mémoire, l'étoffe annonçant que le service du jour se fait en vêtements de lin. Vient alors la question la plus technique : pourquoi la michna totalise-t-elle dix-huit et douze en trente maneh, alors que chacun sait additionner ? Parce que ce total n'est pas un compte mais une norme -- le minimum à prélever sur le hekdech -- d'où il suit que la répartition entre le matin et l'après-midi reste libre. Le daf se clôt en posant la borne de cette liberté : tous s'accordent à exiger que les vêtements du matin soient supérieurs, et Rav Houna fils de Rav Ilai le tire des quatre mentions du mot bad dans Vayikra 16,4, lues comme un superlatif -- le plus choisi parmi le lin ; Tossefot préférant y voir quatre enseignements distincts.
35b15 segments · 18 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 35b -- les vêtements autres de Ye'hezkel, la tunique offerte par la mère du cohen, les trois accusés du tribunal d'en haut (Hillel, ben Harsom, Yossef), et la michna du viddouy sur le par
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya des vêtements de lin : une objection tirée de Ye'hezkel 44,19, où les cohanim revêtent des vêtements autres, menace de renverser la hiérarchie établie entre le matin et l'après-midi ; la guemara résout que autres signifie ici inférieurs, puisque le service de l'après-midi n'expie rien et ne fait que dégager la cuiller et l'encensoir. Vient ensuite une règle de Rav Houna bar Yehouda : un cohen peut officier dans la ketonet que sa mère lui a confectionnée, à condition de la remettre pleinement à la collectivité -- avec deux illustrations opposées, la tunique de cent maneh de Rabbi Yichmael ben Pabi, acceptée, et celle de vingt mille de Rabbi Elazar ben Harsom, refusée par ses frères les cohanim parce qu'elle laissait transparaître son teint, comme du vin dans un verre selon l'image d'Abaye. Le nom de ben Harsom fait alors basculer le daf dans l'aggada la plus célèbre du traité : un pauvre, un riche et un mécréant comparaissent devant le tribunal d'en haut, et à chacun on demande pourquoi il ne s'est pas occupé de Tora. À chaque excuse répond une vie qui la détruit -- Hillel qui donnait la moitié de son demi-dinar quotidien au portier de la maison d'étude et qui, le jour où il n'eut rien, passa la nuit sur la lucarne sous trois coudées de neige ; Rabbi Elazar ben Harsom, maître de mille villages et de mille navires, que ses propres serviteurs ne reconnaissaient pas parce qu'il n'était jamais allé les voir ; et Yossef, qui répondit aux trois menaces de la femme de Potifar par trois versets de Tehilim 146 et ne répondit rien du tout à ses mille kikar d'argent. Conclusion de la beraita : chacun d'eux rend coupable sa propre catégorie. Le daf s'achève sur la michna qui reprend le fil du service : la position exacte du taureau entre le Oulam et l'autel, la semikha des deux mains, et le texte du premier viddouy -- portant sur le Cohen gadol et sa maison seulement -- suivi du répons de la foule au Nom prononcé.
36a9 segments · 23 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 36a -- où commence le tsafon, pourquoi le par se tient précisément entre le Oulam et l'autel, et sur quelle faute l'on confesse en posant les mains
Le daf s'ouvre sur une déduction implicite de la michna : puisque le par du Cohen gadol se tient entre le Oulam et l'autel et qu'on l'abat à l'endroit même du viddouy, cet espace doit être du tsafon -- seul lieu valide pour l'abattage des kodchei kodachim. La guemara en cherche l'auteur et produit une beraita à trois avis emboîtés : Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda pose le socle (ce qui fait face à l'autel, jusqu'au mur nord), Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon y ajoute l'espace entre le Oulam et l'autel, et Rabbi tout le nord jusqu'au mur oriental -- tous s'accordant seulement pour invalider lifnim min haHalifot, où l'autel n'est pas visible. La tentative d'attribuer la michna au seul Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon s'effondre sur un a fortiori, et la question se reformule : elle ne portait jamais sur la validité du lieu mais sur son choix. La réponse est la même pour tous les tanaim et elle n'est pas halakhique -- houlcha de-Kohen gadol, la faiblesse d'un homme qui devra porter le mizrak de sang jusqu'au Saint des Saints. Suit l'explication de l'orientation du taureau : le corps nord-sud et le cou tordu vers l'ouest, pour ne pas tourner l'arrière de la bête vers l'autel. Ce segment porte le long siman du Roch qui récapitule tout le seder ha-avoda de Yom Kippour. Le daf s'achève sur une beraita de la semikha -- positions, contact sans écran, puis viddouy -- et sur la mahloket qu'elle ouvre à propos de la ola, seul korban dont la Tora ne nomme pas la faute : Rabbi Yossi HaGuelili répond par une liste de dons aux pauvres, Rabbi Akiva par un principe -- la ola comble exactement le trou laissé par le système des peines. La question be-mai ka miflagi reste suspendue au nom de Rabbi Yirmeya.
36b13 segments · 20 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 36b -- ce que la ola vient expier, l'ordre des trois mots du viddouy, et pourquoi ve-khiper désigne des paroles et non du sang
Le folio s'ouvre en achevant la mahloket héritée de 36a entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossi HaGuelili sur ce que la ola vient expier : la nafka mina serait le lav de la neveila, suivi d'un asseh qui ne répare rien -- lav à part entière pour l'un, lav affaibli pour l'autre. Abaye refuse ce compte rendu et déplace le désaccord sur un seul mot, ta'azov, écrit après les interdits du leket, de la chikhe'ha et de la pea : vise-t-il le grain encore sur pied, ou celui qui est déjà dans la main ? De là dépend qu'il y ait malkot ou korban. Le daf bascule ensuite dans la liturgie avec la beraita du viddouy : Rabbi Meir ordonne aviti, pachati, hatati et l'appuie sur deux versets, les Sages inversent après avoir défini chaque terme -- avon est le volontaire, pécha la rébellion pour irriter, het l'inadvertance -- et opposent un argument non exégétique mais logique : une confession qui redescend vers le léger ne demande plus rien. Le verset de Moche, qui descend pourtant, est requalifie : ce n'est pas un viddouy mais une requête, que les fautes volontaires soient tenues pour des inadvertances. La halakha suit les Sages, malgré un officiant qui pria devant Rabba selon Rabbi Meir. Le folio s'achève sur une beraita qui établit que le ve-khiper du taureau du Cohen gadol désigne le viddouy : gezera chava depuis le bouc émissaire, qui n'a d'expiation que par les paroles, puis -- parce que la même analogie pouvait se tirer du bouc intérieur, dont l'expiation se fait par le sang -- une preuve tirée de l'ordre des versets, où le mot d'expiation précède l'abattage.
37a17 segments · 37 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 37a -- la formule du viddouy reconstituée par gezera chava, la place de l'autel dans la azara, les convenances de la marche et les deux goralot
Le folio achève d'abord la beraita commencée en 36b : la formule du viddouy n'étant donnée nulle part dans la Tora, on la reconstitue par deux gezerot chavot articulées sur le mot kappara -- le Horev fournit le mot ana, la egla aroufa la mention du Nom. Abaye retourne le procédé et demande pourquoi la egla aroufa n'hérite pas elle aussi du ana ; la guemara enregistre la difficulté sans la résoudre. Une beraita fonde ensuite la réponse de l'assemblée au Nom prononcé, sur deux versets. La michna passe alors au tirage au sort des deux boucs et livre trois données -- le lieu, les deux dignitaires qui encadrent le Cohen gadol, la kalpi et ses sorts -- puis s'interrompt pour une galerie de bienfaiteurs du Temple : Ben Katin, le roi Monbaz, la reine Hélène, Nikanor. La guemara exploite d'abord la topographie : si l'on doit tirer le Cohen gadol au nord de l'autel, c'est que l'autel n'occupe rien du nord -- avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov -- et il faut relire la michna précédente pour lui rendre un auteur unique. Vient un long développement de derekh erets : marcher à la droite de son maître fait un bour, mais la michna comme la beraita des trois anges chez Avraham placent le plus grand à droite ; la solution est géométrique, on se tient de biais, ni à hauteur ni franchement derrière. Le daf se termine sur les goralot : deux hypothèses écartées sur leur nombre, le pluriel recycle en exigence d'identité, puis l'analogie du tsits écartée par la répétition goral goral -- le bois est aussi valide que l'or, ce qui donne son sens à la louange de Ben Gamla. Suivent les précisions sur le kiyor de Ben Katin et une dernière question, laissée ouverte, sur les poignées d'or de Monbaz.
37b6 segments · 14 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 37b -- l'or de Monbaz sur les manches, le lustre d'Hélène comme horloge du chema, et la tablette de la sota
Le folio poursuit la galerie des bienfaiteurs du Temple ouverte par la michna et en tire trois sougyot distinctes. La première achève la question restée ouverte en 37a sur le roi Monbaz : puisque l'or ne tient pas un tranchant, Abaye lit sa donation comme portant sur les manches des couteaux -- puis, une beraita distinguant explicitement les couteaux des kelim, il la reporte sur les manches des haches et des serpes. La deuxième part de la nevrechet d'or de la reine Hélène : suspendue face à l'entrée du Heikhal, elle renvoyait au premier rayon du soleil des étincelles qui signalaient à toute la ville l'heure du kriat chema. La guemara objecte que ni les kohanim du michmar, qui lisent avant le jour, ni les hommes du maamad, qui tardent jusqu'à la fin du tamid, ne sont quittes à ce moment-là ; Abaye répond que le signal visait le reste du peuple de Jérusalem -- ce qui déclenche chez Tossefot une longue discussion sur l'usage des vatikin et le début réel du temps du chema, où s'opposent le Ri, Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel. La troisième sougya porte sur la tablette d'or d'Hélène, où était écrite la parachat sota : en tirerait-on qu'on écrit un extrait de Tora pour l'instruction d'un enfant ? Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai répond qu'elle ne portait que les initiales des mots. Une première beraita est écartée en corrigeant ma che-katouv en ke-ma che-katouv ; une seconde, qui cite les formules entières, résiste -- et le folio s'arrête sur le seul mot hatam, la réponse étant renvoyée à 38a.
38a16 segments · 23 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 38a -- les portes de Nikanor, et les deux familles qui refusèrent de livrer leur secret
Le folio s'ouvre sur le mot qui clôture la sougya de la tablette d'Hélène : bessiroughin, en alternance -- les débuts de versets en clair, la suite en initiales, si bien que la tablette ne prouve rien sur l'écriture d'un extrait de Tora. Vient ensuite le récit des portes de Nikanor : une tempête en mer, une porte jetée sans effet, la seconde sauvée parce que Nikanor s'y enlace en demandant d'être jeté avec elle, puis la porte perdue qui réapparaît au port d'Akko -- d'où le al tikri berotim / berit yam, et l'explication que seules ces portes ne furent jamais dorées. La michna bascule alors du côté du blâme : Beit Garmou, Beit Avtinas, Hougras ben Levi et ben Kamtsar, qui refusèrent d'enseigner leur art. La guemara raconte deux fois la même histoire, terme pour terme -- on fait venir des artisans d'Alexandrie, qui savent tout faire sauf l'essentiel (retirer le pain sans le briser, faire monter la fumée droite), les Sages s'inclinent au nom du verset que tout fut créé pour la gloire de Dieu, et les familles reviennent au salaire double. À la question de leur motif, elles répondent identiquement : le Temple était promis à la ruine, et un homme indigne aurait emporté ce savoir vers l'idolâtrie -- pendant que la guemara verse à leur crédit le refus du pain fin et du parfum, au nom du vi-heyitem nekiyim. Trois rencontres avec les descendants d'Avtinas -- l'accusation de Rabbi Yichmael, le descendant qui rit et pleure et tait l'herbe du maalé achan, le vieillard qui remet enfin la meguilat samanim -- conduisent au verdict de Rabbi Akiva : désormais il est interdit de parler en mal de ces gens-là. Le folio s'arrête sur la maxime de ben Azzai : par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir.
38b16 segments · 24 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 38b -- le nom qui bénit et le nom qui pourrit, le juste qui porte le monde
Le folio commence par les deux corollaires de la maxime de ben Azzai : nul ne touche à ce qui est préparé pour son prochain, et aucune royauté n'empiète sur l'autre, fût-ce de l'épaisseur d'un cheveu. Il achève ensuite la liste des artisans blâmés par la michna -- Hougras ben Levi et son art du chant, ben Kamtsar et ses quatre calames -- pour poser le critère du partage : tous ont trouvé une réponse à leurs propos, ben Kamtsar n'en a pas trouvé. Le verset de Michlei 10,7 est alors coupé en deux, une moitié pour chaque camp, et la guemara bascule dans une longue sougya aggadique sur le nom : la pourriture qui monte sur le nom des méchants, l'objection de Ravina par le terrible récit de Doeg ben Yossef que sa mère mesurait en tefahim puis dévora pendant le siège, et la réponse -- regarde ce qu'il advint de lui. Suivent les énoncés de Rabbi Elazar : le juste par lui-même et le méchant par son compagnon, la double question de Ravina au récitant d'aggada qui remonte de Michlei jusqu'à Avraham et Sedom, Ovadya et Essav qui n'ont rien appris de leur entourage, et la réciprocité de la bénédiction et de la malédiction. La seconde moitié appartient à Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : aucun juste ne part sans que son remplaçant soit déjà là, le soleil de Chemouel se lève avant que celui d'Eli ne s'éteigne, les justes sont plantés génération par génération, et le monde tient par un seul -- hassido, au singulier, selon le ketiv. Le folio se clôt sur la garantie accordée au juste éprouvé, deux fois mesurée -- par les années ou par les épreuves refusées --, et sur la maxime de Rech Lakich : celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre seulement ; celui qui vient se purifier, on l'aide.

Perek 4 Taraf BaKalpi — Il tira au sort dans l'urne · 16 amudim

39a17 segments · 21 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 39a -- le sort qui monte dans la droite : la kalpi, le segan et les quarante ans de Chimon HaTsadik
Le folio achève d'abord le troisième chapitre par la parabole de Rech Lakich -- le naphte qu'on mesure seul, le baume qu'on mesure à deux -- puis par deux beraitot jumelles, batiees sur le même moule à trois étages : celui qui se rend impur un peu est rendu impur beaucoup, en bas puis en haut, en ce monde puis dans le monde à venir, et exactement de même pour la sainteté ; entre les deux, l'école de Rabbi Yichmael lit dans un alef manquant que la faute obstrue le cœur. S'ouvre ensuite le quatrième chapitre, Taraf be-kalpi, consacré au tirage au sort des deux boucs de Yom Kippour. La michna en donne la chorégraphie : le brassage, les deux sorts, le segan à droite et le roch beit av à gauche, la main que l'on fait lever pour que tous voient. La guemara montre que chaque détail vise le même but -- empêcher le kohen gadol de choisir : le brassage soudain, la boîte qui ne contient que deux mains, et l'objection de Ravina qui établit que la kalpi n'est de bois profane que parce que rien d'autre n'est possible, puisque la Tora a égard au bien d'Israël. Une beraita fait ensuite tirer le segan lui-même, et la divergence se ramène à une seule question : la droite du segan vaut-elle mieux que la gauche du kohen gadol ? Le folio se clôt sur la beraita des quarante ans de Chimon HaTsadik, où cinq signes -- le sort dans la droite, le fil d'écarlate qui blanchit, la lampe occidentale, le feu du bûcher, la bénédiction dans les pains -- passent tous du constant à l'aléatoire, jusqu'à la pénurie qui trie les discrets et les gloutons.
39b20 segments · 21 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 39b -- les signes qui s'éteignent, le Temple qui porte au loin, et la hagrala qui cherche sa clause invalidante
Le folio se lit en trois mouvements. Il achève d'abord la beraita des quarante ans de Chimon HaTsadik : le surnom de <i>hamtsan</i> reste au glouton jusqu'à sa mort, et deux versets établissent que le mot désigne bien un voleur ; puis vient le récit de sa propre annonce -- le vieillard vêtu de blanc qui, cette année-là, se présente en noir et n'accompagne plus le kohen gadol à la sortie du Saint des Saints. Une beraita jumelle renverse alors la perspective : quarante ans avant la destruction, le sort ne monte plus dans la droite, le fil d'écarlate ne blanchit plus, la lampe occidentale ne brûle plus -- et les portes du Heikhal se mettent à s'ouvrir seules, jusqu'à ce que Rabban Yo'hanan ben Zakkai les fasse taire au nom d'une prophétie déjà publiée. Le mot Levanon de ce verset ouvre une longue digression sur les surnoms du Temple -- celui qui blanchit les fautes, la forêt qui bourgeonne, les arbres d'or de Chelomo qui nourrissaient la kehouna, se sont desséchés à l'entrée des nations et refleuriront -- puis la guemara revient à la michna pour compter les dix mentions du Nom explicite et mesurer jusqu'où porte le Temple : la voix jusqu'à Yeriho, le gond des portes à huit tehoumin, le parfum du ketoret sur les chèvres, les femmes et la mariée, et jusque dans les ruines de Chilo mille ans après. Le folio se clôt sur une question de droit pur : la hagrala est-elle meakevet ? Deux versions rangent la même divergence entre Rabbi Yannai et Rabbi Yo'hanan dans deux grilles opposées -- l'une la loge chez Rabbi Nehemya et fait dépendre le ikouv du mot houka, l'autre la loge chez Rabbi Yehouda et le fait dépendre de la répétition de <i>acher ala</i> -- et une beraita, qui déclare le service valide sans tirage au sort, vient départager les deux lectures.
40a15 segments · 19 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 40a -- La hagrala est-elle bloquante ? Le mot higril mis à l'épreuve
Ce folio poursuit sans répit une seule question, héritée de la fin de 39b : le tirage au sort qui désigne lequel des deux boucs de Kippour ira à HaChem et lequel a Azazel est-il me'akev, c'est-à-dire indispensable à la validité du service ? Dans la seconde version du débat, Rabbi Yannai soutient qu'il l'est même selon Rabbi Yehouda, et trois beraitot successives viennent lui faire pièce. La défense repose chaque fois sur la même découverte : le mot hagrala recouvre deux gestes distincts -- l'aliya, le sort qui monte de l'urne, que le verset a répétée et qui bloque, et la hanacha, la pose du sort sur la tête du bouc, mentionnée une seule fois et que personne ne tient pour bloquante. Contre la deuxième beraita, la guemara fait répondre Rabbi Chimon sous condition, sans qu'il ait à trancher le sens du mot : une divergence si vous parlez de l'aliya, deux si vous parlez de la pose. La troisième attaque, la plus technique, oblige à parcourir tout l'ordre des services du taureau et du bouc pour trouver quel couple d'actes la beraita peut viser ; par élimination il ne reste que la hagrala, et deux sorties s'offrent alors -- attribuer la beraita à Rabbi Chimon, ou distinguer l'ordre, rendu bloquant par le mot houka qui ne couvre pas l'extérieur, de l'existence même du geste, rendue bloquante par la répétition du verset. Le folio se termine sur une transition où Rachi et Tossefot lisent le texte différemment, Tossefot rattachant la suite à la hagrala et déployant, sur le bouc mort en cours de service, toute la logique qui sépare Rabbi Yehouda de Rabbi Chimon.
40b12 segments · 11 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 40b -- Le sort et la parole : ce qui fixe vraiment le statut des deux boucs
Le folio s'ouvre sur une machloket nouvelle : jusqu'à quand le bouc destiné à Azazel doit-il rester vivant ? Rabbi Yehouda arrête l'exigence à l'aspersion du sang de l'autre bouc, lisant « lekhaper » comme la kappara par le sang ; Rabbi Chimon la prolonge jusqu'à la confession, lisant « lekhaper alav » comme la kappara par la parole prononcée sur cette bête-là. Puis la guemara revient à la question qui domine tout ce passage -- la hagrala, le tirage au sort, est-elle me'akevet, indispensable à la validité du service ? -- et lui oppose trois beraitot successives. La première, où les élèves de Rabbi Akiva demandent si l'on peut faire repasser à droite un sort monté dans la main gauche, et la deuxième, tirée du Sifra sur les mots « acher ala », sont l'une et l'autre neutralisées par Rava, qui les relit sans rien changer à leur lettre : on déplace le sort avec son bouc, et l'on parle de la durée pendant laquelle le sort doit demeurer posé. La troisième résiste : « veassahou hatat » enseigne que le sort seul confère le statut de hatat, et que la désignation verbale ne le peut pas -- renversant la répartition qui vaut pour les kinim, où le sort ne fixe rien et la parole fixe tout. La beraita prend soin d'expliquer qu'un kal va-homer allait dans le sens contraire, et que seul le verset l'empêche. Deux longues gloses de Tossefot accompagnent ce final : l'une teste la réversibilité de l'exclusivité en la comparant au « yigalenou » de l'esclave hébreu, l'autre demande comment on peut raisonner sur Kippour, régime sorti de la règle générale, et en tire une règle générale sur les limites du kal va-homer.
41a15 segments · 14 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 41a -- quand une désignation se fixe-t-elle ? La règle de Rav Hisda sur les kinin (à la prise ou à l'accomplissement, jamais entre les deux), éprouvée par le kal va-homer de ve-assahou hatat puis par le cas du metame mikdash devenu riche.
Le daf clôt d'abord la sougya précédente : puisqu'un enseignement anonyme du Sifra est de Rabbi Yehouda, et qu'il y est dit que le sort seul fait le hatat, le tirage au sort des boucs de Kippour est bien indispensable -- réfutation définitive de l'avis contraire. S'ouvre alors une sougya nouvelle, appelée par le même thème : à quel instant une désignation prend-elle effet ? Rav Hisda pose que les kinin -- ces paires d'oiseaux dont l'un est hatat et l'autre ola -- ne se départagent qu'à deux moments : la lekiha (prise par le propriétaire) ou l'assiya (acte du kohen) ; Rav Chimi bar Achi le fonde sur les verbes des versets de l'accouchée et du zav. Deux baraitot semblent contredire cette règle. La première, sur le kal va-homer de ve-assahou hatat, supposait qu'une parole prononcée à l'heure du tirage aurait pu consacrer : Rava la relit en logeant chaque parole dans l'une des deux fenêtres, et la difficulté tombe. La seconde vient du metame mikdash pauvre qui met de l'argent de côté, s'enrichit, puis nomme ses deux tas : l'argent dit ola se trouve verrouillé, donc une parole a bien fixé. Rav Chechet répond en montrant, grâce à l'avis de Rabbi Hocha'ya (le riche ne s'acquitte pas avec l'offrande du pauvre), que la baraita est de toute façon mal ordonnée et qu'il a parlé des la mise de côté -- laquelle équivaut à la lekiha. Le daf s'achève en pointant l'avis inverse, celui de Rabbi Yochiya, qui prive Rav Chechet de son levier : la suite est en 41b.
41b22 segments · 35 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 41b -- le riche et le sacrifice du pauvre, puis la languette d'écarlate : où la nouer, et quelle mesure lui faut-il ?
Le daf achève d'abord la sougya des kinin : la baraita du metame mikdach est corrigée -- « et ensuite il a pris et il a dit » --, ce qui loge la parole dans la fenêtre de la lekiha ; Rav Papa sauve la lecture en supposant qu'un seul oiseau fût acheté, et montre au passage l'asymétrie entre l'ola, qui se recycle en nedava, et le hatat, qui part à la mort. La guemara reprend alors pour elle-même (goufa) la controverse de Rabbi Elazar et de Rabbi Haga au nom de Rabbi Hocha'ya : un riche qui apporte le sacrifice du pauvre s'est-il acquitté ? L'objection tirée du metsora est neutralisée par trois mots du verset -- torat inclut, zot exclut, et le hou de ve-im dal hou restreint la sévérité au seul metsora. S'ouvre ensuite la michna du service de Kippour : la languette d'écarlate nouée sur la tête du bouc émissaire, le placement des deux boucs, et la seconde confession du kohen gadol sur son taureau, élargie aux fils d'Aharon. La guemara demande si ve-la-nichhat porte sur l'attache ou sur le placement, et tranche par la baraita de Rav Yossef : puisque deux dangers sont nommés -- confondre les deux boucs entre eux et les confondre avec d'autres --, seule l'attache les couvre tous deux. Le daf s'achève sur la mesure des languettes : Rabbi Yitzhak a reçu une distinction dont il a perdu l'attribution, Rav Yossef la reconstitue par la division du bouc émissaire, Rami bar Hama objecte le poids exigé pour la para, Rava renvoie à la controverse de Rabbi et de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon, Abaye distingue la flamme jaillissante de la flamme ployée -- et Rav Dimi puis Ravin rapportent d'Erets Israël les trois poids, dont l'appariement se lira en 42a.
42a14 segments · 22 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 42a -- les poids des trois languettes, puis la grande question de la para adouma : un non-kohen peut-il l'égorger ?
Le daf achève d'abord la sougya des languettes d'écarlate ouverte en 41b : Ravin rapporte les trois poids -- dix zouz pour la para, deux sela'im pour le bouc émissaire, un chekel pour le metsora --, et Rachi en donne la logique (le koved pour l'une, la halouka pour l'autre, ni l'un ni l'autre pour la troisième). Rabbi Yo'hanan y loge une mahloket de Rabbi Chimon ben Halafta et des Sages sur la languette de la para, avec pour signe la michna « celui qui donne beaucoup comme celui qui donne peu » ; Rabbi Yirmeya de Difti la déplace sur le bouc émissaire, avec pour signe la mort de Ravia bar Kissi survenue ce jour-là. S'ouvre alors la grande sougya du daf : Rabbi Yitzhak a reçu une distinction entre deux abattages -- celui de la para rousse et celui du taureau du kohen gadol -- dont l'un est invalide par un zar, sans savoir lequel. Rav et Chmouel occupent chacun une branche ; la guemara identifie Rav par son commentaire sur Rabbi Zera (« Elazar et houka »), puis éprouve les deux positions par la symétrie des versets, la règle chehita lav avoda hi, le statut de kodchei bedek habayit de la para -- c'est sa moindre sainteté qui la rend plus sévère --, et le kal va-homer écarté par les mar'ot nega'im. Le mot le-fanav est ensuite partagé : autorisation du zar pour Chmouel, exigence de hessah hadaat pour Rav, qui garde le-einav pour la combustion. Une tsricha montre que les deux versets étaient nécessaires, et le daf s'interrompt sur la question qu'elle ouvre : « pour exclure quoi ? » -- le ramassage de la cendre et le puisage de l'eau du kidouch, dont le sort se décidera en 42b.
42b13 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 42b -- l'abattage de la para adouma par un zar, et la lecture verset par verset de toute la paracha selon Oulla
Le daf liquide d'abord la question laissée ouverte en 42a : ce que le hessah hadaat n'invalide pas, ce n'est ni le ramassage de la cendre ni le puisage de l'eau -- le verset le-michmeret le-mei nidda les couvre -- mais le jet du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate, qui ne relèvent pas du corps de la para. S'ouvre alors la reprise de la grande mahloket : l'abattage de la para par un zar est-il valide ? Rabbi Ami dit kacher, Rabbi Yitshak Napaha dit passoul, et la tradition d'Oulla circule dans les deux sens. Rabbi Yehochoua bar Abba attaque en faveur de Rav à partir d'une longue baraita de ribbui-miut : le mot torah inclut cinq actes dans la double restriction femme-et-nuit, le mot zot en exclut trois, et le partage se décide par ressemblance à l'aspersion des eaux, seul cas où les deux invalidités sont explicites. L'objection semble s'écrouler -- l'aspersion des eaux est invalide par une femme et valide par un zar --, mais Abaye la reconstruit : la femme n'est exclue de l'abattage que par le mot Elazar, et ce même mot exclut alors le zar. Oulla livre ensuite une clé de lecture de toute la paracha de la para -- mach'ma motsi mi-yad mach'ma ou-mach'ma mi-meila -- et l'applique deux fois au pronom otah : il retire Elazar le segan aux générations futures, ouvrant la mahloket kohen gadol contre kohen hedyot tranchée par la gezera chava houka-houka de Yom Kippour ; puis il interdit de faire sortir une autre bête avec la para, ou le tana kama -- identifié à Rabbi Chimon, qui interprète le taama di-kra -- et Rabbi se séparent sur le fondement de l'interdit. Le daf s'interrompt en pleine phrase sur la nafka mina.
43a14 segments · 19 Rachi · 7 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 43a -- la paracha de la para lue mot Ă  mot : Rav contre Chmouel, puis le chiasme femme-mineur Ă  travers assifa, kidouch et aspersion
Le daf se referme d'abord sur la nafka mina laissée en suspens en 42b : l'âne sorti avec la para, permis pour le tana kama qui ne redoute qu'une question de réputation, interdit pour Rabbi que le mot otah lie absolument. S'ouvre alors la grande lecture verset par verset de toute la paracha selon la clé d'Oulla -- machma motsi mi-yad machma ou-machma mi-meila --, où chaque mention du kohen se lit deux fois : pour Rav qui confie la chehita à Elazar, pour Chmouel qui la donne à un zar sous ses yeux. Le mot lefanav devient chez l'un l'interdit du hessah hadaat, chez l'autre la description même de la scène ; Elazar ha-kohen à la kabbala devient chez Rav un miout après un miout qui inclut le kohen hedyot, chez Chmouel un simple retour du service à Elazar. Les deux mentions superflues du kohen au verset 7 enseignent les vêtements sacerdotaux et leur extension aux générations futures -- ce qui déclenche la question du kal va-homer et la réponse de principe : milta de-atya be-kal va-homer, tarach ve-katav lah kra. La seconde moitié du daf change de terrain et suit les personnes plutôt que les kohanim : ich, tahor et ve-hiniah distribuent à l'assifa le zar, la femme et l'exclusion des trois incapables ; le kidouch reconduit cette liste pour les Sages, tandis que Rabbi Yehouda lit dans le pluriel ve-lakhou l'ajout du katan et dans ve-natan l'exclusion de la femme. Le même couple ich tahor revient à la trempée de l'hysope et force chacun à s'inverser -- d'où un chiasme parfait, aussitôt mis à l'épreuve par la michna de Para sur l'aspersion, qui donne raison aux Sages et laisse Rabbi Yehouda sous objection ouverte jusqu'à 43b.
43b18 segments · 23 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 43b -- la chehita de la para adouma par un zar : Rabbi Yo'hanan contre son maître ; puis le seder ha-avoda reprend : les deux viddouyim, la mah'ta et les dix écarts de Yom Kippour
Le daf ferme d'abord la longue sougya de la para adouma. Abaye montre que Rabbi Yehouda est nécessairement en désaccord avec la michna de Para, puisque le passage relève du régime « un sens en chasse un autre ». Une dernière deracha, sur le mot superflu tahor, admet le tevoul yom au service de la para -- la position même que l'on affichait publiquement pour démentir les Sadducéens. Rabbi Assi livre alors l'aveu qui résume tout : Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich n'ont rien tiré de cette paracha, guère plus qu'un renard n'emporte de terre d'un champ labouré. Reste la question pratique : un non-kohen peut-il égorger la vache rousse ? Rabbi Yo'hanan renvoie la baraita enseigner dehors et contredit même le maître dont il tient la tradition, au nom d'une règle sans exception -- on n'a jamais trouvé de chehita qu'un zar rende invalide. Le traité revient ensuite à son fil propre, le service de Yom Kippour : pourquoi la seconde confession inclut les kohanim alors que la première ne les nommait pas (un coupable ne plaide pas pour un coupable), puis la michna du sang brassé pendant l'absence du kohen gadol et de la pelle à braises, avec sa longue série de bekhol yom / ve-hayom -- métal, contenance, poids, manche, couleur de l'or, quantité et mouture de la ketoret, montée de la rampe, kidouch des mains, nombre de bûchers. La guemara s'ouvre sur une contradiction frontale entre la michna et Lévitique 16,17, que Rav Yehouda résout en déplaçant non le texte mais le point d'où l'on compte les rangées de dalles.
44a11 segments · 17 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 44a -- qui doit quitter le Temple, et jusqu'où : la baraita de Lévitique 16,17, la ketoret qui expie le lachon hara, et la thèse de Rabbi Elazar sur l'espace entre le Oulam et l'autel
Le daf achève d'abord la baraita ouverte à la fin de 43b sur le verset « et aucun homme ne sera dans la Tente d'assignation ». Quatre segments de verset, quatre lois : ohel moed resserre l'interdit sur le sanctuaire et épargne la azara ; bakodesh l'étend à Chilo et au Temple de Jérusalem ; bevo-o lekhaper l'étend de l'encensement à l'application des sangs ; ad tseto en fait un interdit continu jusqu'à la sortie du kohen gadol. La fin du verset donne enfin l'ordre de l'expiation -- lui, sa maison, les kohanim, tout Israël -- et c'est elle que Rava, Rabbi Yits'hak bar Avdimi et Rabbi Elazar font travailler à rebours : la seule expiation identique pour ces quatre cercles étant la ketoret, c'est bien de l'encensement que la baraita partait. De là, une incidente magnifique : la ketoret expie, et elle expie le lachon hara, car une chose faite en secret répare un acte fait en secret. Le daf bascule alors sur sa vraie sougya. Rabbi Elazar soutient que la michna qui fait évacuer l'espace entre le Oulam et l'autel ne vise que l'encensement du Heikhal, jamais celui du Saint des Saints : le retrait se propage d'un cran, pas de deux. Rav Ada bar Ahava lui oppose la baraita de Rabbi Yossi, et la guemara mène alors deux attaques et deux parades sans jamais corriger un mot du texte -- elle se contente de déplacer ce que signifie « hors du moment de l'encensement ». La phrase reste ouverte : la suite se lit en 44b.
44b17 segments · 17 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 44b -- les ma'alot du Temple sont-elles de'orayta ? (deux déductions rejetées) ; puis la mahta du grand prêtre : argent et or, comptes de kavim, manche, niachtik, et les sept ors
Le daf achève d'abord la baraita du retrait (perisha) : le Heikhal a deux motifs d'évacuation, l'espace bein ha-oulam ve-la-mizbeach un seul -- Rava répond que cela ne fait qu'un seul et même « nom de retrait ». Il justifie ensuite l'extension du retrait aux trois autres sacrifices intérieurs, par une gezera chava sur le mot kappara. S'ouvre alors la question de fond : les degrés de sainteté du Temple (les ma'alot de la michna de Kelim) sont-ils de la Torah ? Rav Aha bar Ahava le déduit du fait que le décret s'arrête exactement à l'espace bein ha-oulam ; la guemara rejette : ce qui fixe la limite, c'est que l'autel extérieur rende la séparation visible. Rava tente une seconde déduction -- le Oulam partagerait la sainteté du Heikhal, faute de quoi on aurait un décret protégeant un décret -- et elle est rejetée de même : Oulam et bein ha-oulam ne forment qu'une seule kedoucha, donc un seul décret. La seconde moitié du daf commente la michna sur la mahta, l'encensoir à braises : six différences entre le rite quotidien et celui de Kippour, commandées par deux principes -- la Torah ménage les biens d'Israël, et l'on ménage la faiblesse du grand prêtre à jeun. Suivent l'arithmétique des kav renversés (Rav Hisda et Rav Achi harmonisent deux baraitot contradictoires), l'énigme du niachtik (anneau sonore selon Rachi, étui de cuir selon le Yerouchalmi), et l'ouverture de la liste des sept ors, interrompue en pleine phrase.
45a15 segments · 20 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 45a -- fin des sept ors, les différences de la michna (encens, rampe, kiton d'or) et la grande mahloket sur le nombre de ma'arakhot
Le daf achève la liste des sept ors ouverte en 44b -- chahout, sagour, parvayim -- avant que Rav Achi n'y remette de l'ordre : il n'y a que cinq variétés, chacune en deux qualités, et l'or rouge de la mahta de Kippour prouve l'existence du parvayim. La guemara commente ensuite, en série, quatre différences de la michna : l'encens broyé daka min ha-daka, la montée au milieu de la rampe et non par son bord est, le kiddouch yadayim ve-raglayim au kiton d'or -- les deux dernières pour un seul motif, l'honneur du kohen gadol. La seconde moitié du amoud est occupée par une mahloket de comptage : combien de ma'arakhot, de tas de bois, brûlent sur l'autel ? Rabbi Yehouda dit deux, Rabbi Yossi trois (il ajoute le kiyoum ha-ech), Rabbi Meir quatre (il ajoute les evarim ou-fedarim inachevés) -- et chacun un de plus à Kippour, pour les braises du Saint des saints. Notre michna suit Rabbi Meir. La guemara distribue alors les mentions du feu dans les versets : ce que l'un affecte à un tas, l'autre doit l'affecter ailleurs, d'où le détour par la hatsatat alita -- où allume-t-on le petit bois, et un zar pourrait-il le faire au soufflet depuis le sol ?
45b11 segments · 12 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 45b -- où attendent les membres inachevés, et d'où viennent les braises de la menorah et de la mahta de Kippour
Le amoud achève d'abord la baraita ouverte en 45a : les membres et les graisses que le feu n'a pas fini de consumer pendant la nuit restent sur l'autel, où attendent sur la rampe ou sur le sovev jusqu'à ce que la grande ma'arakha du matin soit dressée -- Tossefot précise pourquoi le yessod, lui, est exclu : l'offrande y serait invalidée par la linah. Rabbi Meir, qui possède déjà un tas pour ces restes, libère le verset et l'affecte aux pok'in : on remet les ikkoulei ola, on ne remet pas les ikkoulei ketoret. La guemara achève alors la répartition des mentions de feu : le vav de ve-ha-ech donne le tas supplémentaire de Kippour, et ech tamid fixe la seconde ma'arakha, celle de la ketoret, sur l'autel extérieur. La seconde moitié du amoud déroule deux fois le même mécanisme : pour la menorah, puis pour la mahta de Yom Kippour, un hekech tire les braises vers l'autel extérieur, un ô kalekh le-derekh zo les tire vers l'autel voisin -- le plus proche, donc l'autel intérieur -- et il faut chaque fois un verset pour trancher : ech tamid pour la menorah, et pour la mahta ce raisonnement de topographie, quel autel n'est devant Hachem que par une partie de lui-même ? Le amoud se termine en pleine tsrikhouta, sur la longue enquête de Tossefot au sujet de l'expression lifnei Hachem.
46a14 segments · 12 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 46a -- le tas des membres inachevés : jusqu'où le service du tamid repousse-t-il le Chabbat et la toum'a ?
Le amoud ferme d'abord la tsrikhouta de 45b sur l'emplacement d'où l'on prend les braises de la mahta, avec une précision de Tossefot : l'élargissement n'est admis qu'après coup, à priori il faut prendre face à l'ouverture. Puis s'ouvre la sougya centrale : Rabbi Meir, rapporté par bar Kappara, dresse un tas à part pour les membres d'un holocauste que le feu de la nuit n'a pas fini de consumer -- et même le Chabbat. La guemara objecte deux fois que la michna l'enseigne déjà ; Rabbi Avin sauve la nouveauté par les membres invalidés, Rav Aha bar Yaakov par un Kippour tombant en pleine semaine, mais Rava balaie cette dernière réponse d'une formule célèbre -- qui est celui-là qui ne prend pas soin de sa farine ? -- et la guemara reste sur un kachya. Restent deux conditions fermes : le feu doit avoir pris sur les membres, faute de quoi ils ne sont pas encore le pain de l'autel. La fin du amoud analyse la phrase de Rav Houna, son début repousse et sa fin ne repousse pas : Rav Hisda y lit que la fin repousse le Chabbat mais non la toum'a, Rabba exactement l'inverse. Abaye montre alors que le même mot be-mo'ado sert de preuve aux deux et ne peut départager, et Rabba commence sa réponse -- sa fin est comme son début -- que le amoud laisse en suspens.
46b11 segments · 7 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 46b -- la braise détachée : quand cesse-t-elle d'être le feu de l'autel ? (fin du perek Taraf be-Kalpi)
Le amoud referme d'abord la sougya de 46a sur les evarim du tamid restés de la veille. Rabba y tient sofo ke-tehilato -- la fin d'un service hérite du régime de son début : le tamid pouvant être offert en toum'a, sa fin la repousse ; ne pouvant être offert un Chabbat, sa fin ne le repousse pas. Rav Hisda rejette ce principe et raisonne par la qualité de l'autorisation : le Chabbat est houtra pour le public, donc la fin passe aussi ; la toum'a n'est que dehouya, donc seul le début, qui est l'ikkar kappara, la repousse. Les deux avis sont exactement croisés. S'ouvre ensuite la dernière sougya du chapitre, autour de l'interdit lo tekhabe (Lévitique 6,6) : celui qui éteint les braises raclées pour la mahta de Kippour ou pour la menorah est-il passible ? Abaye dit hayav, Rava patour, keivan de-nitka nitka. La guemara donne deux versions de leur mahloket, où la zone d'accord et la zone de litige s'échangent -- au sommet de l'autel dans l'une, à terre dans l'autre. Dans les deux, la halakha de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh fait objection, et dans les deux la réponse est la même : intika le-mitsvatah, tout dépend de ce que la braise a été détachée pour un service ou pour rien. Une longue Tossefot, partie d'une contradiction avec Yoma 44b sur les braises balayées vers la amah, y greffe la question du Yerouchalmi et de Rabbenou Nissim sur la sainteté des braises et le tsirouf par le keli charet. Le amoud s'achève sur le hadran du perek Taraf be-Kalpi.

Perek 5 Hotziou Lo — On lui sortit · 30 amudim

47a19 segments · 27 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 47a -- la main comme mesure : pourquoi une kaf pour l'encens de Kippour, et jusqu'où la poignée du cohen fait-elle loi
Le amoud s'ouvre sur la michna de la ketoret du Saint des Saints : on sort la kaf et la mahta, le cohen gadol puise l'encens à pleines mains, le grand selon sa grandeur et le petit selon sa petitesse, puis prend la mahta de la droite et la kaf de la gauche. La guemara pose aussitôt la question de fond : le verset ne connaît que mélo hafnav, ses pleines mains -- d'où vient alors cette kaf ? La réponse est négative : deux entrées sont exclues par hava'a ahat, porter la mahta en équilibre obligerait à la saisir avec les dents, ce qu'on n'oserait pas devant un roi de chair et de sang ; il ne reste que le précédent des nessi'im, kaf ahat mêle'à ketoret. Vient ensuite le renversement des mains -- yatsiva be-ar'a ve-giyora bi-chmei chemaya --, résolu par le poids puis par la chaleur. Le nom de Rabbi Yichmael ben Kimhit, cité comme cas de mains hors normes, ouvre une longue digression aggadique : ses quatre kav, les trois lectures du mot zarad, les deux remplacements en plein Yom Kippour, et enfin Kimhit et ses sept fils cohanim gedolim, dont la pudeur est saluée puis relativisée par les Sages. Le amoud revient alors à la halakha avec la question centrale : peut-on fabriquer une mida, un ustensile calibré sur la main, pour la hafina comme on l'interdit pour le kometz ? La preuve tirée de ve-kakh hayta midata échoue, la phrase supportant trois lectures inconciliables. Il s'achève sur la définition du geste lui-même : ni poignée débordante ni pincée du bout des doigts, mais trois doigts rabattus sur la paume, comme prend un homme ordinaire.
47b13 segments · 22 Rachi · 7 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 47b -- la farine entre les doigts : un doute que nul ne tranchera, et la main comme seule mesure du geste
Le amoud achève d'abord la beraita sur la kemitsa des offrandes frites, où le cohen doit racler le trop-plein du pouce et du petit doigt, et corrige la formule zo hi avoda kacha : c'est un service parmi les services difficiles, non le seul -- la melika et la hafina portent la même étiquette. S'ouvre ensuite la sougya du bein habeinayim : la farine qui s'insinue entre les doigts du cohen est-elle du kometz ou des cherayim ? Rav Papa isole une bande intermédiaire, et Yehochoua ben Ouzaa tranche non pas le fond mais le statut du doute lui-même -- safek irréductible, dont Tossefot tire une nafka mina sur l'annulation dans un mélange. Reste à agir : Rabbi Hanina fixe l'ordre de combustion, le kometz d'abord, pour ne pas faire disparaître des cherayim entre kemitsa et haktara ; mais cet ordre-là se heurte à bal taktirou, puisque l'offrande a déjà donné sa part au feu. Deux issues -- la condition lechem etsim de Rabbi Eliezer, et surtout la prévention de Rav Mari : qu'un cohen gras fasse la kemitsa, ses doigts charnus ne laissant aucun interstice ; solution retenue lekhathila même pour Rabbi Eliezer. Un siman introduit enfin la série de Rav Papa : d'abord le bein habeinayim de la hafina, où tout dépend de la portée du ve-lakah du verset et qui s'achève en teikou, puis les questions sur la forme même du geste. Seule la manière ordinaire est certaine -- comme les gens saisissent une poignée, comme les gens remplissent leurs mains -- et chaque écart, du bout des doigts, de bas en haut, par le côté, ou main après main, reste sans réponse.
48a12 segments · 12 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 48a -- la main du Cohen Gadol : récipient de service ou simple conduit ?
Le amoud poursuit la série de questions de Rav Papa sur les gestes de prélèvement. Deux premières portent sur le récipient : le kometz collé contre la paroi, ou contre le culot d'un kli retourné, satisfait-il seulement l'exigence d'être tokh kli, ou faut-il en plus une hanaha ke-tikkuno, un dépôt fait selon les règles ? Double teikou. Une troisième est résolue par une beraita : les pleines mains du Cohen Gadol ne sont ni rasées ni combles, mais tefoufot -- affleurantes. La guemara ouvre alors un détour décisif sur la kabbalat ha-dam : le sang tombé au sol avant d'avoir été reçu dans un kli est perdu, celui qui tombe d'un kli déjà rempli ne l'est pas ; la source en est ve-lakah mi-dam ha-par, lu par gor'in ou-mossifin ve-dorchin comme dam me-ha-par yekablenu, et restreint au dam ha-nefech. Ce modèle arme la question centrale du daf : si le ketoret échappe aux mains du Cohen Gadol, sa main est-elle le cou de la bête ou un kli charet ? Teikou. Reste enfin à savoir si une ma'hchava peut invalider la hafina : guezera chava mélo / mélo avec la kemitsa, appuyée par Rav Chimi bar Achi sur la beraita de Rabbi Akiva et la chaîne tevoul yom, puis lina, puis ma'hchava -- chaîne dont Tossefot vérifie longuement que chaque maillon tient bien de-oraita.
48b4 segments · 10 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 48b -- où finit la préparation et où commence le service : le ratissage des braises, puis la main gauche du cohen
Le amoud se partage en deux. Il achève d'abord la série des questions sur la pensée invalidante dans le service du ketoret : après la hafina, on interroge la hatiya, le ratissage des braises dans la mahta -- geste qui ne fait que rendre l'encensement possible. Tout se ramène alors à une règle générale, makhchirei mitsva ke-mitsva damou, et la guemara conclut en teikou ; Tossefot en profite pour dissocier nettement deux invalidants qu'on confond volontiers, la lina qui atteint tout ce qui est sanctifié et la mahshava qui ne mord que sur une avoda, en s'appuyant sur la yetsika et la belila de la min'ha. S'ouvre ensuite une sougya de portée générale : la holakha, le convoiement du sang vers l'autel, est-elle valide de la main gauche ? La kabbala et la zerika exigent la droite parce que le verset y écrit etseba et kehouna ; la holakha, elle, n'est jamais écrite en propre et ne tient son statut d'avoda que par ricochet. Rav Chechet tranche par notre michna : contraint à une havaa ahat, le Cohen Gadol porte la mahta de la droite et le kaf de la gauche. La guemara objecte qu'une michna du tamid le montrerait déjà, avec la patte droite portée dans la main gauche -- et répond en distinguant les holakhot dont dépend l'expiation de celles dont elle ne dépend pas. Seul le kaf, indispensable à la kappara du jour, prouve vraiment ce que l'on veut.
49a20 segments · 23 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 49a -- Ce qu'un autre ne peut pas faire Ă  ma place : la main du zar, puis les mains pleines du Cohen Gadol
L'amoud s'ouvre en refermant la sougya de la holakha : une baraita qui range la main gauche, le zar, l'onen, l'ivrogne et le baal moum parmi les invalidants réfute définitivement Rav Chechet. La guemara s'étonne alors, car cette baraita est celle-là même dont Rav Chechet se servait contre Rav Hisda ; elle répond par la chronologie -- il l'a apprise en étant réfuté, puis s'en est servi -- et neutralise le verset des Chroniques en expliquant que les Lévites ne convoyaient rien, leurs mains servant de simple banc (maase itstseva). S'ouvre ensuite une série de questions sur la hafina, la puisée de l'encens à pleines mains : Rav Papa demande si un autre cohen peut remplir les mains du Cohen Gadol, le verset exigeant peut-être "il prendra et il apportera" du même homme -- teikou. Rabbi Yehochoua ben Levi pousse le cas plus loin : le Cohen Gadol a puisé puis est mort, son successeur entre-t-il avec cette puisée ? L'admiration de Rabbi Hanina pour cette question déclenche un double examen -- un excursus sur le cresson broyé le chabbat et sur les mules blanches, qui établit que Rabbi Hanina était l'aîné et expert en médecine, puis la constatation que sa propre position ("avec un taureau" et non avec son sang, et une hafina antérieure à l'égorgement est nulle) rend la question impossible chez lui : il louait la cohérence de RYbL sur les prémisses de RYbL. Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua subordonnent enfin la réponse à une autre question -- le Cohen Gadol repuise-t-il à l'intérieur ? -- mais en tirent des conséquences exactement inverses, et l'amoud s'interrompt sur une preuve tentée puis rejetée, et un "viens et entends" laissé en suspens.
49b9 segments · 10 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 49b -- Le geste de la hafina intérieure, puis : le Cohen Gadol a égorgé son taureau et il est mort -- son sang est-il encore "le taureau" ?
L'amoud s'ouvre sur la description technique de la seconde hafina : comment, les deux mains prises, le Cohen Gadol fait-il passer l'encens du bazakh dans ses paumes jointes ? Il en saisit le bord du bout des doigts -- ou, dit un second avis, entre ses dents -- le remonte au pouce jusqu'entre ses coudes, le retourne, puis entasse l'encens sur les braises pour que la fumée tarde, ou le disperse pour qu'elle vienne vite. La guemara corrige l'expression "l'avoda difficile du Temple" en "l'une des plus difficiles" -- car la melika et la kemitsa le sont aussi -- et Tossefot précise que le critère n'est pas l'adresse requise mais le tsaar, la pénibilité physique. Elle empoche au passage la conclusion restée ouverte : hofen ve-hozer ve-hofen, il y a bien deux puisées. S'ouvre alors la grande question de l'amoud : le Cohen Gadol a égorgé son taureau puis est mort -- son suppléant entre-t-il dans le Saint des Saints avec ce sang, ou doit-il recommencer ? Rabbi Hanina et Rabbi Ami lisent "be-far" strictement, et non avec le sang d'un taureau ; Rech Lakich et Rabbi Yitshak y incluent le sang. Deux preuves sont alors tentées -- l'inscription au groupe du Pessa'h qui se ferme à l'égorgement, et la bête égorgée écartée du rachat du premier-né d'ânesse -- et toutes deux sont neutralisées de la même façon : chaque texte a son limoud propre, mi-hyot mi-sse pour le Pessa'h, la gezera chava sse-sse pour le peter hamor. L'amoud se clôt sur la mise au point de cette gezera chava, bornée par le ribbouy de "tifde tifde" -- et la question de départ reste sans preuve.
50a16 segments · 20 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 50a -- Le sang est-il encore "le taureau" ? puis : le taureau du Cohen Gadol est-il une offrande de particulier, de partenaires ou du public ?
L'amoud poursuit la question laissée ouverte en 49b : le Cohen Gadol a égorgé son taureau puis est mort -- son suppléant peut-il entrer dans le Saint des Saints avec ce sang ? Trois versets sont mis à l'épreuve pour savoir si le sang porte encore le nom de "par" ; Rav Papa recentre le débat (le corps entier, personne n'en discute -- le sang seul, si), et Rav Achi tranche par le bon sens : Aharon n'entre pas avec les cornes du taureau, et pourtant la Tora dit "be-far". La guemara tente alors un raccourci : ce taureau n'est-il pas simplement une hatat dont les propriétaires sont morts, vouée à la mort ? Rav Amram répond que c'est une hatat du public. Deux enquêtes suivent, toutes deux infructueuses pour lui : la michna de Temoura ne classe pas les offrandes mais conteste une règle -- et la vraie règle est zmano kavoua, le temps fixe, non le couple public / particulier ; puis les baraitot sur les animaux perdus obligent Rava à corriger le mot, non le fond : dis "hatat de choutafin", pas "hatat de tsibbour". La nafka mina est cachée ailleurs -- si les Cohanim étaient un tsibbour, ils seraient un kahal et apporteraient un taureau pour une hora'a fautive. Or ils n'ont pas reçu de part de héritage. L'amoud se clôt sur l'ouverture d'une nouvelle tentative, question toujours pendante.
50b15 segments · 21 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 50b -- Le taureau de Kippour fait-il temoura ? Expiation ancrée ou expiation flottante des frères cohanim
L'amoud est tout entier consacré à une question de Rabbi Elazar : selon Rabbi Meir, qui appelle le taureau de Kippour une offrande de particulier, peut-on opérer sur lui une temoura -- cette substitution interdite mais efficace du Lévitique, réservée aux offrandes individuelles ? La guemara commence par écarter une première lecture du doute : il ne porte pas sur le choix entre le makdich (celui qui a payé) et le mitkaper (celui pour qui on expie), car Rabbi Abbahou au nom de Rabbi Yo'hanan a déjà fixé que la temoura suit le mitkaper, quand le homech suit le consacrant. Le vrai doute est plus fin : les frères cohanim, qui sont couverts par ce taureau, le sont-ils mi-kiva -- d'une expiation ancrée, qui leur donnerait une part et ferait de la bête un hatat d'associés -- ou mi-koufya, d'une expiation qui surnage au-dessus de celle du Cohen Gadol, comme le fer d'Elicha flottant sur l'eau ? Une baraita comparant les rigueurs du zevah et celles de la temoura semble trancher : elle décrit un sacrifice qui repousse le Chabbat et fait pourtant temoura, ce qui ne peut désigner que le taureau de Kippour. Rav Chechet refuse : c'est le bélier d'Aharon, et la logique semble lui donner raison, puisqu'une temourat hatat va à la mort et ne serait offerte aucun jour. Mais la guemara retourne l'objection en lisant "temoura" comme une catégorie et non comme la substituée du taureau -- au prix d'une contre-question immédiate, "et pourquoi pas zevah aussi ?", à laquelle on répond que le tana vise bien une bête unique. La preuve de cette dernière réponse s'engage sur le second volet de la baraita et se poursuit au folio suivant. Rien n'est tranché : le doute de Rabbi Elazar reste entier.
51a7 segments · 8 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 51a -- Un sacrifice, pas une catégorie : le crible des candidats et la mahloket sur le Pessa'h sheni
L'amoud s'ouvre sur la fin d'une démonstration : la baraita qui compare les rigueurs du zevah et celles de la temoura ne peut pas parler des sacrifices en général, car le bekhor et le maasser behema partagent les deux rigueurs qu'elle présentait comme propres à la temoura. Elle vise donc un sacrifice unique -- et la guemara explique pourquoi la dissymétrie est légitime : la catégorie temoura, elle, est parfaitement homogène. Vient alors le crible des candidats. Rav Chechet, qui identifie ce zevah au bélier d'Aharon, est mis au défi : pourquoi pas le Pessa'h, seul sacrifice que la Torah appelle expressément zevah ? Réponse : on n'égorge pas le Pessa'h pour un individu, c'est une offrande d'associés, qui ne fait donc pas de temoura. Pourquoi pas alors le Pessa'h sheni, véritablement individuel ? Parce qu'il ne repousse pas la toum'a -- du moins selon un avis. Cette incise ouvre la seconde moitié du folio. Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, demande à Rava ce qui distingue le Pessa'h, appelé offrande de particulier, de la haguiga, appelée offrande de la communauté ; le critère de la knoufya (le rassemblement du peuple) ne tient que grâce au Pessa'h sheni, qui ne se fait pas en assemblée. Mais cet aveu se retourne aussitôt : si c'est le Pessa'h sheni qui fonde le caractère individuel de la catégorie, c'est de lui que le tana dit qu'il repousse Chabbat et toum'a. Rava l'accorde, et la guemara produit la mahloket : pour le tana kama, le Pessa'h sheni repousse le Chabbat mais non la toum'a, car il serait absurde que l'institution née de l'impureté s'accomplisse dans l'impureté ; pour Rabbi Yehouda, "selon toute la loi du Pessa'h" l'inclut, et le second Pessa'h est une chance offerte, non une pureté exigée : lo zakha, yaassénou be-toum'a. Une immense glose des Tossefot cartographie les sources -- hekech de ke-khôl houkat contre guezera chava de be-moado -- et conclut qu'il faut les deux.
51b10 segments · 14 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 51b -- Le taureau qui n'appartient qu'à lui, et la traversée du Hekhal entre les deux rideaux
L'amoud s'ouvre sur une tentative de raccourci. Pour trancher la question de Rabbi Elazar -- le Cohen Gadol peut-il faire temoura sur son taureau de Yom Kippour ? -- il suffirait, semble-t-il, de lire acher lo : le taureau vient de son bien propre, donc les autres Cohanim n'y possèdent rien. Une baraita déploie la derasha en trois paliers : ni de la communauté, ni de ses frères les Cohanim, et la répétition du mot rend la condition me'akev, invalidante même bediavad. Mais la guemara retourne aussitôt la preuve par un ou-le-taamekh : cette même baraita dit que les Cohanim obtiennent l'expiation -- or on n'expie pas là où l'on ne possède rien. La réponse forge une catégorie singulière, le bei gaza de-Aharon : le Rahamana a rendu ce trésor hefker à l'égard des Cohanim, quant à cette expiation seulement. Et du même coup la preuve s'effondre. Vient alors la michna, qui suit le Cohen Gadol traversant le Hekhal jusqu'aux deux rideaux séparés d'une coudée ; Rabbi Yossé objecte que le verset ne connaît qu'un seul rideau. La guemara lui donne raison sur le texte, mais restreint sa portée au Michkan : le Second Temple, privé de l'ama traksin -- ce mur d'une coudée qu'on ne pouvait ni bâtir à cent coudées de haut ni épaissir, le plan étant fixé par écrit -- à hérité d'une bande de sol au statut douteux, et l'a enfermée entre deux parokhot. La fin du folio dessine enfin trois trajets à travers le Hekhal, selon que l'ouverture est située au nord ou au sud ; l'avis de Rabbi Meir, coincé entre les deux, ne s'explique qu'en invoquant les dix tables de Chelomo qui bouchent le passage contre le mur nord -- ou, autre réponse, le simple respect dû au lieu.
52a10 segments · 12 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 52a -- L'ama traksin : où passe la coudée, et de quel côté penche sa sainteté
L'amoud s'ouvre en achevant la phrase laissée en suspens à la fin de 51b : si le Cohen Gadol n'entre pas droit devant, c'est par égard pour la Chekhina -- et Rabbi Yossé retourne l'argument, les Israélites sont assez chers pour n'avoir besoin d'aucun intermédiaire. Une dernière question de topographie liquide le sujet : pourquoi Rabbi Yehouda n'emprunte-t-il pas le couloir du sud ? Parce que la suie de la menora y noircirait les vêtements. Commence alors le cœur du folio, avec Rabbi Natan : l'ama traksin, cette cloison d'une coudée qui séparait le Hekhal du Saint des Saints dans le Premier Temple, les Sages n'ont pas tranché à son sujet. Ravina reconstruit d'abord la raison qu'on pourrait invoquer -- les trois mesures de I Rois 6, où 40 + 20 = 60 ne laissent pas de place à la coudée -- puis la démonte : Melakhim ne mesure que le halal, le vide, et jamais les murs ; la preuve, la michna de Middot, qui compte les murs, compte aussi cette coudée-là, pour elle-même, dans ses cent coudées. Le doute ne portait donc jamais sur l'emplacement, mais sur la kedoucha : ke-lifnim ou ke-lahoutz. Reste à en montrer la source, et c'est la question de Yossef Ich Houtsal rapportée par Rabbi Yo'hanan -- où couper le verset de I Rois 6,19 ? Selon que la phrase s'arrête avant ou après, la cloison est du dedans ou du dehors. Le folio se ferme sur une objection : Issi ben Yehouda n'a compté que cinq versets sans hekhra dans la Torah, et la réponse attendra 52b.
52b18 segments · 23 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 52b -- Les cinq versets sans hekhra, et le détour du Cohen Gadol vers un Aron qui n'est plus là
L'amoud achève d'abord la liste ouverte à la fin de 52a : cinq mots de la Torah -- seet, mechoukadim, mahar, arour, ve-kam -- dont nul ne sait s'ils ferment la proposition qui précède ou ouvrent celle qui suit ; la baraita sur les sept noms de Yossef Ich Houtsal sert à montrer que le compteur des cinq et le questionneur du verset de Melakhim sont un seul et même homme, et l'apparente contradiction se résout par un mot : cinq dans la Torah, davantage chez les Prophètes. L'objection de Rav Hisda sur Chemot 24,5 tombe de même -- son doute n'est pas celui d'Issi. Commence alors le chapitre suivant de l'avoda : la michna décrit le trajet en Z du Cohen Gadol entre les deux tentures agrafées à des extrémités opposées, jusqu'entre les barres de l'Aron, où il entasse l'encens avant de ressortir à reculons et de prier brièvement, pour ne pas effrayer le peuple qui attend. La guemara y trouve une impossibilité : des tentures, c'est le second Temple ; un Aron, c'est le premier. De là, la longue baraita sur la gueniza -- ce que Yochiyahou enfouit, et par quelles guezerot chavot on sait que la fiole de manne, l'huile d'onction, le bâton d'Aharon et le coffre des Pelichtim l'ont suivi. La solution est une relecture minimale : l'emplacement de l'Aron, comme entre les barres. Le folio se termine sur une question de geste -- de quel bord de l'encensoir commence-t-on a entasser ? -- qu'Abaye tranche par l'avertissement fait au Cohen Gadol, dont le mot final reste suspendu jusqu'à 53a.
53a25 segments · 26 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 53a -- Le nuage doit naître dedans : contre les Tsedoukim, le maalé achan, et l'art de ne pas tourner le dos
L'amoud s'ouvre sur la fin de l'avertissement au Cohen Gadol -- ne pas commencer l'entassement de l'encens du côté de soi, sous peine de se brûler le bras -- puis bascule dans la grande polémique du chapitre : les Tsedoukim allument l'encens dans le Hekhal et entrent au Saint des saints déjà enveloppés de fumée ; les Hakhamim l'interdisent au nom de lifnei Hachem, et retournent contre eux leur propre verset en lui faisant enseigner non le moment du geste mais la forme du nuage -- d'où l'obligation du maalé achan, l'herbe qui fait monter la fumée droite comme un bâton. De là une longue séquence sur la peine de mort encourue pour un encens incomplet, que Rav Chechet et Rav Achi doivent dégager de l'entrée à vide, puis six répartitions successives entre les deux versets doublons -- feuille et racine, Ohel Moed et Bet Olamim, Kippour et le reste de l'année, mitsva et invalidation, avertissement et peine. La chronologie de Rabbi Eliezer y ajoute une question redoutable : si la peine n'était pas encore dite, pourquoi Nadav et Avihou sont-ils morts ? -- pour avoir tranché une halakha juste devant leur maître. Le folio se ferme sur le hekech tiré d'un verset de Chelomo à Guivon : on ne quitte pas le lieu saint en tournant le dos, et cette règle descend jusqu'au disciple qui prend congé de son rav, jusqu'au sang de Rava sur le seuil de Rav Yossef.
53b17 segments · 29 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 53b -- Prendre congé : les trois pas de la tefila, la prière brève du Cohen gadol, et le mystère de l'Aron disparu
L'amoud s'ouvre sur la bénédiction de Rav Yossef à Rava -- mesure pour mesure, tu t'es blessé les jambes pour mon honneur, que ta tête s'élève sur toute la ville -- puis transporte les règles du congé pris à son maître vers le congé pris à la tefila : trois pas en arrière, un arrêt là où les pas s'achèvent, et le salut donné d'abord à sa propre gauche, qui est la droite du Saint béni soit-Il. La sougya revient ensuite à la michna : que priait donc le Cohen gadol dans le Hekhal ? Une année pluvieuse, un pouvoir stable dans la maison de Yehouda, un peuple qui ne dépende de personne -- et que la prière des voyageurs ne soit pas exaucée. Aussitôt le récit de Rabbi Hanina ben Dossa vient mesurer cette prière institutionnelle à l'aune d'un homme seul sur une route, dont la simple parole arrête et rappelle la pluie. Une nouvelle michna ouvre alors le cœur de l'avoda : depuis que l'Aron a disparu, c'est l'even ha-chetiya qui reçoit l'encens ; puis viennent les quatre séries d'une aspersion en haut et sept en bas -- deux entre les badim, deux sur la parokhet -- avec leur comptage anti-erreur, la question des socles d'or (un seul selon Rabbi Yehouda), et le double transvasement qui mêle les deux sangs. La guemara s'attache enfin à un seul mot de la michna, "enlevé" et non "enfoui", pour en tirer que notre michna suit ceux qui tiennent que l'Aron partit en exil à Bavel -- Rabbi Eliezer et Rachbi -- contre Rabbi Yehouda ben Lakich qui le dit enfoui sur place ; et l'amoud se ferme sur une contradiction, car Oulla fait dire à Rachbi lui-même exactement l'inverse.
54a18 segments · 24 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 54a -- L'Aron enfoui : la dalle du cohen, les badim qui font saillie dans la parokhet, et les keroubim enlacés
L'amoud achève d'abord le débat ouvert en 53b sur le sort de l'Aron. Rabbi Eliezer lit "hadara" comme "hadra", sa chambre, et conclut à l'exil de l'Aron à Bavel ; Rachbi soutient au contraire qu'il fut enfoui sur place, en s'appuyant sur les badim qui "sont là jusqu'à ce jour". Rabba démonte alors la règle d'Oulla selon laquelle "jusqu'à ce jour" signifierait "pour toujours" -- le Yevoussi de Jérusalem, les cinquante-deux ans de R. Yehouda tirés de la guematria de behema, les sept ans de gofrit va-melah de R. Yossi --, et malgré l'affinement d'Oulla par le mot "cham", le verset des Bnei Chimon joint à la politique de déportation de Sanheriv emporte une teyouvta. Rav Nahman rapporte alors l'avis des Sages : l'Aron fut enfoui dans la chambre du dépôt de bois -- ce que confirme le récit du cohen qui vit une dalle différente des autres et mourut avant d'avoir pu dire où. La sougya passe ensuite à la contradiction interne du verset de Melakhim : les extrémités des badim étaient vues et non vues, car elles pressaient la parokhet comme les deux seins d'une femme sous sa tunique. De là, Rav Ketina : au regel on roulait la parokhet pour montrer les keroubim enlacés et dire au peuple "voyez votre affection devant le Lieu". Rav Hisda objecte que les Leviim eux-mêmes n'avaient pas le droit de regarder les ustensiles ; Rav Nahman répond par le mashal de la fiancée -- pudique dans la maison de son père, familière dans celle de son beau-père, redevenue réservée après le guet. L'amoud se ferme sur une difficulté matérielle : au premier Temple il n'y avait pas de parokhet devant le Saint des saints, au second il n'y avait plus de keroubim. Deux solutions : la parokhet des portes (avec le compte des treize parokhot de R. Zeira), ou les keroubim de-tsourta peints aux parois selon Rav Aha bar Yaakov -- occasion du long Tossefot sur la licite des images dessinées.
54b7 segments · 9 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 54b -- Les keroubim exhibés par les nations, puis la pierre de fondation : d'où le monde à-t-il été créé ?
L'amoud s'ouvre sur la réponse à la question laissée en suspens en 54a : "ke-maar ich ve-loyot" signifie "comme un homme étreignant sa compagne". Rech Lakich en tire un récit terrible -- les nations entrant dans le Heikhal à la destruction y virent les keroubim enlacés, les arrachèrent du mur et les exhibèrent sur la place en raillant ce peuple dont la bénédiction et la malédiction sont efficaces ; le verset "tous ceux qui l'honoraient l'ont avilie" scelle le retournement. La sougya passe ensuite au mot chetiya de la michna : la pierre du Saint des saints porte ce nom parce que le monde fut fondé (houchtat) à partir d'elle. La guemara en déduit que la michna suit l'avis selon lequel le monde fut créé à partir de Tsion, et déploie la controverse : Rabbi Eliezer (depuis le milieu, par accrétion autour d'une coulée unique), Rabbi Yehochoua (depuis les quatre côtés, jusqu'à la soudure centrale), Rabbi Yits'hak Nap'ha (une pierre jetée dans la mer, la pierre d'angle d'Iyov) et les Sages (depuis Tsion, "mi-Tsion mikhlal yofi"). Une seconde baraita pose la même question pour le contenu du monde : Rabbi Eliezer le Grand répartit les toldot entre cieux et terre, les Sages les ramènent tous à Tsion, et les Tossefot précisent que cela vaut aussi pour le milieu et les côtés du débat précédent. Le Ben Yehoyada concilie les tanaim par la distinction entre création en puissance et création en acte -- le lait puis la présure -- et lit "mikhlal yofi" comme les seize éléments des quatre orients. L'amoud se referme sur le retour au service : que signifie ke-matslif, la manière dont le cohen gadol aspergeait le sang ?
55a19 segments · 17 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 55a -- Une en haut, sept en bas : viser l'épaisseur du kapporet et compter les aspersions à voix haute
La sougya s'ouvre sur la fin de la réponse à la question du daf précédent (ke-matslif, comme celui qui fouette) et sur une baraita qui précise le geste : le cohen gadol n'asperge jamais SUR le couvercle de l'arche mais face à son épaisseur, en retournant sa main vers le bas pour l'aspersion du haut et vers le haut pour celles du bas. D'où cela vient-il, alors que le verset dit expressément "sur le kapporet" ? Rav Aha bar Yaakov, au nom de Rabbi Zeira, montre qu'un mot du verset est de trop et devient donc libre pour un rapprochement (hekech) : reste à savoir lequel, car les deux lectures possibles donnent des résultats opposés -- le sang touche ou ne touche pas. Le débat est tranché par l'école de Rabbi Eliezer ben Yaakov, dont le binyan av sur le mot "penei" (= le côté est) confisque le mot que la lecture adverse voulait déclarer superflu. Une longue baraita reconstruit ensuite le nombre des aspersions : les deux cases vides du tableau (combien en bas pour le bouc, combien en haut pour le taureau) sont comblées par les mots "comme il a fait", qui exigent que toutes les opérations soient identiques -- une en haut, sept en bas, de part et d'autre. L'amoud se termine sur le décompte à voix haute (Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne divergent que par l'usage de leur ville), sur les deux raisons de renommer la première aspersion à chaque fois (Rabbi Elazar : ne pas se tromper ; Rabbi Yo'hanan : le verset l'exige), puis sur les supports d'or de la michna, qui ouvrent la question parallèle des troncs du Temple pour les nids d'obligation.
55b6 segments · 14 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
pourquoi il n'y avait pas de tronc pour les nids d'obligation : de l'inscription qu'on ne lit pas (lit leh ketiva) à la hatat dont le propriétaire est mort, et le refus de la berera
Le daf poursuit la question laissée ouverte en 55a : pourquoi, selon Rabbi Yehouda, n'y avait-il pas au Temple de tronc réservé aux kinéi hova, les nids d'obligation ? Première réponse : parce qu'il ne se fie pas à l'inscription (lit leh ketiva) — comme le prouve le ken unique du sanctuaire, où deux supports étiquetés auraient pourtant suffi. Mais la baraita des treize chofarot du Temple, tous inscrits et attribuée à Rabbi Yehouda lui-même, ruine ce motif. Rav Dimi apporte alors celui de la Terre d'Israël : la crainte d'une hatat dont le propriétaire est mort, argent voué à la perte qui contaminerait tout le tronc ; encore faut-il préciser qu'il s'agit d'une mort certaine, puisqu'une mort seulement possible n'arrête pas l'offrande de celui qui l'envoie d'outre-mer. Reste alors le sauvetage classique — prélever quatre zouz et les jeter à l'eau — qui bute sur le principe : Rabbi Yehouda n'admet pas la berera. Le daf s'achève en cherchant la source de cette position, dans la michna de celui qui achète du vin chez les Koutim et déclare teroumah, la veille de Chabbat, deux log qu'il ne prélèvera que le lendemain.
56a1 segments · 1 Rachi · 2 Tossefot · 2 schĂ©mas
u-meihel ve-choteh miyad : boire aujourd'hui ce qui ne sera prélevé que demain, et la grande question de la berera
Le plus court des amoudim de Yoma : une seule ligne de guemara, qui achève la michna citée en 55b. Celui qui achète cent log de vin chez un Kouti la veille de Chabbat, sans récipients ni temps pour prélever, déclare d'avance deux log de teroumah, dix de maasser richon et neuf de maasser cheni, rachète le maasser cheni sur des pièces (meihel) et boit aussitôt — paroles de Rabbi Meir. Tout repose sur la berera : la séparation de dimanche révèle rétroactivement ce qui était déjà vrai vendredi, de sorte que le vin bu pendant Chabbat était bien du houlin. La guemara ne cite ce texte que pour y chercher la source du refus de la berera chez Rabbi Yehouda, qui expliquerait pourquoi l'on ne pouvait pas sauver le tronc des nids d'obligation ; elle refusera cette preuve en 56b. Le poids du daf est ailleurs : dans l'immense Tossefot sur divrei Rabbi Meir, qui confronte Rabbi Meir à lui-même, Chemouel à lui-même, Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yossi à eux-mêmes, essaie quatre critères de tri — explicite-t-il ses paroles, la chose est-elle destinée à s'éclaircir, dépend-elle de sa volonté ou de celle d'autrui, est-ce une condition ou une berera — et conclut en revenant à Rachi : dès lors que l'homme fait dépendre son acte d'un fait qui n'est pas en son pouvoir, c'est de la berera.
56b16 segments · 12 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
ein berera chez Rabbi Yehouda : la braita d'Aiyo, la faiblesse du cohen gadol et la Chekhina dans l'impureté
Cet amud clôt d'abord la longue enquête ouverte en 55b : d'où sait-on que Rabbi Yehouda rejette la berera, l'éclaircissement rétroactif ? La première preuve, tirée du vin acheté chez les Koutim, est écartée — les Tanaim qui interdisent invoquent peut-être seulement le risque que l'outre éclate. La preuve est finalement trouvée dans la braita d'Aiyo sur les deux erouvin : on ne peut pas déposer un erouv à l'est et un à l'ouest en se réservant de choisir demain, tandis que l'erouv conditionné à la venue d'un seul sage reste valable — Rabbi Yo'hanan précisant que le sage était déjà arrivé au crépuscule, de sorte que rien ne restait à clarifier. Un immense Tossefot cartographie au passage toutes les sources contradictoires et le critère qui les trie : dépendre de sa propre volonté ou de celle d'autrui. La sougya rebondit alors sur l'écriture : puisque Rabbi Yehouda l'admet, pourquoi ne pas installer deux supports inscrits dans le Heikhal ? Réponse : la faiblesse du cohen gadol, qui ne distingue déjà ni la taille des récipients ni la couleur des sangs. Le daf s'achève sur le service lui-même — Rava corrigeant un officiant qui mêlait deux avis dans sa formule, les huit aspersions reproduites du Saint des Saints au Heikhal, et cette phrase du verset : même au milieu de leurs impuretés, la Chekhina demeure avec eux.
57a15 segments · 13 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
la Chekhina au milieu de l'impureté, le hekesh appris d'un hekesh, le parokhet de Rome et le sang mélangé au sang
Cet amud s'ouvre sur la clôture du dialogue engagé en 56b : un Tsedouki objecte à Rabbi Hanina qu'Israël, étant impur, a perdu la Présence divine ; la réponse lui vient du verset même des aspersions de Kippour — "qui réside avec eux au milieu de leurs impuretés". La sougya bascule alors dans une objection de pure méthode : les aspersions du Heikhal sont apprises de celles du Saint des Saints, qui étaient déjà apprises par hekesh — or, en matière de kodachim, on ne tire pas un hekesh d'un hekesh. Trois réponses sont proposées : le premier rapprochement n'était qu'un "heimenou ve-davar aher" fixant un simple nombre ; ou bien ce sont les lieux, et non les bêtes, qui s'apprennent l'un de l'autre ; ou bien tout est appris d'un seul coup, l'explicite entraînant le dérivé — lecture que le Tossefot discute longuement avant d'y revenir. Vient ensuite un témoignage oculaire rarissime : Rabbi Elazar berabbi Yossi a vu à Rome le parokhet du Temple, couvert de gouttes de sang, et la disposition de ces taches — dans leur ordre ou hors de leur ordre — sert à identifier de quel service elles provenaient. L'amud se ferme sur un cas pratique : que faire si le sang du taureau et celui du bouc se mélangent ? Rava propose une série unique valant pour les deux ; Rabbi Yirmeya la réfute au nom de "ve-khila" et impose deux séries séparées par la seule intention ; puis Rav Pappa refait la même erreur sur l'autre règle d'ordre, et Rava conclut par la formule restée célèbre : jusqu'ici stupides, désormais stupides parmi les stupides.
57b15 segments · 16 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
le sang qui perd son identité : mélangé partiel, coupes confondues, chirayim ou dehouyin, et le mélange voulu des deux sangs pour les cornes
Cet amud poursuit et achève la série des accidents du sang commencée en 57a. Rava y donne sa solution pour le mélange survenu pendant les dernières aspersions : achever les sept du bas au nom du taureau, puis refaire pour le bouc une série complète — l'intention, et elle seule, séparant ce que le récipient a confondu. Vient ensuite un cas où le sang n'est pas mélangé mais où les coupes le sont : le Cohen Gadol ne sait plus laquelle appartient à quelle bête, et la guemara y répond par un mah nafshakh en trois séries, dont Rachi déroule les deux hypothèses et que le Tossefot restreint au seul service du Heikhal. Troisième configuration : une partie du sang seulement s'est mélangée, dans un troisième bassin. Asperger du sang certain est évident ; mais le mélange est-il un reste (chirayim, versé au yessod) ou un rejeté (dahouy, envoyé à l'amah) ? Rav Pappa et Rav Houna berei de-Rav Yehochoua s'affrontent par deux raisonnements exactement symétriques — le rejet tient-il à l'impossibilité de servir ou à un acte de mise à l'écart ? — et la guemara produit la braita des quatre coupes, où le tana kama et Rabbi Eliezer berabbi Chimon divisent le verset "et il déversera tout son sang", Rav Achi sauvant le mot restrictif en le rapportant au sang resté dans le cou de la bête. L'amud se clôture sur un mélange volontaire, celui de la Michna : le Cohen Gadol verse le sang du taureau dans celui du bouc. Mélange-t-on pour les cornes ? Rabbi Yochiya, qui lit "yahdav" même là où il n'est pas écrit, dit oui ; Rabbi Yonatan dit non. La guemara tente de sauver Rabbi Yonatan par le mot "ahat", puis une braita nommant Rabbi Yochiya ruine ce sauvetage — et le Tossefot en tire une des plus longues discussions du chapitre.
58a11 segments · 14 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 58a -- mélanger ou non le sang du taureau et celui du bouc pour les cornes de l'autel d'or (R. Yochiya contre R. Yonatan), puis les questions de Rami bar Hama à Rav Hisda sur la hatzitza dans le service : un mizrak emboîté dans un mizrak, et du siv au fond du bassin.
Le daf s'ouvre sur la fin de la controverse entre R. Yochiya et R. Yonatan à propos des quatre cornes de l'autel d'or : le kohen gadol y applique-t-il un sang unique, obtenu en mélangeant celui du taureau et celui du bouc, ou bien fait-il deux tournées séparées ? Chacun mobilise les mêmes deux versets -- « du sang du taureau et du sang du bouc » (Lv 16,18) et « achat », une seule fois (Ex 30,10) -- mais leur fait dire l'inverse : pour R. Yochiya, achat prouve l'unité du sang ; pour R. Yonatan, il ne fait que limiter chaque sang à une seule série de dons. Une baraita anonyme tranche comme R. Yochiya, et les Tossefot consacrent une longue glose à montrer que « comme R. Yochiya » ne veut pas dire « c'est lui ». La seconde moitié du daf change de registre : partant du membre de michna « il a mis le plein dans le vide », Rami bar Hama demande à Rav Hisda si un ustensile emboîté dans un autre fait écran entre la main du kohen et le sang -- un type dans son propre type fait-il hatzitza ? La preuve tirée de la michna est réfutée, celle tirée du kohen debout sur le pied de son compagnon également (un pied ne s'annule pas). Une version alternative reformule la question comme portant sur la convenance du geste, et la tranche par une derasha : deux ustensiles pour un seul service. Suit la question symétrique du siv, fibre de palmier posée au fond du bassin -- un corps d'une autre nature, mais poreux : la preuve de l'éponge dans la chouket est écartée parce que l'eau est fluide là où le sang est épais, et la seconde version conclut par un critère de matière : pour le sang, kacher ; pour le kometz, passoul.
58b15 segments · 19 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 58b -- l'autel d'or et ses quatre cornes : par où commence-t-on, et pourquoi la corne rencontrée en premier n'est jamais la première servie (R. Akiva contre R. Yossi HaGelili)
Le daf quitte le Saint des saints pour la dernière station du sang : l'autel d'or, une amah sur une amah, que la michna identifie à « l'autel qui est devant Hachem ». Elle y décrit l'ordre des quatre cornes (nord-est, nord-ouest, sud-ouest, sud-est), le sens du trait de sang -- de bas en haut partout sauf sur la corne qui fait face au kohen --, les sept aspersions sur le tohoro, puis le sort des restes de sang : yesod occidental pour les hatat intérieures, yesod méridional pour les extérieures, la amah, le Kidron, les jardiniers, et la me'ila si l'on en profite sans payer. La guemara commence par deux baraitot symétriques de R. Nehemia qui fixent, à partir de deux mots apparemment superflus, où se tient le kohen quand il asperge vers le parokhet : en dedans de l'autel à Yom Kippour, en dehors pour le par hé'elem davar. Vient ensuite la grande mahloket : R. Akiva fait commencer au sud-est et contourner par la gauche, R. Yossi HaGelili au nord-est et par la droite, chacun ayant à l'esprit une architecture différente des parokhot. Tous s'accordent pourtant sur un point : la corne rencontrée en premier n'est jamais servie en premier, car « il sortira vers l'autel » veut dire : jusqu'à être sorti de tout l'autel (Chemouel). Reste à comprendre pourquoi R. Akiva contredit la règle du tour par la droite de Rami bar Ye'hezkel -- et la réponse est un arbitrage entre deux principes : le verset l'oblige à différer la corne qu'il rencontre, ein maavirin al ha-mitsvot l'oblige à y revenir au plus vite.
59a19 segments · 24 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 59a -- à la main ou à pied : comment on contourne l'autel d'or, où tombent les sept aspersions, et vers quel yesod s'écoulent les restes du sang
Le daf achève la mahloket ouverte en 58b entre R. Akiva et R. Yossi HaGelili sur le sens de la tournée des quatre cornes de l'autel d'or, en proposant trois lectures successives du point de désaccord : le contournement se fait-il à la main ou à pied ; si tous conviennent qu'il se fait à la main, en déduit-on malgré tout les règles du contournement à pied ; enfin, l'autel d'or a-t-il un pourtour comme l'autel extérieur ou n'est-il que l'équivalent d'un seul de ses coins. La deuxième lecture tombe -- R. Eliezer, dans la fin de la michna, prouve que le premier tanna faisait marcher le kohen --, et une baraita de R. Yishmael montre que deux kohanim gedolim du premier Temple pratiquaient déjà différemment, chacun avec sa raison. Vient ensuite l'avis de R. Eliezer, rapporté en deux versions opposées par R. Meir et R. Yehouda sur le sens du trait de sang, notre michna suivant R. Yehouda. La guemara cherche alors ce que signifie le mot tohoro : d'abord la mi-hauteur de la paroi, puis -- l'objection des braises ratissées obligeant à se raviser -- la surface découverte du dessus. Une baraita place les sept aspersions au nord ou au sud selon le côté de l'ouverture du parokhet, tous s'accordant sur le principe que là où il a sanctifié, là il purifie. Le daf se clôt sur la destination des restes de sang : yesod occidental pour les hatatot intérieures, méridional pour les extérieures, avec une règle unique -- le yesod le plus proche --, les positions unifiantes de R. Yishmael et de R. Chimon bar Yohai, le retournement de R. Yishmael retenu par le signe mashkhuha gavrei le-gavra, et enfin la mahloket sur la me'ila avec le sang.
59b4 segments · 5 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 59b -- d'oĂą vient qu'il n'y a pas de me'ila avec le sang : lakhem, lekhaper, hou -- et l'objection de la teroumat hadechen
Le daf ouvre en délimitant la mahloket laissée en suspens à la fin de 59a sur les restes de sang vendus aux jardiniers : le désaccord ne portait que sur une me'ila instituée par les Sages ; sur le plan toranique, tous s'accordent à dire qu'il n'y a aucune me'ila avec le sang -- Rachi précisant que mo'alin y signifie seulement le remboursement du keren, sans le homech, et Tossefot observant que la vente elle-même le prouve. La guemara cherche alors le verset, et en tire trois lectures du même Lévitique 17,11 : Oulla lit lakhem, à vous, argument de propriété -- le sang n'est pas un bien du Temple ; l'école de R. Chimon lit lekhaper, argument de finalité -- je l'ai donné pour l'expiation et non pour la me'ila ; R. Yo'hanan lit hou, argument d'alignement -- le statut d'avant la kappara est celui d'après. Cette dernière lecture, étant une équivalence, se retourne aussitôt : pourquoi ne pas aligner en sens inverse et conclure qu'il y a me'ila après aussi ? La guemara tranche par le principe général en lekha davar che-na'assit mitsvato ou-mo'alin bo -- rien de ce dont la mitsva est accomplie ne reste soumis à la me'ila -- mais le daf se clôt sur le contre-exemple qui met ce principe à l'épreuve : la teroumat hadechen, dont la mitsva est faite et qui reste pourtant interdite au profit. En marge, deux grandes discussions de Tossefot : celle de Rabbenou Tam sur la contradiction avec Zeiri (résolue en faisant de la chehita la ligne de partage), et la longue analyse du Ri et du Ritzba sur le statut exact des cendres, où l'on découvre que mo'alin n'y est pas toujours employé au sens strict.
60a12 segments · 16 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 60a -- deux versets qui viennent comme un seul, les trois mots du sang, et l'ouverture du chapitre sur l'ordre du service de Kippour
Le daf achève d'abord la sougya héritée de 59b : pourquoi la teroumat hadéchen, dont la mitsva est accomplie, reste-t-elle soumise à la me'ila sans que cela devienne une règle générale ? La guemara répond par le principe des chenei ketouvim ha-baim ke-e'had -- deux versets venant comme un seul n'enseignent pas -- et doit changer deux fois de paire sous la pression des objections : d'abord teroumat hadéchen et vêtements sacerdotaux, puis, une fois Rabbi Dossa invoqué, teroumat hadéchen et eglah aroufa. Pour l'avis qui tient que deux versets enseignent malgré tout, elle abandonne les règles générales et produit deux mots restrictifs explicites, ve-samo et ha-aroufa, ce qui déclenche chez Tossefot une longue analyse sur le danger du mi'out après mi'out. Restent alors les trois mots du verset du sang -- lakhem, lekhaper, hou -- que la guemara redistribue en trois exclusions : notar, me'ila, toum'a ; le pigoul, lui, n'a besoin d'aucun verset, car le sang est un matir et non un mouttar. Le daf bascule ensuite dans un tout autre registre avec la michna qui ouvre le chapitre : tout le service de Kippour est énoncé selon l'ordre, et l'inverser revient à n'avoir rien fait ; si le sang se répand en cours d'aspersions, on reprend au début du lieu en cours, chaque lieu formant une expiation autonome -- Rabbi Elazar et Rabbi Chimon estimant, eux, qu'on reprend exactement où l'on s'est arrêté. La guemara referme le daf sur la mahloket de Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia : le critère de l'indispensable est-il le lieu du service ou le vêtement porté ? Rabbi Yo'hanan montre que les deux lisent le même verset, 'houkat olam... a'hat ba-chana.
60b8 segments · 14 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 60b -- le lieu ou le vĂŞtement : jusqu'oĂą l'ordre du service de Kippour est-il indispensable ?
Le daf poursuit la mahloket ouverte à la fin de 60a entre Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia sur la portée du mot 'houka dans le verset 'houkat olam... à'hat ba-chana : jusqu'où l'ordre du service de Kippour est-il me'akev, c'est-à-dire indispensable au point que l'inverser revienne à n'avoir rien fait ? La première formulation -- le lieu contre les choses -- est aussitôt écartée, car le mot lieu ne figure pas dans le verset ; la guemara refonde alors la mahloket sur la répartition de deux mots restrictifs, zot et à'hat, que Rabbi Yehouda dépense sur les vêtements blancs du dehors et les vêtements d'or, tandis que Rabbi Nehemia les dépense sur les vêtements d'or et sur les chirayim, les restes du sang versés au yessod. Une baraita sur ve-khila mekhaper et ha-kodech, où Rabbi Akiva et Rabbi Yehouda inversent la dépendance entre achevé et expié, sert de preuve que Rabbi Yehouda tient les chirayim pour indispensables, et Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi divergent sur la portée de cette baraita : simple machma'out dorchin, ou désaccord réel sur les chirayim. La guemara confronte alors Rabbi Yo'hanan à une déclaration contraire qu'il a faite dans Zeva'him et laisse la difficulté ouverte -- kachya -- ce qui déclenche chez Tossefot la plus longue glose du daf, cinq objections suivies de la solution du Ritsba, qui sépare le fait d'être indispensable du fait de rendre passible celui qui offre au-dehors. Le daf se clôt sur Rabbi Hanina et la 'hafina de l'encens faite avant l'abattage du taureau : elle se défend par le principe tsorekh pnim ke-fnim dami, un geste requis pour le dedans compte comme le dedans, mais la michna du sang répandu vient aussitôt l'ébranler, et l'objection reste suspendue jusqu'à 61a.
61a18 segments · 23 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 61a -- quand le sang se répand : chaque station du service est une expiation close sur elle-même
Le daf ouvre en liquidant l'objection restée suspendue à la fin de 60b -- la michna ne parlait que du sang, son silence sur l'encens n'autorise rien -- puis rapporte la règle sévère de Oulla : un bouc abattu avant que le sang du taureau n'ait été aspergé au-dedans n'a pas été abattu du tout, et il faut une autre bête. La michna semblait la contredire ; on la restreint alors aux présentations du Heikhal, où seule l'aspersion est en cause. La sougya se recentre ensuite sur son objet propre : deux baraitot découpent le service en stations -- Saint des saints, Heikhal, autel d'or -- et établissent que chacune est une kappara bifnei atsma, une expiation entière en elle-même. De ce principe découle toute la casuistique du sang répandu : on ne revient jamais sur une station achevée, on ne peut que reprendre celle qui était en cours. Sur ce point précis, le tanna anonyme veut qu'on la refasse entière, Rabbi Elazar et Rabbi Chimon qu'on reprenne mi-makom che-passak, là où l'on s'est arrêté. Rabbi Yo'hanan ramène les deux camps à un seul mot du verset mi-dam hatat ha-kippourim ahat ba-chana : ahat compte-t-il les bêtes -- hatat ahat, une seule bête par station -- ou les gestes -- hitouy ehad, pas de doublon d'une aspersion déjà faite ? Un second thème croise ce débat au passage : le partage des expiations entre kohanim, Leviim et Israélites, où Rabbi Yehouda fait dépendre tout le monde du viddouy du bouc émissaire pour les fautes ordinaires, tandis que Rabbi Chimon construit deux circuits parallèles et affranchit les kohanim du bouc émissaire. La dernière moitié du daf transporte la mahloket sur le log d'huile du metzora : Rabbi croyait tenir de Rabbi Yaakov une distinction, mais une baraita montre que la même controverse s'y rejoue, et l'on corrige un mot -- non pas il a distingué, mais il a enseigné. Reste à expliquer pourquoi l'huile posée sur la tête du purifié n'est pas indispensable : le seul mot reste ne suffit pas, puisque l'oblation l'emploie aussi sans que ses restes cessent d'être indispensables. La réponse tient au redoublement du terme -- chirei chirayim, un reste de reste -- et le daf s'arrête sur une déclaration de Rabbi Yo'hanan à peine commencée.
61b10 segments · 17 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 61b -- quand le geste prescrit devient impossible : l'acham du lépreux, le nazir chauve, les boucs en trop
Le daf achève d'abord la transposition, ouverte à la fin de 61a, de la mahloket sur le sang répandu au cas de l'acham du metsora : pour Rabbi Meir on apporte une autre bête et l'on recommence, pour Rabbi Elazar et Rabbi Chimon ce qui est fait reste acquis mais bloque la place, et le lépreux reste ein lo takana. Rav Hisda fait tomber la distinction en invoquant le mot oto du verset -- celui-là même qui a été balance avec le log d'huile, et pas un autre -- et la guemara enregistre un kachya. Une baraita vient au secours de Rabbi Yo'hanan, mais Rav Hisda la retourne en lisant tsarikh comme un devoir irréalisable, lecture que le cas du nazir memorat, entièrement chauve, vient légitimer selon Rabbi Avina. Rabbi Pedat s'y oppose : le geste impossible se rejoue sur l'emplacement vide, et il rapproche Beth Chamai de Rabbi Elazar, qui fait mettre le sang à l'emplacement du pouce absent tandis que Rabbi Chimon se rabat sur le côté gauche. La seconde moitié du daf change de registre et décrit la mécanique du sang de l'acham du metsora : un verset impose la kabala dans la paume du kohen pour ce qui va sur l'homme, un autre impose le keli pour ce qui va sur l'autel, d'où la solution de la baraita -- deux kohanim recueillent simultanément, l'un pour l'autel, l'autre pour l'oreille, le pouce et l'orteil du lépreux. Tossefot y greffe sa plus longue glose, une discussion du Ritsba sur la capacité d'une règle apprise par gezera chava à enseigner ensuite par hekech. Le daf se clôt sur la michna de Kippour et le sort des bêtes écartées, puis sur la question de Rava à Rav Nahman : combien de boucs d'Azazel faut-il envoyer quand trois paires ont été tirées au sort ? La réplique cinglante de Rav Nahman -- est-ce son troupeau qu'il envoie ? -- laisse la sougya ouverte jusqu'à 62a.

Perek 6 Chenei Seirei — Les deux boucs · 13 amudim

62a11 segments · 12 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 62a -- Un seul bouc pour Azazel : le premier ou le dernier ? Puis l'ouverture du perek Chnei Se'irei
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya de 61b : quand plusieurs paires de boucs ont été tirées au sort, Rav Nahman établit qu'un seul part à Azazel, parce que le verset dit oto -- celui-là. Reste à savoir lequel : Rav Papi au nom de Rava dit le premier, Rav Chimi au nom de Rava dit le dernier, celui avec lequel l'expiation par le sang s'est achevée. Pour fonder Rav Papi, la guemara part en quête du Rabbi Yossi qui enseigne mitsva ba-richon : elle écarte celui des trois kupot marquées aleph beth guimel -- la première y était apte avant les autres, ce qui n'est pas notre cas -- et retient celui du pessa'h perdu puis retrouvé, où les deux agneaux deviennent aptes ensemble à hatsot et où le premier l'emporte tout de même, sauf si le second est mouvhar. Le chapitre Hotsiou Lo se clôt alors, et s'ouvre le perek Chnei Se'irei : les deux boucs doivent être semblables en apparence, en taille, en prix, et acquis d'un seul coup -- mais rien de tout cela n'est me'akev. La michna règle enfin la mort de l'un d'eux, avant ou après le goral, avec le tenai qui redistribue les rôles, le sort de la bête en trop (elle paît, on la vend, ein hatta't tsibour meta) et l'objection de Rabbi Yehouda, qui la fait mourir et lie le destin du sang à celui du bouc envoyé. Le Piskei HaRosh profite de la michna pour redonner ici tout le seder ha-avoda de Yom Kippour, des immersions du kohen gadol jusqu'aux aspersions et aux cas de sang répandu.
62b20 segments · 19 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 62b -- Deux bĂŞtes semblables : ce qu'un mot en trop peut exiger. Puis la hagrala comme acte manquant
Le daf explore d'abord un mécanisme exégétique d'une grande régularité. Le mot ''chnei'' ajouté à un pluriel est superflu comme nombre, donc il apprend une qualité : que les deux bêtes soient chavin, semblables. Mais la répétition du singulier (sa'ir sa'ir, keves keves, tzippor tzippor) les valide quand même après coup -- signe qu'un ikkouv menaçait, et la guemara part le chercher : les trois ''chnei'' pour les boucs de Kippour, le ''tihyeh'' de la paracha du metzora pour ses agneaux et ses oiseaux. Une fois l'ikkouv désamorcé, ces mots se recyclent : mar'é, koma et damim pour les boucs, le reste du rituel pour le metzora. Le moule est alors testé sur les temidin -- et il casse : ''chnayim la-yom'' est déjà pris par la braita qui lit ''face au jour'', d'où la belle description de la chehita du tamid, au nord-ouest de l'autel le matin et au nord-est le soir, sur le second anneau, face au soleil. Les moussafin de Chabbat, eux, gardent un ''chnayim'' disponible, et Rachi corrige ici la girsa reçue tandis que Tossefot la défend par ''olat chabbat be-chabbato''. La seconde moitié du daf change de registre : les deux boucs égorgés hors de la azara. Avant le sort on est passible pour les deux, après seulement pour celui de Hachem. Rav Hisda fonde cette aptitude sur le bouc du moussaf, résiste à l'objection par un principe neuf -- ein mehoussar zman le-vo ba-yom -- et pose que la hagrala, bien qu'extérieure au corps de la bête, vaut comme un acte manquant. Ravina étend aussitôt le concept aux chelamim égorgés portes du heikhal fermées.
63a18 segments · 22 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 63a -- Hoil et akira : quand une aptitude seulement possible suffit à rendre passible celui qui égorge au-dehors
Le daf poursuit la discussion sur la chehita hors de la azara et la ramène à une seule question : une bête inapte maintenant, mais qui pourrait être apte sous un autre titre, compte-t-elle déjà comme apte ? C'est le principe de hoil. La guemara demande d'abord si Rav Hisda l'accepte vraiment, puisqu'il exempte celui qui égorge dehors un pessa'h hors saison lichmo -- et la réponse fonde toute la sougya : le pessa'h exige une akira, un déracinement explicite de son nom, tandis que les deux boucs de Kippour n'exigent rien, étant hatat des deux côtés. Arrivent alors les deux nahotei, Rav Dimi et Ravin, qui rapportent la même chaîne -- Rabbi Yirmeya au nom de Rabbi Yo'hanan -- pour conclure à l'opposé : patur dans tous les cas pour l'un, au nom de akirat houtz lav chema akira ; hayav dans tous les cas pour l'autre, au nom de hoil. La michna de Zevahim sur le mehoussar zman ba-be'alim -- zav, zava, yoledet, metzora -- vient objecter avec son partage net : hatat et acham exempts, ola et chelamim passibles, selon qu'il existe ou non une voie d'entrée par la nedava. Rav Hilkiya bar Tovi y restreint l'exemption au seul lichmo, la même objection de hoil revient, et le pessa'h change alors de camp : hors saison, il est des chelamim par défaut. Le daf se ferme sur le partage des versions -- Rav Achi contre Rav Yirmeya de Difti -- puis revient à la braita des deux boucs après la hagrala, et ouvre les versets de Vayikra 17.
63b13 segments · 19 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 63b -- Meyouhad la-Hachem : le bouc émissaire entre l'exclusion et l'inclusion, et la règle de me-inyana de-kra
Le daf achève la braita du Torat Kohanim sur la chehita hors de la azara en isolant le dernier filtre du verset : après korban (il faut une offrande) et el petah ohel moed (il faut être apte à l'entrée), c'est le mot la-Hachem qui retranche le bouc émissaire -- apte à venir à l'entrée pour la hagrala et le vidouy, mais voué à Azazel, donc non meyouhad la-Hachem. Rachi et Tossefot s'affrontent au passage sur la guirsa qui mentionne la para adouma. Surgit alors une contradiction frontale : une autre braita, sur Vayikra 22,27, lit le même la-Hachem comme un ribouy qui inclut le bouc émissaire dans l'interdit du mehoussar zman. Rava tranche par un principe de portée générale -- me-inyana de-kra : chaque occurrence se lit dans le contexte de son propre verset, un ribouy voisin appelant un miout et inversement. La guemara demande ensuite comment un bouc émissaire mehoussar zman est seulement concevable, puisque le goral ne fixe que ce qui est déjà apte au Nom. Rav Yossef propose Hanan l'Égyptien -- réfuté, car il nie les dehouyin, non la hagrala -- puis Rabbi Chimon, qui dispense de tirage au sort le bouc de remplacement. Ravina donne enfin une réponse valable selon tous : le bouc atteint d'un moum et désacralisé sur un autre, lequel vient par la force du premier sans nouveau sort. Reste à établir qu'un moum invalide bien le bouc émissaire : la braita de Vayikra 22,22 le fournit en découpant le verset en quatre, et le daf se ferme sur la tzricha qui distingue les deux disqualifications, le temps qui manque et l'état repoussant.
64a16 segments · 10 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 64a -- Ba'alei 'hayim einan nidhin : le bouc reste seul peut-il encore monter Ă  l'autel ?
Le daf s'ouvre sur la dernière réponse à la question laissée ouverte : comment un bouc émissaire peut-il être mehoussar zman ? Rava imagine un malade en danger chez le vendeur des boucs, pour qui l'on égorge le jour de Kippour une bête qui se trouve être la mère du bouc -- l'interdit oto ve-et beno le bloque alors jusqu'au lendemain. Objection : pousser un bouc au précipice n'est pas une chehita ; réponse d'Eretz Israël, dehiyato là-tsok zo hi chehitato, que Tossefot confronte à la sougya de Houlin sur la egla aroufa. La guemara passe ensuite au cœur du daf : quand l'un des deux boucs meurt après la hagrala et qu'un second couple est amené, lequel des deux rescapés monte à l'autel ? Rav dit celui du premier couple, Rabbi Yo'hanan celui du second, et la mahloket se ramène à un principe de portée générale -- les êtres vivants sont-ils définitivement repoussés (ba'alei 'hayim nidhin) ou non ? L'analogie du mehoussar zman échoue, celle du ba'al moum over tient, et tout se joue alors sur le partage des mots de Vayikra 22,25 : bahem est-il un miout qui enferme l'exception, ou bien signifie-t-il be-einayhou, ouvrant la porte au ta'arovet de la michna des membres mélangés ? Le daf se ferme sur une objection contre Rav -- son principe autorise mais n'oblige pas -- à laquelle Rava répond par mitsva ba-richon, en écartant le Rabbi Yossi des kouppot au profit de celui du pessa'h, seul cas où les deux candidats deviennent aptes au même instant.
64b7 segments · 10 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 64b -- Dayka matnitin kavateh de-Rav : quel texte pour quel camp dans la mahloket sur la dehiya ?
Le daf s'ouvre sur la dernière clause de la baraita du pessa'h -- si le second est de meilleure qualité, c'est lui qu'on apporte -- que Tossefot cherche à étendre, ou non, au bouc émissaire. Puis Rava vient arbitrer la mahloket entre Rav et Rabbi Yo'hanan sur le sort du bouc resté seul après la mort de son compagnon : il n'en tranche pas, il répartit les sources. La michna parle la langue de Rav, avec son yitkayem tahtav qui ne remplace que le mort et son ve-idakh ke-de-kai kai qui laisse le rescapé dans sa sainteté ; la baraita parle celle de Rabbi Yo'hanan, en tirant du yaamod haï de Vayikra 16,10 qu'un bouc n'a droit qu'à une seule station et non à deux. La guemara lance ensuite trois objections. Contre Rav, le ve-od amar Rabbi Yehouda de la fin de la michna, où le bouc envoyé doit mourir -- Rav s'en dégage en déclarant qu'il ne parle que selon les rabbanan, et Rachi montre que ce ve-od trahit justement la position des rabbanan. Contre Rabbi Yo'hanan, le fait que ce ve-od n'aurait alors plus rien à ajouter -- et Rava ne répond que par le rappel de son diagnostic, gêne que Tossefot analyse longuement en la rapportant à la seconde version qui conclura par un kachya. Le daf se ferme sur une troisième objection, tirée du motif shein hatat tsibour meta : elle s'accorde chez Rabbi Yo'hanan avec la halakha de Rabbi Abba au nom de Rav sur la hatat perdue de Temoura 23a, mais laisse Rav sans réponse -- la suite est en 65a.
65a15 segments · 26 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 65a -- le bouc survivant : paît-il ou meurt-il ? Rav contre Rabbi Yo'hanan sur les deux couples de boucs, le 've-od' de Rabbi Yehouda, l'exigence que le bouc émissaire reste vivant jusqu'à l'aspersion du sang, puis les chekalim volés et le report d'une année sur l'autre.
Le daf poursuit la discussion sur la michna des deux boucs de Yom Kippour dont l'un meurt après le tirage au sort : on amène un nouveau couple, mais lequel des deux animaux surnuméraires ira paître ? Rav (les êtres vivants ne sont pas écartés) lit la michna du second du second couple ; Rabbi Yo'hanan (les vivants sont écartés) la lit du survivant du premier couple. On objecte à Rav que son surnuméraire n'est qu'une bête de réserve (le-ahrayout), qui paîtrait même pour un particulier selon Rabbi Ochaya ; réponse : Rav suit Rabbi Yossi ('mitsva ba-richon'), si bien que le second couple est mis à part 'en vue d'une perte' et que le motif de la michna -- un chatat du public ne meurt pas -- reste nécessaire. La sougya montre ensuite que le 'et en outre' de Rabbi Yehouda ne s'explique bien que selon Rav : Rabbi Yehouda diverge d'abord sur le chatat communautaire, puis sur le rejet des animaux vivants ; pour Rabbi Yo'hanan, la formulation reste une difficulté (kachya). Vient alors l'analyse de la clause 'si le bouc émissaire est mort, on répandra le sang' : puisque seul le tirage au sort est indispensable pour lui, pourquoi tout recommencer ? L'école de Rabbi Yannai déduit de 'il sera placé vivant' que le bouc émissaire doit rester en vie jusqu'à l'aspersion du sang de son compagnon. Le daf s'achève sur une seconde sougya, la michna de Chekalim 2,1 (chekalim volés ou perdus, serment aux trésoriers ou aux habitants) et le principe que Rava prête à Rabbi Yehouda -- les obligations d'une année peuvent être offertes l'année suivante -- aussitôt attaque par Abaye à partir du taureau et du bouc de Kippour perdus, qui doivent mourir. La réponse de Rava se poursuit en 65b.
65b8 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 65b -- pourquoi le taureau et le bouc de Kippour doivent mourir : quatre explications (terouma nouvelle, goral périmé, propriétaires morts, année dépassée), le refrain "et pour un décret elles mourraient ?" et la baraita sur la manière de compter une année entière.
Le daf achève la réponse de Rava à Abaye : si le taureau et le bouc de Kippour perdus puis retrouvés doivent mourir selon Rabbi Yehouda, ce n'est pas parce qu'une obligation ne peut jamais passer d'une année à l'autre, mais parce qu'il s'agit d'offrandes du public, soumises à la règle de Rabbi Tavi au nom de Rabbi Yochiya : à partir du 1er Nissan on les achète sur un prélèvement nouveau. Suit une chaîne de quatre explications, chacune brisée par les deux mêmes objections. La règle de la terouma nouvelle ne vaut que pour le bouc (le taureau exige une gezera), et Chmouel enseigne qu'elle n'est qu'une mitsva et non un empêchement. Rabbi Zera propose que le tirage au sort d'une année ne fixe rien pour la suivante, et que refaire le tirage est interdit par décret -- mais le taureau ne passe par aucun goral, et l'on empile alors décret sur décret. Les rabbanan proposent devant Abaye la crainte d'un hatat dont les propriétaires sont morts, le kohen gadol pouvant mourir dans l'année -- mais le bouc appartient au public, qui ne meurt pas, d'où une gezera en sens inverse. Reste la quatrième explication : la crainte d'un hatat dont l'année est passée, un bouc de hatat devant avoir moins d'un an. Objection : ce n'est pas une crainte, c'est un fait. Réponse par le calendrier : selon Rabbi, une année entière vaut 365 jours solaires, alors que d'un Kippour à l'autre il ne s'écoule qu'environ 354 jours lunaires ; un chevreau de moins de onze jours n'a donc pas encore dépassé son année, et le langage du décret se justifie. Tout au long du daf revient le refrain ou-mechoum gezera yamoutou : un décret rabbinique ne devrait pas conduire à la mort de la bête alors que le pâturage suffirait -- objection que Tossefot confronte longuement à la michna des kinnim et au mélange du bœuf lapidé.
66a15 segments · 19 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 66a -- la takala de Rava : pourquoi le taureau et le bouc de Kippour doivent mourir alors que les autres bêtes paissent, la preuve tannaitique par le pessa'h reporté, puis la michna du vidouy sur le bouc émissaire, la question des kohanim et le convoyeur.
Le daf s'ouvre sur la fin de la discussion héritée de 65b. L'explication par l'année dépassée ne peut concerner que le bouc, le taureau ayant trois ans : il faut une gezera croisée -- et cette gezera s'effondre sous deux objections, car un simple décret ne devrait pas faire mourir une bête, et parce qu'une hatat dont l'année est passée va au pâturage plutôt qu'à la mort, selon l'image de Reich Lakich d'une bête que l'on considère comme se tenant dans un cimetière. Rava propose alors une raison entièrement différente : une gezera mechoum takala, la crainte d'un accident rituel. Il l'appuie sur la baraita be-zman ha-ze, qui interdit aujourd'hui le hekdech, l'erekh et le herem, et qui prescrit de supprimer l'animal consacré par erreur en verrouillant la porte devant lui. La guemara teste ce critère : ni la tonte ni le travail ne peuvent être la takala redoutée, puisqu'ils menacent également les bêtes laissées au pâturage. La réponse tient au mot tarid : les bêtes au pâturage ne seront jamais offertes elles-mêmes, seule leur valeur servira, et l'on s'en désintéresse ; le taureau et le bouc de Kippour restent aptes au service, le kohen gadol y pense, et il pourrait les offrir trop tôt. Reste à savoir si la crainte de la takala est une position tannaitique : deux baraitot sur un agneau de pessa'h non offert semblent diverger là-dessus, mais on tente d'expliquer leur désaccord par la mahloket Rabbi / rabbanan sur le compte de l'année -- jusqu'à ce que le membre de phrase vekhen ha-maot, qui applique la même divergence à de l'argent sans âge, tranche définitivement en faveur de la takala. La michna reprend ensuite le récit du service : le kohen gadol vient auprès du bouc émissaire, pose ses deux mains et prononce le vidouy pour Ton peuple, la maison d'Israël, le parvis se prosterne en entendant le Nom explicite, puis le bouc est remis à son convoyeur -- tous sont aptes en droit, mais les kohanim gedolim en avaient fait un usage exclusif, que le souvenir d'Arsela, un Israël, vient démentir. Une rampe avait été construite pour soustraire le bouc aux Babyloniens qui lui arrachaient les poils en criant tol ve-tsé. La guemara demande enfin pourquoi ce vidouy ne nomme pas les fils d'Aharon : Rabbi Yirmeya y voit la marque que la michna n'est pas de Rabbi Yehouda, Abaye répond que les kohanim sont inclus dans Israël, et le daf s'achève sur la dracha du mot ich, qui rend apte le non-kohen à conduire le bouc.
66b20 segments · 29 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 66b -- Ich iti : le convoyeur du bouc émissaire, et l'homme qui ne disait rien qu'il n'eût entendu
Le daf s'ouvre sur la fin de la baraita qui épuise les trois mots be-yad ich iti (Vayikra 16,21) : ich rend apte le zar (non-kohen) malgré le mot kapara ; iti au sens de mezouman impose de désigner le convoyeur dès la veille ; iti au sens de "en son temps" permet l'envoi même un Chabbat et même en état de toum'a. À chaque fois la guemara demande lemai hilkheta, quel interdit réel est écarté : Rav Chechet répond que le bouc malade est porté sur l'épaule, ce qui oblige à discuter le principe haï nosse et atsmo de Rabbi Natan (résolu par hole chani), et que le convoyeur devenu impur entre malgré tout dans la azara pour y recevoir l'animal. Rafram en tire que Kippour ne connaît ni hotsaa ni erouv -- déduction que Tossefot rappelle avoir été disqualifiée comme bedouta dans Keritot. Vient alors une longue galerie d'anecdotes : les élèves posent à Rabbi Eliezer les trois questions pratiques que la guemara vient de traiter, puis des questions d'aggada et de halakha, et il les esquive toutes -- non par ignorance, précise la guemara, mais parce qu'il n'a jamais dit une chose qu'il n'avait pas entendue de son maître ; les Sages, eux, tranchent les trois cas par l'affirmative. La question d'une femme savante sur l'inégalité des morts au veau d'or ouvre la sougya centrale : Rav et Levi répartissent l'épée, la maguefa et le hidrokan soit selon la gravité de l'acte, soit selon l'état de la preuve. Rav Yehouda exempte la tribu de Levi tout entière, et Ravina sauve cette thèse en relisant Devarim 33,9 : le père, les frères et les fils y sont des parents du côté maternel, donc des Israël. Le daf revient enfin à la michna -- les arracheurs de poils étaient des Alexandrins et non des Babyloniens, leur cri est restitué en araméen -- et repart sur la route du désert : les notables de Jérusalem escortent le convoyeur jusqu'à la première des dix soukot qui jalonnent le chemin du tsouk.
67a12 segments · 13 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 67a -- Douze mil de désert, et un ruban qu'on finit par cacher au peuple
Le daf achève la michna sur la route du bouc émissaire : quatre-vingt-dix ris, soit douze mil, dix soukot où l'on offre à chaque fois de l'eau et de la nourriture, et un dernier accompagnateur qui s'arrête en chemin et regarde de loin. Rachi transforme ce chiffre en itinéraire de onze étapes dont une seule vaut deux mil, ce qui explique exactement pourquoi le dernier reste en arrière : un mil est la mesure du tehoum du Chabbat. La guemara ouvre alors une baraita à trois voix sur le nombre de soukot -- dix pour Rabbi Meir, neuf pour Rabbi Yehouda, cinq pour Rabbi Yossi -- et tout repose sur l'erouv tehoumin, qui double la portée de chaque groupe ; Elazar fils de Rabbi Yossi pousse le procédé jusqu'à n'en garder que deux, en scindant chaque souka en deux équipes d'erouv. Une baraita explique ensuite pourquoi l'offre d'eau et de nourriture était rituellement inutile et humainement indispensable : celui qui a du pain dans son panier n'a pas faim comme celui qui n'en a pas. Vient enfin le ruban d'écarlate. La guemara justifie son partage par deux risques symétriques -- tout au rocher, il pourrait blanchir avant la poussée et le convoyeur, rassuré, négligerait la mitsva ; tout aux cornes, le bouc replie la tête en tombant et le signe devient invisible. Puis une baraita raconte l'histoire de ses trois emplacements successifs, dehors sur le Oulam, dedans, puis au désert : à chaque fois la takana ne vise pas le rituel mais la honte et la tristesse du peuple devant un ruban qui reste rouge. Rabbi Elazar ha-Kappar précise qu'il blanchissait à l'instant même où le bouc atteignait le désert. Le daf se termine sur une question ouverte : les membres du bouc mis en pièces sont-ils permis ou interdits à la hanaa ? Rav et Chmouel divergent, et la démonstration commence en 67b.
67b16 segments · 28 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 67b -- Un mot pour preuve, un mot à recaser : gezeira, le désert et les houkim
Le daf achève la controverse de Rav et Chmouel laissée ouverte en 67a : les membres du bouc émissaire, disloqué contre le rocher, sont-ils permis ou interdits à la hanaa ? Les deux camps lisent le même verset et se partagent ses deux mots -- celui qui permet prend ba-midbar, mot superflu qui rend le bouc hefker comme le désert ; celui qui interdit prend gezeira, terme de sévérité. Chacun doit alors trouver un emploi au mot que l'autre lui prend, et la guemara le fournit : ba-midbar inclut Nov, Guivon, Chilo et le Temple ; gezeira enseigne le rocher taillé à pic, la dislocation des membres, et surtout le décret pur. Rava tranche en faveur de celui qui permet, par un argument de bon sens législatif : la Torah n'a pas ordonné d'envoyer le bouc pour créer une takala. Deux baraitot décomposent ensuite le nom Azazel -- âpre et dur, le plus dur des monts -- avant que l'école de Rabbi Yichmael n'y entende les noms de Ouza et Azaël, ce qui fait du bouc l'expiation des arayot. De là, la guemara élargit à la grande partition de Vayikra 18,4 : cinq michpatim que la raison aurait écrits d'elle-même, cinq houkim contre lesquels le Satan réplique -- et le bouc émissaire ferme la seconde liste, avec pour toute réponse Ani Hachem. Le daf revient alors à la michna restée en suspens : à partir de quand le convoyeur rend-il ses vêtements impurs ? Rabbi Yehouda dit dès la sortie du mur de Jérusalem, Rabbi Yossi à l'arrivée au tsouk, Rabbi Chimon seulement au moment de la poussée. Une nouvelle michna reprend enfin l'ordre du service : le Cohen Gadol fend le taureau et le bouc intérieurs, en retire les emourim, les dépose dans un maguis, puis on les tresse ensemble pour les porter au beit ha-serefa. La guemara corrige aussitôt la michna -- il ne peut pas les faire fumer maintenant, il porte encore les bigdei lavan -- et Tossefot consacre une longue glose à défendre la version du texte que Rachi voulait effacer. Le daf s'interrompt sur le premier membre de la guezera chava or-bassar-peresh, qui interdit d'écorcher avant de découper.
68a10 segments · 12 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 68a -- Un mot pour deux emplois : mi-houtz la-mahane, entre seuil de tuma et carte des trois camps
Le daf s'ouvre sur la fin de la guezera chava restée suspendue en 67b : les mots peau, chair et fiente rapprochent le taureau et le bouc de Yom Kippour du taureau du cohen machiah, et de ce rapprochement vient la règle du découpage. Une baraita en reconstitue les trois temps -- on sort l'animal entier, on ne le brûle pas entier, donc on le découpe, comme la ola d'où viennent les mots tête et pattes. Reste une objection : si la ola est aussi écorchée, pourquoi le taureau ne le serait-il pas ? Rav Papa répond par une lecture d'énumération -- de même que la fiente reste dans les entrailles, la chair reste dans sa peau. Tossefot conteste au passage le maillon supplémentaire de Rachi au nom de la règle qui interdit d'apprendre un hekech à partir d'un hekech. La guemara revient alors à la michna : à partir de quand les porteurs rendent-ils leurs vêtements impurs ? Le verset de Yom Kippour ne parle que d'un camp, alors que les autres taureaux brûlés en exigent trois -- et la guezera chava hatat-hatat les égalise. La sortie de cette contradiction est un déplacement de sens : le mot mahane ne fixe pas le lieu de la combustion, il fixe le seuil de la tuma des vêtements, des le franchissement du premier mur. La guemara vérifie ensuite d'où viennent les trois camps, et découvre une mécanique très pure : trois versets qui n'avaient pas besoin d'être écrits achètent trois distances successives -- le camp de la Chekhina, celui des Lévites, celui d'Israël. Rabbi Chimon, qui ne fait commencer la tuma qu'au moment où le feu prend, garde le mot libre et le dépense autrement : en guezera chava avec la vache rousse, d'où la para adouma tire ses trois camps et le taureau son orientation à l'est de Jérusalem, face à l'ouverture du heikhal. Le daf se referme sur la question symétrique posée aux Rabbanan -- où brûlent-ils, eux qui n'ont plus de guezera chava ? -- et la réponse attend en 68b.

Perek 7 Ba Lo — Il vint · 10 amudim

68b20 segments · 30 Rachi · 0 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 68b -- Fin de Chnei seirei et ouverture de Ba lo cohen gadol : de la cendre du taureau au sefer Tora
Amud charnière : il ferme le sixième chapitre et ouvre le septième. Il commence par répondre à la question laissée en suspens en 68a -- le taureau et le bouc sont brûlés au nord de Jérusalem, hors des trois camps -- puis Rabbi Yossi précise le lieu : le beit ha-dechen. Rava veut identifier son contradicteur en Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui lit chéfekh comme méchoupakh, un terrain en pente ; Abaye bloque la déduction en refusant de tenir les deux lectures pour exclusives. Vient ensuite le dossier de la tuma des vêtements, où deux mots d'un même verset font tout le travail : ve-ha-soref désigne le seul qui aide pendant la combustion, à l'exclusion de celui qui allume et de celui qui empile ; otam fixe la borne de sortie à la cendre -- ce que Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon avance au moment où la chair est consumée, la nafka mina étant l'état intermédiaire de masse carbonisée. La dernière michna du chapitre expose trois manières de savoir, depuis Jérusalem, que le bouc est arrivé au désert : une chaîne de guetteurs agitant des foulards, un simple calcul de trois mil, ou le blanchiment du ruban écarlate attaché à l'entrée du heikhal. Abaye tire du calcul de Rabbi Yehouda deux informations : Beit Hidoudo est déjà dans le désert, et la mitsva est accomplie dès l'arrivée, avant la poussée du haut de la falaise. Après le hadran s'ouvre Ba lo cohen gadol : le cohen gadol vient lire, en vêtements de boutz ou dans une tunique blanche lui appartenant. Le sefer Tora lui parvient par une chaîne de dignitaires, il lit deux passages dans le rouleau et récite le troisième par cœur en déclarant que davantage y est écrit, puis récite huit berakhot -- que la michna énumère pourtant au nombre de neuf. La guemara saisit alors le détail vestimentaire pour rouvrir une vieille question : les bigdei kehouna ont-ils été donnés pour qu'on en tire jouissance ? Trois preuves sont tentées -- la lecture, le fait de manger, le fait de marcher -- et les trois sont écartées, les deux premières parce que l'acte est requalifie en besoin du service, la troisième sur une amorce qui se poursuit en 69a.
69a16 segments · 15 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 69a -- Les bigdei kehouna ont-ils été donnés pour qu'on en tire profit ? Kilayim, Chimon HaTsaddik et la chaîne du sefer Tora
Ce amud clôt une question restée ouverte depuis 68b : les vêtements sacerdotaux ont-ils été donnés pour qu'on en tire une jouissance personnelle ? La guemara part de la michna de Tamid qui autorise les cohanim à plier leurs vêtements et à les poser tahat racheihen -- sous leur tête. Rav Papa désamorce la preuve en corrigeant la lecture : keneged racheihen, à côté de leur tête. La discussion bascule alors sur un tout autre terrain, celui du kilayim, puisque l'avnet est selon un avis tissé de laine et de lin : quatre échappatoires sont testées -- l'avis qui rend l'avnet entièrement de lin, la permission de la hatsaa, la limite du décret rabbinique, l'interposition d'une séparation -- et toutes sont fermées, la dernière par la tradition de la sainte communauté de Jérusalem selon laquelle dix matelas empilés ne changent rien. Rav Achi sauve pourtant la lecture littérale : les bigdei kehouna sont kachin, raides, ils ne réchauffent pas, et ce que la Tora vise dans le kilayim est le bénéfice de chaleur -- la Tossefot opposera ici Rachi et Rabbenou Tam sur la portée exacte de cette permission. La question de fond est finalement tranchée par une baraita explicite : dans le Temple, pendant le service comme en dehors, le port est permis, mipnei che-bigdei kehouna nitnou lehanot bahen ; en médina il est interdit. Ce dernier point se heurte au récit du 25 Tevet, jour du mont Guerizim, où Chimon HaTsaddik sort revêtu des bigdei kehouna à la rencontre d'Alexandre de Macédoine, qui se prosterne devant lui et lui livre les Koutim : deux réponses sont données, des vêtements seulement aptes, ou bien et laasot la-Chem heferou toratekha. Le amud se referme sur la michna du chapitre : la chaîne par laquelle le sefer Tora parvient au cohen gadol prouve-t-elle qu'on honore un disciple devant son maître ? Abaye répond que toute la chaîne ne sert que l'honneur du cohen gadol -- et une dernière difficulté, sur le fait qu'il était assis, ouvre 69b.
69b21 segments · 31 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 69b -- HaGadol haGuibor vehaNora : ce qu'on peut encore dire de Dieu après la destruction, et la capture du yetser hara
Ce amud s'ouvre sur une difficulté de lieu héritée de 69a -- comment le cohen gadol pouvait-il être assis, puisque seuls les rois de la maison de David s'asseyent dans la azara ? -- et la résout par la topographie : la lecture avait lieu dans la ezrat nachim. En remontant à la source de cette parole de Rav Hisda, la guemara touche à la baraita du hakhel, laquelle cite Nehemia 8 ; et ce chapitre l'entraîne dans un tout autre monde. Que veut dire, dans ce texte, l'Éternel haGadol ? Le mot est lu comme un verbe : Ezra L'a magnifié, soit en prononçant le Chem hamefourach -- ce qui ne se fait pas hors du Temple, d'où l'issue de horaat chaa -- soit en instituant une formule de bénédiction. De là, la guemara passe au grand cri du même chapitre et rapporte le récit le plus célèbre du traité : la génération d'Ezra réclame la fin du yetser hara de l'idolâtrie, renonçant explicitement au salaire qu'on gagne à le combattre ; un billet tombe du ciel portant le mot Emet, dont Rav Hanina tire que le sceau du Saint béni soit-Il est la vérité ; trois jours de jeûne, un lionceau de feu qui sort du Saint des Saints, un cri qui porte à quatre cents parasanges et qu'il faut étouffer dans une marmite de plomb. Grisés, ils demandent aussi le yetser des arayot -- et découvrent en trois jours, faute de trouver un seul œuf du jour dans tout le pays, que ce penchant-là porte la vie du monde : on ne peut ni le tuer, ni obtenir sa moitié, seulement lui crever les yeux. Le daf revient alors à haGadol par la version d'Erets Israël, et déploie le passage sur les Anche Knesset haGuedola : Moche avait dit haGadol haGuibor vehaNora, Yirmiya a retranché nora en voyant les nations festoyer dans le Heikhal, Daniel a retranché guibor en voyant Ses enfants asservis -- et la Grande Assemblée restaure les deux mots en les redéfinissant, la puissance devenant la maîtrise de Soi et la longanimité, le redoutable devenant la survie improbable d'une seule nation parmi toutes. Rabbi Elazar justifie les prophètes : sachant qu'Il est véridique, ils n'ont pas voulu Lui mentir. Le amud se ferme sur un tout autre registre, la halakha du dilloug -- peut-on sauter d'un passage à l'autre dans la lecture publique ? Une première réponse mesure le saut au temps du meturgueman, elle est réfutée ; Abaye tranche par le contenu : dans la Tora on ne saute qu'à l'intérieur d'un même sujet, ce qui est exactement le cas d'Aharei mot et de Akh be-assor.
70a23 segments · 21 Rachi · 5 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 70a -- Ce que le public voit : lire par cœur sans discrédit, et les trois dernières immersions du cohen gadol
Ce amud achève d'abord la sougya du dilloug par une règle simple -- on ne saute jamais à rebours -- puis revient à la michna de la lecture publique du cohen gadol pour en éclairer un geste étrange : pourquoi enrouler le rouleau et déclarer que ce qui n'a pas été lu s'y trouve pourtant ? La réponse ouvre une série de raisonnements entièrement gouvernés par la perception du public. Le troisième passage, Uva-assor, doit être lu par cœur ; la guemara ferme les deux autres issues l'une après l'autre : dérouler jusque-là ferait attendre l'assemblée, ce qui atteint le kevod tsibbour ; apporter un second rouleau ferait croire le premier défectueux -- pegam -- et obligerait à une bénédiction inutile. L'usage des trois rouleaux de roch hodech Tevet en Hanoukka semble contredire la crainte du pegam, jusqu'à une distinction élégante : trois hommes avec trois rouleaux n'éveillent aucun soupçon, un seul homme avec deux rouleaux si. Suit la liste des huit bénédictions, dont quatre sont celles de la tefila et quatre propres à la scène, la formule exacte de la dernière, et l'usage par lequel chacun apporte ensuite son propre sefer Tora pour en montrer la beauté. Une dernière précision de la michna est justifiée : si l'on ne peut voir à la fois la lecture et la combustion du taureau, ce n'est pas un interdit de ein maavirin al hamitsvot, malgré la mitsva de berov am hadrat melekh. Une nouvelle michna prend alors le relais et conduit la journée jusqu'à son terme : troisième immersion et retour aux vêtements d'or pour le bélier du cohen gadol, le bélier du peuple et les sept agneaux selon Rabbi Eliezer -- Rabbi Akiva les plaçant au matin ; quatrième immersion et retour au lin pour la seule sortie de la coupe et de l'encensoir du Saint des Saints ; cinquième immersion et vêtements d'or pour l'encens du soir et la préparation des lampes ; puis ses propres vêtements, l'escorte jusqu'à sa maison et la fête qu'il donne à ses proches pour être sorti en paix. La guemara termine en démontant la michna : la phrase de Rabbi Akiva admet deux découpages, Rabbi Eliezer a omis le taureau de la ola, et aucun des deux n'a dit quand montent les emourim du hatat. Rava conclut qu'il n'existe d'exposé complet -- metaknata -- que dans deux autres formulations : Rabbi Eliezer selon l'école de Chemouel, ou Rabbi Akiva selon la Tossefta, cette dernière appuyée sur le verset milevad olat haboker.
70b12 segments · 13 Rachi · 4 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 70b -- L'ordre des offrandes du jour : suivre le texte ou suivre le verset, et oĂą couper les sept agneaux
Ce amud est tout entier occupé par une seule question : dans quel ordre, et à quel moment de la journée, s'accomplissent les offrandes de Yom Kippour qui entourent le service du Saint des Saints. Il s'ouvre sur la fin de la Tossefta rapportée au nom de Rabbi Akiva -- bouc extérieur, puis les deux béliers, puis les emourim du hatat, puis le tamid de l'après-midi -- et la guemara dégage aussitôt les deux logiques qui s'opposent. Rabbi Eliezer fait comme il est écrit : le Lévitique précédant les Nombres, les moussafim ferment la journée. Rabbi Akiva s'appuie sur une derasha explicite, outre la ola du matin, qui avance les moussafim au tamid du matin. La guemara presse alors Rabbi Eliezer sur le second verset en milévad, outre le hatat des expiations, écrit à propos de Yom Kippour lui-même : il répond que ce verset ne fixe pas un ordre mais une étendue d'expiation -- ce sur quoi le bouc intérieur expie, le bouc extérieur expie, selon la michna de Chevouot. Deux autres transmissions de Rabbi Akiva, par Rabbi Yehouda et par Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, coupent les sept agneaux du moussaf en deux paquets inverses -- un et six, ou six et un -- parce que deux versets tirent en sens contraire et qu'il faut les honorer tous les deux. Leur divergence tient à la crainte que chacun juge la plus sérieuse : la houlcha, l'épuisement du cohen gadol avant le service du jour, ou la pécha, le relâchement qui ferait omettre ce qu'on a repoussé -- car pour le service du jour, dit le second, il est zériz. La guemara relève ensuite que tous ces avis supposent un seul bélier du peuple, ce qui suit Rabbi contre Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon, et les deux maîtres se partagent en conséquence le mot ehad et le verset mivhar nédarekhem, l'un pour l'offrande obligatoire et l'autre pour la volontaire. Le amud se ferme sur un retour à la michna : la quatrième immersion, et une baraita qui demande pourquoi Aharon entre encore à la tente d'assignation, pour répondre qu'il n'y vient que pour en retirer la coupe et l'encensoir.
71a19 segments · 26 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 71a -- Quand la Tora raconte hors de l'ordre : cinq immersions, deux versets déplacés, et la salutation du messager
Ce amud est construit sur une seule question de lecture : la section de Vayikra 16 décrit-elle le service de Yom Kippour dans l'ordre où il s'accomplit ? La baraita répond que oui, sauf un verset -- celui de la rentrée du cohen gadol pour ôter les habits de lin. Rav Hisda donne la raison : nous avons la tradition de cinq immersions et dix sanctifications ce jour-là, alors qu'une lecture suivant l'ordre écrit n'en produit que trois et six. Rabbi Zeira objecte qu'on pourrait atteindre le compte sans déplacer aucun verset, en intercalant le bouc extérieur, qui se fait en habits d'or et n'est pas mentionné dans notre section ; Abaye répond par le verset et il sortira et fera son ola, qui soude la première sortie aux béliers, et Rava par un mot de trop -- les habits qu'il avait revêtus, donc revêtus une seconde fois. La guemara attaque ensuite le principe lui-même : la graisse du hatat est écrite avant la combustion du taureau et du bouc, alors que la michna place cette combustion pendant la lecture de la Tora, donc plus tôt. On répond que l'ordre cesse à partir du verset excepté, et l'on demande aussitôt pourquoi bousculer les versets plutôt que la michna. Deux preuves suivent : Abaye tire du parallélisme entre celui qui envoie et celui qui brûle que les deux actes sont antérieurs, et Rava établit par il sera placé vivant que le bouc ne doit se tenir là que jusqu'au moment de la kappara, l'aspersion des sangs. Le amud bascule alors dans la aggada : le lendemain, celui qui a conduit le bouc salue le cohen gadol -- au marché il honore l'homme, à la maison il rend tout au Ciel -- et de ce mehaye 'hayim la guemara enchaîne sur la formule d'adieu des maîtres de Poumbedita, sur les terres des vivants entendues comme un lieu de marchés, sur les années qui se retournent du mal vers le bien, et sur les talmide hakhamim, semblables à des femmes et vaillants comme des hommes, à qui l'on verse le vin qui n'a plus d'autel.
71b15 segments · 26 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 71b -- Fils des nations et fils d'Aharon, puis le compte des brins : huit vĂŞtements, cinq mentions de lin et la gezera chava du torsadage
Ce amud se coupe en deux moitiees très différentes. La première achève la aggada du cohen gadol : la baraita raconte sa sortie du Temple, la foule qui l'abandonne pour suivre Chemaya et Avtalyon, et la phrase blessante qu'il leur lance -- que viennent en paix les fils des nations. Leur réponse reprend ses mots sans en changer un seul, mais déplace le critère de la naissance vers la conduite : est fils d'Aharon celui qui poursuit la paix. Rachi range explicitement la phrase du cohen gadol sous l'interdit de onaat devarim, et le Ben Yehoyada ajoute deux griefs -- il ne les a pas salués en face, et il a dit le chalom en araméen et non en langue sainte. La seconde moitié ouvre le dernier chapitre : le cohen gadol officie en huit vêtements, le cohen ordinaire en quatre, et c'est avec ces huit que l'on consulte les Ourim veToumim -- pour le roi, pour l'av beit din ou pour une nécessité publique, jamais pour un particulier. La guemara enchaîne sur une baraita qui donne le barème du filage : chech vaut six brins, mochzar huit, le me il douze, la parokhet vingt-quatre, le hochen et l'efod vingt-huit. Tout le reste du daf démontre ces chiffres. Le six vient de cinq mentions surnuméraires de lin dans Chemot 39 ; une digression vérifie au passage que chech signifie bien lin, par le mot bad -- ce qui monte du sol tige par tige -- puis par un verset de Ye'hezkel, ce qui donne l'occasion d'énoncer la règle guemara guemiri lah : le prophète n'appuie qu'une tradition déjà reçue. Le huit vient d'une gezera chava mochzar-mochzar avec la parokhet, qui transporte le total de vingt-quatre et le divise par les trois couleurs des grenades. Trois tentatives de lui substituer le vingt-huit du hochen échouent successivement : le critère de l'or, le mot ta assenou qui enferme le chiffre dans le hochen seul, et enfin l'argument décisif de Rav Achi -- ve assita exige des parts égales, et vingt-huit ne se divise pas par trois. Le daf s'interrompt au début de la démonstration du douze du me il.
72a13 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 72a -- Les derniers chiffres du barème des fils, puis trois interdits du Temple : ne pas déchirer, ne pas détacher, ne pas retirer
Ce amud se lit en trois mouvements. Le premier achève le barème des fils commencé en 71b. Le me il vaut douze brins : six par une gezera chava tekhelet-tekhelet avec la parokhet, doublés parce que kelil signifie une tresse. Une objection propose de déduire plutôt des grenades du me il, qui sont à huit, et deux principes de déduction s'affrontent sans vainqueur -- on déduit un keli d'un keli, mais on déduit aussi le corps d'un objet de son propre corps. La guemara revient alors à la cinquième mention de chech, qui couvrait justement les vêtements où chech n'est pas écrit. La parokhet donne vingt-quatre sans discussion possible ; le hochen et l'efod donnent vingt-huit, et toute la difficulté porte sur les quatre brins d'or : Rav Aha bar Yaakov les tire du mot petilim, un pluriel minimal de deux que l'on coupe en deux, et Rav Achi les confirme par ve assita, qui exige des parts égales -- un brin d'or par couleur, ni huit ni six. Le deuxième mouvement quitte le filage pour la halakha : déchirer un vêtement de kehouna, déplacer le hochen de l'efod, retirer les barres de l'arche sont trois actes passibles de malkout. Rav Aha bar Yaakov objecte deux fois que le verset pourrait n'énoncer qu'une consigne de fabrication, et deux fois la réponse est la même -- le texte dit lo yikarea, non che-lo yikarea : sans particule de finalité, c'est une défense. Le troisième mouvement résout la contradiction sur les barres de l'arche par la formule mitparkin ve ein nichmatin, que Rachi explique par la forme même des barres, épaisses aux extrémités et fines au milieu, puis lit trois fois le mot omdim des planches d'acacia -- le sens de leur croissance, le maintien de leur revêtement d'or, et surtout la promesse qu'enfouies elles subsistent pour toujours. Le daf s'interrompt sur la question des bigde ha-serad, dont la réponse ouvre 72b.
72b21 segments · 33 Rachi · 0 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 72b -- Des bigde ha-serad aux trois arches, puis la grande aggada de l'étude : tokho ke-varo, la couronne encore libre et la Tora qui juge celui qui l'étudie
Cet amud commence dans un atelier et finit dans une salle d'étude. Il solde d'abord la question laissée ouverte à la fin de 72a sur les bigde ha-serad : trois lectures s'enchaînent -- serad comme sarid, le rescapé, car sans les habits de kehouna il ne resterait rien d'Israël ; serad comme masridin, ce que l'on laisse subsister d'un vêtement tissé tout fait sur le métier ; et Rech Lakich qui identifie ce reliquat au travail d'aiguille, immédiatement attaque par un verset et sauve par Abaye, qui le restreint à la manche. Vient ensuite la description des trois arches emboîtées de Betsalel -- bois au milieu, or dedans, or dehors -- avec deux chiffres concurrents pour l'arche extérieure, dix ou onze tefahim, que la guemara répartit entre deux avis sur l'épaisseur du fond d'or ; le reliquat commun, ce rien, est le zer, la moulure en couronne. Ce mot technique devient alors le pivot de tout le reste : Rabbi Yo'hanan compte trois zerim -- autel, table, arche -- soit trois couronnes, kehouna prise par Aaron, royauté prise par David, et celle de la Tora qui est encore posée là, libre à qui veut la prendre ; puis il oppose le ketiv zar au keri zer, et ouvre la structure qui va rythmer tout l'amud : zakha, elle est ta couronne ; lo zakha, elle t'est étrangère. La même forme revient cinq fois. Le placage mibayit oumihouts de l'arche donne la règle de Rava : le savant dont le dedans n'est pas comme le dehors n'est pas un savant, et Abaye le déclare même nit'av, abject. Rabbi Yonatan lit le sot de Michle comme celui qui étudie sans yirat chamayim ; Rabbi Yannai lance sa formule, quel dommage pour celui qui bâtit une porte sans avoir de cour ; Rava supplie ses élèves de ne pas hériter de deux guehinom. Puis la Tora est tour à tour sam 'hayim ou sam mavet selon qu'on est habile en elle, réjouissante ou passée au creuset, pure et durable à condition d'être étudiée après le mariage, et enfin témoin fidèle de ce que vaut celui qui l'étudie. L'amud se referme sur deux retours : le tissu du sanctuaire, où rokem et hochev se distinguent par le nombre de figures que la technique produit, et la michna, où Rav Dimi étend les huit vêtements au mechouah milhama -- aussitôt mis en difficulté par une baraita qui refuse à sa fonction tout caractère héréditaire.
73a19 segments · 36 Rachi · 1 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 73a -- Le kohen oint pour la guerre : ni quatre vêtements ni huit, la eiva comme règle de rang, et le protocole des Ourim ve-Toumim
Cet amud est tout entier tendu par une question de vestiaire qui se révèle être une question de statut. Il commence par solder l'objection restée ouverte à la fin de 72a-b : la baraita du Torat Kohanim réserve l'hérédité de la charge à celui qui vient à la tente d'assignation, ce qui exclut le mashouah milhama -- mais si, comme le rapportait Rav Dimi, celui-ci sert en huit vêtements, il y serait apte lui aussi, puisque l'investiture passe précisément par les vêtements. Rav Nahman bar Yitshak sauve la baraita en déplaçant le critère : ce n'est pas l'aptitude qui compte mais ikkar mechihato, l'objet principal de l'onction. Une seconde baraita attaque plus durement -- il ne sert ni en quatre comme un kohen ordinaire, ni en huit comme un kohen gadol -- et Abaye répond qu'on ne peut pas en faire un zar : il faut deux motifs distincts, la eiva (la jalousie du kohen gadol) d'un côté, maalin ba-kodech ve-lo moridin de l'autre. Rav Ada bar Abba conteste alors le motif de la eiva en citant tout le catalogue des différences entre kohen gadol et kohen ordinaire, avec ses trois extensions -- merubé begadim, mashouah che-avar, mashouah milhama : ce tana accorde les huit vêtements au suppléant écarté, il ne craint donc pas la eiva, et pourtant il les refuse à l'oint de la guerre. La réponse est une des plus fines de l'amud : la eiva ne naît pas entre égaux, elle naît devant un inférieur. Vient ensuite une courte scène de salle d'étude où Rabbi Ami et Rabbi Assi détournent le visage plutôt que de contredire Rabbi Abahou -- Rav Papa en tire un argument sur l'identité du locuteur, car seul le prestige de Rabbi Abahou à la cour, yekara de-bei Kessar, explique un désaveu aussi muet. Puis Ravin renverse la table en corrigeant un seul mot de la transmission : ce n'est pas mechamech, il officie, mais nich'al, il est consulté. Les huit vêtements du mashouah milhama ne servent pas au Temple mais à l'oracle, car les Ourim ve-Toumim sont logés dans le hochen. La seconde moitié de l'amud déroule alors le protocole complet de cette consultation : qui interroge, comment les visages s'orientent, quelle formule employer, à quel volume -- ni à voix haute ni dans la seule pensée, mais à la manière de Hanna, dont les lèvres remuaient sans que la voix s'entende -- et enfin la règle de la question unique, que le verset de David à Keila vient à la fois confirmer et compliquer. Le daf se coupe sur les deux mots qui amorcent la solution.

Perek 8 Yom HaKippurim — Le jour de Kippour · 30 amudim

73b20 segments · 34 Rachi · 1 Tossefot · 4 schĂ©mas
Yoma 73b -- Les dernières règles des Ourim ve-Toumim, la clôture du chapitre 7, puis l'ouverture de Yom ha-Kippourim : les cinq afflictions et la mahloket du hatsi chiour
Cet amud est une charnière : il achève une souguya et en ouvre une tout autre. La première moitié termine le dossier des Ourim ve-Toumim commencé en 73a. On y règle d'abord l'ordre des questions -- David avait interrogé à Keila chelo ke-seder, dans le désordre, et l'oracle lui a répondu sur ce qui venait logiquement en premier ; mais à Tsiklag, quand l'urgence l'exige, deux réponses sont données d'un coup. Vient ensuite la question de l'autorité de l'oracle : le décret d'un prophète se révoque, celui des Ourim ve-Toumim non, car le verset le qualifie de michpat, de jugement ; d'où leurs deux noms, ourim parce qu'ils éclairent leurs paroles, toumim parce qu'ils les accomplissent. L'objection de Guiv'at Binyamin -- deux défaites après deux réponses affirmatives -- est retournée avec finesse : le défaut était dans la question, on n'avait pas demandé si l'on vaincrait. Puis la mécanique elle-même : Rabbi Yo'hanan tient que les lettres ressortent en relief et que le kohen les combine, Rech Lakich qu'elles se combinent d'elles-mêmes ; il faut alors combler les deux lettres absentes du hochen, le tsadi par Avraham Yitshak ve-Yaakov et le têt par chivtei Yechouroun. Une baraita sur Tsadok et Evyatar oblige enfin à reconnaître que le miracle des pierres n'opère pas sans un kohen digne -- siyou'ei hava mesayya, il leur apportait assistance. La souguya se ferme sur le verset de Bamidbar 27:21, découpé par Rabbi Abahou en trois ayants droit : le roi, le mashouah milhama et le Sanhédrin ; puis le chapitre Ba lo kohen gadol se referme. La seconde moitié ouvre le chapitre Yom ha-Kippourim avec la michna des afflictions -- six interdits pour cinq afflictions écrites dans la Tora, le boire étant compris dans le manger -- et les allègements que Rabbi Eliezer accorde au roi, à la mariée et à l'accouchée contre l'avis des Sages. Un seul mot de cette michna, assour là où l'on attendait hayav, déclenche alors la grande mahloket du hatsi chiour : Rabbi Yo'hanan la tient interdite par la Tora, Rech Lakich permise par la Tora mais interdite par les Sages. La guemara éprouve aussitôt cette concession sur le terrain du serment, où le principe mouchba ve-omed me-har Sinaï devrait empêcher tout korban chevoua : Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan répondent par l'issour kolel, Rech Lakich par le seul hatsi chiour. Le daf se coupe en pleine énumération de ses deux cas.
74a9 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 74a -- le hatzi chiour (demi-mesure) : Rabbi Yo'hanan contre Reich Lakich sur la frontière entre interdit de la Torah et interdit des Sages ; l'attaque par le serment de témoignage, et le double sens du mot asur dans la michna des cinq afflictions.
Le daf est tout entier commandé par une question de seuil : en dessous du ke-zayit, y a-t-il encore un interdit de la Torah ? Reich Lakich soutient que non -- la Torah a dit manger, et manger c'est un ke-zayit ; Rabbi Yo'hanan soutient que si -- ce demi est apte à se joindre à un autre (hazi le-itztarufei) et constitue déjà de l'interdit. L'enjeu n'est pas théorique : un serment ne mord que sur ce que la Torah laisse permis, et de là dépend un korban chevoua. La guemara tente donc de coincer Reich Lakich par la michna du serment de témoignage, où le joueur de dés -- inapte seulement par décret rabbinique -- échappe pourtant au serment ; l'attaque est repoussée par le verset im lo yaguid, qui exclut de lui-même celui dont la déposition ne serait reçue par personne. Le daf règle ensuite un point de lecture de notre michna, qui dit asur (interdit) là où l'on attendrait anouch karet : soit ce mot vise le demi-mesure, soit il vise les quatre afflictions sans karet, adossées au mot chabbaton lu comme chevout par les Sifrei. Le Roch, au nom du Ri, en tire la conclusion halakhique majeure : hormis le manger et le boire, toutes les afflictions de Yom Kippour sont rabbiniques. La sougya se clôt sur la baraita du kol helev, où le koy et le demi-mesure sont mis sous avertissement sans être sous peine -- que Reich Lakich désamorce en y voyant une simple asmakhta.
74b16 segments · 14 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 74b -- Qu'est-ce qu'une affliction ? La forme, l'objet et la nature de l'inouy de Kippour, puis l'affliction cachée de la manne
L'amud s'ouvre en soldant la souguya du hatsi chiour : le renfort que la guemara avait apporté à Rech Lakich s'effondre, car le koy n'est pas un cas de doute mais une briya bifnei atsma, une espèce à part entière -- et une espèce à part réclame bien un verset pour l'inclure, comme le prouve la derasha de Rav Idi bar Avin. Le daf revient alors à la michna et pose la vraie question du chapitre : que veut dire te'anou et nafchotekhem ? Trois démonstrations se succèdent. La première baraita détermine la forme de l'affliction : parce que le verset accole l'inouy à l'interdit de melakha, l'inouy est un chev ve-al ta'asse, une abstention et non une mortification -- on ne va pas s'asseoir au soleil pour souffrir, et l'on ne distingue pas selon que celui-ci a chaud et celui-là froid, puisque la melakha ne se découpe pas non plus. La seconde baraita détermine l'objet de l'affliction, en empruntant à la melakha non plus sa passivité mais sa gravité : une chose dont on est passible ailleurs, donc le piggoul et le notar. Suit alors la longue échelle des ribouyim, où la double formule te'anou / ve'initem et nafchotekhem inclut successivement le tevel, la nevela, les houlin, la terouma et les kodachim -- de l'aliment le plus interdit à celui qu'une mitsva commande de manger, aucune catégorie n'échappe. Un ve'im nafchekha lomar ajoute une preuve indépendante, tirée du châtiment lui-même : ve-ha'avadeti et ha-nefech, l'affliction visée est celle qui fait perdre la vie, donc le manger et le boire ; la guemara explicite ce que cette seconde preuve vient réparer -- sans elle, tout le raisonnement aurait pu viser les arayot, elles aussi appelées inouy et elles aussi passibles de karet. L'école de Rabbi Yichmael prend enfin la troisième voie, celle de la guezera chava inouy-inouy avec vay'ankha vayar'ivekha : l'inouy de Kippour est un inouy de faim. Deux versets rivaux sont écartés -- im te'âne et benotai, parce qu'il s'agit d'une affliction individuelle, et vayar et onyenou en Égypte, parce qu'il s'agit d'une affliction par la main de l'homme et non par la main du Ciel. L'amud se termine sur l'aggada de la manne, où l'on demande en quoi une nourriture miraculeuse pouvait affliger : Rabbi Ami et Rabbi Assi répondent l'un par l'angoisse du lendemain -- pas de pain dans le panier -- l'autre par l'aliment qu'on goûte sans le voir. De là se déploient Rav Yossef sur l'aveugle qui mange sans être rassasié, Abaye sur le repas qu'on prend de jour, Rabbi Zera et Rech Lakich sur tov mar'é einayim -- la vue des yeux vaut mieux que le cheminement du désir. Le daf se coupe sur le verset du vin dans la coupe.
75a21 segments · 27 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 75a -- La malédiction qui contient un bienfait, la plainte du désert, et le grand dossier aggadique de la manne
Un amud entièrement aggadique, qui va de la coupe de vin jusqu'aux cailles. Il s'ouvre en soldant le verset de Michlei commencé en 74b : celui qui met son œil dans sa coupe voit s'aplanir devant lui soit les arayot, soit -- selon l'autre lecture, appuyée par Rachi -- le monde entier, l'argent d'autrui compris. Deux autres versets sont ensuite partagés entre Rabbi Ami et Rabbi Assi : le souci du cœur, qu'il faut ou bien écraser hors de sa pensée ou bien confier à d'autres ; puis la poussière du serpent, qui gâte tout ce qu'il mange ou bien qui seule l'apaise. De là, la guemara passe à la baraita de Rabbi Yossei, l'une des plus célèbres du traité : la mesure du Saint béni soit-Il n'est pas celle de chair et de sang. L'homme qui veut blesser descend jusqu'à la vie de l'autre ; Dieu, lui, loge un bienfait dans la peine elle-même -- le serpent trouve sa nourriture partout, l'esclave mange à la table de son maître, la femme est recherchée de tous, la terre maudite nourrit le monde entier ; le Ben Yehoyada montre longuement que la forme de chaque peine a été choisie précisément pour cela. Suit la mahloket de Rav et Chmouel sur la plainte du désert : la daga que le peuple regrettait était-elle du poisson, ou les unions désormais interdites ? Chacun tient un mot du verset -- naakhal pour l'un, hinam pour l'autre -- et chacun doit encaisser trois objections tirées d'autres versets, la dernière se résolvant par un compromis : ha ve-ha hava, les deux plaintes coexistaient. Le reste de l'amud est consacré à la manne, examinée sous quatre angles. Son goût : tous les goûts sauf cinq, ou bien tous les goûts avec leur substance sauf ces cinq-là, nocifs aux femmes enceintes. Son nom : gad parce qu'elle est ronde, parce qu'elle attire comme la haggada, parce qu'elle disait (maggid) de qui était l'enfant ; lavan parce qu'elle était blanche comme une perle et parce qu'elle blanchissait les fautes, l'inquiétude du lendemain asservissant les cœurs au Ciel. Son rôle judiciaire : puisqu'il tombait exactement un omer par tête, le lieu où tombait l'omer tranchait le litige sur un esclave contesté ou entre époux -- la manne disait ce qui est dans les trous et dans les fentes, comme le prophète. Et enfin ce qui descendait avec elle : les parures et aromates des femmes, les condiments du plat, les pierres précieuses déposées par les nuées. Entre ces enseignements, deux échelles parallèles résolvent trois versets contradictoires en distinguant justes, moyens et méchants -- selon la distance à parcourir et selon la forme sous laquelle la manne tombait. L'amud se coupe sur un renversement : le pain fut donné kahogen, le matin ; la viande, réclamée le ventre plein, fut donnée chelo kahogen, à la tombée de la nuit.
75b17 segments · 24 Rachi · 0 Tossefot · 2 schĂ©mas
Yoma 75b -- La caille et la manne : le repas fixé par Moché, le pain absorbé dans les deux cent quarante-huit membres, et la marche des trois parsaot
L'amud achève le dossier de la caille et ouvre le grand dossier de la manne, en gardant partout la même règle de lecture : la réponse du Ciel épouse la qualité de la demande. Le pain, réclamé kahogen parce qu'on ne peut pas vivre sans lui, tombe le matin, quand on a le temps de l'apprécier ; de là, la Torah tire une derekh erets du repas -- la viande le soir, mais à la lumière de la torche -- et Rav Aha bar Yaakov rappelle qu'avant Moché on mangeait comme des poules picorant dans le fumier, jusqu'à ce qu'il fixe des horaires. Viennent ensuite deux lectures consonantiques du verset des cailles, vayishtehou lu vayishhatou et chatoah lu chahout ; Rabbi les refuse et tire au passage la source la plus classique de la Torah orale : vezavahta kaacher tsivitikha, alors qu'aucun mode d'emploi de la chehita n'est écrit -- d'où les deux simanim, l'oesophage et la trachée, la majorité d'un seul pour l'oiseau et la majorité des deux pour la behema. Suivent le goût de la manne selon l'âge -- pain aux jeunes gens, huile aux vieillards, miel aux nourrissons --, le classement des quatre selav, la caille qui gonflait au point d'emplir un four et d'imprégner treize galettes, et les amoraim à qui le Ciel en faisait trouver entre les jarres ou entre les bûches, jusqu'au jour où Rava comprend, à la voix d'un enfant lisant un verset, que son maître Rav Hisda est mort : c'est par le mérite du maître que mange le disciple. La seconde moitié est consacrée à une seule thèse et à son épreuve. La manne était rangée entre deux couches de rosée, comme dans un coffret ; elle était mehouspas, ce qui fond sur la paume ou ce qui s'absorbe dans les deux cent quarante-huit membres -- compte qui ne tombe juste, remarque Rav Nahman bar Yitshak, que sur l'orthographe défective du texte. Sur le verset le'hem abirim, Rabbi Akiva lit le pain des anges et Rabbi Yichmael le lui refuse net -- Akiva, tu t'es trompé -- en substituant evarim, les membres : un pain sans aucun déchet. Reste alors à sauver le verset de la pelle et de la sortie hors du camp, ce que la guemara fait de trois manières : les denrées des marchands des nations, celles venues d'outre-mer, ou -- pour Rabbi Elazar ben Perata, qui tient que la manne dissipait même celles-là -- une dégradation postérieure à la faute, où le Saint béni soit-Il annonce trois parsaot de marche, exactement la longueur du camp mesurée par Rabba bar bar Hana, puisqu'on ne pouvait sortir ni devant ni sur les côtés mais seulement derrière. La preuve décisive vient de la plainte elle-même : y a-t-il un né de femme qui fasse entrer sans faire sortir ? L'amud se coupe sur un davar aher qui relira le même verset non plus sur abirim mais sur ich, l'homme.
76a15 segments · 15 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 76a -- Les soixante amot de la manne et le retour Ă  la michna : cinq versets pour six afflictions, ou comment boire entre dans manger
L'amud referme le grand dossier de la manne et ramène la massekhet à son sujet propre, le jeûne de Kippour. Il s'ouvre sur la dernière question du verset le'hem abirim akhal ich : qui est cet homme au singulier ? Yehochoua, répond la guemara, resté seul quarante jours au pied du Sinaï et qui recevait à lui seul la portion de tout Israël -- gezera chava sur le mot ich, refusée à Moché parce que son verset dit vehaich et qu'un mot augmenté n'est plus le même mot. Viennent ensuite la question des disciples de Rabbi Chimon bar Yohai -- pourquoi une livraison quotidienne plutôt qu'annuelle ? -- et la parabole du roi dont le fils unique ne vient le saluer qu'aux jours de pension : c'est le manque à venir, non l'abondance reçue, qui tourne le cœur vers celui qui donne ; deux raisons plus concrètes suivent, la manne mangée chaude et le poids qu'on n'a pas à porter en chemin, et le Ben Ich Haï lit dans ces trois raisons les initiales du mot le'hem. Le cœur de la première moitié est une scène : Rabbi Elazar HaModai avance devant Rabbi Tarfon et Rabbi Yichmael que la manne s'amoncelait sur soixante amot, et Rabbi Tarfon l'accuse de ramasser des paroles. La réponse -- mikra ani doresh -- est un raisonnement en trois temps : le verset du déluge oblige à distinguer l'abîme qui monte et les quinze amot qui tombent du ciel ; le châtiment passe par deux aroubot, le bien par deux daltot valant chacune quatre aroubot ; et la mesure du bien l'emporte toujours sur celle du châtiment. Quatre fois quinze font soixante. Issi ben Yehouda va dans le même sens avec la manne visible des rois d'orient et d'occident, et Abaye greffe sur le verset kossi revaya les deux cent vingt et un log de la coupe de David. L'objection ha lo damya -- quarante jours contre une heure, le monde entier contre Israël seul -- tombe d'elle-même dès qu'on comprend qu'il ne s'agissait pas d'un calcul de débit mais d'une gezera chava sur le mot ouverture. La seconde moitié revient à la michna. Rav Hisda adosse les afflictions de Kippour à cinq mentions de l'inouy dans la Torah, mais la michna en compte six : la solution est que boire est déjà compris dans manger. Reich Lakich le prouve par le tiroch du verset du maasser cheni, appelé ve akhalta ; on lui objecte l'anigron, cette sauce de jus de bettes où l'on verse du vin et qui se mange vraiment. Rav Aha bar Yaakov produit alors le mot chekhar -- ce qui enivre -- car un vin dilué n'enivre plus. L'amud se coupe sur la dernière objection, ouverte et non résolue : et si chekhar désignait un aliment enivrant, la figue sèche de Kei'la ? Le Roch, en marge, tire de tout ce montage une conclusion halakhique de première importance : ces derachot ne sont que des asmakhta, et hors le manger et le boire, les afflictions de Kippour sont d'ordre rabbinique.
76b12 segments · 21 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 76b -- fin de la preuve que boire est compris dans manger (chekhar, tirosh), l'aggada du vin qui fait chef ou mendiant, puis la source scripturaire de la rehitsa et de la sikha comme afflictions de Kippour.
Le daf achète deux chantiers. D'abord celui de Rech Lakich : pour compter six interdits de Kippour sur cinq mentions d'inouy dans la Tora, il faut que la chetiya soit comprise dans l'akhila -- ce qui suppose que chekhar et tirosh, dans les versets du maaser cheni, désignent bien du vin. Une guezera chava tirée du nazir fixe chekhar ; une chaîne de trois versets (Zacharie, Proverbes, Osée) fixe tirosh, avec cette nuance décisive : dans l'Écriture tirosh est du vin, mais les vœux suivent le langage courant. Suit une aggada dense sur le vin, bâtie sur deux ktiv/keri : tirach/tirosh (roch ou rach), yechamah/yissamah (le vin réjouit ou dévaste) -- le vin ne vaut que par la mesure de celui qui le boit. La seconde moitié ouvre la sougya de la rehitsa et de la sikha : le jeûne de Daniel (Dn 10,3) fournit l'onction, l'ange (Dn 10,12) la qualifie d'affliction ; Rav Zoutra veut tirer le lavage de Ps 109,18, mais la michna de Chabbat lit ce verset à l'envers, et Rav Achi rattache finalement la rehitsa au redoublement ve-sokh lo sakhti. Le daf se clôt sur l'ouverture d'une grande aggada : pourquoi l'ange devait-il « venir » auprès de Daniel -- ce qui appelle la vision d'Ezechiel 8.
77a14 segments · 21 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 77a -- la grande aggada de Gabriel (Ezechiel 8-10 relu par Daniel 10), puis la fin du dossier des six inouyim de Kippour : le lavage, le chaussage de la sandale et les rapports conjugaux.
Le daf a deux moitiees nettement distinctes. La première achève la longue aggada ouverte à la fin de 76b, qui répondait à une question de Rachi : d'où l'ange avait-il été chassé, pour devoir « venir » auprès de Daniel ? Le récit part de la faute vue par Ezechiel -- vingt-cinq hommes prosternés vers le soleil, dos au Sanctuaire -- puis passe au procès céleste : Mikhael plaide mal, et l'ordre est donné à Gabriel de jeter sur la ville des braises prises d'entre les chroubim. Gabriel ne les prend pas lui-même ; le transfert de main en main les refroidit, et ce délai sauve Israël de l'anéantissement. Il est pourtant châtié de soixante coups de feu et sorti de derrière le pargod, sur un triple grief. Douviel, prince de Perse, prend sa place vingt et un jours durant et obtient un décret d'impôt sur Israël puis sur les rabbins ; Gabriel, réintégré grâce au plaidoyer sur Daniel, arrache la lettre à Douviel qui l'avalé -- d'où l'inégalité de l'impôt perse. La seconde moitiee revient à la halakha et clôt le dossier des inouyim : la rehitsa est établie par la fuite de David et par la préposition « al nefech » de Proverbes 25,25 ; la ne'ilat ha-sandal ne l'est qu'au troisième essai, après l'échec de David (cheval et fouet) et d'Isaie (souliers rapiécés), par Jérémie 2,25 ; le tachmich ha-mita s'ouvre sur Genèse 31,50. Le siman du Roch cité ici rapporte au nom du Ri que toutes ces derachot ne sont qu'asmakhta : hormis le manger et le boire, les inouyim sont de-rabbanan.
77b17 segments · 22 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 77b -- fin du dossier des inouyim (le tachmich ha-mita tire du serment de Laban), puis le périmètre réel de la rehitsa : traverser une rivière le jour de Kippour, et le fleuve du Temps à venir qui en sort.
Le daf s'ouvre en achevant la dernière derasha du dossier des six inouyim : le serment imposé par Laban à Yaacov (Gn 31,50) est lu comme deux griefs distincts -- priver du devoir conjugal, et ajouter des coépouses -- ce qui établit que la privation du rapport s'appelle bien inouy dans la Tora. Deux lectures concurrentes sont écartées, l'une par le vav de « et si tu prends », l'autre par l'ordre des clauses ; puis Rav Papa objecte à Abaye depuis Gn 34,2, où c'est le rapport lui-même qui est nommé affliction. La suite change de registre : une beraita étend l'interdit de la rehitsa à la moindre partie du corps, tout en le levant pour celui qui est souillé de boue ou d'excrément, pour le malade et pour celui qui a des croûtes en tête -- signe que le critère réel n'est pas l'eau mais l'agrément. Suivent une série de cas concrets : la femme qui rince une seule main pour donner le pain à son enfant à cause de Chivta, Chammai l'Ancien contraint par décret à nourrir des deux mains, puis cinq espèce de traversées de rivière -- accueillir son père ou son maître, le maître allant vers son disciple (question non tranchée), les gardiens de fruits de Rava, les gens de Bé Tarbou venant au pirka de Rav Yossef, et Rami bar Papa traversant pour poser une chemata, à la seule condition de ne pas relever ses pans de tunique sur le bras. Rav Yossef objecte alors depuis Ezechiel 47 : le prophète ne franchit que chevilles, genoux et reins, au-delà c'est « un torrent que je ne pouvais traverser » ; Abaye désamorce en distinguant le nahal, dont les eaux sont rapides. Le verset, entre comme argument juridique, emporte alors la fin du daf : ni nage ni barque ne franchit ce fleuve, l'ange de la mort lui-même n'y a pas accès, et la source née du Saint des Saints va grossissant de station en station -- antennes de sauterelles, fil de chaîne, fil de trame, ouverture d'une petite fiole -- jusqu'à la michna citée, que le daf laisse inachevée.
78a14 segments · 24 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 78a -- la source du Temple devenue mikve et le remez écarté de Rav Yossef, puis traverser l'eau chaussé à Chabbat, le périmètre réel de la rehitsa à Kippour, et l'autorisation du Nassi pour permettre les premiers-nés.
Le daf achève d'abord la vision d'Ezechiel ouverte en 77b : la source sortie du Temple grossit jusqu'à l'entrée de la maison de David -- Tsion, hors les murs selon Rachi -- où elle devient un torrent servant de bain de purification, conformément à Zacharie 13,1. Rav Yossef y voit une allusion que la nidda doit s'immerger dans des eaux assez profondes pour s'y asseoir jusqu'au cou ; la Guemara le refuse aussitôt (ve-let hilkhata kevatei), et Tossefot en profite pour poser la vraie question de l'origine toranique de cette immersion, avec les réponses de Rav Yehouda Gaon, de Rabbenou Tam et du Ri. La sougya bascule ensuite de la rehitsa vers le hotsaa : à Kippour on est pieds nus, mais à Chabbat on est chaussé, et la chaussure risque de se détacher dans l'eau -- Nehemia atteste que R. Ami et R. Assi traversaient derekh malbouch, en la gardant au pied ; la sandale, plus lâche, n'est admise qu'à posteriori, Rav Achi tranchant lekhathila lo. Cette distinction sert aussitôt de ressort à l'anecdote de Hagronia, où Rafram, pour désamorcer l'irritation de l'Exilarque, fait dire en public à Ravina pourquoi chaque solution lui était fermée. Suit la carte fine du permis et de l'interdit à Kippour : s'asseoir sur de l'argile mouillée est interdit dès lors qu'elle est tofeah al menat lehatpiah selon le seuil d'Abaye, mais on peut se rafraîchir avec des fruits, un nourrisson ou une coupe d'argent non pleine -- jamais en terre cuite, qui suinte -- et l'on peut se servir d'un linge trempé et essoré la veille, dont Ze'ira bar Hama et Rabba bar Mari donnent deux répartitions inverses entre Kippour et le Neuf Av, l'enjeu étant l'interdit de sehita. Le daf se clôt sur un tout autre dossier, rapporté pour la question qui le suit : l'ancien siégeant à la yechiva doit-il prendre autorisation du Nassi pour permettre les premiers-nés ? R. Tsadok invoque un précédent, R. Abba le requalifie -- R. Yossi ben Zimra était kohen, et sa question portait sur la crédibilité du suspect (halakha comme Rabban Chimon ben Gamliel) -- si bien que la question initiale reste ouverte quand le daf s'interrompt sur la sandale de liège.
78b12 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 78b -- la sandale de liège et la définition du min'al, le kav de l'amputée, le régime des enfants à Kippour, et les brèches ouvertes pour le roi, la mariée, la parturiente et le danger.
Le daf tranche d'abord la cheela laissée ouverte en 78a : la sandale de cha'am -- liège ou jonc -- est-elle un min'al interdit à Kippour ? La réponse ne vient pas d'un raisonnement mais de deux témoignages en miroir sur R. Yehochoua ben Levi et R. Elazar de Ninive, puis de la pratique des Amoraim de Babylonie, chacun avec sa matière végétale -- roseau, palme, herbe -- et de Rabba bar Rav Houna qui se contente d'enrouler un soudra autour de son pied. Rami bar Hama attaque avec le kav du kite'a, le pilon de l'amputée, que la baraita interdit à Kippour de l'avis même de R. Yossi ; Abaye tente de sauver la position en deplaçant l'interdit vers le taanoug procuré par les ketitin, mais Rava le réfute en trois coups -- des chiffons ne font pas d'un non-objet un mana, Kippour n'interdit pas le confort en soi puisque le soudra de Rabba bar Rav Houna est permis, et la sifa prouve que la richa parle d'un kav sans chiffons. La maskana de Rava renverse la carte : le kav est un soulier pour tous, et la mahloket de R. Meir et R. Yossi ne porte que sur une gzera de Chabbat, la crainte qu'il ne se détache et qu'on ne le porte quatre coudées. Le daf passe ensuite au régime des enfants : la baraita les dispense de tout sauf du chaussage, d'abord pour un motif de mar'it ayin -- on croira que des adultes les ont chaussés, et personne ne dort chaussé, dit Chmouel, qui y voit un goût de la mort -- puis, ce motif réfuté par le lekhathila de la michna, pour le vrai critère : ce qui relève de la revita, la croissance de l'enfant, n'a pas été décrété, d'où les conseils de la mère d'Abaye, eau chaude et huile, œuf au koutah, et pots à casser que Rabba achetait fendus pour ses fils. Vient enfin la carte des exemptions : le roi et la mariée se lavent le visage -- position de R. Hanania ben Teradion au nom de R. Eliezer -- l'un parce que ses sujets doivent le contempler dans sa beauté (Isaie 33,17), l'autre pour ne pas devenir repoussante aux yeux de son mari, et cela trente jours durant selon la baraita des parures ; la parturiente chausse à cause du froid ; et tout homme chausse la où le scorpion menace. Le daf s'interrompt sur l'ouverture du dossier du chiour, ke-kotevet ha-gassa, avec une question de Rav Papa laissée en suspens.
79a3 segments · 4 Rachi · 4 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 79a -- avec le noyau ou sans ? La mesure exacte de la kotevet ha-gassa, le chiasme Rav Papa / Rav Achi, et la kouchia des deux dattes de Rabban Gamliel.
Ce court amud ne traite que d'une chose : combien faut-il manger à Kippour pour être passible. La michna a fixé ke-kotevet ha-gassa, l'équivalent d'une grosse datte, kamoha ve-khe-gar'inata -- comme elle et comme son noyau -- et Rav Papa, à la fin de 78b, a demandé ce que cela recouvre exactement : mesure-t-on la datte avec son noyau ou sans lui ? La Guemara juxtapose aussitôt une question de même forme posée par Rav Achi sur l'etsem ki-seora, l'os gros comme un grain d'orge qui transmet l'impureté : avec ou sans son enveloppe, humide ou sec ? Puis elle résout les deux en chiasme, et par le vocabulaire plutôt que par le raisonnement. Rav Achi n'a pas le doute de Rav Papa parce que la michna a dit gassa, grosse, et qu'un tel adjectif tire vers le maximum, noyau compris ; Rav Papa n'a pas le doute de Rav Achi parce que l'orge humide s'appelle chibolet et l'orge décortiquée ouchla -- seule l'orge sèche dans son enveloppe porte encore le nom de seora. Le principe qui se dégage est fort : un chiour n'est pas un volume abstrait, c'est le volume de l'objet tel que la langue le nomme. Rachi et Tossefot divergent longuement sur la lecture de kamoha ve-khe-gar'inata, et Tossefot rapporte, au nom du Aroukh citant Rav Nissim Gaon et le Yerouchalmi, une explication qui renverse la perspective : le membre de michna ne vient pas ajouter mais retrancher -- il faut écraser la cavité de la datte, tsarikh le-maekh et halala, pour que la mesure ne compte pas du vide. Vient ensuite le chiffre : Rabba au nom de Rav Yehouda affirme que la kotevet ha-gassa dépasse le ke-beitsa, non par calcul mais par tradition -- kim lehou le-rabbanan -- car le critère de Kippour n'est pas l'akhila mais le yichouv ha-daat, l'apaisement de l'esprit, puisque la Torah y écrit acher lo teouneh et non un verbe de consommation, comme le souligne Rachi. La Guemara objecte alors avec la baraita de Souka 26b : on apporta deux dattes à Rabban Gamliel et il les fit monter à la souka, mais seulement par houmra, et l'on donna à R. Tsadok moins d'un ke-beitsa qu'il mangea dehors -- donc deux dattes n'atteignent pas un œuf, et une seule le dépasserait ? Le daf s'interrompt sur cette contradiction, dont la réponse de R. Yirmeya ouvrira 79b, et sur les trois koulot de R. Tsadok, que Tossefot prend pour point de départ d'une longue discussion sur le chiour de la berakha aharona, ke-zayit contre ke-beitsa.
79b11 segments · 11 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 79b -- combien mesure la kotevet hagassa ? La grosse datte face au volume de l'œuf : l'épisode de la soukka, la coupure de Rava sur les fruits, et la démonstration de Rav Zevid par le zimmoun, qui distingue apaiser l'esprit et rassasier.
Le daf poursuit le chiffrage de la mesure qui rend passible à Yom Kippour : la kotevet hagassa, la grosse datte. Une première voie passe par la soukka -- si un aliment de moins d'un kabeitza se mange dehors, et si Rabban Gamliel a mangé dans la soukka deux dattes dénoyautées, alors deux dattes sans noyaux font moins d'un œuf : comment une seule datte, noyau compris, pourrait-elle le dépasser ? R. Yirmeya répond que le noyau est énorme, et Rav Papa le confirme par un proverbe populaire. Rava coupe court : l'épisode ne mesure rien, car les fruits n'exigent jamais la soukka -- deux objections lui sont faites (les figues et les raisins chez R. Elazar ben Chamoua, puis la baraita des mine tirgema) et toutes deux sont neutralisées. Rav Zevid soutient alors la thèse inverse : la kotevet est plus petite qu'un kabeitza. Sa première preuve, tirée du hametz de Beit Chammai, est réfutée ; la seconde, tirée du zimmoun, aboutit : puisque le kabeitza rassasie selon R. Yehouda, il serait absurde qu'il ne parvienne pas à apaiser l'esprit. La sougya se clôt sur deux paliers distincts -- la kotevet apaise l'esprit (yichouv hadaat), le kabeitza rassasie (sova) -- avant d'ouvrir une baraita de Rabbi.
80a16 segments · 22 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 80a -- pourquoi les mesures ne sont pas toutes des kazayit : la toumat okhalin, le kabeitza tire du gosier, les chiourin comme halakha le-Moche mi-Sinaï, et la pleine bouchée du buveur
Le daf quitte la kotevet hagassa pour remonter à la logique générale des mesures. Une baraita pose la règle -- tout est kazayit -- et son exception : la toumat okhalin, fixée à un kabeitza, parce que le verset y a changé son expression ; Yom Kippour sert de preuve, car lui seul rend le changement indiscutable. La guemara cherche alors le fondement du kabeitza : R. Elazar le tire de l'aliment qui vient d'un aliment, mais l'objection de l'œuf de petit oiseau ruine la derasha, et R. Abbahou la remplace par une mesure prise sur le corps -- le bet habelia ne contient pas plus qu'un œuf de poule. Vient ensuite le conseil de R. Elazar à celui qui a mangé du helev aujourd'hui : consigner la quantité exacte, de crainte qu'un futur bet din ne relève le seuil et qu'il n'apporte des houlin dans la Azara. R. Yo'hanan classe les mesures des peines parmi les halakhot le-Moche mi-Sinaï, et une baraita explique que le bet din de Yavets ne les a pas inventées mais rétablies après qu'elles eurent été oubliées. Le amud se clôt sur la michna du boire : Chemouel lit mélo lougmav comme ke-mélo lougmav -- une apparence, non un volume -- la baraita oppose quatre avis, la nafka mina se réduit à la bouchée à l'étroit, et Rav Hochaya objecte que Beit Hillel deviendraient alors plus rigoureux que Beit Chammai, ce qu'Edouyot aurait dû enregistrer. La réponse est renvoyée au amud suivant.
80b10 segments · 16 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 80b -- Le yichouv hadaat comme mesure : kotevet et mlo lougmav, les objections de R. Zeira et de Rava, la toumat gvia, et l'akhila gassa
Ce daf achève d'abord la difficulté laissée ouverte en 80a sur la quantité de boisson : la question du beth hamidrach portait sur Og roi du Bachan, de sorte que Beth Chammai, qui maintiennent le revi'it, se retrouvent bien du côté de la rigueur. S'ouvre ensuite une série de cinq hatkafot construites sur le même moule. Rabbi Zeira demande pourquoi manger se mesure à une kotevet identique pour tous alors que boire se mesure à la joue de chacun ; puis pourquoi Og se contenterait de la même datte qu'un homme ordinaire ; puis pourquoi la viande grasse et les pousses de vigne auraient la même mesure. Abaye répond chaque fois par la même formule -- kim lehou lerabanan -- en posant que la mesure est un plancher de yichouv hadaat, en dessous duquel personne n'est apaisé, au-dessus duquel l'intensité varie sans conséquence halakhique. Rava déplace alors l'attaque sur le temps : pourquoi la fenêtre de kedei akhilat pras ne grandit-elle pas avec la mesure ? puis pourquoi le demi-pras de la toumat gvia obéit-il à la même fenêtre ? C'est Rav Papa qui répond en écartant l'objection : la toumat gvia n'est pas de-oraita, et le verset venitmetem bam n'en est qu'une asmakhta. Le daf revient enfin à la michna -- le sel sur la viande crue et la saumure sur le légume se cumulent, car tout ce qui rend un aliment consommable est un aliment -- avant d'introduire le principe de l'akhila gassa : manger sans plaisir n'est pas manger, ce qui exempte à Yom Kippour au titre de acher lo teouneh, et dispense du h'omech le zar qui a consommé de la terouma au titre de ki yokhal.
81a22 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 81a -- Peratt lemazik et fin du h'omech, le tseirouf du manger et du boire, et la quĂŞte de l'azhara du inui : essais de formulation, tossefet, et guezerot chavot
Le daf achève d'abord la sougya du h'omech de la terouma ouverte en 80b : celui qui croque de l'orge crue n'est pas un mangeur mais un mazik, il paie le keren sans le h'omech ; en revanche celui qui avalé des prunes tout rond a bien mangé -- il paie keren et h'omech, acquiert les fruits, et celui qui les mange après qu'il les a vomies ne lui doit plus que le prix du bois. La guemara revient ensuite à la michna qui refuse de cumuler le manger et le boire : Rav Hisda et Reich Lakich y voient une prise de parti pour Rabbi Yehochoua, dont le kelal exige la double identité de toum'a et de chi'our ; Rav Nahman et Rabbi Yo'hanan répondent que la michna est divrei hakol, car le critère de Yom Kippour n'est pas un volume mais le yitouvei da'ata, qu'un demi-seuil de nourriture joint à un demi-seuil de boisson n'atteint pas. La michna suivante compte les hatatot par chem d'interdit -- une seule pour le manger et le boire, deux avec la melakha -- et exempte tout ce qui n'est pas consommé à la manière des hommes. S'ouvre alors la grande question du daf : pourquoi la Torah n'a-t-elle jamais écrit d'interdit explicite de manger à Yom Kippour ? Reich Lakich répond lo efchar, et la guemara teste quatre formulations, chacune cassée pour une raison propre, la dernière de Rav Achi restant sur un kachya. Une barayta cherche alors l'azhara dans le texte : elle ferme d'abord quatre portes sur la tossefet -- ni karet ni malkout, ni pour la melakha ni pour le inui -- puis tente de rendre un verset moufne pour fonder une guezera chava, dans un sens puis dans l'autre, les deux tentatives étant réfutées. Ravina rétablit la lecture : la dérivation est une guezera chava etsem / etsem, et le décompte des cinq versets de la melakha prouve qu'un terme reste bel et bien libre. L'école de Rabbi Yichmael et Rav Aha bar Yaakov proposent enfin deux autres analogies -- inui / inui avec le violeur, chabbat chabbaton avec le Chabbat de la Création -- avant que le daf ne s'interrompe sur un "Rav Papa a dit" qui se poursuivra en 81b.
81b11 segments · 15 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 81b -- la tosefet de Yom Kippour (ajouter du profane sur le sacré) et le repas du 9 Tichri ; puis la définition de l'aliment et de la boisson : poivre, gingembre, pousses de vigne, vinaigre.
Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat exégétique : d'où tirer la peine et l'avertissement frappant celui qui mange à Yom Kippour ? Rav Papa invoque un verset qui appelle le jour lui-même « chabbat » ; Rav A'ha bar Yaakov passe par une guezera chava etzem-etzem. La guemara montre que Rav A'ha bar Yaakov ne peut pas emprunter la voie de Rav Papa, car les mots de Lv 23,32 lui servent déjà à fonder la tosefet — l'obligation d'ajouter du profane sur le sacré à l'entrée comme à la sortie, étendue de proche en proche aux fêtes et aux chabbatot, avec cette limite décisive : on n'est pas passible de karet pour la tosefet. Le tana de la guezera chava, lui, libère le mot « le neuf » pour la lecture de 'Hiya bar Rav de Difti : qui mange et boit le 9 Tichri est crédité d'un jeûne de deux jours. La seconde moitié du daf change de registre et devient une enquête sur la notion d'aliment : mâcher du poivre ou du gingembre n'est pas manger, car ce n'est pas leur manière d'être consommés — mais l'orla, la bénédiction et la toumat okhline semblent dire le contraire. Un seul distinguo, frais ou sec, remet tout en ordre. Il se prolonge dans les pousses de vigne (tendres jusqu'à quand ?), puis dans les boissons : saumure et mouryas exemptent, le vinaigre rend passible selon Rabbi. Le daf s'achève sur la mésaventure de Rav Guidel, dont l'exemption théorique fut reçue par tout un public comme une permission de boire.
82a13 segments · 24 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 82a -- le 'hinoukh de l'enfant au jeûne (à quel âge, et jusqu'où ?) ; puis la femme enceinte, le malade, et la règle du pikoua'h nefech avec ses trois exceptions.
Le daf se partage en deux moitiés de ton très différent. La première lit une michna d'apparence anodine — on n'afflige pas les enfants à Yom Kippour, mais on les éduque « un an avant et deux ans avant » — et en tire une enquête serrée sur le calendrier du 'hinoukh. Rav 'Hisda distingue l'enfant faible de l'enfant bien portant ; Rav Houna et Rav Na'hman dressent deux tableaux d'âges qui, selon Rachi, ne se contredisent pas mais décrivent l'un la fille et l'autre le garçon ; Rabbi Yo'hanan s'oppose à eux sur un point de principe en niant toute hachlama derabbanan, c'est-à-dire tout jeûne complet imposé par les Sages avant la majorité. La michna et une baraita de Rabba bar Chmouel sont tour à tour opposées à chaque camp, jusqu'à la solution de Rava bar Oulla : le mot 'hinoukh recouvre deux institutions distinctes, l'entraînement par heures et le jeûne complet. La seconde moitié change de sujet et de gravité. Une michna autorise à nourrir la femme enceinte prise d'une fringale et le malade, sur avis d'experts ou, à défaut, sur sa propre parole. Une baraita construit alors une échelle de la moindre transgression — un fuseau trempé dans la sauce, puis la sauce, puis la graisse interdite elle-même — et énonce la règle qui gouverne tout le reste : rien ne tient devant le pikoua'h nefech, sauf l'idolâtrie, les unions interdites et l'effusion de sang. Le daf s'achève en cherchant la source de ces trois exceptions : le « de toute ton âme » du Chema selon Rabbi Eliezer, puis le verset de la na'ara meorassa (Dt 22,26) que Rabbi lit dans les deux sens — il fonde à la fois la loi du rodef et le principe du martyre, avec cette limite que Rachi souligne : celle qui subit sans agir, « sol du monde », n'est pas tenue de livrer sa vie.
82b3 segments · 6 Rachi · 0 Tossefot · 2 schĂ©mas
la sevara du meurtre (« qu'as-tu vu que ton sang soit plus rouge ? ») ; puis les deux femmes enceintes et le chuchotement adressé à l'enfant.
Le daf est court et se coupe en deux moitiees qui semblent sans rapport, mais que le thème du pikoua'h nefech relie exactement. La première comble un trou laissé par 82a : le verset de la na'ara meorassa avait servi à étendre au gilouy arayot la sévérité du meurtre, mais cette sévérité du meurtre elle-même n'avait jamais été fondée. La guemara répond par le mot le plus fort de son arsenal — sevara hi, c'est un raisonnement — et l'illustre par un cas réel jugé par Rava : un homme somme par le gouverneur de son village de tuer un tiers sous peine de mort. Rava répond par un calcul : le compte des morts est le même dans les deux branches, donc le permis de « il vivra par elles » n'achète plus rien ; il ne reste qu'une préférence arbitraire de soi sur l'autre, indéfendable — mai 'hazit de-dama didakh soumak tefei. Rachi développe cette mécanique en toutes lettres. La seconde moitié raconte deux femmes enceintes prises d'une fringale à Yom Kippour. Le protocole est le même dans les deux cas : chuchoter à l'oreille que c'est Yom Kippour, sans jamais différer la nourriture si l'envie persiste. Chez Rabbi, le chuchotement porte — et Rachi précise que c'est le foetus qui a lâché son désir ; l'enfant sera Rabbi Yo'hanan, et Rabbi lit sur lui « avant de te former dans le ventre je t'ai connu ». Chez Rabbi 'Hanina, il ne porte pas ; le verset lu sur cet enfant, en 83a, sera « les méchants sont dévoyés dès le sein ». Sur ce même passage, le Roch déploie toute la halakha du malade et de la femme enceinte à Kippour : l'échelle du kal ha-kal, la limite que le Ramban lui pose, la question de savoir si l'on profane pour le foetus seul, et le long débat sur le conflit entre la parole du malade et celle du médecin, tranché comme Mar bar Rav Achi.
83a17 segments · 22 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
le malade contre le médecin (« le cœur connaît l'amertume de son âme ») ; puis boulmos, chien enragé, éboulement, et l'échelle du ha-kal ha-kal.
Le daf s'ouvre sur la dernière ligne du diptyque des deux femmes enceintes commencé en 82b : l'enfant de celle que le chuchotement n'a pas apaisée sera Chabtai l'accapareur, et le verset « les méchants sont dévoyés dès le sein maternel » se lit sur lui. Puis la guemara passe au malade de la michna et pose la question qui occupera tout le daf : quand le malade et le médecin ne disent pas la même chose, qui écoute-t-on ? Rabbi Yannai répond deux fois, et dans deux sens opposés — le malade qui réclame à manger l'emporte sur le médecin qui le juge inutile, au nom de « le cœur connaît l'amertume de son âme » ; mais le malade qui refuse de manger ne l'emporte pas, car c'est un égarement (tounba) dû à la maladie. La michna semble le réfuter deux fois ; la guemara la restreint deux fois, mobilise au passage la règle de Rav Safra (le nombre pèse pour une évaluation, pas pour un témoignage) pour aussitôt la désactiver devant un doute portant sur des vies, puis finit par déclarer la michna incomplète et la réécrire. Mar bar Rav Achi pousse la logique jusqu'au bout : celui qui dit « j'ai besoin » mange, même contre cent compétents — et c'est ainsi que tranche la halakha. La seconde michna élargit le champ : le boulmos, qu'on nourrit d'aliments impurs jusqu'à ce que ses yeux s'éclairent ; le mordu du chien enragé, à qui l'on refuse le lobe de foie non parce qu'une vie ne le vaudrait pas mais parce que le remède est jugé inefficace ; le mal de gorge, soigné Chabbat parce qu'un mal interne ne se mesure pas ; l'éboulement, déblayé malgré trois doutes cumulés, mais abandonné dès que la victime est trouvée morte. Le daf se ferme sur la graduation des interdits — ha-kal ha-kal — et sur la mahloket entre le tanna kama et Ben Teima : le tevel est-il plus léger parce qu'il peut être réparé, ou la terouma parce qu'elle reste l'aliment de quelqu'un ?
83b19 segments · 29 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
le pot non percé et le moindre mal ; les remèdes du boulmos ; Kidor, ou ce qu'un nom autorise à soupçonner ; les cinq signes du chien enragé.
Le daf ferme d'abord la sougya du ha-kal ha-kal ouverte en 83a. Rabba avait posé que, si l'on peut nourrir le malade avec du profane, on prend la peine de rendre le produit propre plutôt que de lui servir du tevel. La guemara objecte deux fois que c'est évident — en semaine comme à Chabbat, où l'interdit de prélever n'est que rabbinique — et doit resserrer le cas jusqu'au pot non percé, où les deux plateaux de la balance sont rabbiniques ; la balance penche quand même, non par gravité intrinsèque mais par crainte de confusion avec le pot percé, où le tevel est de la Tora. Même Rabbi, qui dispensait de prélever pour les poireaux du mordu de serpent, le concéderait. La guemara passe alors au boulmos de la michna et demande de quoi, concrètement, on nourrit le malade : miel et douceurs qui éclairent les yeux, mais — précise Abaye — après le repas seulement, car avant, le sucre attise la faim au lieu de l'apaiser ; puis queue grasse, fleur de farine, farine d'orge, et le figuier de Rabbi Yo'hanan, qui court vers le côté est parce que le soleil du matin y mûre les fruits en premier — la sagesse fait vivre celui qui la possède, au sens propre. Deux récits de route suivent : Rabbi Yehouda prend de force le pain d'un berger, Rabbi Yossi est secouru par une ville entière, et le second reproche se retourne en mot d'esprit. Le même décor amène le grand récit du daf : Rabbi Meir scrute les noms, lit dans « Kidor » un homme méchant, enfouit sa bourse sur une tombe pendant que ses compagnons confient les leurs à l'aubergiste — qui nie tout le lendemain. Sommé de s'expliquer, Rabbi Meir pose la distinction qui porte tout le passage : un nom fonde une hachacha, un soupçon dont on se protège soi-même, jamais un ahzoukei, une mise en accusation publique. Les bourses sont récupérées par un signe — des lentilles restées sur la moustache —, l'aubergiste tue sa femme, et la guemara rattache le tout à l'adage des premières et des dernières eaux. Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi scruteront désormais les noms, mais à la manière de Rabbi Meir : en s'abstenant d'entrer, sans rien déclarer. Le daf se ferme sur le retour à la michna — les cinq signes du chien enragé et la mahloket Rav / Chemouel sur l'origine de sa rage, interrompue en pleine question.
84a11 segments · 32 Rachi · 1 Tossefot · 3 schĂ©mas
comment tuer un chien enragé et ce qu'on fait au mordu ; Rabbi Yo'hanan, la matrone et le serment tenu à la lettre ; le tsefidna qui commence dans la bouche et finit aux entrailles ; la portée du mot ba-élu.
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du chien enragé entamée en 83b : puisqu'un esprit mauvais repose sur lui, on ne s'en approche pas pour le tuer — on le tue avec un projectile. Une baraita gradue ensuite le contact : qui a été frôlé est en danger et doit ôter ses vêtements et courir — ce que Rav Houna fils de Rav Yehochoua fit en plein marché, citant le verset « la sagesse fait vivre celui qui la possède » au sens le plus littéral ; qui a été mordu, lui, meurt, et Abaye lui prescrit un protocole apotropaïque long de douze mois, amulette sur peau de hyène, vêtements enfouis au cimetière puis brûlés et dispersés à un carrefour, et interdiction de boire ailleurs qu'à travers un tube de cuivre, de peur de voir dans l'eau le reflet du démon. La guemara revient alors à la michna de Rabbi Matia ben Harach sur le remède mis dans la bouche à Chabbat, et l'illustre par un récit : Rabbi Yo'hanan, atteint du tsefidna, se fait soigner par une matrone non juive qui exige un serment de silence ; il jure « au Dieu d'Israël je ne le révélerai pas », puis l'enseigne aussitôt en public — la restriction portait sur le destinataire, et il l'avait avertie dès le premier instant, ce qui écarte le soupçon de profanation du Nom. Suivent les recettes du remède, l'aveu d'Abaye qu'aucune ne l'a guéri jusqu'à ce qu'un Arabe lui donne la bonne, puis l'étiologie et le signe diagnostique du tsefidna. Une seule phrase de Rav Nahman bar Yitshak fait alors basculer le daf de la médecine au droit : le tsefidna commence dans la bouche mais finit dans les entrailles, c'est donc une makka chel halal, et le Chabbat cède. Reste la question de Rav Hiya bar Abba — Rabbi Yo'hanan a-t-il tranché comme un avis isolé ? Sa réponse est que les Sages ne contredisent Rabbi Matia que sur le lobe de foie du chien, pas sur le remède dans la bouche. Les deux dernières pages cherchent à le prouver par deux baraitot, en faisant porter dans un sens ou dans l'autre le petit mot ba-élu, « dans ceux-ci » : aucune ne conclut, et la sougya se ferme sur une simple possibilité, que le Roch retiendra pourtant comme la halakha.
84b16 segments · 27 Rachi · 3 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 84b - Jusqu'où va le pikouah nefech : un autre Chabbat, un bénéfice accessoire, un inconnu peut-être non juif
Le daf clôt d'abord la question laissée ouverte en 84a : les Sages contredisent-ils Rabbi Matia ben Harach sur le remède mis dans la bouche à Chabbat ? Deux preuves concluent que non - la baraita de Rabba bar Chmouel, où les Sages disent « dans ce cas-ci et non dans l'autre », et un diyouk de Rav Achi sur la manière dont la michna a séparé les deux clauses. La sougya s'ouvre ensuite en trois élargissements successifs du sauvetage d'une vie. Dans le temps d'abord : Rav enseigne que le doute peut porter sur un Chabbat à venir, et l'on ne diffère pas un traitement de huit jours d'une soirée pour économiser un Chabbat. Dans les acteurs et les actes ensuite : les grands d'Israël agissent eux-mêmes, l'avis d'une femme ou d'un Kouti ne suffit pas seul mais se joint à un autre pour faire basculer un décompte ; et la baraita du pikouah nefech loue celui qui s'empresse, dispense de consulter un tribunal, et permet quatre sauvetages - la mer, le puits, la porte, l'incendie - même lorsque le sauveteur y gagne des poissons, une marche, des planches ou des braises. Dans les personnes enfin : Chmouel énonce que l'on n'a pas suivi la majorité en matière de pikouah nefech, ce qui vaut jusqu'à déblayer pour un homme détaché d'un groupe de neuf non-juifs. Une contradiction avec Rabbi Yo'hanan se résout par la distinction entre une sortie collective et une sortie partielle, et le daf s'achève sur l'enfant trouvé, où Rav distingue ce que la majorité permet - le faire vivre - de ce qu'elle ne permet pas : lui attribuer un lignage.
85a15 segments · 22 Rachi · 6 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 85a - Quand la majorité cesse de trancher : l'enfant trouvé, l'éboulement et le souffle aux narines
Le daf achève d'abord le dossier de l'assoufi, l'enfant trouvé dont on ignore l'origine. La phrase de Chmouel est relue : elle portait sur la clause initiale de la michna, et son intention était restrictive - la majorité fait bien de lui un non-juif, mais elle ne décide rien dès lors qu'une vie est en jeu. La guemara cherche alors, pour chacune des trois clauses, une conséquence pratique : nourrir de nevelot quand la majorité est non juive (Rav Papa), restituer un objet perdu quand elle est juive, et - pour la clause moitié-moitié - la mesure des dommages selon Rech Lakich, qui n'a de sens que lorsque c'est le bœuf de l'enfant trouvé qui encorne, la charge de la preuve pesant alors sur le lésé. Le daf passe ensuite à la michna de l'éboulement, lue non comme une liste de doutes mais comme un escalier : on déblaie même dans le doute sur l'identité. Deux précisions suivent, symétriques : on déblaie même pour hayei chaa, une vie de quelques instants ; mais pour un mort on s'arrête, l'avis contraire de Rabbi Yehouda ben Lakich ne valant que par crainte qu'un endeuillé affolé n'en vienne à éteindre un incendie. Vient alors la question du sauveteur : jusqu'où dégager pour savoir ? Jusqu'au nez ou jusqu'au cœur - mahloket que la guemara tente de rattacher à celle sur la formation de l'embryon, avant d'écarter le rapprochement au nom du verset de Noé, et que Rav Papa réduit au seul cas d'un dégagement de bas en haut. Le daf s'achève en ouvrant la grande recherche des sept preuves : d'où sait-on que le pikouah nefech repousse le Chabbat ? Rabbi Yichmael répond par le kal va-homer du cambrioleur, Rabbi Akiva par le diyouk sur le meurtrier arraché à l'autel - toutes deux seront examinées en 85b.
85b14 segments · 18 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 85b - Le grain de poivre de Chmouel : la seule preuve qui tient, et l'ouverture du chapitre de l'expiation
Le daf s'ouvre sur la fin des sept preuves du pikouah nefech : Rabbi Akiva par le cohen arraché à l'autel, Rabbi Elazar ben Azaria par la mila, Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda par le mot akh, Rabbi Yonatan ben Yossef par « il est saint pour vous », Rabbi Chimon ben Menassia par le calcul des Chabbats sauvés, et enfin Chmouel par ve-haï bahem. Rava les passe alors toutes au même crible : chacune ne prouve que le cas de danger certain, alors que le cas réel est celui du doute - et il le montre en détail pour le cambrioleur (le voleur est entré décidé à tuer : ce n'est pas un doute) et pour le témoin (on envoie deux sages vérifier avant d'interrompre le service). Seule la derasha de Chmouel atteint le doute, d'où le mot de Ravina : mieux vaut un grain de poivre piquant qu'une corbeille de courges. Le Ben Yehoyada précise pourquoi : les six autres sont des kal va-homer, réfutables par nature, tandis qu'une exégèse de verset ne se réfute pas. Le daf bascule ensuite dans le dernier chapitre du traité, celui de la techouva : la michna hiérarchise les instruments d'expiation - sacrifices, mort, Yom Kippour, techouva - puis pose deux limites décisives : celui qui pèche en comptant se repentir n'obtient pas les moyens de le faire, et Yom Kippour n'expie pas les fautes envers autrui tant que la personne lésée n'a pas été apaisée. Rabbi Akiva conclut par le mikve : Dieu n'envoie pas seulement l'eau purificatrice, Il est le bassin. La guemara commence alors son analyse - pourquoi l'acham talouy est exclu, comment concilier la michna avec Rabbi pour qui Yom Kippour expie même sans techouva, et ce que la michna entend exactement par transgression légère - avant de s'interrompre sur une contradiction que 86a résoudra.
86a16 segments · 32 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 86a - Les quatre états de la faute, et cette profanation du Nom que seule la mort efface
Le daf s'ouvre sur la fin d'un débat commencé en 85b : la techouva à elle seule expie-t-elle un interdit au sens plein (lav gamour), ou faut-il attendre Yom Kippour ? Trois sources sont opposées à Rav Yehouda ; les deux premières sont écartées par la même clé - lo tissa et tout ce qui lui ressemble - mais la troisième, une derasha en deux crans sur venaké, lo yenaké et et chemo, résiste, et la guemara doit reconnaître qu'il s'agit d'une controverse de tannaim. Elle revient alors sur le venaké du Horev : Rabbi Elazar montre que la contradiction interne du verset - absoudre / ne pas absoudre - ne se résout que si l'on y introduit la techouva. Suit la scène de Rome, où Rabbi Matia ben Harach interroge Rabbi Elazar ben Azaria sur les quatre divisions de l'expiation de Rabbi Yichmael : elles sont trois, corrige-t-il, car la techouva n'est pas une division, elle accompagne toutes les autres. La beraita dresse alors l'échelle : un commandement positif s'efface par la techouva séance tenante, un interdit attend Yom Kippour, une faute passible de karet exige encore les yissourim, et le hilloul Hachem - profanation du Nom - ne s'efface que par la mort, parce que, dit Rachi, celui qui la commet faute et fait fauter les autres. La guemara demande alors ce qu'est concrètement un hilloul Hachem, et la réponse surprend : de la viande prise chez le boucher et payée en retard (Rav), quatre coudées sans Torah et sans tefillin (Rabbi Yo'hanan), des collègues qui ont honte de votre réputation, une phrase que les gens laissent tomber sur vous. Abaye en donne la limite - tout dépend de l'usage du lieu - puis le versant positif : que le Nom du Ciel se fasse aimer par ton entremise. Le daf se clôt sur la grandeur de la techouva : elle apporte la guérison au monde, et selon qu'elle vient de l'amour, de la crainte ou des souffrances, elle fait de vous un fils ou un serviteur - avant d'atteindre, selon Rabbi Levi, le Trône de Gloire lui-même.
86b19 segments · 28 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 86b - Gedola techouva : ce que le repentir retourne, et ce qu'il faut en dire tout haut
Le daf enchaîne sept éloges de la techouva, chacun ouvert par la même formule gedola techouva. Rabbi Yo'hanan lui fait repousser un interdit de la Torah - Israël revient à Dieu comme une femme renvoyée ne peut revenir à son mari ; Rabbi Yonatan lui fait déclencher la gueoula. Rech Lakich se contredit lui-même : les fautes délibérées deviennent des fautes involontaires, ou bien des mérites - et la guemara ne tranche pas, elle répartit selon que la techouva vient de la crainte ou de l'amour. Vient ensuite le contraste des deux mesures : chez les hommes, une chaîne de doutes sur le pardon ; chez le Saint béni soit-Il, une chaîne de ve-lo od ela - des paroles suffisent, Il en tient gré, cela vaut des taureaux offerts, et non pas d'obligation mais en nedava. Rabbi Meir va plus loin encore : un seul pénitent, et le monde entier est pardonné. La guemara demande alors le critère concret - heikhi dami baal techouva - et Rav Yehouda donne un protocole vérifiable : la même femme, le même endroit, la même saison ; le Ben Yehoyada y accroche la longue histoire de l'élève, du verger et du serpent. La seconde moitié du daf bascule vers une autre question : que faut-il dire tout haut ? Deux versets s'affrontent sur la faute couverte, et sont partagés soit selon sa notoriété (Rav), soit selon qu'elle est entre l'homme et son prochain ou entre l'homme et Dieu (Rav Nahman). La même ligne sépare Moche, qui demande que sa faute soit écrite, et David, qui demande qu'elle ne le soit pas - avec la parabole des deux femmes fouettées, dont l'une réclame l'écriteau qui dira pour quoi elle l'est. Le daf se clôt sur le renversement : dénoncer les hypocrites est un devoir, la quiétude des méchants finit en catastrophe, et le pouvoir enterre celui qui l'exerce - ce que Rav, en sortant siéger, se disait chaque fois à lui-même.
87a17 segments · 35 Rachi · 0 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 87a - Ce que Yom Kippour n'expie pas : le protocole du piyous envers son prochain
Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du pouvoir - le juge qui sort siéger va, selon Rav, vers sa propre mise à mort, et les versets récités devant la foule ou sur la litière servent d'antidote à l'honneur. Vient ensuite une lecture à rebours de Proverbes 18,5 : être ménagé en ce monde est un mauvais signe (Ahab), être châtié ici en est un bon (Moche), puis la symétrie du mérite et de la dette transmis aux générations - les fils d'Aharon sauvés par leur père, les fils de Kenaan retenus par le leur, avec le cas de Tavi, serviteur de Rabban Gamliel. Deux règles closent ce mouvement : celui qui fait acquérir du mérite au public est préservé de la faute, celui qui fait fauter le public n'obtient pas les moyens de faire techouva - non par récompense ou vengeance, mais pour que le maître et ses élèves ne finissent pas de part et d'autre. La guemara revient alors à la michna et démonte deux calculs : je fauterai et je ferai techouva, dit deux fois, parce qu'une faute répétée devient comme permise ; et je fauterai et Kippour expiera, qui échoue même selon Rabbi, car un jour d'expiation ne peut pas servir de moyen de fauter. La seconde moitié du daf est consacrée aux fautes entre l'homme et son prochain, que Yom Kippour n'expie pas : la racine p-l-l de I Samuel 2,25 est d'abord lue comme jugement puis comme apaisement, et de là découle tout le protocole du piyous - même une offense en paroles, dénouer la paume s'il s'agit d'argent, multiplier les amis s'il s'agit de mots, trois rangées de trois hommes selon Rav Hisda, pas plus de trois demandes selon Rabbi Yossi bar Hanina, et dix personnes sur la tombe si l'offensé est mort. Quatre récits ferment le daf : Rabbi Yirmeya assis sous les eaux usées, Rabbi Abba qui sort à sa rencontre, Rabbi Zeira qui se rend disponible, et Rav allant la veille de Kippour chez le boucher qui le congédie - et que Rav Houna avait déjà vu mort.
87b14 segments · 21 Rachi · 2 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 87b - Le vidouy de Yom Kippour et la prière de néila : quand, où, avec quelles paroles
Le feuillet achève d'abord le récit commencé en 87a : Rav récite le sidra devant Rabbi, reprend trois fois la paracha depuis le début pour honorer ceux qui entrent, mais renonce à la quatrième - et Rabbi Hanina bar Hama s'en trouve offensé. Treize veilles de Kippour de suite, Rav revient demander l'apaisement sans l'obtenir. Deux difficultés en naissent, une contre chacun : Rav dépasse la limite des trois demandes, Rabbi Hanina refuse de passer sur ses mesures. La guemara les résout d'un seul coup en dévoilant un rêve : Rabbi Hanina avait vu Rav suspendu à un dattier, signe qu'il deviendrait une tête - or lui-même était chef d'académie, et deux royautés ne se touchent pas. Son refus était un calcul de survie qui envoyait Rav enseigner en Babylonie. Le daf bascule alors vers la liturgie du jour. Une baraita étage le vidouy en sept stations, de la veille de Kippour avant le repas jusqu'à la néila, chacune avec son motif propre ; puis six amoraim donnent six ouvertures différentes, avant que Mar Zoutra ne ramène tout à quatre mots - aval anahnou hatanou -, l'essentiel du vidouy, celui devant lequel Chemouel se levait. La seconde moitié du feuillet est commandée par une seule question : qu'est-ce que la néilat chearim ? Pour Rav une amida supplémentaire de sept bénédictions, pour Chemouel la seule formule ma anou ma hayenou. Une baraita réfute Chemouel sans appel, et l'usage retenu combine les deux - on ouvre par Ata behartanou et l'on achève par ma anou ma hayenou. Reste alors la conséquence : si la néila est une prière de plus, dispense-t-elle de la prière du soir ? Rav le soutient, la guemara lui oppose sa propre position sur le caractère facultatif de arvit, puis une baraita qui compte les deux prières - et la phrase se coupe en pleine objection, au seuil de 88a.
88a12 segments · 24 Rachi · 5 Tossefot · 3 schĂ©mas
Yoma 88a - S'immerger le jour de Kippour, et ce que signifie un keri ce jour-lĂ 
Le feuillet s'ouvre au milieu de l'objection laissée en suspens en 87b : si la néila dispensait de la prière du soir, la havdala n'aurait plus où être dite, elle qui doit se loger dans la bénédiction Honen ha-daat. La guemara répond d'un mot - tanaei hi - et produit aussitôt la controverse sous la forme d'une baraita sur les immersions le jour de Kippour : selon que le baal keri s'immerge jusqu'à minha ou tout le jour, on apprend si la néila est tenue pour une prière de nuit ou de jour. Une seconde baraita vient alors contredire la première terme pour terme, les positions des Sages et de Rabbi Yossi s'y trouvant exactement inversées. La sougya se résout en trois temps : d'abord une distinction de situation - a-t-il déjà prié la néila, ou non ? -, puis le dévoilement du principe qui commande tout, tevila bizmana mitsva, l'immersion faite en son temps vaut-elle par elle-même ; enfin, devant une troisième source où Rabbi Yossi soutient le contraire - la baraita de celui qui porte le Nom divin écrit sur sa chair et qui descend au mikve sans même enrouler un jonc -, la guemara dédouble le personnage : le Rabbi Yossi rigoureux est Rabbi Yossi bar Yehouda, celui pour qui une seule immersion a la fin suffit. Le feuillet bascule ensuite dans un autre registre. Une baraita réglant le frottement contre la hatsitsa est corrigée - il se fait la veille au soir, non après l'immersion, car ce qui a été a été -, puis viennent les paroles sur le sens de l'événement : fautes pardonnées ou seulement rangées pour l'être ; une année entière d'inquiétude selon l'école de Rabbi Yichmael, mais la certitude du monde à venir pour qui traverse cette année ; le monde affamé et lui rassasié ; et la bénédiction finale de Rav Dimi, longue vie et descendance. Le traité Yoma s'achève sur ces mots.
✉ Signaler une erreur de traduction